|
Mars 2008 (page 2/2)
Sommaire de Mars 2008 : Clic
!
|
|
| |
| |
| 24 Mars 2008 |
| Bianka
a écrit : |
| J'aimerais
avoir de plus amples informations à
propos de la couronne de Jules César.
Est-ce qu'il en existe une faite en
feuilles d'olivier ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
Jadis, j'ai
déjà eu l'occasion d'évoquer
César
et ses couronnes avec d'autres
sympathiques internautes (Clic
! et Clic
!). Je me permets donc de vous renvoyer
à ces courriers.
La couronne d'olivier,
elle, récompensait les vainqueurs
des jeux olympiques - une tradition antique
d'ailleurs remise à l'honneur en
2004 lors des derniers jeux d'Athènes
(voyez : fr.wikipedia.org/).
Il va sans dire - mais cela va encore
mieux en le disant (surtout après
le dernier avatar cinématographique
des aventures d'Astérix le Gaulois)
- qu'oncques le grand Jules ne participa
à ces jeux, et qu'il n'avait donc
aucunement le droit d'orner son chef d'un
tel trophée. |
|
|
|
 |
|
| |
|
|
|
|
| |
| |
| 28 Mars 2008 |
| Phiippe
a écrit : |
Je
cherche désespérément à
identifier ce personnage…
Pourriez-vous m'aider si cela
est possible.
Par avance, je vous en remercie. |
| |
| |
|
|
|
|
| |
| |
| 28 Mars 2008 |
| Frédéric
a écrit : |
Je
relis avec beaucoup d'attention vos fiches sur le
règne des empereurs, notamment ceux du Bas-Empire.
Celle consacrée à Constantin Ier (son
appellation de "Grand" est peut-être
surfaite, si ce n'est pour l'Église catholique
qui lui doit une fière chandelle) est fort
intéressante.
J'ai longtemps douté,
comme vous, d'une conversion de Constantin
dans sa prime jeunesse (ou en tout cas qu'elle fut
à cette époque authentique, c'est-à-dire
sans arrière-pensées politiques).
Je viens de lire l'ouvrage de l'excellent Paul Veyne,
Quand notre monde est devenu chrétien,
et je dois dire que certains arguments qu'il y développe
me font maintenant hésiter.
Veyne, qui n'est pas, je pense, un pilier du Vatican,
est persuadé que Constantin se convertit au
christianisme bien avant la bataille du Pont Milvius.
Il explique que Constantin était partagé
entre deux obligations : favoriser la progression
du christianisme, qui était devenu sa religion
personnelle, et préserver le paganisme tout
au moins en façade, pour ne pas s'aliéner
une bonne part des élites, de même que
la grande majorité du peuple, qui restaient
alors étrangers aux sirènes chrétiennes.
C'est ce qui pourrait
expliquer que Constantin resta Pontifex Maximus,
soit chef de la religion païenne (certains de
ses successeurs ouvertement chrétiens en firent
autant !) et, comme je le disais dans un mail
précédent, que des Rex Sacrorum
furent désignés jusqu'au règne
du fanatique chrétien Théodose. Ce dernier
se sentit assez soutenu pour balayer les reliquats
du paganisme.
À l'époque
de Constantin, le culte des dieux païens (cette
appellation n'implique chez moi aucune appréciation
péjorative) était certainement encore
bien trop puissant pour que l'empereur (même
s'il était chrétien en son for intérieur)
puisse se permettre de faire aussi ouvertement ce
que fit plus tard Théodose, dans un contexte
nettement plus favorable aux chrétiens.
Je ne sais pas si vous avez
eu l'occasion de lire cet ouvrage, mais il serait
intéressant d'avoir votre avis sur cette autre
approche. |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
Je ne tomberai évidemment
pas dans le ridicule de prétendre, moi, pauvre
béotien, contredire un spécialiste du
calibre de Paul VEYNE ! Et si je devais réécrire
aujourd'hui la notice biographique de Constantin,
sans doute m'appesantirai-je moins sur les motifs
politiques de son soutien au christianisme…
Encore que ceux-ci ne fussent probablement pas absents
: le fait d'envoyer des "signaux favorables"
à la nouvelle religion ne pouvait que rallier
à lui les chrétiens, très nombreux,
voire majoritaires, dans de nombreux districts de
l'Orient romain, contrôlé par ses "collègues"
Maximin Daïa
puis Licinius.
