|
Avril 2003 (page 2/2)
Sommaire du mois d'Avril : Clic
!
|
| |
| 24 Avril 2003 |
| Ced
(site : www.orochi.be.tf
) a écrit : |
| |
| Je voudrais connaître
tes impressions sur le contenu de l'Apocalypse
de saint Jean ainsi que sur les apocalypses apocryphes.
Quand ont-ils été écrit ? Par qui
? Leurs contenus sont-il dénués de sens
ou ne concernent-ils que les premiers siècles de
la chrétienté ? |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Comme je ne sais pas grand-chose des apocalypses "apocryphes",
sinon que les plus connues sont celles de Paul et d'Esdras,
je me bornerai à parler de l'Apocalypse
canonique, la fameuse Révélation
dite "de saint Jean".
Il s'en est d'ailleurs fallu de peu qu'elle ne partageât
le sort des textes visionnaires attribués à
saint Paul ou à Esdras et, cette fameuse Apocalypse
de Jean : la plupart des Pères de l'Église
d'Orient (Denys d'Alexandrie, saint Basile, saint Cyrille
de Jérusalem, saint Jean Chrysostome, etc.) furent
plutôt d'avis de la rayer du canon néo-testamentaire
et de la rejeter dans l'enfer des apocryphes. Ils estimaient
en effet que l'auteur de ce texte ne pouvait en aucun
cas être le "Jean" du quatrième évangile,
que ces divagations messianiques ou millénaristes
n'étaient plus d'actualité, que la hargne
anti-romaine de ce pamphlet était presque indécente
dans un Empire devenu chrétien, bref que cette
Apocalypse n'était pas "catholique" !
Mais finalement, les communautés chrétiennes
d'Occident imposèrent leur point de vue : le livre
de l'Apocalypse devait être inclus parmi les écrits
néo-testamentaires parce que son millénarisme
était seulement d'ordre mystique. Il ne fallait
pas prendre ce texte au pied de la lettre ; tout cela,
tout ce déluge de sang, de flammes, d'insectes
et de pestilences, ce n'était qu'allégories
précieuses, symbolisme savant, pures vues de l'esprit,
manière de dire, façon de parler et tutti
quanti. Il n'y avait jamais, au grand jamais, été
question là-dedans de lutte de l'Église
naissante, encore fortement teintée de judaïsme,
contre la Rome des Césars - qu'iriez-vous donc
penser là, mauvais esprit mécréant
que vous êtes ? Saint Jean (car c'était lui,
et nul autre, le seul auteur de ce divin texte) y relatait
seulement, mais en termes délicatement imagés,
l'affrontement décisif du Bien contre le Mal, et
le triomphe définitif du Bien grâce à
l'incarnation du Christ
Tu vois, le problème que tu évoques dans
ton mail (le message de l'Apocalypse est-il éternel
ou se rapporte-t-il seulement à l'époque
où ce texte fut écrit ?) faisait déjà
difficulté dès les premiers siècles
de l'Église. Les théologiens hellénophones
estimaient que ce texte d'origine douteuse, trop judéo-chrétien,
trop anti-romain, portait trop profondément les
stigmates des temps troublés où il avait
été écrit pour être accepté
par l'Église universelle. Par contre, leurs confères
de langue latine, croyant y déceler tout le génie
prophétique de l'apôtre Jean, "l'Aigle de
Pathmos", tenaient mordicus à léguer
aux générations chrétiennes futures
ce précieux et éternel témoignage
de la science eschatologique du "disciple que Jésus
aimait".
Évidemment, ce sont les Pères de l'Église
orientaux qui auraient dû être suivis, et
ce pour une bonne et simple raison : eux au moins, ils
parlaient en connaissance de cause ! Leur langue maternelle
étant le grec, ils pouvaient lire l'Apocalypse
"dans le texte", ce dont leurs confrères occidentaux
étaient incapables depuis belle lurette (par exemple,
saint Augustin - début du Ve siècle -, fervent
promoteur de lecture "symbolique" de l'Apocalypse
ne pouvait la lire qu'en traduction latine puisque, pour
lui, le grec
c'était de l'hébreu !).
Comme je viens de l'écrire, on a longtemps attribué
ce texte à saint Jean, apôtre et évangéliste.
Mais aujourd'hui, je crois bien qu'il n'y a plus personne
de sensé qui soutienne cette thèse. La plupart
des savants exégètes modernes pensent que
tous textes placés et sous le vocable de Jean (Évangile,
Épîtres, Apocalypse) proviennent
de plusieurs auteurs, dont nous ne connaissons pas précisément
l'identité, mais qui vivaient tous au sein des
communautés chrétiennes dites "johanniques",
étables aux environs d'Éphèse (Ouest
de la Turquie actuelle).
