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Novembre 2004 (page 4/4)
Sommaire du mois de Novermbre : Clic
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| 16 Novembre 2004 |
| Olivier
a écrit : |
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Bonjour
d'un Belge un autre (je crois).
J'aimerais avoir votre avis sur ces
séries de BD ayant l'histoire romaine
comme sujet :
- La Dernière
prophétie, dessinée par Gilles Chaillet
qui a pour thème la "chute" des croyances
païennes à Rome et l'avènement d'un
Empire romain catholique sous Théodose (Voir :
http://www.glenat.com)
- Vae Victis de Mitton
(voir : http://www.soleil-lesite.com)
Ce sont deux séries très différentes
l'une de l'autre, tant par leur dessin que par leur intrigue
mais elles sont l'une et l'autre réellement passionnantes.
- Murena de Dufaux
et Delaby. je trouve que le portrait de Néron est
très humain dans le sens où l'on sent chez
lui des doutes. Enfin ce n'est qu'un avis…
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| RÉPONSE
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| Question BD, quoique Belge
comme vous (salut, pays !), mes connaissances en
ce domaine sont assez limitées.
J'ai cependant bien sûr lu et apprécié
les quatre premiers volumes de la série Murena
(voyez, sur ce site : Clic
!, ainsi que, sur le site associé Péplum
- Images de l'Antiquité : Clic
! et Clic
!)… Même si, quant à moi, j'ai peur
que ses auteurs ne s'orientent, pour les volumes à
paraître (bientôt, j'espère), vers un
portrait de Néron
par trop fidèle à sa "légende
noire", alors que cet empereur ne fut probablement
pas le monstre que décrivent à l'envi les
historiens antiques.
En revanche, je ne connais pas du tout La dernière
prophétie ou Vae victis… Merci
donc pour ces infos sur ces deux BD qui, effectivement,
me paraissent très intéressantes. |
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| 20 Novembre 2004 |
| Zoé
a écrit : |
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Quelle est
l'origine de la couronne de lauriers des
empereurs romains ? L'ont-ils tous portée ?
Est -il exact que César l'appréciait
aussi pour cacher sa calvitie ? |
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| RÉPONSE
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| J'ai déjà
eu l'occasion d'évoquer la signification
de cette fameuse couronne de laurier lors d'une
correspondance avec une autre internaute (voir
ici : Clic
!).
A Rome, la couronne de laurier n'était
donc nullement un accessoire vestimentaire que
l'empereur, ouvrant sa garde-robe le matin,
pouvait choisir de porter ce jour-là
pour changer un peu de look ou pour
"faire joli". Dotée d'une symbolique
religieuse, elle était réservée
aux généraux victorieux, et les
empereurs ne l'arboraient que lorsqu'ils célébraient
leur "triomphe" sur tel ou tel ennemi.
(Pour plus de détails sur la cérémonie
du triomphe, voir ici : Clic
!).
Quant à Jules
César, il était bien trop
coquet et bien trop raffiné pour arborer
à contretemps une couronne d'aromates.
Certes sa calvitie le préoccupait, mais
il la camouflait, paraît-il, "en
ramenant ses rares cheveux sur l'arrière"
(voir ici : Clic
!), et non en se déguisant en bouquet
garni (avec un peu de laurier sur la tête,
du persil dans les narines, quelques branches
de thym dans les oreilles et, pour faire bonne
mesure, un citron dans la bouche ?) |
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| 20 Novembre 2004 |
| Jean
a écrit : |
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(…)
Sidoine Apollinaire a été assigné
à résidence pendant quelque temps
à Llivia (en France, près
de la frontière espagnole). Or Llivia est une enclave
espagnole en terre de France, sans communication
avec l'Espagne. Existe-t-il un lien dans le temps
ou bien est-ce aléatoire ? |
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| RÉPONSE
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| A première vue, je
ne vois aucun lien entre le statut actuel d'enclave espagnole
en territoire français de Llivia et le séjour
forcé du bon Sidoine Apollinaire dans cette ville
qui portait alors le doux nom de Julia Livia. Cette
situation administrative qui nous paraît aujourd'hui
un tantinet absurde est en fait la conséquence du
Traité des Pyrénées (1659), par lequel
la France reçut trente-trois "villages"
de Cerdagne, mais la "ville" de Llivia,
resta en possession de l'Espagne.
