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Sommaire Janvier Juillet 2011 :

  • 7 Janvier :
    • Auguste a-t-il vraiment demandé à un certain Cinna de prendre un siège ?: Clic !
  • 7 Février :
    • Combien de temps pour acheminer le courrier de Rome en Judée ? : Clic !
  • 24 Février :
    • Persécution de Dioclétien : celui-ci croyait-il vraiment aux dieux traditionnels de Rome ? : Clic !
  • 27 Février :
    • Entre les persécuteurs Néron et Dèce, Domitien : Clic !
2e page
  • 4 Mars :
    • Ce site est pitoyable, et son Webmaster un jean-foutre ! : Clic !
  • 5 Mars :
    • Pour préserver leur pudeur, les dames étaient-elles crucifiées face au bois ? : Clic !
  • 6 Mars :
    • La féodalité existait-elle déjà sous l'Empire romain ? : Clic !
  • 9 Mars :
    • Les dessous légendaires de Mme Eiffel : Clic !
  • 15 Mars :
    • La montée de l'intolérance à Rome, aux IIIe et IVe siècles : Clic !
  • 23 Mars :
    • Vers un Commode moins caricatural ? : Clic !
3e page
  • 15 Avril :
    • Que s'est-il passé après 476 ? Quand la "civilisation romaine" a-t-elle pris fin ? : Clic !
  • 21 Avril :
    • L'ère des vandales et des iconoclastes : au creuset, les bronzes païens ! : Clic !
  • 3 Juin :
    • Un Hercule ? Un empereur ? Un philosophe ? : Clic !
  • 11 Juin :
  • 25 Juillet :
    • Quelques mots pour ne pas confondre les chevaliers romains et ceux de la Table ronde : Clic !
    • Octave, un génie politique exceptionnellement précoce ! : Clic !
    • L'artiste amoureux Ovide métamorphosé en triste exilé pontique. Finalement, sait-on pourquoi ? : Clic !
 
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7 Janvier 2011
Julien a écrit :
Je viens de relire la tragédie de Corneille Cinna ("Prends un siège Cinna… et assieds-toi par terre", comme me récitait ma mère). Savez-vous si, Cinna, Émilie, Maxime.. ont vraiment existé ou s'ils sont des inventions de Corneille ?
 
 
 
RÉPONSE :

Le Cinna de Corneille est, essentiellement, une œuvre de fiction. Certes, le tragédien a tiré l'argument de sa pièce d'un passage du De Clementia (= "De la clémence") du philosophe Sénèque (Ier siècle ap. J.-C.). Voici ce texte, légèrement condensé :

"(…) Le divin Auguste fut un prince fort doux, à le prendre du jour où il fut seul chef de l'État. (…) Il comptait quarante ans et plus au temps de son séjour en Gaule, lorsqu'il reçut l'avis que L. Cinna, homme d'un esprit borné, conspirait contre lui. On lui disait où, quand et de quelle manière l'attentat devait s'exécuter : l'un des complices lui dénonçait tout. Auguste, résolu de se venger, convoqua ses amis en conseil. Sa nuit était agitée, car il songeait qu'il allait condamner un jeune patricien, à ce crime près irréprochable, un petit-fils de Cn. Pompée (…). Il gémissait, il proférait par intervalles des paroles sans suite et contradictoires. « Quoi je laisserai aller mon assassin libre et tranquille, et les alarmes seront pour moi, l'impunité pour lui ! Quoi lorsqu'après tant de guerres civiles qui ont vainement menacé ma tête, lorsqu'au prix de tant de combats sur mer et sur terre d'où je suis sorti sain et sauf, j'avais conquis la paix du monde, cet homme aura voulu non seulement me tuer, mais faire de moi un holocauste. »

