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Sommaire Mars 2002 :
- 3 Mars :
- Quelques renseignements sur la Lex Gabinia de
67 av. J.-C. : Clic !
- 4 Mars :
- 4 Mars :
- Film Quo Vadis ? de Jerzy Kawalerowicz - Un article
de Michel Eloy (site Cinérivage) : Clic !
- 7 Mars :
- Napoléon, Moïse, et quelques références
bibliographiques : Clic !
- Quelques précisions sur le "modus operandi"
de ces pages "Courrier" : Clic
!
- 10 Mars :
- Qui a tué Germanicus ? Caligula coupable ? :
Clic !
- 10 Mars :
- Que penser du livre "Julien ou le Rêve calciné"
de J. Benoist-Méchin ? : Clic
!
- 13 Mars :
- 14 Mars :
- Hadrien et le complot de Nigrinus : Clic
!
- 14 Mars :
- Qui étaient les Mérobaudes ? : Clic
!
- 19 Mars :
- Quelques infos sur l'historien Eutrope (IVe siècle)
: Clic
!
- 20 Mars :
- Quelques précisions sur l'"Édit de Milan"
: Clic
!
- 23 Mars :
- Atilla, roi des Huns : son colloque avec le pape Léon,
sa mort : Clic
!
3e
PAGE
- 23 Mars :
- Julien l'Apostat fit-il reconstruire le Temple de Jérusalem
? : Clic
!
- 24 Mars :
- Recherche de traductions et de textes : La Mort des
Persécuteurs de Lactance, La Lettre des Martyrs
de Lyon et le Traité sur la Tolérance de
Voltaire : Clic
!
- 25 Mars :
- Quelques hypothèses sur saint Maurice : Clic
!
- Saint Maurice était-il noir ? : Clic
!
- Saint Maurice était-il un adepte de Mithra
? : Clic
!
- HELP ! Recherche d'un livre de Gude Suckale-Redlefsen
sur saint Maurice : Clic
!
- 30 Mars :
- Marc Aurèle était-il "gay" ? : Clic
!
- 31 Mars :
- Pourquoi n'y a-t-il plus d'"archives" sur la mort de
Jésus ? : Clic
!
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DANS LE SITE
"EMPEREURS ROMAINS"
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| 3 Mars 2002 |
| Mick a écrit
: |
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| Je recherche des informations
à propos de la lex Gabinia de 67 avant JC. |
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| RÉPONSE : |
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| Vous étonnerais-je en vous disant
que cette "lex gabinia" n'évoquait pas grand-chose
chez moi ? Cependant, après quelques recherches sur
Internet et vérification dans quelques bouquins -
en particulier dans le livre de Peter Green, D'Alexandre
à Actium) - j'ai quand même pu recueillir
quelques infos que vous livre. J'espère qu'elles
pourront vous être utiles !
La "lex gabinia de bello piratico" de 67 av. J.-C.
fut donc, comme son titre l'indique, déposée
par un certain Aulus Gabinius. Elle visait à créer
un commandement intégré afin de lutter plus
efficacement contre les pirates qui infestaient la Méditerranée.
En effet, au début du Ier av. J.-C., la piraterie
était devenue un très sérieux problème
pour Rome. Profitant de l'inexorable déclin des royaumes
hellénistiques d'Asie mineure (Turquie actuelle),
en particulier de l'Empire séleucide, et de la guerre
entre Rome et Mithridate, le roi du Pont, des pirates installés
principalement en Cilicie (Sud-Ouest de la Turquie actuelle)
avaient considérablement accru leur champ d'activité,
leur rayon d'action, leur chiffre d'affaires
et leur
capacité de nuisance à l'économie romaine.
Ils avaient presque fondé un "empire maritime" s'étendant
de la Sicile aux côtes d'Asie mineure. Ils contrôlaient
les détroits méditerranéens et les
îles grecques. Ils s'enhardissaient même à
pénétrer à l'intérieur des terres
et à attaquer villes et forteresses. Les pirates
avaient même pillé et incendié Ostie,
le port de Rome !
