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Sommaire Septembre-Octobre 2009 :

  • 15 Septembre :
    • Les Belges, trop nombreux et trop fortissimi ? : Clic !
    • Les oppidums gaulois, des forteresses imprenables ? : Clic !
  • 15 Septembre :
  • 16 Octobre :
    • Auguste, miles gloriosus ? : Clic !
  • 17 Octobre :
    • Quelques mots sur le mariage durant le Bas-Empire… : Clic !
  • 24 Octobre :
    • Antoine adepte des décimations ? : Clic !
    • À propos de Robert Ambelain, de ses Frères Jacques et de son Jésus politisé … : Clic !
  • 28 Octobre :
    • Caligula claque le fric de tonton Tibère : Clic !
  • 30 Octobre :
    • Julien aurait-il relaté lui-même "sa" bataille de Strasbourg ? : Clic !
    • Nicolas recherche un document audio sur Julien…: Clic !
 
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"EMPEREURS ROMAINS"
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15 septembre 2009
Gérard a écrit :

1. (…) Je puis presque assuré que les Belges détenaient non seulement la moitié (trois-quarts) de la France, mais aussi la moitié de l'"Angleterre", et qu'il fallut à César de faire un choix (…) politique ! Les Belges étaient trop nombreux pour ne pas les divisés ! Mais nous n'étions pas sur place…. Comment le prouver ? Mais rassurez-moi en me disant que je dis la vérité au sujet des Belges, car à mon humble avis, il n'y avait qu'eux que César redoutait

 
 
 
RÉPONSE :

La documentation dont je dispose n'évoque que d'assez loin l'histoire de la Gaule préromaine. Je serais donc bien peine de répondre précisément à vos questions sur mes ancêtres les Belges.
Je vous trouve toutefois un tantinet optimiste quant à l'étendue du territoire des Belges antiques. La moitié, voire les trois-quarts de la France, dites-vous… D'après les meilleurs historiens, ce serait plutôt un tiers de la Gaule : de la rive droite de la Seine à l'embouchure du Rhin, avec les bassins de l'Escaut, de la Meuse et de la Moselle. Bref : le Nord, Nord-Est de la France (régions de Haute-Normandie, de Picardie, du Nord-Pas-de-Calais, de Champagne-Ardenne et d'une partie de la Lorraine), la Belgique "moderne" et le Sud des Pays-Bas.

Quant à savoir si parmi les peuples de Gaules, César ne redoutait que les Belges, c'est une autre paire de manches. Comment le savoir ? Il a bien écrit que de tous les peuples de la Gaule, les Belges étaient les plus courageux, et les combats qu'il leur livra furent parfois hasardeux : la bataille de la Sabis ne fut gagnée que de justesse par ses légions, et Ambiorix, roi des Éburons, infligea un sérieux revers à ses lieutenants Sabinius et Cotta. Mais les Belges ne furent pas les seuls à résister opiniâtrement à l'envahisseur romain (voyez Vercingétorix à Gergovie), et - mon chauvinisme belgicain dût-il en pâtir - je pense que César apprit, au fil de son aventure gauloise, que la plupart des peuples de cette région pouvaient se révéler des adversaires coriaces.

 

ambiorix
 

2. Les Oppida (Oppidums) étaient-ils de vraies forteresses, comme César voulait le faire croire, où bien, pouvait-il y entrer comme il le voulait ? Il me semble qu'il y en avait quelques-uns difficiles d'accès, comme à Bribacte, mais pour le reste, étaient-ils imprenables ? Merci de me renseigner sur ces fameuses "forteresses" !

 
 
 
RÉPONSE :

Bien sûr le mot oppidum est latin, et signifie d'abord "ville fortifiée". Il ne s'agissait donc généralement pas d'une simple forteresse, mais d'un point de peuplement (gros village ou même ville) doté de fortifications naturelles (d'ordinaire sis sur un éperon rocheux dominant la plaine) et artificielles (fossés, palissade, tours). La capacité de résistance aux assauts ennemis d'un oppidum pouvait donc sensiblement varier en fonction de la valeur stratégique du site choisi et des aménagements effectués par les occupants pour renforcer ses défenses naturelles…

