|
Mars 2004 (page 3/3)
Sommaire du mois de Mars : Clic
!
|
| |
| 20 Mars 2004 |
| Luc
a écrit : |
| |
|
Objet : Mort
de Jules César - www.exn.ca/video/?video=exn20040316-caeser.asx.
Dans cette interview (en anglais
malheureusement) un psychologue mentionne que Jules César
aurait planifié sa mort de façon à
décapiter le parti sénatorial en lui faisant
perdre toute crédibilité et permettre sa
dynastie de prendre la relève.
Est-ce plausible ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
|
Je n'ai malheureusement pas pu ouvrir
la séquence
vidéo consacrée à l'interview
de ce psy. Cependant, d'après ce vous m'en dites,
et bien qu'il soit périlleux de réagir sans
avoir connaître tout l'argumentaire de cette personne,
son hypothèse me paraît quelque peu tirée
par les cheveux.
Jules
César aurait donc planifié
sa mort en 44 ?
D'accord, il n'était plus tout jeune, le
grand Jules : aux fatales "ides de Mars",
il avait environ 56 ans, un âge respectable
pour l'époque. D'accord… Mais, tout
chenu qu'il fut, il ne s'était emparé
du pouvoir suprême que depuis très
peu de temps. Ce n'est qu'en 48 av. J.-C. - moins
de quatre ans avant sa mort - qu'il avait mis un
terme aux ambitions du Grand Pompée (bataille
de Pharsale, 9 août -48). Ensuite, pour s'imposer
définitivement, il lui fallut encore éliminer
les reliquats du parti, pompéien lors des
périlleux combats de Thapsus (6 février
-46) et de Munda (17 mars -45).
Tout compté tout rabattu, César n'a
donc "régné" sur Rome qu'une
seule année… Et au bout de cette seule
et unique petite année de "règne",
cet ambitieux, ce dominateur, cet émule d'Alexandre
le Grand, aurait estimé qu'ayant parachevé
son œuvre politique, il ne lui restait plus
d'autre tâche à accomplir qu'une mort
utile. Il aurait alors aurait "mis en scène"
son assassinat (qui ne serait donc qu'un suicide)
afin que le parti sénatorial "porte
le chapeau" !
À mon avis, c'est tout bonnement inconcevable….
D'autant plus qu'il avait encore tant d'idées
en tête, tant de choses à réaliser,
le Jules ! Outre ses projets politiques pour Rome
ou ceux qui concernaient l'extérieur de l'Empire
et dont les objectifs réels restent encore
controversés (royauté ou rénovation
de la République - venger la défaite
de Crassus ou restaurer l'empire d'Alexandre ?),
César projetait (entre autres) de fonder
une grande bibliothèque sur le modèle
de celle d'Alexandrie (qui avait souffert lors de
sa "campagne d'Égypte) ; il envisageait
aussi le percement de l'Isthme de Corinthe, l'assèchement
des Marais pontins, la construction d'une nouvelle
route reliant Rome à l'Adriatique, la construction
d'un port à Ostie, etc… |
|
Si César "planifiait" quelque chose
en 44 av. J.-C., ce n'était pas sa mort mais son
"règne", qu'il espérait encore
assez long pour lui permettre de concrétiser tous
les projets que son génie lui inspirait…
et peut-être pour fonder une dynastie qui,
à ce moment, n'existait pas encore.
En effet, César mourut sans héritiers, ou
presque.
Bien sûr, quelques mois avant sa mort, il avait
adopté son neveu Octave. Mais ce jeune garçon
à peine sorti de l'adolescence paraissait si insignifiant
(boutonneux, frileux, bredouillant, malingre, un tantinet
couard) que personne (sauf peut-être le génial
César) n'aurait pu percevoir en ce personnage falot
et rébarbatif les qualités d'homme d'état
du futur Auguste.
Quant à Césarion,
le fils que lui avait donné Cléopâtre,
ce n'était encore qu'un enfantelet de trois ou
quatre ans (au mieux, car on ne connaît pas précisément
sa date de naissance).
Alors, se faire assassiner pour "fonder une dynastie"
à partir d'un grand dadais peu ragoûtant
ou d'un marmot en nourrice, c'eût été
bâtir un édifice sur des sables mouvants.
