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Août Décembre 2011 (page 2/2)

Sommaire Août Décembre 2011 : Clic !

 
 
22 Novembre 2011
José a écrit :

(…) Je vis bien loin de chez vous : à la Réunion. Je suis passionné d'histoire et je me délecte dans votre site. (…)
Mon parcours a été semblable au vôtre : école catholique en Vendée, lecture en douce de Voltaire, j avais d'ailleurs été horrifié lorsque l'abbé GOURAUD, notre prof de français, nous avait déclaré avec un air gourmand qu'il était mort en damné et qu'il était en enfer. Ma vengeance a été terrible : le vendredi suivant, à 4 heures, j'ai mis du pâté sur mon pain et le samedi, j'étais foutu a la porte !

Mais trêve de plaisanterie. Ma question est la suivante : contrairement à ce que raconte le catéchisme, ce n'est pas Jésus qui aurait créé les évêques, mais des édits et des lois promulguées par des empereurs (CALIGULA ?) afin d avoir des responsables lorsque les diverses sectes chrétiennes provoquaient des troubles. D ailleurs certains de ces évêques ont eu la joie du martyr grâce à ces excités

Bien sûr, l'Histoire officielle ignore tous ces faits.

 
 
 
RÉPONSE :

Tout d'abord, un grand merci pour ce rayon de soleil des tropiques illuminant le morne hiver belge !

Les responsables chrétiens ont-ils été institués par le pouvoir romain pour servir de responsables en cas de débordements de leurs ouailles ?

C'eût été ingénieux ! Mais, d'un autre côté, nommer des dignitaires chrétiens, cela aurait constitué aussi une "reconnaissance de fait" du christianisme en tant que religion autorisée, ce à quoi les empereurs se refusèrent jusqu'au IVe siècle et la conversion de Constantin. Auparavant, le christianisme resta une superstition illicite : sans que, finalement, on sût vraiment pourquoi, il était interdit d'être chrétien, et le seul fait de professer son appartenance à cette secte réputée nuisible était passible de sanctions. Quant aux dignitaires chrétiens, ils ne bénéficiaient, évidemment, d'aucune reconnaissance officielle, ni, a fortiori, d'aucun statut privilégié.

D'après ce que j'en sais, quand les communautés chrétiennes commencèrent à se développer, dans la deuxième moitié du Ier siècle, elles éprouvèrent le besoin de s'organiser. D'un côté, les fidèles, puis, pour diriger les cérémonies et arbitrer les éventuels litiges entre les croyants, des responsables appelés indifféremment, selon les communautés, prêtres (c'est-à-dire, en grec, les "anciens"), évêques (en grec, les "surveillants") ou encore diacres (du grec "serviteur"). Ce n'est que plus tard qu'une structure hiérarchique s'imposa, le diacre étant subordonné au prêtre, et prêtre à l'évêque. À l'origine, ces termes étaient quasi synonymes et les fonctions sacerdotales qu'ils recouvraient quasiment similaires.

 
 
8 Décembre 2011
José réécrit :

Merci pour la rapidité de votre réponse.(mais comment faites-vous car, je pense que vous devez avoir un courrier de ministre ?)

J étais ravi et déçu, car je suis certain d avoir lu cette idée ingénieuse, qui n'est pas de moi, sur la toile ou dans un Historia que je ne peux retrouver

Je me demande quand même quels événements, quels documents, quelles découvertes ont pu faire évoluer à ce point votre pensée ?
En effet, vous laissez entendre que pendant plus de 300 ans, il était dangereux d'être chrétien (et pourtant, ils vont s'emparer du pouvoir), et dans vos réponses "Persécutions anti-chrétienne" à JACKY, le 7 janvier 2003; vous expliquez que "la première persécution légale, suite à un décret impérial, n'aurait eu lieu que sous le règne de Dèce (249-251)". Et encore, vous en minimisez la gravité !

Ne vous méprenez pas, il n'y a aucune intention de piège dans ma question !

 
 
 
RÉPONSE :

Un courrier de ministre ? Ben, justement, ces derniers temps, le courrier des lecteurs de mon site est beaucoup moins foisonnant qu'auparavant. Faut croire que mes visiteurs (toujours aussi nombreux, Dieu merci !), trouvent sur le Web directement réponse à leurs interrogations, soit chez moi, soit sur d'autres sites, genre Wikipédia. Alors, un courrier de ministre ?… oui, mais alors un ministre belge (nous sommes restés sans gouvernement pendant près de 550 jours) !

