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Juillet 2005 (page 2/3)

Sommaire du mois de Juillet : Clic !

 
7 Juillet 2005
Guy a écrit :
 

Voici quelques mois - grâce à vous et d'autres (?) j'avais établi un lien entre la plantation (ou replantation) de vignes par les troupes de Probus dont il me semblait qu'il avait importé en Gaule un cépage de Pannonie. Aujourd'hui je ne retrouve plus ce détail certes technique mais néanmoins intéressant.

Merci de m'éclairer si vous le pouvez avant que de lever notre verre.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Effectivement, Probus autorisa le replantage de la vigne hors d'Italie (sa culture dans les provinces occidentales avait été interdite par Domitien).

Voici ce que rapporte à ce sujet l'Histoire Auguste : "Probus permit à tous les Gaulois, Espagnols et Bretons, d’avoir des vignes et de faire du vin, et lui-même fit défricher par ses soldats, aux environs de Sirmium , en Illyrie (auj. Mitrovica, en Serbie), le sol du mont Alma, et y fit planter des ceps choisis." (Vie de Probus, XVIII - trad. site Nimispauci : Clic !).

Il est communément admis - surtout par les Hongrois, très fiers (et à juste titre) de leur production viticole - que ce serait l'empereur Probus qui aurait introduit en Pannonie (Hongrie actuelle) le cépage Tokay (que l'on nomme en Alsace - et peut-être ailleurs -, le Pinot Gris).
Mais cela signifie-t-il pour autant que l'austère empereur romain, serait à l'origine de la diffusion de ce cépage en Gaule ?
Là, je dois vous avouer que je n'en sais fichtrement rien…

 
probus
 
 
8 Juillet 2005
Michel ELOY (site PEPLUM - Images de l'Antiquité) a écrit :
 

Un détail de ta notice sur JULIEN L’APOSTAT me fait réagir car il fleure bon Astérix :

En 360, Constance voulut réquisitionner les soldats gaulois de Julien pour sa campagne contre les Perses. C'était, en somme, une décision logique : puisque la Gaule était pacifiée, il n'y avait nul besoin d'y maintenir tant de troupes. D'autant plus, qu'en Orient, avec ces Perses plus agressifs que jamais, ça bardait sérieusement ! Mais les légionnaires gaulois refusèrent d'obtempérer. Ils n'avaient nulle envie de risquer leur peau dans les déserts mésopotamiens sous le commandement d'un aussi piètre chef de guerre que Constance. Rassemblés à Lutèce (Paris), les soldats se révoltèrent et proclamèrent Julien empereur en l'élevant sur un bouclier, à la mode gauloise. (Février 360)

Je ne conteste bien entendu pas le fait que Julien ait été hissé sur le pavois (la scène est reprise dans les différentes bios que j'ai lues, notamment Benoist-Méchin), mais c'est la qualification de "coutume gauloise" qui m'étonne. Cette coutume de l’élévation sur le pavois est franque, pas gauloise.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Même s'il fleure bon l'Abraracourcix, le fait que Julien fut hissé est évidemment historique. L'anecdote est attestée par Ammien Marcellin, un témoin généralement fiable pour le règne de l'empereur apostat : "On le hissa sur un bouclier de fantassin, et tandis qu'il se dressait bien haut au-dessus de la foule sans que personne fit silence, il fut déclaré Auguste (=empereur) ; on le somma de montrer un diadème, et comme il assurait n'en avoir jamais eu, on se mit à lui réclamer un collier ou un bandeau de sa femme. Et comme il disait avec insistance qu'il ne convenait pas, pour de premiers auspices, d'être affublé d'une parure de femme, on se mit en quête des phalères d'un cavalier, pour qu'une fois couronné, il présentât au moins en apparence l'ombre du pouvoir suprême. Mais comme il s'évertuait à dire que cela non plus n'était pas moins déshonorant, un certain Maurus (…) retira le torque qui était son insigne de porte-étendard, et le posa avec une belle audace sur la tête de Julien." (texte complet, voir ici : Clic !).