Tout cela n'a donc aucun rapport avec l'évêque
gallo-romain…Sauf bien sûr si l'on ergote en
disant que Sidoine Apollinaire s'installa dans cette ville
parce que c'était la seule bourgade digne de ce nom
dans cette région perdue des Pyrénées,
et que c'est également à cause de (ou grâce
à) cette qualité éminente de capitale
de la Cerdagne (elle le fut jusqu'au XIe siècle)
que Llivia demeura espagnole.
Mais c'est peut-être pousser le bouchon un peu loin,
non ? |
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| Jean
réécrit : |
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Un
grand merci de vos précisions.
Je me permets une appréciation
personnelle et, j'espère, constructive du ton de
certaines de vos approches. Il se trouve que passionné
d'histoire, surtout celle des idées, des religions
et de la philosophie antique, je suis néanmoins chrétien
militant. D'un point de vue plus large, je suis un fervent
défenseur des valeurs chrétiennes,
considérant que, d'une manière ou d'une autre,
notre civilisation doit essentiel de ses valeurs à
la maturation du christianisme. Je trouve instructive et
décapante la manière dont vous analysez les
premiers temps du christianisme car ce dépoussiérage
(qui restait alors un sujet tabou entre spécialistes
qui, en gros, sont du même avis) ne peut nuire en
aucune façon aux gens honnêtes intellectuellement.
Je note, avec une pointe d'amertume,
que cette liberté dont vous usez, dont j'use moi-même
dans d'autres domaines, découle précisément
de cette maturation du Christianisme mais que personne
ne se risquerait aujourd'hui à user de la même
liberté envers l'Islam. Parce que, si on
voulait "s'amuser", il y aurait du grain à
moudre. Serait-ce la démonstration qu'avoir raison
c'est une chose, avoir une kalashnikov ou un poignard pour
expliquer qu'on a encore plus raison, c'est encore mieux
? C'est une bien triste démonstration que celle-ci
!
En tout cas, je vous renouvelle mes
encouragements et mes félicitations pour votre entreprise; |
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| RÉPONSE
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| Dois-je préciser que
je souscris entièrement à ce vous écrivez
là ?
C'est vrai que si, personnellement, je me suis éloigné
du catholicisme dans lequel j'ai été éduqué,
je n'ai pas pour autant de "compte à régler"
avec cette religion. Je sais parfaitement faire la différence
entre les chrétiens convaincus - que je respecte
et même d'une certaine façon admire s'ils vivent
leur religion honnêtement et sans prosélytisme
agressif - et les quelques intégristes fanatiques
qui, eux, ne méritent que mépris.
Du reste, c'est surtout l'histoire de la religion chrétienne
qui m'intéresse. Et c'est assez logique puisque ce
furent précisément les problèmes historiques
que posait la naissance du christianisme qui contribuèrent
le plus à faire vaciller ma Foi. Toutefois, il est
évident qu'en l'occurrence, les évidences
historiques sont aussi peu nombreuses que les certitudes
théologiques, et les questions plus nombreuses (et
certainement aussi plus intéressantes) que les réponses
elles-mêmes. Les sources étant maigres et souvent
difficilement interprétables, le vrai "Jésus
de l'Histoire" restera sans doute à jamais mystérieux.
C'est pourquoi vous faites bien de souligner qu'aucune discussion
à ce sujet ne pourrait nuire à des chrétiens
"intellectuellement honnêtes" :
la croyance en la Rédemption, en la Résurrection
du Christ ou en la virginité perpétuelle de
Marie relève uniquement de la Foi. Aucune "trouvaille"
historique ne sera jamais susceptible d'étayer ou
de contredire ces dogmes chrétiens. Où serait
d'ailleurs le mérite du croyant si les dogmes étaient
prouvables scientifiquement ?
Je conviens volontiers que la plupart des valeurs de nos
sociétés occidentales proviennent du christianisme.
Pourquoi le nier ? Même le concept de "laïcité"
ne lui doit-il pas son existence ? Action - réaction
- action…
Cela dit, à mon avis, l'essentiel n'est pas d'ergoter
sur le quota de valeurs chrétiennes présentes
dans notre civilisation européenne ("mélangez
dans un shaker 7 parts de christianisme, une part d'hellénisme,
une de romanité, une de judaïsme, un trait d'islam,
agitez et servez dans un verre laïc avec un zeste d'intolérance"),
mais plutôt d'admettre de bonne foi que toutes les
civilisations ou sociétés sont porteuses de
certaines valeurs positives… Ce qui ne veut naturellement
pas dire que toutes les valeurs de toutes les sociétés
sont bonnes, ni que certaines bonnes valeurs de sociétés
exotiques sont obligatoirement transposables chez nous !
