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Novembre 2002 (page 3/3)
Sommaire du mois de Novembre : Clic
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| 24 Novembre 2002 |
| Nathalie a écrit : |
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| J'ai un commentaire de texte
à faire, il s'intitule Lettre de St Basile de
Césarée à un gouverneur. Il date
de l'an 372, et parle des curiales et du principe d'hérédité
des professions
En voici la traduction :
"Reçois ma prière
pour ce malheureux vieillard qu'une lettre impériale
a exempté des charges publiques, ou plutôt
auquel sa seule vieillesse, avant même l'empereur
avait valu l'immunité nécessaire. Tu as
confirmé toi-même cette faveur d'en haut,
par respect pour la nature et en considération
prudente du bien public, me semble-t-il, de peur que l'intérêt
général ne courût quelque danger par
le fait d'un homme dont l'age avait troublé la
raison. Or comment a-t-il pu t'échapper, mon admirable
ami, que par un autre chemin tu le ramenais sur la scène
? Car, lorsque tu ordonneras d'adjoindre à la curie
son petit-fils, qui n'a encore que 4ans, que fis-tu sinon
réintroduire entièrement ce vieillard, par
sa descendance, dans les charges publiques ? Nous te supplions
donc maintenant de prendre en pitié ces deux ages
et de les délivrer tous deux en raison des motifs
que nous avons de les plaindre l'un et l'autre. Celui-là
n'a pas vu ses parents, ne les a pas connus, et c'est
par des mains étrangères qu'il est entré
dans cette vie, orphelin de père et de mère
dés le berceau. Celui-ci est resté si longtemps
dans la vie qu'aucune sorte de malheur ne l'a épargné.
Il a vu la mort prématurée d'un fils, il
a vu sa maison sans héritiers, et il va voir maintenant,
si tu ne trouves pas par toi-même une solution digne
de ton humanité, ce qui le consolait de son manque
d'enfant devenir l'occasion de mille maux. Ce n'est pas,
en effet, je suppose ce petit enfant qui fera partie des
bouleutes, qui recueillera les impôts ou qui fournira
aux soldats leur solde, mais il faudra que les cheveux
blancs du malheureux vieillard soient à nouveau
déshonorés. Accorde donc une grâce
conforme aux lois et qui convienne à la nature
: ordonne que l'on permette à celui-là de
parvenir jusqu'à l'âge d'homme et que celui-ci
attende la mort sur son lit." (Saint Basile de Césarée,
lettre 94)
Voilà ! là j'ai une
dissertation à faire sur les colons
donc
si vous avez quelques tuyaux, n'hésitez pas ! |
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| RÉPONSE : |
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| Le moins que l'on puisse dire, c'est les questions
qu'évoque votre fameuse lettre de saint Basile,
ce n'est pas de la tarte ! Principe d'hérédité
des fonctions curiales, assimilation de ces fonctions
au système du colonat
Bref,
des problèmes assez controversés de cette
législation du Bas-Empire (j'emploie à
escient ce terme péjoratif auquel on préfère
aujourd'hui "Antiquité tardive"), à
forte odeur totalitaire, et qui, personnellement, aurait
tendance à provoquer chez moi de fortes poussées
d'urticaire allergique !
Donc, comme c'est un peu compliqué et que, d'autre
part, je ne sais comment votre prof a traité ces
sujets, c'est donc en y allant pas à pas, afin
d'essayer de s'y retrouver un peu, que le vais évoquer
le contexte de la lettre de saint Basile. Et toutes mes
excuses si mes modestes explications enfoncent des portes
déjà largement ouvertes lors de vos cours.
Pour commencer, parlons un peu des colons.
Au cours des IIe et IIIe siècles, le nombre de
petits fermiers propriétaires diminua considérablement
dans l'Empire romain. Accablés de dettes, ruinés
par les guerres, ils furent réduits au rang de
métayers (coloni) qui cultivaient les champs
des gros propriétaires, leurs "patrons" ((patroni).
Quoique ces colons fussent toujours, en principe, des
hommes libres, ils étaient désormais attachés
à la terre, eux-mêmes et leurs familles.
Ils ne pouvaient s'enfuir sous peine d'être poursuivis
et ramenés manu militari à leur patron.
Certes, celui-ci ne pouvait exiger d'eux un loyer exorbitant,
et s'il vendait son domaine, ses colons devaient être
repris par le nouvel acheteur, sans être déplacés.
Néanmoins, leur situation économique restait
précaire et leur sujétion totale : les colons
romains, c'est un peu, mutatis mutandis, le prototype
des serfs du Moyen Age, "taillables et corvéables
à merci".
Bien que je ne sois pas sûr que ce système
d'exploitation indirecte de la terre fût très
productif, l'état romain le voyait d'un fort bon
il car il facilitait la perception de l'impôt
: le propriétaire le percevait auprès de
ses tenanciers et reversait au fisc impérial les
sommes qui lui étaient dues (non sans avoir gardé
quelques menues piécettes pour lui). De plus le
système du "colonat" avec ses paysans mi-libres
mi-esclaves, attachés à jamais à
la glèbe qu'ils cultivaient, était parfaitement
conforme à cet idéal de stabilité
qui devint la doctrine officielle de l'Empire romain à
partir de Dioclétien.
Évidemment, cette noble stabilitas serait
compromise (et le fisc ne saurait plus où donner
de la tête) si les gens chargeaient à tout
bout de champ de métier, de ville et de condition.