Mais en ce qui concerne l'orgine de cette coutume, tu as effectivement raison, - et Benoist-Méchin le note d'ailleurs dans sa bio de Julien - l'élévation sur le pavois était bien une coutume franque, et non gauloise.

Je m'empresse de corriger la notice de Julien afin de supprimer ce qui, finalement, constituait bien un petit astérixianisme de ma part. Parce que l'intronisation de l'Apostat s'est déroulée à Lutèce, l'image du brave chef des irréductibles Gaulois de Goscinny se pavanant sur son bouclier s'est sans doute imposée à mon subconscient…

julien soldat, julien l'apostat

Julien dit l'Apostat

Merci d'avoir attiré mon attention sur ce détail

RÉACTION À CE COURRIER

 
20 Août 2007
Françoise a écrit :
 
Objet : Hisser sur le pavois
Il s'agit bien d'une coutume gauloise, adoptée par les Francs, mis au contact des Celtes, dans le nord de la Gaule. C'est ainsi que les Gaulois désignaient leurs chefs de tribus, généralement, après un ou des combats. Les guerriers élevaient le meilleur d'entre eux sur un bouclier.
 
 
 
RÉPONSE DU WEBMASTER :
 

Étant très loin d'être un grand spécialiste ès coutumes gauloises ou germaniques, je serais prêt à vous croire sur parole… si votre opinion n'allait à l'encontre de textes antiques très explicites à ce sujet.

Voyez par exemple le grand historien TACITE qui, relatant la révolte du peuple germanique des Bataves décrit l'élévation sur le pavois comme un rite spécifiquement local : "Le nom d'une famille signalée par la révolte fut un titre pour Brinno : placé sur un bouclier, suivant l'usage du pays, et balancé sur les épaules de ses compagnons, il est proclamé chef." (TACITE, Histoires, IV, 15, 6).
Ou encore CASSIODORE (VIe siècle). Celui-ci écrit en substance, dans ses Variae (10,31) que "selon leurs coutumes ancestrales, nos parents, les Goths élevaient nos rois sur un bouclier."

Je n'ai pas l'impression non plus que Jules César, dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, montre des rois gaulois hissés sur le pavois, tel l'Abraracourcix des aventures d'Astérix le Gaulois…

Mais peut-être disposez-vous de témoignages (antiques ou modernes) démontrant le caractère gaulois de ce rite d'intronisation ?

 
 
 
CONCLUSION DE FRANÇOISE :
 
Je vous remercie de votre réponse si érudite. J'ai lu et entendu, à propos des Celtes, que cette coutume émanait d'eux, mais je ne suis pas têtue. Il faudrait, quand j'en aurai le temps, que je vérifie mes sources. Pour ce qui est des Celtes et Germains, ils vivaient en voisins, Germain étant un mot celte signifiant, frère, d'où l'adoption réciproque de coutumes et traditions diverses.
 
 
 
 
16 Juillet 2005
Manon a écrit :
 

J'aimerais vous poser une question :

Rome a vu le paroxysme de son bonheur sous quel empereur ? Quel est selon vous, l'empereur qui aurait été le plus bienveillant par rapport a ses citoyens ? Celui qui aurait été spirituel et qui aura apporté un certain éveil ? Il doit bien y en avoir un qui se démarque par sa grandeur morale ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

D'habitude, on estime -à juste titre, me semble-t-il - que le Siècle d'Or de l'Empire romain, c'est le IIe de notre ère.
Pourquoi ? Parce que c'est à cette époque que l'Empire atteignit son extension géographique maximale, bien sûr… Mais aussi et surtout parce que, de 98 à 180 ap., Rome fut gouvernée par quatre excellents empereurs, considérés quasi unanimement comme le top des souverains romains de l'Antiquité, j'ai nommé : Trajan, Hadrien, Antonin le Pieux et Marc Aurèle.

