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Juin 2008 (page 2/2)
Sommaire de Juin 2008 : Clic
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| 5 Juin 2008 |
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Lochman Tomas a écrit : |
L'exposition est bilingue (allemand
et français).
Dans sa forme actuelle, elle propose environ 80 affiches,
(une partie sont des prêts de la cinémathèque
suisse - des vrais trésors - une partie vient
de ma propre collection) et 10 moniteurs qui présentent
sous différents points de vue (chronologiques
et thématiques) des extraits spécifiques
des péplums de toutes les époques. En
somme 180 scènes de 105 films différents…
En ce qui concerne le catalogue,
la majorité des articles sont en allemand (trois
contributions sont en français), mais j'offre
sur notre
site des traductions
françaises des pages introductives. |
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| 5 Juin 2008 |
| Thierry
a écrit : |
Objet
: Mon nom est Légion.
"Lorsqu'il fut à
l'autre bord, dans le pays des Gadaréniens,
deux démoniaques, sortant des sépulcres,
vinrent au-devant de lui. Ils étaient si
furieux que personne n'osait passer par là.
Et voici, ils s'écrièrent : Qu'y
a-t-il entre nous et toi, Fils de Dieu ? Es-tu venu
ici pour nous tourmenter avant le temps ?
Il y avait loin d'eux un grand troupeau de pourceaux
qui paissaient. Les démons priaient Jésus,
disant : Si tu nous chasses, envoie-nous dans ce
troupeau de pourceaux. Il leur dit : Allez ! Ils
sortirent, et entrèrent dans les pourceaux.
Et voici, tout le troupeau se précipita des
pentes escarpées dans la mer, et ils périrent
dans les eaux. Ceux qui les faisaient paître
s'enfuirent, et allèrent dans la ville raconter
tout ce qui s'était passé et ce qui
était arrivé aux démoniaques.
Alors toute la ville sortit à la
rencontre de Jésus ; et, dès qu'ils
le virent, ils le supplièrent de quitter
leur territoire." (Matthieu 8,
28-34).
"Ils arrivèrent
à l'autre bord de la mer, dans le pays des
Gadaréniens. Aussitôt que Jésus
fut hors de la barque, il vint au-devant de lui
un homme, sortant des sépulcres, et possédé
d'un esprit impur. Cet homme avait sa demeure dans
les sépulcres, et personne ne pouvait plus
le lier, même avec une chaîne. Car souvent
il avait eu les fers aux pieds et avait été
lié de chaînes, mais il avait rompu
les chaînes et brisé les fers, et personne
n'avait la force de le dompter. Il était
sans cesse, nuit et jour, dans les sépulcres
et sur les montagnes, criant, et se meurtrissant
avec des pierres. Ayant vu Jésus de loin,
il accourut, se prosterna devant lui, et s'écria
d'une voix forte : Qu'y a-t-il entre moi et toi,
Jésus, Fils du Dieu Très Haut ? Je
t'en conjure au nom de Dieu, ne me tourmente pas.
Car Jésus lui disait : Sors de cet homme,
esprit impur ! Et, il lui demanda : Quel est ton
nom ? Légion est mon nom, lui répondit-il,
car nous sommes nombreux. Et il le priait instamment
de ne pas les envoyer hors du pays. Il
y avait là, vers la montagne, un grand troupeau
de pourceaux qui paissaient. Et les démons
le prièrent, disant : Envoie-nous dans ces
pourceaux, afin que nous entrions en eux. Il le
leur permit. Et les esprits impurs sortirent, entrèrent
dans les pourceaux, et le troupeau se précipita
des pentes escarpées dans la mer : il y en
avait environ deux mille, et ils se noyèrent
dans la mer. Ceux qui les faisaient paître
s'enfuirent, et répandirent la nouvelle dans
la ville et dans les campagnes. Les gens allèrent
voir ce qui était arrivé. Ils vinrent
auprès de Jésus, et ils virent le
démoniaque, celui qui avait eu la légion,
assis, vêtu, et dans son bon sens ; et ils
furent saisis de frayeur. Ceux qui avaient vu ce
qui s'était passé leur racontèrent
ce qui était arrivé au démoniaque
et aux pourceaux. Alors ils se mirent à
supplier Jésus de quitter leur territoire."
