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Décembre 2004 (page 2/4)

Sommaire du mois de Décembre : Clic !

 
6 Décembre 2004
Grégory réécrit :
 

En lisant le courrier des lecteurs j'ai noté deux points que mon passage (malheureusement raté) en première année de médecine me pousse à préciser:

  • Au sujet de la césarienne (voir ici : Clic !), les connaissances médicales romaines étaient certes pitoyables (merci Hippocrate) mais cette pratique d'accouchement était déjà connue, si j'en crois les médecins qui nous faisaient les cours d'histoire de la médecine.
  • L'accouchement aux forceps (ô barbarie) était déjà connu. Peut-on penser que les marques de naissance que cache Hadrien sous sa barbe (voir ici : Clic !, Clic ! et Clic !) peuvent être les séquelles de cette pratique ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

Tout à fait d'accord avec vous (ainsi qu'avec ces regrettés - et regrettables - profs de médecine qui, jadis, dédaignèrent superbement vos talents) : les Romains connaissaient la césarienne…Cependant, comme je le disais dans ma réponse de l'année passée (Clic !), vu la médiocrité des connaissances médicales romaines, cet acte chirurgical devait, le plus souvent, se résumer à une abominable boucherie !…

La barbe d'Hadrien pour couvrir les stigmates des forceps ?
Pourquoi pas ? Mais ces marques ne se situent-elles généralement pas sur de chaque côté du crâne, et non au menton ?
Mon frangin est venu au monde à l'aide de forceps, et s'il voulait masquer les légères séquelles de cette pratique, c'est une perruque qu'il devrait porter et non une barbe prophétique !

COMPLÉMENT D'INFO SUR L'HISTORIQUE DES FORCEPS

Je viens de découvrir ce texte, dans un très vieux bouquin, ayant appartenu à mon arrière grand-mère, laquelle exerçait le noble et très utile métier de "sage-femme" :

"L'idée de saisir la tête avec une pince quelconque paraît si simple, qu'on s'imagine aisément que l'invention du forceps doit remonter à la plus haute antiquité. Il n'en est nullement ainsi, le forceps ne date que du siècle dernier (c'est-à-dire, le XVIIIe siècle).

Cet admirable instrument a probablement été inventé vers la même époque, en Angleterre, par les Chamberlen et, en Belgique, par jean Palfyn.
Le Dr Pierre Chamberlen, né le 8 mai 1601 et mort le 20 décembre 1683, s'occupait spécialement des accouchements et eut la première idée de faire construire une pièce pour extraire l'enfant. Mais le secret en fut conservé dans sa famille. Le fils aîné, Hugh Chamberlen, vint à Paris, en 1670, et offrit de vendre son procédé 10.000 écus; mais il ne parvint pas à accoucher une femme viciée qui était en travail depuis huit jours dans le service de Mauriceau et il retourna à Londres sans avoir fait connaître son invention. Il fut plus heureux, paraît-il, à Amsterdam, en 1693, et vendit son secret à Roger Ronhuysen, sous la condition expresse de ne pas le divulguer.
Jean Palfyn, né à Courtrai en 1650, professeur de chirurgie à Gand, envoya en 1721 à l'Académie des sciences de Paris, la description d'un instrument auquel il avait donné le nom de
mains de fer.
Palfyn n'a certainement pas connu le forceps des Chamberlen ; pour s'en convaincre, il suffit de mettre en regard les cieux instruments.
Le forceps des Chamberlen est déjà perfectionné ; les branches sont croisées, les cuillers sont fenêtrées.
Le forceps de Palfyn est assez primitif, les cuillers sont pleines, les branches sont réunies par un lien.
Le vrai bienfaiteur de l'humanité, c'est, en tout cas, Palfyn, qui a fait connaître à tous l'instrument qu'il avait trouvé et a obligé ainsi les Chamberlen à divulguer leur secret. C'est seulement en 1733 que Chapman donna la description du forceps des Chamberlen.
Ces premiers forceps n'avaient que la courbure céphalique. En 1747, Levret donna à l'instrument une nouvelle courbure, la courbure pelvienne; il voulait ainsi épargner le périnée. En 1753, Smellie modifia le forceps dans le même sens, mais il avait pour but de permettre les applications au-dessus du détroit supérieur, ce qu'on n'avait pas fait jusqu'alors. Depuis ces accoucheurs, le forceps a subi de nombreuses modifications de détail, mais le type est resté le même."

forceps

(Dr. N. CHARLES, Cours d'accouchements, second volume ; J.B. Baillières et Fils, Paris, et G. Bertrand, Liège; 1897).