Certes, l'Empire romain ne valait pas une messe
- pas encore ! -, mais un petit signe (de croix) opportunément
adressé à l'Église pouvait lui
gagner plus de fidélités que d'hasardeuses
batailles.
Je n'ai pas encore
lu le livre de Paul VEYNE, et ne puis donc commenter
ses assertons sans risquer de les travestir. Je
préfère donc reprendre l'argumentaire
d'un autre éminent antiquaire
(comme on disait au XVIIIe siècle), en
l'occurrence Lucien JERPHAGNON.
Pour lui, il faut absolument éviter l'anachronisme
faisant de Constantin une préfiguration
de Machiavel, soumettant ses convictions aux seuls
impératifs politiques. Quoique "sans
grande culture comme sans préoccupations
philosophiques", cet Illyrien était
néanmoins "engagé à
cent pour cent dans les croyances de son siècle".
D'abord adepte d'un monothéisme solaire,
la religion de sa famille et des légions,
il put, sans trop de difficultés concilier
ces croyances et le christianisme, cet autre monothéisme.
"(…) Pour un esprit qui n'avait
que peu de temps à consacrer à la
réflexion, les fidèles de Christus
et ceux de Sol invictus possédaient en
commun bien des intuitions. Au fond, ce dieu suprême
assisté du Soleil-Roi, et ce dieu Père
assisté de son fils Christus ne se distinguaient
pas au premier coup d'œil. Les chrétiens
eux-mêmes ne se gênaient pas pour
représenter Christus sous les traits d'Apollon-Hélios
conduisant son char. Et la liturgie des chrétiens
chantait elle aussi Christus « lumière
du monde », « soleil de justice »,
« soleil qui ne connaît pas de déclin
», etc. Surtout, il fallait croire que cette
religion avait quelque chose d'attirant, puisqu'en
dépit des dangers naguère courus,
tant de fidèles avaient maintenu intacte,
dans les supplices et dans la mort, leur espérance
en une vie éternelle. Combien étaient
disparates, pourtant, ceux que Christus rassemblait
ainsi, et qui avaient toutes les raisons de se
détester : paysans, fonctionnaires, prolétaires
et gens aisés, esclaves, soldats même
que personne n'aimait ! Le christianisme était
bien la seule force qui pouvait de tout cela faire
un monde uni. Constantin aura-t-il superposé
les différentes images, identifié
à ce Christus la divinité unique
à laquelle se référaient
tous les syncrétismes de l'époque,
sorte de foyer transcendant dont les autres dieux
tiraient leurs existences particulières
? C'est ce que j'imagine de plus probable pour
rendre compte d'une conversion qui fut sans doute
aussi sincère que confuse." (Lucien
JERPHAGNON, Histoire de la Rome Antique,
Tallandier, 2002). |
 |
Le christianisme étant, à ses yeux,
l'unique lien permettant l'unification idéologique
de l'Empire, Constantin se serait donc forgé
sa petite religion personnelle, un "christianisme
à gros-grain" (comme l'écrit
encore Lucien JERPHAGNON), mâtiné de
monothéisme solaire ainsi que d'une certaine
dose de réalisme politique.
Je puis volontiers me rallier à ces thèses…Étant
bien entendu que les motivations intimes de Constantin
nous resteront à jamais celées. Lui-même
s'est bien gardé d'ouvrir son cœur, au
point que pendant que ses panégyristes païens
le divinisaient encore à tout va, leurs confrères
chrétiens le considéraient déjà
comme l'un des leurs ! Ayant de son vivant entretenu
un certain flou sur ses croyances religieuses personnelles
(même si ses sympathies chrétiennes s'affirmèrent
de plus en plus au cours de son règne), il
n'est guère étonnant que, dix-sept siècles
plus tard, nous en soyons toujours réduit aux
hypothèses. Impossible de sonder le cœur
du "premier empereur chrétien" !