Quant à la date de rédaction de l'Apocalypse,
on estime généralement qu'elle se situe
autour de 95 ap. J.-C
.
Bon, bien sûr, ce n'est pas moi, modeste amateur,
qui vais me permettre de contredire de savants exégètes
Cependant, une petite chose m'étonne un peu : comment,
en 95 pp. J.-C., l'auteur (quel qu'il soit) de l'Apocalypse
aurait-il pu avoir le culot de présenter comme
"prophétique" le récit de l'incendie de
Rome, qui avait eu trente ans plus tôt (en 64 ap
J.-C.) ?
Attention ! je ne suis accro du paranormal au point de
croire une seconde qu'un hurluberlu quelconque aurait
pu bénéficier, bien avant son déclenchement,,
de la révélation divine de cette catastrophe,
que celle-ci fût accidentelle ou non (voir ici :
Clic
!).
Mais il ne faut pas perdre de vue que ce que les anciens
appelaient "prophétie" n'était, le plus
souvent qu'un "mode d'emploi", une façon de procéder
afin d'influer sur le cours des événements.
Par exemple, quand Jésus fait son entrée
à Jérusalem monté sur un ânon
(voir Matthieu 21 : 1-5 et Luc, 19 : 29-36), c'est pour
activer un processus historique, décrit par une
"prophétie" de Zacharie (Zach., 9 : 9), qui aboutira
inexorablement à la reconnaissance du Messie, roi
d'Israël, par le peuple juif, et non pour "tricher"
avec cette prophétie en exécutant volontairement
des actes qui auraient dû être fortuits.
Il y a certainement beaucoup d'autres choses à
dire sur l'Apocalypse, mais cela risquerait de
nous entraîner bien au-delà de mes maigres
compétences exégétiques (et aussi
de nous éloigner fort des empereurs romains !).
Cependant, je m'en voudrais de ne pas te signaler que,
dans son livre intitulé Jésus ou le mortel
des Templiers (Éditions Robert Laffont, 1970),
Robert Ambelain attribue, non sans quelques arguments
judicieux, l'Apocalypse dite "Jean" à
Jésus-Christ himself !
Ce texte est un peu long pour être cité
in extenso ici. Néanmoins, en voici quelques
extraits significatifs, juste histoire de te faire une
idée de l'argumentaire de M. Ambelain :
| La tradition officielle veut
que l'Apocalypse soit le récit d'une vision,
dont aurait bénéficié l'apôtre
Jean dans son exil de l'île de Patmos. L'envoi
à Patmos est de 94, an 1er du règne
de Nerva, notons ce détail, il a son importance.
On pourrait s'étonner qu'une vision
d'une telle longueur puisse être retenue,
avec ce luxe de détails, par un « médium
» revenu à son état normal.
On pourrait tout autant s'étonner de voir
présenter comme prophétique, en
l'an 94, un texte qui relate de façon fort
précise, l'incendie de Rome, qui eut lieu
en 64, soit trente années auparavant, et
la ruine de Jérusalem, qui eut lieu en
70, soit vingt-quatre ans plus tôt. Or,
l'un est relaté au chapitre XVIII et l'autre
au chapitre XI.
Par ailleurs, on nous dit que l'apôtre
Jean la rédigea en grec, mais, ainsi que
le remarque saint Denys d'Alexandrie : «
je vois que son dialecte et sa langue ne
sont pas exactement grecs, mais qu'il emploie
des idiotismes barbares et que parfois il fait
même des solécismes !
»
(Cf. Eusèbe de Césarée,
Histoire Ecclésiastique, VII, 25 : 26).
En fait, il s'agit très certainement
d'un original rédigé en araméen,
traduit une première fois en hébreu,
puis en grec. Les deux premiers récits
ayant déjà disparu à l'époque
de l'apparition de la version grecque, fin du
premier siècle.
D'autre part, ce que nous sommes convenus
de nommer l' « Apocalypse » est un assemblage
de plusieurs textes, différents même
quant aux auteurs, selon certains exégètes.
Les uns parlent de trois ouvrages différents,
les autres de deux, le plus souvent d'origine
juive, mal compilés par un rédacteur
chrétien vers une époque assez tardive.
(
)
Mais alors, si ce texte était simplement
un manifeste, rédigé en la langue
populaire du temps, pour galvaniser la résistance
juive contre l'occupant romain, qui en fut l'auteur
? À quelle époque la base primitive
(sans ses adjonctions) fut-elle composée
?
Sur cette dernière question, nous répondrons
que l'Apocalypse fut rédigée avant
64, puisque c'est l'année de l'incendie
de Rome, et qu'on ne peut présenter sa
description ultérieurement comme une prophétie.
| Également, avant
que Jean le Baptiste ne prenne position
de prédicant, au gué de Béthabara,
sur le Jourdain, l'an 15 du règne
de Tibère, soit en 28 de notre ère.