 

 
 

 

 
10 Décembre 2004
Emmanuel a écrit :
 

(…) Je tenais à vous faire part de plusieurs découvertes que j'ai récemment faites, en lisant les préfaces de deux anciennes éditions du traité agricole de Palladius et du poème épique de Rutilius Namatianus : on trouve encore des sénateurs païens à Rome bien au-delà des années 420. Notamment un certain Aemilianus, préfet du prétoire en 458 sous Majorien, et un Eustathius, préfet de Rome sous Sévère III en 461, ce qui nous amène assez loin dans le Ve siècle. D'autant qu'une loi d'Honorius promulguée à Rome à la fin de l'année 421 visait les "porteurs d'idoles, prêtres de Némésis, mages et autres danseurs de Cybèle", ce qui atteste bien d'une survivance cultuelle païenne à cette époque.
Il ne faut pas oublier non plus que Macrobe écrivit, si je m'en réfère au livre de Pierre Chuvin, Chronique des derniers païens, ses Saturnales vers 431.
En Orient, il y eut aussi sous Justinien, dans les années 540 (!), un préfet du prétoire nommé Phocas, un certain Thomas, de sa personne questeur du Palais Sacré, et un Asclépiote, préfet de Constantinople, tous trois païens opiniâtres et déclarés, ce qui leur valut d'être exécutés lors de la grande persécution du paganisme déclenchée en 546 par Jean de Cappadoce et son acolyte homonyme l'évêque monophysite d'Ephèse. En 580 (!!), on trouve encore un gouverneur païen, Anatole d'Antioche, "fidèle de Zeus et d'Apollon", et qui fut, en 581, mis à mort dans d'atroces conditions.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Mes souvenirs scolaires en ce domaine sont assez flous, mais je crois me rappeler qu'il fallut à l'Église occidentale bien des siècles et bien des conciles (œcuméniques ou locaux) pour extirper les pratiques païennes ancrées dans une population opiniâtrement superstitieuse. Jusqu'au XIe siècle, voire au au-delà, les autorités ecclésiastiques, appuyées par le bras séculier, s'échinèrent à condamner, apparemment sans guère de succès, la vénération d'arbres aux fées (sainte Jeanne d'Arc y fut accro), de sources enchantées ou de menhirs fertilisants…

La résistance du paganisme est certes mieux appréhendée à Constantinople qu'à Rome (voir ici : Clic !), et il est évident que si le doux Justinien s'acharna sur les derniers idolâtres, il devait bien s'en trouver encore quelques-uns dans son Empire. Cependant - et il s'agit seulement ici d'une petite et modeste réflexion que je vous livre, sans le moindre esprit de polémique ni connaissance approfondie de l'histoire ou des mœurs des sociétés byzantines -, je me demande quand même jusqu'à quel point le "crime de paganisme" se servait pas de prétexte juridique à la liquidation juridique de personnages politiquement encombrants. Bref, les autorités byzantines n'auraient-elles pas utilisé l'idolâtrie païenne comme, plus tard, on se servira de la sorcellerie (par exemple pour liquider les Templiers ou Leonora Galigaï, veuve de Concini) ?
Quand on veut se débarrasser de son chien, on l'accuse de la rage…

 
 

Pour conclure, deux questions.
Pourquoi presque tous les historiens, à part André Piganiol, ignorent le paganisme de l'usurpateur Magnence ? Quasiment toutes les biographies taisent (pudiquement ?) ses convictions religieuses, pour leur préférer celles de Julien l'Apostat ou, à la rigueur, celles d'Eugène et d'Attalus. Pourtant, Magnence a régné plus longtemps qu'eux, et sa politique religieuse (bien qu'il fut tolérant à l'égard du christianisme, puisqu'il fit graver le chrisme sur certaines de ses monnaies) fut bien celle d'une restauration païenne, qui poussa Constance, en novembre 353, à édicter le décret suivant : "Que soient abolis les sacrifices nocturnes permis par une décision de Magnence, et qu'une telle licence impie soit désormais écartée".

Enfin, pourquoi, à l'instar de Magnence, le paganisme de l'empereur Procope (365-366) est passé sous silence (si l'on excepte l'étude très sérieuse que Pierre Chuvin a faite sur lui et Attalus) par 80 % des historiens ?