Ni plus, ni moins. |
| |
| |
|
| |
| 20 Mars 2004 |
| Clémence
a écrit : |
| |
Connaissez-vous
des œuvres artistiques où Agrippine
a servi de modèle surtout dans la peinture et la
musique ?
Merci d'avance |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
Malheureusement, ce que vous
me demandez dépasse mes compétences, et ce
d'autant plus que, mon site étant davantage "historique"
qu'"artistique", je ne dispose que de très
peu de documentation sur la musique ou la peinture.
Tout ce que je puis faire, c'est de soumettre votre demande
aux visiteurs de mon site… |
| |
| |
|
| |
| 23 Mars 2004 |
| Michel
a écrit : |
| |
| Pourquoi
la relation entre César et Cléopâtre
a été aggravant pour les ennemis de César
? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
 |
À vrai dire,
je ne comprends pas très bien le sens de
votre question ?
S'agit-il de savoir si les ennemis de César
voyaient d'un mauvais œil sa relation avec
Cléopâtre
?
Pour commencer, on n'est sûr
de rien à ce sujet car les historiens romains,
déjà passablement dépourvus
d'objectivité, perdent toute mesure dès
qu'ils évoquent Cléopâtre, cette
"putain du Nil", cette sorcière
qui incita son amant, le triumvir Antoine, à
déclencher une épouvantable guerre
civile contre Rome et surtout contre Octave, le
futur Auguste
(voir ici : Clic
!). Bien sûr, cela se passait quelques
années après la mort de César,
mais ces événements affectèrent
sans doute rétrospectivement le jugement
des Romains sur la relation entre leur Grand Dictateur
et la petite reine d'Égypte.
Cela dit, ces Romains, on les qualifierait
aujourd'hui de "racistes" : ils n'appréciaient
guère les étrangers, et surtout ceux
qui venaient de l'autre côté de la
Méditerranée. Les Puniques (habitants
de l'Afrique du Nord) étaient jugés
fourbes, avides et cruels. Quant aux Orientaux,
qu'ils soient Syriens, Égyptiens ou Asiates,
ils ne formaient à leurs yeux qu'un indescriptible
ramassis de dégénérés,
de mollassons, de dépravés aux cultes
étranges et aux mœurs libidineuses.
"La perversité vient d'Égypte",
avait-on coutume de dire… Et il n'y avait
donc rien de bon à attendre des amours du
maître de Rome avec cette reine d'Égypte,
par nature perverse, licencieuse et maléfique
! D'ailleurs, la Cléo n'avait-elle pas épousé
son frère avant de se révolter contre
lui et de le faire assassiner par César interposé
? N'avait-elle pas fait exécuter sa propre
sœur ? Des mœurs de barbares, tout ça
! Où César avait-il donc été
se fourrer ? |
D'un autre côté, tout vieux
et chauve qu'il fut, César avait quand même
réussi à séduire, à conquérir
(et à féconder) une jeune et jolie reine
"des mille et une nuits" qui, de plus, prétendait
descendre d'Alexandre le Grand, un demi-dieu. Cela faisait
rêver… et flattait l'orgueil patriotico-macho
de ces hâbleurs de Romains : "Ce Jules n'en
rate décidément pas une ! Il n'est pas le
descendant de Vénus pour rien ! Hommes ou femmes,
nul ne peut lui résister !" etc…
Bref, d'un côté, il n'est pas
impossible que les adversaires de César, jouant
sur la xénophobie de leurs concitoyens romains,
aient utilisé sa liaison avec Cléopâtre
pour le dénigrer. Mais, d'un autre côté,
les amours du grand général romain avec
une reine d'Égypte ont pu également servir
sa propagande : ce sacré Jules était décidément
partout invincible ! non seulement sur les champs de bataille,
mais aussi dans les chambres des dames…
J'espère avoir à peu près
répondu à votre question. |
| |
| |
|
| |
| 24 Mars 2004 |
| "tatsuro"
a écrit : |
| |
| Quand
les légions romaines ont-elles occupé partiellement
la Grande-Bretagne (deux tentatives) ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
|
Jules
César effectua deux débarquements en
Grande-Bretagne (que l'on appelait alors la Bretagne,
tout court).