(À ce sujet, voyez : Clic
! - Clic
! et Clic
!)
Reste l'épineux
problème de la date de la conversion
de Constantin. Ainsi que vous pourrez
le constater en parcourant ces anciens courriers
(Clic
! et Clic
!), je n'ai pas d'avis bien tranché
sur cette question du reste aussi insoluble
que celle de ses motivations.
Officiellement, Constantin
ne devint réellement chrétien
qu'en 337, sur son lit de mort, lorsqu'il reçut
le baptême in extremis. Il était
toutefois depuis longtemps rallié à
la cause chrétienne. Appelons cela "catéchumène",
"sympathisant" ou "compagnon
de route" du Christianisme. Mais depuis
quand exactement ? That's the question
!… Ici encore, l'honnêteté
intellectuelle commanderait que l'on reconnaisse
humblement que nous n'en savons strictement
rien…
Vous m'écrivez que M. VEYNE estime
que Constantin était chrétien
bien avant la bataille du Pont Milvius (312)
et la fameuse expérience mystique qui,
dit-on, lui révéla la puissance
du Christ. C'est possible, mais ce n'est pas
l'avis de la plupart des autres historiens qui
considèrent cette bataille - quoi qu'il
s'y soit réellement passé - comme
le grand tournant idéologique du règne
de l'empereur.
Mais est-il même pertinent de chercher
une date précise pour ce qui fut probablement
un lent cheminement spirituel ?
Je me permets de citer un autre texte : |
 |
| |
|
"Constantin
n'a pas vraiment connu comme saint Paul son
chemin de Damas, sa conversion a duré
en fait de 312 à 324 environ, et l'on
a distingué plusieurs périodes
dans son itinéraire spirituel. Avant
tout, ce fut une âme passionnée,
perméable aux superstitions et aux croyances
de son temps, qui en était riche. Si
son ambition et ses luttes contre plusieurs
compétiteurs sont des facteurs dont il
faut tenir compte, il est impossible de le considérer
comme un pur « politique », qui
se serait converti par intérêt.
(…)
Son père Constance était
un païen monothéiste, probablement
attaché au culte du Soleil, comme bien
des officiers illyriens. Dioclétien ne
l'eût point fait César s'il avait
été chrétien et rien ne
prouve qu'il le soit devenu par la suite. Mais
il était sans fanatisme et, comme on
l'a dit, se contenta en Gaule de démolir
quelques édifices lors de la grande persécution.
Il eut peut-être des chrétiens
dans son proche entourage car l'une de ses filles
a reçu le prénom d'Anastasia
(« Résurrection »), mais
il est certain qu'Hélène, la mère
de Constantin, ne devint chrétienne qu'après
son fils. À la cour de Dioclétien
et de Galère, le jeune Constantin put
se faire une idée de la force d'âme
que leur foi donnait aux martyrs et par suite
de la puissance de leur dieu, mais on ne saurait
en dire davantage. Entré dans la famille
de Maximien et devenu César, il fit partie
de la branche herculienne de la tétrarchie
mais rien en lui n'atteste une piété
particulière pour les divinités
politiques de l'ancienne Rome, Jupiter ou Hercule,
en l'honneur desquelles il fit comme de juste
frapper ses premières monnaies. Ses sentiments
religieux et ses goûts personnels le portent
très vite vers un monothéisme
qui répond mieux que le polythéisme
à ses aspirations dynastiques. En 310,
sa rupture avec Maximien le prive de la référence
herculienne, au moment où, au retour
de sa campagne contre son beau-père,
se produit la « vision de Grand ».