(Marc 5, 1-17).
C'est curieux mais il me semble
qu'il y a un message caché dans ce récit.
Des légions qui supplient Jésus de ne
pas les chasser du pays et qui se suicident collectivement.
De plus, les païens étaient considérés
comme des pourceaux par les juifs de cette époque.
Et enfin, les habitants qui supplient Jésus
de quitter leur territoire comme s'ils craignaient
des mesures de représailles de la part des
autorités. |
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| RÉPONSE
: |
Tiens, c'est vrai, je
n'avais pas pensé à cette "coïncidence"
! En effet, curieux que ces démons
s'appellent Légion. Est-ce
seulement parce qu'ils sont nombreux, comme l'indique
le texte des Évangiles ou serait-ce une fine
allusion aux forces d'occupation romaines, tout juste
bonnes à s'acoquiner intimement avec des pourceaux,
faute de quitter le pays ?
Votre intuition est vraiment judicieuse et originale.
Remarquez aussi combien la situation matérielle
de l'homme possédé par le démon
Légion s'apparente à celle
de la Judée occupée par les légions
romaines. Comme le démoniaque de Gérasa,
le Peuple élu "avait souvent eu les
fers aux pieds et avait été lié
de chaînes, mais il avait rompu les chaînes
et brisé les fers, et personne n'avait la force
de le dompter". Et pour combattre l'occupant
impie, les zélotes agissaient comme le possédé
: ils allaient "sans cesse, nuit et jour,
dans les sépulcres et sur les montagnes, criant,
et se meurtrissant avec des pierres". Dure
vie que celle des guérilleros de
Judas de Gamala, que celle des barbudos
des sierras de Galilée !
L'impression qu'il s'agit d'un récit purement
allégorique pourrait peut-être encore
se trouver renforcée par certaines incohérences
que relève Robert AMBELAIN. Passons sur l'improbabilité
de trouver des troupeaux de cochons en "Terre
sainte"… Cela, Voltaire le signalait déjà.
Mais il y aussi un problème d'ordre géographique
: "À Gérasa, et en sa région,
il n'y a pas de lac. Pour éviter cet écueil,
on a voulu transférer la scène à
Bethsaïda-Julias, aux bords du lac de Tibériade,
alias de Génésareth, alias mer de Galilée.
Mais alors, l'affaire ne se déroule plus dans
le pays de Gérasa, ni en Galaaditide, mais
bien en Gaulanitide, et à plus de 80 km à
vol d'oiseau de Gérasa… Là encore,
les scribes anonymes du quatrième siècle
ont imaginé à tort et à travers,
sans réfléchir." (Robert AMBELAIN,
Jésus ou le mortel secret des Templiers,
Robert Laffont, 1970).
Mais bien sûr, les croyants nous rétorquerons
que, nous aussi, nous avons le mauvais esprit, que
nous cherchons la petite bête, que nous coupons
les cheveux en quatre, que nous "poil-de-cultons",
bref que nous ergotons oiseusement en omettant l'essentiel.
Que toutes nos vaines arguties n'ôtent pas un
iota à la "belle leçon pour
la vie spirituelle" qu'il faut tirer de
cet épisode évangélique. À
savoir (je cite) que "Jésus, en chassant
les démons des deux démoniaques et de
la terre de Gérasa, montre que les biens spirituels
(= être délivré de ses démons
et grâce sanctifiante) valent qu'on leur sacrifie
des biens matériels (même s'il s'agit
de 200 (1)
têtes de bétail). Les Géraséniens,
effrayés par le dommage subi, expulsent Jésus
de leur pays, montrant ainsi comment les hommes préfèrent
généralement les richesses matérielles
aux richesses spirituelles (= la prédication
et les miracles du Christ)." (Angelo ALBERTI,
le Message des Évangiles, Marabout,
1961).