Le premier, en 55 av. J.-C. (voir site Institut Vitruve
: Clic
!) n'était sans doute rien de plus qu'un simple
raid de reconnaissance effectué à l'occasion
d'une opération de représailles. En effet,
aux dires de César, les Bretons soutenaient (militairement
et économiquement) la résistance de leurs
"cousins", les Gaulois et les Belges.
Le premier (55 av. J.-C. - voir site Institut Vitruve
: Clic
!), le grand Jules "remit le couvert". Ses
légions débarquèrent à nouveau
en Bretagne avec, semble-t-il, des objectifs plus ambitieux
que la première fois. La conquête de l'île
? Il est possible que César ait envisagé
de mettre fin à l'indépendance de la Bretagne,
si l'occasion s'en présentait, si la résistance
des autochtones n'était pas trop vive, et si les
opérations ne traînaient pas trop en longueur…
Toutefois, et quoiqu'en dise César dans ses Commentaires,
les Romains rencontrèrent certainement plus de
difficultés que prévu, et les objectifs
de l'expédition durent être revus à
la baisse. On oublia les projets de conquête pour
se borner, une fois encore, à un simple raid :
les légions s'enfoncèrent en territoire
ennemi jusqu'à la vallée de la Tamise, aux
environs de Londres, puis César monnaya son retrait
contre un tribut et réembarqua pour les Gaules
avec son armée.
César lui-même a relaté ces opérations
dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules.
Vous trouverez une traduction française de ces
récits (évidemment dépourvus de toute
objectivité) à ces adresses du site BCS
(Bibliotheca Classica Selecta) :
- Première tentative, Guerre des Gaules,
Livre IV, chap. 20 à 35 : Clic
!
- Deuxième tentative, Guerre des Gaules,
Livre V, chap. 8 à 22 : Clic
!
Après César, les Romains oublièrent
la Bretagne pendant une petite centaine d'années.
Caligula envisagea
bien la conquête de l'île, mais d'incessants
complots à Rome le contraignirent à postposer
l'expédition. Il revint à son oncle et successeur,
l'empereur Claude, de concrétiser ce projet (voir
ici : Clic
!).
En 42 ap.J.-C., la Bretagne méridionale (grosso
modo, l'Angleterre actuelle) devint romaine. Elle le restera
jusqu'au début du Ve siècle. |
| |
| |
|
| |
| 26 Mars 2004 |
| Pierre
a écrit : |
| |
Le temps de la réflexion
est une économie de temps - Publius Syrius
Je suis tombé sur votre
beau site en faisant une recherche sur Publius
Syrius, mais je n‘ai pas été
capable de trouver l'info que je cherche :
- qui est-il ?
- cette citation est-elle de lui
?
Je me demande si vous auriez des
citations romaines, je serais tout à fait preneur.
Je suis consultant en management et je me dis que nous
aurions intérêt à revenir aux sources
plutôt que toujours citer des auteurs américains
Pouvez-vous m'aider ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
|
"Le temps de la réflexion
est une économie de temps" (ou, en latin
- ce qui "en jette" encore davantage : Mora
cogitationis diligentia est). Effectivement cette
belle sentence est de Publius Syrius (on écrit
aussi Publius Syrus ou Publilius Syrus)
Qui était-il ?
J'évoque brièvement le peu que l'on sait
au sujet de cet auteur dans ce courrier de décembre
2002 : Clic
!
Si vous souhaitez lire d'autres maximes de ce sage auteur,
je vous recommande ce site tripod.com.ar/kocher
où le texte latin est complété de
traductions française, espagnole… et anglaise.
Ainsi, vos clients qui ne conçoivent de management
que dans la langue de Shakespeare (ou plutôt dans
celle de Bill Gates) ne seront pas trop désorientés
! |
| |
| |
| |
| Pierre
réécrit : |
| |
|
Merci
pour les renseignements que je viens de gagner sur votre
site et celui dont vous m'avez donné l'adresse.
Superbe collection.
