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Janvier Juillet 2011 (page 3/3)

Sommaire Janvier Juillet 2011 : Clic !

 
 
15 Avril 2011
Mathieu a écrit :

Je me permets de vous demander une question qui sort du champ de votre site, vu que je me demande ce qui s'est passé en Italie après l'abdication de Romulus Augustule en 476 ; quand exactement la civilisation antique a-t-elle "trépassé" en Italie ?

Comme vous le faites remarquer, l'abdication de Romulus Augustule fut pour ainsi dire un "non-évènement" pour les contemporains, et les magistratures traditionnelles continuèrent à être attribuées pendant un certain moment bien après 476 (voir par exemple : fr.wikipedia.org/).

Les historiens ne semblent pas d'accord pour fixer une date précise pour la fin de la civilisation antique en Italie : il semble que les évènements du second tiers du Vie siècle (pour être plus précis, les tentatives de reconquête de l'Italie sur les Ostrogoths par Justinien et ses généraux Bélisaire et Narsès) aient "mis à genoux" l'Italie, et que l'invasion lombarde de 568 l'ait définitivement jetée dans le "Moyen Âge" (appellation que je n'aime pas à cause de son caractère dépréciatif, mais l'usage l'a malheureusement consacrée).

Connaîtriez-vous des sources parlant de l'Italie entre 476 et 568 ?

 
 
 
RÉPONSE :

Hélas, je ne puis guère vous aider dans vos recherches. Comme le supposez vous-même, je ne dispose pas de documentation très détaillée sur ce qu'il faut bien nommer "le Haut Moyen Âge italien".

Cela dit, il est évident que la civilisation gréco-romaine ne s'est pas écroulée d'un seul bloc, à une date précise, quelque part entre les Ve et VIe siècles. Ce fut davantage un "déclin" qu'une "chute", avec d'ailleurs un genre de renaissance, une sorte de revival antique, sous le règne du roi Théodoric, un Ostrogoth qui, sans doute nostalgique de la grandeur de Rome, se voulait l'ardent partisan de l'art de vivre romain, le continuateur politique des Césars et le protecteur des belles-lettres classiques… Ce qui ne l'empêcha cependant pas de faire périr dans des supplices d'une cruauté toute médiévale le philosophe Boèce (qui partage avec Ætius le titre de Dernier des Romains), qu'il soupçonnait de trahison.

Comme vous le soulignez, après Théodoric, ce fut le déluge : guerres civiles entre prétendants ostrogoths au trône d'Italie, intervention des Byzantins de Justinien, puis ruée des Lombards. À la fin du VIe siècle, l'Italie était en ruine, dévastée, dépeuplée, à genoux.

Mais il m'est difficile d'aller au-delà de ces considérations d'ordre général… Mes faibles lumières sur cette époque obscure émanent seulement de quelques ouvrages anciens et très généralistes, tel le deuxième volume de la classique Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain de ce bon vieil Edward GIBBON (Éditions Robert Laffont, coll. Bouquins). Ou encore, plus récent - mais sans doute lui aussi dépassé par les progrès de la recherche historique -, La naissance du Moyen Age de L. B. MOSS (Payot, 1961).

romulus augustule

Comme vous le constatez, rien qui puisse vraiment révolutionner l'histoire des temps barbares !

 

 
21 Avril 2011
Mathieu réécrit :

Merci de votre réponse.
Du coup, une autre question plus pointue m'est venue à l'esprit : la quasi-totalité des sculptures en bronze et en métal produites par les Romains (et par les Grecs) a disparu, à l'exception de quelques pièces (le plus souvent, des œuvres qu'on a retrouvées au fond de la mer, car embarquées sur des bateaux qui avaient sombré - la statue de Marc-Aurèle, de la place du Capitole, à Rome, a été épargnée parce que l'on croyait qu'elle représentait Constantin).

Ces statues ont été fondues pour en récupérer le métal, mais quand ? Il est possible que cela se soit passé pendant le VIe siècle, et que le fait que ces statues représentaient des dieux païens ou des empereurs également païens a sûrement été une "circonstance aggravante"…

 
 
 
RÉPONSE :

Oh, vous savez, j'ai bien peur qu'il soit aussi impossible de déterminer la date de la destruction des bronzes antiques que de préciser celle de la disparition de la civilisation romaine !

