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Sommaire Octobre 2004 :
- 1er Octobre :
- Réflexions sur une sombre période : l'Anarchie
militaire du IIIe siècle : Clic
!
- 1er Octobre :
- Christianisation de l'Empire : l'étrange apathie
de l'armée
: Clic
!
- 1er Octobre :
- Qui sont les descendants des Romains ? : Clic
!
- 1er Octobre :
- Des combats de gladiateurs partout
même en
Judée ? : Clic !
- Les jeux sanglants du cirque : l'assourdissant silence
de Jésus et de saint Paul : Clic !
PAGE SUIVANTE
- 1er Octobre :
- Où trouver une traduction française de la
Lettre sur les Martyrs de Lyon ? : Clic
!
- 5 Octobre :
- Qui était Tite Live ? : Clic !
- 5 Octobre :
- Où l'on s'interroge sur l'identité d'empereurs
évoqués par saint Jean Bouche d'Or
: Clic !
- 10 Octobre :
- Les sources pour le règne d'Hadrien : complément
d'info : Clic !
- Quelques précisions sur les uvres littéraires
(plus particulièrement, les uvres poétiques)
de (ou attribuées) à l'empereur Hadrien : Clic !
- Pourquoi dit-on qu'Hadrien a "nourri l'opposition
politique" ? : Clic !
- La barbe d'Hadrien : Clic !
3e
PAGE
- 11 Octobre :
- Quelques liens sur les thermes et les bains romains : Clic !
-
Et quelques autres sur la médecine dans
l'Antiquité romaine : Clic !
- 11 Octobre :
- À la recherche de l'Évangile de Philippe : Clic !
- 12 Octobre :
- Le brigandage sous Septime Sévère : Clic !
- 15 Octobre :
- L'archiépiscopat d'Abbir Majus
kekseksa ? : Clic !
- 15 Octobre :
- Où trouver des infos sur les transports dans le
monde romain ? : Clic !
4e
PAGE :
- 16 Octobre :
- Quelques liens pour la bataille d'Actium : Clic !
- 20 Octobre :
- À la recherche d'un "Privat" à Rome
: Clic !
- 20 Octobre :
- Les païens considéraient-ils les premiers
chrétiens comme des étrangers ? : Clic !
- 21 Octobre :
- 21 Octobre :
- Quelques renseignements d'ordre général
sur Suétone : Clic !
- 25 Octobre :
- À propos de La dernière légion
de Valerio Manfredi : Clic !
- 27 Octobre :
- Quelques liens pour savoir comment s'habillaient les Romains
(et les Romaines !) : Clic !
RECHERCHE
DANS LE SITE
"EMPEREURS ROMAINS"
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1er Octobre 2003 |
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Gricca
a écrit : |
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Réflexion sur
l'anarchie militaire du IIIe siècle
On pense généralement
que l'armée romaine est un exemple d'efficacité
et de discipline, il n'en fut rien. Pour l'efficacité,
on connaît les défaites retentissantes de légions,
quant à l'indiscipline, l'anarchie militaire qui
sévit surtout entre 235 et 285 en montre le mauvais
côté, on y voit le triomphe de l'inconstance,
de l'indiscipline et de l'infidélité des légions.
Le même caprice d'une armée ivre de sa force
et de ses victoires, nomme les empereurs, le même
caprice les brise. L'armée qui vient de proclamer
un empereur le tue, s'il est vaincu ou en état d'infériorité
et se fond dans celle du vainqueur. Les soldats de Philippe
passent à Decius
après la bataille. Les soldats de Gallus
se donnent à Emilien,
ceux d'Emilien à Valérien,
avant d'avoir combattu, et l'on pourrait continuer les exemples.
Toute raison est bonne pour créer des empereurs comme
pour s'en défaire, on les tue parce qu'ils sont vaincus,
parce qu'ils s'efforcent de rétablir la discipline,
parce qu'ils n'ont pas permis le pillage d'une ville amie.
On ne massacre plus les empereurs, on les exécute
froidement sans que personne ne mette en doute le droit
de ces juges armés. Tous les pouvoirs qui étaient
autrefois l'apanage du Sénat, l'armée s'en
est emparée, même la mémoire des empereurs
morts (déification ou "damnatio memoriae").
Mais ce qu'il y a de plus étonnant c'est qu'à
peine parvenu au pouvoir, loin de se décourager par
l'exemple de ceux qui l'ont précédé,
chaque empereur s'efforce de transmettre à ses descendants
une dignité que lui-même ne gardera pas plus
que ses devanciers. Tous ont la prétention de faire
souche de dynastie. Chacun espère fortifier par l'association
l'autorité précaire que lui ont confiée
les soldats. A travers la monotonie des scènes de
carnage et de foi trahie, dans la mêlée confuse
où se heurtent les nationalités armées
et les impatiences ambitieuses, on constate que le monde
est aux soldats, il ne s'agit plus de savoir si l'Empire
appartiendra au Sénat ou aux légions, mais
quelle armée en disposera en souveraine, de celle
d'Orient, du Danube, d'Italie ou du Rhin.