Connaissez-vous d'aventure d'autres
sites de citations latines avec le nom des auteurs
? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
|
Je ne suis pas très "branché"
sentences, maximes et proverbes. Voici toutefois les références
de quelques sites - parmi sans doute une multitude d'autres
- où, me semble-t-il, vous devriez trouver matière
à motiver vos troupes :
- locutio.com - Expressions et citations latines : Clic
!
- intermonde.net - Proverbes, maximes et dictons latins
: Clic
!
- guidebienetre.com - Recueil de citations positives
: Clic
!
- proverbes-citations.com - Proverbes et citations
: Clic
!
- gilles-jobin.org - Au fil de mes lectures, recueil
de citations : Clic
!
|
| |
| |
|
| |
| 26 Mars 2004 |
| Gricca
a écrit : |
| |
|
Le
tragique destin d'Olympias fiancée d'un empereur
romain
devenue reine d'Arménie.
Des trois fils survivants de Constantin
(+337), à savoir Constantin
II, Constance
II et Constant,
seul le dernier, le cadet ne fut pas marié, cependant
malgré son penchant pour les otages mâles
germaniques, il eut une fiancée au destin assez
tragique que voici.
Elle se nommait Olympias
et était la fille dAblabius, un converti
chrétien originaire de lîle de Crête
devenu favori de Constantin Ier qui en fit son préfet
du prétoire dOrient de 329 à 337 et
un consul en 331. Peut-être à cette occasion
il lui donna une de ses nièces anonymes en mariage
doù naîtra aux alentours de 335 notre
Olympias (la quasi certitude dun lien de parenté
dOlympias avec la famille Constantinide est confortée
comme on le verra par les arrangements matrimoniaux).
Elle ne doit pas être confondue avec sa nièce
homonyme (c. 361/68-c. 408/410) une riche veuve chrétienne
dévote, à laquelle St Jean Chrysostome adressa
plusieurs lettres.
En mai 337 Constantin, avant de
mourir, fit dAblabius le tuteur de Constance II,
mais à la suite des massacres dans la famille de
Constantin, Ablabius fut disgracié et exilé
dans ses domaines de Bithynie et peu après assassiné.
Entre temps, en septembre 337, les trois fils de Constantin
avaient pris le titre dAuguste et sétaient
partagés lempire. Après lélimination
de Constantin II par Constant au début du printemps
340, même si le choc fut rapidement surmonté,
la réconciliation entre les deux frères
survivants ninterviendra officiellement quen
346, et cest après cette date que Constant,
songeant à un héritier, fit venir d'Orient
sa jeune parente Olympias et la prit comme fiancée,
lélevant comme une future épouse.
Mais le mariage neut jamais lieu, Constant ayant
été tué en janvier 350 à la
suite de la révolte de Magnence.
Celui-ci chercha une alliance avec Constance II lui proposant
en mariage sa fille, contre sa sur Constantia, veuve
dHanniballien. Lempereur refusa et maria sa
sur à son cousin Gallus
qui sera fait César (351-354). Plutôt que
dépouser la fiancée de son prédécesseur,
comme cela se fit si souvent dans lhistoire, Magnence
préféra conclure un mariage blanc avec Justine,
encore une enfant, fille du noble Justus et (très
probablement) de la sur anonyme du César
Gallus. Il salliait ainsi à la noblesse italienne
et à Gallus considéré alors comme
lhéritier potentiel de Constance II. On ignore
le sort dOlympias pendant cette période,
elle ne réapparaît en Orient que vers 358
lorsquun roi dArménie Arsace III envoya
son ministre Narsès renouveler lalliance
avec Rome. Cest au cours de ces négociations
diplomatiques que fut arrangé le mariage dOlympias.
Constance II accepta de donner lex-fiancée
de son défunt frère cadet en mariage au
roi dArménie. Mais Arsace III avait dû
répudier sa femme une noble arménienne Pharandzem
qui, malgré le mépris pour son époux
jugé trop velu et basané, lui avait donné
un fils en la personne de Pap. Craignant que la nouvelle
reine lui fasse ombrage et ne mette au monde un autre
héritier, cette femme de caractère tenta
dempoisonner sa rivale, et, pour arriver à
ses fins, elle obligea un prêtre de la cour à
remettre une hostie empoisonnée à Olympias
lors de la communion. La reine mourut aussitôt de
ce sacrilège.
