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Novembre - Décembre 2006 (page 2/3)
Sommaire des mois de Novembre - Décembre
: Clic !
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| 6 Décembre 2006 |
| Josée-Anne
BRISON a écrit : |
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Je
suis à la recherche de renseignements
sur l'eunuque BRISON au service de l'impératrice
Eudoxie épouse d'Arcadius.
Je sais qu'il était notaire et j'ai trouvé
la correspondance de Saint Jean Chrysostome à
BRISON.
Je voudrais savoir d'où il venait et sa vie au
palais, ce qu'il est devenu.
Pouvez-vous m'aider ? |
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| RÉPONSE
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| Malheureusement, les
empereurs romains d'Orient, dont Arcadius fut le premier,
sortent de mes compétences historiques…
Tout ce que j'ai trouvé (et qui fait probablement
double emploi avec le fruit de vos propres découvertes)
à propos de votre homonyme Brison,
l'eunuque byzantin, c'est son apparition
dans la notice consacrée à Jean Chrysostome
de la très célèbre Légende
dorée, recueil de vies de saints, compilé
au XIIIe siècle par le moine dominicain Jacques
de VORAGINE :
"Or, les ariens, dont le nombre se multipliait
beaucoup, et qui avaient une église hors
de la ville, s'assemblaient le samedi et le dimanche
entre les portes et les portiques, où ils
chantaient, pendant la nuit, des hymnes et des antiennes.
Quand venait le point du jour, ils traversaient
la ville en répétant ces mêmes
antiennes et, sortant hors des portes, ils venaient
en foule à leur église. Ils ne cessaient
d'agir ainsi pour vexer les orthodoxes, car ils
répétaient souvent ces paroles : «
Où sont ceux qui disent qu'en trois, il n'y
a qu'une puissance ? » Alors saint Jean, dans
la crainte que les simples ne se laissassent entraîner
par ces chants, institua que tous les fidèles
passeraient la nuit à chanter des Hymnes,
afin que l’œuvre des hérétiques
fût étouffée et que les fidèles
fussent affermis dans leurs pratiques ; de plus,
il fit faire des croix d'argent que l’on portait
avec des cierges argentés. Les ariens, excités
par la jalousie, s'emportèrent jusqu'à
vouloir sa mort : et une nuit Brison, eunuque
de l’impératrice, fut frappé
d'une pierre. Jean l’avait chargé d'exercer
à chanter les hymnes ; il y eut même
quelques gens du peuple qui furent tués de
part et d'autre. Alors l’empereur ému
défendit aux ariens de chanter publiquement
leurs hymnes." (Traduction de la Légende
dorée de Jacques de Voragine proposée
par le site : www.abbaye-saint-benoit.ch)
Désolé de ne pouvoir vous aider davantage
dans vos recherches. |
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| 8 Décembre 2006 |
| Gérard
a écrit : |
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Je
suis à la recherche de documentation
sur la valeur de deux protagonistes (qui, à
mon goût, ont contribué très fortement
à la victoire sur les "Gaules" par
Jules César), qui se nomment Caius Oppius
et Cornélius Balbus !
Pourriez-vous m'éclairer sur ce qu'ils ont bien
pu faire pour le Grand Jules ! (J'ai vaguement aperçu
sur votre site quelque indice, comme "Ils étaient
"espions" etc, mais rien de bien concret).
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| RÉPONSE
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| Si, dans mon site, j'évoque
effectivement le code secret de notre brave Jules
(Clic !),
je ne parle point à cette occasion de Caius
Oppius et de Cornelius Balbus. En revanche,
j'y signale une page Web de l'Université Catholique
de Louvain, qui reprend un texte d'Aulu-Gelle (IIe
siècle ap. J.-C.) où ces deux personnages
apparaissent comme les destinataires de correspondances
cryptées du divin
Jules : "Sur les codes secrets qu’on
trouve dans la correspondance de Caius César
[…] Il y a des volumes de correspondance
de Caius César avec Caius Oppius et Cornélius
Balbus qui s’occupaient de ses affaires en son
absence. Dans cette correspondance, on trouve, à
certains endroits, des lettres isolées qui
ne forment aucune syllabe, qu’on dirait placées
au hasard ; car on ne peut former aucun mot avec ces
lettres." (voir : bcs.fltr.ucl.ac.be)…
Ce qui, bien sûr, ne signifie nullement que
ces deux personnages étaient des "espions"
du grand Jules !…
Qui étaient donc ces Oppius et Balbus ?
