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2012 (page 2/3)

Sommaire de 2012 : Clic !

 
 
26 Mai 2012
Jean-Claude EVEN a écrit :

Voici une page qui devrait vous intéresser : GENÈSE DE LA BRETAGNE ARMORICAINE - Analyse de l'expédition de Magnus Maximus (Printemps 383) - Ouvrage publié sous ISBN.

bretagne armoricaine, maxime, magnus maximus

 

 
 
 
12 Juin 2012
Myriam a écrit :

Une monnaie portant au revers la légende RELIQVA VETERA HS NOVIES MILL ABOLITA, rappelle l’annulation de la dette (900 millions de sesterces) de citoyens romains, décidée par Hadrien, et ayant fait l’objet d’une cérémonie où l’on brûla sur le forum de Trajan les documents relatifs à ces dettes.

monnaie hadrien, RELIQVA VETERA HS NOVIES MILL ABOLITA

L’explication qui veut que cette annulation soit une contrepartie censée calmer l’opinion publique et le Sénat après l’assassinat de 4 sénateurs soupçonnés de complot contre l’empereur (alors qu’Hadrien était à ce moment loin de Rome, en Mésie) et rachetant sa promesse trahie de ne jamais s’en prendre à des membres du Sénat vous parait-elle plausible ?

J’ai lu des informations qui infirment cette explication : Trajan aurait également fait en son temps semblable preuve de largesse envers le peuple, et cette promesse d’Hadrien aurait d’après d’autres sources succédé à ce quadruple assassinat.

Que sait-on de la chronologie exacte de ces évènements ?

 
 
 
RÉPONSE :

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer le complot dit "de Nigrinus" lors d'une correspondance - remontant à 2002, ça ne nous rajeunit pas ! - avec un autre sympathique internaute. Je vous renvoie donc à ce courrier : Clic !.

Aujourd'hui, avec le recul, je pencherais davantage pour une élimination d'opposants, nostalgiques de l'impérialisme de Trajan, et hostiles à la politique "défensive" de son successeur. Les rumeurs de complot présumé regroupant ces personnages résidant séparément aux quatre coins de l'Empire auraient alors servi de prétexte à une épuration, sans doute souhaitée à mi-mot par Hadrien et exécutée par des partisans qui auraient, officiellement, "outrepassé les ordres".

Quant à la spectaculaire mesure d'annulation de dettes, elle est évoquée par l'Histoire Auguste (recueil anonyme et tardif - fin du IVe siècle - de biographies impériales "dans le genre" de Suétone) dans le chapitre qui relate également l'exécution des quatre consulaires :
"Il eut le bonheur d'échapper à une conspiration qui devait éclater pendant un sacrifice, et que Nigrinus, destiné par Adrien lui-même à être son successeur, avait tramée avec Lusius et beaucoup d'autres mécontents. Palma fut mis à mort à Terracine, Celsus à Baies, Nigrinus à Faventia, Lusius pendant qu'il était en route ; tous par l'ordre du Sénat et contre la volonté d'Adrien, comme il le dit lui-même dans ses Mémoires. Voulant détruire au plus tôt la mauvaise opinion qu'on avait conçue de lui, parce qu'il avait permis de faire mourir à la fois quatre consulaires, il se hâta de venir à Rome. (…) Pour effacer ces impressions fâcheuses, il fit distribuer, sous ses yeux, un double congiaire au peuple, qui, pendant son absence, avait déjà reçu trois pièces d'or par tête. Quand il eut justifié, dans le Sénat, tout ce qui s'était passé, il jura de ne jamais punir un sénateur, que d'après l'avis de cette assemblée. Dès le commencement de son règne, il établit des postes publiques, pour épargner aux magistrats les frais de déplacement. Ne négligeant rien de ce qui pouvait lui assurer l'affection des peuples, il remit aux particuliers, dans Rome et dans l'Italie, toutes leurs dettes envers le fisc. Quant aux provinces, il les tint quittes aussi des sommes considérables qu'elles restaient devoir ; et, pour donner toute sécurité aux débiteurs, il fit brûler, dans le forum de Trajan, toutes leurs obligations." (Histoire Auguste, Vie d'Hadrien, VII - trad. : /www.mediterranees.net).

