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Sommaire Septembre-Octobre 2009 :
- 15 Septembre :
- Les Belges, trop nombreux et trop fortissimi
? : Clic !
- Les oppidums gaulois, des forteresses imprenables
? : Clic !
- 15 Septembre :
- 16 Octobre :
- Auguste, miles gloriosus ? : Clic
!
- 17 Octobre :
- Quelques mots sur le mariage durant le Bas-Empire…
: Clic !
- 24 Octobre :
- Antoine adepte des décimations ? : Clic
!
- À propos de Robert Ambelain, de ses Frères
Jacques et de son Jésus politisé
… : Clic !
- 28 Octobre :
- Caligula claque le fric de tonton Tibère :
Clic !
- 30 Octobre :
- Julien aurait-il relaté lui-même "sa"
bataille de Strasbourg ? : Clic
!
- Nicolas recherche un document audio sur Julien…:
Clic !
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RECHERCHE
DANS LE SITE
"EMPEREURS ROMAINS"
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| 15 septembre 2009 |
| Gérard
a écrit : |
1.
(…) Je puis presque assuré que les
Belges détenaient non seulement la moitié
(trois-quarts) de la France, mais aussi la moitié
de l'"Angleterre", et qu'il fallut à
César de faire un choix (…) politique
! Les Belges étaient trop nombreux
pour ne pas les divisés ! Mais nous n'étions
pas sur place…. Comment le prouver ? Mais
rassurez-moi en me disant que je dis la vérité
au sujet des Belges, car à mon humble avis,
il n'y avait qu'eux que César redoutait…
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| RÉPONSE
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La documentation
dont je dispose n'évoque que d'assez
loin l'histoire de la Gaule préromaine.
Je serais donc bien peine de répondre
précisément à vos
questions sur mes ancêtres les Belges.
Je vous trouve toutefois un tantinet optimiste
quant à l'étendue du territoire
des Belges antiques. La moitié,
voire les trois-quarts de la France, dites-vous…
D'après les meilleurs historiens,
ce serait plutôt un tiers de la
Gaule : de la rive droite de la Seine
à l'embouchure du Rhin, avec les
bassins de l'Escaut, de la Meuse et de
la Moselle. Bref : le Nord, Nord-Est de
la France (régions de Haute-Normandie,
de Picardie, du Nord-Pas-de-Calais, de
Champagne-Ardenne et d'une partie de la
Lorraine), la Belgique "moderne"
et le Sud des Pays-Bas.
Quant à savoir si parmi les peuples
de Gaules, César
ne redoutait que les Belges, c'est une
autre paire de manches. Comment le savoir
? Il a bien écrit que de tous les
peuples de la Gaule, les Belges étaient
les plus courageux, et les combats qu'il
leur livra furent parfois hasardeux :
la bataille de la Sabis ne fut
gagnée que de justesse par ses
légions, et Ambiorix, roi des Éburons,
infligea un sérieux revers à
ses lieutenants Sabinius et Cotta. Mais
les Belges ne furent pas les seuls à
résister opiniâtrement à
l'envahisseur romain (voyez Vercingétorix
à Gergovie), et - mon chauvinisme
belgicain dût-il en pâtir
- je pense que César apprit, au
fil de son aventure gauloise, que la plupart
des peuples de cette région pouvaient
se révéler des adversaires
coriaces. |
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2.
Les Oppida (Oppidums)
étaient-ils de vraies forteresses, comme
César voulait le faire croire, où
bien, pouvait-il y entrer comme il le voulait ?
Il me semble qu'il y en avait quelques-uns difficiles
d'accès, comme à Bribacte, mais pour
le reste, étaient-ils imprenables
? Merci de me renseigner sur ces fameuses
"forteresses" !
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| RÉPONSE
: |
| Bien sûr le mot
oppidum est latin, et signifie d'abord "ville
fortifiée". Il ne s'agissait donc généralement
pas d'une simple forteresse, mais d'un point de peuplement
(gros village ou même ville) doté de
fortifications naturelles (d'ordinaire sis sur un
éperon rocheux dominant la plaine) et artificielles
(fossés, palissade, tours). La capacité
de résistance aux assauts ennemis d'un oppidum
pouvait donc sensiblement varier en fonction de la
valeur stratégique du site choisi et des aménagements
effectués par les occupants pour renforcer
ses défenses naturelles…
Pour le reste, le sort de toute fortification dite
imprenable" étant d'être
prise un jour, il n'y eut pas plus d'oppidum imprenable
que de forteresses, citadelles, forts, fortins imprenables.