Aussi, si votre papa était boulanger à Rome,
vous le seriez également, et vos enfants itou !
Et (c'est ainsi que nous rapprochons de la lettre de Basile)
si votre père était décurion,
curiale ou bouleute (= magistrats municipaux)
de sa cité, vous deviez lui succéder, et,
après vous, c'était votre fils qui devait
reprendre le flambeau.
Malheureusement, chargés qu'ils étaient
d'assumer les diverses charges (munera) dont aucune
n'était rémunérée (tribunaux
du premier degré, députations, inspections
des monuments publics, service postal, service des transports,
levée des impôts), les curiales formèrent
bien vite une des classes les plus malheureuses de la
société. En effet, leur charge la plus onéreuse
était la perception des impôts impériaux.
Comme ils en étaient personnellement responsables,
devant combler tout déficit sur leurs fonds propres,
et que les finances impériales étaient insatiables,
ils risquaient la ruine si, pour une raison ou autre,
l'argent rentrait mal, ou pas du tout. Un propriétaire
qui refusait de leur donner les renseignements nécessaires,
une mauvaise récolte, une invasion barbare, et
ils se retrouvaient sur la paille, et déshonorés
de surcroît !
À l'époque, ce n'était vraiment
pas une sinécure que de faire partie du conseil
communal ("municipal" pour nos amis français) !
Avant Dioclétien,
c'était chic quoique cher ; après lui, ce
ne fut plus que cher (voire ruineux), ennuyeux et parfois
dangereux ! Les volontaires pour exercer ces véritables
sacerdoces se firent de plus en plus rares. Bientôt,
il devint nécessaire de contraindre les citoyens
éligibles aux fonctions sénatoriales ou
administratives à continuer d'assumer ces charges
(munera) et surtout de les empêcher de se
dérober à de si coûteux "honneurs".
La qualité de membre de la classe curiale devint
héréditaire. Elle restait, certes, honorée
de titres ronflants : les curiales restaient de "nobles
membres honorables" du "petit Sénat",
ils étaient revêtus de "la splendide dignité"
mais, "devant demeurer au berceau sacré de leur
naissance et ne pouvant l'abandonner sans impiété"
(sic), ils ne pouvaient plus ni voyager, ni même
- juste histoire de décompresser un brin - séjourner
quelque temps dans la campagne autour de leur ville natale
!
Cependant, malgré tous les édits (un peu
moins de deux cents ordonnances en un siècle et
demi, de Constantin
à Majorien)
promulgués pour empêcher la démission
de ces pauvres curiales, beaucoup d'entre eux, surtout
en Égypte et en Orient, se réfugièrent
dans des ermitages du désert, tandis que d'autres
quittaient secrètement leur ville pour devenir
les humbles "colons" de gros propriétaires fonciers.
Vous comprenez maintenant les raisons qui poussèrent
notre Basile à intervenir : en vertu du principe
d'hérédité des charges curiales,
un enfantelet de quatre ans, orphelin, devait siéger
à la curie à la place de son grand-père
qui, lui, a été exempté en raison
de son grand âge.
Basile dénonce avec raison cette situation absurde
Cependant, il me semble qu'afin d'écrire une belle
lettre, un fifrelin humoristique, à son copain,
le gouverneur, le saint homme dramatise un peu la situation.
Car, en fait, les lois prévoyaient que la désignation
d'une personne liée à l'obligation curiale
(obnoxius curiae) était subordonnée
au principe d'idoneitas. C'est-à-dire -
les Romains n'étaient quand même pas fous
! - que le "volontaire désigné" devait être
apte à exercer les fonctions que la loi lui prescrivait
d'exercer. C'était la moindre des choses !
Comme c'était sans doute en vertu de ce principe
que le grand-père dont parle Basile, vieillard
certes noble, mais chargé d'ans et d'infirmités,
avait été exempté, le gouverneur
n'avait aucune raison de refuser la même dérogation
(mais sans doute à titre provisoire, jusqu'à
ce qu'il eut atteint l'âge requis pour exercer la
charge héréditaire) à son petit-fils,
ce bambin de quatre ans !
De plus, outre le fait que Basile avait peut-être
tendance à noircir le tableau pour émouvoir,
divertir ou flatter son correspondant, les lois impériales
n'étaient peut-être pas aussi rigoureuses
que je le laisse supposer. Dans leur livre intitulé
L'Empire romain en mutation (Points Histoire -
Nouvelle histoire de l'Antiquité n°
10), Jean-Michel Carrié et Aline Rousselle expliquent
(pp. 692-696 - L'hérédité des
curiales, un problème mal posé) que
les problèmes posés par l'hérédité
des charges curiales ont été souvent surestimés
; qu'en réalité, la législation du
IVe siècle prolonge celle des siècles précédents.
Cependant, comme ce livre traite d'une période
qui s'achève avec Constantin,
soit quarante ans avant notre Basile, je n'ai pas trop
osé m'y référer
d'autant plus
que ces questions institutionnelles sont quelque peu trop
"pointues" pour mes modestes lumières ! Mais peut-être
que vous, vous y trouverez des infos utiles pour votre
travail. |
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| 26 Novembre 2002 |
| utopia2000 a écrit : |
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| Est-ce qu'on peut parler d'universalité
dans le monde romain ? Les guerres que Rome a portées
dans tous les pays de la Méditerranée ne
seraient-elles qualifiées uniquement que comme
des guerres d'expansion en oubliant ainsi tous les bienfaits
que la civilisation latine a apportés dans
les pays conquis ?