Parmi
tout ce défilé d'empereurs ou d'usurpateurs
(des empereurs légitimes aux tyrans, il n'y
a qu'une différence : l'empereur est un tyran
parvenu, le tyran un empereur qui s'est arrêté
en chemin), durant cette période où
sévit anarchie, catastrophes militaires, invasions
barbares, crise économique et monétaire,
sans parler d'épidémies, il est surprenant
d'en voir un, même pas issu du milieu militaire
et mal apprécié de son milieu sénatorial,
arriver à régner, avec mollesse selon
ses détracteurs, pendant quinze ans (253-268),
je veux parler de Gallien,
un grand empereur sans doute pour avoir déjà
réussi cet exploit, il régna un peu
plus longtemps que le célèbre Néron
(54-68) deux siècles auparavant. Figure méconnue
et attachante, Gallien est le dernier empereur sénatorial
italien, païen et philhellène, à
régner, son assassinat en 268 lors d'un complot
de son état-major, suivi en 270 par la mort
de son ami, le grand philosophe néoplatonicien
Plotin, marque la fin d'une époque, celle du
monde antique. Les successeurs de Gallien choisis
parmi ses officiers et les Tétrarques, des
militaires originaires des Balkans ayant passé
leur adolescence sous Gallien, achèveront le
rétablissement de l'empire pour la génération
suivante qui donnera Constantin et se christianisera
suivant en cela l'exemple de ses dirigeants.
En schématisant et en
simplifiant à l'extrême on peut dire
que le gouvernement de l'empereur et de son conseil
passa par trois phases, d'abord il se fit avec l'avis
du Sénat (Ier -IIe siècles), puis des
états-majors militaires (IIIe siècle)
et enfin des conciles d'évêques (IVe-Ve
siècles).
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1er Octobre 2003 |
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Jdecl
a écrit : |
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Pourquoi l'armée romaine
n'a-t-elle pas bronché lors de la christianisation
progressive de l'Empire ?
D'après vos notices, l'armée
romaine, à partir du IIIe siècle, était
dans sa grande majorité mithraiste, et constituait
la grande force politique de l'Empire.
Or, à cette époque, déplaire à
l'armée pour un empereur revenait à creuser
sa tombe, beaucoup en firent l'expérience.
Les soldats romains ne semblent cependant pas avoir bronché
au cours des règnes de Constantin et de ses fils
quant à leurs politiques religieuses. Pourquoi
? Le christianisme revendiquant le statut de monothéisme,
il ne pouvait à terme n'être qu'une menace
pour le culte de Mithra
- Faut-il penser que les soldats
étaient plein de compréhension pour les
originalités (ou perçues comme telles)
de leurs empereurs, du moins lorsque ces derniers se
montraient efficaces sur le plan militaire ? (cf.
l'anecdote sur le génocide canin d'Aurélien.
Certes, Elle est rapportée par l'Histoire
Auguste, mais
). Ils auraient alors fermé
les yeux sur la nouvelle religion de Constantin.
- Les soldats romains, peu portés
sur les réflexions théologiques, n'auraient-ils
eu cure de ce problème, avant d'être mis
devant le fait accompli par Théodose et ses fistons
? Il me semble que c'est soit Honorius soit Arcadius
qui décréta que tous ses soldats devaient
être chrétiens. C'est possible d'autant
qu'il n'y a que peu de persécutions anti-païennes
avant Théodose.
Une telle évolution aurait été
d'autant plus aisée qu'à partir de Théodose,
il n'y avait plus que des fédérés
dans l'armée orientale après Andrinople,
et après les guerres civiles contre Maxime, Arbogast
et Eugène dans l'armée occidentale. Ces
fédérés auraient été
sans doute d'autant moins sensibles à ces considérations
qu'ils étaient payés
et qu'ils étaient
chrétiens (les Wisigoths s'étaient convertis
à l'Arianisme sous Constance II ou sous Valens
et constituèrent pour une large part les troupes
de fédérés après 378).
- Les soldats romains, pragmatiques,
suivirent-ils la mode en se convertissant (ou en apostasiant
selon le point de vue) massivement au christianisme
à partir du règne de Constantin ?
J'ai bien une autre piste mais
n'étant pas expert, loin s'en faut, en théologie,
je redoute d'énoncer des bêtises que vous
saurez sans doute corriger
- Faut-il voir dans l'adaptation
de certains dogmes chrétiens un "lot de consolation"
pour les soldats mithraistes, une sorte de gage de bonne
volonté de l'empereur chrétien, ou un
flou volontairement entretenu entre ces deux religions
?