Personnellement, je n'ai pas trop le courage de farfouiller
dicos et biographies à la recherche d'infos
sur des personnages très secondaires. Mais
je me suis souvenu, à point nommé, que,
récemment, mon érudit compatriote et
ami Michel ELOY (du site PEPLVM
- Images de l'Antiquité) m'avait expédié
quelques courtes notices biographiques, compilées
dans des tas de vieux grimoires, sur des contemporains
de César.
Voici celles relatives aux deux personnes qui vous
intéressent, Cornelius Balbus et Caius Oppius
:
CORNELIUS BALBUS, Lucius
Originaire de Gades, en Espagne. En 72 av. J.-C.,
il obtient la citoyenneté romaine grâce
à Pompée, qu'il avait aidé
contre Sertorius, et dans le sillage duquel il évolue
dès lors. En 61 ou 62, il est praefectus
fabrum (préfet du génie) de César.
Il fait partie de ceux qui soutiennent, en 60, l'accord
entre Pompée, Crassus et César : il
va, à partir de ce moment, graduellement
passer dans le camp de César. En 59, il est
à nouveau son praefectum fabrum.
Dans les années suivantes, il veille à
ses intérêts à Rome. Accusé
d'avoir obtenu illégalement sa citoyenneté,
il est défendu en 56 par Cicéron (Pro
Balbo). Il cherche, en 50-49, à gagner
le même Cicéron, ainsi que Lentulus
Crus, à la cause de César. Après
Pharsale, il est chargé, avec Oppius, des
relations publiques du dictateur. Après la
mort de César, il soutient, , Octave et,
le premier parmi les provinciaux (primus exterorum;
PLINE, VII, 43) obtient le consulat en 40. Il est
toujours en vie en 32. Sa correspondance avec Cicéron
témoigne de ses intérêts littéraires.
OPPIUS, Caius
Membre de l'ordre équestre et fidèle
de César, chargé des relations entre
ce dernier et les autres hommes politiques. Resté
en contact avec Cicéron après la mort
de César, il soutint Octave. Il était
l'auteur de nombreuses biographies (vies
de Publius Cornelius Scipio Africanus dit le Premier
Africain, de César, de Cassius) et d'un pamphlet
visant à démontrer que Césarion
n'était pas le fils de César. Certains
lui attribuaient les trois Bella (guerres
d'Alexandrie, d'Afrique et d'Espagne), cf. SUÉTONE,
César,
LII.
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| 11 Décembre 2006 |
| Lætitia
a écrit : |
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Je
me demandais si vous connaissez des exemples historiques
de femmes romaines de haute naissance (mariées
mais surtout célibataires) qui ont entretenu
des relations sexuelles avec des esclaves ou des affranchis.
L’exemple inverse étant
très courant, je ne trouve rien à ce
sujet ! |
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| RÉPONSE
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| A priori aucun
exemple historique de Romaine, noble et célibataire,
ayant succombé aux charmes de l'un de ses esclaves
- ou l'ayant séduit - ne vient à l'esprit.
Il faudrait peut-être voir dans la littérature
latine… Encore que, ce genre de relation devait
paraître si choquante aux yeux des Romains qu'il
m'étonnerait que beaucoup d'auteurs aient osé
aborder ce thème particulièrement scabreux
pour eux. Pensez que L'amant de Lady Chatterley
de D.H. Lawrence, où ladite Lady s'encanaille
dans les bras de son garde-chasse, fit encore scandale
jusqu'au beau milieu du XXe siècle ! (voir
: fr.wikipedia.org).
Mais revenons à la Rome antique… Ainsi
que je l'écris souvent, il ne faut pas perdre
de vue que, sous un vernis d'émancipation féminine
(réservé à une poignée
d'aristocrates fortunées), cette société
"méditerranéenne" restait
fondamentalement patriarcale et masculine, voire machiste.
