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Odenath
(Septimius Odaenathus)
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La ville de Palmyre
(en araméen Tadmor) était située
dans une oasis au bord du désert syrien.
Ses origines remontent au deuxième millénaire av.
J.-C. Conquise par Alexandre le Grand, elle fut, après la
mort du conquérant macédonien, rattachée au
royaume des Séleucides.
En 63 av. J.-C Pompée le Grand annexa Palmyre à l'Empire
romain. Une annexion toute théorique car, en fait, la ville
resta longtemps en dehors de la sphère d'influence romaine.
Ce n'est qu'à partir de la fin du Ier siècle de notre
ère que des liens plus étroits commencèrent
à se nouer réellement avec Rome. C'est ainsi qu'en
75, le gouverneur de Syrie, M Ulpius Trajan, père de l'empereur
du même nom, rattacha Palmyre au dispositif de défense
des provinces orientales de l'Empire.
À la fin du IIe siècle ou au commencement
du IIIe, Septime
Sévère (ou Caracalla)
lui donnèrent le statut de "Colonie Romaine". La ville garda
cependant ses propres souverains, qui reçurent la citoyenneté
romaine et accolèrent le gentilice Septimius à leur
nom araméen..
C'est ainsi que sur le trône de Palmyre se succédèrent,
de père en fils, deux Septimius Nasor, un Septimius Vaballath,
un Septimius Hairan et enfin notre Septimius Odænathus,
que nous appelons Odenath (ou Odenat, ou Odeinat) |
D'après des inscriptions retrouvées à
Palmyre, il est possible qu'Odenath, citoyen romain de naissance et "personnage
de rang consulaire", ait exercé, avant 258, les fonctions de
gouverneur de la province romaine de Syrie. Jusqu'à cette époque,
Odenath, malgré son titre princier, n'était donc guère,
au mieux, qu'un souverain vassal de Rome et, au pire, qu'un fonctionnaire
de l'Empire.
À partir de 257, sa situation allait évoluer.
Le roi des Perses Sapor Ier, après avoir annexé l'Arménie,
envahit la Syrie voisine. Ce que souhaitait le souverain, c'était
anéantir la puissance de Rome en Orient, rien de moins !
L'empereur Valérien
réagit aussitôt. À la tête, d'une impressionnante
armée, il repoussa l'ennemi héréditaire perse jusqu'à
l'Euphrate, mais se fit battre à plates coutures sous les murs
d'Édesse.
L'empereur romain était prisonnier. Pendant les quelques mois qui
lui restaient à vivre, il allait littéralement servir de
tabouret au souverain oriental.
Fort de sa victoire, le roi de Perse envahit une nouvelle fois la Syrie.
L'Orient tout entier allait-il tomber sous la coupe du monarque sassanide
?
Pas du tout.
Avec l'aide de ses deux fils et du Préfet du Prétoire Ballista,
Macrien,
un ancien ministre de Valérien,
réorganisa la défense romaine et parvint, quasi miraculeusement,
à repousser le souverain perse en Mésopotamie. De son côté,
Odenath de Palmyre paracheva la déroute de l'ennemi en le poursuivant,
l'épée dans les reins, jusqu'aux murs de Ctésiphon,
sa capitale.
Malgré ce triomphe qui vengeait l'orgueil national
romain, le roi de Palmyre se considérait toujours le fidèle
vassal de l'empereur Gallien
qui, à Rome, avait succédé à son père
Valérien.
Macrien, lui, n'adopta pas la même attitude loyale : sans doute
à l'instigation du préfet du Prétoire Ballista, il
se fit proclamer empereur par ses troupeset associa au pouvoir ses deux
fils, Macrien
Junior et Quietus.
Ces usurpateurs disposaient de troupes aguerries et d'or en quantité
suffisante pour fléchir les consciences les plus loyales, aussi
toutes les provinces orientales de l'Empire reconnurent -elles leur autorité.
Toutes ? Non... Le petit royaume de Palmyre résistait
encore et toujours aux sirènes des Macriens. Odenath dédaignait
de reconnaître les usurpateurs orientaux et continuait à
considérer Gallien comme unique empereur romain. Il faut dire aussi
que, pour un homme ambitieux comme l'était le souverain de Palmyre,
Gallien
représentait un suzerain beaucoup moins encombrant que ces Macriens,
père et fils. L'empereur de Rome se trouvait en Occident, autant
dire au diable Vauvert, occupé à batailler contre des kyrielles
d'usurpateurs fraîchement éclos, tandis que les Macriens,
eux, régnaient en Orient, aux portes de Palmyre.
Mais, heureusement pour Odenath (et pour Gallien), ces usurpateurs
attrapèrent la grosse tête !
Fi des provinces orientales ! Ce qu'ils voulaient, c'était aller
à Rome, détrôner Gallien et gouverner la totalité
de l'Empire. Mais pour cela, il fallait anéantir les légions
de l'empereur légitime.