Le panégyriste de 310, qui prononce à
Trèves en juillet l'éloge de l'empereur
en sa présence, affirme nettement que
Constantin venu dans ce temple d'Apollon, dans
les Vosges, a vu le dieu accompagné de
la Victoire lui tendre des couronnes de laurier
qui lui prédisaient trente années
de règne. Le chiffre XXX figurait donc
dans cette « vision » qui serait,
pour certains savants, la seule que Constantin
aurait jamais connue et comme l'archétype
des récits postérieurs de Lactance
et d'Eusèbe. Il semble difficile que
les chrétiens aient fabriqué plus
tard ce réarrangement, d'autant plus
que le signe XXX diffère sensiblement
du christogramme (…). De quoi
s'agissait-il, d'un point de vue rationaliste
? (…) À notre sens, il
s'agit soit d'un rêve soit d'une mise
en scène mais en tout cas Constantin
se proclame désormais le protégé
d'Apollon, c'est-à-dire, politiquement,
de Sol Invictus. Il en revient ainsi
aux croyances probables de son père et
à celles de Claude le Gothique, dont
il commence, au même moment exactement,
à se prétendre le descendant.
En ce temps où les tendances monothéistes
s'exprimaient volontiers sous une forme solaire,
particulièrement apte à un vaste
syncrétisme, ce choix apparaît
à la fois comme psychologiquement vraisemblable
et politiquement fructueux, même si l'on
récuse les influences platoniciennes,
peu probables en ce moment sur un jeune homme
encore inculte.
Jusqu'en 312, Sol Invictus est le patron
exclusif de Constantin et les symboles solaires
seront de loin les derniers à disparaître
de ses monnaies.
Pourtant un changement irrécusable
se produit dès 312, après la célèbre
« vision » chrétienne au
cours de la campagne contre Maxence, et plus
précisément à la veille
de la bataille du pont Milvius. (…)
Durant la nuit qui précéda
la bataille, il « fut averti pendant son
sommeil de faire marquer les boucliers du signe
céleste (…) ». Quelle
que soit la façon exacte dont on se représente
ce signe céleste (…),
il s'agissait là certainement d'un symbole
chrétien et l'empereur en fut informé.
En le faisant figurer sur le bouclier de ses
hommes il a pu obéir à une triple
intention :
1° 'utiliser un signe magique, une sorte
de talisman bénéfique ;
2° promettre en cas de victoire de reconnaître
le dieu des chrétiens, c'est-à-dire
en somme faire un voeu (suscipere votum)
à la manière romaine ;
3° pratiquer une evocatio, c'est-à-dire
faire passer dans son camp ce dieu des chrétiens
dont il connaissait l'influence sur une partie
de la population romaine, et que Maxence avait
cherché lui aussi à se concilier
.
Quelle
fut son attitude, une fois la victoire
obtenue ? Il s'acquitta de son vœu
(solvere votum) en marquant aussitôt
sa faveur à l'Église. Mais
peut-on parler d'une véritable
conversion intérieure? Et même
en cas de réponse positive, il
resterait à savoir quelle sorte
de chrétien fut-il. Selon de bons
auteurs, il chercha d'abord, et pendant
longtemps, à concilier sa croyance
nouvelle et sa fidélité
à Sol Invictus au sein
d'une sorte de « philosophie »
monothéiste que les panégyristes
païens de 313 et de 321 transcrivent
en termes vagues, susceptibles de satisfaire
à la fois les tenants des deux
religions (…). L'influence
des évêques fit peu à
peu le reste et Constantin se sentit vraiment
chrétien après sa victoire
de 324 sur Licinius, et ses crimes de
326 (Crispus et Fausta), que seule pouvait
pardonner l'infinie miséricorde
du Christ .
La plupart des auteurs récents
estiment plus simplement que Constantin
fut réellement converti par l'efficacité
du signe magique dès que les chrétiens
le lui eurent expliqué, et qu'au
lendemain de sa victoire sa conviction
était solide, quoique peu éclairée.