J'attends vos réponses et vos remarques avec impatience !

 
 
 
RÉPONSE :
 

Personnellement je n'ai pu recueillir aucune certitude quant aux convictions religieuses de Magnence, de Procope ou de Priscus Attale (en ce qui concerne celles d'Eugène, voyez ici : Clic !)… encore qu'à première vue, il me paraisse au moins assez douteux que Procope ou Attale eussent affiché leurs éventuelles sympathies pour les cultes traditionnels de Rome.
Bien sûr, Julien considéra (peut-être) que le premier était digne de lui succéder, d'accord ! Mais ce Procope avait aussi épousé la veuve du très-chrétien Constance II, il avait adopté sa fille, et il fonda sa légitimité impériale sur la continuité de la (très-chrétienne également) dynastie constantinienne. Dès lors, il ne pouvait sans doute pas rompre avec la religion qui était son "fonds de commerce.

Quant à Attale, s'il était ouvertement païen, je comprendrais assez mal pourquoi Alaric qui, lui, était chrétien, l'aurait choisi pour disputer le trône impérial à Honorius. Déjà qu'imposer ce fantoche n'était pas chose facile, alors, pourquoi se serait-il, en plus, compliqué la vie en s'aliénant l'Église, déjà puissante, par la désignation d'un candidat dont les convictions religieuses étaient "passées de mode" depuis Julien. En outre, j'ai comme la vague impression que si le bon saint Augustin, écrivant sa Cité de Dieu quelque temps après le sac de Rome pour en disculper les Chrétiens, avait pu "mouiller" un empereur païen (notre Priscus Attale) dans cette catastrophe, il n'aurait pas raté l'occasion de le faire.

Enfin, je vous le répète, ce sont là des opinions personnelles et sans doute superficielles…

En revanche, il semble bien que si les historiens insistent davantage sur le paganisme de Julien que sur celui de Magnence, c'est que, contrairement au premier, celui-ci n'a pas envisagé la restauration et la rénovation des cultes traditionnels pour faire pièce à l'expansion du christianisme. C'est en cela que règne de l'Apostat, bien que très court, est important : parce que cet empereur a tenté, par une politique cohérente et réfléchie, d'infléchir le cours de l'Histoire en donnant à ses contemporains une alternative (à ses yeux) crédible à une religion qu'il considérait comme pessimiste, défaitiste, aliénante, décadente.

Même si cette expérience échoua - probablement du seul fait de la brièveté du règne du Julien - car les Chrétiens de l'époque semblent avoir eu très peur ! -, elle est néanmoins intéressante tant elle est originale : rejet des persécutions sanglantes, tolérance comme instrument de division, clergé païen structuré et moralement éprouvé, œuvres sociales, religion intériorisée et non plus purement formelle, caractère à la fois novateur et réactionnaire des réformes, etc…
Toutes choses que, me semble-t-il, on ne trouve pas Magnence.

U

Julien dit l'Apostat

 
 

 

 
12 Décembre 2004
Giovanni a écrit :
 

Je me permets de vous écrire au sujet de Jules César, il n'a pas été empereur, mais vos études n'ont pas pu l'ignorer.
Je ne suis pas du tout "cultivé" en histoire ancienne, (…) mais je me pose un problème d'ordre mythique, voire fantasmatique : "César et l'étoile".

Que savez-vous à ce sujet ?

Il y a cette légende d'une comète qui aurait traversé le ciel après sa mort. On me dit que chez les Latins il n'y avait guère de différence entre comète et étoile.
Et il y a l'étoile de Vénus, son ancêtre. Après sa mort, on lui fit une statue avec la tête frappée de cette étoile qui figurait également sur le fronton du temple qui lui était dédié. Mais j'ignore s'il s'agit d'une idée post-mortem ou si c'est lui-même qui s'est revendiqué de cette étoile génitrice qu'on retrouve dans L'Énéide à propos de la Gens Julia.
Plutarque raconte que, menacé de naufrage, César aurait dit à ses matelots qu'ils avaient en charge l'étoile de César.
Shakespeare aussi, dans sa pièce, fait dire à un personnage s'adressant à César avant qu'il entre au Sénat (où il allait être tué) qu'il n'avait pas avec lui sa bonne étoile. Ces deux références se perdent néanmoins au gré des traductions, adaptations, etc.
Il s'agit sans doute d'une mythologie plus ancienne, d'autres grands personnages ont dû s'estimer protégés par une étoile. Mais je pense que César est le premier dans l'histoire de Rome.

