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Sommaire Janvier 2006 :
- 1er Janvier :
- Munda : l'art de pédaler dans la paella ! : Clic
!
- 2 Janvier :
- 2 Janvier :
- Quand le sigle SPQR a-t-il été inventé
? : Clic !
- Ornait-il de beaux légionnaires tatoués
? : Clic !
- 3 Janvier :
- La légende de la vestale Camane : Comme
si, quand on n'est pas laide, on avait droit d'épouser
Zeus… : Clic !
- 4 Janvier :
- Vorenus et Pullo, des personnages synthétiques… mais
pas en toc pour autant ! : Clic
!
- 5 Janvier :
- Julien rompt la glace au beau pays de Liège…
: Clic !
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| 2e
PAGE : |
- 9 Janvier :
- La trilogie Le signe de Rome de Jean-François
PAYS : Clic
!
- 12 Janvier :
- Encore quelques réflexions à propos
de la lex de imperio vespasiani : Clic
!
- 12 Janvier :
- Empereurs et papes : des souliers rouges… et
des petites turlutes : Clic
!
- 14 Janvier :
- Marie-Françoise recherche des gravures (ou
dessins) de la Villa Hadriana : Clic
!
- 16 Janvier :
- Un délire incroyable ! : Clic
!
- Domitien II récupéré ? :
Clic
!
- 17 Janvier :
- Un Jésus confectionné en patchwork
avec Jean-Baptiste comme toile de fond ? : Clic
!
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| 3e
PAGE : |
- 18 Janvier :
- Le Colosse de Néron recyclé
en bel Apollon ? : Clic
!
- L"épais mystère des élégantes
crolles d'Auguste… : Clic
!
- Auguste était-il du signe du capricorne ? :
Clic
!
- 18 Janvier :
- Comment Titus célébra-t-il son triomphe
sur les Juifs : Clic
!
- 21 Janvier :
- 24 Janvier :
- Locuste assaisonna-t-elle les petits plats de Caligula
? : Clic
! …
- … et le potage de Passienus, le second
mari d'Agrippine ? : Clic
!
- Tigellin aconita-t-il ses tontons ? : Clic
!
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| 4e
PAGE : |
- 27 Janvier :
- La Victoire du Sénat à tous
les diables ? : Clic
!
- Des Romains aux Indes ? : Clic
!
- 27 Janvier :
- Rendons à Ponce Pilate le grade qui lui revient… : Clic
!
- 29 Janvier :
- La persécution de Valérien : le Sénat
complice ? : Clic
!
- Quand Valérien le Jeune mourut-il ? : Clic
!
- Valérien : pas de tractations avec les ravisseurs
irakiens ! : Clic
!
- 30 Janvier :
- Le chic pour casser du barbare sans états d'âme… : Clic
!
- Barbares hirsutes et Gallia comata : Clic
!
- 31 Janvier :
- Quelques modestes réflexions sur la religion
du divin Jules : Clic
!
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RECHERCHE
DANS LE SITE
"EMPEREURS ROMAINS"
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| 1er Janvier 2006 |
| Jean-Michel
a écrit : |
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Sur
votre page
relatant l'épopée de Jules César,
j'ai relevé une petite "coquille"
et notamment sur la bataille décisive
de Munda.
"La dernière
bataille entre le divin Jules et ses adversaires
pompéiens se déroula le 17 mars -45
à Munda, non loin de Tolède."
Il me semble, selon mes sources
(confirmées par le livre de Max Gallo,
César Imperator), que le lieu-dit de la
bataille se situe dans les environs de Cordoba
(Corduba), aux abords du village
de Montilla (Munda), aujourd'hui célèbre
pour ses vins blancs sec (technique de fermentation
du Xérès, vinification qui ne viendrait-elle
pas des Romains ?).
Erreur rectifiée dans
votre réponse
à un internaute mais laissant apparaître
une autre sur la date qui est bien le 17 Mars
45 av. J.-C. |
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| RÉPONSE
: |
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| Merci d'avoir pris la
peine de me signaler ces erreurs, que vous êtes
assez indulgent pour qualifier de coquilles
et que je me suis empressé de corriger.