Je fais référence à la date du
25 décembre, censée célébrer
la naissance du Christ
et qui était également
la date de naissance de Mithra (ainsi d'ailleurs que
d'une bonne part de Divinités Antiques). Originellement
cependant, il me semble que c'était le 6 janvier
qui avait été retenu par les Chrétiens.
Les Orthodoxes fêtent d'ailleurs toujours Noël
le 6 janvier.
J'ai vu un site internet qui recense de nombreux
emprunts que la religion chrétienne aurait
fait auprès du culte de Mithra.
Concernant Mithra, donc, selon ce site :
- Il est né d'une
vierge le 25 décembre.
- Il était considéré
comme un grand professeur et un maître itinérant.
- Il était appelé
le Bon Berger.
- Il était considéré
comme le "Rédempteur", le "Sauveur", le
"Messie".
- Il était identifié
à la fois au Lion et à l'Agneau.
- Son jour sacré
était le dimanche, le "jour du Seigneur".
- Il avait sa fête
principale à la date qui allait ensuite
devenir Pâques, correspondant à sa
résurrection.
- Il avait 12 compagnons
ou disciples.
- Il effectuait des miracles.
- Il a été
enterré dans un tombeau. Après trois
jours, il s'est relevé.
- Sa résurrection
était célébrée chaque
année.
- Sa religion comportait
une eucharistie ou "dîner du Seigneur".
Source : S. Acharya, Les mystères de
Mithra, Cumont Franz.
Je n'ai pas ce livre et n'ai
pas vérifié ces "emprunts". Mais si
ces derniers se révélaient exacts, faudrait-il
y voir un pragmatisme chrétien visant à
ne pas s'aliéner les élites politiques,
administratives, et surtout l'armée mithraiste,
en cherchant à identifier la religion chrétienne
au culte de Mithra ?
Constantin (et sa suite d'évêques,
certainement pas aux abonnés absents quant
aux réalités politiques du monde romain)
auraient-ils donc par là cherché à
éviter la désapprobation de l'armée,
voir des révoltes militaires, en entretenant
un flou entre les chrétiens et les Mithraistes
?
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RÉPONSE : |
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Vraiment très intéressants, vos commentaires
sur l'étonnante apathie des soldats romains,
pourtant très majoritairement païens, lors
du "basculement" de l'Empire vers le christianisme.
J'avoue que ce problème ne m'avait pas effleuré.
Comme je le signale dans mes notices, le culte de Mithra
était sans doute la religion la plus répandue
dans l'armée romaine à la fin du IIIe siècle.
Mais cela ne signifie pas nécessairement que les
légions étaient majoritairement composées
de mithriastes "pratiquants".
Au contraire du christianisme qui se transforma rapidement
(certainement dès la fin du IIe siècle)
en une religion "de masse", le mithraïsme semble
être toujours resté un culte assez élitiste
et, de surcroît, peu enclin au prosélytisme.
À cet égard, le fait qu'il ne s'adressait
pas aux femmes le handicapait fortement par rapport au
christianisme : en effet l'épouse chrétienne
d'un païen constituait souvent un "cheval de Troie"
au sein de sa famille, tandis que l'adepte de Mithra se
montrait très jaloux de ses secrets d'initiés.
Pour en revenir à l'armée romaine, je pense
donc que si le mithraïsme était très
présent dans les légions, c'était
plutôt à la façon d'une fraternité
de type "maçonnique" que comme une religion quasi
officielle.
Autrement dit, il pouvait arriver que, de temps en temps,
le simple soldat fasse sa petite prière à
Mithra, une divinité qu'il vénérait
parmi bien d'autres, tandis que certains de ses sous-offs
et de ses officiers avaient bénéficié,
à divers degrés, de l'initiation mithriaque.
Dès lors, si l'on admet que l'adhésion
de l'armée romaine au culte de Mithra resta finalement
assez superficielle, une question plus fondamentale se
pose : qu'est que ce qui faisait marcher les soldats romains
de la fin du IIIe siècle ? Quelle était
leur motivation ?
La religion ?
J'en doute fort
Je n'ai pas l'impression qu'un général
romain, mithriaste fanatique, aurait pu convaincre ses
soldats de marcher contre leur empereur chrétien
; surtout si celui-ci leur procurait ce qui leur importait
vraiment, c'est-à-dire de la nourriture, de l'argent,
des victoires et la gloire. Or Constantin,
malgré tous ses défauts -publics et privés
-, fut un empereur "toujours heureux et toujours invaincu".
Les révoltes militaires ne réapparaîtront
qu'avec l'arrivée au pouvoir des fils de Constantin.
Mais si les soldats recommencèrent à acclamer
des candidats à l'Empire, ce n'était pas
parce que l'empereur légitime affichait plus ouvertement
ses convictions chrétiennes que le grand Constantin
! C'était parce qu'il était moins heureux
en bataille, moins présent à la tête
de leurs troupes, moins soucieux du confort de ses soldats,
etc
Voyez, par exemple, le pronunciamiento qui porta
Julien
au pouvoir (voir ici : Clic
!).