L'imprenable citadelle juive de Massada
finit par succomber aux assauts des Romains, toutes
les imprenables nids d'aigles cathares, ces
"citadelles du vertige" (Montségur,
Peyrepertuse, Quéribus) se rendirent aux croisés
septentrionaux, l'imprenable Crac des Chevalier
fut pris par les Mamelouks, Louis XIV s'empara de
l'imprenable citadelle de Namur, et, en mai 1940,
l'imprenable belge fort d'Eben-Emael fut
pris en quelques heures par les paras allemands, juste
quelques jours avant la reddition de l'infranchissable
ligne Maginot.
Alors, vous voyez, "imprenable", c'est relatif
!
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| RÉACTION
À CE COURRIER |
| 11 Novembre
2009 |
| Jean-Charles
a écrit : |
| Je tiens
à préciser que selon les
historiens romains bien connus, Uderzus
et Goscinnus, il existait bien un village
imprenable résistant encore et
toujours à l'envahisseur.
Quoiqu'helléniste, je fis un
peu de latin et je me rappelle un cours
où notre professeur nous parlait
d'une ville prétendant pouvoir
résister 9 années à
un siège de l'armée romaine,
qui recut la réponse suivante du
général romain : "Eh
bien, nous attendrons 10 ans !…"
(avec les incertitudes d'un souvenir de
plus de 20 ans…).
Labor improbus omnia vincit !
Si cela inspire un lecteur de votre site,
merci à lui d'indiquer la référence
- ou la légende, ou la confusion
avec Troie par exemple… |
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| 15 Septembre 2009 |
| Jean-Michel
Thibaux (www.peuplesantiques.com)
a écrit : |
J'ai
quelquefois été cité en référence
sur votre site.
Permettez-moi de vous signaler la mise en ligne de
mon nouveau site :
L'ANTIQUITÉ
PAS À PAS |
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| RÉPONSE
: |
Je me ferai, bien sûr,
un plaisir de signaler à l'attention de mes
visiteurs votre
site, aussi intéressant et utile que l'est
déjà, pour moi, votre Pour comprendre
la Rome antique, ce "petit" livre que
je garde toujours, précieux et fidèle
aide-mémoire, à portée de main,
au coin de mon bureau.
| 
Jean-Michel THIBAUX
Pour comprendre la Rome antique
Pocket N°10851 |
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| 16 Octobre 2009 |
| Gérard
a écrit : |
| (…)
Une petite question : Octavianus Augustus
devait avoir une aide prépondérable et
digne d'éloges, pour parvenir à être
Empereur après Jules César ! De
nombreux généraux devaient être
à son service, ou alors s'était-il forgé
lui-même ? |
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| RÉPONSE
: |
Disons, pour rester
gentil, qu'Octave
Auguste n'avait que peu de goût pour
les choses militaires, mais qu'il savait s'entourer
de généraux capables… qui
tiraient les marrons du feu pour lui.Examinant
objectivement les faits, on pourrait même
douter de son courage physique, voire le taxer
de couardise, tant il avait, semble-t-il, une
fâcheuse tendance à "se faire
porter pâle" quand cela commençait
à chauffer sérieusement.
On ne sait trop ce qui se passa lors de sa
première vraie bataille, en 43 av. J.-C.,
lorsqu'il affronta Marc
Antoine devant Modène. Mais toujours
est-il que les deux autres chefs de son armée,
les consuls Hirtius et Pansa, trouvèrent
la mort au combat - victorieux pour leur parti
-, et que notre futur Auguste s'en tira, lui,
sans la moindre égratignure… Et
pour cause puisqu'il avait pris grand soin de
ne pas s'exposer inconsidérément
aux glaives et pilums antoniens !
En 41 av. J.-C., ce fut Marc Antoine, réconcilié
avec lui et devenu son allié, qui remporta
la bataille de Philippes contre les forces de
Brutus et Cassius, les assassins de César.
Durant ce combat, notre "brave" Tatave,
lui, avait été contraint de rester
alité, souffrant paraît-il de mille
maux. il ne sortit de sa torpeur que pour s'enfuir
précipitamment devant une contre-attaque
des "Républicains", qui criblèrent
d'ailleurs sa litière - heureusement
vide - de flèches, au point de la mettre
en pièces.