Cela fait vraiment plaisir que d'être lu par
des internautes tel que vous, attentifs et perspicaces
! |
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| 2 Janvier 2006 |
| François
BACHELOT a écrit : |
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À
une époque où il faut faire vite, j’ai
pris le temps (plus de 20 ans) pour écrire
une monographie :
«
Éléphants des Armées, de
la gloire à l’oubli » (voir
: elephants-armees.com)
qui devrait intéresser,
je l’espère, les grands et les moins
grands.
Loin des photographies habituelles,
usées à force d’être reproduites,
représentant les pachydermes regroupés
sous un ciel ombrageux autour d’une mare, ce
livre s’intéresse à une page glorieuse
de leur histoire.
Ils n’ont pas toujours été traqués
et chassés par l’homme. Ils ont, avec
les empereurs romains d’Orient, partagé
leurs ambitions territoriales ; avec les Grands Moghols,
ils ont été les acteurs de fêtes
fantastiques ; avec les va-nu-pieds de la piste Hô
Chi Minh, ils se sont battus pour survivre…
Au désir d’être
le plus complet sans être monotone sur le sujet,
j’ai ajouté le plaisir de l’illustration,
comme savaient le faire nos aînés du
XIXe siècle.
Je reste à
votre disposition pour vous apporter de plus personnelles
informations sur le contexte, le contenu et la forme
de ce travail (email : francois.bachelot@elephants-armees.com) |
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| 2 Janvier 2006 |
| Audrey
a écrit : |
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| J'aimerais
savoir à quelle période est apparu
le symbole SPQR dans l'empire est s'il
est vrai que les légionnaires l'avaient
tatoué sur l'épaule gauche. |
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| RÉPONSE
: |
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| À mon humble
avis, le fameux sigle SPQR (voir ici : Clic
! et Clic
!) doit être presque aussi vieux que la
république romaine elle-même. Il devrait
donc être apparu aux environs du VIe ou du Ve
siècle avant notre ère.
Il faut aussi souligner que ce sigle ne fut jamais
abandonné : même dirigée par des
empereurs de plus en plus autocratiques,
Rome resta toujours, en droit sinon en fait, une République
dont les légions combattaient et les magistrats
agissaient au nom "du Sénat et du
Peuple romain".
Le tatouage de ce sigle sur l'épaule gauche
des légionnaires… et en particulier sur
celle du général Maximus du film Gladiator
?
Sur ce point aussi, je peux me tromper, mais je n'ai
pas l'impression que ce détail est historique.
Je pense que tout bon citoyen romain eût été
indigné d'être marqué de telle
sorte, comme un esclave, ou tatoué comme les
barbares scythes, germains ou pictes qu'ils devaient
combattre.
Cela dit, il n'est peut-être pas impossible
que les déserteurs ou les couards se soient
vus apposer une flétrissure de ce genre. Un
peu comme, sous l'Ancien régime, on marquait
l'omoplate gauche des criminel(le)s à l'aide
d'un fer rougi en forme de fleur de lys.
D'AUTRES
INFOS SUR
LES TATOUAGES DES LEGIONNAIRES
Voyez par ici : Clic
! |
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| 3 Janvier 2006 |
| Stéphanie
a écrit : |
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J'ai
vu récemment à la télévision
les épisodes de la série Empire.
J'aimerais savoir s'il y a eu, en vrai, de quelconques
sentiments entre la vestale Camane et l'empereur
Auguste ou, s'il s'agit d'un amour fictif
pour donner plus de charme à la série.
Merci d'avance |
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RÉPONSE
DE Michel
ELOY (Site
PEPLVM - Images de l'Antiquité)
Lucien J. Heldé, du site des EMPEREURS-ROMAINS,
qui est aussi le Webmaster de mon site PEPLVM-IMAGES
DE L'ANTIQUITÉ, me transmet votre
question relative à un feuilleton TV,
qui lui semble davantage de mon ressort.