Pourquoi les soldats gaulois acclament-ils le cousin de
l'empereur légitime ?
Parce qu'il est crypto-païen alors que Constance
II est un chrétien porté au fanatisme
? Pas du tout ! Les militaires gaulois offrent l'empire
à Julien parce qu'ils sont en pétard
contre un empereur, réputé stratège
médiocre, qui veut les envoyer au diable Vauvert
combattre les Perses alors que leur pays vient à
peine d'être pacifié.
Notez aussi que, deux ans plus tard, les mêmes
soldats gaulois accorderont à Julien ce qu'ils
avaient refusé à son prédécesseur
et participeront - vaillamment sinon de bon cur
- à sa campagne mésopotamienne.
Pourquoi ? Un peu par loyauté, beaucoup pour la
gloire, l'honneur
et le butin !
Naturellement, ainsi que vous le soulignez d'ailleurs
dans votre mail, ce manque d'intérêt des
soldats pour les problèmes théologiques
ira en s'accroissant avec la barbarisation de l'armée
"romaine".
À la bataille du Frigidus, quand l'armée
de Théodose
écrasa celle de l'usurpateur Eugène,
les contingents des deux prétendants à l'Empire
se composaient presque exclusivement de barbares - orientaux
du côté de l'empereur chrétien, germaniques
chez son adversaire, champion de la réaction païenne.
Peut-on sincèrement croire que ces mercenaires
exotiques, de religion incertaine, combattirent, dans
un camp, pour la plus grande gloire du Christ, et dans
l'autre pour le triomphe des valeurs antiques de la Rome
éternelle ?
Bien sûr que non !
Les soldats de Théodose comme ceux d'Eugène
se battirent pour celui qui payait leur solde (et occasionnellement,
leur procurait de belles villes à piller et de
jolies filles à violer). Un point, c'est tout !
Votre hypothèse d'un "compromis historique" entre
l'empereur chrétien et ses soldats mithriaste est
très séduisante.
Ah, si cela avait pu se passer comme cela ! Dûment
convoqués par l'empereur, les évêques
auraient adapté le dogme chrétien aux convictions
religieuses des soldats païens, et ceux-ci (ainsi
que tous les autres païens) se seraient alors ralliés
en masse à ce Christ "solaire"
Hélas, comment Constantin
aurait-il pu imposer un "aggiornamento mithriaste" du
dogme chrétien quand il avait déjà
toutes les peines du monde à concilier entre elles
les diverses tendances du christianisme. En effet, en
matière de politique religieuse, les principales
difficultés que "le premier empereur chrétien"
rencontra ne provinrent pas d'un antagonisme entre païens
et chrétiens, mais des dissensions dogmatiques
des diverses sectes chrétiennes : Constantin fut
d'abord contraint de lutter contre l'hérésie
donatiste (avant de s'en accommoder), ensuite, il convoqua
le concile de Nicée afin de résoudre la
crise arienne.
Inextricablement empêtré comme il l'était
dans les disputes sanglantes de fanatiques chrétiens
fort peu reconnaissants de cette liberté récemment
acquise, pourquoi Constantin se serait-il, de surcroît,
préoccupé des croyances de ces soldats païens
dont la loyauté n'avait jamais été
prise en défaut ?
Quant aux influences du culte de Mithra sur la religion
chrétienne, elles sont manifestes, évidemment.
Cependant, il est assez difficile de déterminer
à quelle époque, dans quelles circonstances,
et pour celles raisons, ces "emprunts" se firent.
En tout cas, il me semble certain que ces "ressemblances"
ne s'élaborèrent que progressivement, au
coup par coup, pour des raisons et selon des modalités
bien particulières.
Sans entrer dans les dans les détails, voyez,
par exemple, les différences qui existent entre
:
- Le choix du 25 décembre pour la date de Noël
qui est, probablement, le résultat d'une récupération
chrétienne de la fête païenne du Sol
Invictus (évidemment, le solstice d'hiver, c'est
normal !). Mais cette "récupération" est
assez tardive (certainement après le IVe siècle)
et ne s'est pas imposée dans toutes les communautés
chrétiennes.
- Et le dogme de la naissance virginale de Jésus
qui est le résultat d'une mauvaise interprétation
très précoce (dès le Ier siècle
de notre ère), d'un texte de l'Ancien Testament
(celui-ci évoque seulement l'enfantement d'une
toute jeune fille). La ressemblance de ce thème
chrétien avec le mithraïsme n'est donc peut-être
que fortuite.
La présence d'éléments mithriaques
dans le christianisme peut certes s'expliquer par la volonté
constante des Chrétiens de "récupérer"
certaines coutumes, manifestations; cultes païens.