La persistance des symboles païens,
surtout solaires, sur ses monnaies et
l'emploi d'un vocabulaire neutre mais
monothéiste répondent au
souci de ménager les étapes
et de ne point s'aliéner le monde
officiel, avant que la victoire définitive
sur Licinius ne soit acquise. Sa politique
religieuse confirme à notre sens
la sincérité de sa conversion,
qui demeure celle d'un homme ambitieux,
inculte, superstitieux et passionné,
sincèrement rallié à
la religion d'un dieu puissant, dont il
ne comprit jamais à fond la doctrine.”
(Paul PETIT, Histoire générale
de l’Empire romain - 3. Le Bas-Empire,
Seuil,1974). |
|
|
Voilà qui me paraît à la fois
pondéré et pertinent.
|
| |
| |
| |
| Conclusion
de Frédéric |
Un
grand merci pour votre réponse, particulièrement
précise et bien documentée (je connaissais
ce passage de Jerphagnon que j'avais relu il y a quelque
temps. Celui de Paul Petit que j'ignorais est également
très éclairant).
En ce qui concerne le livre
de Paul Veyne (dont j'ai résumé en quelques
lignes un des thèmes, ce qui donne peut-être
une vision un peu simpliste de sa pensée),
je retrouve une partie de son argumentation tant chez
Lucien Jerphagnon que chez Paul Petit : Constantin
était un homme assez rustre, sincère
dans ses convictions religieuses, en tout cas de la
façon qu'il les appréhendait.
Vous insistez sur quelques
faits intéressants : nous ne connaissons pas
(et nous ne les connaîtrons jamais) les motivations
et les pensées intimes de Constantin. Nous
devons nous contenter des appréciations nécessairement
subjectives des écrivains chrétiens
ou païens de son temps et des extrapolations
que les modernes peuvent en tirer. Sa "conversion"
et la date à laquelle elle se produisit ne
sont peut-être pas claires à déterminer,
car Constantin, esprit simple mais ambitieux, avait
sans doute une conception toute personnelle de ce
qu'était le christianisme (notre conception
de ce mouvement religieux à cette époque
est tout aussi personnelle). Il est probable que pour
lui (et pour d'autres contemporains), le christianisme
ait fort bien pu s'accommoder avec le culte de Sol
Invictus, notamment. Il ne faut sans doute pas
perdre de vue l'influence de la superstition, des
signes magiques, etc. toutes choses qui, à
notre époque, nous sont assez étrangères
(en tout cas à moi) mais qui semblaient avoir
un impact important dans la vie d'un homme comme Constantin.
Le contexte religieux de l'époque était
sûrement plus flou qu'une simple situation d'opposition
entre christianisme et paganisme. Il est donc difficile
de donner un cadre précis à cet évènement
qui eut pourtant des conséquences aussi importantes
pour toute l'humanité.
Le débat sur la conversion
de Constantin n'est donc pas fini et ne finira sûrement
jamais, non seulement parce que certains faits resteront
inconnus ou imprécis mais aussi parce que nous
aurons toujours tendance à analyser cet épisode
important dans l'histoire du christianisme au travers
de nos propres convictions.
En tout cas, merci pour cet
échange de vues des plus intéressants.
|
|
| RÉACTION
À CE COURRIER |
| 18 Mai 2008 |
| Michel
ELOY (site
PEPLUM - Images de l'Antiquité)
a écrit : |
| (…)
En ce qui concerne
la date de conversion de Constantin
au christianisme, je te signale
que la bio (romancée) de Joël
SCHMIDT (Mémoires de Constantin
le Grand, Desclée de Brouwer)
émet la thèse, somme toute
confortable, que Constance n'avait jamais
cru devoir persécuter les chrétiens,
que sa concubine barbare Hélène
était chrétienne d'origine,
et que c'est dans cette ambiance de tolérance
que grandit Constantin - du moins quand
il était chez ses parents - avant
de poser des choix en la matière.