Notez bien que le rédacteur de l'Histoire Auguste, bien que favorable au parti sénatorial, semble d'abord prendre en compte les dénégations de l'empereur, qui, dans ses Mémoires, imputait l'élimination des conjurés au Sénat. Réfutation spécieuse ! Qui pouvait croire cela ? Comment le Sénat aurait-il eu le front de faire liquider quatre de ses plus éminents représentants, quatre militaires bardés de décorations, quatre consulaires comblés d'honneurs, sans l'aval, l'autorisation de l'empereur tout-puissant ? D'ailleurs, l'auteur de l'Histoire Auguste ne croit pas lui-même à cette version "officielle". Sinon pourquoi trouverait-il judicieux de nous montrer, ensuite, l'empereur se présentant devant le Sénat "pour justifier tout ce qui s'était passé" et promettre que, désormais, il ne s'en prendrait plus jamais aux Pères conscrits ? Blanc comme neige, Hadrien n'aurait pas daigné s'abaisser à "se justifier", qui plus est devant les Sénateurs, c'est-à-dire précisément devant ceux, à qui, plus tard, dans son Autobiographie, il attribuera la responsabilité de ces exécutions !

En fait, même s'il était innocent, Hadrien savait que tout le monde le croyait coupable, parce que, théoriquement, lui seul avait le pouvoir d'ordonner l'élimination de personnages aussi considérables. En outre, tout un chacun à Rome savait que ces militaires "va-t'en guerre" lui étaient hostiles depuis toujours, même avant qu'il ne devienne empereur. Hadrien avait le mobile, le pouvoir et l'opportunité de se débarrasser d'opposants encombrants.

Dans la foulée, l'empereur, revenu en hâte à Rome, tenta de faire oublier son implication dans cette triste affaire en distribuant à tous les citoyens une confortable somme d'argent (double congiaire, c'est-à-dire 150 deniers, soit six pièces d'or). La remise des dettes dues au fisc vint dans un deuxième temps, mais le rédacteur de l'Histoire Auguste relie néanmoins - au moins implicitement - cette mesure au meurtre des quatre consulaires : comme le congiaire, cette ristourne sur impôts fut accordée "dès le commencement du règne" et elle aussi était destinée à assurer à l'empereur "l'affection des peuples".

hadrien

Quant à la chronologie de ces événements, elle ne semble, a priori, guère poser de problèmes :
Trajan meurt le 7 août 117.
Hadrien apprend son adoption (et donc son élévation au trône) le 9 août 117.
Hadrien revient à Rome le 9 juin 118.
Si l'on se fie aux allégations de l'Histoire Auguste, l'exécution des quatre consulaires aurait donc eu lieu dans les premiers mois de l'année 118, sans doute au printemps vu que les conditions hivernales rendaient difficiles la transmission d'informations et d'ordres entre la partie orientale de l'Empire, où se trouvait l'empereur, et l'Italie où résidaient la plupart des présumés conjurés.

 

 
 
 
4 Juillet 2012
rv38 a écrit :
(…) Je suis passionné par l'Histoire antique et particulièrement par le monde romain. Je suis allé plusieurs fois à Rome et Pompéi !

La date exacte de l'éruption fait polémique. En effet, les fruits retrouvés dans des boutiques seraient du mois d'octobre, et les fruits du mois d'août étaient déjà en conserve ou séchés. Le vin est mis dans des amphores scellées qu'au mois d'octobre, or plusieurs ont été retrouvées.
Puis il y a cette monnaie retrouvée à Pompéi frappée de la 15e salutation impériale de Titus, en parallèle à la découverte en Espagne d'un texte de loi daté du 8 septembre 79, sous la 14e salutation impériale : L'éruption n'aurait donc eu lieu qu'après le 8 septembre ! La date serait plutôt le 24 octobre !