Les filles étaient mariées tôt,
et leur virginité, chaperonnée jusqu'au
jour du mariage par les duègnes familiales
(mère, tantes, cousines, etc) et par des grands
frères particulièrement sourcilleux
quant à la pureté de mœurs de leurs
frangines, restait la meilleure preuve de leur bonne
éducation. Ensuite, c'était au mari
de prendre soin de la vertu de son épouse,
gage de son propre honneur, et les esclaves qu'il
plaçait au service de sa chère et tendre
moitié se voyaient autant chargés de
la surveiller que de la dorloter.
Autant dire que, généralement, les dames
de la haute société romaine ne bénéficiaient
presque d'aucune "vie privée" : à
la maison, elles n'étaient pratiquement jamais
vraiment seules, et il leur était interdit
de sortir non accompagnées (et non voilées).
Reste évidemment le cas des célibataires
ou des veuves non remariées… Bien sûr,
théoriquement affranchies des tutelles de leurs
père, frères et mari, elles pouvaient,
à leur bon plaisir, transformer leurs esclaves
et affranchis en objets de débauche, en partenaires
de partouzes, en comparses d'orgies libidineuses !…
Mais était-ce réellement possible de
s'opposer frontalement à des contraintes morales
et sociales si fortes ? Pour les Romains, les esclaves
appartenaient peut-être au genre humain, mais
leur nature restait foncièrement différente
de celles des hommes libres : la subordination totale
à un autre, la servitude elle-même restait
une tache, une tare, une souillure dont il était
quasi impossible de se purifier. Même l'affranchi
restait marqué par le joug servile qu'il avait
souffert. Dès lors, pour une noble Romaine
couche avec un de ses esclaves, il fallait qu'elle
fasse preuve d'une grande ouverture d'esprit, qu'elle
soit très amoureuse ou très licencieuse…
et, hélas, qu'elle ne soit pas dégoûtée
!
Je gage que ces conditions ne se rencontrèrent
pas bien souvent.
Voyez,
comme exemple a contrario, cette
Matidie
la Jeune, évoquée par
l'ami Gricca dans un
ancien courrier : noble, riche et
libre, elle ne versa pas pour autant dans
la débauche, que du contraire !
Évidemment, il y
eut des exceptions. Tacite,
dans ses Annales, se fait un
malin plaisir de relater les frasques
de nobles dames. Par exemple une dévergondée
du nom de Vistilia qui trouva habile de
se faire enrôler comme prostituée
auprès des édiles, afin
d'en quelque sorte "régulariser"
ses nombreux adultères, et de faire
passer son pauvre cornard de mari pour
un infâme leno (= proxénète).
Celui-ci fut blanchi, mais, d'ordre de
Tibère,
la dame fut exilée sur une île
grecque. (Voyez Annales,
II, 85).
On peut encore songer à certaines
impératrices. Messaline,
par exemple. Elle avait, dit-on, transformé
une aile du palais en bordel, et hantait
les bouges de Suburre (le "quartier
chaud" de Rome), indifférente
au rang de se ses amants pourvu qu'ils
pussent assouvir son inextinguible appétit
génésique. "Épuisée
de luxure, mais jamais repue",
dixit le satiriste Juvénal.
Ou encore Faustine
la Jeune, l'épouse de l'empereur-philosophe
Marc
Aurèle. Elle, c'était,
paraît-il, auprès des gladiateurs
- considérés comme des esclaves
puisqu'ils s'étaient vendus aux
organisateurs des jeux - qu'elle cherchait
à soigner sa nymphomanie chronique
!… |
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Ouais ! Faudrait quand
même pas prendre tous ces ragots pour argent
comptant…
N'oublions pas que les historiens latins du genre
de Tacite se veulent surtout des moralistes. En
cette qualité, ils aiment insister sur
les mœurs, présumées dissolues,
de leurs concitoyens, et transforment des cas
exceptionnels, comme "l'affaire Vistilia"
en symptômes patents de l'absolue dépravation
de la société romaine du Ier siècle.