Quant à l'Islam, j'adresse tous les jours une fervente
prière à Allah pour le remercier d'être
si opportunément resté en dehors du sujet
d'étude de mon site internet !…
Je plaisante, bien sûr… Mais sur ce point aussi,
je suis entièrement d'accord avec vous : il est hautement
regrettable que les intellectuels musulmans ne bénéficient
pas de la même liberté d'expression que les
exégètes chrétiens. Car c'est en effet
bien là que bât blesse : tant que la majorité
des musulmans n'aura pas "intégré"
ce que la plupart de leurs érudits éclairés
admettent sans problème (du moins quand ils s'adressent
à un public d'infidèles), à
savoir que si le Coran peut être considéré
par les croyants comme un livre inspiré,
il n'est en aucun cas la parole de Dieu incarnée
et intemporelle. Tant son fond que sa forme témoignent
de l'époque de sa composition, des régions
où il fut écrit et du public auquel il s'adressait.
De plus, le Coran que nous connaissons n'est que l'un des
trois qui circulèrent après la mort du Prophète.
Bref, il est aussi vain de chercher dans ces textes une
législation immédiatement transposable à
nos sociétés modernes que d'espérer
y trouver le mode d'emploi d'un téléphone
portable !…
Cette transformation de l'Écriture sainte
en objet d'étude historique et philologique a été
progressivement acceptée par les Églises chrétiennes
(quoique certains chrétiens extrémistes considèrent
eux aussi leur Bible comme LA Vérité
intangible, intemporelle et aboutie). Il est grand temps
que l'Islam adopte la même démarche car, sans
cela, les sacrificateurs de réalisateurs hollandais,
les égorgeurs d'humanitaires occidentaux, les artificiers
de touristes balinais, ou les pilotes amateurs d'Al Qaïda
auront encore de beaux jours devant eux. |
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| 21 Novembre 2004 |
| Cindy
a écrit : |
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Je me permets
de vous écrire car j'aimerais savoir si, durant la
République romaine, s'est opérée une
évolution des institutions politiques. Je suis un cours
de latin au sein duquel ma professeur nous enseigne des points
de civilisations. Toutefois, elle nous a tracé deux
plans des institutions en montrant comme une évolution.
Pour approfondir mon cours, j'ai consulté le livre
de Lucien Jerphagnon qui ne montre pas vraiment d'évolution.
Ainsi, je souhaiterais avoir votre point de vue sur cette
question. |
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| RÉPONSE
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| À ce qu'il me semble,
dans son Histoire de la Rome antique (par parenthèse,
aussi intéressante que jubilatoire), M. JERPHAGNON
insiste effectivement sur la permanence de la notion de
Républiqueà Rome. "La République,
une fois fondée, ne cessera plus d'exister, fût-ce
sur le papier, quand s'instaurera cinq cents ans plus tard
le régime que nous appelons par commodité
l'Empire". Mais il précise aussitôt
qu'il ne faut pas "coller" des significations
modernes sur les termes utilisés par les Romains
: leur res publica, ce n'était, au départ,
rien de plus la gestion de la "chose publique",
des intérêts communs.
Dans ce sens, cette République fut d'abord
confiée aux rois, puis sa gestion passa
aux mains du Sénat et du peuple (en fait
seulement entre celles des aristocrates fortunés),
et enfin fut réservée à des autocrates,
de plus en plus absolus, que nous avons coutume d'appeler
les empereurs romains.
La permanence des termes masque donc une évolution
constante. Même à l'époque dite républicaine,
les choses bougent constamment. Les pouvoirs respectifs
du Sénat et du peuple ne cessent
d'être redéfinis en fonction des circonstances
ou de l'action d'hommes providentiels (les Gracques,
Marius, Sylla, Pompée, César)
qui influencent la vie politique romaine.
Voyez par exemple cet ancien
courrier où je décrivais brièvement
l'évolution du Sénat romain. Du début
à la fin de l'histoire romaine, ce Sénat
est présent, mais son rôle ne cesse de
s'affadir au fil des siècles. À la fin de
l'Empire, son pouvoir n'excède plus guère
celui d'un quelconque "conseil municipal".
