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Sommaire Mars 2008 :
- 1er Mars :
- Jules César sortait-il de Polytechnique ?
: Clic !
- L'empereur le plus "artiste" ? : Clic
!
- 4 Mars :
- Saint Paul, les cultes orphiques et le tarot de Dionysos
: Clic !
- 11 Mars :
- Une intéressante page Web sur Galla Placidia… :
Clic !
- 17 Mars :
- Julien le carabin ? : Clic
!
- Un seul mot pour Cambronne : "Pardon !" :
Clic !
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| 2e
PAGE |
- 24 Mars :
- Pas de couronne d'olivier pour Jules ! : Clic
!
- 28 Mars :
- Qui est ce personnage ? : Clic
!
- 28 Mars :
- Constantin chrétien bien avant sa conversion
"officielle" ? : Clic
!
- Réaction à ce courrier : Constantin
était-il tolérant ? : Clic
!
- 31 Mars :
- Des haruspices vétérinaires ? : Clic
!
- Un petit retour sur le bourrin-consul de Caligula
: Clic
! …
- …Et sur la garde germanique des premiers empereurs
: Clic
!
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"EMPEREURS ROMAINS"
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| 1er Mars 2008 |
| Jean-Charles
a écrit : |
Un
petit extrait de Montaigne qui introduit ma question
:
"CHAPITRE XVI
UN TRAIT DE QUELQUES AMBASSADEURS
Voyez combien César se déploie largement
à nous faire entendre ses inventions à
bâtir ponts et engins ; et combien au prix
il va se serrant, où il parle des offices
de sa profession, de sa vaillance et conduite de
sa milice. Ses exploits le vérifient assez
capitaine excellent : il se veut faire connaître
excellent ingénieur, qualité aucunement
étrangère."
Quelques extraits glanés
en survolant l'ouvrage écrit par "lui"
:
I.8. En attendant, il employa
la légion qu'il avait et les soldats qui
étaient venus de la province à construire,
sur une longueur de dix-neuf milles, depuis le lac
Léman, qui déverse ses eaux dans le
Rhône, jusqu'au Jura, qui forme la frontière
entre les Séquanes et les Helvètes,
un mur haut de seize pieds et précédé
d'un fossé.
Ayant achevé cet ouvrage, il distribue des
postes, [etc.]
Pour Alésia :
VII.72. Mis au courant par
des déserteurs et des prisonniers, César
entreprit les travaux que voici. Il creusa un fossé
de vingt pieds de large, à côtés
verticaux, [etc.]
Et aussi scientifique le bougre
!
V. 13
13. […] A mi-chemin est l'île qu'on
appelle Mona ; il y a aussi, dit-on, plusieurs autres
îles plus petites, voisines de la Bretagne,
à propos desquelles certains auteurs affirment
que la nuit y règne pendant trente jours
de suite, au moment du solstice d'hiver. Pour nous,
nos enquêtes ne nous ont rien révélé
de semblable ; nous constations toutefois, par nos
clepsydres, que les nuits étaient plus courtes
que sur le continent.[…]
Donc voilà ma question
: à votre connaissance, César,
par ailleurs souverain pontife (Suétone XIII)
donc étymologiquement "bâtisseur
de pont" si l'on en croit Roger Caillois (1),
a-t-il eu des prétentions à
être ingénieur en dehors de
ce qu'en dit Montaigne ?
Et le jeu débile du
jour : César ingénieur, Néron
artiste, Hadrien architecte, Marc Aurèle philosophe,
Julien l'Apostat publiciste, et d'autres peut-être,
pour vous quel serait l'imperator le plus doué
ou le plus versé dans les arts (au sens large
du terme) ?
NOTE :
(1)
Roger Caillois, Le Grand Pontonnier, in
Cases d'un échiquier :
"Ce jour-là, je lui annonçais
[à Marcel Mauss, dont il fut l'élève]
que j'avais choisi pour sujet de ma future thèse
(jamais écrite) : « Le vocabulaire
religieux des Romains ». Il me félicita
de mon choix, tout en me mettant en garde contre
les pièges qui m'attendaient : « À
commencer par le mot religio lui-même.