La suite pour nos personnages
arméniens fut guère réjouissante,
sans entrer dans les détails disons que le roi
Arsace III sera capturé par les Perses lors dune
invasion et obligé au suicide dans sa prison (vers
368). La reine Pharandzem, après avoir résisté
aux Perses quatorze mois dans une forteresse dut se rendre.
Elle sera livrée aux outrages de la soldatesque
et empalée (vers 369). Son fils Pap, qui avait
réussi à se réfugier dans lempire
romain, put réoccuper le royaume de son père
grâce au soutien de Rome mais, devenu suspect, lempereur
Valens (364-378)
le sacrifia lors dune nouvelle invasion Perse et
le fera assassiner à Tarse où il sétait
réfugié (374).
La Généalogie
de St. Nersès (œuvre tardive du Xe siècle)
prétend quOlympias était la sur
de lempereur Valens, ce qui permet de construire
une stemma que lon trouve dans Christian
Settipani, Continuité gentilice et continuité
familiale dans les familles sénatoriales romaines
à lépoque impériale - mythe
et réalité, P & G Prosopographica
et Genealogica 2000 - Addenda I - III (juillet 2000- octobre
2002) sur le site : www.linacre.ox.ac.uk
- page 123.
GRICCA |
| |
| |
|
| |
| 27 Mars 2004 |
| Hermann
a écrit : |
| |
|
Je vous cite (voir
ici : Clic !)
:
"L'historien, logique
comme tous les Romains, ne peut identifier l'agitateur…
bien vivant et actif en 42, comme étant ce Jésus
dit "Messiah", qu'il croit crucifié
et mort à Jérusalem dix ans plus tôt"
Il n'y a chez Suétone aucune
autre mention de l'existence même de Jésus
et des chrétiens (même en admettant que "Chrestos"
y soit pour quelque chose) - comment peut-on croire qu'il
savait quoi que ce soit sur ce qui se serait passé
en Palestine ?
"…soit Suétone
savait que Jésus avait survécu …
à la crucifixion de Ponce Pilate, soit il n'a
fait pas le rapprochement entre le crucifié et
Jérusalem et l'agitateur populaire juif qui sévissait
à Rome en l'an 42"
Pourquoi ne pas envisager l'hypothèse
la plus plausible et flagrante - que Suétone
ignorait tout, absolument tout, de notre histoire évangélique
? L'histoire qui n'a pris corps qu'au deuxième
siècle. |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
|
Vous mettez là précisément
le doigt sur le nœud du problème : que Suétone
savait-il du Christ et des Chrétiens ?
"Rien", suggérez-vous.
C'est certes possible, comment savoir avec certitude ?…
Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que Suétone,
historien du début du IIe siècle, n'était
pas contemporain des événements qu'il a
relatés. Ce ne fut que sous le règne d'Hadrien
(117-138) qu'il évoqua ce Chrestos qui,
à l'époque de Claude (41-54), aurait poussé
les Juifs de Rome à s'agiter… Et en plus
de quatre-vingts ans, beaucoup d'eau avait eu le temps
de couler sous les ponts du Tibre ! Entre-temps, Néron
avait "persécuté" les Chrétiens
après le grand incendie ; Domitien
avait sévi contre ces gens qui vivaient "à
la mode" juive sans l'être vraiment ; une branche
de la famille impériale flavienne (autour de Flavius
Clemens) s'était convertie (?) au christianisme,
etc…
Peut-on imaginer que Suétone, ce cancanier, n'ait
absolument rien su de tout cela, ou qu'ayant eu vent du
développement de cette secte réputée
infâme, ce fouineur (pour ne pas dire ce "fouille-m…")
n'aurait pas eu la curiosité de s'informer de ses
origines ? Chef de la chancellerie impériale, il
avait pourtant à sa disposition toute la documentation
dont il avait besoin pour approfondir ses connaissances
sur la question.