Vraisemblablement, les statues religieuses furent détruites au fil des progrès de la christianisation de la société. Les divinités qui ornaient l'espace public, les rues, les places, disparurent en premier. Par exemple cet Éros dont le poète Palladas (début du Ve siècle) décrit la "métamorphose culinaire" :

"Un chaudronnier, du bel Éros, a fait une poêle :
Soit ! puisqu'Éros nous frit et qu'il fond notre moelle.
"
(Anthologie Palatine, IX, 773 - trad. Marguerite Yourcenar, La couronne et la lyre, Gallimard, 1979).

Ensuite, après les dieux des rues, ce fut le tour des précieuses effigies des temples. Quand un lieu de culte païen tombait aux mains des iconoclastes chrétiens, la statue du dieu tutélaire partait à la fonte, avec tous les autres objets rituels récupérables. Une épigramme du susnommé Palladas évoque bien le sauvetage de divinités, camouflées en saints chrétiens par une ingénieuse dévote :

"Chez Marina, les dieux anciens restent debout,
Chrétiens, sauvés du creuset qui épure tout.
"
(Anth. Pal., IX, 528 - trad. Marguerite Yourcenar, Op. cit.).

Mais ce cas était sans doute assez exceptionnel !

couronne et la lyre, marguerite yourcenar

Combien de temps prit cette "épuration" ? Difficile de le savoir précisément. Dans son excellente Chronique des derniers païens (les Belles Lettres / Fayard, 2009), Pierre CHUVIN note qu'un édit de Théodose II, daté de 435 - soit après cinquante ans de destructions de mieux en mieux planifiées -, ordonne la destruction des temples s'il en subsiste encore. Toutefois, à la fin du Ve siècle, les "commandos" de moines chrétiens trouvaient encore de quoi assouvir leur soif de vandalisme en s'attaquant aux sanctuaires ruraux. Le cadavre du paganisme bougeait donc encore un peu à cette époque tardive, et, peut-être, quelques rares statues de bronze ornaient-elles encore quelques sanctuaires campagnards.

Quant aux statues profanes, celles d'empereurs, de dignitaires, ou simplement celles qui n'avaient d'autre fonction qu'artistique, leur sort était lié à celui des cités qui les abritaient. Et comme, à cette époque troublée, les villes se préoccupaient davantage de leur survie que de la protection de leur patrimoine, la longévité de ces réserves de métaux précieux était loin d'être assurée ! Si les édiles manquaient de liquidités, ces statues passaient au creuset pour se transformer en sonnantes et trébuchantes monnaies de bronze. Et quand - chose inéluctable - l'ennemi barbare survenait et emparait de la cité, les bronzes qui subsistaient étaient aussitôt fondus en lingots, plus aisément transportables et monnayables.

Ces déprédations - consenties ou forcées - commencèrent dès le milieu du IIIe siècle, quand, pour la première fois depuis des siècles, des raids barbares s'enfoncèrent profondément dans l'Empire, menaçant même l'Espagne et l'Italie. Les villes, jusque-là généralement ouvertes, se ceignirent alors de murailles, dans lesquelles furent d'ailleurs "recyclées" bien des statues de pierre. Même Rome, sous l'impulsion de l'empereur Aurélien, se dota de fortifications dissuasives. La capitale, qui bénéficiait de la bienveillante générosité impériale, ne dut sans doute pas sacrifier son patrimoine artistique. Mais il n'en alla pas de même pour la plupart des cités provinciales qui durent probablement faire flèche de tout bois - et monnaie de nombre de statues - pour payer les indispensables murailles.

Tout cela pour vous dire que le processus de destruction des bronzes antiques a pu commencer bien avant les grandes invasions des Ve et VIe siècles. En fait, dès que les villes furent menacées - et les plus exposées tombèrent effectivement sous les coups des pillards dès le milieu du IIIe siècle - leur patrimoine artistique s'amenuisa.

 

 
 
 
3 Juin 2011
Jean-Luc a écrit :

Je viens de récupérer ce petit buste et je ne sais pas de quel empereur ou dieu romain il s'agit.
Il a une petite tête de lion posée sur l'épaule, j'ai pensé à Marc Aurèle, Hercule, Commode…
Qu'en pensez-vous ?

buste empereur

Qui est-ce ?