Macrien
Père et son fils aîné prirent donc avec eux la plus
grande partie de leur armée et partirent vers le Nord à
la conquête du trône impérial. Ils avaient laissé
à Quietus,
le cadet la famille, le soin de défendre les provinces dont ils
s'étaient emparés avec les maigres troupes qu'ils lui laissaient
et l'aide du Préfet du Prétoire Ballista.
C'était vraiment laisser la proie pour l'ombre !
Après s'être concerté avec l'empereur Gallien,
Odenath ne laissa pas passer l'occasion d'attaquer Quietus et Ballista,
momentanément affaiblis, et de prendre les Macriens
à revers.
l infligea une grave défaite au jeune usurpateur, le forçant
à se replier dans la ville d'Émèse où le cadet
des Macriens fut tué (ainsi d'ailleurs que le Préfet Ballista)
dans des circonstances assez obscures (tué par la foule ou exécuté
sur l'ordre du roi de Palmyre ?).
Sur ces entrefaites, Gallien s'était également débarrassé
des deux autres Macriens : le général Aureolus,
fidèle à l'empereur de Rome les avait défaits dans
les Balkans. Les usurpateurs avaient été tués peu
après la bataille
En automne 261, Odenath contrôlait nombre de riches
provinces orientales de l'Empire. On pouvait même dire que le Sud
de l'Asie mineure, le Nord de la Mésopotamie, la Syrie et la Palestine
se trouvaient désormais annexés, de fait sinon de droit,
au royaume de Palmyre.
Quant à l'empereur Gallien,
il fut contraint de faire contre fortune bon cur, de baiser la main
qu'il ne pouvait mordre. Le roi de Palmyre, c'était quand même
un rival d'un autre acabit que les Macriens,
Ingenuus
et autre Regalianus
! Alors, tant qu'Odenath ne remettait pas gravement en cause l'unité
(pourtant de plus en plus théorique) de l'Empire romain, mieux
valait le ménager, s'en faire un ami en le couvrant d'honneurs.
C'est ainsi que l'ancien roitelet de Palmyre se vit bombardé de
titres ronflants. Dès 261, il devint Dux Romanorum ("chef
des Romains"). Quelques années plus tard, vers 267, après
qu'il eut encore donné aux Perses une leçon d'art militaire
en allant, une nouvelle fois, ravager les environs de leur capitale mésopotamienne
de Ctésiphon, Gallien le promut au rang de Corrector totius
orientus ("Co-régent de tout l'Orient")
De son côté, Odenath lui-même, fort satisfait de ses
victoires, s'octroya le titre typiquement oriental de "Roi des Rois" (en
Grec "Basileus basileon" et en araméen "mlk mlk",
d'après une inscription bilingue gréco-araméenne
trouvée à Palmyre). Belle promotion pour un obscur descendant
de bédouins arabes !
Cela dit, et ces titres ronflants mis à part, les
historiens sont absolument certains que jamais Gallien
ne l'associa à son trône en le nommant "Auguste" (Augustus)
et que lui-même ne revêtit jamais la pourpre impériale,
contrairement à ce que prétend le rédacteur anonyme
de l'Histoire
Auguste.
Cependant, malgré son apparente sujétion à l'Empire,
il est évident que le roi de Palmyre se souciait autant - voire
plus ! - des intérêts particuliers de sa ville que du prestige
de Rome. Sa mainmise sur les provinces impériales, ainsi que ce
titre tout oriental de "Roi des Rois", qui en faisait l'égal théorique
du grand souverain perse, montrent bien que nous nous trouvons ici en
présence d'un mouvement séparatiste larvé. Il faut
considérer l'action d'Odenath, poursuivie après sa mort
par son épouse Zénobie, comme une "révolution culturelle
orientale", comme une réaction "nationaliste" de l'élément
indigène sémite et araméen contre la colonisation
gréco-romaine.
Vers 267, un obscur complot domestique, dont peut-être
son épouse, la belle Zénobie
tirait les ficelles, mit un terme aux jours d'Odenath. Un de ses familiers
(peut-être un neveu) l'assassina, lui et un des fils, nommé
Herodianus, qu'il avait eu de sa première
épouse. À la mort d'Odenath, sa seconde épouse Zénobie
exerça la régence au nom de Vaballath,
leur fils.
À
noter pour terminer que le fils aîné d'Odenath, celui qui
fut assassiné avec lui, et qui portait le nom de Septimius Herodianus,
ne fut jamais couronné empereur, contrairement à que qu'affirme
l'auteur de l'Histoire
Auguste. Son assassin, que le même ouvrage appelle Mæonius,
ne le fut pas non plus
Et encore moins les deux fils d'Odenath nommés
Herennianus et Timolaus, qui ne sont que des personnages
totalement fictifs, inventés par l'imaginatif auteur de l'Histoire
Auguste pour atteindre le nombre crucial, fatidique et requis des
"Trente
Tyrans".
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