Mais si cette volonté fut constante, elle ne fut
en aucun cas imposée par le pouvoir impérial,
et ces "emprunts" ne furent certainement pas le fruit
d'un compromis destiné à faciliter les conversions.
Outre le fait que les Pères de l'Église
étaient plutôt hommes à mettre de
l'huile sur le feu que de l'eau dans leur vin, n'oublions
pas que, pour eux, le mithraïsme n'était rien
d'autre que le culte de Satan qui, par malice, s'était
amusé à parodier le Christ avant son Incarnation
afin de discréditer Son Saint Message. |
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Conclusion de Jdecl : |
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Ah, évidemment, si on
part du postulat selon lequel l'armée était
mithraïste sans vraiment l'être
Je pense finalement que si l'armée
n'a pas bronché, c'est essentiellement parce que
la politique anti-païenne ne s'amorce que sous Théodose.
Je suis parfaitement conscient que les problèmes
religieux devaient laisser de marbre les soldats romains,
pourvu que leurs panses se gonflaient avec la même
régularité que leurs bourses, cela dit on
observe dans la société "occidentale" de
fortes résistances, comme le rapporte Zosime :
"Quand il (Valentinien
Ier en 364) eut décidé de proposer des
lois, il commença pour ainsi dire par l'autel :
il empêcha l'accomplissement des sacrifices nocturnes.
Par une telle loi, il désirait s'opposer à
la célébration des mystères. Cependant,
Prétextat, alors proconsul de la Grèce,
homme qui se distinguait par toutes les vertus, affirma
que cette loi, en interdisant d'accomplir rituellement
les très saints mystères qui sauvegardaient
le genre humain, rendrait la vie impossible aux Grecs.
Alors, Valentinien abolit la loi et permit la pratique
de toutes les cérémonies selon les traditions
ancestrales et originelles." (Zosime, Codex Vaticanus
Graecus 156, IV, 3, 2-3).
De même, un livre qui semble
des plus intéressants; mais que je n'ai pas encore
lu, parle de la vivacité, à contre-courant
d'une idée reçue, des religions antiques
romaines jusqu'à la fin du IVe siècle, lorsque
Théodose coupe le financement public des temples
(du moins il me semble que c'est lui, lors de son passage
à Rome en 391, arguant que l'armée avait
besoin de davantage de ressources financières)
:
"Le professeur MacMullen
nous donne un bulletin de santé du paganisme avant
la victoire officielle du christianisme, un paganisme
sans souci de résurrection ni d'immortalité.
De l'efficacité de leurs dieux classiques (et non
des nouveaux dieux orientaux), des plaisirs offerts par
les riches dans les temples : spectacle des rituels et
grands festins, les populations de l'Empire étaient
satisfaits, à part une poignée d'intellectuels.
Les religions de l'Empire se portaient bien : privées
de leurs moyens financiers, elles ont été
assassinées." (Le paganisme dans l'Empire romain
de Ramsay Macmullen)
Dans la deuxième moitié
du IVe siècle, la résistance à la
christianisation est incontestablement le fait de l'Occident
imprégné de paganisme et de ses campagnes.
Cela dit, les empereurs chrétiens avaient sans
doute conscience que le temps jouait pour eux, et que
brusquer les choses revenait à risquer des troubles.
Or les troubles civils pouvaient toujours déboucher
sur des rebellions (plus ou moins opportunistes, j'en
conviens).
Voilà (à mon avis)
pourquoi on ne trouve pas de loi vraiment discriminatoire
et foncièrement anti-païennes dans le Codex
Theodosianus avant 381. Il s'agissait surtout d'incitation
"à changer de camp"
Et quand un empereur
décidait d'avoir la main plus lourde, ses ordres
n'étaient le plus souvent pas suivis (cf. Gratien
et son "édit punissant de mort toute personne
qui violait, négligeait ou ignorait la doctrine
chrétienne"), de même que les décisions
des empereurs païens visant à persécuter
les chrétiens n'étaient appliquées
que mollement. La paix civile avant tout, en somme.
Si des lois ordonnaient "que la superstition prenne
fin, que soit abolie la folie des sacrifices" (en
341), "que les temples soient fermés" (en
356), elles n'étaient pas appliquées et
restaient lettre morte.
La situation semble - relativement
- paisible après les tensions générées
par le règne de Julien et une - relative - paix
religieuse dure jusqu'en 381. Car tout cela n'était
que partie remise
Ce qu'il fallait à un empereur
chrétien plus fanatique que la moyenne, c'était
des circonstances favorables. Un double choc, en 378 et
en 381, change les données du problème :
Andrinople puis l'affaire de l'Autel de la Victoire.
378. Défaite à Andrinople,
l'Orient n'a plus d'armée digne de ce nom. Dans
la foulée, Théodose recrute massivement
les Goths à titre de fédérés
pour recomposer l'armée en Orient, peut-être
jusque 40.000 cavaliers ! Des problèmes de sécurité
se posent en raison du poids politique et stratégique
des Goths (vainqueurs des Romains ce qui est sans précédent).