 
 
 
RÉPONSE :

Ouais…À première vue, je ne vois guère de ressemblance avec Marc Aurèle ou avec son fiston, ce dégénéré de Commode. (Voyez, à titre de comparaison, ces photos de bustes de ces empereurs ainsi que ceux d'autres membres de leur famille : www.romancoins.info). Alors, peut-être un Hercule ? Du reste la facture de votre buste me paraît - mais je ne suis pas expert en la matière - davantage hellénistique que romaine…

Espérons donc qu'un internaute serviable pourra nous renseigner utilement.

 

 
 
 
11 Juin 2011
François-Dominique Fournier (Site www.mediterranee-antique.info) a écrit :

Si cela vous intéresse, et vos internautes, je viens de terminer la mise en ligne de :

De même, vous pourrez, du Comte de CHAMPAGNY :

mediterranee-antique.info

Site www.mediterranee-antique.info de François-Dominique Fournier

 
 
 
 
25 Juillet 2011
Fabrice a écrit :

1. (…) J'ai besoin de vos lumières pour m'éclairer sur un point : je ne comprends pas bien l'ordre équestre, pendant la République, car je crois que c'est le moment où il est le plus clairement identifié, son origine, son recrutement, etc.

J'ai pourtant fait quelques recherches, mais les grands auteurs sont tous étonnement courts sur ce sujet, ou alors est-ce tellement évident pour eux que le sujet ne mérite pas de longs éclaircissements et je suis donc un idiot.

Je crois comprendre que les chevaliers sont des commerçants enrichis, devenus administrateurs (par exemple en Province), bien entendu non nobles, mais comment sont-ils recrutés ? se reconnaissent-ils eux-mêmes, ce qui m'étonnerait. Bref comment me les expliqueriez-vous ? Peuvent-ils accéder à la noblesse, être sénateurs ? par leur talent ou leur fortune ? Vous le voyez, je nage !

 
 
 
RÉPONSE :

Je ne pourrai, hélas, pas vous aider beaucoup dans vos recherches sur l'ordre équestre à l'époque républicaine : par trop hors sujet du thème de mon site, je ne dispose pas vraiment informations suffisantes.

Tout ce que je sais, c'est qu'à l'instar du recrutement sénatorial, l'accès à l'ordre équestre était surtout une "question de gros sous". Pour devenir sénateur, il fallait pouvoir disposer d'une fortune d'un million de sesterces, tandis que 400.000 sesterces suffisaient pour être inscrit sur l'album des chevaliers, tenu par le censeur.

À l'origine, le capital amassé par un chevalier devait lui permettre d'entretenir le cheval nécessaire à l'accomplissement de son service militaire dans la cavalerie (toutefois la monture elle-même était fournie par l'État). Les chevaliers portaient tous un anneau d'or comme signe distinctif, mais, contrairement à ce que l'on pense généralement, tous les chevaliers n'étaient pas des banquiers, des publicains, ou des hommes d'affaires : la richesse de la majorité d'entre eux reposait sur la propriété foncière. Normal : l'économie romaine était essentiellement rurale.

Du point de vue historique, l'ordre équestre commence à se développer à partir du IIe av. J.-C. (début des grandes conquêtes romaines). Il connaît son apogée au IIe siècle ap. J.-C., sous la dynastie dite des Antonins (les plus illustres d'entre les chevaliers sont autorisés à accéder à l'ordre sénatorial). Et enfin, il disparaît au Bas-Empire (à partir du IVe siècle).

(Source : Dictionnaire de l'Antiquité grecque et romaine, sous la dir. de Jean-Paul THUILLIER, Éditions Hachette, 2002).

 

 

2. Par ailleurs, et parce qu'on en parle beaucoup en ce moment (séries télévisées, etc.) je m'interroge sur la jeunesse d'Octave à la mort de César. Ce jeune homme à 18 ans - 18 ANS !! - pour affronter le redoutable Marc Antoine (le testament). Il montre une maturité politique étonnante qui touche au génie (César l'aurait-il remarqué pour cela et ce serait alors la raison de son adoption surprise ?) Je ne vois pas d'équivalent moderne.

Quelles réflexions cela vous inspire-t-il ?

 
 
 
RÉPONSE :

Comme l'écrit (à peu près, je cite de mémoire) BENOIST-MÉCHIN dans son Cléopâtre : "Il fallait tout le génie de Jules César pour déceler dans l'étrange chrysalide qu'était Octave le magnifique papillon qui deviendra Auguste."

