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Juillet 2005 (page 2/3)
Sommaire du mois de Juillet : Clic
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| 7 Juillet 2005 |
| Guy
a écrit : |
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Voici
quelques mois - grâce à vous et d'autres
(?) j'avais établi un lien entre la
plantation (ou replantation) de vignes par les troupes
de Probus dont il me semblait qu'il avait
importé en Gaule un cépage de Pannonie.
Aujourd'hui je ne retrouve plus ce détail certes
technique mais néanmoins intéressant.
Merci de m'éclairer
si vous le pouvez avant que de lever notre verre. |
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| RÉPONSE
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| Effectivement,
Probus
autorisa le replantage de la vigne hors
d'Italie (sa culture dans les provinces
occidentales avait été interdite
par Domitien).
Voici ce que rapporte à ce sujet
l'Histoire
Auguste : "Probus permit
à tous les Gaulois, Espagnols et
Bretons, d’avoir des vignes et de
faire du vin, et lui-même fit défricher
par ses soldats, aux environs de Sirmium
, en Illyrie (auj. Mitrovica, en
Serbie), le sol du mont Alma, et y
fit planter des ceps choisis."
(Vie de Probus, XVIII - trad.
site Nimispauci
: Clic
!).
Il est communément admis - surtout
par les Hongrois, très fiers (et
à juste titre) de leur production
viticole - que ce serait l'empereur Probus
qui aurait introduit en Pannonie (Hongrie
actuelle) le cépage Tokay
(que l'on nomme en Alsace - et peut-être
ailleurs -, le Pinot Gris).
Mais cela signifie-t-il pour autant que
l'austère empereur romain, serait
à l'origine de la diffusion de
ce cépage en Gaule ?
Là, je dois vous avouer que je
n'en sais fichtrement rien… |
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| 8 Juillet 2005 |
| Michel
ELOY (site PEPLUM
- Images de l'Antiquité)
a écrit : |
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Un
détail de ta notice
sur JULIEN L’APOSTAT me fait réagir
car il fleure bon Astérix :
En 360, Constance voulut
réquisitionner les soldats gaulois de Julien
pour sa campagne contre les Perses. C'était,
en somme, une décision logique : puisque
la Gaule était pacifiée, il n'y avait
nul besoin d'y maintenir tant de troupes. D'autant
plus, qu'en Orient, avec ces Perses plus agressifs
que jamais, ça bardait sérieusement
! Mais les légionnaires gaulois refusèrent
d'obtempérer. Ils n'avaient nulle envie de
risquer leur peau dans les déserts mésopotamiens
sous le commandement d'un aussi piètre chef
de guerre que Constance. Rassemblés à
Lutèce (Paris), les soldats se révoltèrent
et proclamèrent Julien empereur en
l'élevant sur un bouclier, à la mode
gauloise. (Février 360)
Je ne conteste bien entendu
pas le fait que Julien ait été hissé
sur le pavois (la scène est reprise dans les
différentes bios que j'ai lues, notamment Benoist-Méchin),
mais c'est la qualification de "coutume
gauloise" qui m'étonne.
Cette coutume de l’élévation sur
le pavois est franque, pas gauloise. |
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| RÉPONSE
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Même s'il
fleure bon l'Abraracourcix, le fait que Julien
fut hissé est évidemment historique.
L'anecdote est attestée par Ammien Marcellin,
un témoin généralement
fiable pour le règne de l'empereur
apostat : "On le hissa sur un
bouclier de fantassin, et tandis qu'il se dressait
bien haut au-dessus de la foule sans que personne
fit silence, il fut déclaré Auguste
(=empereur) ; on le somma de montrer un diadème,
et comme il assurait n'en avoir jamais eu, on
se mit à lui réclamer un collier
ou un bandeau de sa femme. Et comme il disait
avec insistance qu'il ne convenait pas, pour
de premiers auspices, d'être affublé
d'une parure de femme, on se mit en quête
des phalères d'un cavalier, pour qu'une
fois couronné, il présentât
au moins en apparence l'ombre du pouvoir suprême.
Mais comme il s'évertuait à dire
que cela non plus n'était pas moins déshonorant,
un certain Maurus (…) retira
le torque qui était son insigne de porte-étendard,
et le posa avec une belle audace sur la tête
de Julien." (texte complet, voir ici
: Clic
!).