Merci de me dire ce que vous savez et ce que vous en pensez.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Dans sa Vie de Jules César, l'historien latin Suétone rapporte que "pendant les premiers jeux que son héritier Auguste donna pour lui après son apothéose, une comète, qui se levait vers la onzième heure, brilla durant sept jours de suite, et l'on crut que c'était l'âme de César reçue dans le ciel. C'est pour cette raison qu'il est représenté avec une étoile au-dessus de la tête."
Rien d'étonnant là-dedans : pour les anciens Romains, il était tout naturel qu'un homme devenu dieu se transformât en étoile (ou, en l'occurrence, en comète). Je laisse aux astronomes le soin de déterminer si cette comète qui apparut après la mort du divin Jules était celle de Halley ou non. Du reste, cela a assez peu d'importance puisque l'on est certain que César fut assassiné aux ides de Mars 44 av. J.-C. (soit le 15 mars) et qu'il n'y a donc pas lieu de confirmer cette date par des donnés astrologiques.

L'apparition de l'astre de César est également mentionnée dans les Histoires naturelles de Pline l'Ancien, cet écrivain trop curieux qui mourut pour s'être approché trop près du Vésuve, lors de son éruption fatale aux villes de Pompéi et d'Herculanum (79. ap. J.-C.). Voici ce qu'il en dit : "Le seul lieu du monde où une comète soit l'objet d'un culte est un temple de Rome : cette comète, que le divin Auguste a jugée de si bon augure pour lui, apparut au début de sa vie publique, lors de jeux qu'il célébrait en l'honneur de Vénus Génétrix, peu après la mort de son père César, au sein du collège fondé par ce dernier. Voici en effet en quels termes il relata la chose pour la joie publique : « Au cours de la célébration de mes jeux, une comète fut visible durant sept jours, dans la région septentrionale du ciel. Apparue vers la onzième heure du jour, elle était éclatante et visible de toutes les parties de la terre. Cet astre annonçait, suivant la croyance générale, que l'âme de César était reçue au nombre des puissances divines immortelles ; et à ce titre une comète fut ajoutée au buste de César que nous consacrâmes peu de temps après sur le forum » ". (trad. J. Beaujeu, Paris, Belles Lettres, 1950)

Pour tout vous dire, je n'ai pas trouvé mention de cette étoile de César dans l'Énéide de Virgile. En revanche, elle est évoquée dans les Métamorphoses d'Ovide : (Jupiter s'adresse à Vénus : "Cependant emporte avec toi cette âme qui s'échappe de son corps immolé et change-la en étoile, pour que le divin Jules veille à tout jamais du haut des célestes demeures sur notre Capitole et sur le forum." (Ovide, Métamorphoses, 15, 840-842 - trad. G. Lafaye, Paris, Belles Lettres, 1962)

Comme vous le constatez, ces écrivains ne relient pas directement cette comète à l'ascendance divine de famille des Jules, née à la fois de Vénus et de Mars (voir ici : Clic !). Elle est seulement la manifestation de la transformation de César en divinité, et c'est d'ailleurs pour cela qu'elle est représentée dans les temples voués au culte de ce héros déifié. (Par parenthèse, si vous souhaitez des infos complémentaires sur le Temple du divin Jules, je vous invite à télécharger cette page internet - doc. Word de 480 ko - dont j'ai extrait deux des citations reprises ci-dessus : it.geocities.com/epigraphia2002)

Ceci précisé, nous pouvons maintenant aborder l'étoile de César dans son sens figuré, c'est-à-dire ce que l'on a plus couramment l'habitude d'appeler la Fortune de César, ou, si vous préférez, sa bonne étoile.