Pour combattre efficacement ces pirates qui menaçaient
gravement l'approvisionnement de la capitale en céréales
et entravaient considérablement l'expansion de Rome
en Méditerranée orientale, le Sénat
romain envisagea d'abord d'instaurer un commandement maritime
extraordinaire, doté de pouvoirs qui dépassaient
le cadre étroit des provinces.
C'était plutôt une bonne idée ! Malheureusement,
même s'ils étaient fort soucieux de leurs intérêts
pécuniaires, très menacés par la piraterie
galopante, ce que les Sénateurs redoutaient encore
davantage, c'étaient les généraux victorieux
à l'ambition démesurée. Dès
lors, ils confièrent cette "autorité infinie"
(imperium infinitum) à un incompétent
notoire, à Marcus Antonius, le père du "Triumvir"
Marc
Antoine.
Nommé en 74 av. J.-C., Marcus Antonius Senior ne
fit rien de bon. Il multiplia les exactions inutiles, causant
encore plus de débats que les pirates eux-mêmes.
Enfin, il subit une humiliante défaite et fut contraint
de signer un traité honteux que le Sénat romain
refusa d'ailleurs de ratifier.
Sur ces entrefaites, en Asie mineure, le général
romain Lucullus (qui n'était pas seulement un gastronome
averti, mais également un stratège fort sagace)
était en passe de gagner la guerre contre Mithridate.
Mais le triomphe probable de Lucullus ne faisait pas que
des heureux à Rome : certaines mesures fiscales du
général romain en faveur des populations orientales
avaient fortement indisposé les milieux de la grande
finance romaine. Bref, ce Lucullus menaçait les "banquiers"
romains presqu'autant que les pirates. Mieux valait évincer
cet empêcheur de s'enrichir en rond sur le dos des
peuples soumis !
C'est dans ce contexte qu'Aulus Gabinius, futur gouverneur
de Syrie et familier de Pompée
- celui-ci étant notoirement "l'homme des milieux
financiers de Rome" -, déposa sa fameuse "lex
gabinia de bello piratico".
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En vertu de cette loi, d'une part Lucullus
était démis de ses fonctions ; d'autre
part, "un consulaire - dont on taisait prudemment
le nom - devait se voir confier un imperium
de trois ans, couvrant l'ensemble de la Méditerranée,
avec le droit de lever des troupes et des fonds (ces
derniers non seulement sur le Trésor romain,
mais aussi auprès des fonctionnaires en poste
à l'étranger). Il disposerait d'une
flotte de deux cents navires de combat, et serait
habilité à nommer quinze legati
au niveau prétorien. Son autorité s'étendrait
sur toutes les îles et jusqu'à quatre-vingts
kilomètres à l'intérieur des
terres. Malgré une violente opposition sénatoriale
(mais avec l'aide de César et de ses amis),
la loi fut finalement adoptée, et un nouveau
texte législatif lui fut alors annexé,
qui confiait ce commandement à Pompée
et augmentait les forces mises à sa disposition
: cinq cents navires, cent vingt mille fantassins,
cinq mille cavaliers, vingt-quatre legati an
lieu des quinze prévus initialement, et deux
questeurs, pour faire bonne mesure. Muni de cette
force considérable, et même excessive,
Pompée divisa la Méditerranée
en treize sous-commandements distincts, confiés
à autant de legati. L'objectif était
de nettoyer les mers en direction de l'Est, et de
rouvrir ainsi, le plus vite possible, les voies d'approvisionnement
de Rome depuis la Sicile, la Sardaigne et l'Afrique
dit Nord. Moins de quarante jours plus tard, cette
tâche avait été menée à
bien, et les pirates furent contraints de se regrouper
le long du littoral cilicien. Malgré cela,
Pompée se trouva en butte, à Rome, à
une opposition si implacable qu'elle nécessita
son retour dans la capitale au beau milieu de sa campagne.
À son retour en Cilicie, il acheva la besogne
avec rapidité et vigueur. Tous les souverains
d'Asie Mineure furent amenés à participer
à l'effort de guerre en fournissant des troupes
ou des fonds. En moins de trois mois (au lieu des
trois ans prévus par son mandat), Pompée
avait pris d'assaut la dernière forteresse
des pirates : la campagne était terminée.
En dépit de certaines affirmations flatteuses.