Dans les romans mélos de la fin du
XIXe s., quant une femme de la bonne société
essuyait une déception amoureuse, elle
finissait par prendre le voile et entrer au
couvent. Les scénaristes de cinéma
- qui se foutent bien de ce que pensaient les
Romains, de leur mentalité - s'en sont
souvenus comme d'un ressort pour leurs intrigues.
Mutatis mutandis, dans la Rome
antique, le couvent c'est le collège
des Vestales. Ben voyons !
Donc Sophia Loren dans La
Chute de l'Empire romain (1964) et Rita
Gam dans Hannibal (1960) envisagent de
solutionner une passion déçue
en entrant dans le collège des Vestales…
Il suffisait d'y penser. Dans la version 1937
(inachevée) de I Claudius, Jozef
von Sternberg qui avait le sens du show bizz,
voulait filmer des dizaines de vestales nues,
au grand désespoir de son costumier John
Armstrong qui - lui - avait des références.
Enfin, dans le Forum en folie
(1965), Richard Lester montrait des vestales
romaines s'apprêtant à procéder
à un sacrifice humain. N'importe quoi.
Mais c'est si bon !
Il me souvient d'une table ronde dans le sud
de la France où se sont empoignés
deux universitaires, la laïque protestant
contre la désinvolture avec laquelle
l'ecclésiastique décrivait Lygie,
l'héroïne de Quo Vadis,
livrée à la fureur de l'aurochs
habillée d'une blanche robe "de
vestale". A juste titre, elle fit remarquer
qu'il ne serait jamais venu à l'idée
des Romains de revêtir des attributs sacrés
des vestales une criminelle chrétienne
condamnée ad
bestias. La comparaison était
saugrenue, mais elle traduit bien le mépris
et l'ignorance des chrétiens pour les
réalités du paganisme (c'est la
pruderie des cinéastes américains
qui avait revêtu Deborah Kerr d'une robe
blanche : dans le roman de Sienkiewicz comme
dans les représentations académiques,
et aussi dans le récent
film de Kawalerowicz, elle était
nue, seulement parée de quelques guirlandes
de fleurs).
Lorsqu'un condamné à mort conduit
au supplice croisait dans la rue une vestale,
il était gracié. A la différence
des religieuses chrétiennes (en fait,
les moralistes chrétiens interdisaient
à l'ensemble de leurs coreligionnaires
d'assister aux spectacles de cirque ou de théâtre,
jugés en bloc comme corrupteurs), les
Vestales assistaient aux jeux de l'amphithéâtre
- c'est du moins ce qu'a affirmé un polémiste
chrétien nommé Prudence. C'est
précisément ce fameux passage
du Contre Symmaque où Prudence
met en doute la pureté des moeurs des
Vestales qui est le point de départ de
la célèbre toile de Gérôme
Pollice verso et de la fameuse controverse
du "pouce baissé". Le peintre
a représenté lesdites vestales
aux premières loges, baissant le pouce
pour réclamer la mise à mort du
gladiateur vaincu. La réalité
était toute autre et leur intervention
toujours miséricordieuse. Mais là
encore et une fois de plus, le goût du
sensationnalisme et l'enseignement du mépris
ont prévalu.
Les vestales étaient les servantes
de la déesse du foyer, Vesta, dont la
flamme brûlait perpétuellement.
A l'origine, la fonction était exercée
par les filles de rois, plus tard par des jeunes
filles issues de l'aristocratie. Au nombre de
six, elles habitaient une maison à
côté du temple rond (tholos)
de la déesse, sur le Forum, juste derrière
la Regia - la demeure du Pontifex
Maximus, qui les choisissait et exerçait
sur elles une autorité paternelle. Aulu-Gelle
(Nuits attiques, I, 12) nous a conservé
les strictes règles régissant
la "prise " (capere) des Vestales
: être d'une lignée irréprochable,
n'avoir aucune tare physique et, bien sûr,
être vierge. On devenait vestale à
l'âge de sept ou huit ans. Les jeunes
filles prononçaient un voeu de chasteté
et demeuraient en fonction pendant trente ans
(au début, cinq ans), à l'issue
desquels elles retournaient à la vie
civile. Elles étaient alors libres de
se marier, mais cela demeurait rare une telle
union étant considérée
comme de mauvais augure.