Sous leur plume, l'exception devient aisément
la règle…
Quant à Messaline, toute libertine qu'elle
aurait été, personne ne remit pourtant
en cause la naissance légitime de ses deux
enfants, Octavie et Britannicus (voyez ici : Clic
!). Bizarre, non, cet aveuglement de Claude,
son pathétique "cocu systématique"
de mari ? D'autant plus qu'auparavant, ledit Claude
s'était montré peu conciliant à
ce sujet : estimant que la fidélité
de sa première épouse était
sujette à caution, il n'avait pas voulu
reconnaître comme sienne et fait exposer
la fillette qu'elle lui avait donnée, une
petite Claudia (voir ici : Clic
! et Clic
!).
Pour Faustine le Jeune, c'est précisément
le contraire : les infâmes aventures extraconjugales
de cette gente dame ne sont probablement rapportées
que pour expliquer a posteriori la naissance
de ce dégénéré de
Commode
.Il était en effet impossible que cet être
vil, ce détestable empereur, ce tyran ne
soit le fils légitime du bon et brave Marc
Aurèle, homme sage et souverain libéral,
juste et intègre ! Et comme Commode était
notoirement féru de gladiature, il était
tout naturel d'imputer à sa pauvre mère
Faustine des égarements extraconjugaux
féconds avec un gladiateur… Notez
cependant que, dans la flopée d'enfants
que Faustine donna à son impérial
mari (voir ici : Clic
!), seul l'infâme Commode est présumé
bâtard. L'imputation calomnieuse paraît
cousue de fil blanc ! |
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| 11 Décembre 2006 |
| Nicolas
a écrit : |
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J’aimerais
en savoir plus sur la destruction de statues
païennes sous le règne de Constantin,
Théodose et Cie
Je suis tombé, il y a quelque temps sur un site
orthodoxe où j’ai aperçu une mosaïque
ancienne vantant la destruction de statues
antiques par des fidèles. Je n’ai pas eu
la sagacité de sauvegarder cette image pieuse…
Connaissez-vous quelque chose de ce genre ? |
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| RÉPONSE
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| Je ne connais pas cette
mosaïque dont vous parlez…Toutefois, il
n'en reste pas moins que la destruction des statues
païennes, des idoles, par les chrétiens
triomphants est un fait historique bien avéré.
Voyez par exemple - c'est le seul témoignage
iconographique que j'ai trouvé - cette
fresque représentant saint Martial, fort
chrétiennement occupé à détruire
des idoles païennes à Bordeaux.
Mais, d'un autre côté, les témoignages
historiques relatifs à cette vague iconoclaste
ne manquent pas. Parmi une multitude de faits de ce
genre, qui enthousiasmèrent des générations
de chrétiens, mais qui nous révolteraient
plutôt aujourd'hui, on peut citer la campagne
d'épuration anti-païenne du bon saint
Martin dans le Sud-Ouest de la Gaule. Homme de demi
manteau mais non de demi-mesures, il parcourut cette
région à la tête de "commandos"
de moines fanatisés, qui s'amusaient comme
des petits fous (qu'ils étaient) à profaner,
saccager, détruire; bref éradiquer tous
les temples et idoles qu'ils croisaient. Ah, en ce
temps-là, il fallait peu de chose pour se payer
une bonne tranche de franche rigolade : un fanum
gallo-romain à saccager, quelques pauvres
ploucs à convertir puis à baptiser à
la volée - un bain forcé dans la rivière
faisait l'affaire -, et c'étaient les feux
de la Saint-Jean en toute saison, l'été
de la Saint-Martin avant la lettre !
Et dans l'Orient romain aussi ! La folie destructrice
chrétienne y fit d'autant plus de ravages que
les temples y étaient plus riches qu'en Occident,
et que, par conséquent, le vandalisme y était
encore plus profitable. Ainsi, le patriarche d'Alexandrie
s'enrichit-il des dépouilles du temple de Sérapis,
mis à sac par des saints sbires. Des moines
dirigés par des bandits tonsurés s'employèrent
aussi à mettre à sac la Palestine païenne,
etc, etc… |
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13 Décembre 2006
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| Gricca
a écrit : |
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Quel
choix aurait du faire Constantin pour reconstituer
lunité de lempire ?