L'étymologie religere n'en est pas
douteuse, mais on s'extasie dangereusement sur ce
qu'elle cache ou trahit. Bien que religere
n'ait jamais voulu dire « relier »,
on tient pour assuré que telle est l'essence
de la religion. Mais que relie-t-elle ? Chacun fabule
selon sa préférence : le ciel et la
terre ; la nature et le surnaturel ; les hommes
et les dieux ; ou encore les hommes entre eux, en
les unissant dans une et par une foi commune. Bref,
la religion relierait à peu près n'importe
quoi. Je passe sur les spéculations sur le
sens ancien de religio : « scrupule
». Sottises que tout cela. La vérité
est dans Festus (c'est le nom qui me revient,
mais peut-être Mauss a-t-il alors cité
un autre lexicographe), qui commente ainsi
religio : « religiones tramenta erant
». Les « religions » étaient
« des nœuds de paille ». Il semble
que personne n'ait jamais remarqué cette
petite phrase. Mais quels nœuds de paille ?
Parbleu ! ceux qui servaient à fixer entre
elles les poutres des ponts. La preuve en est qu'à
Rome le maître de la religion, le prêtre
suprême, s'appelle le « bâtisseur
de ponts » : pontifex. Mais, aujourd'hui,
quand quelqu'un parle du Pape comme du Souverain
Pontife, sait-il qu'il l'appelle le Grand Pontonnier
! »" - Retour
texte
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| RÉPONSE
: |
Au sens étymologique
du terme, Jules
César se révéla un
pontifex, un pontonnier hors pair grâce
à celui, resté fameux, qu'il établit
sur le Rhin, en un temps record (et qu'il fit
détruire avec non moins de célérité
dès qu'il fut revenu de sa brève
reconnaissance sur la rive droite du fleuve).
Vous pourrez lire ce le récit de cet
exploit d'ingénierie militaire dans les
commentaires du grand Jules (Guerre
des Gaules, Livre IV, 17).
De fait, il s'agit bien là d'une performance
quasi digne des "travaux d'Hercule".
Il y a quelques années, j'ai eu l'occasion
de visionner un documentaire montrant des soldats
britanniques qui tentaient de construire - à
une moindre échelle - un pont semblable,
avec les outils et les techniques dont disposaient
les légionnaires de César. L'essai
se révéla peu concluant, même
sur un cours d'eau nettement moins large et
moins impétueux que le Rhin…
Évidemment, ces antiques prouesses,
ce pont du Rhin ou la savante poliorcétique
mise en œuvre à Alésia, doivent
davantage être portées au crédit
des ingénieurs militaires qui entouraient
César qu'à l'Imperator
lui-même. Vous vous souvenez des paroles
du Centurion des Évangiles : "Je
dis à un de mes soldats « Va !
», et il va ; je dis à un autre
« Viens », et il vient ; et à
mon serviteur « Fais cela ! », et
il le fait." (Matt, 8 : 9). Ainsi
en allait-il du divin Jules ! Lui fallait-il
un pont sur le Rhin, il appelait son ingénieur
en chef et lui disait : "Construits-moi
un pont sur le Rhin et fissa ! Il faut que mes
légions le franchissent dans une semaine.
Comment cela, impossible ? Impossible ? Pas
romain ! Veux pas le savoir, débrouille-toi
!". César, c'était un peu
le colonel Nicholson du Pont de la rivière
KwaÏ : il n'aurait probablement pas
su tracer les plans de l'ouvrage d'art, mais
il était entouré de spécialistes
compétents. Ou encore comme cet autre
officier britannique, le bien nommé Slim,
je crois, commandant l'armée des Indes
pendant la campagne de Birmanie. Arrivé
au bord de l'infranchissable Irrawaddy, il aurait
déclaré, superbe, à ses
troufions : "Le fleuve est large. Il n'y
a pas de pont, mais il y a des arbres. Construisez
des bateaux !". Le bougre n'avait sans
doute aucune compétence en matière
de construction navale, mais il se trouvait
dans son État-major des gens qui en maîtrisaient
les arcanes. |
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Construction
d'un pont sur le Rhin par les légions
de César
(César chez
les Belges, Ed. Dessain, Liège,
1952) |
Cela ne signifie pas pour autant que César
était nécessairement dénué
de toute compétence technique. Au contraire,
dans ce domaine comme dans bien d'autres, il avait
probablement acquis une culture encyclopédique
en compilant toutes les connaissances des savants
grecs et hellénistiques. Le problème,
c'est que ce "bagage" était purement
livresque, détaché de la réalité,
presque abstrait. Il savait probablement par cœur
toute la géométrie d'Euclide et la physique
d'Archimède, et connaissait tout ce que les
compagnons d'Alexandre le Grand avaient écrit
sur les diverses prouesses techniques réalisées
par les sapeurs, terrassiers et autres pontonniers
du roi macédonien, mais il laissait à
de simples artisans, à des gens mécaniques
(comme on disait au XVIe siècle), le soin de
concrétiser les grands desseins que son génie
avait conçus.