Évidemment, si on cherche la petite bête, l'anguille sous la roche, le grain de beauté sur la cuisse rose de Miss Monde, on pourrait toujours trouver à redire à chacun de ces princes de la dynastie dite des Antonins : Trajan trop militariste et présomptueux, Hadrien quelque peu cassant et vaniteux, Antonin un peu trop rétif au changement et Marc Aurèle trop fragile et peu expérimenté militairement…
Cependant, il n'en reste pas moins exact que qu'en gros, pendant, le règne de ces empereurs libéraux (surtout pendant celui des trois premiers, car la situation commença à se dégrader sérieusement dès le début du règne de Marc Aurèle), la situation de la majorité des habitants de l'Empire romain paraît avoir été globalement meilleure qu'avant et après eux.

Globalement, la paix intérieure fut assurée, l'État, bien géré, les provinces gouvernées avec prudence, les villes prospères, et le commerce (même international) florissant… Certes, la société romaine restait toujours aussi foncièrement inégalitaire, la richesse était toujours aussi mal répartie, et, plus que jamais, l'esclavage demeurait le fondement la société. Mais, les bons empereurs du IIe siècle eurent réellement à cœur de protéger les plus humbles l'arrogance des riches et d'améliorer le sort des esclaves.

Mais, parmi ces quatre excellents princes, quel fut le meilleur ?

Malgré la haute stature morale de Marc Aurèle (qui eût sans doute donné toute la mesure de ses belles qualités humaines dans une conjoncture moins difficile), je crois qu'il faut accorder cette palme à son prédécesseur Antonin le Pieux . Bien sûr, comme je l'ai déjà dit, on pourrait lui reprocher un certain immobilisme, ainsi que l'insuffisance de la préparation politico-militaire octroyée à son successeur, l'empereur-philosophe. Mais Antonin n'en demeure pas moins un empereur romain de tout premier plan. The best of the best, selon l'expression utilisée jadis par un sympathique correspondant qui me reprochait d'avoir manqué d'enthousiasme à son endroit (voir ici : Clic ! et Clic !)

Pour vous donner une idée plus nette des qualités humaines de ce grand bonhomme, voici encore quelques extraits de la conclusion de la biographie que Bernard RÉMY vient de lui consacrer (voir ici : Clic !) et que vous invite d'ailleurs à lire si vous désirez mieux connaître cet empereur et l'Age d'Or auquel il présida :

antonin le pieux
 

"Monté sur le trône à cinquante et un ans, ce bel homme séduisant, amoureux de la nature, héritait d'un empire prospère et en paix avec ses voisins. Grand seigneur humaniste, il faisait confiance aux hommes. Peut-être sa conduite lui était-elle inspirée par les principes d'un stoïcisme modéré et bien compris. (…) Devenu empereur, il a continué à vivre modestement, dès qu'il n'était plus astreint à la pompe officielle de sa charge. Il a pourtant dirigé d'une main ferme le monde romain pendant près d'un quart de siècle, en accentuant assez nettement l'orientation monarchique du régime impérial, où l'impératrice Faustine - de son vivant et après sa mort - semble avoir joué un rôle non négligeable (…). Souverain incontesté - sauf par quelques rares sénateurs irréductibles -, il ne pouvait pourtant agir entièrement à sa guise et devait compter avec le poids de la tradition et la force des institutions (Sénat, normes administratives…). (…) Il avait un grand souci des finances de l'État qu'il administra avec rigueur, mais il prit farde à ne pas augmenter les revenus de la république aux dépens du patrimoine des particuliers. Il veilla scrupuleusement au bon fonctionnement de l'administration municipale sur laquelle reposait la prospérité de l'Empire.

Considérable, son ente juridique fut très novatrice sur bien des points. En droit civil, elle visa à l'équité et au respect des droits essentiels des hommes et des femmes, même esclaves. En droit pénal, les décisions d'Antonin furent guidées par un souci d'humanité et d protection de l'accusé et du condamné, même si le Prince a probablement officialisé la rude distinction juridique entre honestiores (= notables) et humiliores (= humble peuple) qui allait perdurer jusqu'à l'Empire tardif.

Sans doute conforté dès son avènement à des attaques sur l'ensemble des fronts, Antonin a mené une politique extérieure (diplomatique et militaire) très active. On est donc très loin du calme plat dont on parle trop souvent, même dans les sources antiques. Sans quitter Rome, il a su consolider et défendre les frontières avec bonheur, mater les révoltes sporadiques, qui furent parfois très graves …). Il a même quelque peu augmenté le territoire romain en Bretagne et en Germanie supérieure pour mieux assurer la sécurité d'un empire prospère, mais de plus en plus menacé par les Barbares.