Ce fléau n'avait pas été entièrement
extirpé, c'était du reste impossible,
vu les conditions sociales de l'époque. Mais
il avait subi un rude coup." (Peter Green; D'Alexandre
à Actium, - Trad. Odile Demange - Éd.
Robert Laffont, Coll. Bouquins"). |
Pour terminer, voici les quelques rares pages internet
que j'ai trouvées où il est question de la
"Lex gabinia" (malheureusement, rien en français)
:
- Die entwicklung des römischen seeräuber -
problems bis zur lex gabinia (67 v. chr.) : Clic
!
- Univ. Alberta - War in the east : Clic
!
- LacusCurtius - Roman laws : Clic
!
- Cicéron : Pro Lege Manilla Oratio : Clic
!
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| 4 Mars 2002 |
| Chris a écrit
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| Qui était Cérès
et comment trouver une biographie sur internet, pour un
devoir d'école de ma fille. |
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| RÉPONSE : |
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Au risque de vous décevoir,
Cérès n'était pas
une "vraie" personne. En réalité,
c'était la déesse romaine qui
présidait aux moissons (d'où le
mot français "céréales").
Cette divinité des "corn flakes" fut
amalgamée à la déesse grecque
Déméter, cette sur de Zeus
(Jupiter) qui était vénérée
comme la déesse la terre en général.
Vous trouverez toutes les infos souhaitables
sur cette sympathique divinité - une
des plus "écolos" de la mythologie -
dans ce site suisse dédié aux
Principaux
dieux de la mythologie gréco-romaine
: Clic
!
De mon côté, j'aimerais vous citer
un court extrait des Mémoires de zeus
de Maurice Druon (de l'Académie française),
un joli texte qui relie cette déesse
au beau pays de France. Le voici ; c'est
Zeus-Jupiter, le dieu suprême, le dieu
des dieux, qui parle :
"Déméter (donc la version
grecque de notre latine Cérès)
(
) n'aime que courir les vergers et
les champs. Combien de soirs, inquiet de ne
pas la voir rentrer, j'allai à sa recherche,
pour la trouver, vêtue seulement de lune,
l'oreille collée contre un arbre qu'elle
enserrait de ses bras. - J'écoute la
sève, m'expliquait-elle.
L'odeur des foins coupés toujours
l'a jetée en extase, et même le
douceâtre parfum des feuilles pourrissantes
est pour elle enivrant. Souvent je l'ai vue
plonger ses grandes mains claires dans l'humus
noir, en pétrir la souillure, en respirer
l'effluve.
- C'est de la vie pour demain, disait-elle.
|
|
Il suffisait qu'elle prît un fruit dans
ses paumes pour qu'il donnât naissance à
des fruits plus gros.
Elle jugea trop fourni, trop ramifié, le
corymbe des fleurs de l'alisier. " Tant d'espoirs
tassés sur un même pédoncule ne
peuvent donner que des fruits maigres ", décida-t-elle.
De l'alise, elle fit naître la merise, encore
surette mais déjà plus charnue, puis
la belle cerise joufflue, à la pulpe riche
et sucrée, à la peau couleur de sang,
ainsi que le gros bigarreau que croquent vos enfants
en allant à l'école.
Et les courges ! Déméter se passionna
pour les courges. Je me rappelle son rire et sa joie,
ce jour d'été où elle s'avança
vers la table des dieux, portant, comme si elle avait
cueilli le soleil, le premier potiron. (
)
En cette première période de mon
règne où j'étais plus occupé
de réorganiser que de créer, et où
la tâche la plus urgente consistait à
remettre en ordre la nature, ma sur Déméter
fut ma compagne, ma compagnie, mon compagnon. Nous
partions ensemble travailler sur les, chantiers divins,
terrasses de Toscane et vergers d'Ombrie, huertas
d'Ibérie, palmeraies d'Ifrikia, vertes vallées
du Liban, ce sont là sols qui gardent souvenir
de nos labeurs.
| Tenez ; je veux m'attarder
sur un instant heureux. C'était au temps
que nous séjournions chez notre parent,
le dieu fleuve de Seine. Les plaines de ce bassin
attestent bien, par leurs épaisses moissons,
que nous y passâmes. Les hommes, plus
tard, m'édifièrent un pilier de
gloire, dans l'île de Lutèce ;
et aussi ils me dédièrent un temple
qui se dressait, non loin, sur une hauteur de
la rive nord.