En voici la preuve, avec la signature de
l'auteur : « Révélation
de Jésus, l'Oint. Dieu la lui donna
pour montrer à ses serviteurs ce
qui doit arriver bientôt. Il envoie
son messager pour la faire connaître
à Jean, son serviteur, lequel publie
la parole de Dieu et le témoignage
de Jésus, l'Oint, toutes ses visions.
Heureux le lecteur et les auditeurs de ces
paroles prophétiques s'ils en retiennent
le contenu, car le temps est proche »
(Apocalypse, Prologue, 1, 1-3).
« Moi, Jésus, j'ai envoyé
mon messager publier chez vous ces révélations
concernant les Assemblées. Je suis
le rejeton de la race de David, l'Étoile
brillante du matin
Que l'homme assoiffé
s'approche, que l'homme de désir
reçoive l'eau de vie gratuitement.
Le garant de ces révélations
l'affirme : Oui, mon retour est proche
» (Apocalypse : Épilogue, XXII,
16-20).
Si nous admettons une Apocalypse rédigée
par l'apôtre Jean à Patmos
en 94, nous devons admettre la fausseté
de sa vision, car le retour de Jésus
n'eut jamais lieu ! Quant à l'annonce
de l'incendie de Rome (visée sous
le nom symbolique de Babylone) et la ruine
de Jérusalem, c'est déjà
fait.
Dès lors, nous pouvons conclure.
Le Jean qui reçoit le message de
Jésus, comme suite à une vision
de ce dernier, cette apocalypse effrayante,
c'est Jean le Baptiste, Ce message lui vient
d'Égypte, où Jésus
se trouve encore, après l'échec
de la révolte du Recensement, les
représailles romaines, et la dispersion
des troupes zélotes. |
|
Et effectivement, le retour de Jésus
est proche, mais au sens absolument matériel
du terme. Car il va bientôt apparaître
au gué jordanien, en 28, et se substituer
au Baptiste, qui a terminé son rôle.
(
)
Ainsi donc, l'Apocalypse primitive (sans ses
adjonctions ultérieures) a pour auteur
Jésus lui-même, comme il le dit d'ailleurs
dans le Prologue et dans l'Épilogue. Il
l'a rédigée vers 26-27, et le destinataire
n'est autre que Jean, le Baptiste. Il a pour but
de stimuler une fois de plus, par de fallacieuses
espérances, le légitime désir
d'indépendance de la nation juive, courbée
sous le joug romain
(Robert AMBELAIN, Jésus ou le Mortel
secret des Templiers, Éditions Robert
Laffont, 1970). |
|
| |
| |
|

| |
| 26 Avril 2003 |
| F
a écrit : |
| |
| Je souhaiterais avoir des informations
: quels sont les principaux acteurs des théâtres
romains. Merci de me répondre personnellement |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Je dois bien avouer que je ne comprends pas très
bien votre question
- Si vous voulez parler des "acteurs", au sens
strict de ce mot, c'est-à-dire des personnes
qui jouaient les pièces du répertoire
théâtral romain, voici quelques renseignements
que j'ai pu recueillir à leur sujet :
- C'est, dit-on, dans un but religieux que des acteurs
furent accueillis à Rome pour la première
fois (en 364 av. J.-C.) : il s'agissait d'accueillir
un rite étranger qui mettrait fin à
une terrible épidémie de peste. Ces
"histrions" venaient de l'Étrurie toute proche
et se contentaient de danser. Le théâtre
dialogué, d'inspiration grecque, ne fit son
apparition qu'un siècle plus tard avec la
première pièce de Livius Andronicus
(240 av. J.-C).
Les acteurs étaient des esclaves ou des
affranchis qui avaient suivi une formation. Ils
étaient organisés en compagnies
(grex, caterva) dirigées
par un dominus gregis qui était
payé par le magistrat chargé des
jeux durant lesquels les pièces étaient
représentées. Le salaire des acteurs
augmenta régulièrement, et les acteurs
(comme les musiciens), bien que méprisés
à l'origine, commencèrent bientôt
à s'enrichir et à être acceptés
socialement. Certains grands acteurs entrèrent
dans l'intimité des grands et même
de l'empereur.
Les rôles de femmes (sauf dans les mimes
- voir ici : Clic
! - et dans les comédies tardives
où des rôles fort déshabillés
leur valaient un grand succès) étaient
tenus par des hommes. On identifiait à
l'origine le type de personnage représenté
par des perruques (blanches pour les vieillards,
rouges pour les esclaves, etc.) et plus tard peut-être
par des masques (l'utilisation des masques dans
le théâtre romain reste controversée).