Mais en ce qui concerne l'orgine de cette coutume,
tu as effectivement raison, - et Benoist-Méchin
le note d'ailleurs dans sa bio de Julien - l'élévation
sur le pavois était bien une coutume
franque, et non gauloise.
Je m'empresse de corriger la notice de Julien
afin de supprimer ce qui, finalement, constituait
bien un petit astérixianisme
de ma part. Parce que l'intronisation de l'Apostat
s'est déroulée à Lutèce,
l'image du brave chef des irréductibles
Gaulois de Goscinny se pavanant sur son bouclier
s'est sans doute imposée à mon
subconscient… |
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Merci d'avoir attiré mon attention sur ce
détail |
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RÉACTION
À CE COURRIER
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| 20 Août
2007 |
| Françoise
a écrit : |
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Objet
: Hisser sur le pavois
Il s'agit bien d'une coutume gauloise, adoptée
par les Francs, mis au contact des Celtes,
dans le nord de la Gaule. C'est ainsi que
les Gaulois désignaient leurs chefs
de tribus, généralement, après
un ou des combats. Les guerriers élevaient
le meilleur d'entre eux sur un bouclier. |
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| RÉPONSE
DU WEBMASTER : |
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| Étant
très loin d'être un grand
spécialiste ès
coutumes gauloises ou germaniques, je
serais prêt à vous croire
sur parole… si votre opinion n'allait
à l'encontre de textes antiques
très explicites à ce sujet.
Voyez par exemple le grand historien
TACITE qui, relatant la révolte
du peuple germanique des Bataves décrit
l'élévation sur le pavois
comme un rite spécifiquement local
: "Le nom d'une famille signalée
par la révolte fut un titre pour
Brinno : placé sur un bouclier,
suivant l'usage du pays, et balancé
sur les épaules de ses compagnons,
il est proclamé chef."
(TACITE, Histoires,
IV, 15, 6).
Ou encore CASSIODORE (VIe siècle).
Celui-ci écrit en substance, dans
ses Variae (10,31) que "selon
leurs coutumes ancestrales,
nos parents, les Goths élevaient
nos rois sur un bouclier."
Je n'ai pas l'impression non plus que
Jules
César, dans ses Commentaires
sur la Guerre des Gaules, montre
des rois gaulois hissés sur le
pavois, tel l'Abraracourcix des aventures
d'Astérix le Gaulois…
Mais peut-être disposez-vous de
témoignages (antiques ou modernes)
démontrant le caractère
gaulois de ce rite d'intronisation ? |
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| CONCLUSION
DE FRANÇOISE : |
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| Je
vous remercie de votre réponse si
érudite. J'ai lu et entendu, à
propos des Celtes, que cette coutume émanait
d'eux, mais je ne suis pas têtue.
Il faudrait, quand j'en aurai le temps,
que je vérifie mes sources. Pour
ce qui est des Celtes et Germains, ils vivaient
en voisins, Germain étant un mot
celte signifiant, frère, d'où
l'adoption réciproque de coutumes
et traditions diverses. |
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| 16 Juillet 2005 |
| Manon
a écrit : |
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J'aimerais
vous poser une question :
Rome a vu le paroxysme
de son bonheur sous quel empereur ? Quel est selon
vous, l'empereur qui aurait été le plus
bienveillant par rapport a ses citoyens ?
Celui qui aurait été spirituel et qui
aura apporté un certain éveil ? Il doit
bien y en avoir un qui se démarque par sa grandeur
morale ?
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| RÉPONSE
: |
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| D'habitude, on estime
-à juste titre, me semble-t-il - que le Siècle
d'Or de l'Empire romain, c'est le IIe de notre
ère.
Pourquoi ? Parce que c'est à cette époque
que l'Empire atteignit son extension géographique
maximale, bien sûr… Mais aussi et surtout
parce que, de 98 à 180 ap., Rome fut gouvernée
par quatre excellents empereurs, considérés
quasi unanimement comme le top des souverains
romains de l'Antiquité, j'ai nommé :
Trajan, Hadrien,
Antonin le Pieux
et Marc Aurèle.