Pour une fois
je fais une petite pause dans mes récits pour
vous poser une question qui me turlupine
si jose mexprimer ainsi :
Cette question est issue du vaste débat sur
les causes de la chute de lempire romain, dont
on peut saisir deux choix politiques forts qui influèrent
sur lévolution de lempire, choix,
dailleurs, plus ou moins imposés par
les circonstances, c'est-à-dire léchec
des prédécesseurs et qui paraissaient
logiques sur le moment, mais qui se révélèrent
par la suite entraînés des conséquences
néfastes.
Le 1er choix
est celui dHadrien
(117-138) de donner un coup darrêt aux
conquêtes aventureuses de son prédécesseur
Trajan qui
avaient failli mal tourner. Cette décision
permit à lempire de bénéficier
dune remarquable période de paix et de
stabilité sous Antonin
le Pieux (138-161). Mais cest cet immobilisme
même qui pose problème, dune part,
en passant dune politique offensive à
une politique défensive, lempire se met
en situation dattendre les assauts des ennemis
extérieurs, lesquels purent reprendre linitiative
sous Marc Aurèle
(161-180). Dautre part, lempire se révéla
trop vaste pour être correctement défendu
lorsquil eut à faire face à des
attaques ennemies sur plusieurs fronts.
On en connaît les conséquences. Les guerres
eurent lieu, non plus au-delà des frontières,
mais sur le sol romain. Lempire eut beaucoup
de difficultés à répondre efficacement
à ces attaques, doù la montée
dun sentiment dabandon pour les provinces
menacées entraînant un réflexe
dautodéfense avec la résurgence
des vieux fonds régionaux sous le vernis gréco-latin,
et dangoisse sur la pérennité
des institutions et valeurs romaines, entraînant
la montée du christianisme, religion monothéiste.
Celle-ci sexplique par la tendance au syncrétisme,
réflexe face à lafflux de nouveaux
dieux, qui conduit à lunicité
allant dans le sens : un empereur, un empire, un dieu.
Le christianisme sut capter les gens par son message
évangélique universel, par son organisation
efficace calquée sur les structures administratives
impériales et sa capacité à phagocyter
cultes et philosophies païennes. Même si,
finalement létendue, handicap pour la
défense, avantage par ses ressources, permit
à lempire de tenir le coup, désormais
le ressort de lunité impériale
était brisé.
Cest
là quintervient le choix de Constantin
Ier (306-337) qui, après léchec
des Tétrarques à ramener une unité
religieuse autour des dieux antiques de lempire,
opta après 324 pour une unité
autour du christianisme. Mais en s'engageant
dans cette voie, Constantin brise le cadre polythéiste
qui permettait à chacun dans lempire
dhonorer ses Dieux. Désormais les
résurgences des vieux fonds provinciaux
vont se cristalliser, surtout après que
Théodose
eut fait en 380 de la religion nicéenne,
la religion officielle d'état, en querelles
dogmatiques, divisant lempire en blocs
antagonistes : bloc égypto-oriental (monophysite),
bloc afro-européen (chalcédonien),
romains (nicéens), barbares (ariens),
latins (catholiques), grecs (orthodoxes).
L'autre choix de Constantin détablir
une nouvelle capitale à Constantinople
sur le Bosphore nest que laboutissement
politique de la division de lempire. Ce
qui en fait son importance cest quil
fut une réussite au point de vue stratégique,
alors que le choix de lunité autour
du christianisme fut un échec quasi immédiat.
Finalement par leurs raids, Germains et Perses
nont pas abattu lempire, mais ils
lont fragilisé, leur permettant
ainsi de semparer de la partie Occidentale
de lempire. De toute façon Rome
aurait fini par tomber, comme tomba beaucoup
plus tard Constantinople, ce nest quune
question de temps.