Si EMPIRE avait été un
thriller contemporain, Camane aurait été
la gentille "clerc de notaire" déjouant
la magouille destinée à spolier
le gentil héritier d'un empire milliardaire.
Puis elle l'aurait épousé, ensuite
elle aurait bien sûr divorcé, puis
exigé une pension alimentaire exorbitante,
que sais-je encore… Drôle de pays
l'Amérique. Je préfère
les Romains, plus rassurants.
| Non, désolé,
Camane est un personnage imaginaire. Du
reste, les vestales étant recrutées
parmi les grandes familles, il aurait fallu
imaginer l'existence d'un - ou plusieurs
- Camanius (les filles recevant comme prénom
le patronyme paternel, en l'occurrence Camana)
lequel brille par son absence dans mes dictionnaires,
toutes époques de l'histoire romaine
confondues. Camane a été créée
par les scénaristes parce que c'était
généralement chez les Vestales,
sur le Forum, que les nobles citoyens romains
déposaient leur testament. Or ce
testament de César
est bien au centre du débat, dans
EMPIRE. Voici le passage de Suétone
qui traite du testament de Jules César
: "A la requête de Lucius
Pison, son beau-père, on ouvrit et
on lut dans la maison d'Antoine le testament
que César avait écrit aux
dernières ides de septembre (45 av.
n.E.), dans sa propriété de
Lavicum, et qu'il avait confié
à la grande Vestale. Quintus
Tubéron rapporte qu'il n'avait pas
cessé, depuis son premier consulat
jusqu'au début de la guerre civile,
de désigner pour héritier
Cn. Pompée et qu'il avait lu devant
l'assemblée des soldats un testament
rédigé dans ce sens. Mais
dans son dernier testament, il institua
trois héritiers, les petits-fils
de ses soeurs, Gaius Octavius, pour les
trois quarts, Lucius Pinarius et Quintus
Pédius, pour l'autre quart; à
la fin il déclarait même adopter
Gaius Octavius, en lui léguant son
nom; il désignait plusieurs de ses
assassins parmi les tuteurs du fils qui
pourrait lui naître, et même
Decimus Brutus parmi ses héritiers
de seconde ligne. Il léguait au peuple,
collectivement, ses jardins voisins du Tibre,
et trois cents sesterces par tête"
(Suét., Cés., LXXXIII). |
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Les choses ne furent pas faciles entre Octave
et Antoine,
et avant de finir par se réconcilier
contre Cassius et Brutus, les deux rivaux eurent
même à s'affronter sur un champ
de bataille, à Mutina (Modène).
C'est d'ailleurs cette bataille qui clôture
la télésuite EMPIRE, mais
son déroulement fut bien différent
de ce que raconte le film - pas de "légion
perdue" retrouvée; et Octave y participa
en temps que préteur, sous l'autorité
des consuls Pansa et Hirtius qui commandaient
les forces légales de la république.
D'une manière générale,
le scénario d'EMPIRE est très
fantaisiste, Octave était suffisamment
entouré pour n'avoir jamais eu à
se cacher de ses ennemis, et moins encore à
se retrouver esclave dans une école de
gladiateurs lovecraftiennement nommée
Arkham. Pure fantaisie aussi que ce général
nègre nommé Magonius, fidèle
à César : s'il y eut probablement
quelques hommes de couleur parmi les mercenaires
numides de César, aucun de ces auxiliaires
ne risquait d'un jour devenir un "général
romain". Si la chose vous tente, vous pouvez
retrouver la relation exacte de ces treize mois
qui séparent l'assassinat de César
(15 mars 44) et la bataille de Modène
(14 avril 43), qui font l'objet d'EMPIRE,
dans n'importe quelle bonne bio d'Auguste, par
exemple celle de Pierre Cosme (Auguste,
Perrin, 2005), ou le roman d'Allan Massie (Auguste.