Dix ans plus tard, à Actium,
rebelote ! Prudemment planqué à
l'arrière dans une robuste galère,
Octave laissa le sale boulot à son copain
Agrippa,
qui s'en tira d'ailleurs fort bien en écrasant
les forces navales d'Antoine et de Cléopâtre.
Une nouvelle victoire "par procuration"
qui faisait de lui, le tout prochainement futur
Auguste, le seul maître de l'Empire romain.
Cependant, ne caricaturons point ! Il est certain
qu'Octave Auguste, de santé très
fragile et de constitution délicate (ce
qui ne l'empêcha toutefois pas de mourir
à un âge très avancé
pour l'époque), ne se sentait pas très
à l'aise au plus fort des combats. Mais
il n'était pas pour autant le pleutre,
le couard que ses ennemis ont dépeint.
Il n'aurait jamais accédé au pouvoir
suprême sans le respect de ses soldats,
et ces rudes légionnaires devaient avoir
un flair infaillible pour détecter à
mille lieues tout pétochard ou tire-au-flanc
! |
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Comme je l'ai écrit
plus haut, Octave eut donc la grande chance
de pouvoir compter sur d'habiles stratèges
qui "gagnèrent à sa place"
les batailles décisives de Modène,
de Philippes et d'Actium. Ayant pris définitivement
le contrôle de l'Empire, il eut aussi
le génie de s'assurer la fidélité
des meilleurs généraux de son
temps, qui le servirent tout au long de leur
vie, sans jamais tenter de tirer parti de leur
popularité pour "devenir Auguste
à la place d'Auguste". Agrippa,
le vrai vainqueur d'Actium, resta longtemps
le bras armé de l'Empire, et fut récompensé
(enfin, si j'ose dire, car la donzelle était
tout sauf un cadeau) en épousant Julie,
la fille unique de l'empereur. Plus tard, Octave
put aussi compter sur les qualités militaires
exceptionnelles de ses deux beaux-fils, les
fils de son épouse Livie.
D'abord Drusus, vainqueur des Germains, puis
son frère Tibère
(le futur empereur), que l'on peut très
certainement considérer comme l'un des
plus brillants soldats de toute l'histoire militaire
romaine (campagnes victorieuses dans les Alpes,
dans les Balkans, en Germanie).
Bref, Octave Auguste fut donc, avant tout,
un éminent politicien, doté d'un
sens aigu des réalités, un pragmatique
qui s'encombrait peu de scrupules, mais qui
était assez conscient de ses propres
limites (surtout dans les domaines militaires
et artistiques) pour confier les problèmes
qui le dépassaient à des personnes
plus compétentes que lui.
Finalement, savoir déléguer avec
intelligence et discernement, n'est-ce pas là
le signe le plus sûr du vrai génie
? |
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| 17 Octobre 2009 |
| Pauline
a écrit : |
| Je
viens une nouvelle fois chercher des pistes auprès
de vos connaissances. Je m’interroge sur le rituel
du mariage à la fin du Bas-Empire
qui a certainement dû évoluer avec l’imposition
du christianisme comme religion officielle de l’empire.
Je n’ai réussi à trouver aucune
information à ce sujet, tant dans le rituel en
lui-même qu’administrativement. La seule
indication trouvée (dans laquelle je n’ai
pas une confiance absolue, loin de là) mentionne
l’interdiction aux soldats de se marier durant
leur service alors qu’il est avéré
que les familles des soldats vivaient près des
forts dans le cas des Limitanei. La moindre information
de votre part m’aiderait beaucoup à faire
la lumière. {…) |
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| RÉPONSE
: |
Sur le mariage
romain durant le Bas-Empire, je n'ai guère
trouvé, dans ma bibliothèque, que ce
texte qui serait peut-être susceptible de vous
intéresser :
| Les lois
d'Auguste sur le mariage étaient toujours
en vigueur : obligation d'être marié
et d'avoir trois enfants pour recevoir des héritages
de parents éloignés ou d'étrangers
à la famille, obligation de répudier
l'épouse adultère et de la dénoncer
aux tribunaux. Constantin alla dans le même
sens, à deux exceptions près.
La première leva l'obligation de mariage,
permettant aux célibataires de recevoir
tous les legs. L'orateur qui prononça
le panégyrique de Constantin en 307 à
l'occasion de ses fiançailles avec la
fille de Maximien (Constantin a plus de trente
ans alors que Fausta a tout au plus neuf ans
au moment du mariage à Trèves
en 307) rappelait que « les lois qui frappent
les célibataires d'une amende et ont
honoré les parents de récompense
passent avec raison pour le fondement de l'État
», en fournissant des hommes aux armées.