Ça fait plaisir d'avoir affaire à des lecteurs attentifs tels que vous ! Mais rassurez-vous, du moins en ce qui concerne la répression du christianisme, il n'y a aucune contradiction entre ce que je vous ai répondu et les propos de mon site.

Je m'explique (un peu longuement, et je m'en excuse) :

Presque dès son apparition, le christianisme fut interdit par les autorités romaines. Pourquoi ? Les experts en débattent toujours…

Certains évoquent un décret néronien : les Chrétiens étant considérés comme les responsables du grand incendie de Rome, l'empereur Néron aurait interdit légalement cette secte d'incendiaires. Mais personne n'a jamais pu produire ce texte législatif, et Néron paraît bien s'être limité à punir ponctuellement, à Rome, des présumés incendiaires, et non des sectaires dangereux dans tous son Empire.

Plus vraisemblablement, les Romains s'en seraient pris aux Chrétiens parce qu'ils prétendaient être dispensés des prières et des sacrifices "patriotiques" (destinés à attirer la protection des dieux sur Rome et sur la famille impériale) alors que, légalement, seuls les Juifs bénéficiaient de cette dispense, en vertu du caractère particulier et ethnique de leur culte monothéiste national. Or, les Chrétiens voulaient selon l'expression d'Hubert Monteilhet, "dilater la synagogue aux dimensions de l'univers" : ils se revendiquaient de la tradition juive, mais recrutaient leurs fidèles parmi tous les peuples de l'Empire. Leur accorder les mêmes privilèges que les "vrais" Juifs revenait donc, à terme, à exempter une part de plus en plus importante de la population de ces manifestations de loyalisme qui constituaient pourtant un des rares facteurs d'unité idéologique - un "ciment social" - de cet Empire qui en avait bien besoin, étant si "pluriethnique" et si "multiculturel" (pour reprendre des termes d'aujourd'hui). L'extension de la dispense juive était donc difficilement acceptable pour les autorités romaines, du reste fort perplexes, fort interloquées, par le refus opiniâtre de ces fanatiques d'accomplir des rituels anodins qu'ils estimaient, eux, davantage patriotiques que religieux. Car ce qu'on leur demandait, ce n'était pas la mer à boire : brûler quelques grains d'encens devant la statue de l'empereur, ou manger quelques bouchées de viande d'animaux sacrifiés en l'honneur de la Rome Éternelle. Mais ces Chrétiens s'y refusaient mordicus ! Un tel mépris de ces cérémonies patriotiques ne démontrait-il pas que, malgré leur dénégations formelles, ces sectaires étaient d'inexpiables ennemis de la civilisation romaine ?

neron

De surcroît, à cette époque (fin du Ier siècle, début du IIe), la Judée était un foyer virulent de rébellion. Il est donc probable que le refus obstiné des Chrétiens de manifester leur loyalisme envers Rome les fit considérer par les autorités romaines comme les agents potentiels d'une "cinquième colonne" juive, des clones de zélotes, des messianistes exaltés, susceptibles d'opérer non plus dans la lointaine Judée, mais au cœur même des villes les plus prospères de l'Empire. Et l'on doit reconnaître que la lecture de certains textes chrétiens, du genre de l'Apocalypse, qui vouait Rome aux flammes, l'empereur aux gémonies et la civilisation gréco-romaine à l'anéantissement, n'était pas de nature à rassurer les policiers romains. N'apaisait guère les soupçons non plus le culte qu'ils vouaient à ce Chrestos, un type condamné à mort pour rébellion et exécuté de la pire façon qui fût. Comme l'écrit savoureusement l'historien Lucien Jerphagnon, "un Dieu avec un casier judiciaire, ce n'était guère engageant".