Évidemment,
si on cherche
la petite bête, l'anguille sous la roche,
le grain de beauté sur la cuisse rose de
Miss Monde, on pourrait toujours trouver à
redire à chacun de ces princes de la dynastie
dite des Antonins : Trajan trop militariste
et présomptueux, Hadrien quelque peu cassant
et vaniteux, Antonin un peu trop rétif
au changement et Marc Aurèle trop fragile
et peu expérimenté militairement…
Cependant, il n'en reste pas moins exact que qu'en
gros, pendant, le règne de ces empereurs
libéraux (surtout pendant celui des trois
premiers, car la situation commença à
se dégrader sérieusement dès
le début du règne de Marc Aurèle),
la situation de la majorité des habitants
de l'Empire romain paraît avoir été
globalement meilleure qu'avant et après
eux. |
Globalement, la
paix intérieure fut assurée, l'État,
bien géré, les provinces gouvernées
avec prudence, les villes prospères,
et le commerce (même international) florissant…
Certes, la société romaine restait
toujours aussi foncièrement inégalitaire,
la richesse était toujours aussi mal
répartie, et, plus que jamais, l'esclavage
demeurait le fondement la société.
Mais, les bons empereurs du IIe siècle
eurent réellement à cœur
de protéger les plus humbles l'arrogance
des riches et d'améliorer le sort des
esclaves.
Mais, parmi ces quatre excellents princes,
quel fut le meilleur ?
Malgré la haute stature morale de Marc
Aurèle (qui eût sans doute
donné toute la mesure de ses belles qualités
humaines dans une conjoncture moins difficile),
je crois qu'il faut accorder cette palme à
son prédécesseur Antonin
le Pieux . Bien sûr, comme
je l'ai déjà dit, on pourrait
lui reprocher un certain immobilisme, ainsi
que l'insuffisance de la préparation
politico-militaire octroyée à
son successeur, l'empereur-philosophe. Mais
Antonin n'en demeure pas moins un empereur romain
de tout premier plan. The best of the best,
selon l'expression utilisée jadis par
un sympathique correspondant qui me reprochait
d'avoir manqué d'enthousiasme à
son endroit (voir ici : Clic
! et Clic
!)
Pour vous donner une idée plus nette
des qualités humaines de ce grand bonhomme,
voici encore quelques extraits de la conclusion
de la biographie que Bernard RÉMY vient
de lui consacrer (voir ici : Clic
!) et que vous invite d'ailleurs à
lire si vous désirez mieux connaître
cet empereur et l'Age d'Or auquel il
présida : |
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"Monté
sur le trône à cinquante et un
ans, ce bel homme séduisant, amoureux
de la nature, héritait d'un empire prospère
et en paix avec ses voisins. Grand seigneur
humaniste, il faisait confiance aux hommes.
Peut-être sa conduite lui était-elle
inspirée par les principes d'un stoïcisme
modéré et bien compris. (…)
Devenu empereur, il a continué à
vivre modestement, dès qu'il n'était
plus astreint à la pompe officielle de
sa charge. Il a pourtant dirigé d'une
main ferme le monde romain pendant près
d'un quart de siècle, en accentuant assez
nettement l'orientation monarchique du régime
impérial, où l'impératrice
Faustine - de son vivant et après sa
mort - semble avoir joué un rôle
non négligeable (…). Souverain
incontesté - sauf par quelques rares
sénateurs irréductibles -, il
ne pouvait pourtant agir entièrement
à sa guise et devait compter avec le
poids de la tradition et la force des institutions
(Sénat, normes administratives…).
(…) Il avait un grand souci des finances
de l'État qu'il administra avec rigueur,
mais il prit farde à ne pas augmenter
les revenus de la république aux dépens
du patrimoine des particuliers. Il veilla scrupuleusement
au bon fonctionnement de l'administration municipale
sur laquelle reposait la prospérité
de l'Empire.
Considérable, son ente juridique
fut très novatrice sur bien des points.
En droit civil, elle visa à l'équité
et au respect des droits essentiels des hommes
et des femmes, même esclaves. En droit
pénal, les décisions d'Antonin
furent guidées par un souci d'humanité
et d protection de l'accusé et du condamné,
même si le Prince a probablement officialisé
la rude distinction juridique entre honestiores
(= notables) et humiliores (= humble
peuple) qui allait perdurer jusqu'à
l'Empire tardif.