On devait l'attaquer dans un sacrifice où il allait présider. Ensuite, après un moment de silence, d'une voix bien plus forte, et plus indignée contre lui-même que contre Cinna : « Pourquoi vis-tu, si ta mort importe à tant de citoyens ! Quoi ! toujours des supplices, toujours du sang ! Je suis pour les jeunes nobles une tête condamnée, contre laquelle ils aiguisent leurs poignards. La vie n'est pas d'un tel prix, que pour ne la point perdre il faille tant de victimes. »

Enfin Livie l'interrompit en lui disant : « Accueillerez-vous les conseils d'une femme ? Suivez l'exemple d'un médecin : si les remèdes ordinaires ne réussissent pas, ils emploient les contraires. La sévérité jusqu'ici n'a pas été heureuse. (…) Essayez maintenant de la clémence. Pardonnez à Cinna : il est découvert, il ne peut plus vous nuire, sa grâce peut servir votre gloire. »

Charmé de trouver en elle l'avocat de ses propres pensées, l'empereur remercia son épouse, contremanda sur-le-champ son conseil et fit appeler Cinna seul. Renvoyant alors tout le monde de sa chambre, après avoir fait placer un second siège pour Cinna : « Je te demande avant tout, lui dit-il, de m'écouter sans m'interrompre, sans couper mon discours d'aucune exclamation : tu auras tout loisir de parler après moi. Je t'ai trouvé, Cinna, dans le camp de mes adversaires, non pas devenu, mais né mon ennemi ; et je t'ai laissé vivre, je t'ai rendu tout ton patrimoine. Aujourd'hui ton bonheur et ta richesse sont tels, que le vaincu fait envie aux vainqueurs. Tu as demandé le sacerdoce : de préférence à de nombreux compétiteurs dont les pères s'étaient battus pour ma cause, je te l'ai donné. Après tant de bienfaits, tu as résolu de m'assassiner. » (…)

Je ne reproduirai pas tout son discours ; il envahirait une grande partie de ce traité ; car on sait qu'il parla plus de deux heures, prolongeant ainsi la seule vengeance qu'il voulût tirer. « Cinna, dit-il à la fin, je te fais grâce une seconde fois ; j'avais épargné un ennemi, j'épargne un conspirateur, un parricide. À dater de ce jour devenons amis ; luttons à qui de nous deux aura le plus loyalement donné ou reçu la vie. » Plus tard il lui conféra spontanément le consulat, en le grondant de n'oser point le demander ; il n'eut pas d'ami plus fidèle et plus dévoué ; il fut son unique héritier ; et personne ne trama plus de conspiration contre lui." (Sénèque, De Clementia, I, 9 - trad. remacle.org)

augustus imperator, auguste

Mais Sénèque était avant tout un moraliste, et non un historien, et, depuis Voltaire, certains critiques littéraires ont émis des doutes sur la réalité historique de cette anecdote, totalement ignorée "vrais" historiens romains tels que Tacite ou Suétone. En effet, même s'il est possible que, très occasionnellement, le soupçonneux Auguste se soit, sur le tard, laissé aller à une magnanimité qui lui était assez peu naturelle, il est fort invraisemblable que ce prince foncièrement rancunier ait offert le consulat à un ancien conspirateur du genre de Cinna.

Les autres personnages "secondaires" de la tragédie de Corneille (Maxime, Émilie, Fulvie, etc), n'ont été créés que pour jouer les "confidents", rôles traditionnels des tragédies classiques. Même si, pour faire "couleur locale", ils portent les noms de grandes familles de l'histoire romaine, leur seule "vérité", leur seule raison d'être, c'est de permettre aux principaux protagonistes de la pièce d'expliquer leurs états d'âme, d'énoncer leurs motivations secrètes. Inutile donc de rechercher la vérité historique de ces seconds rôles d'une tragédie dont l'argument est lui-même historiquement douteux. D'autant plus que Corneille n'était pas plus historien que son "inspirateur" Sénèque.

cinna, corneille, comedie francaise, prends un siege, andre falcon, maurice escande