Vous évoquez une anecdote tirée de Plutarque. Voici ce texte : "César se trouvait à Apollonia (sur la côte orientale de la mer Adriatique) avec une armée, trop faible pour rien entreprendre (contre Pompée), parce que les troupes de Brindisi (en face d'Apollonia, sur la rive italienne de l'Adriatique) tardaient à arriver. Livré à une incertitude affligeante, il prit enfin la résolution hasardeuse de s'embarquer seul, à l'insu de tout le monde, sur un simple bateau à douze rames, pour se rendre le plus promptement à Brindisi, quoique la mer fût couverte de vaisseaux ennemis. À l'entrée de la nuit, il se déguise en esclave, monte dans le bateau, se jette dans un coin, comme le dernier des passagers, et s'y tient sans rien dire. La barque descendait le fleuve Anius (…). Cette nuit-là il s'éleva tout à coup un vent de mer si violent, qu'il fit tomber le vent de terre. Le fleuve, soulevé par la marée et par la résistance des vagues, qui, poussées avec furie, luttaient contre son courant, devint d'une navigation dangereuse ; ses eaux, repoussées violemment vers leur source par les tourbillons rapides que cette lutte causait, et qui étaient accompagnés d'un affreux mugissement, ne permettaient pas au pilote de gouverner sa barque et de maîtriser les flots. Il ordonna donc à ses matelots de tourner la barque, et de remonter le fleuve. César ayant entendu donner cet ordre, se fait connaître, et prenant la main du pilote, fort étonné de voir là César : « Mon ami, lui dit-il, continue ta route, et risque tout sans rien craindre ; tu conduis César et sa Fortune. » Les matelots, oubliant la tempête, forcent de rames et emploient tout ce qu'ils ont l'ardeur pour surmonter la violence des vagues ; mais tous leurs efforts sont inutiles. César, qui voit la barque faire eau de toutes parts, et prête à couler à fond dans l'embouchure même du fleuve, permet au pilote, avec bien du regret, de retourner sur ses pas. Il regagnait son camp, lorsque ses soldats, qui étaient sortis en foule au-devant de lui, se plaignirent avec douleur de ce que, désespérant de vaincre avec eux seuls, et se méfiant de ceux qui étaient auprès de lui, il allait, par une inquiétude injurieuse pour eux, s'exposer au plus terrible danger pour chercher les absents." (Plutarque, Vie de César, XLIII - trad site Nimispauci : Clic !).
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Cette Fortune dont César faisait si pompeusement état est également évoquée par le poète Lucain dans sa Pharsale (voir :site Remacle.org) ainsi que par l'historien Florus : "Ainsi fut reconquise l'Espagne citérieure. L'Espagne ultérieure suivit bientôt. Que pouvait faire une seule légion, quand cinq n'avaient pu résister ? Varron se rendit volontairement, et Gadès, le détroit, l'Océan, tout reconnut la fortune de César." (Florus, Histoire romaine, Livre IV, II - trad. site Remacle.org : Clic !).

Je ne vais pas entrer dans les détails, mais la Fortune romaine est, en gros, la transposition du concept grec de tychè.
Tychè, c'était la chance, bonne ou mauvaise, dont chaque individu (ou chaque cité) était doté et qui influençait, positivement ou négativement, chacune de ses actions. En fait, bonne étole ou Fortune, nous ne sommes pas très loin non plus de ce que les Romains appelaient Génie, cette divinité personnelle, caractérisant et protégeant tel individu, tel clan, telle ville (voir ici : Clic !).

Précisons pour terminer que César ne fut naturellement ni le premier ni le seul Romain à reconnaître en lui la présence d'une Fortune, d'un Génie, dans son cas bénéfique, qui, agissant d'une façon presque autonome, lui frayait un chemin vers le succès. D'ailleurs, dans sa Pharsale (voir ici : Clic !), Lucain ne décrit pas seulement la lutte militaire entre Pompée et César mais le combat "virtuel" de leurs deux Fortunes antagonistes.

 
 
 
Giovanni réécrit :
 

Je vous remercie beaucoup de votre amabilité. Mais vous devez savoir que la curiosité devient parfois une histoire de passion totalement irrationnelle. Ainsi, pardonnez-moi, je voudrais profiter encore un instant de votre savoir.

Oui, je connais l'histoire des morts (les justes) transformés en étoiles selon la vision fort poétique du Somnium Scipionis, heureusement retrouvé par le jésuite Angelo Mai à la Biblioteca Vaticana. L'idée (hautement morale) des âmes étoilées des justes qui nous regardent de là-haut et qui continuent de suivre notre histoire collective est absolument sublime. Donc, César en fait partie.

Mais j'insiste, dans l'Énéide (vv. 680-682) il est question de l'étoile paternelle et j'ai toujours compris ce passage par rapport à la Gens Julia. Est-ce que ma lecture est erronée ? Si elle est bonne, il y avait bien une étoile de Vénus qui protégeait la Gens Julia. À partir de là, le propos de Pline l'Ancien devient ambigu puisqu'il s'agissait des jeux en l'honneur de Vénus Génétrix.