Je souhaiterais avoir votre point de vue sur cette date !

 
 
 
RÉPONSE :
titus

J'ignorais totalement que la date de l'éruption du Vésuve de 79 était sujette à polémique. Votre courriel m'a ouvert les yeux à cet égard, et une brève visite sur la page "ad hoc" de Wikipédia m'a confirmé ce problème de chronologie.

Mon avis sur la question ?

À franchement parler, que la ville de Pompéi ait été détruite le 24 août ou 24 octobre, la question me paraît dotée d'assez peu d'importance - sauf, bien sûr, pour les victimes, qui auraient bénéficié d'un sursis de 2 mois, ce qui est toujours bon à prendre !

Cela dit, si certains manuscrits de Pline indiquent que l'éruption s'est déroulée aux calendes de novembre (24 octobre), si le vin de l'année était en cours d'élaboration, si les fruits et légumes exhumés sont plus automnaux qu'estivaux, et si - last but not least - on a retrouvé sur le site une monnaie frappée après le 24 août 79, pour moi, la messe est dite : l'éruption du Vésuve s'est bien produite le 24 octobre 79 et non le 24 août de la même année !

Mais, finalement, cela ne change pas grand-chose…

 

 
 
Conclusion de rv38

Merci pour votre réponse et avis.
Sur le fond, vous avez raison : quelle importance la date !
S
auf pour l'Histoire ! Imaginons que nous découvrions que la Révolution française ait eu lieu le 14 août ! Cela change très peu de chose pour les protagonistes, pour l'Histoire : on tirera les feux d'artifices en août dorénavant ! lol
On sait bien que le Christ n'est pas né le 24 décembre 00 !
Cela passionne surtout les historiens.
Les dates ne sont qu'un point de repère pour l'Histoire et ne change en rien l'événement !

 
 
 
 
15 Septembre 2012
Michel ELOY (Site peplums.info) a écrit :
Je me souviens que tu as quelque part - sur ton site - parlé d'un roi chrétien imposé aux Parthes en Arménie. Peux-tu m'en dire plus (nom, date) ?
 
 
 
RÉPONSE :

Effectivement, dans la notice de Galère, j'évoque le roi d'Arménie Tiridate (en fait Tiridate III), restauré sur son trône par ce "César" de Dioclétien, en 297, et qui, selon certaines sources, était chrétien depuis 288.

Voici ce qu'en dit René GROUSSET :
"Cette persécution [la persécution des évêques perses, favorables aux Romains, décrétée par le roi Châhpuhr II] s'accompagna d'une nouvelle rupture entre la Perse et l'empire romain (338). L'enjeu - et la principale victime - de la guerre fut, une fois de plus, l'Arménie. À la vérité, c'était là depuis longtemps le sort de ce pays. Depuis l'avènement de la dynastie locale des Arsacides (53-429), l'Arménie, on l'a vu, apparaissait à la fois comme une dépendance culturelle de l'Iran et comme une dépendance politique de l'empire romain ; de ce fait, elle se trouvait périodiquement écartelée entre les deux influences. Mais l'Arsacide Tiridate III fit définitivement pencher vers Rome le destin de l'Arménie lorsque sur les instances de saint Grégoire l'Illuminateur (Grigor Loussavoritch), il accepta le baptême (vers 301, ou mieux, d'après Adontz, 288). Décision capitale. Dans le grand duel qui commençait entre l'Europe et l'Asie, l'Arménie prenait parti pour la chrétienté, c'est-à-dire pour l'Europe. Comme la France et ses quatorze siècles d'histoire sortent du baptistère de Reims, l'Arménie est née dans le sanctuaire où Grégoire l'Illuminateur baptisa le roi Tiridate." (René GROUSSET, L'Empire du Levant, Payot, 1979).