Quant à savoir quel aurait été
l'empereur romain "le plus versé
dans les arts (en général)",
je crois que vous l'avez cité : ce serait plutôt
Hadrien, lui
aussi un "surdoué" au savoir (livresque)
encyclopédique et aux compétences (abstraites)
quasi universelles. |
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| 4 Mars 2008 |
| Olive
a écrit : |
J'aimerais
avoir votre avis sur une thèse consultable
en ligne concernant les origines possibles du tarot
dit de Marseille et de ses liens avec l'initiation
bacchique.
Le site en question bacchos.org
avec le lien tarot
de Dionysos. L'auteur nous démontre avec
preuves à l'appui la relation étroite
d'après lui entre le tarot et les mystères
de Bacchus. N'étant pas trop versé dans
la véracité de ses propos, mais ayant
quand même des souvenirs de lecture notamment
le livre d'AMBELAIN (encore lui) sur saint
Paul où il consacre un chapitre à
Dionysos-Zagreus, l'absorption rituelle
du dieu et le thème de l'omophagie. Vous serait-il
possible de me dire si l'auteur dans sa démonstration
du parcours initiatique relève de la pure fantaisie
ou pas. |
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| RÉPONSE
: |
Il m'est, hélas,
impossible de me prononcer sur les assertions
du site bacchos.org.:
je ne connais - ni ne comprends - absolument
rien au tarot. Étant également
assez peu à l'aise dans toutes les questions
relatives à la mythologie gréco-romaine
ou aux diverses cérémonies des
cultes "païens", je ne puis non
plus guère me prononcer sur les thèses
de Robert AMBELAIN. Je viens néanmoins
de me les remémorer un "tapant un
coup d'œil", à la volée,
sur le chapitre de sa Vie secrète
de saint Paul, intitulé la religion
paulinienne. En résumé, l'auteur
y met l'accent sur les points de concordance
qui existeraient entre le christianisme de Saül-Paul
et les cultes orphiques. Bon ! vu que, comme
je vous l'ai signalé d'emblée,
je ne connais pas grand-chose aux rites du paganisme,
j'en accepte volontiers l'augure… Cependant,
à ce qu'il me semble, le vrai problème,
ce serait plutôt de savoir si c'est bien
Paul qui est à l'origine de ces présumés
emprunts. Et là, je serais plus circonspect
!… Si j'en crois certains spécialistes,
le message de l'Apôtre des Gentils a recueilli
peu d'écho auprès des premières
communautés chrétiennes, encore
très judaïsantes, voire privilégiant
un messianisme actif. Il fallut attendre l'échec
de la dernière grande révolte
juive (donc après 135) pour que l'on
"redécouvre" son christianisme,
moins spécifiquement juif, plus universel,
plus respectueux des autorités établies,
donc plus "présentable". Reste
à savoir jusqu'à quel point les
textes originaux de Paul furent retravaillés
pour s'adapter à cette nouvelle conjoncture,
et à déterminer ce qu'ils peuvent
encore nous révéler sur la vie
et les idées de leur auteur. Par exemple,
de nombreux écrits attribués à
Paul le montrent violemment antijuif, voire
carrément antisémite, ce qui est
pour le moins paradoxal pour un homme qui, par
ailleurs, se présente comme un Juif de
souche, un rabbi pharisien pieux et
lettré.