Mémoires d'un Empereur, Flammarion,
1986).
Notez que la télésuite nous présente
Octave comme un dragueur impénitent (la
fille du sénateur Cimber, puis Camane).
La sexualité d'Octave a toujours été
assez trouble, à la fois débauché
et puritain en tant qu'Auguste.
Il faut savoir que, devenu maître de Rome
(j'hésite à écrire "empereur")
il encouragea le mariage et la natalité,
la guerre civile ayant décimé
les grandes familles romaines. Pour cela, il
eut à sévir parmi ses courtisans
portés aux frivolités; ainsi il
condamna à l'exil le poète des
amours, Ovide. C'était néanmoins
un sacré petit "drôle",
notre Gus ! Un sacré coureur de jupons.
N'oublions pas qu'avec son assentiment, il…
"confisqua" pour en faire son épouse
l'ambitieuse Livia,
mariée à un Tiberius Claudius
Nero plus tout jeune (et à cette occasion,
écrit Suétone, il aima à
se comparer au fondateur de Rome, Romulus, enlevant
une Sabine à son mari).
Il faut toujours prendre avec beaucoup de prudence
les affirmations concernant la sexualité
de ces personnages historiques : les accusations
de débauche ou d'inversion faisaient
partie de la rhétorique politique, armes
ordinaires dans l'univers machiste romain pour
dénigrer un adversaire. Que n'a-t-on
glosé sur Jules César "mari
de toutes les femmes, femme de tous les maris",
ainsi que chantaient ses légionnaires
pour conjurer le mauvais sort. Or si l'on examine
son "tableau de chasse", on n'y trouverait
que des succès féminins !
Ainsi, selon Allan Massie (Auguste. Mémoires
d'un Empereur), Octave aurait été
adolescent l'amant de Mécène (personnage
oublié de la télésuite
EMPIRE). Pure conjecture, basée
sur les moeurs générales du temps
(mais voyez néanmoins Suét., Aug.,
LXVIII).
Faut-il prendre au sérieux l'allégation
de cette vieille concierge de Suétone
lorsqu'il évoque ces rumeurs de sodomie
qu'Auguste - précise-t-il - nia toujours
avec la plus grande énergie (Suét.,
Aug.,
XCVIII)
? Pierre Kast (Les mémoires du tyran
[il s'agit de Tibère]),
a pour sa part fait ses délices d'un
autre passage du même paragraphe, selon
lequel Auguste n'aimait rien tant que de déflorer
des vierges, que des rabatteurs lui amenaient.
Pourtant, sa première épouse Clodia
(belle-fille d'Antoine, née d'un premier
lit de Fulvia avec le trublion P. Clodius Pulcher),
qu'il avait épousée à peine
nubile pour sceller son alliance avec Antoine,
fut répudiée après quelques
jours sans que leur union ait été
consommée. C'est peut-être cette
Clodia renvoyée chez elle encore vierge
qui a suggéré aux scénaristes
d'EMPIRE l'histoire de la Vestale Camane,
à laquelle sagement Octave renonça.
MICHEL
ELOY |
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| 4 Janvier 2006 |
| Jérôme
a écrit : |
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Je
viens de regarder la série
Rome, et je voudrais savoir si Lucius
Vorenus et Titus Pullo ont réellement existé
?
Ont-ils récupéré l'aigle
volé en Gaule à César ? Ont-ils
survécu à la disparition de la XIIIe légion
alors qu'elle se rendait en Grèce ? Ont-ils combattu
au côté de César en Egypte ? Vorenus
est-il vraiment devenu un magistrat puis un sénateur
? et Pullo a-t-il vraiment été un assassin
? |
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RÉPONSE
DE Michel ELOY
(Site
PEPLVM - Images de l'Antiquité)
Lucien J. Heldé, du site des EMPEREURS-ROMAINS,
qui est aussi le Webmaster de mon site PEPLVM-IMAGES
DE L'ANTIQUITÉ, me transmet votre
question relative à un feuilleton TV,
qui lui semble davantage de mon ressort.