Temple et pilier ont disparu dans les fondations
d'autres basiliques. Pourtant mon nom est resté
attaché à la colline où
s'élevait le temple, ce mont Jovis, devenu
le " Montjoie " qui longtemps servit aux rois
pour y rallier les courages.
Donc, tandis que nous séjournions
en ces jardins de Seine, je m'étonnais
que Déméter fût toujours
levée avant le jour.
- C'est pour voir s'ouvrir les fleurs, me
confia-t-elle. Car toutes ne s'épanouissent
pas à la même heure, et je manquerais
les plus matinales si je ne précédais
pas la lumière. La première à
s'éveiller, dans la nuit encore noire,
est le liseron blanc. Ensuite, c'est le pavot
qui, sous la grisaille de l'aube, défripe
ses pétales. Le lin au regard bleu le
suit de peu, puis c'est le tour du mouron et
du souci aux cheveux roux. Et ainsi de fleur
en fleur, jusqu'au soir. Et ne pense pas que
la belle-de-nuit vienne la dernière.
Quand tout est endormi, alors, sous la clarté
lunaire, s'éploie le liseron rouge pour
boucler le cadran. Les fleurs de ce pays, mon
frère, sont une vraie horloge."
(Maurice Druon, Les Mémoires de Zeus,
Omnibus-Plon, 1994). |
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| 7 Mars 2002 |
| Marc
a écrit : |
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| J'ai toujours grand
plaisir à suivre votre "travail", et la touche
"Quoi
de neuf ?" est une excellente trouvaille. Merci.
Je lis avec délectation
votre courrier des lecteurs, sauf quand il s'agit de demandes
banales d'incultes trop paresseux pour chercher une réponse
évidente. Dans ces cas, je suppose qu'il n'est
pas besoin de partager ces sommaires échanges de
courrier avec tous vos lecteurs. (Mais c'est bien sûr
vous qui décidez !)
Par contre,
des échanges aussi intéressants que
celui
avec M. Eloy ne peuvent que nous ravir. À
double titre, puisque je me passionne également
pour l'époque révolutionnaire-impériale
et, avec espoir d'objectivité, pour la figure
de Napoléon. Je dis "objectivité"
parce que l'expérience me montre que, trop
souvent (c'est-à-dire dans 99 % des cas)
les intervenants mêlent au débat une
charge affective, pro ou anti-napoléon, qui
les empêche de voir des vérités
plus intéressantes. La vérité,
qui rend Napoléon si fascinant, est faite
d'un mélange de choses positives et négatives
: cela le rend si humain, par contraste avec la
plupart des figures historiques figées dans
une imagerie idéologique.
Saviez-vous qu'un auteur
espagnol, Gonzalo Torrente Ballester, a écrit
un roman ("L'île des fleurs coupées",
pas excellent, au demeurant, publié chez
Folio) où un des thèmes est la démonstration
que Napoléon n'a jamais existé mais
est le fruit d'une opération de propagande
montée par les Grandes Puissances pour justifier
l'établissement de la Sainte Alliance. Je
trouve très amusant le paradoxe avec les
tentatives inverses dont vous avez parlé,
où les ennemis de Napoléon essaient
justement de nier son existence.
Cela me fait penser que,
si Thoutmès III ou Staline recouraient à
l'image "négative", effaçant l'image
donc le souvenir de Hatchepsout ou de Trotski, Napoléon
systématisa l'imagerie "positive" en multipliant
ses représentations pour confirmer son existence
au peuple. Il n'inventa pas le culte du prince,
qui est vieux comme la notion d'État, mais
il arrive à un moment où la représentation
est plus fidèle (le profil de Louis XIV sur
les monnaies est plus proche de celui d'Hammourabi
que des réels portraits de Napo et Joséphine).
Les premiers restaient une notion abstraite et lointaine
du pouvoir pour le peuple, Napoléon est au
contraire un être de chair et d'os. C'était
important, pour marquer la rupture totale avec l'ancien
régime. |
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Par ailleurs,
revenant à l'Antiquité biblique, j'ai
vu moi aussi ce documentaire idiot sur Moïse
en Égypte. D'autant plus idiot qu'il existe
des versions plus solides de cette thèse.