— Prends un siège, Cinna, prends, et sur toute chose
Observe exactement la loi que je t'impose ;
Prête, sans me troubler, l'oreille à mes discours ;
D'aucun mot d'aucun cri, n'en interromps le cours ;
Tiens ta langue captive ; et si le grand silence
À ton émotion fait quelque violence,
Tu pourras me répondre après tout à loisir :
Sur ce point, seulement, contente mon désir
— Je vous obéirai, Seigneur.
(Corneille, Cinna, V, 1)

Cinna à la Comédie française (1950)
Avec André Falcon (Cinna) et Maurice Escande (Auguste)

 

 
 
 
7 Février 2011
Frédéric a écrit :

(…) Dans les années 30 et 40 du premier siècle, Hérode Antipas, roi de Galilée, Agrippa son neveu qui lui succèdera sur ce trône (et montera sur celui de Judée sous Claude), et d'autres personnages majeurs de l'histoire de cette région, vont et viennent entre leurs terres respectives et la demeure des empereurs romains.
Au vu de certains évènements, dont je vais donner quelques exemples ci-après, je ne parviens pas à déterminer combien de temps prend le voyage de liaison par la mer (et/ou par la terre) entre les ports de Palestine ou de Syrie et ceux de Rome ou Pouzzoles.

Un cas (parmi plusieurs) illustrant ma réflexion est à noter chez l'historien Flavius Josèphe.
C'est celui du/des messager(s) portant la nouvelle de la mort de Tibère (16 mars 37) et l'arrivée au pouvoir de Caius "Caligula".
Le message parviendra à Vitellius, consul en charge de la province de Syrie, au moment où celui-ci se trouve à Jérusalem "pendant la fête nationale des Juifs qui y avait lieu" "Le quatrième jour, il reçut une lettre qui lui apprenait la mort de Tibère et il fit jurer par le peuple fidélité à Caius" (Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, Livre XVIII)

Est-il envisageable que cette nouvelle de première importance puisse parvenir à Jérusalem au moment de la semaine de célébration de la Pessa'h, c'est-à-dire au mieux 41/42 jours après le départ du messager de Rome ? (dans le cas où celui-ci soit parti immédiatement après le 16 Mars)
La seule fête "nationale" envisageable par la suite est Shavouot qui se déroule officiellement pour une journée, 49 jours après la Pessa'h… mais là le délai d'acheminement semble alors très long….

caius cesar, caligula

Et pourtant voici un autre exemple du flou sur le sujet :
L'épisode de l'annonce de la mort de Caius illustré par Flavius Josèphe et Philon d'Alexandrie :
Au milieu de l'année 40, avant "la période des moissons" (cf. Philon d'Alexandrie Légation à Caius), Petronius, successeur de Vitellius depuis mi 39, se "met dans de beaux draps" en tergiversant avec les ordres de Caius et en envoyant depuis la Judée une lettre qui provoque chez ce dernier une colère implacable.
Résultat, Caius rédige des lettres dans une desquelles il ordonne à Petronius de tirer les conclusions de sa non-obéissance (implicitement de se suicider)
La période de rédaction de cette réponse n'est pas définie, mais étant donné l'ampleur de la colère de Caius et malgré les quelques hésitations indulgentes initiales et autres interventions en faveur d'un apaisement (Philon, Agrippa) on peut estimer qu'elle ait été envoyée bien avant décembre 40 (probablement entre septembre et novembre 40 ?)
Toujours est-il qu'elle arrivera à Petronius après celle annonçant de la mort de Caius survenue le 24 janvier 41.
Je cite Flavius Josèphe (Guerre des Juifs, Livre II / chap X) "Mais il arriva que les porteurs de ce message furent pendant trois mois ballottés en mer par la tempête, tandis que d'autres messagers, qui apportaient la nouvelle de la mort de Gaius, eurent une heureuse traversée. Aussi Pétrone reçut-il cette dernière nouvelle vingt-sept jours avant les lettres qui le menaçaient."
On apprend par ailleurs par Philon d'Alexandrie, dans Légation à Caius, qu'en fin d'été "la mer était alors propice à la navigation, car l’automne commençait ; c’était le dernier voyage des trafiquants qui des différents marchés reviennent dans leurs ports, surtout de ceux qui ne veulent point passer l’hiver en pays étranger".