Cependant, l'armée en Orient est devenue par la
force des choses chrétienne. Dans un Orient déjà
en bonne partie christianisé, il n'y a plus de
facteur de résistance pro-païen.
381 L'affaire de l'autel de la
victoire. Le paganisme y perd son caractère public
- voire légal. On pourrait y lire une exploitation
religieuse de la défaite d'Andrinople, cette décision
pouvant passer comme une réaction patriotique chrétienne
visant à resserrer les rangs dans un empire qui
prenait l'eau pour se retrouver derrière un monothéisme
d'État, source de concorde (en théorie du
moins).
La même année, Gratien, Valentinien II et
Théodose décident de prohiber les sacrifices
divinatoires, première mesure discriminatoire contre
les païens.
L'empereur d'Occident, soutenu (poussé ?) par Théodose,
aurait-il profité de la pression barbare, du choc
d'Andrinople pour lancer une politique anti-païenne
opportuniste, dans le même style d'un Octave profitant
de la lassitude des guerres civiles pour fonder un pouvoir
personnel ? (lecture oh combien contemporaine si l'on
regarde le "Patriot Act" américain rognant les
libertés civiles américaines suite au 11.09.2001
avec, espérons-le, moins d'arrières pensées
politiques !)
Quoi qu'il en soit, Théodose
n'a plus qu'à porter l'estocade et interdire les
cultes antiques au prix d'une guerre civile.
Et donc, au final, ne faut-il voir
qu'une simple opportunité politique dans la révolte
d'Eugène et d'Arbogast, ou au moins pour une part,
une révolte païenne antichrétienne
? Vous dîtes dans votre mail que les considérations
théologiques importaient bien peu tant aux partisans
de Théodose qu'à ceux d'Eugène et
d'Arbogast.
Soit.
Cependant, le sénat païen humilié par
Théodose appuya la révolte, les deux compères
cherchèrent le soutien des païens et (je vous
cite) "en 392, la restauration du culte des anciens
dieux fut proclamée à Rome."
Ainsi donc, les leviers et les soutiens à une révolte
contre un empereur chrétien furent trouvés
dans le milieu païen.
On peut donc penser qu'une réaction païenne
se serait a fortiori produite si Constantin ou Constance
II avaient très prématurément interdits
les cultes antiques, avec des armées et une société
acquise aux anciens dieux.
La victoire d'une croix proto-persécutrice
due à une tolérance toute relative et calculée,
le tout dans une civilisation historiquement tolérante
Comble de l'ironie ? En tout cas belle formule.
Dernier point, l'armée en
Occident se barbarisait à grande vitesse, surtout
depuis Gratien, mais il semble que ce caractère
fut exagéré. D'ailleurs, si Théodose
le Grand guerroya pour la plus grande gloire du Dieu des
chrétiens contre Eugène et Arbogast, il
en profita aussi pour diluer les Goths dans son armée
avec un apport autochtone occidental :
À la bataille de la rivière froide contre
l'usurpateur Eugène (5-6 septembre 394), les Goths
sont envoyés en première ligne avec des
pertes évaluées à 10.000 hommes (sur
20.000 Goths). "Théodose profite de sa victoire
[
] pour incorporer les troupes occidentales
vaincues à son armée. Théodose limite
ainsi la part des fédérés". (La
fin de l'armée romaine - 284-476 - de Philippe
Richardot).
L'armée occidentale restait
donc composée en bonne part de troupes autochtones
(d'origine gauloise, les Gaulois étant le seul
peuple continuant à faire carrière dans
l'armée) contrairement à l'armée
d'Orient presque exclusivement gothique.
Politiquement, l'Orient se sécurise
avec cette dilution, comme l'expulsion de Gaïnas
le montrera en 400. Théodose exploite la situation
pour régler l'instabilité due aux fédérés
Goths.
Par contrecoup, l'armée
ne se compose plus que de fédérés
en Occident qui se retrouve dans la même situation
que l'Orient à la mort de Valens, mais sans empereur
énergique pour reprendre les choses en main.
Dès lors il n'y a plus de
résistance politique païenne en occident et
dans tout l'empire
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25 Octobre 2003 |
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Réaction
de Gricca : |
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À propos de la réaction
de l'armée à la christianisation.
Il est normal que le problème
de l'apathie des soldats romains lors du passage vers
le christianisme ne vous ait pas effleuré, puisque
cela n'a pas été un problème, le
passage s'étant fait sans vague. Le premier militaire
chrétien aurait été Cornelius, un
centurion de la cohorte Italica, converti par saint
Pierre, et il y eut par la suite des soldats chrétiens
dans l'armée romaine où il n'y avait pas
d'obligation de sacrifier personnellement aux Dieux, en
tout cas il ne semble pas y avoir eu de problème,
les chrétiens combattaient aussi bien que les païens.