Je vous saurais gré si vous
vouliez me répondre, et je vous en remercie à
l'avance. |
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| RÉPONSE : |
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| Vous savez, je parierais volontiers que les rares
survivants de la tribu belge des Éburons, "génocidée"
par le grand Jules
César en 53 av. J.-C. ("cette grande invasion
anéantit la race des Éburons et leur nom
même", se vanta-t-il), considéraient
les "bienfaits de la civilisation romaine" avec
beaucoup de scepticisme ! Mais enfin, peut-être
n'était-ce là que ce que l'on appelle aujourd'hui,
non sans un certain cynisme des "dégâts
collatéraux".
En fait, c'est souvent ainsi que cela passe : on fait
la guerre pour de mauvaises raisons, puis, une fois que
l'on a remporté la victoire, on s'en trouve de
fort bonnes pour justifier l'hécatombe. Rome ne
fait pas exception à la règle
À
cela près que les Romains, probablement moins hypocrites
que nous, ne jetaient pas un voile pudique sur les horreurs
de la guerre. Non seulement la noble prose du grand Jules
César, mais aussi les bas-reliefs des monuments
officiels (arcs de triomphe, colonnes trajane ou antonine)
montraient crûment la guerre telle qu'elle était,
dans son épouvantable réalité, avec
son lot de tueries, de rapts, de viols, et de scènes
de boucherie digne du film Gladiator. Bien sûr,
les Romains ne doutaient pas que les guerres qu'ils entreprenaient
fussent "justes", que c'était sur elles que leur
"République" avait bâti sa puissance et sa
prospérité, mais ils connaissaient aussi
le prix de ces victoires !
Quand vous parlez de "guerres d'expansion", vous
utilisez le terme qui convient car ce n'est nullement
pour y apporter les "bienfaits de sa civilisation"
que Rome a conquis tout le pourtour de la Méditerranée.
Au départ, la seule chose qui intéressait
les Romains, c'était de s'approprier les richesses
de pays plus "civilisés" que le leur (Sud de l'Italie,
Grèce, Asie Mineure, Moyen-Orient), puis d'imposer
à ces nouvelles provinces de juteux tributs. Rome
ne fut longtemps qu'un état prédateur, dont
la soit d'or, d'argent et d'esclaves était insatiable.
Les provinces romaines étaient considérées
comme butin de guerre de la République romaine,
et ses habitants comme des esclaves en puissance
Heureusement, cela changea à l'époque impériale
(à partir du Ier siècle ap. J.-C.). Les
contrées soumises, de plus en plus souvent gouvernées
par des fonctionnaires dépendant directement de
l'empereur, et non plus par des sénateurs surtout
soucieux d'enrichissement personnel, furent progressivement
considérées comme des partenaires économiques,
dont la prospérité était nécessaire
à la grandeur de Rome et à la survie de
son Empire. "Un bon berger se contente de tondre ses
moutons, il ne les écorche pas" avait coutume
de dire l'empereur Tibère.
C'est ainsi qu'à partir du Ier siècle ap.
J.-C. jusqu'au milieu du IIIe siècle (ensuite,
la situation se dégrada), l'empire romain devint
(si j'ose dire) un genre "sphère de co-prospérité"
susceptible enfin de prodiguer à ses habitants
certains de ces fameux "bienfaits de la civilisation"
que vous évoquez dans votre mail.
Mais quels furent précisément ces bienfaits
?
On peut discuter
Les Romains n'ont pas réellement
inventé de nouvelles techniques ; bien souvent
ils se contentèrent de perfectionner et de diffuser
les inventions et les idées grecques. Mais surtout,
grâce à leur puissance militaire, ils assurèrent
une longue période de paix qui permit à
la civilisation gréco-romaine (puis chrétienne)
de s'épanouir puis d'imprégner profondément
des contrées que l'hellénisme classique
n'avait jamais pu qu'effleurer. Bien sûr, cette
fameuse "Paix romaine" (Pax romana) fut très
relative ! Néanmoins, grâce aux légions
romaines qui montaient la garde sur le Rhin et sur le
Danube, la Gaule, par exemple, ne connut pas d'invasion
majeure pendant très de trois cents ans (entre
le milieu du Ier siècle av. J.-C. et le milieu
du IIIe siècle ap, J.-C.), et cela, ce fut certainement
un inestimable bienfait
Un autre bienfait de civilisation romaine : le système
juridique, le fameux "droit romain". Bon, bien sûr,
Rome n'a jamais imposé ses coutumes juridiques
aux provinces soumises. Le droit coutumier subsistait
partout
mais en concurrence avec la législation
romaine. Un sujet de l'empire pouvait donc être
jugé selon la coutume de son pays natal, ou plaider
son cas devant le gouverneur romain. Et c'était
là un frein considérable à l'arbitraire
car si, la justice romaine n'était pas nécessairement
plus tendre que la justice "indigène", elle se
basait toujours sur une jurisprudence écrite. Quoi
qu'ils aient fait, les accusés savaient qu'ils
ne seraient pas jugés "à la tête du
client", mais selon des formes judiciaires étables
et sur base de lois connues et éprouvées.
Alors bien sûr, on peut aussi discuter du fait
de savoir si la civilisation romaine était plus
"avancée" que celles des pays conquis par Rome.