Que peut-on déduire de ce dernier exemple, certes atypique, quant au délai moyen "normal" de communication entre le siège de commandement de l'empire et ces régions satellites ?

 
 
 
RÉPONSE :

Merci pour vos réflexions, aussi judicieuses que pertinentes, sur la durée des trajets entre Rome et l'Orient, à l'époque des premiers Césars.

De mon côté, j'ai abordé - très superficiellement - le sujet qui vous intéresse à l'occasion d'une correspondance échangée, il y a bien longtemps, avec un autre sympathique internaute. J'écrivais alors qu'il me semblait avoir lu quelque part (peut-être dans le Neropolis de Monteilhet) que, par beau temps, il n'aurait pas fallu plus de dix jours pour naviguer d'Ostie à Alexandrie d'Égypte… Ce qui me paraissait quand même être un bel exploit !

De fait, à cette époque, prendre la mer restait une aventure risquée : on savait quand on embarquait, mais pas quand on arriverait à bon port… et même si l'on y parviendrait ! C'étaient là les aléas d'une marine à voile encore assez rudimentaire. Incapables de manœuvrer par vent défavorable, les navires étaient contraints à de longues "escales techniques", et quand une trop violente tempête les surprenait en pleine mer, ils faisaient tout bonnement naufrage.

Voyez saint Paul. Voulant se rendre à Rome, il embarqua à Alexandrie, à la fin de la saison de la navigation (fin septembre). La mer s'avérant trop dangereuse, le capitaine songea d'abord à hiverner en Crète, mais, un vent favorable s'étant levé, il prit le risque de faire voile vers la Ville. Hélas, la tempête survint et, pendant quatorze jours, le bateau fut le jouet des flots déchaînés. Arrivé en vue de Malte, il finit par se disloquer sur un banc de sable. Et notre "bon" saint Paul, quoique remerciant la providence d'avoir échappé au naufrage, dut poireauter trois mois dans cette île isolée avant de trouver un navire en partance pour l'Italie, où il arriva sans autre encombre.
Bref, au bas mot, quatre mois pour aller d'Alexandrie à Rome, et cet exemple ne doit pas être exceptionnel.

À mon avis, il ne convient donc pas de s'étonner que certains messages, même impériaux, transmis par voie maritime aient mis des semaines, voire des mois, pour parvenir à leur destinataire, alors que d'autres arrivaient à destination après quelques jours seulement. Il suffisait pour cela que le bateau évite le grain, ou "passe" malgré le mauvais temps. Sans compter que, parfois, le retard pouvait être intentionnel : il était, par exemple, moins urgent d'informer les autorités provinciales (et leurs soldats, parfois prompts à la sédition) du trépas de l'empereur que de leur annoncer qu'un nouveau César était en place et que l'Empire était toujours en de bonnes et fermes mains.

Notez aussi que si la navigation était aléatoire et périlleuse, les voyages terrestres ne l'étaient pas moins.