Les costumes étaient très divers
: tunique pour les pièces de sujet grec
ou pour la comédie, longue robe flottante
pour la tragédie grecque, toge pour les
thèmes nationaux. Comme chaussures, les
acteurs tragiques portaient de hauts cothurnes
(cothurni) tandis que les acteurs comiques
étaient chaussés de socques à
talon plat.
(Sources : Université d'Oxford, Dictionnaire
de l'Antiquité, Éditions Robert
Laffont, coll. Bouquins - Dictionnaire de l'Antiquité
grecque et romaine, sous la direction de Jean-Paul
THUILLIER, Éditions Hachette).
- Mais si par "acteurs principaux du théâtre
romain", vous entendez toutes les personnes qui
rendaient les représentations théâtrales
possibles, je vous invite à consulter cette page
de mon site (Clic
!) où sont repris plusieurs liens très
intéressants sur le théâtre romain
(et grec).
|
| |
| |
|
| |
| 26 Avril 2003 |
| Véronique
a écrit : |
| |
| Ayant la (très plaisante)
mission d'intéresser à ses études
un neveu adolescent qui s'est passionné pour le
film Gladiator, et ayant moi-même
trouvé le film très bien ficelé,
je me permets une remarque, même si elle peut paraître
aujourd'hui un peu décalée :
Dans aucun commentaire relatif
à la genèse du film, je n'ai trouvé
d'allusion au personnage de Germanicus (le père
de Caligula et grand-père de Néron), qui
appartenait à la famille impériale, mais
n'avait pas eu l'heur de plaire à Tibère
(et, si ma mémoire est bonne, mis au placard quelque
part en Syrie). Il était pourtant (au moins dans
l'imaginaire latin) l'archétype de la "vertu" à
la romaine, du juste odieusement calomnié, du solitaire
poignant faisant face aux vents contraires etc. Qui aurait
pourtant pu prétendre au Trône (??). Qu'en
pensez-vous ?
Il serait surprenant qu'il n'ait
pas servi de référence aux scénaristes
d'un film dont l'un des grands intérêts est
de reconstituer, de manière attachante, une mentalité,
un profil psychologique, un système de valeur.
Par ailleurs, ayant une connaissance
très superficielle de l'histoire et de la littérature
latine, je suis tout de même frappée par
le fait que, quels qu'aient été les "dérapages"
politiques de cette civilisation, il s'est toujours trouvé
à toutes les époques, un personnage (écrivain,
avocat, politique etc.) qui a exprimé une opinion
critique sur les débordements de son temps
(souvent au péril de leur confort ou de leur vie)
et d'autres pour le rapporter !
Ce qui me semble être original
dans l'histoire de l'Antiquité. |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
|
| Vous avez sans doute raison quand
vous écrivez que, pour les Romains, le brave
mais malchanceux Germanicus était
devenu un genre "d'archétype de la vertu"
Mais je me demande quand même si vous ne surestimez
pas un tantinet la culture historique des scénaristes
du film Gladiator
en leur supposant un intérêt quelconque
pour ce personnage historique qui vécut au
début du Ier siècle de notre ère,
soit plus de 160 ans avant le règne de Commode,
ce tyran qui moult persécuta leur héros
de fiction, le brave général Maximus.
Si vous voulez mon avis, leurs sources doivent être
recherchées du côté du vieux
film la Chute de l'Empire romain d'Anthony
Mann (1964) plutôt que dans les pages austères
de ce bon vieux Tacite.
Cela dit, si vous êtes intéressée
par Germanicus, sa vie, sa carrière et sa
cruelle destinée sont évoquées
dans les pages de mon site. Comme je ne sais pas
si vous avez déjà pu repérer
ces passages, en voici les adresses exactes :
- Tibère et Germanicus : Clic
!
- Caligula et Germanicus : Clic
!
- La Mort de Germanicus : Clic
!
À noter aussi que vous trouverez également
ici (Clic
!) quelques intéressants commentaires
sur les relations entre Tibère
et son fils adoptif Germanicus, ainsi que quelques
réflexions sur la méthodologie historique
- très contestable - de Tacite pour aborder
le règne de ce pauvre bougre d'empereur Tibère. |
|
Mais je crains bien que la lecture de ce courrier
n'émousse quelque peu votre sympathie envers ces
écrivains de l'Antiquité, selon vous toujours
prêts à risquer leur peau pour dénoncer
les débordements des puissants de leur monde perverti
!