C'est le genre de sujet glissant que je répugne
à aborder. Comment prouver qu'une civilisation
est "meilleure", "plus avancée" qu'une autre ?
Je n'en sais rien
En revanche, ce qui est certain,
c'est que beaucoup de peuples (surtout occidentaux) soumis
à Rome estimèrent que le mode de vie de
leurs vainqueurs était bien meilleur que le leur.
Une fois la conquête achevée, de très
nombreux Gaulois, Bretons, Ibères, Helvètes
et autres Belges adoptèrent les coutumes de leurs
maîtres romains, prirent des noms romains, se nourrirent
comme les Romains, et fréquentèrent les
thermes, les théâtres, et les cirques des
Romains.
Vous me parlez également d'universalité
du monde romain
À ce sujet, je voudrais vous
signaler un article fort intéressant paru récemment
dans la revue L'Histoire.
L'auteur, Maurice Sartre, y explique pourquoi il n'est
pas absurde de comparer la mécanique de la romanisation
à celle de l'américanisation. Et
justement, en rapport avec ce que j'ai dit ci-dessus,
voici ce que Maurice Sartre écrit en conclusion
de son article :
| "L'un des paradoxes de l'Empire
romain est sans doute d'avoir à la fois
respecté les différences culturelles
lorsqu'elles ne mettaient pas en cause l'ordre
établi, et réussi à répandre
partout un mode de vie dont on ne doit pas négliger
l'importance politique. Dans tout l'empire, les
notables portent les mêmes vêtements,
célèbrent les mêmes fêtes
en l'honneur des empereurs, assistent avec le
peuple aux mêmes spectacles du cirque, fréquentent
les mêmes thermes, consomment vin et huile
d'olive.
Derrière l'apparente superficialité
de ces aspects de la vie quotidienne se cache
la réalité d'une culture commune.
Certes les identités régionales
ne disparaissent pas, mais elles sont partiellement
masquées par l'adhésion d'un grand
nombre au mode de vie gréco-romain, qui
devient l'un des ciments de l'empire. Cette acculturation,
que l'on pourrait nommer « romanisation »
si elle n'était pas tout autant une «
hellénisation », a paru quelquefois
aussi superficielle que peut l'être l'américanisation
de nos sociétés. Le parallèle
est risqué mais non sans fondement.(
)
Fast-foods, boissons gazeuses, musique et
films remplacent l'huile d'olive, les thermes
ou les jeux du cirque d'autrefois. Il y a là
sans doute à la fois un véritable
intérêt pour ces nourritures et ces
spectacles mais aussi le souci de paraître
moderne, en suivant l'exemple de la puissance
dominante.
| Il ne suffisait sans doute
pas davantage à un Gaulois de fréquenter
les thermes pour devenir un « Romain »
qu'à un adolescent japonais de manger
un hamburger pour être « Américain
». Mais, dans l'un et l'autre cas,
il y a un effort d'identification, conscient
ou non, une volonté de s'inscrire
dans une culture mondiale jugée plus
valorisante que la tradition locale. Dans
tous les cas se pose la même question
: dans quelle mesure ces comportements sont-ils
imposés ou recherchés ? Quelle
que soit la réponse, il reste que
la culture des maîtres du pouvoir
devait paraître bien séduisante
pour être si facilement et si massivement
adoptée.
En définitive, les processus
complexes de la « romanisation-hellénisation
» invitent à réfléchir
aux phénomènes actuels de
« mondialisation » que l'on aurait
évidemment tort de ne considérer
que sous l'angle politico-économique.
Bien sûr, il existe une part de contrainte
dans la diffusion des processus politiques,
économiques, religieux ou culturels.
C'est bien Rome qui a contribué à
diffuser les noms de ses dieux, la pratique
de son droit, l'usage de sa monnaie et de
sa langue. Toutefois, c'est librement que
les notables, puis des couches plus larges
des sociétés indigènes
ont adopté tout ou partie du mode
de vie gréco-romain. Sans contrainte
autre que sociale ou culturelle, sans que
l'on puisse dénoncer un « impérialisme
» culturel de Rome. Celle-ci est puissante,
elle n'a nul besoin de contraindre pour
que les provinciaux soient séduits
par ses pratiques. |

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Elle réussit d'autant mieux qu'elle
ne contraint pas, qu'elle n'interdit pas les coutumes
anciennes, qu'elle associe au pouvoir les notables
locaux. La puissance politique suffit à
provoquer ce glissement vers une culture nouvelle
dont s'imprègnent des sociétés
entières, si profondément qu'une
part notable d'entre elles en conservent la marque
indélébile jusqu'à aujourd'hui."
(Maurice Sartre, Rome, l'Empire modèle,
in L'Histoire
N° 270 de novembre 2002 - voir ici :
Clic
!). |
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| 26 Novembre 2002 |
| Michel
Eloy a écrit : |
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| Je recherche une information
pour un projet auquel que suis occupé (voir ici
: Clic
!).
Il s'agit de ce passage de LA
TUNIQUE (le roman), où un esclave païen
s'indigne de la propension des Juifs à faire des
sacrifices sanglants dans leur temple de Jérusalem.
Je trouvais le passage surprenant, étant entendu
que le paganisme aussi pratiquait des sacrifices d'animaux.