Pour le reste, le sort de toute fortification dite imprenable" étant d'être prise un jour, il n'y eut pas plus d'oppidum imprenable que de forteresses, citadelles, forts, fortins imprenables. L'imprenable citadelle juive de Massada finit par succomber aux assauts des Romains, toutes les imprenables nids d'aigles cathares, ces "citadelles du vertige" (Montségur, Peyrepertuse, Quéribus) se rendirent aux croisés septentrionaux, l'imprenable Crac des Chevalier fut pris par les Mamelouks, Louis XIV s'empara de l'imprenable citadelle de Namur, et, en mai 1940, l'imprenable belge fort d'Eben-Emael fut pris en quelques heures par les paras allemands, juste quelques jours avant la reddition de l'infranchissable ligne Maginot.
Alors, vous voyez, "imprenable", c'est relatif !

RÉACTION À CE COURRIER
11 Novembre 2009
Jean-Charles a écrit :

Je tiens à préciser que selon les historiens romains bien connus, Uderzus et Goscinnus, il existait bien un village imprenable résistant encore et toujours à l'envahisseur.

Quoiqu'helléniste, je fis un peu de latin et je me rappelle un cours où notre professeur nous parlait d'une ville prétendant pouvoir résister 9 années à un siège de l'armée romaine, qui recut la réponse suivante du général romain : "Eh bien, nous attendrons 10 ans !…" (avec les incertitudes d'un souvenir de plus de 20 ans…).

Labor improbus omnia vincit !

Si cela inspire un lecteur de votre site, merci à lui d'indiquer la référence - ou la légende, ou la confusion avec Troie par exemple…

 
 
 
 
15 Septembre 2009
Jean-Michel Thibaux (www.peuplesantiques.com) a écrit :

J'ai quelquefois été cité en référence sur votre site.
Permettez-moi de vous signaler la mise en ligne de mon nouveau site :

L'ANTIQUITÉ PAS À PAS

 
 
 
RÉPONSE :

Je me ferai, bien sûr, un plaisir de signaler à l'attention de mes visiteurs votre site, aussi intéressant et utile que l'est déjà, pour moi, votre Pour comprendre la Rome antique, ce "petit" livre que je garde toujours, précieux et fidèle aide-mémoire, à portée de main, au coin de mon bureau.

jean-michel thibaux -rome antique

Jean-Michel THIBAUX
Pour comprendre la Rome antique
Pocket N°10851

 

 
 
 
16 Octobre 2009
Gérard a écrit :
(…) Une petite question : Octavianus Augustus devait avoir une aide prépondérable et digne d'éloges, pour parvenir à être Empereur après Jules César ! De nombreux généraux devaient être à son service, ou alors s'était-il forgé lui-même ?
 
 
 
RÉPONSE :

Disons, pour rester gentil, qu'Octave Auguste n'avait que peu de goût pour les choses militaires, mais qu'il savait s'entourer de généraux capables… qui tiraient les marrons du feu pour lui.Examinant objectivement les faits, on pourrait même douter de son courage physique, voire le taxer de couardise, tant il avait, semble-t-il, une fâcheuse tendance à "se faire porter pâle" quand cela commençait à chauffer sérieusement.

On ne sait trop ce qui se passa lors de sa première vraie bataille, en 43 av. J.-C., lorsqu'il affronta Marc Antoine devant Modène. Mais toujours est-il que les deux autres chefs de son armée, les consuls Hirtius et Pansa, trouvèrent la mort au combat - victorieux pour leur parti -, et que notre futur Auguste s'en tira, lui, sans la moindre égratignure… Et pour cause puisqu'il avait pris grand soin de ne pas s'exposer inconsidérément aux glaives et pilums antoniens !
En 41 av. J.-C., ce fut Marc Antoine, réconcilié avec lui et devenu son allié, qui remporta la bataille de Philippes contre les forces de Brutus et Cassius, les assassins de César. Durant ce combat, notre "brave" Tatave, lui, avait été contraint de rester alité, souffrant paraît-il de mille maux. il ne sortit de sa torpeur que pour s'enfuir précipitamment devant une contre-attaque des "Républicains", qui criblèrent d'ailleurs sa litière - heureusement vide - de flèches, au point de la mettre en pièces.
Dix ans plus tard, à Actium, rebelote ! Prudemment planqué à l'arrière dans une robuste galère, Octave laissa le sale boulot à son copain Agrippa, qui s'en tira d'ailleurs fort bien en écrasant les forces navales d'Antoine et de Cléopâtre. Une nouvelle victoire "par procuration" qui faisait de lui, le tout prochainement futur Auguste, le seul maître de l'Empire romain.