D'une piété scrupuleuse, le Prince était le symbole de l'antique Pietas. Il était très attaché à la religion traditionnelle de Rome, sans se comporter en conservateur borné. Esprit ouvert, il a fait preuve d'une large tolérance à l'égard de tous les cultes, car ce philanthrope considérait que tous les sentiments religieux étaient respectables. (…)

Comme ils l'avaient déjà fait après la disparition d'Hadrien, les Barbares du limes rhéno-danubien ont attaqué l'Empire dès l'annonce de la mort d'Antonin, soucieux de profiter d'une éventuelle vacance du pouvoir ou de l'inexpérience du nouveau Prince. (…) Antonin n'avait sans doute pas compris que le monde barbare avait profondément changé et qu'il allait être de plus en plus présent dans la vie des Romains, car la poussée croissante des Goths sur les peuples barbares voisins du limes n'allait plus cesser. Sa grande erreur fut de ne pas avoir anticipé ces transformations et de ne pas y avoir préparé son successeur. Face à un monde extérieur de plus en plus hostile, l'empereur ne pouvait plus être seulement un administrateur. Il devait redevenir un général, d'autant que le régime impérial était fondé sur l'idéologie de la Victoire.

Néanmoins, en dernière analyse, Antonin, dont - dès l'Antiquité - on donna le nom à la dynastie qui régna sur le monde romain pendant tout le IIe siècle - « le siècle d'or » de l'Empire romain -, n'a pas démérité, loin de là ! Jouissant d'un prestige considérable parmi les habitants du monde romain et parmi les rois-clients qui vivaient au-delà des frontières, loué par tous de son vivant, encore rangé dans l'Antiquité tardive (Ammien Marcellin, Symmaque, Ausone…) parmi les « bons empereurs » avec Nerva, Trajan et Marc Aurèle, il est resté ensuite pendant trop longtemps un empereur méconnu, voire (injustement) décrié."

(Bernard RÉMY, Antonin le Pieux, le Siècle d’or de Rome, 138-161, Fayard, 2005)

livre remy
 
 
 
22 Juillet 2005
Alexandre a écrit :
 

(…) J'ai quelques questions ou commentaires de néophytes (je suis loin d'être un expert historien, mais un petit mordu d'histoire antique :-)). Ces questions me sont venus à cause de deux choses récentes : j'ai joué à un jeu vidéo intitulé Shadow of Rome où l'on interprète un gladiateur, et j'ai réécouté récemment Gladiateur (enfin le DVD avec la VF est sorti ici !), grand film de Ridley Scott et primé aux Oscars. Je me suis alors questionné sur ces jeux sanglants adorés par nos amis habitant le pays en forme de botte et portant la toge (oui, ça aurait été plus court de dire les Romains).

Tout d'abord, première question que je trouve la moins stupide de toute la liste : sait-on à quel rythme se déroulaient les tournois ou les jeux sanglants de Rome ? Car je sais qu'en Grèce, les Jeux olympiques liés à des dieux spécifiques se déroulaient à des intervalles réguliers. Mais nos amis Romains, devait-il attendre des périodes spécifiques, ou c'était comme notre saison de hockey sur glace où il y a plusieurs matchs dispersés dans l'année (je sais que l'analogie entre le hockey sur glace et les matchs de gladiateurs est minable mais c'est la seule qui m'est venue à l'esprit) ?