Par ailleurs, il y a des pièces de monnaies romaines avec le profil de Jules César et une étoile située dans l'espace postérieur, à la hauteur de sa nuque. J'ai passé une journée entière au Cabinet des Médailles de la BNF et j'en ai vu plusieurs. Sur place, on m'a expliqué que César est le tout premier a avoir osé mettre son effigie sur une monnaie et que cette étoile "pourrait" effectivement se rapporter au fait qu'il se disait descendant de Vénus.

Au musée de Ravenne il y a un groupe sculpté où figure Britannicus avec une étoile sur le front. Les historiens iconographes en débattent depuis longtemps, mais je crois (je peux me tromper) qu'ils parlent toujours d'une étoile se référant à la Gens Julia.
Excusez-moi tout ce verbiage, je suis un dilettante en la matière.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Oh, vous savez, question dilettantisme, le mien vaut certainement le vôtre : mes connaissances en matière de symbolisme antique et/ou de numismatique romaine sont loin de briller avec autant d'éclat que l'astre tutélaire des Jules.!

Je présume donc que le passage de Virgile qui vous interpelle est celui-ci :

(675) In medio classis aeratas, Actia bella,
cernere erat, totumque instructo Marte uideres
feruere Leucaten auroque effulgere fluctus.
Hinc Augustus agens Italos in proelia Caesar
cum patribus populoque, penatibus et magnis dis,
(680) stans celsa in puppi; geminas cui tempora flammas
laeta uomunt patriumque aperitur uertice sidus.
Parte alia uentis et dis Agrippa secundis
arduus agmen agens; cui, belli insigne superbum,
tempora nauali fulgent rostrata corona.

Ce que le site AgoraClass de l'Université Catholique de Louvain traduit ainsi :

(675) Au centre, on pouvait voir des flottes d'airain, les combats d'Actium ;
on pouvait voir s'agiter, sous le déploiement des forces de Mars,
le promontoire de Leucate tout entier, et luire les reflets d'or des flots.
D'un côté, menant les Italiens au combat, César Auguste,
entouré des pères et du peuple, avec les pénates et les grands dieux,
(680) se dresse en haut de la poupe ; de ses tempes bénies
jaillissent deux flammes, et l'étoile paternelle apparaît sur sa tête.
Ailleurs, bénéficiant de la faveur des vents et des dieux,
la tête haute, Agrippa mène une armée ; sur son front resplendit,
- superbe insigne de guerre -, la couronne navale, ornée d'éperons.

(VIRGILE, Énéide, livre VIII, v. 674-684).

Mes souvenirs scolaires de latin sont aussi lointains que défraîchis, mais, après vérification dans un dictionnaire latin-français, il appert qu'effectivement, le mot sidus signifie bien " étoile", "astre".
Mais s'agit-il de la déesse Vénus ?
That's the question
Le texte de Virgile ne l'indique pas explicitement, ce qui ne laisse pas d'embarrasser les traducteurs. Tel par exemple, Charles GEORGIN, auteur, in illo tempore (1967), d'une traduction de l'Énéide pour le compte des éditions Hatier, et qui, pour ce vers, indique en note : "Peut-être Vénus… Ou la comète qui apparut après la mort de Jules César".
Nous voilà bien avancés !…

La porte semble donc ouverte soit à votre interprétation (l'étoile de Jules est celle de la gens Julia, descendante de Vénus) soit à une autre, plus "matérialiste" (l'astre représenté couramment avec César est celui qui apparut dans le ciel peu après sa mort, manifestant son apothéose).

Notez cependant que les deux hypothèses peuvent se rejoindre puisque l'astre représentant "l'âme de César reçue par les dieux" a très bien pu être repris par ses héritiers et successeurs comme un genre d'emblème de leur illustre gens, protégée par Vénus. Ceci pourrait sans doute expliquer la présence d'une étoile sur les médailles et monnaies frappées à l'effigie de certains Julio-claudiens (et même sur celles représentant Jules César et frappées après sa mort).

Mais ainsi que je vous l'ai signalé d'emblée, je n'y connais pas grand-chose en numismatique…

Voilà, il me semble que c'est à peu près tout ce que puis vous dire sur cette question. Je suis désolé de ne vous livrer que des éléments de réponse ambigus, interprétables à loisir, mais hélas, c'est souvent le cas quand la critique historique se heurte à un texte purement poétique, et donc, par nature, symbolique et elliptique.