Ça me semble raisonnable. |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
Merci
pour la référence
sur Constantin…
Comme je l'ai déjà
dit à plusieurs reprises
dans mon site, la plupart des historiens
s'accordent sur le fait que Mother
Hélène
ne se serait convertie au christianisme
qu'après son fiston (enfin,
disons, après la victoire
contre Maxence
puisque l'on ne sait pas vraiment
quand Constantin s'est réellement
converti, si tant est qu'il se convertit
jamais au catholicisme "orthodoxe").
Constance
Chlore, lui, était semble-t-il,
un adepte du monothéisme
solaire. Il est exact qu'il ne paraît
pas avoir trop tracassé les
chrétiens lors de la fameuse
persécution
de Dioclétien. Il se
serait borné à détruire,
ça et là, quelques
lieux de culte. Mais était-ce
de sa tolérance,
au sens moderne du terme ? Là,
je ne sais pas trop… Peut-être
estimait-il, tout simplement, qu'il
y avait suffisamment de b…
(révolte des Bagaudes, invasions
germaniques, usurpateurs) dans les
provinces dont il avait la charge
pour en rajouter ne serait-ce qu'un
soupçon en tracassant les
quelques rares chrétiens
qui s'étaient aventurés
sous ces cieux incléments
! Sa tolérance n'était
donc peut-être que du réalisme…
Je ne sais pas non plus jusqu'à
quel point Constantin était
tolérant : il persécuta
les donatistes d'Afrique, les Ariens
lorsqu'il voulut faire triompher
le dogme nicéen, puis (un
tantinet, vu le peu de temps qu'il
lui restait à vivre) les
Nicéens lorsque les Ariens
trouvèrent grâce à
ses yeux… Alors, une tolérance
héritée de ses vieux
parents, j'ai des doutes ! Il faut
toujours se souvenir que le premier
"Édit de tolérance"
romain, un texte qui servit de fondement
juridique au fameux Édit
de Milan, fut promulgué par
Galère,
cet Auguste qui fut aussi,
dit-on, le pire massacreur de chrétiens
que la terre a jamais porté.
Comme quoi il est difficile de distinguer
prétendue "tolérance"
à la mode antique et realpolitik. |
 |
|
|
|
| |
| |
|
|
|
|
|
| |
| |
| 31 Mars 2008 |
| Julien
a écrit : |
Ré-étudiant
votre site consacré aux empereurs romains,
quelques questions me surgirent à l'esprit
:
1.
J'ai lu dans un livre portant sur la conception
et la réalisation des villes latines que
la pratique des augures (il me semble mais je peux
me tromper sur le terme, je parle ici des oracles
rendus en étudiant les entrailles d'un animal
- au moins ceux pris lors de la fondation d'une
ville) pourraient dériver d'une méthode
"scientifique" empirique. Les
entrailles étaient étudiées
afin de déterminer si l'animal était
sain, et donc, cet animal se nourrissant dans les
environs, si le lieu est propice à une occupation
durable : sources potables, hygiène satisfaisante
(j'entends par là un niveau de contamination
biologique supportable, pas de germes de la peste
dans l'air par exemple). Le livre en question étant
un livre peu épais pour enfants de 8-10 ans
(je sais, mais j'ai accumulé beaucoup de
choses et répugne à m'en séparer),
j'aurais tendance à prendre cette information
avec des pincettes (surtout que je n'ai jamais vu
aucune autre information allant dans ce sens). Mais
je dois dire que cette hypothèse me plait
bien. Auriez-vous déjà entendu parler
d'une telle hypothèse ou auriez-vous des
précisions à ce sujet ?