Toutefois, cela n'empêcha
pas qu'il y eut des soldats martyrs, avant tout condamnés
pour refus caractérisé d'obéissance
plus que pour leur religion et il est très probable
que la plupart de ces martyrs aient appartenu à
des sectes rigoristes. C'est en 312 que Constantin, à
la suite d'une vision avant d'affronter Maxence près
de Rome, fit peindre le symbole du Christ sur les boucliers
de ses hommes. Comme Constantin fut vainqueur et que l'année
suivante, lui et son collègue Licinius proclamaient
la liberté de culte pour les chrétiens,
il n'y avait aucune raison de rejeter ce symbole. Peu
à peu la christianisation fit son chemin dans l'armée,
les rituels et cérémonies de la nouvelle
religion remplacèrent les anciennes. Dans le courant
du Ve siècle, chaque unité finit par avoir
son chapelain. N'oublions pas aussi que beaucoup de mercenaires
barbares étaient ariens.
Quant à Mithra, il ne faut
pas en exagérer l'importance dans l'armée,
ces sortes de petites "loges" ne concernaient que quelques
officiers ou sous-officiers, voire des simples soldats,
et leur rapide disparition indique bien le faible impact
sur la troupe.
Je profite de cette intervention
pour signaler la parution de deux ouvrages sur l'armée
romaine, tout d'abord, en anglais chez Thames & Hudson
Ltd, London : The Complete Roman Army d'Adrian
Goldsworthy, richement illustré, et chez de Bocccard,
Paris, édité par Yann Le Bohec, Les discours
d'Hadrien à l'armée d'Afrique - Exercitatio.
GRICCA |
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1er Octobre 2003 |
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Epatkouevi a écrit : |
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Prière me dire qui
sont, de nos jours, les descendants des Romains.
Est-ce les Italiens d'aujourd'hui ? |
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RÉPONSE :
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Si vous consultez cette carte (voir ici : Clic
!) montrant l'Empire romain à l'apogée
de son expansion territoriale (Ier et IIe siècles
ap. J.-C.), vous constaterez que tous les habitants de
l'Europe occidentale ainsi que ceux du bassin méditerranéen
pourraient, peu ou prou, revendiquer le titre de "descendants
des Romains".
Cependant, certains peuples sont restés
- ou estiment qu'ils sont restés - plus "romains"
que d'autres.
Les Italiens, bien sûr !
L'Empire romain
s'est construit autour de l'Italie, et c'est en Italie,
le pays le plus riche en vestiges de la civilisation romaine,
que l'on peut le mieux appréhender la grandeur
passée de la Rome antique. Il suffit de se promener
dans les ruines du Forum romain ou dans celles de Pompéi.
Mais aussi tous les peuples qui parlent une langue "romane"
(c'est-à-dire, si vous préférez,
utilisent encore pour communiquer entre eux du latin qui
a évolué lentement au fil des siècles).
Dans ce sens, sont donc des "descendants des Romains"
toutes les personnes qui parlent français (en France,
en Belgique, au Canada, en Suisse, en Afrique, etc.),
ou italien, ou espagnol (en Espagne, en Amérique
du Sud, etc.), ou portugais (au Portugal, au Brésil,
etc.), ou roumain, ou occitan, ou wallon, ou romanche,
ou picard, etc, etc.
Ça fait du monde !
On pourrait encore évoquer l'héritage politique
de Rome, que certaines nations revendiquent toujours aujourd'hui
(la Russie, par exemple, avec Moscou considérée
comme la "Troisième Rome") ; ou parler de l'influence
persistante du "droit romain" sur la législation
de très nombreux pays et qui fait d'eux, d'une
certaine façon, les "héritiers de Rome"
Mais cela nous emmènerait trop loin ! |
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1er Octobre 2003 |
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Bertrand a écrit : |
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Une question qui a peut-être
déjà été posée
Les combats de gladiateurs se déroulaient-ils
dans tout l'empire à l'époque d'Auguste
et de Tibère y compris en Judée ?
Jésus en avait-il connaissance ?
Et saint Paul ? À mon avis, il devait être
au courant étant donné ses nombreux voyages
dans l'empire.
Pourquoi ni Jésus ni saint Paul n'ont-ils protesté
? |
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RÉPONSE : |
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À ma connaissance, il n'existait pas à
proprement parler d'amphithéâtre en Judée.
Toutefois, il n'est pas impossible qu'à l'époque
de Jésus, des combats de gladiateurs aient été
organisés dans des villes "nouvelles" proches de
cette province. À Césarée, par exemple,
où l'on peut encore visiter les ruines d'un amphithéâtre,
ou à Tibériade, cités fondées
par Hérode le Grand et son fils Hérode Antipas
afin de manifester leur attachement à la culture
gréco-romaine.