Treize ans plus tard, en 320, Constantin autorisait
les legs aux célibataires, inspiré
par le christianisme au dire de Cassiodore.
Le mariage romain était fondé
sur le consentement des époux, même
s'il y fallait aussi pour le fils en puissance
paternelle, et pour les filles dans tous les
cas, le consentement des pères, tuteurs
ou proches, et même de la mère,
mentionnée depuis les Sévères.
Il était entendu que dès que l'affectio
maritalis, l'amour conjugal, n'existait
plus, le mariage était dissous par une
décision commune de divorce, sans besoin
aucun de formalités. Le divorce d'un
commun accord se maintint. Les époux
avaient chacun, en droit romain classique, la
possibilité de prendre l'initiative d'une
répudiation, même sans faute, à
condition d'en assumer les inconvénients
matériels, comme la perte d'une part
de sa dot pour la femme et la restitution de
la dot par le mari. L'État faisait obligation
au mari de répudier son épouse
adultère sous peine de sanctions : confiscation
de biens, exil, infamie. La seconde mesure de
Constantin en discordance avec l'idéologie
d'Auguste concerne la répression de l'adultère.
Prenons donc la disposition centrale de protection
du mariage, qui concerne l'adultère (relation
d'une femme avec un autre que son mari). En
326, Constantin donne à des proches (frères,
cousins, beaux-frères), mais retire au
père de la femme et aux étrangers,
le droit et le devoir de la dénoncer.
Il libère le mari du délai mis
par Auguste à la dénonciation.
Cela dit, la femme adultère et son amant
sont condamnés, peut-être à
mort si le texte du Code Justinien ne comporte
pas un ajout. Constance décidera en 339
(Cod. Theod. XI, 36, 4) que les adultères,
« sacrilège des noces »,
doivent être mis en sac avec 4 animaux
- serpent, singe, coq et chien - et noyés.
En 326 toujours, Constantin précisait
que si l'on ne peut accuser d'adultère
une fille d'auberge, non honorable et non tenue
à la fidélité, la patronne
de taverne, mieux protégée dans
sa profession, pouvait être accusée
d'adultère. Il s'agit donc d'une législation
contre l'adultère qui s'adresse à
tous milieux pourvu que le mariage soit valide,
entre homme et femme honorables.
La crainte du stupre ou de l'adultère
est telle qu'en cas de rapt, la fille est condamnée
elle-même avec celui qui l'a enlevée,
car elle eût pu « rester à
la maison à attendre le mariage ou crier
pour alerter les voisins ».
L'adultère de l'épouse est l'une
des trois causes de répudiation retenues
par la loi de 331. En effet, si Constantin et
ses successeurs n'ont jamais cru pouvoir empêcher
les divorces par consentement mutuel, les répudiations
(unilatérales) ont été
restreintes à trois causes: adultère,
empoisonneuse, activité d'entremetteuse
pour la femme ; homicide, empoisonneur, violateur
de sépulture pour le mari. Il devenait
difficile de trouver une cause de répudiation,
donc de dissoudre son mariage sans considérable
perte financière pour les deux, et pour
l'homme sans perte du droit de se remarier.
Remarquons encore que jusque-là le mari
pouvait répudier son épouse si
elle avait avorté sans son consentement.
L'avortement ne redevint une cause de répudiation
qu'entre 533 et 542.
Il ne faut pas se faire d'illusions : même
auparavant, les maris aisés n'avaient
aucun besoin de répudier leur épouse
en général. Ils avaient des concubines,
libres ou esclaves, honorables ou non. Constantin
a décidé en 326 d'interdire le
concubinat concomitant au mariage. Le résultat
devait être l'expansion de la prostitution,
à laquelle il donna tout un quartier
à Constantinople. Si Constantin a demandé
- toujours par une mesure dont nous ignorons
la date - aux hommes vivant en concubinat et
non mariés par ailleurs, ni déjà
pères d'enfants légitimes, d'épouser
leur concubine à condition qu'elle soit
ingénue et épousable, c'est-à-dire
honorable (ingenua honestae vitae) et
s'il les a autorisés en se mariant à
légitimer les enfants nés de ce
concubinat, il a empêché les libéralités
aux concubines, à leurs enfants, et,
en 336, il a dégradé les sénateurs
qui avaient des enfants avec des femmes non
honorables et révoqué les donations
aux concubines ou aux enfants . Les femmes énumérées
sont d'abord les esclaves et les affranchies,
puis toutes les femmes des milieux du spectacle,
des tavernes, et cela de façon héréditaire.