Oui, Titus Pullo et Lucius Vorenus ont bien
existé. Mais qu'ils aient appartenu à
la XIIIe légion n'est qu'une possibilité,
non une certitude. Etaient-ils aux côtés
de César
en Egypte, c'est possible, plausible même,
mais on n'en sait rien. Pullo assassin, Vorenus
sénateur… c'est du roman, plausible
bien entendu, mais du roman (encore que de l'extraction
bassement prolétarienne de Vorenus, fils
d'un affranchi… à un siège
au sénat, il y a loin).
La XIIIe fut-elle engloutie en traversant la
mer, entre Brundisium (Italie) et Palaeste (Grèce)
? Oubliez ça. Aucune des trois ou quatre
bios de César que j'ai consultées
ne parle de légion engloutie, pas même
d'un seul légo qui se serait noyé
en vomissant par-dessus la rambarde ! Il est
vrai, par contre, que les effectifs de César
avaient… fondus. Des douze légions
césariennes convoquées à
Brundisium pour poursuivre Pompée, cinq
seulement furent au rendez-vous, et encore en
sous-effectif (désertions, maladies).
Arrivé à Brundisium à la
mauvaise saison - le 22 décembre 49 selon
le calendrier préjulien (soit le 17 novembre
49 [Le Verrier] ou le 26 octobre 49 [Groebe]
dans notre calendrier julien - merci Jules !)
-, César attendit bien sagement que la
tempête s'apaise. Voici ce qu'écrit
Eberhard Horst : "Le 4 janvier 48, la
mer étant un peu plus calme, César
donna l'ordre d'appareiller. Seuls 21.000 hommes
se trouvaient péniblement entassés
à bord des rares transports disponibles.
Ils débarquèrent près de
Palaeste (Palasa) sur la côte de l'Epire
au sud de Valona, l'actuelle Vlorë en Albanie.
Cette traversée de l'Adriatique avec
des forces si réduites représentait
un risque énorme. Que César l'eût
assumé ne peut s'expliquer que par sa
volonté de ne jamais laisser à
l'ennemi le temps de se ressaisir, et de toujours
garder l'initiative.
L'effet de surprise réussit, bien
que 600 navires pompéiens environ eussent
surveillé la mer. Personne ne s'attendait,
en cette saison, à un débarquement
venant de l'[ou]est, ni Pompée qui conduisait
lentement son armée sur le côte,
ni le commandant de sa flotte, Bibulus, qui
croisait au large de Corcyre (Corfou) avec 110
bateaux. Ce dernier manqua l'occasion de mettre
fin rapidement à l'entreprise de son
ancien coconsul haï. Seuls les transports
qui repartaient à vide chercher le reste
des légions à Brundisium tombèrent
entre ses mains; il en coula trente avec leur
équipage" (Eberhard Horst, César.
Une biographie, Fayard, 1981, p. 284).
Pompée non plus n'avait essuyé
de pertes. Il avait fait franchir le canal d'Otrante
à ses troupes en deux fois : le 4 mars
49, les deux consuls et trente cohortes avaient
embarqué pour Dyrrachium; le 17 mars
[26 janvier, calendrier julien], le proconsul
Pompée et la vingtaine de cohortes demeurées
en Italie traversèrent à leur
tour (J. Van Ooteghem, Pompée le Grand,
bâtisseur d'Empire, 1954, pp. 551-552).
Vous savez, il faut accepter que certains
détails soient montés en épingle,
modifiés, transposés ou exagérés
pour rendre l'histoire plus intéressante.
Cette tempête, c'est César lui-même
qui l'a essuyée dans une barque de pêcheur,
quelques semaines plus tard lorsqu'encerclé
par les Pompéiens en Grèce, il
tenta de rentrer seul en Italie pour aller chercher
des renforts ("Que crains-tu ? Tu portes
César et la fortune de César",
aurait-il dit au pauvre nautonier effrayé).
