193
Didius Julianus
(Salvius Julianus Severus Didius Marcus)
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Didius Julianus, dont la famille était originaire de
la province d'Afrique (Tunisie actuelle), était apparenté
au célèbre jurisconsulte Salvius
Julianus. En effet, le rédacteur de l'Édit perpétuel
était probablement son grand-oncle.
Le futur empereur fut élevé dans la maison de la
mère de Marc
Aurèle. Il aurait pu plus mal tomber !
En tout cas, grâce à d'aussi hautes relations, sa carrière
s'assimila à un parcours sans faute. Il serait fastidieux
de relater ici en détail les étapes de "l'irrésistible
ascension" de Didius Julianus. Notons seulement que dans les années
170, alors qu'il gouvernait la Belgique au nom de son protecteur,
l'empereur Marc Aurèle, il eut à repousser une attaque
des Barbares d'outre-Rhin. Ne disposant pas de troupes régulières,
il dut "tirer son plan" avec des milices locales levées à
la hâte. Il paraît que Didius Julianus et ses soldats
de raccroc s'en sortirent fort honorablement : les Chauques furent
renvoyés dans les forêts germaniques.
Cette fermeté tendrait à prouver que le futur empereur
n'était dénué ni de qualités d'organisateur
ni de certains talents militaires. Pourtant, les historiens antiques
(Hérodien, Dion Cassius) nous présentent ce personnage
sous un jour très peu favorable. Tous, sauf l'auteur anonyme
de l'Histoire Auguste (fin du IVe siècle), ne voient
en lui qu'un goinfre, aussi gonflé d'ambition que de boustifaille
!
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Cependant, même si ce fut le cas, nous ne pouvons que constater
que ces hypothétiques défauts ne handicapèrent guère
sa carrière. Didius Julianus poursuivit son ascension sous le règne
de Marc Aurèle. Cela se gâta un peu sous Commode
: le fils de l'empereur philosophe ne pouvait pas voir en peinture les
amis de feu son père, ces moralisateurs qui avaient toujours un
petit air conspirateur !
Mais la disgrâce de Didius Julianus fut de courte durée.
En 190, il devint proconsul d'Afrique (du Nord), région d'origine
de sa famille.
À la mort de Pertinax,
assassiné par les Prétoriens, Didius Julianus fut
reconnu empereur par cette même garde prétorienne puis
par le Sénat.
D'après les historiens qui lui sont hostiles, il aurait littéralement
acheté l'Empire. Les Prétoriens, retranchés
dans leurs casernes, avaient mis le trône des Césars
aux enchères : ils l'accorderaient au plus offrant ! C'est
l'offre, monstrueusement colossale, du richissime sénateur
Didius Julianus qui l'emporta.
L'auteur de l'Histoire Auguste, lui, présente les
choses un peu différemment : Julianus n'aurait accepté
le pouvoir qu'à la requête de deux tribuns soucieux
d'éviter l'élévation d'un autre candidat, le
préfet de la Ville.
Mais quoi qu'il en soit et de quelque façon que l'on joue
sur les mots, le résultat fut identique : l'empire avait
été accordé au plus offrant et les Prétoriens
étaient devenus les principaux (pour ne pas dire les seuls)
électeurs du souverain romain.
C'était là une situation que les armées des
provinces ne pouvaient tolérer.
Oh bien sûr ! ce n'était pas le fait même du
pronunciamiento qui les hérissait : toutes les lois
sont faites pour être violées et les règlements
pour être contournés. Non, ce qui les écurait,
c'était que les soldats de la capitale, ces militaires d'opérette,
ces Romains décadents, avaient été les seuls
bénéficiaires des largesses du nouvel empereur. Et
ÇA, c'était vraiment le comble ! C'étaient
eux, troufions de province, qui s'échinaient à maintenir
loin de Rome des Barbares assoiffés de sang ! C'étaient
eux qui combattaient toute leur vie pour une solde de misère
! Et finalement c'étaient ces Prétoriens, ces milites
gloriosi, ces fanfarons, perpétuels bénéficiaires
de la dolce vita romaine, qui, en nommant illégalement un
empereur, amassaient en une heure plus d'or qu'ils n'en verraient
jamais
Il y avait vraiment de quoi râler sec !
Et les légions de province de s'empresser de couronner leur
commandant en chef.
Clodius
Albinus fut acclamé en Grande-Bretagne, Pescennius
Niger en Syrie et, surtout, Septime
Sévère en Illyrie (Croatie).
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| Niger et Clodius étaient loin de Rome.
Pas Septime
Sévère !
À la tête de ses troupes, il fonça sur la Ville
à marche forcées. Au fur et à mesure qu'il
avançait, toutes les villes se ralliaient à lui et
toutes les légions abandonnaient le parti de Didius Julianus.
L'empereur de Rome se retrouvait presque seul alors que les soldats
de Septime Sévère ne se trouvaient plus qu'à
quelques lieues de la capitale. Ravalant tout orgueil, il se rendit,
en désespoir de cause, à la caserne des Prétoriens.
Il supplia ses "électeurs" d'au moins tenter quelque chose
pour entraver l'avance de l'usurpateur. Mais ces soldats étaient
si "dépravés par le luxe de la vie citadine, étaient
si complètement dégoûtés de la pratique
militaire" (Hist. Aug., Did. Jul. V, 9) qu'ils ne bougèrent
pas le petit doigt pour le souverain qui avait pourtant si abondamment
garni leurs escarcelles.
Didius Julianus, condamné à mort par le Sénat,
fut exécuté alors que les troupes de Septime Sévère
pénétraient dans la capitale.
Il n'avait régné que 66 jours (du 28 mars au 2 juin
193).
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