Sans doute conforté dès son
avènement à des attaques sur l'ensemble
des fronts, Antonin a mené une politique
extérieure (diplomatique et militaire)
très active. On est donc très
loin du calme plat dont on parle trop souvent,
même dans les sources antiques. Sans quitter
Rome, il a su consolider et défendre
les frontières avec bonheur, mater les
révoltes sporadiques, qui furent parfois
très graves …). Il a même
quelque peu augmenté le territoire romain
en Bretagne et en Germanie supérieure
pour mieux assurer la sécurité
d'un empire prospère, mais de plus en
plus menacé par les Barbares.
D'une piété scrupuleuse,
le Prince était le symbole de l'antique
Pietas. Il était très
attaché à la religion traditionnelle
de Rome, sans se comporter en conservateur borné.
Esprit ouvert, il a fait preuve d'une large
tolérance à l'égard de
tous les cultes, car ce philanthrope considérait
que tous les sentiments religieux étaient
respectables. (…)
Comme
ils l'avaient déjà fait
après la disparition d'Hadrien,
les Barbares du limes rhéno-danubien
ont attaqué l'Empire dès
l'annonce de la mort d'Antonin, soucieux
de profiter d'une éventuelle vacance
du pouvoir ou de l'inexpérience
du nouveau Prince. (…) Antonin
n'avait sans doute pas compris que le
monde barbare avait profondément
changé et qu'il allait être
de plus en plus présent dans la
vie des Romains, car la poussée
croissante des Goths sur les peuples barbares
voisins du limes n'allait plus cesser.
Sa grande erreur fut de ne pas avoir anticipé
ces transformations et de ne pas y avoir
préparé son successeur.
Face à un monde extérieur
de plus en plus hostile, l'empereur ne
pouvait plus être seulement un administrateur.
Il devait redevenir un général,
d'autant que le régime impérial
était fondé sur l'idéologie
de la Victoire.
Néanmoins, en dernière
analyse, Antonin, dont - dès l'Antiquité
- on donna le nom à la dynastie
qui régna sur le monde romain pendant
tout le IIe siècle - « le
siècle d'or » de l'Empire
romain -, n'a pas démérité,
loin de là ! Jouissant d'un prestige
considérable parmi les habitants
du monde romain et parmi les rois-clients
qui vivaient au-delà des frontières,
loué par tous de son vivant, encore
rangé dans l'Antiquité tardive
(Ammien Marcellin, Symmaque, Ausone…)
parmi les « bons empereurs »
avec Nerva, Trajan et Marc Aurèle,
il est resté ensuite pendant trop
longtemps un empereur méconnu,
voire (injustement) décrié."
(Bernard RÉMY, Antonin le
Pieux, le Siècle d’or de
Rome, 138-161, Fayard, 2005)
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| 22 Juillet 2005 |
| Alexandre
a écrit : |
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(…)
J'ai quelques questions
ou commentaires de néophytes (je suis loin
d'être un expert historien, mais un petit mordu
d'histoire antique :-)). Ces questions me sont venus
à cause de deux choses récentes : j'ai
joué à un jeu vidéo intitulé
Shadow of Rome où l'on interprète
un gladiateur, et j'ai réécouté
récemment Gladiateur (enfin le DVD
avec la VF est sorti ici !), grand film de Ridley
Scott et primé aux Oscars. Je me suis alors
questionné sur ces jeux sanglants
adorés par nos amis habitant le pays en forme
de botte et portant la toge (oui, ça aurait
été plus court de dire les Romains).
Tout d'abord, première
question que je trouve la moins stupide de toute la
liste : sait-on à quel rythme se déroulaient
les tournois ou les jeux sanglants de Rome ? Car je
sais qu'en Grèce, les Jeux olympiques liés
à des dieux spécifiques se déroulaient
à des intervalles réguliers. Mais nos
amis Romains, devait-il attendre des périodes
spécifiques, ou c'était comme notre
saison de hockey sur glace où il y a plusieurs
matchs dispersés dans l'année (je sais
que l'analogie entre le hockey sur glace et les matchs
de gladiateurs est minable mais c'est la seule qui
m'est venue à l'esprit) ?