Bref, le christianisme étant réputé hostile à l'Empire, et ses fidèles considérés comme des ennemis potentiels de Rome, il ne fut pas permis d'être chrétien, et cette situation perdura jusqu'au règne de Constantin. Mais attention ! cela ne signifie pas pour autant que les Chrétiens furent persécutés, continuellement, pendant trois siècles. La plupart du temps, ils purent vivre tranquillement, en pratiquant leur religion, certes de façon discrète, mais sans réelles entraves. En effet, généralement, n'étaient poursuivis que les Chrétiens qui, pour une raison ou une autre, "sortaient de la clandestinité". Par exemple, ces Chrétiens de Bithynie (Turquie actuelle) qui posèrent tant de problèmes à Pline le Jeune, alors gouverneur de cette province, qu'il demanda conseil à l'empereur Trajan. Pline savait parfaitement qu'il était interdit d'être chrétien, mais, parmi les accusés se trouvaient nombre de gens de bonne réputation que le gouverneur ne pouvait, sans paraître ridicule, accuser d'antipatriotisme. Et l'empereur lui répondit par un rappel à la jurisprudence : Il n'y avait pas à poursuivre systématiquement les Chrétiens, mais il fallait les condamner s'ils étaient convaincus d'appartenir à la secte. Quant ceux qui niaient l'être, et qui le prouvaient en sacrifiant aux dieux, ils devaient être directement relaxés, même si les soupçons qui pesaient sur eux étaient lourds. Quant aux dénonciations anonymes, précisait encore Trajan, elles ne devaient jamais être prises en considération car, écrivait-il, c'est un procédé détestable et qui n'est plus de notre temps.

Telle sera, en gros, la stratégie des Romains à l'égard du christianisme. Elle est précisée en termes plus concis par l'empereur Hadrien, successeur de Trajan : Si quelqu'un les accuse (les Chrétiens) et prouve qu'ils font quelque chose qui est contraire aux lois, décide selon la gravité de la faute. Mais, par Hercule ! si quelqu'un allègue cela par délation, prononce un verdict sur cette conduite criminelle (la délation) et aie le souci de la punir. Et Antonin le Pieux, successeur d'Hadrien, enfonce encore le clou : De nombreux gouverneurs de provinces avaient écrit à propos de ces gens (les Chrétiens) à mon divin père (= Hadrien). Il leur avait répondu que ces gens-là ne devaient nullement être vexés tant qu'ils ne seraient pas trouvés à comploter contre l'Empire romain. Beaucoup aussi ont fait recours à moi à leur sujet ; je leur ai répondu en suivant la décision de mon père. Si donc quelqu'un continue à attaquer l'un de ces Chrétiens et le dénonce parce que tel, que ce Chrétien soit absous, même s'il apparaît qu'il est Chrétien."

trajan

Donc, on condamnait le christianisme en tant que "superstition illicite", mais on ne recherchait pas les Chrétiens, et l'on n'accordait aucun crédit aux dénonciations anonymes.

Toutefois, cette politique (relativement) tolérante avait ses limites, et la situation des Chrétiens dans l'Empire demeura précaire. Outre l'insécurité juridique qui était leur lot, ils étaient fréquemment victimes de mouvements populaires antichrétiens, d'émeutes, de pogroms dirigés contre eux. Évidemment, leur répugnance envers les manifestations civiques ainsi que l'attention qu'ils portaient aux signes néfastes, selon eux annonciateurs de la fin des temps - qu'ils appelaient de tous leurs vœux - les signalaient à l'attention de leurs voisins païens. Aux yeux de ceux-ci, ces Chrétiens, qui traînaient déjà une solide réputation d'asociaux, semblaient se réjouir des malheurs de l'Empire. À partir de là, le pas était vite franchi de les accuser d'avoir "le mauvais œil" et d'être, en définitive, responsables des défaites militaires, des invasions, des épidémies, des tremblements de terre et des famines. Et le bon peuple tombait alors à bras raccourcis sur les pauvres Chrétiens, les assommant, les lynchant et les massacrant sans autre forme de procès.

Et puis, il faut bien l'avouer, le militantisme de certains sectaires chrétiens n'était pas fait pour arrondir les angles. La secte des Montanistes, par exemple, encourageait ses fidèles à aller au-devant du martyre, et tous les gouverneurs romains n'étaient pas doués du solide bon sens d'Arrius Antoninus. Celui-ci, voyant débouler dans son prétoire une bande d'excités chrétiens réclamant le martyre à cor et cri, leur conseilla (littéralement) d'aller se faire pendre ailleurs plutôt que de recourir à la justice romaine pour assouvir leurs instincts suicidaires ! (Voyez ici : Clic !). Moins "pince-sans-rire", de nombreux juges romains appliquèrent sans barguigner la loi romaine, et, dura lex, sed lex, donnèrent satisfaction aux fanatiques en les envoyant qui à l'arène, qui au bûcher, qui sur la croix.