Cependant, ne caricaturons point ! Il est certain qu'Octave Auguste, de santé très fragile et de constitution délicate (ce qui ne l'empêcha toutefois pas de mourir à un âge très avancé pour l'époque), ne se sentait pas très à l'aise au plus fort des combats. Mais il n'était pas pour autant le pleutre, le couard que ses ennemis ont dépeint. Il n'aurait jamais accédé au pouvoir suprême sans le respect de ses soldats, et ces rudes légionnaires devaient avoir un flair infaillible pour détecter à mille lieues tout pétochard ou tire-au-flanc !

octave auguste
   

Comme je l'ai écrit plus haut, Octave eut donc la grande chance de pouvoir compter sur d'habiles stratèges qui "gagnèrent à sa place" les batailles décisives de Modène, de Philippes et d'Actium. Ayant pris définitivement le contrôle de l'Empire, il eut aussi le génie de s'assurer la fidélité des meilleurs généraux de son temps, qui le servirent tout au long de leur vie, sans jamais tenter de tirer parti de leur popularité pour "devenir Auguste à la place d'Auguste". Agrippa, le vrai vainqueur d'Actium, resta longtemps le bras armé de l'Empire, et fut récompensé (enfin, si j'ose dire, car la donzelle était tout sauf un cadeau) en épousant Julie, la fille unique de l'empereur. Plus tard, Octave put aussi compter sur les qualités militaires exceptionnelles de ses deux beaux-fils, les fils de son épouse Livie. D'abord Drusus, vainqueur des Germains, puis son frère Tibère (le futur empereur), que l'on peut très certainement considérer comme l'un des plus brillants soldats de toute l'histoire militaire romaine (campagnes victorieuses dans les Alpes, dans les Balkans, en Germanie).

Bref, Octave Auguste fut donc, avant tout, un éminent politicien, doté d'un sens aigu des réalités, un pragmatique qui s'encombrait peu de scrupules, mais qui était assez conscient de ses propres limites (surtout dans les domaines militaires et artistiques) pour confier les problèmes qui le dépassaient à des personnes plus compétentes que lui.

Finalement, savoir déléguer avec intelligence et discernement, n'est-ce pas là le signe le plus sûr du vrai génie ?

agrippa

 

 
 
 
17 Octobre 2009
Pauline a écrit :
Je viens une nouvelle fois chercher des pistes auprès de vos connaissances. Je m’interroge sur le rituel du mariage à la fin du Bas-Empire qui a certainement dû évoluer avec l’imposition du christianisme comme religion officielle de l’empire. Je n’ai réussi à trouver aucune information à ce sujet, tant dans le rituel en lui-même qu’administrativement. La seule indication trouvée (dans laquelle je n’ai pas une confiance absolue, loin de là) mentionne l’interdiction aux soldats de se marier durant leur service alors qu’il est avéré que les familles des soldats vivaient près des forts dans le cas des Limitanei. La moindre information de votre part m’aiderait beaucoup à faire la lumière. {…)
 
 
 
RÉPONSE :

Sur le mariage romain durant le Bas-Empire, je n'ai guère trouvé, dans ma bibliothèque, que ce texte qui serait peut-être susceptible de vous intéresser :

“Les lois d'Auguste sur le mariage étaient toujours en vigueur : obligation d'être marié et d'avoir trois enfants pour recevoir des héritages de parents éloignés ou d'étrangers à la famille, obligation de répudier l'épouse adultère et de la dénoncer aux tribunaux. Constantin alla dans le même sens, à deux exceptions près.