Seconde question ou commentaire
: nos amis les Romains étaient-ils réellement
friands d'hémoglobine ? Je veux dire par là
que toutes les œuvres liés aux matchs
de gladiateurs que j'ai vus dans ma vie sont associées
à des carnages où tout le monde se trucide
joyeusement en mutilant, décapitant, etc. Bien
que le peuple romain était un peuple guerrier,
le peuple venait-il voir les jeux du cirque uniquement
pour voir des têtes s'envoler et des entrailles
joncher le sol ? Je sais que bien souvent, ces combats
devaient finir dans la mort, mais n'y avait-il pas
des morts plus propres ou le sable des arènes
était-il toujours maculé de sang (et
de têtes…) ? ;-)
Troisièmement question qui en englobe deux
ou trois en fait : les empereurs étaient-ils
obligés d'assister à tous les jeux du
cirque (par là, je pense à notre "bon"
Néron qui avait tenté de faire des jeux
"blancs" mais qui avait dû laisser
tomber et qui a donc dû assister à des
matchs loin de ces élans poétiques…)
? Et la fameuse histoire du pouce levé ou baissé
? Mythe ou réalité ? Et pourquoi les
empereurs se devaient de faire ce geste qui a marqué
l'imaginaire collectif ?
Dernière question quoique
qu'il s'agisse plus d'une remarque… En fait,
comme je vous ai dit, je me suis depuis longtemps
intéressé à l'Antiquité
(depuis mes premiers cours d'histoire en fait) et
donc, j'ai vu ou lu quelques œuvres liées
à la culture romaine (bien que je suis plus
néophyte envers les Romains qu'envers la culture
gréco-romaine) et à chaque fois (ou
bien, je n'ai pas été chanceux) mais
on a associé des TIGRES dans les combats de
gladiateur. Pour ce qui est des lions, je peux comprendre
car l'empire romain s'était établi en
Afrique et avait donc plus de possibilités
de capturer le "roi des animaux". Mais quant
aux tigres… Les tigres sont des animaux asiatiques,
et comme vous l'avez dit sur votre site, les Romains
n'ont pas été réellement plus
loin que le Proche-Orient. Je sais qu'il y a eu des
légions en Chine. Or, j'imagine mal quelques
hommes réussir à capturer plus d'une
dizaine de tigres alors qu'ils sont dans une terre
hostile et étrangère comme l'Asie. De
plus, on parle d'animaux dont le mâle pèse
en moyenne 300 kilos… Alors, est-ce que c'est
possible (je me trompe peut-être) qu'on ajoute
des tigres dans les œuvres liés aux gladiateurs
pour donner un côté "romantique"
à ces combats mortels ? Après tout,
c'est l'homme contre le plus gros chasseur vivant… |
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| RÉPONSE
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| Malheureusement, je
vous avoue que je suis nettement moins à l'aise
avec les gladiateurs qu'avec ces papes dont nous nous
entretînmes lors de notre dernier
échange de correspondance. Toute cette
mythologie hollywoodienne de pains et de jeux,
de ceux qui vont mourir te saluent, de pouces
abaissés ou relevés et d'arènes
sanglantes (avec les indispensables jugements moraux
flétrissant cette société cruelle),
ce n'est pas trop ma tasse de thé !…
Faut dire qu'il n'est pas facile d'y voir très
clair dans la nature réelle de ces combats
de gladiateurs.
En gros, il y a deux écoles.
D'un côté ceux qui n'y voient qu'une
boucherie sanglante, où deux pauvres types
étaient forcés de s'étripatouiller,
de combattre jusqu'à l'inéluctable mort
de l'un d'entre eux pour le plaisir d'une populace
hystérique et décadente. Une abomination
bien symptomatique d'une civilisation cruelle, dominatrice,
impérialiste, que le christianisme triomphant
(ou l'irruption de Germains épris de liberté)
aura le bon goût d'extirper pour la plus grande
gloire de Dieu et pour le bonheur de l'humanité.
Et de l'autre, ceux qui estiment que l'on doit surtout
voir dans la gladiature un sport de haut niveau ;
qu'il faut plutôt considérer les gladiateurs
comme des athlètes surentraînés,
qui, certes, risquaient leur vie à chaque combat,
mais dont la vie trop précieuse pour être
sacrifiée à la légère.
Probable que la vérité historique se
situe quelque part entre ces deux positions extrêmes.
Il est vrai que la formation, l'entraînement
et l'entretien d'un gladiateur étaient si onéreux
que presque personne, hormis l'empereur lui-même,
n'était financièrement capable d'offrir
des spectacles où chaque duel de gladiateur
se serait terminé par la mort d'un des combattants.