Hélas, Tacite fit, sans piper mot critique ou
écrire ligne compromettante, une fort belle carrière
au service d'un Domitien
pourtant réputé l'un des pires monstres
que Rome ait jamais connu. Il ne prit la plume que sous
les règnes des empereurs de la dynastie dite des
Antonins, réputés "libéraux" ; et
pas pour critiquer le pouvoir en place - il n'était
pas fou, le bon Tacite -, mais seulement pour déverser
des tonnes de médisances sur les souverains du
siècle précédent, Tibère,
Caligula,
Claude,
et autre Néron,
qui, morts et enterrés depuis belle lurette, ne
pouvaient bien évidemment ni défendre leur
mémoire à jamais souillée, ni surtout
(et c'était heureux pour le bon Tacite) punir ce
flot injurieux !
Toutefois, il est vraisemblable qu'à toutes les
époques de l'Antiquité romaine, il y eut,
ainsi que vous le dites, de courageux citoyens, des hommes
"libres dans leur tête" (c'est déjà
ça !), qui prirent leur plume - et leur courage
à deux mains - pour dénoncer les abus, les
injustices, la corruption, etc
Mais, en ces temps-là,
la liberté d'expression n'était qu'une vue
de l'esprit : la censure impériale veillait ; la
moindre critique contre l'État était assimilée
à un crime de lèse-majesté, voire
de lèse-divinité, contre l'empereur déifié.
Les uvres "subversives" furent donc détruites,
parfois avec leurs auteurs. Et c'est ainsi que sont surtout
parvenus jusqu'à nous ces textes d'historiens qui,
tels Tacite ou Suétone (voir ici : Clic
!) qui trouvèrent plus prudent d'exercer
leur esprit caustique ou leur verve satirique, et de prononcer
leurs jugements moraux ou politiques exclusivement sur
des personnages du passé plutôt que de se
risquer à titiller la susceptibilité de
leurs redoutables contemporains. |
| |
| |
|
| |
| 27 Avril 2003 |
| Carl-André
a écrit : |
| |
| Si tu devais comparer Bush
junior avec un empereur romain à qui le comparerais-tu
et pourquoi ? |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Grand buveur ; aimant l'armée
et les conquêtes ; adorant les spectacles violents
; très conservateur en matière sociale ;
autoritaire malgré son "libéralisme" affiché
; excessivement dépensier ; doté d'une fâcheuse
propension à lancer son pays dans des aventures
militaires hasardeuses
Aucun doute là-dessus
: Trajan
ressemble comme deux gouttes d'eau à notre ami
George Junior. De plus, cet empereur (je parle de Trajan,
bien sûr) tenta d'annexer la Mésopotamie
(Irak actuel) à l'Empire romain, sous le prétexte
de promouvoir la civilisation hellénistique, mais
en réalité pour renflouer ses finances et
pour occuper une intéressante position géostratégique
en contrôlant les routes commerciales dites "de
la soie".
| 
|
Notez aussi que le successeur de
Trajan, l'empereur Hadrien,
renonça à cette conquête dès
son accession au trône
Il faut dire
qu'Hadrien, qui fut peut-être le plus intelligent
des empereurs romains, avait parfaitement compris
que le maintien définitif d'une province
si éloignée (tant du point de vue
géographique que culturel) dans le giron
de Rome demanderait trop d'efforts (économiques
et militaires) pour un résultat des plus
aléatoires. Voici d'ailleurs comment l'empereur
Hadrien lui-même, s'exprimant par la plume
(et non par la "bush" - excusez le jeu de
mot facile) de la romancière Marguerite Yourcenar,
justifie ce retrait : "Passé l'Euphrate,
commençait pour nous le pays des risques
et des mirages, les sables où l'on s'enlise,
les routes qui finissent sans aboutir. Le moindre
revers aurait pour résultat un ébranlement
de prestige que toutes les catastrophes pourraient
suivre ; il ne s'agissait pas seulement de vaincre,
mais de vaincre toujours, et nos forces s'épuiseraient
à cette entreprise." (Marguerite Yourcenar,
Mémoires d'Hadrien, Gallimard, 1974).
Mais malheureusement, j'ai comme la vague impression
que George W. Bush Jr lit davantage la Bible que
les Mémoires d'Hadrien de Marguerite
Yourcenar !
|
|
| |
| |
|
| |
| 2. Sur
un tout autre sujet, j'aimerais avoir des explications
sur une peuplade d'Afrique dont je vois le nom cité
dans un livre que je lis à l'heure actuelle : "La
guerre dans l'Antiquité" d'Yvon Garlan : les
"Circoncellions", groupe ethnique que je ne connais
absolument pas.
Pouvez-vous m'apporter quelques
précisions ? |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Les "Circoncellions" étaient
des hérétiques donatistes africains, réunis
en bandes armées afin de résister à
l'orthodoxie chrétienne que l'empereur Constantin
voulait imposer par la force et la persécution.