De fait, plutôt frêle, l'air souvent revêche, d'aspect maladif et peu soigné, pour ne pas dire avarié, le jeune petit-neveu n'avait pas grand-chose pour plaire à quiconque… et encore moins à son charismatique grand-oncle, ce dandy avenant et affable, sportif, sain et net comme un sesterce neuf. En outre, même s'il ne démérita pas vraiment, il ne semble pas que le jeune Octave ait laissé, par son courage et son impétuosité, un souvenir impérissable lors de la campagne militaire en Espagne à laquelle il prit part, sous le commandement de l'oncle Jules.

Alors, pourquoi cette adoption in extremis ?

Pour le dire un peu cavalièrement, je pense qu'il ne faut pas chercher midi à quatorze heures ! Le jeune Octave était tout bonnement le plus proche parent mâle du grand Jules, et il était donc logique qu'il fût institué comme son légataire universel. L'adoption n'était pas illogique non plus : sa qualité de fils du défunt permettrait à Octave d'imposer plus facilement l'exécution des autres dispositions testamentaires de César… et aussi, peut-être, augmenter ses chances de survivre à la période d'anarchie qui, inévitablement, surviendrait après la disparition du Dictateur.

Il ne faut en effet pas perdre de vue que César avait rédigé son testament en septembre 45, en prévision de son départ en guerre contre les Perses. Il n'ignorait certes pas que cette aventure militaire serait semée d'embûches, mais il comptait bien revenir ensuite à Rome, victorieux si possible, pour y jouir d'un pouvoir encore accru et régler définitivement sa succession, idéalement sur une base dynastique.

octave auguste

Dans son esprit, il était donc peu probable que le testament de septembre 45 dût être utilisé : César pensait avoir du temps devant lui pour former son successeur et héritier - Octave ou, qui sait, Césarion, s'il parvenait à faire oublier aux Romains que sa mère, la belle Cléopâtre, n'était qu'une reine étrangère

Mais si, par malheur, il venait à disparaître, du moins donnait-il à son jeune neveu, en qui, peut-être, il avait vu un garçon prometteur, quelques bonnes cartes qui lui permettraient de survivre, et, éventuellement, de lui succéder comme maître de Rome.

Cela dit, le machiavélisme dont le jeune Octave fit preuve pour éliminer un à un tous ses adversaires, jouant d'abord le Sénat (et les assassins de César) contre Antoine, puis Antoine contre le Sénat (et les assassins de César), puis à nouveau le Sénat contre Antoine et Cléopâtre, confine, effectivement, au génie !

 

 
 
Fabrice répond :

Merci de ces deux belles et longues réponses à mes interrogations du moment. Vous m’avez apporté les précisions que je désirais sur l’ordre équestre. Cela me suffit pour l’instant.

Quant à l’adoption d’Octave, vous avez parfaitement raison et insisté sur le point essentiel qui habituellement n’apparaît pas, (comment n’y ai-je pas pensé moi-même ? Pourquoi ne l’ai-je pas lu ailleurs ? une fois qu’on le sait cela paraît évident) : César n’entrevoyait pas l’opportunité de sa propre mort - état psychologique d’ailleurs coutumier à bon nombre de démiurges qui se voient bien plutôt… immortels ! - et donc ce testament n’est qu’un instant provisoire de sa propre destinée. Mais bien sûr ! C’est cela !
C’est nous, qui connaissons la suite, qui faisons dire aux choses ce qu’elles ne veulent pas forcément dire, un anachronisme donc.

J’admire profondément le courage (politique) du jeune Octave s’affrontant à… Antoine. Cela était loin d’être évident à son âge. Antoine était un remarquable chef de guerre qui pensait probablement de son côté avaler sans trop de mal ce jeune homme plutôt peureux. Vous avez résumé les événements qui s’en sont suivis. Tout son principat porte ensuite la marque de son authentique génie politique, pas forcément son courage ou sa vaillance à la guerre en effet, et l’on sait, vous est moi, car il l’a dit, que ce sont les femmes qui l’on fait le plus souffrir. Il leur a d’ailleurs bien rendu !

(…) Dans le déjà ancien Profil de Conquérants de Carcopino, celui-ci s’amuse à imaginer ce que serait devenu le monde si César n’avait pas été assassiné (chapitre : “Si Brutus n’avait pas osé”). Savoureux exercice d’uchronie ! Où l’on comprend mieux aussi pourquoi Antoine dans le Triumvirat se réserve la Grèce et… Alexandrie. Une faute politique majeure à nos yeux d’aujourd’hui.