La première leva l'obligation de mariage, permettant aux célibataires de recevoir tous les legs. L'orateur qui prononça le panégyrique de Constantin en 307 à l'occasion de ses fiançailles avec la fille de Maximien (Constantin a plus de trente ans alors que Fausta a tout au plus neuf ans au moment du mariage à Trèves en 307) rappelait que « les lois qui frappent les célibataires d'une amende et ont honoré les parents de récompense passent avec raison pour le fondement de l'État », en fournissant des hommes aux armées. Treize ans plus tard, en 320, Constantin autorisait les legs aux célibataires, inspiré par le christianisme au dire de Cassiodore.

Le mariage romain était fondé sur le consentement des époux, même s'il y fallait aussi pour le fils en puissance paternelle, et pour les filles dans tous les cas, le consentement des pères, tuteurs ou proches, et même de la mère, mentionnée depuis les Sévères. Il était entendu que dès que l'affectio maritalis, l'amour conjugal, n'existait plus, le mariage était dissous par une décision commune de divorce, sans besoin aucun de formalités. Le divorce d'un commun accord se maintint. Les époux avaient chacun, en droit romain classique, la possibilité de prendre l'initiative d'une répudiation, même sans faute, à condition d'en assumer les inconvénients matériels, comme la perte d'une part de sa dot pour la femme et la restitution de la dot par le mari. L'État faisait obligation au mari de répudier son épouse adultère sous peine de sanctions : confiscation de biens, exil, infamie. La seconde mesure de Constantin en discordance avec l'idéologie d'Auguste concerne la répression de l'adultère.

Prenons donc la disposition centrale de protection du mariage, qui concerne l'adultère (relation d'une femme avec un autre que son mari). En 326, Constantin donne à des proches (frères, cousins, beaux-frères), mais retire au père de la femme et aux étrangers, le droit et le devoir de la dénoncer. Il libère le mari du délai mis par Auguste à la dénonciation. Cela dit, la femme adultère et son amant sont condamnés, peut-être à mort si le texte du Code Justinien ne comporte pas un ajout. Constance décidera en 339 (Cod. Theod. XI, 36, 4) que les adultères, « sacrilège des noces », doivent être mis en sac avec 4 animaux - serpent, singe, coq et chien - et noyés. En 326 toujours, Constantin précisait que si l'on ne peut accuser d'adultère une fille d'auberge, non honorable et non tenue à la fidélité, la patronne de taverne, mieux protégée dans sa profession, pouvait être accusée d'adultère. Il s'agit donc d'une législation contre l'adultère qui s'adresse à tous milieux pourvu que le mariage soit valide, entre homme et femme honorables.

La crainte du stupre ou de l'adultère est telle qu'en cas de rapt, la fille est condamnée elle-même avec celui qui l'a enlevée, car elle eût pu « rester à la maison à attendre le mariage ou crier pour alerter les voisins ».

L'adultère de l'épouse est l'une des trois causes de répudiation retenues par la loi de 331. En effet, si Constantin et ses successeurs n'ont jamais cru pouvoir empêcher les divorces par consentement mutuel, les répudiations (unilatérales) ont été restreintes à trois causes: adultère, empoisonneuse, activité d'entremetteuse pour la femme ; homicide, empoisonneur, violateur de sépulture pour le mari. Il devenait difficile de trouver une cause de répudiation, donc de dissoudre son mariage sans considérable perte financière pour les deux, et pour l'homme sans perte du droit de se remarier. Remarquons encore que jusque-là le mari pouvait répudier son épouse si elle avait avorté sans son consentement. L'avortement ne redevint une cause de répudiation qu'entre 533 et 542.

Il ne faut pas se faire d'illusions : même auparavant, les maris aisés n'avaient aucun besoin de répudier leur épouse en général. Ils avaient des concubines, libres ou esclaves, honorables ou non. Constantin a décidé en 326 d'interdire le concubinat concomitant au mariage. Le résultat devait être l'expansion de la prostitution, à laquelle il donna tout un quartier à Constantinople. Si Constantin a demandé - toujours par une mesure dont nous ignorons la date - aux hommes vivant en concubinat et non mariés par ailleurs, ni déjà pères d'enfants légitimes, d'épouser leur concubine à condition qu'elle soit ingénue et épousable, c'est-à-dire honorable (ingenua honestae vitae) et s'il les a autorisés en se mariant à légitimer les enfants nés de ce concubinat, il a empêché les libéralités aux concubines, à leurs enfants, et, en 336, il a dégradé les sénateurs qui avaient des enfants avec des femmes non honorables et révoqué les donations aux concubines ou aux enfants . Les femmes énumérées sont d'abord les esclaves et les affranchies, puis toutes les femmes des milieux du spectacle, des tavernes, et cela de façon héréditaire. C'est la liste même de celles que le droit classique recommandait de prendre pour concubines. Constantin admet la transmission du statut d'infâme, contrairement à l'Église. En somme, il incitait les notables et sénateurs au mariage ou à des relations passagères et, pour tous, il décourageait le concubinat avec les femmes nées libres et d'honnête vie.