En ces circonstances, son questeur Marc
Antoine, demeuré en Italie, prit
l'initiative de lui amener des renforts et manoeuvra
brillamment pour duper la vigilance des Pompéiens
et faire sa jonction avec César pour
leur infliger une défaite. Je ne pense
pas que ce détail ait été
mis en valeur dans ROME (que j'ai vu
en VO, le détail m'a peut-être
échappé).
Mais revenons à Pullo et Vorenus.
Tout ce que nous savons d'eux tient en une
seule anecdote de la guerre des Gaules (V, 44)
dont j'ai reproduit le texte sur
mon site : ils étaient tous deux
centurions (dans le téléfilm,
seul Vorenus est centurion, Pullo est un simple
légionnaire), mais César ne nous
précise pas à quelle légion
ils appartenaient. Les centurions Pullo et Vorenus
se trouvaient dans le camp de Q. Cicéron,
quelque part sur la Sambre, lorsque les Nerviens
etc. vinrent les y assiéger à
l'automne 54, et qu'ils se signalèrent
par un acte de bravoure que rapporte César,
lequel aimait magnifier ses centurions, soldats
professionnels (au contraire de ses légats,
ses "généraux"). A quelque
distance de là, et au même moment,
les légats Sabinus et Cotta sont assiégés
dans l'Atuatuca par les Eburons. Ils ont sous
leurs ordres quinze cohortes, soit une légion
et demie, appartenant aux légions XIII
et XIV. Nous ignorons quelle part exactement
de leur effectif se trouvait dans l'Atuatuca…
ou ailleurs : ce qui veut dire que Vorenus et
Pullo - qui n'étaient pas dans l'Atuatuca
- pouvaient aussi bien appartenir à une
vexillation de la XIII, de la XIV ou d'une autre
(sur les différentes légions de
César pendant la guerre des Gaules, je
vous renvoie à mon dossier VERCINGETORIX).
Les scénaristes, eux, ont choisi. Il
le faut bien.
J'ai gardé l'aigle pour la fin. L'aigle
perdue est un vieux fantasme de la littérature
romanesque, j'en ai déjà traité
sur le site des EMPEREURS-ROMAINS (voir ici
: Clic
!) Et je viens, du reste, de pondre un gros
dossier pour PEPLVM-IMAGES,
consacré à ARMINIUS
et au massacre des trois légions de Varus,
où il est entre autres question de deux
aigles légionnaires conquises par les
Germains. A ma connaissance, César n'a
jamais perdu aucune aigle pendant la guerre
des Gaules. Il en a peut-être perdu une,
mais alors il ne s'en est jamais vanté.
En effet, dans l'épisode de l'Atuatuca
sus-évoqué, César raconte
que l'aquilifer Lucius Petrosidius se
fit tuer sur place pour protéger l'aigle
qu'il avait jetée par-dessus les remparts
du camp. Quelques jours plus tard, les quinze
cohortes de la XIII et de la XIV qui étaient
dans le camp sont exterminées. Quid
de leur aigle, chèrement sauvegardée
par l'héroïque Lucius Petrosidius
? César n'en dit rien. Mais les scénaristes
de ROME s'en sont visiblement inspirés,
au gré de leurs paramètres de
crédibilité…
J'aime vraiment
beaucoup cette télésuite
ROME, car elle montre la précarité
du petit peuple, des esclaves, des anciens
combattants qui essaient de survivre à
côté de leurs nobles généraux
lesquels tiennent le haut du pavé.
Devenir brigands ou chômeurs, il
n'y avait pas grand choix pour les démobilisés.
Tel fut le problème des grands
condottieres de la fin de la république
: "caser" leurs vétérans,
des gens qui ne possédaient rien,
et à qui il fallait donner quelque
chose au terme de leur engagement, pour
s'assurer leur clientèle. Mais
les grands propriétaires du sénat
étaient généralement
hostiles à ces distributions.