C'est sans doute ce qui arriva aux célèbres Martyrs de Lyon. Eux aussi professaient l'hérésie montaniste, et un fâcheux concours de circonstances (invasions barbares difficilement contenues par Marc Aurèle, grande manifestation patriotique autour de l'Autel des Gaules, origine étrangère des Chrétiens incriminés - ils étaient tous originaires d'Asie mineure - et leur fanatisme morbide) les conduisit à leur perte. Après avoir comparu devant des magistrats intransigeants ou subissant la pression d'une populace hostile, Sainte Blandine, Saint Pothin et leurs compagnons eurent le grand bonheur de recevoir les palmes du martyre ! (Voyez aussi : Clic ! et Clic !).

On peut aussi regretter la verve de certains auteurs chrétiens qui, sous couleur d'apologie de leur religion, multipliaient les provocations. Lisez ce passage du bouillant Tertullien, un Africain proche de l'hérésie montaniste :
"Combien de fois sévissez-vous contre les chrétiens, obéissant tantôt à haines personnelles, tantôt à vos lois ? Combien de fois, sans votre permission, une populace hostile ne s'est-elle pas ruée sur nous, de son propre mouvement, avec des pierres et des torches enflammées ? Avec une fureur pareille à celle des Bacchanales, on n'épargne pas même les chrétiens morts : on arrache du repos de la sépulture, de cette sorte d'asile de la mort des cadavres déjà décomposés, déjà méconnaissables, on les déchire et on les met en pièces. Et pourtant, quelles représailles pour de tels outrages avez-vous à reprocher à ces gens si unis, si pleins de courage jusqu'à la mort, alors qu'une seule nuit, avec quelques petites torches, suffirait pour assouvir largement notre vengeance, s'il était permis chez nous de rendre le mal pour le mal. (…) En effet, si nous voulions agir, je ne dis pas en vengeurs secrets, mais en ennemis déclarés, le nombre des bataillons et des troupes nous ferait-il défaut ? (…) Nous sommes d'hier, et déjà nous avons rempli la terre et tout ce qui est à vous : les villes, les îles, les postes fortifiés, les municipes, les bourgades, les camps eux-mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le Sénat, le forum ; nous ne vous avons laissé que les temples ! Pour quelle guerre nous aurait manqué ou la force ou le courage, même si nous étions inférieurs en nombre, nous qui nous laissons égorger si volontiers, si notre loi ne nous défendait pas de tuer plutôt que d'être tué ?" (TERTULLIEN, Apologétique, XXXVII - Trad. remacle.org).
Tertullien a beau proclamer qu'il ne convient pas aux chrétiens de se venger, sa prose véhémente transpire le ressentiment, l'exaspération, la colère. En outre, il est assez maladroit, pour une secte présumée peuplée d'incendiaires, de proclamer que quelques petites torches brandies par des quelques hommes déterminés, suffiraient à assouvir la vengeance de chrétiens persécutés.
Peu rassurante pour les autorités romaines, cette diatribe !

Jusqu'à la conversion de Constantin, la vie des Chrétiens ne fut donc pas nécessairement un long fleuve tranquille.
Cependant, les tracasseries restèrent locales et temporaires… du moins temps que l'empereur n'édicta pas de lois de persécution générale. Mais là encore, il convient de distinguer !

L'empereur Dèce aurait été le premier souverain romain à prendre des mesures antichrétiennes. En réalité, il aurait ordonné aux citoyens d'effectuer des sacrifices aux dieux afin d'attirer leur protection sur l'Empire et son souverain. Et comme beaucoup de Chrétiens estimaient qu'ils ne pouvaient, en conscience, accomplir ces rites païens, ils se trouvèrent automatiquement "hors la loi" et passibles de sévères sanctions pénales. Notez que le texte du décret de Dèce ne nous est pas parvenu, et qu'il faut par conséquent se fier à que nous en disent les auteurs chrétiens. Toutefois, certains historiens estiment - et je suis d'accord avec eux - que la persécution de Dèce fut plutôt une réaction "traditionaliste" après le règne de Philippe l'Arabe, le prédécesseur de Dèce, très favorable au christianisme, sinon Chrétien lui-même.