|
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
Je ne connaissais pas
cette explication "scientifique"
de l'haruspicine (divination par les entrailles d'animaux
sacrifiés). Je pense qu'il en va de celle-ci
comme de bien d'autres justifications a posteriori
de rites antiques : si non è vero, è
bene trovatto (si ce n'est pas vrai, c'est bien
imaginé) ! Une dissection destinée à
déterminer l'état sanitaire du bétail
? Bravo ! Faute d'être réellement crédible,
c'est ingénieux !…
Les Romains avaient hérité l'haruspicine
des Étrusques, mais ceux-ci n'étaient
pas les seuls peuples anciens à la pratiquer
: Crétois (le plan du fameux Labyrinthe serait
calqué sur les circonvolutions des intestins
des taureaux) et Babyloniens l'utilisaient déjà…
Et pas seulement pour estimer la salubrité
de l'emplacement d'une ville ! Par exemple, Alexandre
le Grand, qui, à ses heures, aimait jouer au
devin, sacrifiait allégrement bœufs et
moutons avant chacune de ses batailles afin de jauger
ses chances de succès. Dans cette optique,
la qualité du bétail indigène
ne pouvait garantir la victoire… En revanche,
lorsque le Grand Alexandre fonda sa ville d'Alexandrie
d'Égypte, il considéra de bon augure
les épaisses volées d'oiseaux qui s'abattirent
sur les traits de farine qui indiquaient au sol l'emplacement
des principaux monuments de la cité à
venir : celle-ci était promise à un
grand destin puisque les habitants de ciel désiraient
déjà s'y installer. Le fait que les
volatiles fussent affamés ne fut pas pris en
considération !… |
|
|
| |
| |
2.
Vous citez certaines
hypothèses concernant l'affaire
du cheval Incitatus de Caligula,
notamment celle que Suétone aurait
tout inventé à ce sujet. Mais
une autre hypothèse me parait plausible.
Si j'ai bien compris,
Caligula aurait combattu le Sénat et
restreint ses prérogatives et pouvoirs.
Je me demande donc si cet empereur, pouvant
bien par ailleurs, porter une affection certaine
à son cheval (cheval de course et non
simple laboureur ou instrument de soldat)
au point de veiller à son confort matériel
(par affection ou aussi pour assurer ses futures
performances tout comme on veillerait, je
pense, à ne pas faire dormir des athlètes
olympiques au-dessus d'une boîte de
nuit la veille d'une épreuve) n'aurait
pas effectivement prononcé cette parole
comme "insulte" au Sénat.
Je veux dire par là que, voulant montrer
l'impuissance de ce Sénat et sa baisse
d'importance, aurait pu déclarer qu'il
pourrait faire son cheval consul (je me souviens
plus de la phrase exacte), sous-entendant
ainsi que l'empire s'en serait porté
aussi bien. Donc, conséquemment, que
les sénateurs ne valaient pas plus
qu'un "bourrin", voire étaient
devenus un archaïsme obsolète.
Tout comme on pourrait, pour se moquer d'un
certain premier ministre d'une république
occidentale - par ailleurs présenté
comme un "simple collaborateur"
du chef de l'état - déclarer
que n'importe qui - ou n'importe quoi - pourrait
être nommé à sa place
sans que l'on s'aperçoive de la différence.
Ce n'est qu'une hypothèse
personnelle qui ne sera jamais confirmée
ou infirmée, mais je dois dire que
je suis assez d'accord avec vous pour dire
que Caligula ne devait pas être si "barjo"
que cela (vu le temps qu'il a quand même
duré et l'affaire des légionnaires
ramasseurs de coquillages), et je pense qu'une
personnalité d'autocrate méprisant
ceux qu'il a rabaissé me semble bien
plus plausible.
|
 |
J'énonce juste
cette hypothèse au cas où, car
je pense que cette dernière (n'imposant
pas de croire à une manipulation éhontée
de l'histoire par Suétone - dans le
sens d'une invention pure et simple ; mais
plutôt dans mon hypothèse d'une
exagération de faits avérés)
mérite d'être proposée
au même titre que les autres.
|
|
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
Avez-vous vu l'occasion
de voir le sulfureux film Caligula
de Tinto Brass ? Là, on pousse le bouchon encore
plus loin que Suétone : on y voit l'empereur
romain partager sa couche avec son cheval chéri.
Fallait oser !