Constantin se contenta donc d'inciter les concubins au mariage quand l'homme n'était pas déjà marié, et seulement si la concubine était ingénue et d'honnête vie. Il permettait en ce cas la légitimation des enfants auxquels il réservait le nom d'« enfants naturels », opposés aux enfants de femmes non honorables, les spurii. On suppose que les empereurs refusèrent dès lors les demandes d'adrogation d'enfants illégitimes [adrogation : en droit romain : action d'adopter pour fils une personne qui n'est pas sous la puissance paternelle] et on suppose, à la lecture des décisions postérieures, une mesure de Constantin interdisant tout don ou legs aux enfants illégitimes.

La situation était toute nouvelle. Jusque-là, des accommodements entre époux permettaient de maintenir le mariage tout en permettant au mari une vie parallèle avec une concubine, généralement une affranchie. Ce système répandu dans l'Empire était supprimé au profit d'un mariage assorti du recours à la prostitution.

Devant les obligations du mariage, les hommes, engagés par des fiançailles qui prirent un rôle plus important, par l'échange de donations en particulier, laissaient les choses en l'état, repoussaient les noces aussi longtemps que possible. Constantin leur donna un délai maximal de deux ans, avec sanctions financières à la clé (332). Si l'accord avait été accompagné d'un baiser, les donations de fiançailles étaient valides même en cas de décès d'un des fiancés.

Un des inconvénients du mariage, tel qu'Auguste le reconnaissait, était la dot que remettait le père de l'épouse au mari et qui devait être restituée partiellement ou augmentée selon les conditions de la séparation du couple. Constantin demanda au mari de verser lui aussi une somme équivalente.

En droit romain sous le Haut-Empire (…), les femmes mariées demeuraient sous la puissance de leur père, dont elles portaient le nom. À la mort de leur pater familias, elles avaient un tuteur, sauf si elles avaient eu trois enfants. Cette considérable liberté, limitée par les questions de dot, les convenances et les stratégies matrimoniales, avait été étendue à l'Empire. Constantin fait du mari le curateur de sa femme et fait représenter les épouses par leur mari devant les tribunaux .”

(Jean-Michel CARRIÉ et Aline ROUSELLE, L’Empire romain en mutation - des Sévères à Constantin - 192-337, Editions du Seuil, Coll. Points Histoire, 1999)

empire romain en mutation

 

 
 
 
24 Octobre 2009
Jean a écrit :

1. Un détail à propos des décimations : j'ai lu quelque part, je ne sais plus où, que Marc Antoine en a fait une lors de sa campagne contre les Parthes.

 
 
 
RÉPONSE :

Bien vu pour la décimation ! Il en est question chez PLUTARQUE (Vie d'Antoine, 42) : "Cependant les Mèdes qu'on tenait assiégés ayant fait une sortie sur ceux qui gardaient la levée, leur causèrent un tel effroi, qu'ils les mirent en fuite. Antoine, irrité contre eux, employa, pour punir leur lâcheté, l'ancienne peine de la décimation ; il les partagea par dizaines, fit mourir de chaque dizaine celui que le sort avait désigné, et ordonna qu'on donnât aux autres de l'orge au lieu de froment pour leur nourriture."

Plus loin dans ce texte, ce sont les soldats eux-mêmes, honteux d'avoir déçu leur général en résistant trop mollement à un nouvel assaut des Parthes, qui lui proposent de procéder à leur décimation. Mais cette fois, Antoine se montre indulgent… ou résigné.