La grande
question reste finalement celle-ci : Une fois
le danger barbare momentanément écarté
sous les Tétrarques, autour de quoi Constantin
aurait pu refaire lunité de lempire
: paganisme en perte de vitesse ou christianisme
en devenir, avait-il dautres choix entre
ces deux options, ou bien aurait-il du se contenter
de lédit de tolérance de
313 ?. Je serais intéressé par
votre réponse sur ce choix cornélien
de Constantin dont les conséquences marquent
encore notre civilisation, surtout lorsquon
sait que tout choix a ses avantages et ses inconvénients. |
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Voir par exemple
les conséquences de lédit de
Caracalla de 212, en particulier sur le recrutement
de larmée, sur ce site http://his.nicolas.free.fr
Sur le choix de
Constantin voir, entre autres, les sites : http://www.philagora.net
et ses conséquences : letemps.ch/dossiers
GRICCA
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| RÉPONSE
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| Le problème que
vous soulevez à propos de Constantin
est en effet fort intéressant. En fait, cela
revient à se demander si cet empereur
avait réellement le choix des moyens pour réunifier
idéologiquement l'Empire… Notez
que, plus radicalement, l'on pourrait aussi se poser
la question de savoir si l'Empire avait réellement
besoin d'être unifié de telle sorte…
Plus j'y réfléchis, plus je me demande
si ce n'est pas là une projection anachronique
de nos totalitarismes modernes sur le régime
impérial de Rome. Ein Volk, ein Reich,
ein Fürher !
Car enfin, que je sache, le grand Empire romain, celui
d'Auguste,
de Vespasien,
d'Hadrien
ou même de Septime
Sévère et de Caracalla,
n'était guère unifié sur le plan
idéologico-religieux. Outre celui des Juifs
- qui représentaient, au bas mot, un bon dixième
de la population (et qui, par parenthèse, ne
priaient que de l'extrême bout de leurs lèvres
Yahvé pour la conservation de l'empereur) -,
des centaines de cultes, parfois fort exotiques, coexistaient.
Sans parler des diverses sectes philosophiques (stoïciens,
pythagoriciens, épicuriens, platoniciens, cyniques,
etc…) qui se partageaient le "marché
spéculatif" ! Dans ce foisonnement philosophico-religieux,
le fameux "culte impérial" ne constituait
peut-être qu'un genre de vernis unificateur,
et non le ciment que certains imaginent…
Voyez aussi avec Dioclétien
: cette sacralisation des augustes de sa
Tétrarchie, le premier relevant de Jupiter
et son second d'Hercule, avait-elle réellement
pour but le renforcement du culte impérial,
ce ciment présumé de l'empire ? Ne s'agissait-il
pas plutôt d'un "accessoire" destiné
à renforcer l'autorité impériale
(les ordres du représentant de Zeus sur terre
ne pouvaient être discutés), ainsi que
d'un gadget idéologique censé
protéger la personne sacrée de l'empereur
(c'était crime de lèse-divinité
que d'attenter à la vie ou à la couronne
de ce "vice-dieu") ?
Je ne sais pas, mais la standardisation de la pensée
qu'auraient envisagée les empereurs romains
de l'Antiquité tardive ne me paraît utile
que dans un état où préexiste
déjà une idéologie puissante,
qui a la volonté de s'imposer à tous.
Or, le culte impérial ne peut en aucun cas
être comparé au national-socialisme ou
au communisme stalinien ou maoïste. Autant mélanger
le relais sacré du 11 novembre les
fastes nazis de Nuremberg !