C'est la liste même de celles que le droit
classique recommandait de prendre pour concubines.
Constantin admet la transmission du statut d'infâme,
contrairement à l'Église. En somme,
il incitait les notables et sénateurs
au mariage ou à des relations passagères
et, pour tous, il décourageait le concubinat
avec les femmes nées libres et d'honnête
vie.
Constantin se contenta donc d'inciter les
concubins au mariage quand l'homme n'était
pas déjà marié, et seulement
si la concubine était ingénue
et d'honnête vie. Il permettait en ce
cas la légitimation des enfants auxquels
il réservait le nom d'« enfants
naturels », opposés aux enfants
de femmes non honorables, les spurii.
On suppose que les empereurs refusèrent
dès lors les demandes d'adrogation d'enfants
illégitimes [adrogation : en
droit romain : action d'adopter pour fils une
personne qui n'est pas sous la puissance paternelle]
et on suppose, à la lecture des décisions
postérieures, une mesure de Constantin
interdisant tout don ou legs aux enfants illégitimes.
La situation
était toute nouvelle. Jusque-là,
des accommodements entre époux
permettaient de maintenir le mariage tout
en permettant au mari une vie parallèle
avec une concubine, généralement
une affranchie. Ce système répandu
dans l'Empire était supprimé
au profit d'un mariage assorti du recours
à la prostitution.
Devant les obligations du mariage, les
hommes, engagés par des fiançailles
qui prirent un rôle plus important,
par l'échange de donations en particulier,
laissaient les choses en l'état,
repoussaient les noces aussi longtemps
que possible. Constantin leur donna un
délai maximal de deux ans, avec
sanctions financières à
la clé (332). Si l'accord avait
été accompagné d'un
baiser, les donations de fiançailles
étaient valides même en cas
de décès d'un des fiancés.
Un des inconvénients du mariage,
tel qu'Auguste le reconnaissait, était
la dot que remettait le père de
l'épouse au mari et qui devait
être restituée partiellement
ou augmentée selon les conditions
de la séparation du couple. Constantin
demanda au mari de verser lui aussi une
somme équivalente.
En droit romain sous le Haut-Empire
(…), les femmes mariées demeuraient
sous la puissance de leur père,
dont elles portaient le nom. À
la mort de leur pater familias,
elles avaient un tuteur, sauf si elles
avaient eu trois enfants. Cette considérable
liberté, limitée par les
questions de dot, les convenances et les
stratégies matrimoniales, avait
été étendue à
l'Empire. Constantin fait du mari le curateur
de sa femme et fait représenter
les épouses par leur mari devant
les tribunaux .
(Jean-Michel CARRIÉ et Aline ROUSELLE,
LEmpire romain en mutation -
des Sévères à Constantin
- 192-337, Editions du Seuil, Coll.
Points Histoire, 1999) |
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| 24 Octobre 2009 |
| Jean
a écrit : |
1.
Un détail
à propos des décimations
: j'ai lu quelque part, je ne sais plus où,
que Marc Antoine en a fait une lors de
sa campagne contre les Parthes.
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| RÉPONSE
: |
Bien vu pour la décimation
! Il en est question chez PLUTARQUE (Vie
d'Antoine, 42) : "Cependant les
Mèdes qu'on tenait assiégés
ayant fait une sortie sur ceux qui gardaient la
levée, leur causèrent un tel effroi,
qu'ils les mirent en fuite. Antoine, irrité
contre eux, employa, pour punir leur lâcheté,
l'ancienne peine de la décimation ; il les
partagea par dizaines, fit mourir de chaque dizaine
celui que le sort avait désigné, et
ordonna qu'on donnât aux autres de l'orge
au lieu de froment pour leur nourriture."
Plus loin dans ce texte, ce sont les soldats eux-mêmes,
honteux d'avoir déçu leur général
en résistant trop mollement à un nouvel
assaut des Parthes, qui lui proposent de procéder
à leur décimation. Mais cette fois,
Antoine
se montre indulgent… ou résigné.
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2.