Plus tard je suis tombé sur un texte confirmant
mot pour mot ce qu'écrivait Lloyd C. Douglas. Malheureusement
je ne sais plus dans quel ouvrage j'ai lu ça, ni
à quel auteur ancien on se référait
(probablement un Père de l'Église, dans
une quelconque réfutation du paganisme : La préparation
évangélique d'Eusèbe de Césarée
ou La Cité de Dieu de Saint Augustin, que
je n'ai pas en rayon chez moi. Ou autre chose
)
Comme je sais que les origines
du christianisme vous branche assez, je me suis dit que,
peut-être, vous pourriez m'aider. |
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| RÉPONSE : |
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| En ce qui concerne l'origine des propos dégoûtés
du comparse de l'ineffable Victor Mature sur les sacrifices
sanglants du Temple de Jérusalem, j'ai peut-être
une piste, mais rien de très précis.
Dans le chapitre XV de sa célèbrissime
Histoire du déclin et de la chute de l'Empire
romaine, ce brave Edward Gibbon attribue ce mépris
aux Gnostiques. Gibbon expose en effet que ces hérétiques
critiquaient les récits bibliques, qu'ils s'indignaient
d'abord de la "liste sanguinaire de meurtres, d'exécutions
et de massacres qui souillent presque chaque page des
annales des Juifs" (
), puis, qu'ils "passaientt
des sectateurs (juive) de la loi à la loi
(mosaïque) elle-même" et en venaient
à prétendre "qu'une religion
qui consistait seulement en sacrifices sanglants,
en cérémonies puériles et dont toutes
les punitions et toutes les récompenses étaient
temporelles, ne pouvait ni inspirer l'amour
de la vertu, ni réprimer l'impétuosité
des passions". (Edward Gibbon, Histoire du
Déclin
, Vol. I, Chap. XV, Éditions
Robert Laffont, Coll. Bouquins)
Mais sur quels textes Gibbon se base-t-il ? Mystère
J'ai naturellement effectué une recherche rapide
chez les Pères de l'Église qui réfutèrent
le gnosticisme (saint Irénée, Tertullien,
Clément d'Alexandrie), mais je n'ai rien trouvé
de très pertinent. Peut-être serez-vous plus
chanceux (et certainement plus perspicace) que moi
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| Et tant qu'à faire, deux
autres questions.
1)
Qui fut le premier empereur à
disposer d'une garde du corps germanique ? Caligula
en avait une, qui ne lui servit à rien. Mais avant
lui ? |
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| RÉPONSE : |
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| À première vue, Caligula
fut bien le premier empereur à disposer d'une
garde germanique. Je peux naturellement me tromper,
mais je n'ai pas l'impression que Suétone ou Tacite
évoquent la présence de tels gardes du corps
auprès d'Auguste
ou de Tibère.
Ce serait d'ailleurs assez peu vraisemblable : les deux
premiers "empereurs", très soucieux de respecter
les formes républicaines ainsi que les valeurs
traditionnelles romaines, n'auraient sans doute ni voulu,
ni osé apparaître en public entourés
de mercenaires étrangers. Rendez-vous compte :
confier ouvertement leur vie aux camarades de ces barbares
qui avaient exterminé les légions de Varus
et déshonoré les aigles romaines, au lieu
de s'en remettre, pour leur sécurité, aux
lois, au Sénat et au Peuple romains ! Outre qu'elle
aurait été de fort mauvais goût, cette
attitude, méprisante et antipatriotique aurait
été politiquement dangereuse.
Pour Caligula
c'était, en revanche, peut-être différent
: c'était son illustre père, Germanicus,
qui avait vengé l'affront d'Arminius, et la présence
de soldats germains à ses côtés remémorait
à tous la gloire paternelle
Mais il ne s'agit là que de conjectures de ma
part.
COMPLÉMENT D'INFO SUR
LES GARDES GERMANIQUES ?
VOIR ICI : Clic
! |
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2)
Je ne sais plus dans quel carton j'ai enterré ma
Vie de Jésus de Daniel-Rops qui, je pense,
aurait répondu à celle-ci : que sait-on
exactement de la parenté de Claudia Procula ?
Est-elle seulement mentionnée ailleurs que chez
les auteurs chrétiens ? J'ai lu quelque part qu'elle
était une nièce de Tibère, mais elle
me semble inconnue au bataillon des sources classiques
des Julio-Claudiens. Je crois que c'est du roman, en dépit
de son prénom qui reproduit au féminin le
patronyme des Claudii. ( |
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| RÉPONSE : |
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Puisque vous ne parvenez plus à mettre la main
sur votre exemplaire du Jésus en son temps
de Daniel-Rops, voici les paragraphes où il évoque
Mme Pilate, née (?) Claudia Procula.
| "Qui était cette femme de Pilate
dont cet unique verset (Matt.,27 : 19) révèle
l'existence ? Aucun texte profane contemporain
ne parle d'elle. L'évangile apocryphe,
dit de Nicodème, la nomme Claudia Procula.
Certains auteurs, tel Rosadi, ont pensé
qu'elle pouvait être la fille la plus jeune
de cette Julie qu'Auguste, son père, se
vit contraint d'exiler pour cacher ses débordements,
après lui avoir donné Tibère
pour troisième mari. Aurelius Macrobe,
écrivain du Ve siècle, fort mauvaise
langue, qui, dans ses Saturnales, a rapporté
la chronique scandaleuse de la Rome impériale,
permet de connaître un peu cette Claudia.