Note toutefois que le 2e volume de l'Historie du Christianisme des Éditions Desclée, indique une date de conversion de l'Arménie plus tardive, tandis que celle de la conversion de Tiridate II est éludée :
"Les légendes qui entourent la vie de saint Grégoire l'Illuminateur font de lui Ie fils d'un noble arméno-parthe réfugié à Césarée, ou, plus simplement, un Cappadocien. Les premières relations du roi Tiridate avec l'Illuminateur commencèrent bien mal. Le livre, attribué à Agathange (le « porteur de bonnes nouvelles », en grec, mais non en arménien), en ses diverses recensions (arménienne, grecque, arabe, géorgienne et syriaque), décrit le martyre de Grégoire, jeté dans une fosse pour avoir refusé de sacrifier à la déesse Anahit dans son temple d'Erèz. Une version grecque rapporte une lettre adressée à Dioclétien, dans laquelle Tiridate salue « les protecteurs de notre puissance » et annonce le châtiment de Grégoire : c'est le message d'un vassal expliquant comment il applique, en 303 ou en 304, l'ordre de poursuivre les chrétiens «abhorrés ». Si ce texte peu glorieux, évidemment oublié dans la recension arménienne, est authentique, il daterait la passion de Grégoire. Dès lors, le biographe suit la tradition hagiographique recourant au miracle pour expliquer le retournement de Tiridate. Grégoire, tiré après de longues années de la fosse où l'avait jeté le roi, commence une première campagne missionnaire : comme le Thaumaturge, il chasse les démons des temples, il dresse des croix, il prêche la foi en s'efforçant de rallier les prêtres païens.
Mais, pour fonder une Église, il fallait un évêque : Agathange (et surtout la version grecque) évoque l'arrivée de Grégoire accompagné de la haute noblesse arménienne à Césarée. Il avait pris la route après la chute de Maximin Daïa, se dirigeant vers la métropole missionnaire de Césarée, où l'évêque Léonce accueillait en 314 un concile qui consacra Grégoire.
Sur le chemin du retour, Grégoire s'arrête à Sébastée ; il y recrute pour la mission arménienne des prêtres et des clercs de la province romaine. En Arménie, Tiridate et Grégoire organisent l'immersion baptismale de tout le peuple arménien dans les eaux de l'Euphrate près de Bagawan. Le roi confisque les biens des temples, dote le nouveau culte, ordonne la conversion des grands et des prêtres païens. Grégoire construit des églises, organise le clergé, accueille dans des écoles enseignant le grec et le syriaque les enfants des anciennes familles sacerdotales.
" (Histoire du Christianisme - 2. Naissance d'une chrétienté (250-430), sous la responsabilité de Charles et Lucien PIÉTRI, Desclée, 1995).

À mon avis, sans être invraisemblable, cette conversion du roi Tiridate, persécuteur converti par la miraculeuse endurance de saint Grégoire, s'inscrit top bien dans le canevas d'un récit hagiographique pour être tout à fait convaincante ! Il est surtout question de mettre l'accent sur le rôle du saint dans la conversion du pays, quitte à minimiser - voire nier - celui du roi Tiridate.

En outre, cette lettre d'allégeance de Tiridate au persécuteur Dioclétien - que l'auteur de cette étude paraît manier avec des pincettes - prouve au moins une chose : qu'en 304, les chrétiens arméniens étaient suffisamment nombreux pour inquiéter l'empereur romain.

saint gregoire l'illuminateur, armenie

Saint Grégoire l'Illuminateur

 

histoire du christianisme, maissance d’une chrétienté

 

 
 
 
28 Septembre 2012
Hadrien a écrit :

(…) Je souhaiterais vous interroger sur Titus et Bérénice : la princesse et le césar auraient-ils pu se marier valablement au regard du droit romain ? connaît-on le statut de la princesse ? Était-elle citoyenne ? De quel statut jouissait-elle ?