Quelques années seulement après Dèce, l'empereur Valérien aurait remis le couvert en promulguant lui aussi des décrets de persécution générale. Mais ici encore, il convient de relativiser : faute de posséder les textes législatifs originaux, on suppose que c'étaient les dirigeants chrétiens - et surtout leurs richesses - qui étaient visés. Pourquoi ? Peut-être - et là, c'est moi qui émets l'hypothèse - suite à de lourds soupçons de trahison pesant sur les communautés chrétiennes d'Orient, jugées trop favorables à l'envahisseur perse qui s'était emparé quasi sans coup férir d'Antioche, la troisième ville de l'Empire.

Il fallut attendre la fin du règne de Dioclétien pour voir une persécution réellement générale et bien attestée historiquement… Encore que, si la réalité historique de cette "grande persécution" ne peut être niée, les raisons véritables de cet acharnement subit à l'égard d'une religion dont l'empereur semblait s'être parfaitement accommodé jusque-là demeurent à mes yeux assez mystérieuses. (Voyez ici : Clic !).

dece, trajan dece

En conclusion, jusqu'à la conversion de Constantin, la situation des Chrétiens dans l'empire resta généralement dangereuse et leur sécurité juridique précaire, même en dehors des périodes de persécutions légales. Toutefois ces bouffées de répression étatique ou ces accès de violences populaires furent toujours temporaires et localisées. Entre-temps, les fidèles pouvaient pratiquer (discrètement) leur religion et bénéficier d'une relative tolérance.

 
 
José réécrit :

Votre réponse si bien documentée et pleine de bon sens, me confirme bien l'intuition qui me taraude l'esprit depuis que j'ai découvert internet : l'église catholique est responsable de la plus grande escroquerie intellectuelle de l Histoire, à savoir :il n'y a eu que très peu de pogroms provoqués par les empereurs romains (quelques milliers étalés sur trois siècles et non des centaines de milliers comme elle le prétend).

Il ne faut pas être grand clerc pour en déduire que, pendant cette période, les luttes intestines des différentes sectes ont certainement fait beaucoup plus de dégâts humains, et ne parlons pas des millions de morts dont elle porte la responsabilité dans les 17 siècles qui vont suivre son triomphe !!!

Mais le summum du cynisme, c est que sans la moindre pudeur, elle s approprie le martyr de gens qui suivaient les enseignements d autres sectes (je revois encore dans mon livre d histoire, quand j'étais gamin, la gravure du martyre de Sainte Blandine dans un filet sur les cornes d un taureau furieux). Ce livre date de 1938 et nous sommes dans un pays laïc !!!

Je vous donne une adresse mail :

LETTRE OUVERTE A PAUL VEYNE SUR L'INCENDIE DE ROME PAR CEUX QUI AURAIENT ÉTÉ "LES CHRÉTIENS".

Essayez de rentrer sur ce site, je suis sûr que vous ne serez pas déçu et j'aimerais avoir votre avis sur la position de M. LEGOFF.

 
 
 
RÉPONSE :

Désolé, mais pour l'instant, je ne dispose pas du temps nécessaire pour me livrer à l'analyse de la longue diatribe de ce M. Legoff - d'autant plus qu'il faudrait aussi que je re-visionne les épisodes de la série L'Apocalypse afin d'y retrouver ces propos de Paul Veyne qui tant suscitèrent son indignation. Je dois aussi vous avouer que je suis assez peu à l'aise dès qu'il s'agit de commenter les opinions d'autrui : n'étant qu'un simple amateur d'histoire, et non un vrai historien diplômé et estampillé, je me sens très peu qualifié pour émettre publiquement des jugements de valeur sur telle ou telle thèse émise par des personnes que ma modestie congénitale estime plus compétents que je ne le suis.