Envoyée par sa mère auprès
de Tibère, elle aurait été
« élevée » par lui, ce
qui, quand il s'agit d'un tel personnage, veut
dire beaucoup de choses et peu pédagogiques.
Ponce Pilate, officier sans fortune, aurait, par
ce mariage, acquis de hautes relations.
Ces commérages ne doivent pas être
pris au sérieux. Cependant, un détail
historique pourrait leur donner confirmation :
l'antique loi Oppia interdisait aux proconsuls
d'emmener leur femme dans les provinces qu'ils
gouvernaient; bien qu'adoucie par un sénatus-consulte,
au Ier siècle avant notre ère, elle
restait en vigueur ; les magistrats obtenaient
très difficilement la permission d'y déroger
et encore devaient-ils s'engager à « prendre
toute la responsabilité des fautes que
leur épouse pourrait commettre ».
Si Pilate avait sa femme à Jérusalem,
cela prouve donc qu'elle et lui avaient des protections.
Les femmes de ce rang, à cette époque,
étaient volontiers initiées à
des sectes diversement secrètes, au courant
de toutes les doctrines ésotériques,
initiatiques et magiques en vogue. Qu'elle ait
attaché une grande importance à
un songe, rien de surprenant. Sa démarche,
en tout cas, partait d'un bon sentiment à
l'égard de Jésus ; on a parfois
imaginé qu'elle pouvait avoir été
une « prosélyte de la porte »,
éduquée dans la religion juive,
voire dans la doctrine du Christ; l'église
grecque et celle d'Éthiopie la vénèrent
comme sainte."
(Daniel-Rops, Jésus en son temps,
Libraire Arthème Fayard; 1945). |
Beaucoup de suppositions, peu (pas) de certitudes.
Comme vous l'avez remarqué, ce bon Daniel-Rops,
suivant, à ce qu'il dit, la relation de Macrobe,
suppose (mais ce ne sont sans doute là que des
"commérages", précise-t-il) que notre
Claudia Procula fut peut-être un enfant adultérin
de Julia,
la fille d'Auguste
Ce n'est pas du tout l'avis de Robert Ambelain
(Les Lourds secrets du Golgotha, Éd. Robert
Laffont, 1974). Selon cet historien (parfois un peu systématique,
j'en conviens) ledit bon Daniel-Rops n'aurait pas très
bien lu Macrobe et aurait fait un genre de "macédoine
de Julies" ! En fait, la mère de Claudia Procula
n'aurait pas été Julie
I (fille d'Auguste),
mais Julie II (fille de Julie I et d'Agrippa). Cette Julie
II, ayant adopté la même vie de patachon
que sa mère, aurait fini ses jours de la même
manière que sa maman, exilée par Auguste
sur une île (Trimère, près de côtes
des Pouilles). Assigné à résidence
à Trimère en 8 ap. J.-C., elle y mourut
en 28.
Claudia Procula serait née d'une liaison adultérine
de cette Julia I. Voici ce qu'en dit Robert Ambelain ;
comme cela, vous pourrez vous faire une religion à
ce sujet :
| "Claudia Procula. Celle-ci
était donc l'arrière petite-fille
d'Auguste, et non pas sa petite-fille. Elle naquit
vers l'an 3 de notre ère, et elle avait
environ vingt-trois ans lorsque Pilate devint
procurateur de Judée, en 26. Son grand-père,
Agrippa Marcellus, avait eu sous ses ordres, en
Espagne, Marcus Pontius, père de Ponce
Pilate. Il n'y a rien d'extraordinaire par conséquent
à ce que la petite-fille du premier épousât
le fils du second. Des liens existaient entre
ces deux hommes, souvenirs de campagnes militaires
au sein des légions.
Mais Julia I, grand-mère de Claudia
Procula, avait épousé en troisièmes
noces Tibère, le futur empereur. Ce dernier
devenait donc, de ce fait même, le grand-père
par alliance de Claudia Procula. Et en épousant
Claudia Procula, Ponce Pilate devint son petit-fils
par alliance. Rien d'étonnant donc à
ce qu'il ait bénéficié par
la suite d'une charge telle que celle de procurateur
de Rome en Judée, et du titre envié
en tout l'Empire d'amicus caesaris, «
ami de César ». Car ce n'était
pas rien que d'être le petit-fils, même
par alliance, de l'empereur. (
)
| Aurelius Macrobe, en ses
Saturnales, insinue que Julia II, mère
de Claudia Procula, aurait confié
sa fille à Tibère, son beau-père,
durant son exil en l'île de Trimère,
et que celui-ci aurait très bien
pu la corrompre. Mais si nous nous souvenons
que ce fut en 27 de notre ère que
cet empereur se retira à Capri, que
Ponce Pilate était déjà
procurateur de Judée depuis une année,
si Claudia Procula obtint de suivre son
époux en Palestine, elle ignora tout
des « tableaux vivants » et des
orgies, paraît-il indescriptibles,
qui firent l'intérêt de ce
séjour dans l'île enchanteresse
(Note de Robert Ambelain : L'histoire moderne
a fait justice des calomnies que le Sénat
romain, méprisé par Tibère,
sut répandre sur l'empereur après
sa mort, et dont Tacite et Suétone
se firent l'écho en leurs uvres.
Ces débauches ne lui ressemblent
pas
). Par contre si la lex Oppia,
interdisant aux épouses des hauts
fonctionnaires de Rome d'accompagner leurs
époux dans les territoires d'outre-mer,
lui fut appliquée, elle put évidemment
suivre Tibère à Capri et assister
ou participer aux scènes de débauche.