Seconde question ou commentaire : nos amis les Romains étaient-ils réellement friands d'hémoglobine ? Je veux dire par là que toutes les œuvres liés aux matchs de gladiateurs que j'ai vus dans ma vie sont associées à des carnages où tout le monde se trucide joyeusement en mutilant, décapitant, etc. Bien que le peuple romain était un peuple guerrier, le peuple venait-il voir les jeux du cirque uniquement pour voir des têtes s'envoler et des entrailles joncher le sol ? Je sais que bien souvent, ces combats devaient finir dans la mort, mais n'y avait-il pas des morts plus propres ou le sable des arènes était-il toujours maculé de sang (et de têtes…) ? ;-)

Troisièmement question qui en englobe deux ou trois en fait : les empereurs étaient-ils obligés d'assister à tous les jeux du cirque (par là, je pense à notre "bon" Néron qui avait tenté de faire des jeux "blancs" mais qui avait dû laisser tomber et qui a donc dû assister à des matchs loin de ces élans poétiques…) ? Et la fameuse histoire du pouce levé ou baissé ? Mythe ou réalité ? Et pourquoi les empereurs se devaient de faire ce geste qui a marqué l'imaginaire collectif ?

Dernière question quoique qu'il s'agisse plus d'une remarque… En fait, comme je vous ai dit, je me suis depuis longtemps intéressé à l'Antiquité (depuis mes premiers cours d'histoire en fait) et donc, j'ai vu ou lu quelques œuvres liées à la culture romaine (bien que je suis plus néophyte envers les Romains qu'envers la culture gréco-romaine) et à chaque fois (ou bien, je n'ai pas été chanceux) mais on a associé des TIGRES dans les combats de gladiateur. Pour ce qui est des lions, je peux comprendre car l'empire romain s'était établi en Afrique et avait donc plus de possibilités de capturer le "roi des animaux". Mais quant aux tigres… Les tigres sont des animaux asiatiques, et comme vous l'avez dit sur votre site, les Romains n'ont pas été réellement plus loin que le Proche-Orient. Je sais qu'il y a eu des légions en Chine. Or, j'imagine mal quelques hommes réussir à capturer plus d'une dizaine de tigres alors qu'ils sont dans une terre hostile et étrangère comme l'Asie. De plus, on parle d'animaux dont le mâle pèse en moyenne 300 kilos… Alors, est-ce que c'est possible (je me trompe peut-être) qu'on ajoute des tigres dans les œuvres liés aux gladiateurs pour donner un côté "romantique" à ces combats mortels ? Après tout, c'est l'homme contre le plus gros chasseur vivant…

 
 
 
RÉPONSE :
 

Malheureusement, je vous avoue que je suis nettement moins à l'aise avec les gladiateurs qu'avec ces papes dont nous nous entretînmes lors de notre dernier échange de correspondance. Toute cette mythologie hollywoodienne de pains et de jeux, de ceux qui vont mourir te saluent, de pouces abaissés ou relevés et d'arènes sanglantes (avec les indispensables jugements moraux flétrissant cette société cruelle), ce n'est pas trop ma tasse de thé !…
Faut dire qu'il n'est pas facile d'y voir très clair dans la nature réelle de ces combats de gladiateurs.

En gros, il y a deux écoles.
D'un côté ceux qui n'y voient qu'une boucherie sanglante, où deux pauvres types étaient forcés de s'étripatouiller, de combattre jusqu'à l'inéluctable mort de l'un d'entre eux pour le plaisir d'une populace hystérique et décadente. Une abomination bien symptomatique d'une civilisation cruelle, dominatrice, impérialiste, que le christianisme triomphant (ou l'irruption de Germains épris de liberté) aura le bon goût d'extirper pour la plus grande gloire de Dieu et pour le bonheur de l'humanité.
Et de l'autre, ceux qui estiment que l'on doit surtout voir dans la gladiature un sport de haut niveau ; qu'il faut plutôt considérer les gladiateurs comme des athlètes surentraînés, qui, certes, risquaient leur vie à chaque combat, mais dont la vie trop précieuse pour être sacrifiée à la légère.

Probable que la vérité historique se situe quelque part entre ces deux positions extrêmes.