Cette "guerre de religion" qui ensanglanta l'Afrique du
Nord au début du IVe siècle, puis encore
au début du siècle suivant, se doubla d'une
révolte paysanne, d'un genre de "jacquerie". En
effet, ces "maquis" d'hérétiques armés
recrutaient surtout parmi les paysans sans terre, ruinés
par l'excessive pression fiscale d'un Empire romain au
bord de la banqueroute. Les Circoncellions ne constituaient
donc pas à proprement parler un groupe ethnique,
bien que leurs bandes fussent majoritairement composées
de Maures, indigènes d'Afrique du Nord, non romanisés
ou demeurés rétifs à toute romanisation.
Vous trouverez des infos sur les débuts de la
crise donatiste ainsi que sur la politique de Constantin
à l'égard de ces hérétiques
(et de leur dangereux bras armé, les Circoncellions),
dans cette page du courrier d'avril 2002 : Clic
!.
Constantin
s'étant résigné à apaiser
le conflit donatiste, un modus vivendi précaire
s'installa tant bien que mal entre les deux Églises
chrétiennes d'Afrique du Nord, l'orthodoxe et l'hérétique.
Mais au début du Ve siècle, la crise donatiste,
avec en corollaire, les troubles socio-religieux causés
par les Circoncellions, fut réactivée du
fait du l'intervention de saint Augustin qui entra dans
ce débat théologique des plus sensibles
avec la délicatesse feutrée d'un éléphant
dans un magasin de porcelaines.
En 411, le célèbre évêque
d'Hippone réunit à Carthage un concile qui
précisa à nouveau que l'efficacité
des sacrements ne dépendait pas du prêtre
: il suffisait que celui-ci se réclame de l'évêque
de Rome pour que les cieux s'ouvrissent à sa prière.
Par cette déclaration, les évêques
carthaginois reconnaissaient implicitement une certaine
primauté du pape, qui dût en être ravi.
| L'assemblée de Carthage constata
également l'échec des méthodes
douces pour vaincre l'hérésie. Et
de fait, il semble bien qu'à cette époque,
l'église donatiste, qui s'appelait elle-même
"l'église des Saints", comptait plus de fidèles
que l'orthodoxe. En outre, la médiation du
pape était superflue, car le Siège
romain avait déjà condamné
la doctrine pernicieuse à de multiples reprises,
et cela n'avait servi à rien. Il ne restait
donc plus à Augustin qu'à recommander
l'intervention du bras séculier, c'est-à-dire
des autorités impériales romaines.
Elles frappèrent avec rudesse : trois cents
évêques hérétiques et
des milliers de prêtres de rang inférieur
furent dépouillés de leurs biens et
exilés dans les îles de la Méditerranée.
Quant à leurs ouailles, de dures sanctions
furent prévues pour punir leur éventuelle
obstination : le donatiste qui assistait à
sa messe hérétique était condamné
à une lourde amende et se voyait automatiquement
privé de la citoyenneté romaine ;
à la cinquième récidive, c'était
la mort sur le bûcher !
Avec sa douceur évangélique coutumière,
le grand saint Augustin affirma que pour supprimer
entièrement "la barbare et violente hérésie
des Donatistes, toute indulgence pourrait paraître
plus cruelle que leur cruauté même
"
(lettre 185) |
|
Ces douces lois eurent l'effet que l'on pouvait craindre.
Les hérétiques rebelles se constituèrent
à nouveau en bandes armées et ravagèrent
le pays. Des légions entières, qui auraient
pu être utilisées plus utilement à
garder l'Empire des hordes barbares, durent une nouvelle
fois affronter ces "Circoncellions". Ce fut une guerre
civile atroce qui ne prit fin que vingt ans plus tard
quand les Vandales envahirent l'Afrique. Malgré
leur sauvagerie, ces Barbares furent accueillis comme
des libérateurs par les donatistes persécutés.
Face à cette coalition, toute la détermination
de l'armée romaine commandée par le comte
Boniface s'avéra vaine.
À cause de l'intolérance des Chrétiens
et de leur inextinguible passion pour les discussions
absconses, la province d'Afrique, l'une des riches et
des plus peuplée de l'Empire, était désormais
définitivement perdue pour Rome. |
| |
| |
| |
| 3. Pouvez-vous
me communiquer les sources dans lesquelles vous
puisez vos informations religieuses des derniers moments
de l'empire romain ? Sont-elles éditées
de nos jours ? |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Certaines "sources primaires" (écrits
des Pères de l'Église par exemple) sont
disponibles sur le Net (Clic
! ou Clic
!), mais seulement en traduction anglaise. Dès
lors, comme mon anglais scolaire est parfois un peu court
pour ces textes souvent difficiles pour le simple historien
amateur que je suis, je m'appuie sur quelques bons livres,
juste histoire de ne pas trop dire de bêtises.