 
 
 
Giovanni réécrit :
 

Merci.
Je vois qu'en l'espace d'à peine deux messages… vous arrivez au même cul-de-sac où je me trouve depuis trois années au moins. Quelle manie de vouloir tout expliquer ! Oui, il se peut que…, mais connaissez-vous un chemin pour arriver à un semblant de certitude sur ce sujet ?

En fait, je suis parti, il y a environ 10 ans, sur une étoile qui est l'emblème (aujourd'hui !) de la République italienne, mon pays d'origine. Je suis passé par de multiples recherches pour m'expliquer cette étoile (les plus hautes institutions italiennes m'ont répondu qu'il y a eu toujours une étoile comme symbole de l'Italie, mais personne ne sait d'où ça vient). J'ai traversé le savoir des siècles par des pistes incroyables, j'ai repéré cette étoile partout (depuis la Renaissance, elle correspond au "césarisme" politique) et à la fin je me retrouve avec cette double hypothèse d'origine.
L'histoire de l'étoile apparue après la mort de César est la plus fade. Elle rappelle le nuage qui est passé dans le ciel lors de mort de Kant ou la tempête se déchaînant lors de la mort du Christ sur la croix. C'est l'illusion que quelque chose, au sein de la Nature, réponde à notre vie de mortels. Sur ce point, les Grecs étaient bien plus forts : la Nature ignore notre pathos.
L'histoire de l'étoile de Vénus est plus séduisante. Chez Virgile, par exemple, dans le Laus Italiae, l'Italie est la terre de Vénus (dans le sens de l'éros qui génère la vie, pousse et règle le monde naturel). Mais comment justifier une telle hypothèse sans être ridicule ? Avez-vous d'autres suggestions ?.

 

etoile italienne
 
 
RÉPONSE :
 

Vous voyez, j'ignorais totalement qu'une étoile figurait sur les armes de la République italienne… Et si, le sachant, je m'étais un jour interrogé sur la signification de cet emblème, j'aurais sans doute d'abord bêtement songé à l'étoile de la Nativité, voire à la Vierge Marie (Maris stella, dei mater alma - "Étoile de la mer, mère nourricière de Dieu"). Bref, à une symbolique liée à la tradition chrétienne qui a si longtemps si profondément imprégné votre beau pays d'origine. Jamais l'étoile du divin Jules ne m'aurait effleuré l'esprit !…
Comme quoi les réponses évidentes ne sont pas nécessairement les meilleures. Mais, revers de la médaille - que vous avez raison de mettre en exergue -, une fois que l'on commence à creuser, les questions deviennent souvent plus nombreuses que les certitudes.

Non, à première vue, je ne vois aucune suggestion susceptible de faire avancer vos recherches… Cependant, le cas échéant, je n'hésiterai pas à vous déranger pour faire part des réflexions qui me viendraient à l'esprit, ou des informations que me communiqueraient certains visiteurs de mon site.

 
 
 
Conclusion de Giovanni :
 

Vous ne pouvez pas imaginer un seul instant jusqu'où c'est compliqué !

Pour simplifier au maximum :
L'étoile de la Nativité (que l'on considère à tort une comète à cause de Giotto et de ses fresques de Padoue) est gravée sur une plaque de marbre dans une église de Milan qui détenait, avec cette plaque, les reliques des trois Rois Mages avant qu'elles soient volées par Frédéric Barberousse (je suis sérieux, il y a des essais sur le sujet et il faut visiter l'église et voire la plaque). Cette empreinte est à 6 branches rayonnantes.
Ensuite, il y a les étoiles des papes (regardez les églises de Rome, les monuments du Bernin, etc. ) qui ont 6 ou 8 branches, mais toujours rayonnantes.
L'étoile qui est le symbole de l'Italie est d'abord rayonnante à 6 branches, puis elle devient un pentalfa non linéaire (le contraire de l'étoile du drapeau du Maroc) lorsque l'armée italienne arrache au pape Rome (en 1870) pour en faire la capitale du pays unifié. Ce pentalfa est à rapprocher (évidemment) aux francs-maçons etc. Mais ce n'est pas rouge (Staline ou Mao) il est en or. Sauf pour les petites étoiles des militaires qui sont en argent (l'armée italienne est l'unique au monde où les petites étoiles sont portées par tous les militaires indépendamment du grade).