Je ne parlerai pas de Graham Hancock qui
pond avec "The Sign and the Seal", un bouquin
génial sur l'Arche et ses tribulations jusqu'en
Éthiopie actuelle. Le type est à regarder
avec méfiance (cfr "The Stargate Conspiracy",
Pickett et Prince), il cherche dans d'autres livres
les Grands Anciens prédécesseurs de
l'humanité et soi-disant devenus les dieux
des mythologies humaines. Mais l'érudition
du bouquin est passionnante. Il voit Moïse
comme un prêtre égyptien initié
à un savoir scientifique secret, qu'il aurait
utilisé pour construire l'Arche, sorte de
centrale nucléaire de poche, afin de se créer
son propre État en soumettant les tribus
hébreuses à son bon vouloir. Amusant,
avec des pincettes : lecture recommandée
si on a l'esprit critique.
Mais la thèse est
plus ancienne, et Freud déjà
s'est fendu d'un "L'homme Moïse et la religion
monothéiste" où il argumentait
intelligemment que le judaïsme mosaïque
a beaucoup en commun avec le monothéisme
d'Akhenaton. De nos jours, les connaissances historiques
et archéologiques permettent d'étoffer
cette thèse. Je ne pense pas pour ma part
qu'il y ait quoi que ce soit de "démontré"
au regard de l'Histoire officielle, mais ce n'est
pas une raison pour ignorer sciemment certains arguments
valables.
Un très bon livre
est "Les Secrets de l'Exode" de Messod
et Roger Sabbah (éd. Godefroy). Pour
eux, le peuple hébreu est constitué
de la population d'Akhenaton, la capitale d'Akhenaton,
envoyée en exil lorsque les successeurs de
ce prince ordonnèrent de raser la ville.
Ils ne m'ont pas convaincu, mais j'ai appris un
nombre incalculable de choses sur la civilisation,
la religion, la langue égyptienne ancienne
et surtout ses similitudes avec ses équivalents
hébreux. Ma "religion" ;-) pour l'instant
est de croire qu'en effet, la culture (ou civilisation)
hébraïque est un rejeton de l'égyptienne,
à moins qu'elles soient toutes deux des rejetons
d'une même mère hypothétique. |
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| RÉPONSE : |
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Oui, Napoléon a bien existé.
D'ailleurs, de mon côté, je n'ai jamais douté
qu'il fut personne faite de chair et d'os !
Blague à part, le "Premier Empire français",
avec ses fifres et ses tambours, ses maréchaux
d'Empire scrogneugneux, ses canonnades héroïques
dans de monstrueuses boucheries, ses saccages organisés
de pays "libérés", son athéisme concordataire
fleurant bon l'"opium du peuple", et son franchouisme
cocoriquesque ne se situe pas à l'avant-plan de
mes intérêts historiques
Et Napoléon
ne me fait pas tellement rigoler, hormis dans les films
bavards de ce vieux cabot de Sacha Guitry. Sans porter
les jugements de valeur qui tant vous exaspèrent,
s'il ne fut sans doute pas un Hitler, ce ne fut pas Mère
Teresa non plus (heureusement pour la pauvre Joséphine,
d'ailleurs !). Comme bien des personnages historiques
(et autres), la vérité psychologique de
Napoléon Bonaparte doit se situer quelque part
entre l'apologétique délirante et la calomnie
systématique. Mais, honnêtement, cela ne
m'empêche pas de dormir !
Je n'ai pas lu le livre sur Moïse de votre "copain"
Hancock et ne puis donc donner un avis autorisé
sur son niveau de pertinence. Cependant, si, comme le
suggérez, cet auteur a une fâcheuse tendance
à transformer le grand cornu du Sinaï en physicien
nucléaire avant la lettre, cela m'inciterait plutôt
à penser qu'il s'est par trop "shooté" à
l'Indiana Jones !