En voici quelques-uns, ceux que j'ai "sous la main" ici,
dans mon appartement :
- Sous la direction de J.-M. MAYEUR - Ch. PIETRI
- A. VAUCHEZ - M. VENARD, Histoire du Christianisme,
vol 2 : Naissance d'une chrétienté
(250-430),, Éditions Desclée, 1995
- Sous la direction de Philippe LEVILLAIN, Dictionnaire
Historique de la Papauté, Éditions
Fayard, 1994.
- Glen W. BOWERSOCK, Rome et le Martyre, Flammarion,
1995.
- Pierre-Marie BEAUDE, Premiers chrétiens,
premiers martyrs, Découverte Gallimard Religion,
1993.
- DANIEL-ROPS, L'Église des temps barbares,
Éditions Fayard, 1950
- Jean DANIÉLOU, L'Église des premiers
temps, des origines à la fin du IIIe siècle,
Poìnts Histoire
- J. G. DAVIES, La Vie quotidienne des premiers chrétiens,
Delachaux et Niestlé, 1956.
- Edward GIBBON, Histoire du Déclin et de la
Chute de l'Empire romain, Éditions Robert Laffont,
Coll. Bouquins, 1983
- Fernand HAYWARD, Histoire des Papes, Payot,
1929.
- L. LE LEU, Le Triomphe de la Croix, Casterman,
1909.
- H. LIETZMAN, Histoire de l'Église ancienne,
vol. 3 : L'Église, de l'Empire jusqu'à
la mort de Julien, Payot, 1941
- Ferdinand LOT, La fin du Monde antique et de début
du Moyen Age, Éditions Albin Michel, 1968.
- Henri-Irénée MARROU, Décadence
romaine ou Antiquité tardive, Points Histoire,
1977
- Henri-Irénée MARROU, Saint Augustin
et l'Augustinisme, Éditions du Seuil, 1955
- Jacques MERCIER, Vingt siècles d'histoire
du Vatican, Lavauzelle, 1976.
- L. B. MOSS, La Naissance du Moyen Age, Payot,
1961.
- André PIGANIOL, l'Empire chrétien,
PUF, 1972
- Chanoine J. WARICHEZ, Les Principaux faits de l'Histoire
de l'Église, Casterman, 1944.
- Sans oublier, bien sûr, sur le Net, l'indispensable
(mais, hélas, uniquement en anglais) "Catholic
Encyclopedia" : Clic !
|
| |
| |
|
| |
| 28 Avril 2003 |
| Christian a écrit : |
| |
| Avez-vous des renseignements
sur l'évolution de la Bretagne romaine à
partir du Ve siècle, notamment sur la date
exacte du retrait des légions romaines de l'île
(avant ou après 410 ?), l'existence d'un éventuel
empereur Constantin (monté sur le trône de
Bretagne vers 415 ?) et celle de Vortigern (monté
sur le trône vers 425 ou 445, mort vers 485 ?).
A-t-on des renseignements précis sur Ambrosius
Aurelianus, qui serait l'un des prédécesseurs
du roi Arthur? |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| À vrai dire, l'histoire de la Bretagne romaine
au Ve siècle est assez peu connue, et plus
on avance dans le siècle, plus les documents se
font rares
jusqu'à disparaître complètement
- ou peu s'en faut - après 450.
Voici les quelques renseignements que j'ai pu recueillir
à ce sujet dans la modeste documentation dont je
dispose :
Après l'usurpation de Constantin
III (407 - 411), les Bretons autochtones furent contraints
d'assurer seuls la défense de leur pays contre
les infiltrations de plus en plus fréquentes et
de plus dangereuses des Jutes, des Angles et des Saxons.
En effet, on estime généralement que les
campagnes menées par l'usurpateur sur le continent,
tant pour repousser les Barbares que pour affirmer ses
prétentions impériales, opérèrent
une telle ponction sur les effectifs militaires de (Grande-)Bretagne
qu'à partir de 411, le pays se trouva quasiment
dépourvu de troupes "romaines".