Ça aussi, ce n'est pas mal trouvé,
n'est-ce pas ?
NOTE
(*) L'ami Jean-Marc
me signale que le texte de l'Évangile parle de 2.000
("disxilioi") têtes de bétail
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| Thierry
réécrit : |
Ce
démoniaque était habité par toutes
sortes d'esprits impurs que l'on nomme haine, rancoeur,
avidité, méchanceté, etc. qui
lui pourrissaient la vie. Je pense que ces pensées
négatives étaient qualifiés de
"démons" à cette époque.
Jésus intervient donc et libère cet
homme de tous ces mauvais penchants.
Remarquez aussi cette allusion à la situation
politique de la Judée du Ier siècle
:
"Lorsque l'esprit
impur est sorti d'un homme, il va par les lieux
arides, cherchant du repos, et il n'en trouve point.
Alors il dit : Je retournerai dans ma maison d'où
je suis sorti ; et, quand il arrive, il l'a trouve
vide, balayée et ornée. Il s'en va,
et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants
que lui ; ils entrent dans la maison, s'y établissent,
et la dernière condition de cet homme est
pire que la première. Il en sera de même
pour cette génération méchante"
(Matthieu 13, 43-45).
Il est vrai que le parti de
la "quatrième philosophie" [=
le mouvement zélote de Judas de Gamala] a
pris une ampleur considérable à partir
de l'an 46 ap. J.-C. C'est à croire que de
nombreux "esprits" malfaisants ont repris
possession des habitants des juifs de cette époque…
Du moins, c'est l'avis de l'évangéliste
qui écrit. |
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| RÉPONSE
: |
| Oui, c'est à nouveau
fort bien vu ! |
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| RÉACTION
À CE COURRIER |
| 19 Juillet 2008 |
| Jean-Charles
a écrit : |
C'est
toujours avec impatience que je scrute
le nouveau courrier des lecteurs et là
nous avons un cru de juin de haute volée
!
Merci particulièrement
à Frédéric
et Thierry pour leurs
interventions et les échanges qu'elles
ont engendrés (…).
Très intéressante
que cette piste à partir
du mot légion
que soulève Thierry.
Il n'est pas de ma compétence de
décider de ce qu'il en est, ni
même de m'insérer dans le
débat "technique" mais
j'aimerais donner mon point de vue sur
comment cela s'insère dans le texte.
Chez Matthieu,
le chapitre
8 est celui du centurion de Capharnaüm,
"je ne suis pas digne de te recevoir,
mais dit seulement une parole, etc.",
qui "annonce" plutôt la
rupture entre Gentils et Juifs, comme
avec l'enfant prodigue, le peuple élu
n'a pas cru dans le Sauveur, ce sont dorénavant
les Gentils qui hériteront de la
grâce divine, bla bla bla…
"11
Or je vous le dis : beaucoup viendront
de l'Orient et de l'Occident, et prendront
place au festin avec Abraham, Isaac
et Jacob, dans le royaume des cieux,
12 tandis que les fils du royaume seront
jetés dans les ténèbres
extérieures : là seront
les pleurs et le grincement de dents.
"
(Il est facile
de trouver des explications sur la parabole
de l'enfant prodigue qui est du même
ressort. On peut également télécharger
le très consensuel Les Juifs
et Chrétiens au temps de la rupture
d'Albert de Rochebrochard, ici par exemple
: www.portstnicolas.org,
qui en présente une vision complète
et finalement moins antagoniste…
à tort selon moi, je pense que
"ça a bardé dur")
Puis, dans le même
chapitre, Jésus libère des
démoniaques, multiplie les phrases
célèbres (à croire
qu'il se prend pour un prophète,
celui-là !) :
"Le
Fils de l'homme n'a pas où reposer
la tête."