La personnalité de Vorenus désapprouvant
la politique de son patron César
(pourtant toujours enclin à pardonner
à ses idiots de concitoyens qui,
ne partageant pas ses vues, avaient pris
les armes contre lui), me rappelle Titus
Labienus. C'était, en Gaule,
le meilleur des généraux
de César. Mais, originaire du Picenium
comme son patron Pompée, il avait
pris du service dans l'armée de
César lorsque les
deux triumvirs étaient
amis. Un observateur superficiel
dira que Labienus trahit César.
Je serais plus nuancé : Labienus
demeura fidèle à son patron
Pompée, et il faut louer sa loyauté.
L'attitude du pur républicain Vorenus
est assurément calquée sur
ce personnage historique. Et Vorenus ne
fut certainement pas le seul Romain à
avoir dû, un jour, faire un choix
de ce genre… |
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MICHEL
ELOY |
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| 5 Janvier 2006 |
| NIcole
a écrit : |
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J'ai
lu - et je ne sais plus où, bien entendu…
- que l’empereur Julien faisait chaque
jour briser la glace sur la Meuse pour assurer la
navigabilité des cursoriae.
Pourriez-vous me confirmer
cette information et me donner quelques références
? Je cherche en outre
des informations sur les navires-courriers (navigation
fluviale).
Merci infiniment pour votre
réponse très attendue ! ;-) |
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| RÉPONSE
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| Je ne suis pas très
qualifié pour disserter sur la batellerie gallo-romaine…
En revanche, cette anecdote relative à l'empereur
Julien, dit "l'Apostat"
est davantage dans mes cordes.
| Au livre XVII de son
Histoire de Rome, Ammien Marcellin rapporte
que le jeune César (à cette
époque, il n'était encore que le
co-empereur de son auguste cousin Constance
II), revenant d'une campagne victorieuse conte
les Alamans, apprit qu'une bande de 600 pillards
francs s'était réfugiée dans
des fortins en bord de Meuse (sans doue aux environs
de Lixhe, près de Visé). Il décida
donc de les assiéger, histoire de démontrer
aux Barbares de tout poil que, dorénavant,
aucune incursion hostile en territoire romain
ne resterait impunie. "Mais à
cause de l'incroyable opiniâtreté
des barbares, les travaux de siège traînèrent
en longueur pendant cinquante-quatre jours, c'est-à-dire
la presque totalité des mois de décembre
et de janvier. Les nuits étant alors sans
lune et la rivière gelée, le prévoyant
Julien craignit que l'ennemi ne profitât
de cette circonstance pour faire retraite. Aussi,
il fit quotidiennement, du coucher du soleil jusqu'au
lever du jour, croiser sur le fleuve des soldats
montés sur des barques légères
[en latin, « lusoriæ naves »,
c'est-à-dire des navires de surveillance,
ou « vedettes », affectées
également aux patrouilles sur le Rhin]
allant et venant pour briser la couche de glace
et interdire à quiconque de forcer le blocus.
Voyant cette ressource leur manquer, et réduits
aux abois par la fatigue et la faim, les Francs
se firent reddition, et furent aussitôt
dirigés vers la cour de l'empereur
[Constance II]. Une foule de Francs avait
essayé d'opérer une diversion pour
les dégager ; mais apprenant que leurs
compatriotes avaient été pros et
déportés, ils rebroussèrent
chemin sans pousser plus loin la tentative. La
campagne étant donc terminée, César
[Julien] alla passer le reste de l'hiver chez
les Parisiens." (AMMIEN MARCELLIN, Histoire
de Rome, livre XVII, chap. 2 - voir : agoraclass.fltr.ucl.ac.be).
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Ainsi que vous avez pu le lire, ne n'est donc pas
pour faciliter la navigation hivernale que Julien
ordonna que l'on brise les glaces qui recouvraient
la Meuse. Il s'agissait seulement d'une opération
stratégique ponctuelle, destinée à
éviter que de dangereux ennemis parviennent
à s'échapper et recommencent à
mettre à sac d'autres provinces romaines. |
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