Je vous remercie par avance de la réponse que vous m’apporterez.

 
 
 
RÉPONSE :

Il faudrait au préalable s'entendre sur la notion de citoyenne… J'ai bien l'impression qu'à Rome, ce terme était absolument inconcevable : la femme, éternelle mineure, toujours soumise à la tutelle d'un homme, qu'il soit son père, son mari ou un parent quelconque, ne pouvait légalement jouer aucun rôle politique dans la cité. Généralement confinée à un rôle strictement domestique, elle se devait d'être une digne épouse, une bonne mère et une maîtresse de maison accomplie. Si elle ne se conformait pas à ces règles, elle cessait d'être réputée digne matrone pour devenir, aux yeux de la bonne société, soit une traînée, soit une virago !

En fait, n'était "citoyenne" que l'épouse respectable, si possible mère d'une ombreuse progéniture, et qui, modeste, réservée, n'avait pas l'outrecuidance de réclamer des droits que les traditions intangibles de la Rome Éternelle (mos maiorum) réservaient aux vrais citoyens, nécessairement aussi mâles que virils. La "citoyenne" Agrippine suscita le scandale quand elle prétendit assister aux séances du Sénat aux côtés de son fiston Néron. Mais ladite Agrippine n'avait pas le sens des convenances ! Les autres "citoyennes", elles, avaient bien compris que leur pouvoir - disons plutôt leur influence - ne pouvait s'exercer qu'en coulisses, et qu'en public, elles n'avaient en définitive qu'un seul droit : celui de la fermer !

Alors, bien sûr, la condition féminine variait selon la position sociale, et seules les dames bien nées, aristocrates issues des plus nobles gens et/ou membres féminins de la famille impériale, pouvaient rêver d'exercer une certaine influence sur les grandes affaires de l'État. Et encore, ces rares "femmes libérées" ne pouvaient-elles espérer jouer un rôle politique que par les biais des hommes de leur famille : la matrone intelligente ne manquait pas de donner son avis, voire des conseils avisés à son politicien de mari (ou père, ou frère) et d'influencer ainsi la vie publique de Rome. Mais quant à jouer elle-même un rôle politique, prendre la parole sur le Forum, ou, ainsi que je l'ai déjà signalé, assister aux séances du Sénat à l'instar de a scandaleuse Agrippine, c'était tout bonnement inconcevable.

La majorité des femmes romaines, épouses de prolétaires, de plébéiens miséreux, de petits paysans, n'étaient finalement guère plus libres que les esclaves. Et même pour les représentantes de la "classe moyenne", cette société romaine, "méditerranéenne", fortement machiste, n'était guère encline à leur accorder la moindre prérogative masculine : les jeunes filles "bien élevées" ne sortaient jamais seules, sans chaperon, et les femmes mariées ne pouvaient que rarement déjouer la surveillance sourcilleuse de leur mari, de leur belle-famille, voire de leur fils. Sans compter le "contrôle social" des anonymes de leur rue, de leur quartier…

Bref, une femme romaine pouvait être la fille d'un citoyen, épouse d'un citoyen - et, évidemment, mère de citoyen (c'était d'ailleurs là sa principale fonction sociale), mais jamais vraiment "citoyenne" dans le sens plein, entier et résolument moderne du terme.

Or donc, pour Bérénice, pas de "citoyenneté" romaine équivalente à celle dont jouissait son cher et tendre, le César Titus  ! Toutefois, cette princesse de la dynastie hérodienne était probablement fille, petite-fille et arrière petite-fille de citoyens romains. En effet, selon l'historien juif Flavius Josèphe, après la Guerre d'Alexandrie (47 av. J.-C.), Jules César conféra la citoyenneté romaine à Antipater, père d'Hérode le Grand, qui l'avait efficacement secouru alors qu'il était assiégé dans la métropole égyptienne. Normalement, cette dignité fut transmise d'Antipater à son fils Hérode, lequel la transmit à son tour à Hérode Agrippa Ier, le père de Bérénice.