Ces entreprises massives de lavage de cerveaux ne
semblent aussi possibles que dans des sociétés
où les informations circulent rapidement et
efficacement. Staline et Hitler purent imposer leur
culte parce qu'ils disposaient déjà
de médias de masse (journaux, radio, cinéma,
débuts de la télévision). Mais,
dans l'Empire romain, c'était une autre chanson
! Si l'on oublie les grandes métropoles (d'ailleurs
entrées en décadence à l'époque
qui nous intéresse), qui étaient reliées
aux centres de décisions par des courriers
réguliers, dans la plupart des petites localités
provinciales, on ne connaissait sans doute rien d'autre
de l'empereur que son nom. Et s'il changeait de religion
en décidant de "brûler ce qu'il
avait adoré" (et vice-versa), la
belle affaire ! Malgré toute efficacité
de la bureaucratie impériale, il pouvait s'écouler
des mois, voire des années, avant que ne parviennent
dans ces coins reculés les décrets informant
la population des volontés de leur maître,
l'empereur… Et encore fallait-il que les fonctionnaires
locaux eussent la volonté de leur donner un
semblant de début d'exécution avant
que d'y être forcé par des légats
envoyés tout exprès !… Voyez ce
qui s'est passé lors de la persécution
de Dioclétien : celle-ci ne paraît
avoir été vraiment effective et efficace
que lorsque des missi dominici se trouvaient
sur place pour exiger la stricte application des décrets
et leur exécution ponctuelle…
Alors, s'il fallait un "commissaire politique"
dans chaque bourg, voire derrière chaque sujet,
comment diantre réaliser cette fameuse unité
idéologique ? En Chine, avec des moyens de
propagande modernes, le président Mao n'obtint,
vaille que vaille, une telle unanimité (de
façade) qu'au prix de millions de morts. Et
jamais on n'imputa de telles hécatombes aux
empereurs romains, même à des antéchrists
comme Dioclétien ou Galère…
Pour en revenir
à notre ami Constantin, je ne suis donc
pas du tout certain que lui-même considérait
le christianisme comme la solution à
cet hypothétique problème de diversité
idéologique de l'Empire…
Au début de sa carrière, je le
vois clairement favoriser les chrétiens
dans un évident but géostratégique
(ses ennemis se trouvaient en Orient où
le christianisme était déjà
influent). Ensuite, je peux accepter que l'empereur
fût de plus en plus séduit par
la doctrine chrétienne : il prit de nombreux
décrets d'inspiration chrétienne,
il présida aux séances du concile
de Nicée, etc… Toutefois, il ne
cessa jamais de donner des gages à ses
sujets païens. Vous avez vous-même
évoqué dans l'une de vos érudites
interventions la carrière du philosophe
païen Sopatros d'Apamée (voir ici
: Clic
!), qui "concélébra"
l'inauguration de Constantinople. Un empereur
soucieux d'unité idéologique aurait-il
toléré une cérémonie
aussi largement "œcuménique"
?
À mon avis, Constantin ne choisit réellement
entre paganisme et christianisme qu'à
l'heure de sa mort. Un choix évidemment
définitif, mais qui, finalement n'engageait
que sa propre personne (et son propre salut),
même si ses fils et successeurs avaient
été éduqués dans
la religion chrétienne.
Le marché des religions lui proposait-il
une alternative crédible au christianisme
? Peut-être le mithraïsme ? Dans
ses romans d'héroic-fantasy
(je doute que vous les appréciez !),
Rachel Tanner imagine une uchronie où,
Crispus succédant à Constantin,
l'empire se serait converti au culte de Mithra
plutôt qu'à la croix (voir ici
: Clic
!). Une fiction intéressante !…
Plus sérieusement, la tentative de restauration
païenne de Julien,
basée sur un culte solaire assez syncrétique,
flanqua une peur bleue aux chrétiens
de son temps. On pourrait imaginer - encore
une uchronie - Julien revenant victorieux de
son expédition de Perse et modifiant
radicalement le cours de l'histoire.
Revenons à ce que vous écrivez
au début de votre courriel
: on peut le regretter, mais il est probablement
dans la nature d'un empire que d'être
impérialiste, et le sage Hadrien,
en mettant un coup d'arrêt à l'expansion
romaine, fut peut-être à l'origine
du déclin de Rome. |
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Peut-être
la machine romaine était-elle déjà
à bout de souffle dès le règne
de Domitien.
Trajan
était parvenu à la relancer par
la très fructueuse conquête de
la Dacie, mais son successeur, le pragmatique
Hadrien, optant pour la stabilisation des fronts,
se priva du même coup de l'indispensable,
de l'irremplaçable apport financier que
constituait le butin des guerres de conquête.
Le mal aurait été moindre si,
au terme des guerres de Trajan, Rome avait pris
le contrôle des routes commerciales traversant
l'Asie centrale vers l'Inde et la Chine. Mais
ce n'était pas le cas. Pis encore, en
Orient, aucune frontière naturelle aisément
défendable ne séparait l'Empire
de son ennemi héréditaire, le
monde persan.