Il me paraît donc probable qu'après
135, quand le christianisme officiel eut rompu
(presque) définitivement avec ses branches
judéo-chrétiennes, apocalyptiques,
messianiques et "activistes", on mit
sous le nom de Paul - en les intégrant
dans le canevas de ses épîtres
- diverses doctrines déjà élaborées
par les courants gnostiques. Ces thèses,
jusque-là hérétiques, visaient
à "intellectualiser" le message
chrétien, à tenter de le rendre
philosophiquement cohérent et à
l'adapter au milieu païen auquel il devait
désormais se cantonner. C'est à
partir de ce moment que Jésus commença
vraiment à se diviniser. Des mythes chrétiens,
inspirés des mythologies gréco-romaines
et orientales, furent élaborés
afin d'expliquer à ces catéchumènes,
maintenant majoritairement païens, les
principaux "mystères" du christianisme
(incarnation, résurrection, rédemption,
eucharistie, etc). |
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Est-ce vraiment Paul qui fut à l'origine de
ces emprunts, ainsi que le soutient Robert AMBELAIN
? Peut-être en partie… Mais, à
mon avis, des âmes bien intentionnées
ont glissé sous sa plume beaucoup de choses
que, lui, aurait probablement reniées. Ce qui
explique aussi pourquoi sa prose ressemble parfois
à un galimatias presque incompréhensible,
où les contradictions ne sont pas absentes.
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| 11 Mars 2008 |
| Yves-Marie
PONDAVEN a écrit : |
J'essaye
d'écrire un
petit texte pour montrer qu'il n'y a pas
de rupture entre Empire romain et Moyen Age,
mais une continuité historique. J'ai pris Galla
Placidia comme personnage pour le moment
:
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| 17 Mars 2008 |
| Jean-Charles
écrit : |
1.
Julien lApostat
et la médecine :
Suite à
mes demandes sur l « ingénieur
» César, et scrutant toujours les
empereurs amis des sciences (du savoir au sens large)
voici quelques passages glanés dans le «
Contre les Galiléens » montrant
lintérêt de Julien lApostat
pour la médecine :
Esculape guérit
nos corps, les Muses instruisent notre
âme [
]. Voyez donc par combien davantages
nous sommes supérieurs : par les conseils,
par la sagesse, par les arts, soit que vous
considériez ceux qui ont rapport à
nos besoins, soit que vous fassiez attention
à ceux qui font simplement une imitation
de la belle nature, comme la Sculpture, la Peinture
: ajoutons à ces arts léconomie,
et la médecine qui venant dEsculape
sest répandue par toute la terre,
et y a apporté de grandes commodités,
dont ce Dieu nous fait jouir. Cest lui qui
ma guéri de plusieurs maladies, et
qui ma appris les remèdes qui étaient
propres à leur guérison [
].
Donc dans ses études
de jeunesse dont vous parlez dans votre notice,
il a aussi appris la médecine, le futur empereur
! A moins que ce ne soit sur le front… Galien
lui-même fit bien ses armes (heu
) en
charcutant du soldat et du gladiateur. Enfin, on
suppose quil parle en images quand il dit
avoir appris cela dEsculape. Certains érudits
avancent que cest parce quil fut le
premier à réussir une opération
particulièrement délicate à
lépoque quon lappelle Julien
« la prostate » mais cest sujet
à controverse.
Mais reprenons sérieusement :
[
]
Peu sen est fallu, que je naie
oublié le plus grand des bienfaits de Jupiter
et du Soleil : [
]. Jupiter ayant
engendré Esculape, (ce sont des
vérités couvertes par la fable,
et que lesprit peut seul connaître.)
Ce Dieu de la Médecine fut vivifié
dans le monde, par la fécondité
du Soleil. Un Dieu si salutaire aux hommes
étant donc descendu du Ciel, sous la forme
humaine, parut dabord à Épidaure
[
]. Enfin toutes les nations eurent part
aux faveurs de ce Dieu, qui guérit également
les maladies de lesprit, et celles du corps,
détruit les vices du premier et les infirmités
de second.
[
]
Même dans ses reproches
aux chrétiens, il utilise largument
« médico-ironique » :
Il est évident,
que Paul dit à ses Disciples, quils
avaient eu les vices dont il parle, mais quils
avaient été absous et purifiés
par une eau, gui a la vertu de nettoyer, de purger,
et qui pénètre jusquà
lâme : Cependant leau du
baptême nôte point la lèpre,
les dartres, ne détruit pas les mauvaises
tumeurs, ne guérit ni la goutte ni la dysenterie,
ne produit enfin, aucun effet sur les grandes
et les petites maladies du corps ; mais elle
détruit ladultère, les rapines,
et nettoie lâme de tous ses vices.