Bien sûr, on reste impressionnés par l'extraordinaire réseau des "voies romaines" qui sillonnaient l'Empire, et qui permettaient aux troupes de gagner rapidement les frontières menacées, aux marchandises de circuler aisément d'une ville à l'autre, et aux courriers impériaux de parcourir jusqu'à 75 kilomètres par jour (voire le double en cas d'extrême urgence). Certes ! Mais, entre les mailles de cette formidable toile routière, c'était souvent l'insécurité qui régnait : nombre de districts étaient infestés de bandes de brigands, que nulle force de police ne pouvait combattre. Voyez ce qu'écrit à ce sujet l'excellent Lucien Jerphagnon :
S’aventurer hors de chez soi pour un voyage engageant plusieurs étapes reste et restera toujours une décision qu’on hésite à prendre, et qui mérite réflexion.
En effet, dans les vastes zones rurales, l'insécurité est endémique. Le voyageur est toujours à la merci d'une de ces petites troupes de brigands dont le roman d'Apulée,
(…) Les Métamorphoses, nous font partager la vie. Ceux-là exercent dans le Péloponnèse, où ils pratiquent embuscades dans les gorges désertes, attaques à main armée, coups de main réussis contre des résidences ou des fermes, le tout dans une bonne ambiance professionnelle. (…) Les truands mis en scène par Apulée n'ont pas l'air de rencontrer beaucoup de forces de police au cours de leurs pérégrinations. Ils n'ont guère à redouter que l'autodéfense, mais c'est pour eux un danger réel, car les paysans ne font pas de cadeaux. Retranchés dans leurs fermes bien défendues, ils lancent sur tout ce qui bouge des chiens hautement dissuasifs - et il arrive que ce soit le voyageur innocent qui profite de leurs prestations… Dans de telles conditions, on y regarde à deux fois avant de se résigner à un déplacement. Même un haut fonctionnaire ne s'y lançait pas sans risques. Une inscription de Lambèse, en Numidie, rappelle qu'un général, soucieux d'aller voir sur place ce que pouvait bien fabriquer un ingénieur militaire envoyé en mission et dont il n'avait plus de nouvelles, était lui-même tombé entre les mains de truands qui l'avaient détroussé et laissé fort mal en point. L'épisode évangélique du bon Samaritain, choisi par Jésus pour faire entendre ce qu'était la charité, ne devait pas grand-chose à l'invention. C'est tous les jours qu'on apprenait des mésaventures de ce genre, arrivées à de braves gens « qui descendaient de Jérusalem à Jéricho… » Les textes conseillent volontiers au voyageur de ne se mettre en route qu'une fois rédigé son testament.” (Lucien JERPHAGNON, Histoire de la Rome antique, Éditions Taillandier, 2002).
histoire rome antique, lucien jerphagnon

 

 
Frédéric réécrit :

Merci pour les précisions qu'apporte votre réponse : figurez-vous que vous soulignez un aspect que j'ai tout bonnement négligé : le retard intentionnel, une forme de rétention d'information pour "contrôler la situation".

En reprenant l'exemple de Caius et Petronius, pourquoi pas, effectivement, imaginer que de "bonnes âmes" aient pu intervenir en faveur du très conciliant proconsul de Syrie, en retardant "le temps nécessaire" sa condamnation à mort écrite ?
Quant à l'annonce de la mort de Tibère et la prise de pouvoir de son successeur, Caius (qui jouissait alors d'une côte d'amour exceptionnelle), si elle a effectivement eu lieu pour la Pentecôte (Shavouot) 37 peut-être est-ce due à une forme de mise en scène de la part de Vitellius : il aurait eu l'information plus tôt mais en aurait fait l'annonce publique et donc "officielle" au moment jugé stratégiquement le plus opportun…
Cependant dans ce dernier cas, Flavius Josèphe, en historien averti qu'il était, n'aurait-il pas manqué d'être au courant de cette subtilité, et de nous en faire part ?

Quant aux conditions climatiques, les brigands : je vous avoue qu'en lisant certains passages de Flavius Josèphe, j'ai parfois ressenti une étonnante impression de modernité dans cette civilisation, où les déplacements internationaux semblent aussi banals et organisés qu'ils pourraient l'être aujourd'hui : "[Hérode Antipas] s'en alla donc à Rome après avoir conclu ce pacte. Quand il revint, ayant réglé à Rome les affaires pour lesquelles il s'y était rendu…" (Antiquités Judaïques, Livre XVIII)

Vous conviendrez que voila un long périple résumé à bien peu de mots…Un peu comme le ferait aujourd'hui un VRP export de retour de sa semaine de prospection en Chine !

Décidemment c'est à croire nous ne vivons pas dans un monde si différent que celui de nos ancêtres il y a 2.000 ans !