Notez toutefois qu'un citoyen romain n'état pas nécessairement tenu d'épouser une fille de citoyen - même s'il était généralement mal vu de se marier avec une personne de condition inférieure à la sienne. Le fait que Bérénice aurait été simplement une fille de pérégrin (c'est-à-dire un homme libre non-citoyen) n'aurait donc pas constitué une clause d'impossibilité de son mariage avec Titus. Non, le problème résidait surtout, dit-on, dans le fait que Bérénice était une princesse, et que les Romains abhorraient tout ce qui évoquait, de près ou de loin, la royauté. Surtout incarnée par une Orientale qui, sans doute, ne manquerait pas de jouer auprès de Titus le même rôle néfaste que Cléopâtre auprès d'Antoine. Après le serpent du Nil, on redoutait la vipère du Jourdain !

Mais, qu'en fut-il exactement des amours de Titus et de Bérénice ? Cette belle histoire d'amoureux déchirés par la raison d'état ne serait-elle pas seulement un "coup de com" ? Une manière de démontrer à l'opinion publique romaine qu'appelé à succéder à son père Vespasien, Titus, débauché avéré, tyran potentiel, voulait devenir un empereur irréprochable ? Voyez à ce sujet cette ancienne correspondance : Clic !

titus, buste de titus

Titus

 

 
 
Conclusion d'Hadrien :

Je vous remercie (très tardivement) de votre excellente réponse. Je souhaiterais y apporter quelques éléments qui permettraient peut-être de repenser l’union qui n’eut pas lieu entre Titus et Bérénice.

Tout d’abord, sur Bérénice, civis Romana. Il me semble que la chose n’est pas, pour un juriste romain, inconcevable : cf. Gaius, Inst., 1.30 : “Ideo autem in ipso filio verba adjecimus « si et ipse ejusdem condicionis sit » quia si uxor Latini civis Romana est, qui ex ea nascitur, ex novo SCo, quod auctore divo Hadriano factum est, civis Romanus nascitur.
Ici, je pense que “si uxor Latini civis Romana est” n’est pas à comprendre comme une fiction juridique.

Donc Gaius conçoit et envisage que la femme puisse être civis R.

Ensuite, de ce qui vient d’être dit et si Bérénice tient la civitas R. de son père, comme vous l’aviez supposé, elle jouit donc du jus conubii, et Titus, de droit, aussi. Tous deux disposant du jus conubii, il en résultera que le mariage sera pleinement conforme au droit romain, ce qui ne serait pas le cas si Titus se mariait avec une pérégrine et cherchait à ce que cette union produise tous les effets d’un justum ac legitimum matrimonium.

Autrement dit, si Bérénice jouissait de la civitas et s’il y eut obstacle au mariage, il ne pouvait pas être d’ordre juridique car leur mariage, celui d’un princeps et d’une princesse orientale, aurait pourtant été pleinement conforme au droit romain.

Je vous remercie par avance de la considération que vous apporterez à ma réponse.

berenice, comedie francaise, renee faure, a. falcon

"Je crois, depuis cinq ans jusqu'à ce dernier jour,
Vous avoir assuré d'un véritable amour.
Ce n'est pas tout : je veux, en ce moment funeste,
Par un dernier effort couronner tout le reste :
Je vivrai, je suivrai vos ordres absolus.
Adieu, Seigneur. Régnez ; je ne vous verrai plus
."
(RACINE, Bérénice, Acte V, sc. VII)
Bérénice à la Comédie française (1960)
Avec Renée Faure (Bérénice) et A. Falcon (Titus)