Le Romain étant conservateur par nature, la seule
façon de faire accepter les réformes nécessaires
était de les "camoufler". Théoriquement
les institutions traditionnelles demeuraient, mais en changeant
radicalement de nature. Comme l'écrit fort justement
Lucien Jerphagnon : "Tout devait bouger et rien
ne devait changer". |
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| 21 Novembre 2004 |
| Marjorie
a écrit : |
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(…)
Je cherche des infos sur l'Edit
de Milan de 313 et sur la lettre de Constantin
et Licinius au gouverneur de Bithynie, qui a été
retranscrite par Lactance dans la Mort des persécuteurs
(48, 2-12).
C'est le passage où
Constantin et Licinius autorisent la liberté de religion
(christianisme) et qu'ils demandent aux Romains de rendre
les terres et autres locaux aux chrétiens (persécutions)
en parlant de tranquillité publique.
J'ai déjà remarqué
quelques infos sur votre site, mais si vous trouvez autre
chose, cela serait très gentil de votre part de me
les faire parvenir. |
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| RÉPONSE
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| La Lettre de Licinius
au gouverneur de Bithynie, dites-vous ? Je présume
qu'i s'agit de ce texte :
"Licinius, lui,
recueillit une partie des troupes de Maximin, qu'il
répartit parmi les siennes. Quelques jours
après la bataille, il passa en Bithynie avec
son armée et fit son entrée à
Nicomédie. Il rendit grâce à Dieu,
dont le secours lui avait donné la victoire,
et, le quinze juin de l'année où lui-même
et Constantin étaient consuls pour la troisième
fois [cad en 313], il fit afficher une lettre
circulaire adressée au gouverneur, concernant
le rétablissement de l'Église. La voici :
« Moi, Constantin Auguste, ainsi que moi,
Licinius Auguste, réunis heureusement à
Milan, pour discuter de tous les problèmes
relatifs à la sécurité et au
bien public, nous avons cru devoir régler en
tout premier lieu, entre autres dispositions de nature
à assurer, selon nous, le bien de la majorité,
celles sur lesquelles repose le respect de la divinité,
c'est-à-dire donner aux Chrétiens comme
à tous, la liberté et la possibilité
de suivre la religion de leur choix, afin que tout
ce qu'il y a de divin au céleste séjour
puisse être bienveillant et propice, à
nous-mêmes et à tous ceux qui se trouvent
sous notre autorité.
C'est pourquoi nous avons cru, dans un dessein salutaire
et très droit, devoir prendre la décision
de ne refuser cette possibilité à quiconque,
qu'il ait attaché son âme à la
religion des Chrétiens ou à celle qu'il
croît lui convenir le mieux, afin que la divinité
suprême, à qui nous rendons un hommage
spontané, puisse nous témoigner en toutes
choses sa faveur et sa bienveillance coutumières. Il
convient donc que Ton Excellence sache que nous avons
décidé, supprimant complètement
les restrictions contenues dans les écrits
envoyés antérieurement à tes
bureaux concernant le nom des Chrétiens, d'abolir
les stipulations qui nous paraissaient tout à
fait malencontreuses et étrangères à
notre mansuétude, et de permettre dorénavant
à tous ceux qui ont la détermination
d'observer la religion des Chrétiens, de le
faire librement et complètement, sans être
inquiétés ni molestés.
Nous avons cru devoir porter à la connaissance
de Ta Sollicitude ces décisions dans toute
leur étendue, pour que tu saches bien que nous
avons accordé auxdits Chrétiens la permission
pleine et entière de pratiquer leur religion.
Ton Dévouement se rendant exactement compte
que nous leur accordons ce droit, sait que la même
possibilité d'observer leur religion et leur
culte est concédée aux autres citoyens,
ouvertement et librement, ainsi qu'il convient à
notre époque de paix, afin que chacun ait la
libre faculté de pratiquer le culte de son
choix. Ce qui a dicté notre action, c'est la
volonté de ne point paraître avoir apporté
la moindre restriction à aucun culte ni à
aucune religion.
De plus, en ce qui concerne la communauté
des Chrétiens, voici ce que nous avons cru
devoir décider : les locaux où
les Chrétiens avaient auparavant l'habitude
de se réunir, et au sujet desquels les lettres
précédemment adressées à
tes bureaux contenaient aussi des instructions particulières,
doivent leur être rendus sans paiement et sans
aucune exigence d'indemnisation, toute duperie et
toute équivoque étant hors de question,
par ceux qui sont réputés les avoir
achetés antérieurement, soit à
notre trésor, soit par n'importe quel autre
intermédiaire.