Intéressé par
la médecine il demanda à son ami le
médecin Oribase de collecter les connaissances
de son temps dans cette branche :
Sur Oribase (et mention de sa mission par Julien)
: www.baillement.com,
dont voici un extrait :
Oribase publia à
la demande de celui-ci les Collections médicales,
qui comptaient 70 livres : "Empereur Julien,
[
] vous me commandâtes [
] de
rechercher et de rassembler ce qu'il y a de plus
important dans les meilleurs médecins et
tout ce qui contribue à atteindre le but
de la médecine" (cf. Bussemaker-Daremberg,
I, p. 1 sq.). Les Collections sont, en effet,
une sorte d'encyclopédie comprenant l'ensemble
des connaissances médicales anatomiques
et physiologiques de l'époque, ainsi que
les techniques les plus efficaces dans le domaine
de la thérapeutique et de la pharmacologie.
Elles présentent une immense richesse.
Étant composées presque exclusivement
d'extraits plus ou moins textuels (2) de Galien
mais aussi des médecins les plus renommés
de toute l'époque antérieure et
contemporaine au IVe siècle [
]
Non content de connaître
la médecine, et fidèle à ses
écrits « Tu peux, en effet, en formant
trois ou quatre philosophes, rendre plus de services
au genre humain qu'un grand nombre de rois ensemble.
Grande est la mission d'un philosophe. »
(épître a Thémistius) Julien
a donc voulu favoriser lenseignement, au moins
à un petit nombre de personnes, de lart
dEsculape.
Bon, lecteur assidu de Monsieur
Jerphagnon (entre autres) vous avez peut-être
des infos complémentaires…
Bon, maintenant je vais télécharger
(frauduleusement) un CD de Néron reprenant
les classiques de Johnny Hallyday, comme «
allumer le feu », pour ne rien rater
des arts de nos imperatores.
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| RÉPONSE
: |
Tout "la
Prostate" qu'il fut, j'ai de
sérieux doute sur l'ampleur des
connaissances médicales
de Julien
!… Encore une fois, nous sommes
certainement là en présence
d'un savoir essentiellement livresque
: au cours de ses études générales
de rhéteur polyvalent, il avait
dû lire - et mémoriser ainsi
qu'il était d'usage à cette
époque - tous les écrits
hippocratiques ainsi que les meilleurs
traités alexandrins encore disponibles.
Son ami Oribase était un vrai médecin,
mais Julien, lui, n'était qu'un
amateur, qui connaissait parfaitement
la théorie des quatre humeurs,
mais qui aurait certainement été
incapable de réduire une fracture
ou nettoyer une plaie !
Je me demande aussi si - contrairement
à ce que vous pensez - il ne faut
pas prendre Julien au pied de la lettre
quand il écrit que c'est Esculape
(Asklépios chez les Grecs) en personne
qui l’a guéri de plusieurs
maladies, et lui a appris les
remèdes qui étaient propres
à leur guérison. En
effet, les malades qui avaient recours
au dieu-médecin devaient passer
plusieurs jours dans son temple afin d'attendre
qu'il lui révèle directement,
par un songe que les prêtres devaient
interpréter, le meilleur moyen
de guérir.
Mais puisque vous le sollicitez presque,
je me permets encore de laisser la parole
- une fois de plus avertie et circonstanciée
- à Lucien
JERPHAGNON : |
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| Quand, après
un déplacement souvent éprouvant,
les pèlerins arrivaient en vue de l'enceinte
consacrée à Asklépios,
ils ne pouvaient manquer d'être impressionnés
par un ensemble, plus ou moins important selon
le site, de constructions à la gloire
du dieu et d'installations annexes. Autour du
sanctuaire proliféraient une infinité
d'oratoires dédiés à des
divinités bienfaisantes. On trouvait
là aussi les logements des desservants
et des hôtes souhaitant prolonger leur
séjour. Épidaure comportait même,
hors les murs, une maternité et un mouroir,
car il était interdit de naître
et de décéder dans le saint lieu.