Il est vrai que la formation, l'entraînement et l'entretien d'un gladiateur étaient si onéreux que presque personne, hormis l'empereur lui-même, n'était financièrement capable d'offrir des spectacles où chaque duel de gladiateur se serait terminé par la mort d'un des combattants. En effet, l'organisateur d'un munus (spectacle de gladiateurs) devait non seulement payer au laniste (propriétaire des gladiateurs) la location de ses "artistes", mais aussi lui payer un fort dédommagement en cas de décès de l'un d'entre eux.
C'est dire que chaque fois que l'empereur abaissait son pouce, sa bourse était presque aussi durement frappéeque la gorge du vaincu ! C'est dire aussi que si les vrais gladiateurs antiques étant passés à la moulinette à la même cadence que ceux du film Gladiator de Ridley Scott (au demeurant excellent), tous les ludi (casernes de gladiateurs) auraient dû fermer boutique au bout de deux ou trois représentations, faute de combattants !

Naturellement, impossible de nier ce que l'on a coutume d'appeler les "horreurs des jeux de l'amphithéâtre". Elles sont largement attestées, tant dans la littérature que dans l'iconographie. Toutefois, ici encore, il convient de distinguer entre les combats de gladiateurs et les exécutions capitales qui, elles aussi, servaient de distraction au "bon peuple" de Rome. Dans ce contexte particulier, il est possible (et même probable), que, pour varier les supplices et éviter la monotonie, des condamnés furent contraints de se battre entre eux jusqu'au dernier. Mais il ne s'agissait pas de vrais combats de gladiateurs, qui, eux, ne mettaient aux prises que des artistes dûment entraînés et non du "gibier de potence".

Cela dit, il ne faut pas pour autant en conclure que ces Romains étaient plus cruels, plus "fervents d'hémoglobine" que nous. Ils se repaissaient peut-être d'horribles supplices (reconstitutions de célèbres agonies mythologico-érotiques, crucifixions assaisonnées d'autres tourments, pauvres bougres boulottés tout cru par des fauves, etc). Mais, chez eux, jamais aucun fou de Cybèle (par exemple) n'aurait eu l'idée saugrenue de se faire sauter avec la moitié de l'amphithéâtre pour terroriser les fidèles de Bacchus ou d'une autre divinité. Et je puis aussi vous assurer que, chez nous, en Belgique, à la fin des années '90, si les lois avaient été modifiées selon les desiderata d'une bonne partie de mes compatriotes, notre vaste stade national Roi Baudouin (50.000 places) n'aurait pu accueillir toutes les bonnes âmes avides d'assister à la castration, l'éviscération, l'écorchement, et l'écartèlement de l'assassin d'enfants Dutroux !
Les pulsions primaires des foules, ce n'est jamais très ragoûtant, quelle que soit l'époque…

Oups ! j'ai l'impression que je me suis laissé emporter et que j'ai un peu perdu le fil de vos questions… Cependant, au vu de ce qui précède, vous avez sans doute vous-même tiré quelques conclusions quant à la fréquence des combats de gladiateurs et quant à la présence requise de l'empereur.

Onéreux à l'extrême, ces divertissements devaient être quand même assez exceptionnels. Bien sûr, je n'en sais trop rien puisque, comme je vous l'ai signalé d'emblée, je suis assez peu au fait de tout cela, mais, à mon avis, on pourrait comparer ces spectacles aux courses de taureaux espagnoles ou françaises (avec la mise à mort de l'animal), qui ne sont organisées qu'à l'occasion de grandes fêtes religieuses ou civiles. Sans doute en allait-il de même avec les combats de gladiateurs…

Quant à la présence de l'empereur à ces spectacles, elle était évidemment indispensable lorsque c'était lui qui offrait les jeux au peuple. Et comme, le plus souvent, seul l'empereur avait les moyens de payer les impayables gladiateurs, celui-ci, bon gré mal gré, se devait de faire acte de présence au balcon de l'arène afin de ne pas paraître mépriser les sains menus plaisirs de sa chère plèbe.

Enfin, force m'est d'avouer que je n'ai aucune idée de l'aire de répartition des tigres à l'époque de l'Empire romain. Mais étant donné qu'actuellement, on trouve encore des tigres en Sibérie, peut-être y en avait-il du côté du Caucase ou de la Caspienne, régions auxquelles les marchands romains pouvaient accéder… (Voyez ce site fauvesdumonde.free.fr).