De même, ceux qui les ont reçus en donation
doivent aussi les rendre au plus tôt auxdits
Chrétiens. De plus, si les acquéreurs
de ces bâtiments ou les bénéficiaires
de donation réclament quelque dédommagement
de notre bienveillance, qu'ils s'adressent au vicaire,
afin que par notre mansuétude, il soit également
pourvu à ce qui les concerne. Tous ces locaux
devront être rendus par ton intermédiaire,
immédiatement et sans retard, à la communauté
des Chrétiens.
Et puisqu'il est constant que les Chrétiens
possédaient non seulement les locaux où
ils se réunissaient habituellement, mais d'autres
encore, appartenant en droit à leur communauté,
c'est-à-dire à des églises et
non à des individus, tu feras rendre auxdits
Chrétiens, c'est-à-dire à leur
communauté et à leurs églises,
toutes ces propriétés aux conditions
reprises ci-dessus, sans équivoque ni contestation
d'aucune sorte, sous la seule réserve, énoncée
plus haut, que ceux qui leur auront fait cette restitution
gratuitement, comme nous l'avons dit, peuvent attendre
de notre bienveillance une indemnité.
En tout cela, tu devras prêter à la susdite
communauté des Chrétiens ton appui le
plus efficace, afin que notre ordre soit exécuté
le plus tôt possible, et afin aussi qu'en cette
matière il soit pourvu par notre mansuétude
à la tranquillité publique.
Ce n'est qu'ainsi que l'on verra, comme nous l'avons
formulé plus haut, la faveur divine, dont nous
avons éprouvé les effets dans des circonstances
si graves, continuer à assurer le succès
de nos entreprises, gage de la prospérité
publique.
Afin, d'autre part, que la mise en forme de
notre généreuse ordonnance puisse être
portée à la connaissance de tous, il
conviendra que tu fasses faire une proclamation pour
la promulguer, que tu la fasses afficher partout et
que tu la portes à la connaissance de tous,
de façon que nul ne puisse ignorer la décision
prise par notre bienveillance. »
A cette lettre qui fut affichée,
il ajouta encore la recommandation verbale de rétablir
les lieux de réunion dans leur état
primitif. Ainsi, de la ruine de l'Église à
sa restauration, il s'écoula dix ans et environ
quatre mois."
( Trad. J. Moreau in Lactance, De la mort des
persécuteurs, Paris, 1954, I, pp. 131 ss. -
Cité par le site : Université
Pierre Mendès-France - Grenoble). |
Je dois avouer que je n'ai pu recueillir beaucoup
de documentation à ce sujet. Mais peut-être
un petit rappel chronologique ne serait-il pas inutile
- 305 : Abdication de Dioclétien et de Maximien
"Hercule". Constance
Chlore et Galère sont élevés
au rang d'augustes (empereurs principaux) et
prennent comme adjoints (césars) Sévère
et Maximin
Daïa.
Il faut noter que Constance Chlore, père de Constantin,
n'avait pas mis un grand zèle dans l'application
des édits antichrétiens. Mais il est vrai
qu'il "régnait" sur les régions
(Gaule, Grande-Bretagne) où les chrétiens
n'étaient pas très nombreux.
- 306 : Constance Chlore meurt. Officiellement, Sévère,
son adjoint, lui succède. Mais Constantin, fils
de Constance Chlore ne l'entend pas de cette oreille :
il prend le titre d'Auguste. Une longue de lutte
de succession va s'ensuivre (pour plus de détails,
voir chronologie
de la tétrarchie). Finalement (en 310), Constantin
et Maxence
se partagent l'Occident romain, Licinius
gouverne les Balkans, et Galère
(théoriquement le plus "gradé"
des empereurs) règne sur l'Orient avec Maximin
Daïa.
Soulignons encore qu'à cette époque, les
édits de persécution de Dioclétien
sont toujours en vigueur et scrupuleusement appliqués
par Galère et Maximin Daïa (et probablement
par Licinius également). De leur côté,
Constantin ni Maxence, eux, ne les appliquent plus.