De plus, Suétone était l'ami de Pline le
Jeune qui, on le sait, avait eu maille à partir
avec les chrétiens alors qu'il remplissait les
fonctions de gouverneur de Bithynie. Il s'était
ouvert de ces difficultés judiciaires à
l'empereur Trajan
et celui-ci s'était fendu d'un rescrit pour lui
expliquer la politique à suivre envers ces gens
qu'il fallait condamner sévèrement mais
non rechercher…
Et l'historien des "Douze César" aurait
tout ignoré des ennuis politico-théologiques
de son ami Pline ? Et Suétone, qui fut un temps
le secrétaire particulier (a studiis)
d'Hadrien n'aurait
pas pris connaissance des rescrits édictés
par Trajan, le prédécesseur que l'empereur
qu'il servait ?
Personnellement, je pense que c'est difficilement crédible…
mais ce ne sont également que des conjectures !
Néanmoins, et j'en conviens bien volontiers :
Suétone ne mentionne pas (explicitement) Jésus
dans ses Douze Césars. À part l'évocation
de ce Chrestos sur lequel l'historien latin passe
sans s'attarder (ce qui ne laisse pas de me paraître
encore et toujours très étrange), on n'y
trouve en fait qu'une seule référence aux
chrétiens (Vie
de Néron, 16
: 3). Or, cette phrase est, presque à coup
sûr, une interpolation. |
| |
| |
| |
| Hermann
conclut : |
| |
|
Vous êtes
d'une gentillesse et patience - et tolérance !
- rares !
Votre réponse si circonstanciée et amicale
me surprend agréablement ; j'imaginais que des
échanges de vues, sur un sujet aussi délicat,
devaient immanquablement réveiller des rancunes,
faire s'accrocher aux partis pris ou se livrer aux anathèmes
; or, malgré mon ton plutôt provocateur -
je ne m'en suis rendu compte que maintenant ! - vous trouvez
assez de courtoisie et de diplomatie et votre discours
si modéré me fait rougir du mien, trop brutal.
Il y a une question qui relève
plutôt de la psychologie - et presque de la logique
- je vous cite :
"Peut-on imaginer que
Suétone, ce cancanier, n'ait absolument rien
su de tout cela, ou qu'ayant eu vent du développement
de cette secte réputée infâme, ce
fouineur (pour ne pas dire ce "fouille-m…")
n'ait pas eu la curiosité de s'informer de ses
origines ? Chef de la chancellerie impériale,
il avait pourtant à sa disposition toute la documentation
dont il avait besoin pour approfondir ses connaissances
sur la question."
De deux choses l'une : ou bien
le christianisme naissant était bien présent
à l'esprit des hommes évolués de
l'empire romain au début du IIe siècle,
ou bien il ne l'est devenu que presqu'un siècle
plus tard, avec Origène, par exemple.
Si la première hypothèse
est vraie, votre raisonnement aboutit, effectivement,
à la conclusion que Suétone ne pouvait TOUT
ignorer des événements sensés s'être
déroulés en Palestine un siècle plus
tôt. Mais alors son silence est inexplicable, tout
homme cultivé devant être bouleversé
par l'extraordinaire beauté du message chrétien.
Mais si l'on accepte la seconde
hypothèse, votre juste interpellation nous conduit
à la conclusion diamétralement opposée:
Suétone n'avait ni vu ni entendu la moindre manifestation
chrétienne. Son silence devient parfaitement compréhensible.
J'avoue que la seconde hypothèse me paraît
être de loin la plus plausible et la seule sérieuse.
Des quatre "sources"
non-chrétiennes bien connues, trois ne contiennent,
en réalité, aucun témoignage et la
quatrième, celle de Pline le Jeune, est en fin
de compte, assez banale pour cette région du monde,
de multiples courants messianiques ayant parcouru la Palestine,
aussi bien avant qu'après Jésus.
Pour conclure, il me semble que
le silence des Romains - "ce qui ne laisse pas
de me paraître encore et toujours très étrange"
- n'est nullement étrange. Le christianisme ne
commença à être connu dans la métropole
que dans la seconde moitié du IIe siècle
et pas avant ! Je sais bien que tous les hommes d'Eglise
s'insurgent contre cette insinuation, mais elle me paraît
être la seule crédible. |
| |
| |
|
| |
| Mars 2004 |
| Michel
a écrit : |
| |
| Nouveautés
du site Archeobel
:
- J'ai fait l'acquisition
d'un as très rare d'Antonin
le Pieux, chargé de symbolique
et de propagande impériale. Le revers montre
la Victoire sur un quadrige au galop
: Clic
!