J'ai seulement donc seulement lu en diagonale le texte de M. Legoff. Toutefois, si j'ai bien compris, il n'y aurait pas eu de chrétiens dans la Rome néronienne mais plutôt des Nazôréens. Là, passez-moi l'expression, c'est "se chatouiller pour se faire rire", ou, si vous préférez, "couper des cheveux en quatre" ! Pour moi, paléochrétiens ou Nazôréens sont quasi synonymes (voyez : Clic !). L'important, c'est de constater qu'il existait bien à Rome, dans les années 60 de notre Ère une communauté se réclamant de Jésus et qui fut soupçonnée - à tort ? à raison ? - d'avoir bouté le feu à la Ville (voyez : Clic !). Finalement, peu importe que ces gens s'appelaient Nazôréens ou Chrétiens : de toute façon, aux yeux des autorités romaines, cette racaille se distinguait peu des Juifs ! Et quand ces originaux se réclamaient d'un certain Chrestos, les policiers ne faisaient pas nécessairement le lien avec Jésus-Christ, mais imaginaient plutôt un meneur aux cheveux gras ou à la peau huileuse (d'après le sens du mot grec chrestos, qui désigne quelqu'un enduit d'huile - voyez : Clic !).

Notez aussi que si les "Chrétiens" de Rome étaient des messianistes liés aux zélotes "nationalistes" qui opéraient en Judée, la meilleure chose à faire pour favoriser le succès d'une révolte juive, c'était effectivement de ficher le feu à la capitale de l'Empire.

La preuve ?

Eh bien, tout simplement parce que c'est ce qui s'est effectivement passé :

Pour reconstruire - sur des bases nouvelles et urbanistiquement ambitieuses - sa capitale complètement dévastée par le feu, Néron fut contraint de pressurer les provinces. Ces levées d'impôts exceptionnelles, ainsi que la monopolisation de toutes les ressources de l'État au profit de la reconstruction de Rome, et ce au détriment des secteurs tout aussi importants (l'armée, par exemple), provoquèrent un mécontentement général et aboutirent enfin aux mutineries des armées provinciales qui coûtèrent son trône et sa vie à Néron. Et pendant ce temps, les révoltés juifs purent engranger des succès militaires qui les libérèrent, pour un temps, de la tutelle romaine… avant que les diverses factions juives se dressent les unes contre les autres, et se livrent, devant les yeux ébahis des Romains qui revenaient en force, à une véritable guerre civile fratricide et suicidaire.

neron

Mais ça, c'est une autre histoire…

 

 
 
 
9 Décembre 2011
JP Landrier a écrit :

Objet : la force chrétienne ?

Concernant la conversion de Constantin, je n'arrive pas à séparer "le grain de l'ivraie" en ce qui concerne le motif de cette décision.
Le mouvement chrétien était-il très puissant donc armé et violent selon usage de l'époque ?
Quels auteurs romains peuvent nous renseigner sur ce fait ?

 
 
 
RÉPONSE :

Dans la notice biographique, écrire il y a bien dix ans, que j'ai consacrée à Constantin, j'émets l'hypothèse d'un empereur rallié au christianisme par pur réalisme politique. Il ne s'agissait en fait que d'une arme de propagande, destinée à se procurer des intelligences en territoire ennemi ; à consolider la « cinquième colonne » chrétienne opérant dans les provinces contrôlées par Maximin Daïa (puis par Licinius, son ancien allié devenu son rival après qu'il eut vaincu et remplacé Maximin Daïa dans l'Orient romain).

Je ne puis citer aucune source antique étayant cette hypothèse d'un Constantin machiavélique qui, estimant que "l'Empire vaut bien une messe" (selon l'expression de Lucien Jerphagnon), ne se serait converti au christianisme que pour se constituer une force de subversion dans les provinces contrôlées par ses ennemis.

En effet, la vie de Constantin nous est connue principalement par ses thuriféraires chrétiens, Eusèbe de Césarée et Lactance, et il va de soi que ces propagandistes ne pouvaient peindre leur héros sous d'aussi matérialistes traits. Pour eux - et selon la version qu'ils tenaient (affirmèrent-ils) de l'empereur lui-même - la conversion de Constantin fut fruit d'une intervention divine, d'une vision dont il aurait bénéficié peu avant la bataille décisive du Pont Milvius. Et si des considérations politiques furent prises en considération, ils se gardèrent d'en souffler mot.