Des gymnases, des théâtres étaient
parfois mis à la disposition des curistes.
Dans l'enceinte proprement dite, se dressait
le temple, avec la statue d'Asklépios
(
), et tout autour, des portiques couverts,
où les malades s'étendaient pour
la nuit, dans l'attente du songe qui était
la pièce maîtresse de la cure.
Il n'y manquait même pas la source miraculeuse,
pour les ablutions rituelles ou thérapeutiques.
Un clergé spécialisé, composé
du prêtre annuel élu du dieu et
d'un personnel subalterne - les néocores,
moitié vicaires, moitié médecins
-, assurait l'encadrement des pèlerins
: interprétation des songes, mise au
point des traitements, et aussi discipline des
lieux.
Car n'entrait pas qui voulait dans l'enceinte
sacrée, ni surtout dans n'importe quel
état. Le candidat à la guérison
se voyait soumis à un programme de préparations
bien codifiées : ablutions, jeûne
de quelques jours, abstinence de vin. Il n'eût
pas été convenable que les pèlerins
se présentassent « pleins comme
des outres », comme le dit gentiment Philostrate,
car les fumées du vin passaient pour
altérer la qualité des songes
dont on attendait sinon le miracle instantané,
du moins une ordonnance adéquate. Une
mise en condition psychologique parachevait
la préparation. Le pèlerin, avant
d'être admis à postuler la grâce
divine, devait faire station devant toutes les
chapelles vouées au culte d'Apollon et
des personnalités apparentées,
entre autres la femme et les enfants d'Asklépios,
crédités d'un certain pouvoir
d'intercession. Ce n'était pas une mince
affaire. Des obligations supplémentaires
alourdissaient parfois le programme : un curiste
se vit un jour invité à effectuer
le circuit au pas de course. Puis venait un
sacrifice proportionnel au niveau de fortune
- des gâteaux, un coq, une brebis, voire
un buf -, et la préparation s'achevait
sur une sorte de vigile. Le grand moment arrivé,
on allait se coucher avec les autres pèlerins
dans les galeries aménagées en
dortoirs, en compagnie des serpents et des chiens
du dieu qui avaient toute liberté d'aller
et venir leur contact était hautement
souhaitable. Il n'y avait plus qu'à attendre
le sommeil, puisque c'est en rêve que
le dieu était censé se manifester.
Cet allongement sappelait (
), en
latin incubatio, le mot français
dérivé ayant pris avec le temps
un sens assez différent.
Sur ce qui
se passait ensuite, on constate au long
des siècles une évolution
instructive. En effet, si les inscriptions
votives les plus anciennes font état
de guérisons oniriques immédiates,
le dormeur s'éveillant au matin
débarrassé de ses misères,
il semble qu'avec le temps, vers le IIe
siècle de notre ère, le
dieu s'en soit tenu à prescrire
au patient les remèdes les mieux
appropriés, à court puis
à long terme. Si, au réveil,
le songe paraissait équivoque,
c'est au personnel du temple qu'il appartenait
évidemment d'en décrypter
la signification. L'ordonnance divine,
supervisée par ces vicaires, n'avait
généralement rien de plaisant
: diètes prolongées, laxatifs,
vomitifs, lavements de toute nature, saignées,
bains de préférence glacés,
etc. De plus, il fallait s'armer de patience,
la cure n'aboutissant pas forcément
du premier coup. Les pèlerins devaient
parfois attendre indéfiniment le
bon vouloir du dieu. C'était le
cas des gens de peu de foi - comme ce
jeune homme dont parle Philostrate, peu
empressé à se soumettre
aux jeûnes, et qui continuait à
bambocher au lieu de se recueillir -,
mais aussi des anxieux dont la tension
psychique faisait avorter le processus,
des insomniaques, ou tout simplement des
gens qui ne rêvent jamais. Certains
curistes rentraient chez eux avec des
paroles d'espoir, sans rien de plus concret.
Enfin, parmi les chanceux qui affirmaient
« s'en être allés guéris
», nul n'a jamais précisé
par la suite si la guérison dont
fait état l'ex-voto avait été
définitive, ou si ç'avait
été une simple rémission.