Sur Robert
Ambelain, il y a beaucoup à redire,
mais sur la question des "frères
Jacques", comme il dit, c'est
parole d'Évangile, il y avait bien deux
apôtres de ce nom, dont on peut donc supposer
respectivement frère et demi-frère
de Jésus, et donc sa démonstration
sur Jacob et Simon n'est pas contredite par les
mentions du deuxième (ce qui ne veut pas
dire qu'elle est imparable et définitive).
Au fait, avez-vous son livre sur Paul avec la
réhabilitation de Néron ?
La thèse de Jésus
agitateur politique a d'abord été
soutenue, autant qu'on sache, par Hermann Reimarus
(1694-1768). Je l'ai moi-même explorée
dans pagesperso-orange.fr/daruc,
voire dans un essai plus développé
(si vous avez des lumières sur les possibilités
d'édition…).
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| RÉPONSE
: |
Merci pour ces précisions
sur les "Frères Jacques" (voyez
ici : Clic
!) et sur l'hypothèse d'un Jésus
"messianique", à laquelle, en gros,
je souscris également.
Quant à Robert AMBELAIN, lui-même,
hum !… Ainsi que je l'ai déjà
signalé dans mes pages Web, je garde une
certaine tendresse pour cet auteur dont les bouquins
contribuèrent grandement, lorsque j'eus quinze
ans révolus (dixit Brassens), au début
des années 70, à ouvrir mon jeune
esprit à d'autres vérités qu'à
celles du lourd catéchisme catholique ambiant.
In illo tempore, j'ai donc dévoré
ses trois livres (Jésus, ou le mortel
secret des Templiers, La vie secrète
de saint Paul et Les lourds secrets du
Golgotha). Toutefois force m'est d'avouer aujourd'hui
que j'éprouve quelques difficultés
à me retrouver dans ses thèses, souvent
assez confuses et - j'en ai bien peur - parfois
même contradictoires.
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| Conclusion
de Jean : |
Merci
pour les précisions.
Robert Ambelain
devait être un peu fou. Ses considérations
sur l'astrologie ou la magie noire sont sidérantes,
il pose des hypothèses aventureuses qui deviennent
certitudes arrêtées quelques pages
plus loin. Il accuse formellement Paul d'avoir incendié
Rome en quatrième de couverture, mais ne
propose que de vagues procès d'intention
pour étayer. J'ai aussi son livre sur le
vampirisme (à ne pas lire avant de s'endormir)
et celui sur l'Ancien Testament (décevant,
il ne connaît même pas la "thèse
documentaire").
(…)
Sur les décimations
"proposées" par les soldats eux-mêmes,
c'était peut-être une façon
d'espérer y échapper en attendrissant
le chef, non ? César a aussi refusé
celle qu'on lui proposait après Dyrrhachium. |
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| 28 Octobre 2009 |
| Gérard
a écrit : |
| Petite
question : Caligula, dit Caius Cæsar
Germanicus, s’était approprié
une assez belle fortune lorsqu’il fut nommé
empereur. Il dilapida (dit-on) cette
fortune en divertissements onéreux
ainsi que dans des projets de construction très
audacieux. Je ne vois trace nulle part de la fortune
qu’il avait, et comment se l’était-il
appropriée ? Son père (le général
Germanicus) avait-il, à sa mort, une véritable
fortune personnelle ? Pourriez-vous éclairer
ma lanterne à ce sujet ? |
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| RÉPONSE
: |
L'origine des fonds
colossaux dont Caligula
disposa lors de son accession au pouvoir ne recèle
pas le moindre mystère : il s'agissait du
magot accumulé par l'empereur Tibère,
son grand-oncle et prédécesseur à
l'Empire. Et pas seulement la fortune personnelle
du richissime "tonton à héritage",
mais aussi le "trésor public",
les gigantesques réserves monétaires
qu'une gestion scrupuleuse (sinon avaricieuse) des
dépenses et une perception minutieuse (voire
tatillonne) des impôts lui avaient permis
d'accumuler tout au long de son interminable règne.
| À combien
se montait cette fortune ?
Suétone (Vie
de Caligula, 37)
l'évalue à trois milliards 700
millions de sesterces. Ne me demandez pas
de convertir en monnaie moderne, j'en suis
incapable. Mais c'est tout bonnement faramineux
!