À ma connaissance (mais n'étant pas spécialiste
en la matière, je puis me tromper), la seule source
historique dont nous disposons sur Moïse,
c'est la Bible. À première vue, il n'y a
rien d'autre : Ni documents extérieurs au judaïsme,
ni vestiges archéologiques. Rien ! Uniquement ces
textes bibliques, dont les éléments les
plus anciens semblent "seulement" remonter au IXe - VIIIe
siècles av. J.-C. et qui ne furent réunis
en en ensemble cohérent que sous la domination
perse (entre env. 550 et 330 av. J.-C.).
Évidemment, sur base d'une documentation aussi
tardive, aussi partiale, et dont l'objectif n'est pas
nécessairement la narration historique, il est
possible de laisser vagabonder son imagination et d'élaborer
(souvent d'ailleurs pour des raisons fort peu avouables)
les théories les plus fumeuses sur Moïse,
son monothéisme, et l'origine du peuple juif. Et
ce sans grand risque de démenti puisque, finalement,
il n'y a rien d'autre que le texte biblique !
Personnellement (mais, encore une fois, je ne suis pas
un spécialiste) je ne sais pas si Moïse a
réellement existé ou non, et j'ai plutôt
tendance à inscrire la conquête du pays de
Canaan par les Hébreux dans la lignée des
migrations, larvées mais continues, des peuples
de la péninsule arabique vers le "Croissant fertile".
Ce qui, cependant, n'empêche pas que certaines de
ces tribus nomades aient peut-être séjourné
un moment en Égypte. Peut-être même
y entendirent-ils parler de la réforme religieuse
d'Akhenaton
L'archéologie n'en dit rien,
mais qui sait ?
En revanche, ce qui semble à peu près sûr,
c'est qu'à l'époque probable du présumé
Moïse (vers le XIVe - XVe siècles av. J.-C.),
le Pays de Canaan était dominé par l'Égypte,
politiquement et militairement, et que, dans ces circonstances,
l'influence de la civilisation égyptienne sur les
populations locales (autochtones ou immigrées)
est fort possible. Un peu comme l'influence de la cuisine
française dans les restos belges
Pour terminer, un petit mot sur
mes pages "Courrier".
Vous avez raison, et j'en suis bien conscient : certaines
sections sont plus intéressantes que d'autres et,
par le fait même, certaines demandes peuvent paraître
d'une grande banalité à des internautes
"avertis". Cependant, comme j'estime assez présomptueux
de ma part de statuer sur ce qui est pertinent ou non,
je préfère tout publier. Je me dis que,
peut-être, certains "historiens en herbe", qui butent
sur des choses qui paraissent pourtant élémentaires,
trouveront là, à portée de main,
les réponses certes évidentes, mais qu'ils
ne trouveraient sur ne Net (ou ailleurs) qu'au bout d'une
recherche fastidieuse. Vous connaissez l'adage : "Il n'y
a pas de bête question
"
Pour tout vous dire, quand j'ai commencé ce site,
j'ai consulté quelques forums historiques, juste
pour voir comment ça se pratiquait et décider
si je ne devais pas en créer un pour mes "empereurs
romains". Or, outre le fait que la plupart des questions
restaient sans réponse, le forum ne servant souvent
que de défouloir à des extrémistes
de tout poil (mais le plus souvent sans poils du tout
sur le crâne, si vous voyez ce que je veux dire),
j'ai été indigné par la façon
dont les internautes candides y étaient traités
: ils se faisaient littéralement "jeter" par d'autres
participants (qui pourtant, bien souvent, ne me semblaient
guère des puits de science !). Comme relégués
"au coin" avec bonnet d'âne virtuel, ces pauvres
"ignoramus" !
Je me suis donc juré qu'on ne verrait pas cela
chez moi. Pas de forum haineux, arrogant et le plus souvent
stérile, mais, pour chacun de mes correspondants
en particulier, une réponse individuelle, courtoise,
et aussi pertinente que possible. En outre, pour bien
montrer que mes réponses n'étaient pas réservées
à quelques spécialistes triés sur
le volet, il me fallait bien évidemment regrouper
cette correspondance et en publier l'intégralité
Enfin, plutôt la presque intégralité
car les mails de félicitation (sans autre sujet
abordé) et ceux qui traitent d'une question trop
générale (du genre : "je voudrais connaître
le nom d'un empereur romain") ne sont pas publiés,
même s'ils font toujours l'objet d'une réponse
personnalisée et amicale. |
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| 10 Mars 2002 |
| Philippe a écrit
: |
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| Je voudrais savoir quelle explication
est la plus plausible au sujet de la mort de Germanicus.