- J'ai également
trouvé une monnaie rare et assez intrigante.
Il s'agit d'un sesterce de Trajan
montrant au revers, un pont avec un petit bateau
flottant en dessous : Clic
!
Il paraît que cette monnaie frappée
entre 104 et 110 pose des problèmes aux
historiens et aux numismates. Ce pont serait,
selon certains, celui que Trajan
aurait fait construire au-dessus du Danube, et
selon d'autres il s'agirait d'un pont au-dessus
du Tibre à Rome.
Alors, le Danube ou Rome ? that's the question…
Les adhérents de la thèse du pont
sur le Tibre se basent sur le nombre d'arches
du pont représentées sur la monnaie.
À partir de ça, ils ont fait de
savants calculs qui prouveraient qu'il était
trop étroit pour le Danube… Euh….
personnellement, je ne trouve pas tout ça
fort sérieux, mais il semble que je sois
le seul…
Alors voilà,
j'ai mis la monnaie sur mon site et je laisse
la question ouverte, des fois que quelqu'un connaîtrait
la réponse exacte, sait-on jamais.
|
 |
|
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
|
"Non Jef, t'es pas tout seul",
chantait Brel… Et vous ne l'êtes pas bon plus
en ce qui concerne cette monnaie de Trajan.
Après avoir effectué quelques petites vérifications,
je tombe d'accord avec vous : je n'ai pas l'impression
qui s'agisse du pont du Tibre.
Bon, je ne suis pas - et il s'en faut de beaucoup -
un spécialiste en numismatique, vous le savez…
Mais il n'est quand même pas interdit de donner
son petit avis sur la question, n'est-ce pas ?
Si j'ai bien compris, cette pièce est datée
du cinquième consulat de Trajan,
ce qui correspondrait à l'année 103 ap.
J.-C.
Or, précisément cette année-là,
l'empereur Trajan venait de conclure victorieusement la
première guerre contre les Daces et, pour montrer
que leur territoire était désormais soumis
à Rome (et pour faire passer aisément des
troupes de l'autre côté du fleuve en cas
de révolte de ces agressifs barbares - ce qui ne
manqua d'ailleurs pas de se produire), il avait ordonné
à son architecte Apollodore de Damas d'édifier
un beau pont de pierre, bien romain, sur le Danube.
Alors je ne sais pas, mais je ne vois pas pourquoi, cette
année-là, tandis que toute sa propagande
devait être axée sur ces victoires en Dacie,
l'empereur aurait fait représenter sur ses monnaies
le vieux pont Sublicius.
Certes, il l'avait fait restaurer… Mais, je vous
le demande ? que pesait le rafistolage d'un vieux pont
de bois face au triomphe dacique ? Pas grand-chose ! En
termes de publicité : le logo du pont
Sublicius ne valait pas un clou, tandis que celui du pont
du Danube, lui, valait son pesant d'or. Il avait de la
gueule. Il était porteur.
Quant aux différences qui existent entre le pont
du Danube et celui qui figure sur la monnaie, il me semble
qu'elle peuvent aisément s'expliquer. En 103, l'ouvrage
d'Apollodore était en cours de construction. L'effigie
de la monnaie ne pouvait donc être réaliste,
et il n'était d'ailleurs pas nécessaire
qu'elle le fût : Il ne s'agissait que d'un symbole,
que d'une allégorie signifiant que les deux rives
du Daube sont désormais intégrées
à l'Empire romain.
Enfin, c'est mon opinion - et comme diraient les Dupondt,
je la partage…
Cependant, comme, je vous le rappelle encore, mes connaissances
en numismatiques sont des plus élémentaires,
je m'en vais soumettre l'énigme posée par
cette monnaie aux visiteurs des pages "Courrier"
de mon site.
Peut-être l'un ou l'autre savant correspondant nous
proposera-t-il des arguments capables d'ébranler
mon (notre ?) hypothèse sans doute (probablement
?) trop aventurée… |
| |
| |
|
|