Évidemment, le brave Suétone
ne manque pas de dénoncer cette prodigalité
extravagante, présentée comme
l'un des symptômes les plus évidents
de la folie de Caligula. C'est de bonne guerre,
dirons-nous, mais évidemment caricatural
et partial. En réalité, cette
politique somptuaire était probablement
tout sauf improvisée, inadéquate
ou malhabile. D'aucuns estiment même
que cette prétendue gabegie du soi-disant
foldingue Caligula était nécessaire !
Je ne suis pas économiste, mais tout
esprit doté d'un minimum de bon sens
peut comprendre que, dans un environnement
où les métaux précieux
étaient rares (autrement dit, la quantité
d'or et d'argent, indispensables pour frapper
monnaie, était limitée et les
stocks difficilement renouvelables), la thésaurisation
excessive pratiquée par Tibère
ne pouvait que générer de graves
problèmes. À force d'accumuler
l'or et l'argent dans ses caves, le vieil
empereur avait provoqué une pénurie
monétaire. Entassées dans les
coffres impériaux, les belles et bonnes
pièces en métaux nobles devenaient
rares sur les marchés, car - cercle
vicieux -, circulant difficilement, les deniers
d'argent avaient aussi une fâcheuse
tendance à ne sortir que péniblement
des caches où les particuliers les
conservaient précieusement "au
cas où". Et comme, d'autre part,
les ateliers monétaires ne suffisaient
plus à fournir la quantité astronomique
de petites pièces qui, faute de "grosses
valeurs", étaient désormais
indispensables aux échanges, cette
crise monétaire engendrait une crise
grave : l'argent circulant mal, la récession
menaçait et tout le système
économique trinquait. |
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L'initiative de Caligula de réinjecter rapidement
dans le circuit économique la plus grande
partie de la manne monétaire accumulée
par son prédécesseur représentait
donc un véritable appel d'air. L'or et l'argent
circulant à nouveau, les affaires pouvaient
reprendre, les particuliers n'ayant plus aucune
raison de continuer à thésauriser,
sans aucun profit, de belles monnaies sonnantes
et trébuchantes redevenues abondantes.
En fait, mutatis mutandis, Caligula agit
comme nos gouvernements lors de la récente
crise financière : il utilisa l'argent public
pour relancer l'économie et restaurer la
confiance des consommateurs. Mais, naturellement,
en bon autocrate qu'il était, il "dilapida"
cette fortune "selon son bon plaisir"
: en jeux de l'amphithéâtre et du cirque,
en constructions prestigieuses, en cadeaux à
la plèbe. Mais peut-on vraiment le blâmer
d'avoir agi en démagogue alors que sa politique
visait justement à s'appuyer sur le peuple
pour mieux juguler les prétentions des aristocrates
du Sénat ? Mais, cela, c'était précisément
que ce que Suétone,
laudateur des vieilles traditions patriciennes et
contempteur de tous les empereurs "populistes",
ne pouvait en aucun cas pardonner à l'empereur
Caius. |
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| 30 Octobre 2009 |
| Nicolas
a écrit : |
J'ai
lu (dans Bowersock,
je crois) que Julien avait consacré
une monographie à la bataille
de Strasbourg, pourriez-vous
me dire de quoi il s'agit ?
Autre question
(quelque peu spéciale mais si
vous aviez une piste à me donner,
je vous en serais fort reconnaissant),
j'aurais besoin pour un travail d'une
vidéo/interview/etc, bref une
source audio en anglais traitant de
notre cher empereur Julien,
mais j'ai bien du mal à en trouver.
Une idée ? |
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| RÉPONSE
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Je suis
désolé, mais je n'ai pas
trouvé de réponses aux
questions que vous me soumettez…
Je n'ai pas (encore) lu le livre
de Bowersock sur Julien, mais, ailleurs,
je ne vois aucune mention d'une monographie
sur la bataille de Strasbourg,
composée par l'empereur lui-même.
Ce texte ne figure d'ailleurs pas dans
les Œuvres complètes
de Julien
(Éditions "Les Belles Lettres").
Mais bien sûr, cela ne signifie
pas pour autant qu'il n'a jamais été
écrit : il fait peut-être
partie des (nombreuses ?) œuvres
perdues de Julien.
Ça me dit quelque chose, cette
interview en anglais. Il me
semble bien qu'un correspondant m'en
a parlé jadis, mais, malgré
mes recherches, impossible de retrouver
qui, où et quand… Je continue
toutefois mes investigations et vous
fait signe si je trouve une piste. |
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