"Suis-moi, et laisse les morts
ensevelir leurs morts."
"Pourquoi êtes-vous peureux,
hommes de peu de foi ? "
"Il y a le feu à l'agence
de voyage inutile de s'y rendre"
…euh, non, pas celle-là.
Et voilà
notre démoniaque. Ici, trouver
un côté anti-romain et anti-païen
serait pour moi un contresens. C'est l'inverse
au contraire. et pourquoi justement des
porcs ? Non par l'esprit d'un Juif pur
et dur casseur de goyim, plutôt
pour forcer le trait de la dépravation.
Voir Ezéchiel, 23 pour
se faire une idée de la prose imagée
dans laquelle baignaient les premiers
chrétiens (les vrais Judéo-chrétiens,
expression qu'on utilise aujourd'hui à
tort et à travers en parlant stupidement
de civilisation judéo-chrétienne,
heureusement que ce n'est ni n'a jamais
été le cas ! Les Judéo-chrétiens,
c'est l' Apocalypse !), et l'on
verra (pas verrat) que le portrait de
nos cochons eût été
plus violemment brossé s'il s'était
agi d'un prêche dans la lignée
de l'orthodoxie juive en guerre contre
Rome. Ici Jésus chasse les démons,
il délivre les païens de leurs
idoles, il ne délivre pas les Juifs
des Romains.
Le
mot légion n'est d'ailleurs
pas présent dans ce passage de
Matthieu (on le trouve, ironiquement pour
notre contexte, dans Matthieu 26.53 -
« Penses-tu donc que je ne puisse
faire appel à mon Père,
qui me fournirait sur-le-champ plus de
douze légions d'anges ? »).
L'exemple d'Ezéchiel
rappelle cependant à quel point
le politique est mêlé au
spirituel en ce temps, et que l'interprétation
moderne, toute spirituelle, n'avait pas
de sens pour les judéo-chrétiens.
Ça, c'est pour les gnostiques tendance
Évangile de Saint-Jean. Donc voyons quand
même.
C'est chez Marc
et chez Luc, qui doit le reprendre, qu'on
trouve ce mot Légion,
comme le relève Thierry. Mais je
ne trouve pas que le chapitre se prête
non plus à une interprétation
ou un message anti-romain.
Chez Marc, le chapitre
5 est celui de la fille de Jaïre
- je me réfère au passage
le plus célèbre -, à
nouveau une mise en parallèle des
païens (la femme impure - perdre
son sang est signe d'impureté et
de mort) et des juifs (Israël et
ses douze tribus : la fillette de douze
ans du chef de la synagogue), les deux
étant sauvés par la foi.
idem chez Luc,
8 très proche de Marc avec
un petit « qui a des oreilles
entende ! » en passant pour
faire bien après un passage qui
doit être la hantise du latiniste,
que ce semeur semant ses semences - seminat
seminare semen suum … -, que
l'on retrouve dans le chapitre 13 de Matthieu
que cite Thierry en fin de sa correspondance
et qui peut s'entendre aussi comme une
métaphore des anciens et des nouveaux
élus, puis un passage sur la constance
qui rappelle Matthieu 7 (bâtir sur
le roc), et la parabole des talents itou
(voir ce verset 18 : Prenez donc garde
à la manière dont vous écoutez
; car on donnera à celui qui a,
et à celui qui n'a pas, même
ce qu'il croit avoir lui sera enlevé).
Alors comment s'insère
le passage du Gérasénien
avant la fille de Jaïre ? Franchement,
je ne sais pas trop… Mais, à
mon sens, le débat n'est pas centré
sur une hostilité envers les Romains.
Traditionnellement, dans le catéchisme
on estime que les Géraséniens
sont des païens qui, voyant Jésus
soumettre leurs idoles, ont d'abord peur
de lui puis sont admiratifs et conquis
(ce que symboliserai la volonté
du dépossédé de suivre
Jésus).