En effet, l'organisateur d'un munus (spectacle
de gladiateurs) devait non seulement payer au laniste
(propriétaire des gladiateurs) la location
de ses "artistes", mais aussi lui payer
un fort dédommagement en cas de décès
de l'un d'entre eux.
C'est dire que chaque fois que l'empereur abaissait
son pouce, sa bourse était presque aussi
durement frappéeque la gorge du vaincu ! C'est
dire aussi que si les vrais gladiateurs antiques étant
passés à la moulinette à la même
cadence que ceux du film Gladiator de Ridley
Scott (au demeurant excellent), tous les ludi
(casernes de gladiateurs) auraient dû fermer
boutique au bout de deux ou trois représentations,
faute de combattants !
Naturellement, impossible de nier ce que l'on a coutume
d'appeler les "horreurs des jeux de l'amphithéâtre".
Elles sont largement attestées, tant dans la
littérature que dans l'iconographie. Toutefois,
ici encore, il convient de distinguer entre les combats
de gladiateurs et les exécutions capitales
qui, elles aussi, servaient de distraction au "bon
peuple" de Rome. Dans ce contexte particulier,
il est possible (et même probable), que, pour
varier les supplices et éviter la monotonie,
des condamnés furent contraints de se battre
entre eux jusqu'au dernier. Mais il ne s'agissait
pas de vrais combats de gladiateurs, qui, eux, ne
mettaient aux prises que des artistes dûment
entraînés et non du "gibier de potence".
Cela dit, il ne faut pas pour autant en conclure
que ces Romains étaient plus cruels, plus "fervents
d'hémoglobine" que nous. Ils se repaissaient
peut-être d'horribles supplices (reconstitutions
de célèbres agonies mythologico-érotiques,
crucifixions assaisonnées d'autres tourments,
pauvres bougres boulottés tout cru par des
fauves, etc). Mais, chez eux, jamais aucun fou
de Cybèle (par exemple) n'aurait eu l'idée
saugrenue de se faire sauter avec la moitié
de l'amphithéâtre pour terroriser les
fidèles de Bacchus ou d'une autre divinité.
Et je puis aussi vous assurer que, chez nous, en Belgique,
à la fin des années '90, si les lois
avaient été modifiées selon les
desiderata d'une bonne partie de mes compatriotes,
notre vaste stade national Roi Baudouin (50.000 places)
n'aurait pu accueillir toutes les bonnes âmes
avides d'assister à la castration, l'éviscération,
l'écorchement, et l'écartèlement
de l'assassin d'enfants Dutroux !
Les pulsions primaires des foules, ce n'est jamais
très ragoûtant, quelle que soit l'époque…
Oups ! j'ai l'impression que je me suis laissé
emporter et que j'ai un peu perdu le fil de vos questions…
Cependant, au vu de ce qui précède,
vous avez sans doute vous-même tiré quelques
conclusions quant à la fréquence des
combats de gladiateurs et quant à la présence
requise de l'empereur.
Onéreux à l'extrême, ces divertissements
devaient être quand même assez exceptionnels.
Bien sûr, je n'en sais trop rien puisque, comme
je vous l'ai signalé d'emblée, je suis
assez peu au fait de tout cela, mais, à mon
avis, on pourrait comparer ces spectacles aux courses
de taureaux espagnoles ou françaises (avec
la mise à mort de l'animal), qui ne sont organisées
qu'à l'occasion de grandes fêtes religieuses
ou civiles. Sans doute en allait-il de même
avec les combats de gladiateurs…
Quant à la présence de l'empereur à
ces spectacles, elle était évidemment
indispensable lorsque c'était lui qui offrait
les jeux au peuple. Et comme, le plus souvent, seul
l'empereur avait les moyens de payer les impayables
gladiateurs, celui-ci, bon gré mal gré,
se devait de faire acte de présence au balcon
de l'arène afin de ne pas paraître mépriser
les sains menus plaisirs de sa chère plèbe.
Enfin, force m'est d'avouer que je n'ai aucune idée
de l'aire de répartition des tigres à
l'époque de l'Empire romain. Mais étant
donné qu'actuellement, on trouve encore des
tigres en Sibérie, peut-être y en avait-il
du côté du Caucase ou de la Caspienne,
régions auxquelles les marchands romains pouvaient
accéder… (Voyez ce site fauvesdumonde.free.fr).