Qu'on l'aime ou qu'on le déplore, il
faut admettre que Rome était un état
prédateur, et en entreprenant une guerre
de conquête vers l'Orient, Julien tentait
peut-être d'administrer au vieil Empire,
en voie de décrépitude, le seul
remède susceptible de le sauver. Imaginez
en effet, que Julien, vainqueur des Perses,
ait réussi à s'emparer de tous
les trésors amassés par les Rois
des Rois sassanides, et par-dessus le marché,
soit parvenu à contrôler les diverses
routes de la soie. Revenant en Occident après
un tel triomphe, son aura aurait été
telle, et la protection de ses divinités
si manifeste que les jours de l'Église
chrétienne auraient sans doute été
comptés ! Même sans persécution,
le probable ralliement en masse des chrétiens
à la cause d'un "César"
si manifestement béni de Dieu auraient
littéralement vidé les églises
de leur public… et, aujourd'hui, on n'entendrait
sans doute plus parler du christianisme !
Mais tout cela n'est que fiction.
Encore merci pour vos interventions sur mon
site ainsi que pour vos conseils de lecture.
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RUBRIQUE
OUVRAGES SUR LEMPIRE ROMAIN
- Un
bon roman historique dEmma LOCATELLI :
Le scandaleux Héliogabale, empereur
prêtre et pornocrate - Nouveau monde
éditions ISBN 2 84736 187 2,
avec le résumé au dos du livre :
« An 217 de lère chrétienne.
Lempereur Caracalla vient dêtre
assassiné en Mésopotamie. Profitant
de lévénement, trois princesses
syriennes, avides de pouvoir, intriguent pour placer
sur le trône de Rome lhéritier
mâle de leur dynastie, le jeune Varius.
A force de complots, elles parviennent,
contre toute attente, à faire proclamer ladolescent
imperator par les légions dOrient.
Le règne le plus décadent de lhistoire
romaine commence : durant trois ans et neuf mois,
Rome va vivre au rythme des caprices, des extravagances
et des provocations de ce jeune homme de quatorze
ans, immature et fantasque, que rien ni personne
na préparé à assumer
une telle dignité.
Adorateur mystique dune étrange
divinité orientale incarnée dans une
pierre noire, lElagabal solaire, dont il est
le grand prêtre, enfant prodigue et imaginatif,
homosexuel et travesti, celui que lHistoire
ne connaîtra que sous le sobriquet dHéliogabale
va offrir le spectacle de tous les excès
et de toute la démesure que lui inspirent
la quête obsessionnelle du plaisir, livresse
du pouvoir suprême et la haine de lordre
établi.
Surpassant Tibère dans les molles voluptés,
Caligula dans la cruauté, Néron dans
la folie esthétique et théâtrale,
lenfant-empereur naura de cesse de choquer
et de scandaliser le vieux monde latin pourtant
accoutumé aux excentricités et aux
débauches de ses prédécesseurs.
Mais derrière lui, sagitent les ombres
inquiétantes de sa grand-mère, de
sa mère et de sa tante, qui sinquiètent
de voir la pourpre leur échapper
Détesté par le Sénat romain,
exécré par larmée, rejeté
par sa famille, lempereur honni saura-t-il
trouver dautres soutiens que ceux de ses mages
et de ses amants ? »
- Jajoute
un autre roman historique intéressant :
La trahison du pouvoir dEve
LERNE - Les Asclépiades 2005 ISBN 2 915238
13 8,
avec le résumé au dos du livre :
« La quête du pouvoir, toujours et
partout, traverse avec grande constance les siècles.
La correspondance entre Galien, médecin déjà
célébrissime de son vivant, et son
impérial patient, Marc Aurèle, présente
dun jour nouveau les illustres serviteurs
de lEmpire romain. En lan 175, une trahison
entre amis de longue date éclate
Et
Marc Aurèle, lempereur philosophe,
le stoïcien si connu et reconnu parmi les sages,
règle ses comptes
somme toute peu
stoïquement. Eve Lerne, docteur en médecine
et spécialiste en histoire romaine, aborde
une des périodes les plus riches en rebondissements
(et les moins connues) de lEmpire. »
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