Bien que nominalement juifs, ces rois, vassaux de Rome,
étaient prêts à toutes les compromissions
pour plaire à leur toute-puissante maîtresse
: adorer l'empereur, construire des temples aux idoles
et, sans doute, offrir des spectacles sanglants à
la populace "civilisée" de leurs belles villes
"grecques" toute neuves !
L'historien juif Flavius Josèphe relate d'ailleurs
(Guerre des Juifs, VII, 3 - 37 -38) qu'après
la prise de Jérusalem (70 ap. J.-C.), le futur
empereur Titus
- celui-là même que, sans la moindre touche
d'ironie, ses sujets surnommeront "les délices
du genre humain" - se débarrassa de ses prisonniers
de guerre juifs lors de gigantesques jeux de cirque organisés
à Césarée pour célébrer
dignement l'anniversaire de Domitien,
frère de Titus. Près de 2.500 pauvres bougres
"périrent en luttant contre les fauves, ou entre
eux, ou dans les flammes".
Quelques semaines plus tard, à Bérytos (Beyrouth),
le bon Titus remit cela, pour "les ans" de son impérial
père Vespasien
: d'autres nombreux prisonniers juifs furent exécutés
"dans les mêmes conditions", mais "avec
une magnificence encore plus grande".
Personnellement, je préfère un gâteau
moka avec des bougies à souffler !
Pourquoi Jésus et saint Paul n'ont-ils pas protesté
contre les combats de gladiateurs ?
À vrai dire, je n'en sais trop rien
Il est
déjà difficile de dire pourquoi Jésus
et ses bons apôtres ont dit ou fait telle ou telle
chose ; s'il faut, de surcroît, expliquer leurs
omissions, alors on n'est pas sorti de l'auberge !
Pour Jésus, peut-être une hypothèse
:
Puisqu'il réservait son message exclusivement aux
Juifs ("ne jetez pas les perles aux pourceaux !"
avait-il coutume de dire - lesdits pourceaux n'étant
autres que nous autres, les goyim, les "Gentils",
les non-juifs), il n'avait nul besoin de perdre son précieux
temps à reprocher à ses concitoyens des
vices qu'ils ne pratiquaient pas - comme, par exemple,
le goût pour les spectacles sanglants de l'amphithéâtre.
Bien sûr, Jésus proféra un jour une
sentence qui semble taillée sur mesure pour ces
gladiateurs qui, en général, ne faisaient
pas long feu sur le sable de l'arène : "Ceux
qui vivent de l'épée périront par
l'épée" (Matt, 26 : 52)... Mais
j'ai bien peur que cette belle maxime ne soit qu'une interpolation
: les Évangiles ne rapportent-ils pas d'autre part
que le Christ annonça - ô combien lucidement
! - qu'il n'était pas venu apporter la paix sur
terre, mais le glaive (Matt, 10 : 34) ? Ne recommanda-t-il
pas à ses disciples dépourvus de glaive
de vendre leur manteau afin d'en acheter un (Luc, 22 :
36) ?
Mais naturellement, ce n'est pas parce que Jésus
ne fut sans doute pas cet apôtre de la non-violence
que la tradition chrétienne a fini par imposer
qu'il aimait les combats de gladiateur !
Quant à Paul, je ne vois vraiment pas pourquoi
il n'a pas fustigé les jeux du cirque
Peut-être parce qu'assumant à fond sa qualité
de citoyen romain, il adorait contempler de grosses brutes
s'étripatouiller mutuellement sur le sable des
arènes ?
Plus sérieusement, s'il n'éleva pas la
voix contre ces jeux cruels, c'est peut-être parce
que les préceptes moraux qu'il recommandait à
ses ouailles étaient moins éloignés
du judaïsme que le n'était sa doctrine de
la Révélation. En effet, mis à part
les interdits alimentaires et la circoncision qu'il traitait
par-dessus la jambe, Paul se présentait (même
si ce n'était pas tout à fait vrai) comme
un authentique rabbi pharisien, respectueux de
la Loi juive. Sa condamnation des spectacles - surtout
de ceux de l'amphithéâtre - serait donc implicite
: pas plus que les Juifs, les judéo-chrétiens
de Paul ne pouvaient, sans gravement offenser Dieu, assister
ces divertissements impies, absolument incompatibles avec
la Loi divine
Une simple supposition de ma part, naturellement.
Notez aussi que, pendant que Paul se taisait, l'empereur
Néron,
cet Antéchrist universellement honni, lui, agissait
! Au grand dépit du peuple romain, les rares jeux
du cirque qu'il donna furent "blancs", sans victimes ("il
ne laissa périr personne, pas même les coupables",
déplore Suétone - Vie de Néron,
XII)
Réaction à ce
courrier :
Les combats de gladiateurs : Jésus
et de Paul partageaient-ils le mépris des
lettrés païens pour ces jeux ? : Clic ! |
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