Dans "La Vie des douze Césars", il semble qu'il
soit empoisonné par le gouverneur de Syrie dont
le nom m'échappe, mais dans la série télévisée
"Moi, Claude, Empereur" Caligula dit l'avoir tué,
alors j'aimerais un éclaircissement, si possible. |
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| RÉPONSE : |
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| Comme vous y allez, vous ! Ça
ne vous suffit donc pas qu'on accuse déjà
(sans doute avec beaucoup d'exagération) ce pauvre
Caligula
du meurtre par étouffement de son prédécesseur,
l'empereur Tibère,
du viol de toutes ses surs et de l'extermination
de la plus saine partie su vénérable Sénat
romain ? Il vous faudrait encore, de surcroît, qu'il
ait assassiné Germanicus,
son propre père ! Né en 12 ap. J.-C., ce
pauvret de Caligula n'avait pas six ans à la mort
de son Germanicus de papa. Un âge bien tendrelet
pour un commettre un horrible parricide ! Tant qu'on y
est, et puisqu'on ne prête qu'aux riches, pourquoi
ne pas faire endosser aussi à Caligula, ce monstre
dément, la responsabilité de la crucifixion
du Christ, de la destruction de Pompéi et des invasions
barbares ?...
Mais trêve de plaisanterie
! Si vous vous référez au passage
de la notice consacrée à Tibère
où j'évoque cette pénible affaire
(Clic
!), vous constaterez qu'à mon avis,
la thèse de la mort naturelle de Germanicus
demeure la plus vraisemblable. Même si Pison,
gouverneur de Syrie, ne s'entendait guère
(c'est un euphémisme) avec ce Germanicus
qui était aussi son supérieur hiérarchique,
il n'avait aucune raison objective de commettre
un meurtre qui non seulement ne lui rapporterait
rien mais dont il deviendrait le premier suspect
(ce qui ne manqua pas, par ailleurs, de se produire).
En revanche, Agrippine
"l'Ancienne", l'épouse de Germanicus,
avait tout intérêt à faire passer
son défunt mari pour un martyr, victime innocente
du cruel empereur Tibère
et de sa mère, l'impératrice Livie.
Ce faisant, elle discréditait la famille
régnante pour mieux assurer la trône
à sa propre progéniture (dont faisait
partie Caligula,
futur successeur de Tibère). (Pour tableau
généalogique de la famille Julio-claudienne
: Clic
!
Voici ce qu'écrit à ce sujet l'historien
allemand Ernest Kornemman dont le livre m'a beaucoup
aidé lors de la rédaction de la notice
consacrée à Tibère :
"De retour en Syrie, Germanicus eut à
nouveau des explications avec Pison, qui n'avait
pas suivi avec assez de précision les ordres
du gouverneur général concernant les
légions et l'administration des villes de
sa province, et qui, par ailleurs, n'avait pas bien
traité les clients de Germanicus. Puis, soudain,
le prince tomba gravement malade. Pison qui, en
raison de leurs différends avait décidé
de partir, retarda son départ par suite de
la maladie de son chef. Cependant, comme l'état
de celui-ci s'améliorait, le gouverneur se
mit en route. Germanicus eut alors une rechute et
le 10 octobre (de l'année 19 ap J.-C.)
il expira à Antioche. Avant de mourir,
il avait dénoncé encore une fois son
amitié pour Pison et Plancine (= épouse
de Pison) et retiré à Pison le
gouvernement de la province. Aucun auteur ne nous
dit à quelle maladie succomba cet homme qui
n'avait pas encore trente-quatre ans et était
le " deuxième " de l'empire ; il n'est donc
plus possible aujourd'hui de le déterminer.