Stella Maris c'est autre chose , il s'agit à l'origine (païenne) de la coupe ésotérique de la pomme d'or (les Hespérides) qui donne la forme étoilée. C'est le secret du couchant (mais ça remonte aux Egyptiens).

Non, pour être simple, il faut penser à Che Guevara lorsqu'il a pris une étoile de son grade militaire et l'a placée sur son béret, au-dessus de son front. C'est ça l'étoile de César. Le destin de l'élu. Et la question repart à zéro : élu parce que descendant de Vénus ?

 
 

 

 
12 Décembre 2004
Sarah a écrit :
 
Je dois faire un travail de recherche sur l'origine des expressions épée de Damoclès et réponse sibylline. Je n'ai pas trouvé d'informations très détaillées à ce sujet. Pouvez-vous m'aider ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

Quand, on dit de quelqu'un qu'une "épée de Damoclès est accrochée au-dessus de sa tête", c'est qu'un danger imminent le menace.
Damoclès était, dit-on, un courtisan de Denys l'Ancien, tyran qui, au IVe siècle av. J.-C., régnait sur Syracuse, une colonie grecque située en Sicile. Cependant attention ! Chez les Grecs, un le mot tyran ne désignait pas nécessairement un roi cruel, autoritaire et au pouvoir arbitraire ; chez eux, cela signifiait tout simplement "chef" ou "maître", sans connotation négative.
Or donc, un jour, lors d'un banquet, notre Damoclès fit remarquer au souverain que lui, Denys, boss de Syracuse, il avait vraiment la belle vie : les meilleurs mets à sa table, les crus les plus savoureux dans sa coupe, les plus jolies filles dans son lit, et tout le monde à ses pieds, prêt à satisfaire ses moindres désirs.
"Ce que tu dis est vrai, lui rétorqua Denys. Cependant, si tu veux connaître la réalité de ma situation, il ne tient qu'à toi de prendre ma place à cette table." Damoclès accepta et s'assit à la place du roi. Mais celui-ci avait entre-temps fait suspendre au plafond, au-dessus de la tête du courtisan, retenue par un mince crin de cheval, une lourde épée qui menaçait à tout moment de fendre en deux sa tête d'écervelé : l'épée de Damoclès !

(Voir à ce sujet ces sites : wikipedia.org/wiki/Denys_l'Ancien - www.formatage.org et lionel.le.tallec.free.fr)

Une réponse sibylline est une réponse énigmatique, que l'on comprend difficilement, voire pas du tout.
Cette expression vient de la Sibylle, cette prophétesse qui, selon la légende, avait remis à Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome, des livres (les livres sibyllins) qui décrivaient, en termes évidemment voilés, l'avenir de la Ville Éternelle.
On raconte qu'un jour la Sibylle, qui résidait habituellement à Cumes (près de Naples), se présenta devant le roi Tarquin, à Rome, afin de lui vendre les neuf livres qu'elle avait rédigés et où était consignée la destinée de la Ville Éternelle. Mais la somme qu'elle demandait était si pharamineuse que Tarquin, indigné, refusa. Devant ce refus, la Sibylle jeta dédaigneusement trois livres au feu… et réclama, pour les six qui restaient, le même prix que pour neuf volumes. Nouveau refus du roi, nouvelle incinération de trois livres et même exigence financière, mais maintenant pour seulement trois livres. Devant une telle résolution, :le roi s'inclina et paya le prix initial pour la collection mutilée.
Ces Livres sibyllins furent conservés dans le temple dédié à Jupiter Capitolin, sous la garde de prêtres qui les consultaient lors de grandes catastrophes (guerres, épidémies, tremblements de terre, etc). Ils furent détruits en 83 av. J.-C. dans l'incendie du temple, mais une nouvelle collection d'oracles fut recueillie pour remplacer l'originale et déposée dans le temple reconstruit. Les Livres sibyllins furent consultés pour la dernière fois en 363 ap.J.-C. puis définitivement détruits au début du Ve siècle par le général, barbare mais chrétien, Stilicon (voir ici :Clic !).

(Sur la Sibylle et les livres sibyllins, voyez aussi : geocities.com/Athens/Troy - www.sitec.fr/users/mcos - www.cosmovisions.com et www.insecula.com/contact)