- Mai 311 : l'empereur Galère, atteint d'un mal
atroce, promulgue un édit
de tolérance - le premier du genre - ordonnant
la fin des persécutions anti-chrétiennes
et demandant à ses anciennes victimes de prier
pour son rétablissement. Faut cependant croire
que les chrétiens n'y mirent pas beaucoup d'entrain,
car Galère mourut quand même peu après.
Cet édit fut évidemment ratifié par
Constantin et Licinius. Quant à Maximin Daïa,
il se contenta de suspendre un moment la persécution,
puis la raviva un an après la mort de Galère.
- 312 : Bataille
du Pont Milvius. Constantin liquide Maxence
et entre triomphalement dans Rome. Les Chrétiens
prétendent qu'une vision
divine serait à l'origine du triomphe
du premier empereur chrétien. Ce qui reste
à prouver !….
Quoi qu'il en soit, à partir de ce moment,
Constantin montre de plus en plus d'intérêt
pour le christianisme et commence à favoriser
les chrétiens.
- Printemps 313 : Constantin et Licinius se rencontrent
à Milan pour s'allier contre Maximin Daïa.
Les deux empereurs en profitent également
pour faire connaître leur avis sur la question
chrétienne : c'est le fameux Edit de
Milan. En gros, il reprend le thème
de l'édit
de tolérance de Galère ("il
convient que les chrétiens prient pour le
salut des empereurs") avec, en plus, la rétrocession
aux chrétiens de leurs lieux de culte.
En fait, cet "édit de Milan" constituait
surtout une arme de propagande : avant d'attaquer
Maximin Daïa, grand persécuteur devant
l'Éternel, il convenait de se rallier les
chrétiens, très nombreux dans les
provinces orientales que contrôlait cet "ennemi
juré de la Foi".
- 313 : Licinius écrase et liquide Maximin
Daïa. il prend le contrôle de l'Orient
romain. C'est de cette époque que date la
lettre circulaire mentionnée ci-dessus
Ainsi que je l'ai signalé plus haut, la grosse
différence entre ce texte et l'édit
de tolérance de Galère (voir ici : Clic
! et Clic
!) ce sont ces dispositions visant à restituer
aux chrétiens leurs lieux de culte. Ceci revenait
à rendre aux communautés chrétiennes
leur qualité de "personne morale",
que l'empereur Gallien
(253-268) leur avait déjà implicitement
reconnue lorsqu'il avait mis fin à la persécution
initiée par son père, Valérien,
mais que Dioclétien leur avait ôtée
lorsqu'il avait mis la religion chrétienne
"hors-la-loi". |
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| 26 Novembre 2004 |
| Grégory
a écrit : |
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1.
Dans votre site, vous dites que l'empereur Caligula
(si je ne me trompe pas) avait séjourné
à Lyon. Je voulais savoir de
quelle(s) source(s) est issue cette information
si cela est possible.
De plus il me semble que cette ville était assez
peu fréquentable pour les empereurs qui
y ont été assassinés à plusieurs
reprises. À moins que je me trompe sur ce point
?
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| RÉPONSE
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Le séjour de Caligula
à Lyon (fin 39n début 40 ap. J.-C.)
est attesté par les deux principales sources
latines relatives à son court règne
: Suétone (Vie
de Caligula, 17
et 20),
et Dion Cassius (Histoire romaine, LIX, 22
- trad. anglaise : Clic
!).
A noter aussi que, toujours dans la Vie
de Caligula (chapitres 39
et 48),
Suétone fait également état de
sa présence "en Gaule",
sans préciser davantage.
Si j'en crois Daniel NONY (Caligula, Ed.
Fayard, 1986), si Caligula séjourna à
Lyon, ce n'est pas uniquement pour y organiser des
jeux. Soucieux d'acquérir la gloire militaire
qui lui faisait défaut, il aurait profité
de ce voyage en Gaule pour "planifier" l'invasion
de la (Grande-)Bretagne, un projet qu'il appartiendra
à Claude,
son oncle et successeur, de concrétiser. Parmi
ces préparatifs, la fameuse vente aux enchères
des biens impériaux que relate malignement
Suétone (Vie
de Caligula, 39).
En effet, cet apport financier n'était destiné
ni aux "menus plaisirs" de ce dépravé
de Caius, ni à assouvir son insatiable rapacité,
mais devait permettre de lever et payer les troupes
d'invasion.