Nous croyons, au bénéfice
du doute, que la loi ne fut pas appliquée.
Un sénateur nommé Severus
Cecina avait proposé de revenir à
l'application stricte de la lex Oppia, tombée
un peu en désuétude. Il fut
contredit par Valerius Messalinus, et finalement
Tibère trancha la question en faisant
rejeter la proposition de Severus Cecina
par le Sénat romain (Cf. Tacite :
Annales, III, 34). |
|
Par conséquent, rien ne s'oppose à
croire que Claudia Procula ait accompagné
Ponce Pilate en Judée. Et leur mariage
ne fit que précéder cette coutume
que tant de rois de France observèrent
à l'égard de leurs bâtardes.
Elle consistait à leur faire épouser
un officier de vieille mais petite noblesse, sans
fortune, lequel, en leur donnant un nom honorable,
bénéficiait par la suite d'avancements
et d'avantages substantiels ; rien de nouveau
sous le soleil."
(Robert Ambelain, Les lourds secrets du Golgotha,
Éd. Robert Laffont, 1974). |
Encore une fois, beaucoup de conjectures !
Moi,
je parie qu'au Ve siècle ap. J.-C., le fameux Macrobe
en savait encore moins que nous sur la femme de Ponce
Pilate !
Cependant, hypothèses pour hypothèses,
celles de Robert Ambelain me semblent mieux articulées,
mieux argumentées que celles de Daniel-Rops. En
outre, j'ai quelques difficultés à croire
que Tibère
aurait accueilli à bras ouverts une bâtarde
de son épouse Julie alors que son mariage forcé
avec cette grande dame de petite vertu était comme
un clou à son cercueil, une croix à porter
aussi lourdes que les cornes qui ornaient son front. Nous
savons que certains auteurs, en veine de fantaisie scripturaire,
ont attribué au vieux Tibère un intérêt
pour les vertus chrétiennes, mais il ne faut quand
même exiger de lui la mansuétude divine d'un
Jésus-Christ !
Naturellement, une fille adultérine de Julia II
llui aurait posé moins de problèmes de conscience
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| Conclusion de Michel : |
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| Merci beaucoup pour vos recherches.
J'avais deviné juste, le sujet était bien
dans vos cordes.
Je pense bien, effet, que Caligula
fut le premier à posséder une garde germanique.
Notez bien que le fameux Arminius passe pour avoir servi
dans l'armée romaine (comme l'Arverne Vercingétorix,
comme le Batave Civilis, comme Attila lui-même
)
mais sans doute dans un corps d'auxiliaires
Mais
la constitution de cette garde a une valeur politique
: au fur et à mesure que les empereurs se détachaient
des apparences républicaines, le fossé se
creusait entre eux et les prétoriens dont les valeurs
resteront assez ambiguës. N'oublions pas qu'ils appartiennent
tous ou la plupart à la petite noblesse provinciale,
qui a du être aussi étonnée que la
noblesse sénatoriale de la prétention de
Caligula à vouloir être adoré comme
un dieu, c'est-à-dire à opter pour le modèle
des monarchies hellénistiques. Je ne puis mieux
le comparer qu'à Alexandre le Grand qui, vainqueur
de l'Empereur perse, voulut prendre sa place toute chaude
et imposer à ses Macédoniens une conception
de la monarchie pas très "républicaine"
si vous voyez ce que je veux dire. Mais la colère
des compagnons d'Alexandre, sa prétention à
adopter les usages perses était plus facile à
justifier au nom de la realpolitik que la révolution
proposée par Caligula. D'où le jugement
de l'histoire
Je n'arrive vraiment plus à
me rappeler où j'avais lu cette critique des sacrifices
sanglants à Jérusalem, qui confirmaient
ce que j'avais lu dans Lloyd C. Douglas roman du reste
plein d'erreurs. Ce soir, je me replonge dans Gibbon.
À propos de l'intérêt
de Tibère pour la littérature disons ésotérique,
il me faut nuancer ce que je vous écrivais précédemment
(voir ici : Clic
!) à propos du numéro de duettistes
de Tibère et Claude dans LA TUNIQUE : Tibère
n'apparaît que dans LA TUNIQUE et étudie
le rapport envoyé par Pilate, relatif à
la crucifixion du Christ, avec l'aide d'un astrologue.
Point. Claude n'apparaît que dans LES GLADIATEURS
(séquelle au roman de Douglas, entièrement
concocté par les scénaristes de la 20th
Century-Fox) et, vieil érudit étruscologue
et sémitisant, il épluche le même
rapport pour le compte de Caligula, qui vient le trouver
dans son bureau, la nuit. Les deux films se répondent
tellement bien que j'ai confondu Claude avec le personnage
de l'astrologue.
Dont acte. |
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| 26 Novembre 2002 |
| Xavier-Bertrand
a écrit : |
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| Je viens de lire les divers
courriers vous vantant Murena.
Or je me dois de donner un avis contraire sur cette bande
dessinée. Bien que le dessin et l'histoire soient
extrêmement intéressants (je la lis régulièrement
à la FNAC pour l'intrigue elle-même), on
y présente Néron exactement comme sa légende
noire veut bien le présenter : couchant avec sa
mère, donnant des esclaves en pâture aux
murènes, incendiant Rome etc
Bref, une vision
de Néron qui me dérange (je pense que cet
empereur a été mal compris et a bénéficié
de la verve propagandiste des écrivains flaviens). |
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| RÉPONSE : |
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| Je ne dirai rien de la BD Murena
que je n'ai toujours pas lu - il faudra vraiment que je
me décide un jour à combler cette lacune
! Cependant, il est toujours intéressant de prendre
connaissance d'un avis discordant (surtout s'il est motivé,
comme le vôtre).