En réalité, il est impossible de connaître précisément les raisons qui poussèrent Constantin à se rapprocher du christianisme, puis à la favoriser, pour enfin être baptisé sur son lit de mort. Aujourd'hui, j'admets volontiers que les contingences géopolitiques ne furent sans doute qu'une raison - parmi d'autres, peut-être plus personnelles, plus intimement liées à sa psychologie, à ses croyances - qui firent de cet homme le premier empereur chrétien. Mais comment connaître les ressorts psychologiques intimes d'un homme mort depuis près de dix-sept siècles ? (Voyez à ce sujet ces courriers échangés avec d'autres sympathiques internautes : Clic !, Clic ! et Clic !).

Je me permettrai toutefois une petite remarque :

On reconnaît généralement l'habileté politique de Clovis, se faisant baptiser selon le rite catholique - un peu ? principalement ? - pour rallier à sa cause les sujets catholiques de ses voisins et ennemis, les rois wisigoths et burgondes, adeptes, eux, de l'hérésie arienne. Dès lors pourquoi, deux siècles plus tôt, Constantin, confronté à un problème politico-militaire comparable à celui de Clovis, n'aurait-il pas eu recours, à une stratégie du même ordre ?

vision de constantin, constantin

Quant à demander aux premiers historiens de l'Église d'évoquer une force de frappe chrétienne, susceptible de résister aux persécuteurs autrement qu'en tendant évangéliquement l'autre joue, il en était encore moins question que d'évoquer la duplicité de Constantin. La "légende dorée" était en cours d'élaboration. Les chrétiens ne pouvaient apparaître que comme les victimes des hideux persécuteurs. L'on passa donc sous silence les résistances - légitimes - aux édits de persécutions. Afin de montrer une communauté quasi unanime dans l'acceptation du martyre, même les comportements, bien excusables et sans doute largement partagés, de nombreux chrétiens qui échappèrent aux poursuites en fuyant ou en obtenant des attestations de complaisance, furent minimisés !

Ce n'est que quelques dizaines d'années après l'avènement de l'Empire chrétien que les propagandistes chrétiens en vinrent enfin à décrire franchement cette force de frappe chrétienne et les méthodes musclées de ses adeptes. Par exemple les tournées "missionnaires" de saint Martin - celui qui pouvait se contenter d'un demi manteau, mais non de demi mesures -, parcourant le Nord de la Gaule, accompagné d'hommes en armes et de moines costauds, afin de détruire les temples païens à grands coups de hache et de convertir les idolâtres en leur enfonçant le Credo dans la caboche avec des arguments aussi frappants que contondants. Ou saint Jean Chrysostome (en français, Bouche d'Or), qui prend sa plus belle plume et se fend de brillants sermons pour encourager les moines qui saccagent les sanctuaires païens de la Montagne libanaise. Et ce Marcellus, évêque d'Apamée, qui avait recruté une véritable milice privée afin de détruire les temples qui subsistaient encore dans son diocèse. Mal lui en prit d'ailleurs : capturé dans la plaine de la Bekaa par des païens qu'il tentait de convertir avec l'aide persuasive des soldats et des gladiateurs dont il s'était assuré le pieux concours, il finit brûlé vif dans le temple qu'il avait lui-même incendié. Et n'oublions pas non plus les armées privées des patriarches d'Alexandrie d'Égypte. Composées de moines et de fossoyeurs ! Elles furent responsables de la destruction des principaux monuments païens de la métropole égyptienne - et aussi de l'assassinat de la célèbre philosophe Hypatie (Clic ! et Clic !).
Pour plus de renseignements sur ces agissements, je vous invite à consulter la Chronique des derniers païens" de Pierre CHUVIN (Éditions Les Belles Lettres, 2009).

N'y a-t-il pas lieu de penser que ces extrémistes chrétiens, si prompts à "casser du païen" dès que leur culte fut autorisé, furent également très capables de s'organiser afin de répondre efficacement aux persécutions (d'ailleurs éphémères) du pouvoir romain ?