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Cette femme passionnée qu'était Agrippine
("l'Ancienne", épouse de Germanicus) laissa
courir dans l'entourage du mourant le bruit que Pison
et Plancine l'avaient empoisonné, d'ailleurs à
l'instigation de Livie. Celle-ci aurait par conséquent
permis ou même perpétré le meurtre
de son propre petit-fils ! Voilà l'origine de la
légende de Livie qu'Agrippine à livrée
au monde et que sa fille Julia Agrippina, mère
de Néron et quatrième femme de Claude, a
immortalisée dans ses mémoires. Agrippine
fit d'ailleurs naître un sentiment de vénération
sans pareil à l'égard de son époux,
soi-disant victime d'un meurtre, si bien qu'on alla jusqu'à
comparer la destinée de Germanicus à celle
d'Alexandre le Grand. C'est ainsi que Tacite, dans ses
Annales (II, 69 et suiv. - III, 1 et suiv.) nous
peint ce sombre tableau de la réalité et
nous transmet la légende de l'empoisonnement. Ici,
nous nous devons donc de faire les plus grandes réserves."
(Ernest Kornemman, Tibère, Éd. Payot,
Paris,1962)
Donc, probablement pas d'empoisonnement ! Mais le peuple
romain, lui, ne l'entendait pas de cette oreille ! La
disparition prématurée de Germanicus lui
semblait inexplicable. Il lui fallait un bouc émissaire.
La foule avala donc tout cru donc les accusations d'Agrippine,
la veuve éplorée, si bien que, devant la
pression populaire, l'empereur Tibère
fut contraint de confier au Sénat le soin de juger
Pison et son épouse Plancine pour le meurtre de
Germanicus. Mais l'empereur n'était pas dupe des
manigances d'Agrippine. Il ne croyait nullement à
la culpabilité de ce Pison qui était aussi
son ami. Voici d'ailleurs les recommandations qu'il adressa
au Sénat en vue de l'instruction du procès
: "Si le meurtre est établi, c'est à
votre justice de consoler les enfants de Germanicus et
ses parents. Examinez également si Pison a tenu,
à la tête des armées, une conduite
turbulente et factieuse ou si ce ne sont là que
des accusations mensongères répandues par
les accusateurs dont le zèle excessif a droit de
m'irriter. Pour quelle raison en effet avoir exposé
nu le corps de Germanicus et l'avoir livré aux
curieux regards de la foule ? Pourquoi avoir répandu,
même à l'étranger, des rumeurs d'empoisonnement,
si le fait n'est pas certain et doit encore être
prouvé ? Certes, je pleure mon fils, et je le pleurerai
toujours ; mais je n'empêche pas l'inculpé
de produire toutes les preuves sur lesquelles il peut
appuyer son innocence, ou même de dévoiler
les torts que Germanicus aurait pu avoir envers lui. Et
à vous, je vous demande que le pénible intérêt
que j'ai dans cette affaire ne vous aveugle pas au point
de prendre de simples rumeurs pour autant de preuves.
Nous devons à la mémoire Germanicus le privilège
d'instruire le procès de sa mort devant le noble
Sénat plutôt que sur la place publique !
Que l'esprit d'équité préside à
tout le reste : ne voyez ni les larmes de ma famille,
ni mon affliction, ni tout ce que la calomnie peut inventer"
(d'après Tacite, Annales, III, 12).
De bien sages paroles dont encore pourraient s'inspirer
bien des tribunaux d'aujourd'hui, d'exception ou non !
Les Sénateurs romains reçurent cinq sur
cinq l'impérial message : faute de preuves (et
de mobile), l'accusation de meurtre portée contre
Pison fut bien vite abandonnée, et l'inculpé
n'eut plus à répondre que de haute trahison,
une accusation d'autant plus fondée que la mauvaise
volonté du gouverneur de Syrie à l'égard
de son chef avait frisé le sabotage. Pison se suicida
avant le verdict, mais en continuant à clamer son
innocence, niant farouchement avoir attenté aux
jours de Germanicus. Quant à son épouse
Plancine, qui restait accusée d'empoisonnement,
elle fut, semble-t-il, acquittée.
Les juges romains en étaient donc arrivés
à la même conclusion que la plupart des historiens
modernes : Germanicus
était sans doute mort de maladie. Il n'avait probablement
pas été empoisonné, ni par Pison,
ni par Plancine, ni par Livie
et encore moins par
Caligula, son propre môme ! |
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