REMARQUE DU WEBMASTER (1er Avril 2007)

Dans Auguste, de Pierre COSME (Editions Perrin, 2005), je lis que, vers 19 av. J.-C. le premier empereur reçut de nombreuses ambassades orientales, dont une en provenance d'Inde, qui conclut un traité avec Rome. Cet accord fut scellé de nombreux cadeaux, mais plus que les bijoux et les étoffes précieuses, ce furent les tigres "qui firent sensation, car les Romains n'en n'avaient jamais vu auparavant".

Ce qui, évidemment, ne signifie nullement que, par la suite, les organisateurs de jeux ne s'arrangèrent pas pour produire ces fauves, exceptionnels, rares et chers, dans les amphithéâtres. L'ambassade indienne du règne d'Auguste avait peut-être ouvert la filière…

NB. Pour plus d'infos sur les combats de gladiateurs et les jeux de l'arène, je vous invite à visiter cette page où sont rassemblés quelques liens vers des pages internet qui vous renseigneront bien mieux que je ne pourrais le faire.

PÉRIODICITÉ DES COMBATS DE GLADIATEURS

Décembre 2005
Eric TEYSSIER nous écrit :

Pour répondre rapidement sur la périodicité des jeux, les éléments statistiques manquent.
Disons que d'après les inscriptions de Pompéi, les combats semblent se dérouler du printemps à la fin de l'été. Les occasions sont liées aux fêtes religieuses mais plus souvent aux élections de magistrats qui remercient ainsi leurs électeurs de leur vote ou pour célébrer des victoires. Les victoires de Trajan sur les Daces sont d'ailleurs l'occasion de véritables "orgies gladiatoriennes" qui sont restées mémorables mais qui part leurs dimensions en temps et en nombre de combattants étaient exceptionnelles. L'empereur riche de la prise de l'or des Daces pouvait (devait) être généreux avec la plèbe de Rome.

Donc pas de statistique, comme presque toujours dans l'Antiquité, mais une périodicité aléatoire qui tient compte de la belle saison et des moyens des hommes politiques qui offrent ces combats pour des raisons de prestige.

NOTE DU WEBMASTER :

Eric TEYSSIER, président d'A.C.T.A. Expérimentation (*), (voir aussi, sur le site PEPLUM, Images de l'Antquité, ici : Clic ! , Clic ! et Clic ! ), vient de publier, en collaboration avec Brice LOPEZ, Les gladiateurs au combat, des sources à l'expérimentation :

livre teyssier - lopez

Eric TEYSSIER & Brice LOPEZ, Les gladiateurs au combat, des sources à l'expérimentation, Errance

 
 
 
22 Juillet 2005
Antoine a écrit :
 

Objet : de l'usage de la décimation dans les armées de la Rome impériale
(cf. votre réponse a Jdecl du 17.12.2003)

Au moins un exemple de décimation « à l’ancienne » sous le règne de Tibère est rapportée par Tacite dans le Livre Troisième de ses Annales (la traduction est celle de Burnouf) :

XX. La même année, Tacfarinas (…) recommence la guerre en Afrique (…) et finit par assiéger, près du fleuve Pagyda, une cohorte romaine. Le poste avait pour commandant Decrius, intrépide soldat, capitaine expérimenté, qui tint ce siège pour un affront. Après avoir exhorté sa troupe à présenter le combat en rase campagne, il la range devant les retranchements. La cohorte est repoussée au premier choc : Decrius, sous la grêle de traits, se jette à travers les fuyards, les arrête, crie aux porte-enseignes « qu’il est honteux que le soldat romain tourne le dos à une troupe irrégulière et à des déserteurs ». Couvert de blessures, ayant un œil crevé, il n’en fait pas moins face à l’ennemi et combat jusqu’à ce qu’il tombe mort, abandonné de ses hommes.

XXI. A la nouvelle de cet échec, L. Apronius, successeur de Camillus, plus troublé de la honte des Romains que du succès de l’ennemi, fit un exemple rare dans ce temps-là et d’une sévérité antique : il décima la cohorte infâme, et tous ceux que désigna le sort expirèrent sous la verge.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Bien vu !