Bon arrêtons
là, ce n'est pas la catéchèse
mais l'histoire qui nous intéresse.
Quelle trace trouver d'événements
liés à la révolte,
à ce Judas le Gaulonite ou Judas
de Gamala dont on voit parfois pointer
le bout du nez derrière Jésus
(surtout Daniel Massé) ?
Franchement, pas
de quoi fouetter un chat selon moi.
Bon rappelons-nous
le père Nietzsche et son aphorisme
126 du Gai savoir : "les
explications mystiques passent pour profondes
; la vérité est qu'elles
ne sont même pas superficielles"
pour ne pas nous enflammer non plus.
L'interprétation finale n'est peut-être
pas celle du catéchisme (qui parlera
d'abord de foi, de constance et un peu
d'exégèse historique sur
les tiraillements entre Juifs et Judéo-chrétiens),
au fond qui sait de quel fond littéraire
une expression se fait l'écho dans
un texte, mais le sens général
des chapitres de Matthieu, Marc et Luc
me fait douter d'une référence
anti-romaine pour le démoniaque
Gérasénien (Marc et Luc)
ou Gadarénien (Matthieu).
Mais pour autant,
chacun est libre de penser ce qu'il veut
et la remarque de Thierry a le mérite
de nous faire ouvrir nos Évangiles et
nos dictionnaires de grec. |
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| 5 Juin 2008 |
| Jean-Pierre
a écrit : |
Les
historiens bretons du XIXe siècle mentionnent
l'existence du "Mur d'Honorius"
en 409, entre les départements actuels de la
Loire-Atlantique et de la Vendée.
Par un décret daté de 409, l'empereur
HONORIUS aurait renforcé ses légions
dans cette zone frontière, pour "éviter
les invasions des Bretons d'Armorique, sur les terres
de l'empire."
Comment trouver la trace de ce fameux décret,
est-ce une fable ou une réalité historique
?.
Merci de m'apporter des
précisions sur les mouvements des légions
romaines à cette époque dans ce secteur
? |
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| RÉPONSE
: |
Non, je suis désolé,
mais je n'ai pu trouver aucun renseignement
sur ce mur d'Honorius
qui aurait été édifié
aux confins de la Bretagne (Armoricaine) vers
les années 409. (Ni d'ailleurs - et encore
moins - sur les mouvements de troupes effectués
à cette époque et dans ce secteur).
A priori, je reste toutefois assez
sceptique, non quant à la réalisation
de fortifications, mais quant au fait qu'un
décret impérial serait à
l'origine de ce système de défense.
Ces années-là, le faible Honorius,
tapi dans sa bonne ville de Ravenne, réputée
imprenable, avait bien autre chose en tête
que le sort des Gaulois du bord du Grand Océan
- autant dire du bout du monde… C'est
qu'il était vraiment aux abois, le bougre
! L'Italie était envahie, et Rome, déjà
assiégée à plusieurs reprises,
n'allait pas tarder à tomber sous les
griffes des soudards d'Alaric
; la Gaule ainsi que l'Espagne semblaient définitivement
perdues pour l'Empire ; la (Grande-)Bretagne
avait fait sécession, ses légions
avaient acclamé un usurpateur, Constantin
III, qui menaçait de débarquer
sur continent pour s'emparer de ce qui pouvait
encore être pillé dans la partie
occidentale de l'empire. Bref, tout allait à
vau-l'eau… Et si les Aquitains avaient
des problèmes de voisinage, eh bien,
ils n'étaient pas les seuls ! Ils n'avaient
qu'à "tirer leur plan" (comme
on dit par chez nous), qu'à se dépatouiller
par eux-mêmes, car Honorius et sa cour
eux, ils avaient bien d'autres problèmes
à résoudre sur le râble,
autrement graves, et surtout bien plus proches
!