Pendant environ 40 ans, la résistance bretonne
s'avéra très efficace. Les incursions barbares
restèrent limitées et sporadiques. Mais
en 449, il semble s'être passé "quelque chose"
à cause de Vortigern, "roi" des Bretons. Celui-ci
aurait, dit-on, imploré les Saxons d'intervenir
en Bretagne afin d'y défendre son autorité
menacée par des ennemis intérieurs. En réalité,
peut-être Vortigern tenta-t-il seulement de dresser
les Barbares les uns contre les autres (Saxons contre
Pictes, Scots contre Pictes, Angles contre Scots, etc.),
et ce conformément à une tradition stratégique
romaine
Mais quoi qu'il en soit, l'affaire tourna
au vinaigre : les Saxons appelés par Vortigern
se plurent si bien en Bretagne qu'ils appelèrent
leurs compatriotes à venir s'installer, de plus
en plus nombreux, dans ce beau pays si accueillant. Ensuite,
ils s'allièrent aux Angles et aux Jutes au lieu
de les combattre, et ce fut le début de la fin
de la civilisation bretonne dans ce qui allait devenir
l'Angleterre
Quant à cet Ambrosius Aurelianus dont vous
me parlez, il semble en effet avoir été,
un prédécesseur Arthur. D'après Edward
Gibbon (Histoire du Déclin et de la Chute de
l'Empire romain), "Ambroise Aurélien", issu
d'une noble famille romaine, aurait vécu à
l'époque de l'empereur romain d'Orient Zénon
(474-491). Gibbon affirme aussi que "sa modestie égalait
sa valeur", et qu'il remporta de nombreuses victoires
contre les barbares germaniques "jusqu'à l'action
funeste dans laquelle il perdit la vie" (c'est-à-dire
après une défaite subie face aux Saxons,
date et lieu indéterminés). |
| |
| |
|
| |
| Avril 2003 |
| Michel
a écrit : |
| |
|
| Nouveautés
du site Archeobel
:
- Quelques monnaies gauloises
de la tribu des Carnutes et un denier,
volontairement écrasé, de la tribu
des Séquanes. Je vous entends penser
: pourquoi "volontairement" ? Et bien, je ne sais
pas ! Tout ce que je sais, c'est qu'il en existe
d'autres que le mien : Clic !
- Une lampe à
huile très particulière. Après
nettoyage, grande fut ma stupéfaction de
voir que le miroir de lampe était orné
d'une comète et d'un quart de lune. J'ai
uniquement retrouvé la même représentation
sur les monnaies d'Hadrien (étoile à
8 pointes). Or, vu son style, cette lampe date
du début du IIe siècle !
Je
n'ai pas encore trouvé la signification
exacte de cette symbolique, mais le fait de retrouver
les mêmes symboles aussi bien sur une monnaie
que sur une lampe semble confirmer la thèse
allemande qui prétend que les lampes à
huile étaient presque les seuls objets
usuels qui portaient, à l'instar des monnaies,
des messages de propagande impériale, des
scènes religieuses, etc
La "pub"
de l'époque était aussi transmise
via le même médium. Par exemple,
on voit également sur les lampes des scènes
de cirque (voir ici : Clic
!), des divinités (Clic
!), des représentations d'animaux sacrés
comme le dauphin (Clic
!), on y propage la nouvelle mode "érotique",
ou l'on y fait la promotion de nouveaux bâtiments
de la ville de Rome. Ceci est très intéressant,
car ainsi, cet objet apparemment anodin qu'est
la lampe à huile s'élève
au niveau d'un objet doté d'une signification
: Clic
!
|
 |
- Une très rare fibule
au lion tridimensionnel datant du Ier siècle
AD. : Clic !
- Et une autre fibule de
tradition celtique (IIe siècle) : Clic
!
- Une minuscule clochette.
Rien de spécial, vous me direz, si ce n'est que
l'anse a été réparée dans
l'Antiquité ! Et si, au IIIe siècle,
on prenait la peine de réparer une clochette
de 25 mm de hauteur, c'est bien la preuve qu'économiquement
parlant, ça ne devait pas être la joie
! : Clic
!
- Trois sceaux en terre cuite.
Ces sceaux étaient apposés sur des documents
et représentaient parfois des bustes d'empereurs
ou des divinités
L'un d'entre eux représente
Néron
ou Claude
jeune (je présume, vu la physionomie
).
Un autre, la déesse "Victoria". Et le troisième
montre, selon moi, le buste de Marc Aurèle
: Clic !
- Une modeste boucle militaire
du IIIe siècle : Clic
!
- Un denier et un sesterce
d'Antonin
le Pieux, avec chaque fois "Salus" au
revers : Clic
!
- Un dupondius (demi-sesterce
ou double as) au buste radié de Commode
avec "Fortuna" au revers. Beaucoup de monnaies
de la fin du IIe siècle étaient frappées
sur des flans provenant de plaques de bronze, coulées,
et ensuite découpées au ciseau ou au burin.
Ça donnait des formes bizarroïdes (toutes
sauf rondes) à ces monnaies : Clic !
- Et comme dessert
une
petite souris ! Eh oui ! Une souris ayant servi
de décor sur une lampe à huile en bronze.
La pièce est malheureusement pas tout à
fait complète, car il lui manque encore un pain
dans les pattes avant. Encore un animal symbolique qu'il
faut mettre en rapport avec l'au-delà ou le monde
des ténèbres !
: Clic !
|
| |
| |
|

|