REMARQUE
DU WEBMASTER (1er Avril 2007)
Dans Auguste, de Pierre COSME (Editions
Perrin, 2005), je lis que, vers 19 av. J.-C.
le premier empereur reçut de nombreuses
ambassades orientales, dont une en provenance
d'Inde, qui conclut un traité avec Rome.
Cet accord fut scellé de nombreux cadeaux,
mais plus que les bijoux et les étoffes
précieuses, ce furent les tigres
"qui firent sensation, car les Romains
n'en n'avaient jamais vu auparavant".
Ce qui, évidemment, ne signifie nullement
que, par la suite, les organisateurs de jeux
ne s'arrangèrent pas pour produire ces
fauves, exceptionnels, rares et chers, dans
les amphithéâtres. L'ambassade
indienne du règne d'Auguste avait peut-être
ouvert la filière… |
NB. Pour plus d'infos sur les combats
de gladiateurs et les jeux de l'arène, je vous
invite à visiter cette
page où sont rassemblés quelques
liens vers des pages internet qui vous renseigneront
bien mieux que je ne pourrais le faire.
PÉRIODICITÉ
DES COMBATS DE GLADIATEURS
Décembre 2005
Eric
TEYSSIER nous écrit :
Pour répondre
rapidement sur la périodicité
des jeux, les éléments statistiques
manquent.
Disons que d'après les inscriptions de
Pompéi, les combats semblent se dérouler
du printemps à la fin de l'été.
Les occasions sont liées aux fêtes
religieuses mais plus souvent aux élections
de magistrats qui remercient ainsi leurs électeurs
de leur vote ou pour célébrer
des victoires. Les victoires de Trajan sur les
Daces sont d'ailleurs l'occasion de véritables
"orgies gladiatoriennes" qui sont
restées mémorables mais qui part
leurs dimensions en temps et en nombre de combattants
étaient exceptionnelles. L'empereur riche
de la prise de l'or des Daces pouvait (devait)
être généreux avec la plèbe
de Rome.
Donc pas de statistique,
comme presque toujours dans l'Antiquité,
mais une périodicité aléatoire
qui tient compte de la belle saison et des moyens
des hommes politiques qui offrent ces combats
pour des raisons de prestige.
NOTE DU WEBMASTER
:
Eric TEYSSIER, président
d'A.C.T.A.
Expérimentation (*),
(voir aussi, sur le site PEPLUM,
Images de l'Antquité, ici :
Clic
! , Clic
! et Clic
! ), vient de publier, en collaboration
avec Brice LOPEZ, Les gladiateurs
au combat, des sources à l'expérimentation
:

Eric TEYSSIER & Brice LOPEZ,
Les gladiateurs au combat, des
sources à l'expérimentation,
Errance |
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| 22 Juillet 2005 |
| Antoine
a écrit : |
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Objet : de l'usage
de la décimation dans les armées de
la Rome impériale
(cf. votre
réponse a Jdecl du 17.12.2003)
Au moins un exemple de décimation
« à l’ancienne » sous le
règne de Tibère
est rapportée par Tacite dans le Livre
Troisième de ses Annales
(la traduction est celle de Burnouf) :
XX. La même année,
Tacfarinas (…) recommence la guerre
en Afrique (…) et finit par assiéger,
près du fleuve Pagyda, une cohorte romaine.
Le poste avait pour commandant Decrius, intrépide
soldat, capitaine expérimenté, qui
tint ce siège pour un affront. Après
avoir exhorté sa troupe à présenter
le combat en rase campagne, il la range devant les
retranchements. La cohorte est repoussée
au premier choc : Decrius, sous la grêle de
traits, se jette à travers les fuyards, les
arrête, crie aux porte-enseignes « qu’il
est honteux que le soldat romain tourne le dos à
une troupe irrégulière et à
des déserteurs ». Couvert de blessures,
ayant un œil crevé, il n’en fait
pas moins face à l’ennemi et combat
jusqu’à ce qu’il tombe mort,
abandonné de ses hommes.
XXI. A la nouvelle de
cet échec, L. Apronius, successeur de Camillus,
plus troublé de la honte des Romains que
du succès de l’ennemi, fit un exemple
rare dans ce temps-là et d’une sévérité
antique : il décima la cohorte infâme,
et tous ceux que désigna le sort expirèrent
sous la verge.
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| RÉPONSE
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| Bien vu ! |
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