Je reste preneur d'informations sur le sujet, si parmi vos lecteurs certains ont des réponses.

Et :

Je reviens (une dernière fois) vers vous à propos du thème qui me préoccupe actuellement mais qui ne constitue qu'une partie d'une réflexion plus vaste concernant cette période du premier siècle.

En parcourant une partie de la rubrique que vous consacrez à Caius, je suis tombé sur ceci :

"Je ne voudrais qu'on me taxe d'antisémitisme primaire (ni même secondaire ou tertiaire d'ailleurs !), mais force m'est bien de signaler qu'il y a certaines bonnes raisons de subodorer une participation juive dans le complot fatal à Caligula… quoiqu'on ne puisse pas déterminer exactement les modalités de cette intervention.
Je ne reviendrai pas sur l'opposition des Juifs à l'érection de la statue de l'empereur dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem, ni sur l'attente d'un arbitrage impérial quant aux problèmes municipaux des Juifs d'Alexandrie d'Égypte. J'en ai déjà parlé (Voir Caligula et les Juifs), et puis, ce ne sont là que des indices d'un antagonisme grandissant entre l'empereur romain et la communauté juive, non des preuves d'une participation à la conspiration. Ce qui est plus gênant, ce sont les témoignages de reconnaissance de l'empereur Claude, successeur de son neveu Caius, à l'égard du peuple juif. À peine monté sur le trône de feu son neveu, le nouvel empereur accorda la titre royal à Hérode Agrippa et restaura à son profit le royaume d'Hérode le Grand, avec sa capitale à Jérusalem où, naturellement, il ne fut plus question d'élever quelque statue impériale que ce fût. En outre, dans l'épineux problème du droit de cité à Alexandrie d'Égypte, Claude donna plutôt satisfaction aux Juifs de la ville.
Is fecit cui prodest, comme on disait en ce temps-là… Or, bénéficiaires du meurtre, les Juifs le furent bien ! Tout autant que le Sénat de Rome, de Claude et d'Agrippine la Jeune que son frère Caligula avait exilée quelques mois plus tôt après qu'elle eut participé à une autre conspiration.
L'assassinat du jeune empereur semble donc avoir été l'aboutissement d'un complot dont nous ne connaissons pas précisément les rouages mais dont les complices furent certainement bien plus nombreux que ce que les sources antiques laissent entendre.
"

  1. J'adhère totalement à cette éventualité : je me demande comment je n'y ai pas songé également, tellement cela semble coller au contexte si lourd des relations de Rome avec cette partie de son empire.
  2. Voila donc un élément à envisager dans l'approfondissement de ma réflexion et qui pourrait prêter à bien des suppositions quant aux délais d'acheminement des hommes et des informations au Ier siècle.

Ainsi donc, pour prendre une comparaison moderne, tout le problème ne résiderait pas uniquement dans la technicité du vélo du facteur mais souvent aussi dans sa volonté de donner du jarret…!

A suivre…

 
 
 
 
24 Février 2011
Mathieu a écrit :

J'ai lu avec un grand intérêt votre notice sur la persécution de Dioclétien, et elle a suscité en moi la volonté de vous faire part de quelques observations.

Vous dites : " [Dioclétien] (…) était à mille lieues de tout fanatisme "païen".
Il se trouve qu'après avoir lu quelques livres sur le sujet (dont l'excellente biographie de Stephen Williams, Dioclétien ou le Renouveau de Rome), j'en suis venu à penser exactement le contraire.
Je crois que la principale raison pour laquelle Dioclétien a lancé une persécution contre les Chrétiens, c'est qu'il y croyait vraiment, à ses dieux païens. Et, en effet, pourquoi n'y aurait-il pas cru ?