NOTE COMPLÉMENTAIRE (21 Novembre 2011)

centurie des convertis, bruno cesard, manuel morgado, anna luiza koehler, ricardo venancio

LA CENTURIE DES CONVERTIS
Bruno CÉSARD (sc.), Anna Luiza KOEHLER (d. tome 1), Ricardo VENÂNCIO (d. tome 2) Manuel MORGADO (coul.), La Centurie des Convertis (2 tomes en un), Fauvard éd., 2011

Dans la maison de Lucius Maulius à Rome, se cache une poignée de chrétiens échappés à une rafle des prétoriens. L'un d'eux, l'apôtre Pierre évoque pour ses ouailles les origines de leur Foi : des faits dont trente ans plus tôt il fut témoin direct, quoique pas toujours... Près de lui sont les tribuns Flavius Cornelius et Equitus, son collègue. Avec d'autres légionnaires romains convertis à la Foi nouvelle, ils ont créé une milice d'autodéfense pour, de leurs persécuteurs, protéger les prosélytes.

Analyse de cette BD : voir site www.peplums.info : Clic !

Nous sommes ici transporté près de trois siècles avant Constantin, à l'époque de Néron et de l'incendie de Rome, mais cette intéressante et ingénieuse BD met en scène une "milice" chrétienne, chargée de protéger les fidèles chrétiens des odieux persécuteurs.
Fiction, bien sûr !… Pourtant est-il vraiment insensée de penser que, toujours et partout, les chrétiens persécutés "tendirent l'autre joue" à leurs bourreaux.

 

 
 
 
20 Décembre 2011
Charlotte a écrit :

Je suis en classe de terminale S et j'ai un devoir de philo à rendre à la rentrée. Plus exactement une explication de texte.

C'est un texte de Nietzsche dans lequel il parle de la religion et de la place des sacrifices dans celle-ci.
Il parle à un moment d'un sacrifice fait par Tibère.
Je cite : "le sacrifice offert par Tibère dans la grotte de Mithra à Capri, le plus affreux anachronisme de l'histoire romaine".

J'ai trouvé des choses sur Mithra et sur Tibère, mais rien sur ce sacrifice.

J'ai vraiment besoin d'une explication parce que c'est un passage très important du texte, donc si vous pourriez m’éclairer un peu sur le sujet, ça serait génial.

 
 
RÉPONSE :

Désolé, mais je ne vois absolument pas à quelle anecdote Frédéric Nietzsche fait allusion.
Si j'en crois le contexte, il serait question de sacrifice humain, or, l'empereur Tibère était résolument hostile à ces pratiques religieuses "barbares". Ce serait même une des motivations de son édit interdisant la religion des druides (voyez : /www.historia-nostra.com/).

Quant au culte de Mithra, je n'en suis pas grand spécialiste, mais il ne semble guère attesté à Rome à l'époque de Tibère (voyez : fr.wikipedia.org). De surcroît, Tibère, qui penchait plutôt vers le stoïcisme (mâtiné d'astrologie) était très peu favorable aux cultes orientaux (voyez : fr.wikipedia.org).

Alors, quoi qu'il en soit, avec ce Tibère, pourtant contempteur des cultes exotiques, qui offrirait un sacrifice, rigoureusement prohibé par les lois qu'il a lui-même édictées, à une divinité alors quasi inconnue à Rome, Nietzsche a mille fois raison de parler d'affreux anachronisme !

 

 
tibere
 
 
25 Décembre 2011
Gérard Barbier a écrit :
 

Je mets un petit article pour faire le lien entre Montherlant et Quo Vadis (…) ; worldofdream.over-blog.com

Petites précisions :

(…) La préface de Montherlant ne se trouve que dans la version du « livre de poche » version de Lethielleux « pour la jeunesse ». On peut dire une traduction raccourcie par Janasz, « améliorée » par Fénéon et expurgée par les gens de Paul Lethielleux
Si l’intervention de Natanson fut le lien polonais décisif pour la revue blanche, cette préférence est surprenante quand on apprend que Sienkiewicz était très critique sur Zola qui faisait partie des dreyfusards que soutenait ardemment cette revue.

Aussi la GF qui présente l’excellente étude de Beauvois (qui contrairement à Mme Vogel lit le Polonais) est la traduction de Halpérine Kaminsky. Comme il n’y a pas de petite concurrence à perdre, GF inscrit une phrase du 13eme César en 4eme de couverture.

J’attends de lire le livre de Daniel Beauvois sur Sienkiewicz.

quo vadis, henrik sienkiewicz