Cela dit, si fortifications il y eut, je me
demande si elles n'étaient pas plutôt
destinées à protéger les
Bretons. Je lis en effet dans l'indispensable
bouquin de GIBBON : |
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"Tandis que les Goths ravageaient
l'Italie et que de faibles usurpateurs opprimaient
successivement les provinces au-delà
des Alpes, l'île de la Bretagne secouait
le joug du gouvernement romain. On avait retiré
peu à peu toutes les forces régulières
qui gardaient cette province éloignée,
et la Bretagne se trouvait abandonnée
sans défense aux pirates saxons et
aux sauvages de l'Irlande et de la Calédonie.
Les Bretons, réduits à cette
extrémité, (…) prirent
les armes, repoussèrent les Barbares,
et se réjouirent d'avoir si heureusement
éprouvé leurs propres forces.
Les mêmes calamités inspirèrent
le même courage aux provinces de l'Armorique
(…). Les habitants chassèrent
les magistrats romains qui commandaient sous
l'autorité de l'usurpateur Constantin;
et établirent un gouvernement libre
chez un peuple qui obéissait depuis
si longtemps au despotisme d'un maître.
Honorius, empereur légitime de l'Occident,
confirma bientôt l'indépendance
de la Bretagne et de l'Armorique; et les lettres
que le fils de Théodose écrivit
à ses nouveaux états, et dans
lesquelles il les abandonnait à leur
propre défense, peuvent être
considérées comme une renonciation
formelle aux droits et à l'exercice
de la souveraineté. (…)
Lorsque tous les usurpateurs eurent succombé,
l'empire reprit la possession des provinces
maritimes ; mais leur soumission fut toujours
imparfaite et précaire. Le caractère
vain et inconstant de ces peuples et leurs
dispositions turbulentes étaient également
incompatibles avec la servitude et avec la
liberté. L'Armorique ne put conserver
longtemps la forme d'une république
; mais elle fut sans cesse agitée de
révoltes et de factions (…).(GIBBON,
Histoire du Déclin et de la Chute
de l’Empire romain, Chap. XXXI,
Éditions Robert Laffont, Coll. Bouquins,
1983).
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Il me semble donc qu'il n'est pas invraisemblable
de supposer que les Armoricains, devenus provisoirement
indépendants par la grâce d'Honorius,
aient édifié des fortifications aux
marches de leur état, afin de le protéger
des incursions barbares.
Mais, évidemment, je n'ai rien trouvé
qui puisse confirmer cette hypothèse. |
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| 25 Juin 2008 |
| Viviane
(http://soyeuse.free.fr/)
a écrit : |
J'ai
passé pas mal de temps sur votre site, très
agréable et plein d'humour, beaucoup plus intéressant
que les froides informations de Wikipédia.
J'y suis arrivée en suivant des liens parce
que je venais d'écrire sur mon
site une petite note au sujet de Caligula, que
je compare un peu à un autre individu ivre
de pouvoir, Nicolas Ier dit "le Hutin",
roi du Sarkozistan.
De fil en aiguille j'ai lu avec un intérêt
jubilatoire votre interprétation de "l'Histoire
Sainte" et j'en viens au but ce courrier.
Vous citez l'évangile
de Luc, sans vous priver de souligner à quel
point c'est imbécile et invraisemblable. Vous
avez parfaitement raison.
On y lit, entre autres billevesées, que les
soldats romains qui crucifièrent Jésus
étaient quatre et qu'ils se partagèrent
ses vêtements en parts égales…
mais à Pâques, en Judée, quelle
est la température ? Actuellement c'est entre
30 et 35°, c'était peut-être un peu
moins chaud à l'époque mais rien ne
le dit. jésus devait donc porter comme tout
le monde une tunique et des sandales, babouches ou
autres tatanes légères… ce qu'ignoraient
les moines du XVe siècle qui rédigèrent
cet évangile, sur commande de Rome, aux fins
de justifier le mythe de l'Immaculée Conception
et de là l'adoration de Marie et tout ce qui
s'ensuit.