 
 

2. Sur Robert Ambelain, il y a beaucoup à redire, mais sur la question des "frères Jacques", comme il dit, c'est parole d'Évangile, il y avait bien deux apôtres de ce nom, dont on peut donc supposer respectivement frère et demi-frère de Jésus, et donc sa démonstration sur Jacob et Simon n'est pas contredite par les mentions du deuxième (ce qui ne veut pas dire qu'elle est imparable et définitive). Au fait, avez-vous son livre sur Paul avec la réhabilitation de Néron ?

La thèse de Jésus agitateur politique a d'abord été soutenue, autant qu'on sache, par Hermann Reimarus (1694-1768). Je l'ai moi-même explorée dans pagesperso-orange.fr/daruc, voire dans un essai plus développé (si vous avez des lumières sur les possibilités d'édition…).

 
 
 
RÉPONSE :

Merci pour ces précisions sur les "Frères Jacques" (voyez ici : Clic !) et sur l'hypothèse d'un Jésus "messianique", à laquelle, en gros, je souscris également.

Quant à Robert AMBELAIN, lui-même, hum !… Ainsi que je l'ai déjà signalé dans mes pages Web, je garde une certaine tendresse pour cet auteur dont les bouquins contribuèrent grandement, lorsque j'eus quinze ans révolus (dixit Brassens), au début des années 70, à ouvrir mon jeune esprit à d'autres vérités qu'à celles du lourd catéchisme catholique ambiant. In illo tempore, j'ai donc dévoré ses trois livres (Jésus, ou le mortel secret des Templiers, La vie secrète de saint Paul et Les lourds secrets du Golgotha). Toutefois force m'est d'avouer aujourd'hui que j'éprouve quelques difficultés à me retrouver dans ses thèses, souvent assez confuses et - j'en ai bien peur - parfois même contradictoires.

robert ambelain - jesus robert ambelain - golgotha robert ambelain - saint paul

 

 
 
Conclusion de Jean :

Merci pour les précisions.

Robert Ambelain devait être un peu fou. Ses considérations sur l'astrologie ou la magie noire sont sidérantes, il pose des hypothèses aventureuses qui deviennent certitudes arrêtées quelques pages plus loin. Il accuse formellement Paul d'avoir incendié Rome en quatrième de couverture, mais ne propose que de vagues procès d'intention pour étayer. J'ai aussi son livre sur le vampirisme (à ne pas lire avant de s'endormir) et celui sur l'Ancien Testament (décevant, il ne connaît même pas la "thèse documentaire").

(…)

Sur les décimations "proposées" par les soldats eux-mêmes, c'était peut-être une façon d'espérer y échapper en attendrissant le chef, non ? César a aussi refusé celle qu'on lui proposait après Dyrrhachium.

 
 
 
 
28 Octobre 2009
Gérard a écrit :
Petite question : Caligula, dit Caius Cæsar Germanicus, s’était approprié une assez belle fortune lorsqu’il fut nommé empereur. Il dilapida (dit-on) cette fortune en divertissements onéreux ainsi que dans des projets de construction très audacieux. Je ne vois trace nulle part de la fortune qu’il avait, et comment se l’était-il appropriée ? Son père (le général Germanicus) avait-il, à sa mort, une véritable fortune personnelle ? Pourriez-vous éclairer ma lanterne à ce sujet ?
 
 
 
RÉPONSE :

L'origine des fonds colossaux dont Caligula disposa lors de son accession au pouvoir ne recèle pas le moindre mystère : il s'agissait du magot accumulé par l'empereur Tibère, son grand-oncle et prédécesseur à l'Empire. Et pas seulement la fortune personnelle du richissime "tonton à héritage", mais aussi le "trésor public", les gigantesques réserves monétaires qu'une gestion scrupuleuse (sinon avaricieuse) des dépenses et une perception minutieuse (voire tatillonne) des impôts lui avaient permis d'accumuler tout au long de son interminable règne.

À combien se montait cette fortune ?
Suétone (Vie de Caligula, 37) l'évalue à trois milliards 700 millions de sesterces. Ne me demandez pas de convertir en monnaie moderne, j'en suis incapable. Mais c'est tout bonnement faramineux !