Non, plus sérieusement, je suis entièrement
d'accord avec vous : un jour, Caligula
a sans doute brocardé les Sénateurs,
s'exclament que même son cheval ferait mieux
qu'eux, et Suétone a "brodé"
là-dessus. Voyez d'ailleurs à ce sujet
l'excellente mise au point prêtée à
Caligula par les responsables du (moins excellent)
site Dialogus
: Clic
! (sa réponse "apocryphe" à
l'accusation d'inceste avec ses sœurs est, elle
aussi, assez jubilatoire : Clic
!). |
|
|
| |
| |
3.
Vous citez l'affaire des "gardes germains"
(dont je n'avais jamais entendu parler auparavant
et pour laquelle je suis gré à votre
site d'apporter à notre connaissance). Je
me demande si cela n'est pas à relier avec
l'habitude prise par des généraux
de se faire escorter de leur propre milice armée
(ce qui conduira, si j'ai bien compris le site Wikipedia,
à la création des cohortes prétoriennes),
associée avec une certaine méfiance
des latins. Je veux dire qu'Auguste (s'il est bien
le premier à avoir eu recours à une
telle garde), ayant connu les temps troublés
de la fin de la République et de l'avènement
de César pourrait avoir voulu se doter d'une
force fidèle. Il aurait donc pour cela élevé
des guerriers ayant prouvé leurs valeurs
martiales et ne risquant pas d'être acheté
par d'éventuels adversaires au sein de l'empire,
car méprisés par les "Romains
bien pensants" (en tout cas, risquant d'être
moins facilement corruptibles que des Romains ou
des latins qui, vivant au sein de l'empire, pourraient
être soumis à des liens de clientèles,
d'ethnies ou autres et donc être approchables
par des adversaires d'Auguste). Un peu de la même
manière que Staline purgeait ses anciens
soutiens en s'appuyant sur de nouveaux appuis qu'il
avait élevé à une certaine
condition, qui donc lui devaient tout et pouvaient
se montrer bien plus fidèles que des plus
vieux qui pouvaient en savoir trop et avoir commencé
à se détacher de leur protecteur.
Je pense que des gardes non-romains,
devant leurs éventuels privilèges
et pouvoirs à celui qui les a engagés,
auraient réfléchi à deux fois
avant de le trahir pour des personnes qui, une fois
arrivés au pouvoir, auraient pu renier leur
alliance et se débarrasser d'eux.
Je voudrais d'ailleurs vous
signaler que cette affaire est citée dans
2 réponses apportées par vous aux
questions de vos lecteurs et qui sont quelques peu
antagonistes : Clic
!, où vous mettez en doute le fait que
le créateur de ce corps armé puisse
être Auguste, et Clic
!, où vous confirmez que c' est bien
Auguste qui aurait créé cette milice
armée.
Peut-être serait-il utile, pour une meilleure
clarté, de regrouper ces réponses
et de revoir leur cohérence afin qu'elles
ne se contredisent pas…
|
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
D'accord avec vous !
.Déracinés, parlant mal la langue et
étrangers aux subtilités de la vie politique
romaine, les gardes germains étaient moins
sensibles aux tentations corruptrices que les Romains
autochtones. Ne perdons pas non plus de vue l'aspect
dissuasif d'une telle garde : ces malabars blonds
devaient faire forte impression sur les Romains, ces
méditerranéens généralement
d'assez petite taille.
Pour terminer, une petite explication à propos
de l'apparente contradiction de vous relevez à
propos de ces gardes. Dans le premier
courrier, j'émettais une hypothèse
aventurée ("à première
vue… je peux me tromper") qui se vit
infirmée par l'intervention
postérieure d'un correspondant plus compétent
que moi en ces matières, en l'occurrence mon
complice Michel Eloy (du site www.peplums.info/).
Il ne s'agit donc nullement d'une contradiction
de ma part, mais du correctif d'un visiteur.
Un lien indique d'ailleurs aux lecteurs du courrier
de Novembre 2002 qu'un "complément
d'info" a été mis en ligne
en novembre 2003.
|
| |
| |
|
|
|
 |
|