Quant au Néron
de Murena, qu'il soit ou non conforme à
la "vérité historique", qu'il soit fidèle
à sa "légende noire" ou à sa "légende
dorée", finalement, peu importe ! Cela ne relève
que de la liberté de création des auteurs,
qui, elle, est infinie
Un héros de roman,
de BD ou de cinéma ne doit pas nécessairement
être "vrai", il doit seulement être vraisemblable.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le Néron
monstrueux de Suétone et de Tacite l'est, vraisemblable
: pendant près de vingt siècles, des générations
d'historiens (souvent très compétents et
très consciencieux) y ont cru dur comme fer, et
certains (peut-être même la plupart) y croient
encore aujourd'hui !
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| 30 Novembre 2002 |
| René a écrit : |
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| Je recherche des documents sur
le sénatus-consulte Pégasien, édicté
entre 69 et 79 après J.-C.
Pouvez-vous m'aider ? |
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| RÉPONSE : |
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| Malheureusement, j'ignore tout de ce "sénatus-consulte
Pégasien"
même le nom ne me dit
rien !
Par acquit de conscience, j'ai été voir
sur le Net, mais mes recherches (mots-clés : "pégasien",
"pegasianus", etc
) n'ont fourni aucun résultat
pertinent.
Je suis donc très sincèrement désolé
de ne pouvoir vous aider. |
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| Novembre 2002 |
| Michel
a écrit : |
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| Quelques nouvelles
pièces sur le site Archeobel
:
- Une lampe à
huile de la firme C.OPPI.RES, (= Caius
Oppius Restitutus), une firme très
connue dès le Ier siècle. Le
miroir de cette lampe est ornée d'un
sanglier
le fier sanglier des Ardennes
! : Clic
!
Les lampes à huiles étant utilisées
en grand nombre, de nombreux ateliers de céramique
furent créés dès l'Antiquité
grecque (IVe - Ve siècles avant J.C.)
ainsi que pendant la période romaine.
Comme de nos jours, toutes les céramiques
n'étaient pas signées, mais
d'autres l'étaient, et, de la même
façon que nous connaissions "Boch &
Frères", les Romains connaissaient
parfaitement la firme "C. OPPI. REST. FORTIS"
(FORTIS = Lucius Æmilius Fortis), et
beaucoup d'autres encore.
Ces lampes antiques sont ornées de
scènes mythologiques, érotiques,
etc. ou alors de thèmes de la propagande
impériale. D'ailleurs, chose intéressante,
on peut souvent établir des liens entre
les revers des monnaies romaines et les motifs
des miroirs des lampes. Dans plusieurs cas,
on retrouve des représentations similaires.
La lampe romaine n'était donc pas un
bête objet utilitaire, et les motifs
représentés sur les miroirs
n'étaient pas purement décoratifs.
Par exemple, le dauphin, animal sacré,
qui guide les hommes (ou les objets) vers
leur but, est représenté non
seulement sur les lampes, mais aussi sur les
balles de fronde, les fibules, ou même,
à l'instar des divinités, sous
forme de petites statuettes.
- Ensuite, encore deux
autres lampes plus petites (une à palmettes
et une avec deux personnages
malheureusement
pas très visibles sur la photo) : Clic
!
- Une
clochette à bétail rectangulaire
: Clic
!
|
|
À ce propos, une
histoire peut-être un peu cloche, mais néanmoins
intéressante :
Ces clochettes sont souvent décrites soit
comme des clochette à bétail, soit
comme clochettes domestiques, ou encore sont considérées
comme objets rituels. Cependant, une chose m'a
frappé : personne n'a attaché d'importance
au son de ces clochettes. En effet, on les retrouve
sans battant (généralement en fer
à l'époque romaine). J'ai donc reconstitué
un petit battant fixé autour d'un axe en
bois amovible, afin de ne pas abîmer la
pièce originale, j'ai écouté
le son de ces clochettes, et je me suis aussitôt
souvenu des grelots des brebis (dans ma jeunesse,
j'ai souvent habité chez des fermiers).
Huit clochettes sur les neuf que je possède
font le même bruit mat ! La seule qui fait
exception, avec un son très haut et clair,
est une clochette pyramidale sur petits pieds.
Et c'est normal car, dans certains ouvrages, on
affirme que les clochettes domestiques romaines
étaient destinées à chasser
les mauvais esprits. Quoi de mieux pour cela qu'un
son haut et clair !
Comme quoi la recherche de l'utilité de
certaines clochettes pourrait être simplifiée
en restituant leur sonorité. Cela permettra
déjà de faire une première
sélection entre clochettes à bétail
et clochettes domestiques !
- Un quadrans de Caligula
: Clic
!
- Un petit bronze barbare
de Tibère ( = semis léger) : Clic
!
Il s'agit en fait d'une monnaie frappée à
Lyon par et pour les gaulois. Les monnaies gauloises
sont un peu plus légères que les pièces
frappées dans des ateliers romains, mais
je n'ai pas encore trouvé la raison de ces
versions "light".
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