Évidemment, le brave Suétone ne manque pas de dénoncer cette prodigalité extravagante, présentée comme l'un des symptômes les plus évidents de la folie de Caligula. C'est de bonne guerre, dirons-nous, mais évidemment caricatural et partial. En réalité, cette politique somptuaire était probablement tout sauf improvisée, inadéquate ou malhabile. D'aucuns estiment même que cette prétendue gabegie du soi-disant foldingue Caligula était nécessaire !

Je ne suis pas économiste, mais tout esprit doté d'un minimum de bon sens peut comprendre que, dans un environnement où les métaux précieux étaient rares (autrement dit, la quantité d'or et d'argent, indispensables pour frapper monnaie, était limitée et les stocks difficilement renouvelables), la thésaurisation excessive pratiquée par Tibère ne pouvait que générer de graves problèmes. À force d'accumuler l'or et l'argent dans ses caves, le vieil empereur avait provoqué une pénurie monétaire. Entassées dans les coffres impériaux, les belles et bonnes pièces en métaux nobles devenaient rares sur les marchés, car - cercle vicieux -, circulant difficilement, les deniers d'argent avaient aussi une fâcheuse tendance à ne sortir que péniblement des caches où les particuliers les conservaient précieusement "au cas où". Et comme, d'autre part, les ateliers monétaires ne suffisaient plus à fournir la quantité astronomique de petites pièces qui, faute de "grosses valeurs", étaient désormais indispensables aux échanges, cette crise monétaire engendrait une crise grave : l'argent circulant mal, la récession menaçait et tout le système économique trinquait.

caius caligula

L'initiative de Caligula de réinjecter rapidement dans le circuit économique la plus grande partie de la manne monétaire accumulée par son prédécesseur représentait donc un véritable appel d'air. L'or et l'argent circulant à nouveau, les affaires pouvaient reprendre, les particuliers n'ayant plus aucune raison de continuer à thésauriser, sans aucun profit, de belles monnaies sonnantes et trébuchantes redevenues abondantes.

En fait, mutatis mutandis, Caligula agit comme nos gouvernements lors de la récente crise financière : il utilisa l'argent public pour relancer l'économie et restaurer la confiance des consommateurs. Mais, naturellement, en bon autocrate qu'il était, il "dilapida" cette fortune "selon son bon plaisir" : en jeux de l'amphithéâtre et du cirque, en constructions prestigieuses, en cadeaux à la plèbe. Mais peut-on vraiment le blâmer d'avoir agi en démagogue alors que sa politique visait justement à s'appuyer sur le peuple pour mieux juguler les prétentions des aristocrates du Sénat ? Mais, cela, c'était précisément que ce que Suétone, laudateur des vieilles traditions patriciennes et contempteur de tous les empereurs "populistes", ne pouvait en aucun cas pardonner à l'empereur Caius.

 

 
 
 
30 Octobre 2009
Nicolas a écrit :

J'ai lu (dans Bowersock, je crois) que Julien avait consacré une monographie à la bataille de Strasbourg, pourriez-vous me dire de quoi il s'agit ?

Autre question (quelque peu spéciale mais si vous aviez une piste à me donner, je vous en serais fort reconnaissant), j'aurais besoin pour un travail d'une vidéo/interview/etc, bref une source audio en anglais traitant de notre cher empereur Julien, mais j'ai bien du mal à en trouver. Une idée ?

 
 
 
RÉPONSE :

Je suis désolé, mais je n'ai pas trouvé de réponses aux questions que vous me soumettez…

Je n'ai pas (encore) lu le livre de Bowersock sur Julien, mais, ailleurs, je ne vois aucune mention d'une monographie sur la bataille de Strasbourg, composée par l'empereur lui-même. Ce texte ne figure d'ailleurs pas dans les Œuvres complètes de Julien (Éditions "Les Belles Lettres"). Mais bien sûr, cela ne signifie pas pour autant qu'il n'a jamais été écrit : il fait peut-être partie des (nombreuses ?) œuvres perdues de Julien.

Ça me dit quelque chose, cette interview en anglais. Il me semble bien qu'un correspondant m'en a parlé jadis, mais, malgré mes recherches, impossible de retrouver qui, où et quand… Je continue toutefois mes investigations et vous fait signe si je trouve une piste.

julien bowersock