PS : la critique moderne a t-elle éclairé le mystère Ovide ? Lors de ma dernière recherche sur le sujet, on hésite toujours, et non, non, ce n’est pas le côté licencieux de son ouvrage qui est cause de sa disgrâce (préface du Folio). Vous avez votre version ?

 
 
 
RÉPONSE :

Ben non, a priori, rien de bien neuf concernant les motifs de la disgrâce et de l'exil d'Ovide.

Bon, je suis très loin de posséder une culture encyclopédique sur ce sujet, mais, histoire de rafraîchir un fifrelin ces connaissances lacunaires, je me suis replongé - superficiellement - dans le récent Auguste de Pierre COSME (Éditions Perrin, 2005). Le caractère licencieux - voire pornographique - de l'Ars Amandi y est toujours mentionné comme la raison officielle du bannissement d'Ovide sur les rives de la Mer Noire. Toutefois, Pierre Cosme replace la condamnation du poète des Métamorphoses - de laborieuse mémoire scolaire ! - dans le contexte de la lutte de pouvoir entre les deux factions constitutives de la maison d'Auguste : la faction claudienne (autour de LIvie et de Tibère), et la faction julienne (les descendants de Julie, fille d'Auguste, et de son époux Agrippa).

À l'époque de la disgrâce d'Ovide, les Claudiens étaient en passe de l'emporter définitivement sur les Juliens. On sait que son époux Agrippa décédé, la môme Julie avait été mariée à Tibère puis, en raison de son inconduite présumée, bannie sur l'île de Pandateria (2 av. J.-C.) (Voyez ici : Clic !). Ensuite, les deux fils aînés de Julie et d'Agrippa disparurent d'une façon un peu trop soudaine et rapide pour ne pas être suspecte : Lucius César mourut inopinément en 2 ap. J.-C. et Caius César en 4. Après cette curieuse épidémie dynastique, le Claudien Tibère, revenu de son exil volontaire à Rhodes, redevenait le grand favori de la course à la succession de son Auguste beau-père : en 4 ap. J.-C., il était adopté par Auguste (Tibère lui-même ayant adopté son neveu Germanicus), et il se voyait conférer la puissance tribunicienne, assortie de l'imperium qui faisait de lui une sorte de "vice-empereur".

L'exil d'Ovide, lui, se situe dans la phase suivante, celle de la liquidation totale du "parti julien". En 7 ap. J.-C., c'est le tour d'Agrippa Posthume, le dernier fils de Julie et d'Agrippa, d'être contraint à l'exil. Ensuite, l'histoire repasse les plats", comme on dit : Julie II, sœur aînée d'Agrippa Posthume, est, comme sa mère homonyme, accusée de débauche et exilée par son papy Auguste sur l'île de Trimerus, dans l'Adriatique (8 ap. J.-C.). Il semblerait qu'outre ses vers coquins, Auguste ait reproché à Ovide d'avoir "couvert" par son silence les coupables agissements adultérins de Julie. [Par parenthèse, d'aucuns prétendent que l'hypothétique Claudia Procula, épouse présumée de Ponce Pilate, serait le fruit des amours (adultères ?) de cette Julie II - Clic !]

julie, fille d'auguste, epouse d'agrippa

Comment déceler aujourd'hui la vérité dans des intrigues de palais qui devaient déjà être passablement obscures il y a deux mille ans ? On peut toutefois se poser de sérieuses questions sur la réalité des prétendues attitudes putassières de ces hautes dames, de ces deux Julies. Vu les nombreux mouchards, espions ou délateurs qui infestaient la cour d'Auguste et vu le caractère méditerranéen de la société romaine, leur vertu devait être plus surveillée que le lait sur le feu - ou, pour être plus concret, que la chasteté d'une sœurette présumée pucelante par ses frères au doux pays de Tino Rossi et de Napoléon !

Notez pour terminer que notre ami Lucien JERPHAGNON est du même avis que Pierre COSME. Il écrit en effet dans son Histoire de la Rome antique (Éditions Tallandier, 2002) qu'Auguste exila Ovide à Tomes (auj. Constanta) "sous le prétexte officiel de pornographie, mais peut-être du fait d'intrigues de palais jamais éclaircies."

Le mystère Ovide reste donc entier… et le restera sans doute.