Comme le remarque judicieusement Daniel Nony, les
historiens antiques critiquent acerbement chez Caligula
les mêmes expédients financiers qu'ils
louent hautement chez Marc
Aurèle. Ils ne trouvent rien à redire
-que du contraire ! - lorsque l'empereur-philosophe
vend le luxueux bric-à-brac impérial
afin de lever de nouvelles légions pour bouter
les Germains hors des provinces romaines, mais vouent
aux gémonies ce "fou de Caius" alors
qu'il agit de même pour un motif non moins excellent
: la conquête de la Bretagne…
Comme disait Caliméro : "C'est trop injuste
!". |
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Daniel Nony souligne encore que les jeux donnés
par Caligula
dans la métropole des Gaules ne doivent pas être
considérés comme une preuve du caractère
futile d'un prince présumé débile.
Je cite : "César puis Auguste avaient à
la fois raflé l'or des Gaules et constitué
une armée solide, et Caligula s'inspira de leur exemple.
Lyon était d'ailleurs le meilleur endroit pour rencontrer
les notables gaulois et les spectacles organisés
par l'empereur le meilleur prétexte pour les faire
venir. Loin d'être les marques d'un esprit porté
aux futilités, les jeux avaient une utilité
politique. " (Daniel Nony, op. cit.).
Bien que ni Suétone ni Dion Cassius ne l'affirment
explicitement, ce serait également lors de son séjour
à Lyon que Caligula aurait fait arrêter et
exécuter son cousin, le roi de Maurétanie,
Ptolémée (petit-fils de Cléopâtre
et de Marc
Antoine).
Probablement était-il impliqué dans le complot
de Gaetulicus, auquel participèrent aussi - cruel
manque d'esprit de famille ! - les deux sœurs
de l'empereur. Mais, naturellement, le partial Suétone
ne vit dans cette sombre affaire qu'une occasion de plus
de dénigrer l'empereur Caius. Oubliée, la
légitime défense d'un souverain entouré
de conspirateurs ! Si Caligula liquida son royal cousin
d'Afrique, c'est, bien sûr, uniquement parce qu'il
était jaloux du beau manteau rouge que Ptolémée
avait pompeusement exhibé pour assister à
des jeux de l'amphithéâtre (ceux de Lyon ?).
Voir Suétone, Vie
de Caligula, 26
et 35.
Ben voyons !
Dans votre mail, vous évoquez aussi une étrange
fatalité qui aurait frappé les empereurs romains
séjournant à Lyon… À
première vue, cette ville n'aurait porté malheur
qu'à :
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2.
Enfin en lisant votre courrier des lecteurs, je suis tombé
(voir ici : Clic
!) sur votre modification des
propos de César sur les Belges (confusion
entre fortissimi et bravissimi)
et j'ai peut-être trouvé l'origine de votre
erreur : vous ne cachez pas en effet votre attachement
à la BD Astérix, or, en relisant Astérix
chez les Belges il y a quelques jours, je suis tombé
sur les propos du légionnaire romain (représenté
sous les traits de Pierre Tchernia) qui affirmait que
César avait dit que les Belges étaient "les
plus braves".
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| RÉPONSE
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| Mes Belges bravissimi
en droite ligne du succulent Astérix chez les
Belges ?
Oui, vous avez sans doute raison : les boutades de Goscinny
doivent - bien involontairement, cela va de soi - être
"pour quelque chose" dans le malheureux pataquès
que j'ai commis… Toutefois, il est possible que cette
bévue provienne de bien plus loin, à savoir
de vieux souvenirs scolaires, notablement altérés
après un trop long séjour dans des neurones
altérés par le temps et les boissons corsées.
En effet, lorsque je rédigeai la première
mouture de la notice biographique consacrée à
Jules
César, je m'étais souvenu de mon vieux
prof de latin qui, commentant cette célèbre
phrase dudit Jules, avait cru bon de modérer notre
enthousiasme national et patriotique en nous expliquant
qu'il ne s'agissait pas précisément d'un compliment.
En fait, ce que le général romain voulait
dire, c'était seulement que les "anciens Belges"
étaient de grosses brutes incultes, et rien de plus
! Et d'ajouter qu'aux yeux de César, nos ancêtres
étaient courageux à la façon
de ces taureaux de corridas que l'on qualifie de braves,
c'est-à-dire surtout sauvages (en espagnol,
toros bravos = "taureaux sauvages").
D'où ma confusion lexicale… et les rectificatifs
d'internautes plus respectueux que moi de la noble prose
du divin Jules ! |
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