Quoi qu'il en ait été de
ces aléas et de ces servitudes,
les temples d'Esculape ne désemplissaient
pas. Aelius Aristide, cet orateur qui
hanta ces lieux une bonne partie de sa
vie et en connaissait à la perfection
les moindres recoins, nous assure qu'aux
jours de fête, la foule s'y bousculait
« comme un essaim d'abeilles ou
comme des mouches autour d'une jatte de
lait ». On veut bien le croire.
Il est plus intéressant pour nous
d'observer, à partir des souvenirs
du même auteur, qu'entre les pèlerins
régnait cette ambiance de curiosité,
de passion du détail qu'on retrouve
aujourd'hui entre les curistes de Vichy
ou de ChâtelGuyon aux heures des
repas. On se racontait ses expériences
nocturnes ; on commentait avec passion
les exégèses des néocores
; on discutait des remèdes, on
se décrivait leurs effets. Toute
rumeur de guérison, amplifiée
par ces conciliabules lamentables, apportait
un renouveau d'espoir à ceux qui
n'attendaient plus rien, et l'on décidait
de patienter quelques jours de plus. |
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(Lucien JERPHAGNON, Au bonheur des sages,
Desclée de Brouwer, 2004).
|
À mon avis, il n’est pas impossible
que l’empereur Julien se réfère
à des expériences theurgo-mystico-médicales
de ce genre plutôt qu’à des études
dans une faculté de médecine.
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2.
Vous écrivez dans votre notice consacrée
à Cyriadès,
accusé d'avoir trahi l'Empereur Valérien
lors de la campagne contre les Parthes en 259, les
mots que voici :
"De la même
façon que l'Histoire de France expliquera
la raclée du vaillant François Ier
à Pavie par la trahison
du connétable de Bourbon, la défaite
de Napoléon à Waterloo par la
forfaiture de Cambronne, la déroute
de 1870 par celle de Bazaine, la débâcle
de 1940 par celle de Léopold III, roi des
Belges, il fallait aux Romains un traître
bien avéré pour porter le chapeau
de la défaite de Valérien, pour
panser cette grave blessure patriotique. Ce félon,
ce sera Cyriadès."
Mon coeur de patriote
se réjouit bien sûr que vous
osiez le clamer haut et fort car je ne peux
douter que derrière une ironie de façade
vous êtes convaincu de ces choses tout
comme moi (surtout pour Léopold, une
fois). Je vous dirais bien "voilà
un brave !" (mais attention hein, pas
fortissimi, ça suffit comme
ça).
Car tout ça c'est bien vrai, de même
que nos ennemis furent toujours des barbares
sans honneur, nos (fort rares) défaites
(légères et noyées dans
un océan de gloire) furent effectivement
chaque fois l'uvre de quelque néfaste
Ganelon. "Tout m'afflige et me nuit
et conspire à me nuire", cri
éternel du juste face au coquin de
sort !
D'ailleurs "ceux qui ne pensent pas
comme nous sont des cons" chante
Brassens.
Donc, pour l'essentiel,
bravo, rien à dire !
Mais pour Waterloo, jamais morne plainte fut-elle
portée contre Cambronne ?
Voyons les moultes
raisons invoquées car "le mal
ne sait pas seul venir" comme disait
Rutebeuf :
Trahison du Général Bourmont,
incompétence du Maréchal Grouchy,
terrain détrempé, fossé
d'Ohain, arrivée miraculeuse de Bulow
puis Blücher pour sauver les rosbifs
de la choucroute, fatigue du destin ("tu
désertais victoire et le sort était
las"), tout cela, plus le maraboutage
qui sait, certes, on l'a entendu;
mais salir le chef du dernier carré
de la Garde, l'héroïque Cambronne,
quasi déifié par Hugo pour son
attitude et ce qui fut l'"ultima verba"
de cette journée, excusez-moi, mais
merde !
Sérieusement
c'est la première fois que je vois
mentionné cela. Je ne suis guère
féru de l'Empire et encore moins des
explications tarabiscotées et uchroniques,
donc des milliards de détails et de
théories "mot-de-cambronniques"
sur le pourquoi du comment de Waterloo m'échappent,
mais "forfaiture de Cambronne",
ça m'intrigue.