On y trouve aussi la
légitimation de la société patriarcale
aberrante héritée du judaïsme,
la répression contre les femmes, nécessairement
impures, qui doivent absolument arriver vierges dans
le lit de leur époux, lui-même puceau
de préférence, ce qui par contrecoup
satanise la sexualité, dernier refuge de la
liberté individuelle.
C'est une énorme imposture, cet évangile,
bien pire que les autres. Luther ne s'y trompa pas.
Votre lecture des sources historiques romaines et
de l'exil
de Pilate en Gaule est frappée du sceau
du bon sens. Les traces de censure et les bidouillages
opérés par mes moines au fil du temps
sont d'autres preuves de la volonté qu'avaient
ces gens de désinformer et de réécrire
l'Histoire, à la manière stalinienne.
Qu'est-il advenu des
manuscrits de Qumran, confisqués par
le Vatican pour analyse et exégèse ?
je parie qu'ils ont été détruits
"accidentellement".
Maintenant je retourne sur
le site, c'est vraiment du bonheur n'en déplaise
à ce cher Tite-Live et au sinistre Suétone,
Saint-Simon de son époque. |
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| RÉPONSE
: |
Un grand merci pour ce
message, pour l'intérêt que vous témoignez
à mon travail… ainsi que pour votre indulgence
envers ma prose fantaisiste et mes hypothèses
historiques, souvent assez aventurées.
Cette histoire
de vêtements partagés entre
les bourreaux de Jésus
est effectivement étrange. Bizarre surtout
l'unanimité des Évangiles : tous
les quatre prennent la peine de nous rapporter
- avec plus ou moins de verve, il est vrai -
cette anecdote à nos yeux assez insignifiante.
Dans l'ordre chronologique présumé
d'écriture de ces textes :
- Marc (15 : 24) : "Après
l'avoir crucifié, ils partagèrent
ses vêtements, en tirant au sort pour
savoir ce qui reviendrait à chacun."
- Matthieu (27 : 35) : "Après
l'avoir crucifié, ils se partagèrent
ses vêtements en les tirant au sort.
Ainsi s'accomplissait l'oracle du Prophète
: « Ils se sont partagé mes vêtements
; ils ont tiré ma robe au sort. »"
- Luc (23 : 34) : "Ils se partagèrent
ensuite ses vêtements en les tirant
au sort."
- Jean (19 : 23-24) : "Quand les
soldats eurent crucifié Jésus,
ils prirent ses vêtements et en firent
quatre parts, une pour chacun d'eux. Quant
à la tunique, elle était sans
couture, tout entière d'un seul tissu
depuis le haut jusques en bas. Ils se dirent
donc entre eux : « Ne la déchirons
pas, mais tirons au sort qui l'aura. »
Ainsi s'accomplissait l'Écriture :
« Ils se sont partagé mes vêtements
: ils ont tiré ma roche au sort. »
C'est ce que firent les soldats."
Outre qu'il ne faut pas être grand clerc
pour constater que ces textes s'inspirent l'un
de l'autre et/ou qu'ils dérivent d'une
source commune, vous voyez que cet épisode
est surtout relaté afin de démontrer
combien les derniers instants de la vie de Jésus
sont conformes aux prédictions de l'Ancien
Testament. Rendez-vous compte : dans l'un de
ses psaumes (21 : 19), le roi David avait prédit
que les bourreaux se partageraient les vêtements
de Jésus, son descendant crucifié
! N'est-ce point à proprement parler
merveilleux, miraculeux ?
Ouais ! Je vous sens aussi sceptique que moi…
Évidemment, tout cela est reconstruit
a posteriori : les évangélistes
n'ont pas relaté les faits tels qu'ils
se sont déroulés, mais plutôt
tels qu'ils auraient dû se passer. |
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La
Sainte Tunique
d'Argenteuil
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Passons vite sur le problème climatique que
vous soulevez… S'il est exact qu'il fait vite
caniculaire au printemps à Jérusalem,
je sais, pour y avoir séjourné en "arrière-saison",
que dès le crépuscule, il fait plutôt
frisquet. Or Jésus fut arrêté
au Jardin des Oliviers, pendant la nuit du "Jeudi
saint", et il est fort probable qu'il s'était
vêtu chaudement (tunique épaisse, voire
manteau) avant de sortir. On peut être Fils
de Dieu et craindre les refroidissements, rhumes de
cerveau et autres catarrhes !