Que lui reproche-t-on (à part de n'avoir
pas gagné la bataille tout seul comme
un grand avec son opinel) ?
Et à quelle date commença cette
rumeur ? - car par exemple, à l'époque
de la rédaction de sa description de
Waterloo dans les Misérables,
Hugo ne savait rien de ces rumeurs de toute
évidence.
J'ai navigué
sur internet avec "Cambronne" et
"trahison", j'ai lu quelques articles,
nulle trace de forfaiture reprochée
(mais alors encore plus d'avis et de controverses
que pour savoir si jules César doit
ou non figurer parmi les empereurs romains).
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"La
garde meurt, mais ne se rend pas !" |
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Alors
merci d'avance de m'aiguiller sur la piste de la
rumeur étrange et pénétrante
que vous évoquez.
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| RÉPONSE
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Pour "la forfaiture
de Cambronne", je suis sincèrement désolé,
et présente humblement, à vous, qui
fûtes plongé dans une profonde perplexité,
ainsi qu'aux mânes de ce brave général
que j'offensai, mes plus plates excuses. Il s'agir
en réalité d'un bête, mais regrettable
lapsus calami(teux) !
Bien sûr, je ne me souviens plus exactement
comment cela s'est passé - un lustre s'est
certainement écoulé depuis la rédaction
de cette malheureuse phrase -, mais j'ai dû
la commencer avec l'intention d'évoquer "mots
historiques" qui faisaient passer les amères
pilules des défaites : "Tout est perdu
fors l'honneur", "Ah, les braves gens !"…
et, évidemment, le mot de Cambronne. Ensuite,
puisqu'il fallait amener le traître Cyriadès
sur le tapis, j'ai sans doute changé mon fusil
(Lebel) d'épaule, raturé, et choisi
de parler des confrères français du
présumé traître romano-perse :
connétable de Bourbon, Bazaine, notre Popol
III… et Grouchy, qui devait remplacer Cambronne
et son mot. Mais malheureusement, cette dernière
correction n'a pas été effectuée
!… Voilà pourquoi votre fille est muette…
et pourquoi, depuis quelques années, je ressens,
la nuit, des démangeaisons aux orteils : ce
n'était pas les acariens, mais les fantômes
offensés des grognards de la Vieille Garde
et de leur vaillant général. Et merde
!…
Enfin, rassurez-vous, cette phrase insane est amendée.
Il est désormais dûment question du "délaiement
funeste de Grouchy" et non plus de la "forfaiture
de Cambronne". |
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| CONCLUSION
DE JEAN-CHARLES : |
| Merci
pour votre réponse (ce n'est pas possible,
vous avez une mémoire d'éléphant
et un scanner à reconnaissance de texte !?)
et le long extrait concernant les cures oniriques.
J'ignorais ces détails pratiques et, me doutant
quand même que Julien parlait par métaphore
du rôle d'"enseignant" d'Esculape,
n'avais pas percuté qu'en fait cela collait
avec le procédé mystico-curatif de l'époque.
Y faut ben dire que, pour paraphraser Brassens, je
suis né - même pas bâtard ! - avec
seize siècles de retard sur l'époque…
Bon, donc, d'après vos
explications, je range le docteur Julien
avec l'ingénieur Jules dans le tiroir
marqué de l'étiquette "oui mais
un peu frimeur quand même".
Et puis vous rassurez mon caractère
peu militariste, je n'aurai pas à prendre mon
casque pour envahir le Hainaut et le Brabant (car
bien que je sois bourguignon on n'y est plus cheu'
nous depuis que la Marie a rétabli le flamand
comme langue d'administration, je me comprends) afin
de corriger les propagateurs de thèses portant
atteinte à l'honneur de ceux que Musset appelait
"les héros des vieux temps de la France",
en même temps qu'inversement vous décevez
ma curiosité, car je pensais à la lecture
de cette surprenante forfaiture supposée
du laconique général, qu'il existait
une théorie du complot lesbiano-dactylo-cambronniste
à laquelle vous faisiez référence
- aussi sérieusement qu'aux autres cela va
de soi - bref, la quiétude du patriote sourcilleux
gagne ce que l'émoustillement du rigolard perd.
Et en balançant le pour et le contre, j'ai
bien envie de pousser une interjection de soudard
! … |
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