Ce qui en revanche en paraît plus douteux, c'est
qu'il ait conservé ses vêtements jusqu'au
Golgotha, lieu de son supplice. Il avait en effet
d'abord subi une très sévère
flagellation au Prétoire de Ponce
Pilate, là où il l'avait jugé.
Il me paraît inconcevable que les tourmenteurs
de Pilate aient déshabillé Jésus
pour le fouetter, puis l'aient rhabillé pour
le mener au supplice. Sans compter que les vêtements
risquaient - eux aussi - de souffrir dans l'aventure,
et donc de perdre de leur valeur. C'est sans doute
vêtu d'un simple pagne, voire nu comme un ver
(les Romains n'étaient guère soucieux
de la pudeur des condamnés à mort) que
le pauvre homme parcourut son chemin de croix. Et
si partage de vêtements il y eut, il fut effectué
dans au Prétoire, non sur le Golgotha.
Ce qui est assez comique là-dedans, c'est
l'interprétation "classique" que
la religion catholique donne de cet épisode.
Si vous ne la connaissez pas, accrochez-vous !
La tunique sans couture de Jésus symbolise
son Église. L'une et l'autre sont d'une seule
pièce. Comme le saint vêtement ne put
être divisé en plusieurs pièces
de tissus, la Sainte Église, tenante de la
Vérité unique, ne peut se déchirer
en diverses "chapelles" : elle en sortirait
anéantie, la pauvrette ! C'est ainsi que tous
les hérétiques, tous les schismatiques,
voire tous les réformateurs un peu radicaux
furent accusés de "vouloir déchirer
la Tunique sans coutures". Ils étaient
semblables aux bourreaux du Christ, ces suppôts
de Satan, et dignes du bûcher avant de l'être
des flammes de l'Enfer.
Ingénieuse surinterprétation d'un passage
déjà sur-interprété à
l'origine, n'est-ce pas ?
Quant aux Manuscrits de Qumram,
j'ai, comme vous, entendu de méchantes rumeurs
relatives aux réticences de certains des spécialistes
chargés de leur traduction (ou à leur
incompétence supposée, ou encore à
leur alcoolisme patenté), à la "perte"
de certains documents "troublants", à
la "compréhension" du gouvernement
israélien face à certains textes dangereux
pour le Vatican mais inintéressants pour l'histoire
du judaïsme…
On a prétendu depuis que toutes ces allégations
étaient infondées, que tous les documents
avaient été recensés, traités
et traduits selon les règles les plus strictes
de l'archéologie, de la paléographie
et de l'exégèse, mais que toutes ces
opérations avaient nécessité
des efforts considérables, que cela avait pris
beaucoup de temps, que Rome non plus ne s'était
pas faite en un jour, etc, etc…
Moi, je veux bien l'admettre. Je ne suis pas, a
priori, un adepte des théories du complot.
Toutefois, je ne puis m'empêcher de m'étonner
que les textes spécifiquement juifs (les livres
de la Torah par exemple) furent identifiés,
analysés, publiés et exposés
dans un magnifique musée à Jérusalem
infiniment plus vite que d'autres manuscrits, qui
paraissaient moins directement en rapport avec le
judaïsme rabbinique. Me laisse aussi sur ma faim
l'absence totale dans ces manuscrits de toute allusion
au mouvement chrétien primitif. Mais c'est
sans doute une malencontreuse lacune accidentelle,
du même ordre que celle qui nous prive d'absolument
tous les livres de Tacite relatifs aux années
durant lesquelles Jésus sévissait en
Judée. Une autre fort regrettable coïncidence
!… |
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