Alors qu'il était né dans une position sociale extrêmement humble, voire misérable, il avait connu, via l'armée, une ascension sociale fulgurante qui l'avait mené jusqu'à la pourpre.
Accédant à la tête de l'Empire après que celui-ci eut connu presque un demi-siècle d'anarchie, d'empereurs éphémères, de sécessions, d'invasions, de défaites humiliantes (Valérien capturé vivant par les Perses !), Dioclétien avait rétabli la situation, réorganisé l'administration, réunifié les provinces sécessionnistes (cf. Carausius et Allectus), apporté la stabilité, inventé une nouvelle forme de gouvernement "collégiale", la Tétrarchie, qui avait contenu les invasions des peuples du Nord de l'Europe.

Oui, Dioclétien pouvait se croire à bon droit favorisé des Dieux, qui l'avait fait réussir là où (presque) tous ses prédécesseurs avaient échoué depuis un demi-siècle.

Comment n'aurait-il pas été sincèrement scandalisé de voir que de plus en plus de gens niaient l'existence de ces Dieux qui lui avaient manifesté leur dilection particulière, aussi bien sur le plan personnel qu'à l'échelle de l'Empire ? Comment aurait-il pu supporter de voir qu'au nom de Christus, des soldats désertaient, des notables négligeaient leurs devoirs civiques, des humiliores affirmaient leur égalité avec les classes supérieures (même si leurs revendications se bornaient au domaine spirituel) ? Comment pouvait-il comprendre, lui qui avait "rétabli" l'Empire romain, que certains puissent affirmer que ce qui se passait ici-bas n'avait aucune importance au vu de ce qui aurait lieu après la mort ?

Même si l'Eglise a considérablement atténué cet aspect de sa doctrine par la suite, il ne fallait pas oublier que le christianisme des origines avait un "volet social" qui ne pouvait que susciter l'horreur chez les puissants de l'époque : comment ne pas voir une source de subversion intolérable dans une religion qui enseignait qu'il "était plus facile à un chameau de passer par le chas d'une aiguille qu'à un riche d'accéder au Royaume des Cieux". C'est que même près de quatre siècles après, on se souvenait encore de Spartacus ! Alors qu'avec les Dieux de l'Olympe, on était au moins sûr que chacun resterait à sa place : ce qu'ils étaient pour les Empereurs, les Empereurs l'étaient pour le reste de la population.

De plus, il ne faut pas oublier que Dioclétien était un Illyrien, ce qui veut dire qu'il était, comme la plupart des gens de sa province, très "vieux romain", et avait gardé une mentalité conservatrice qui avait disparu de la plupart des autres provinces (y compris l'Italie) : même après le triomphe du christianisme, on peut voir la persistance de cet esprit "vieux romain" chez l'Illyrien saint Jérôme, qui réagit au sac de Rome de 410 avec des cris d'angoisse et de douleur, alors que face à ce même évènement, l'Africain saint Augustin garde son sang-froid

diocletien

Voilà, je ne sais pas si mes arguments vous auront convaincu…

 
 
 
RÉPONSE :

Merci aussi pour vos remarques concernant Dioclétien et sa persécution.

À vrai dire, la notice à laquelle vous vous référez date d'une dizaine d'années, et aujourd'hui, ayant moi aussi approfondi mes connaissances sur cet empereur, je n'écrirais sans doute plus aussi catégoriquement que « Dioclétien était à mille lieues de tout fanatisme "païen" ».

D'accord… Mais, finalement, que sait-on vraiment des croyances de cet Illyrien, rustre mais pragmatique, sans doute peu instruit, mais très intelligent et doté d'un solide instinct politique ? Je suppose qu'il devait avoir été initié à quelque religion solaire - culte de Mithra ou autre - fort en vogue dans l'armée romaine, cette institution qui lui avait tenu lieu d'école, de lycée et d'université. À cette époque, il devait d'ailleurs être passablement malaisé de monter en grade aussi vite et haut que le soldat Dioclès, futur Dioclétien, sans faire partie du genre de "franc-maçonnerie païenne" que constituaient ces religions solaires, fondées sur le courage, la solidarité, l'amitié virile, et qui recrutaient leurs membres au sein des légions par parrainage ou cooptation.

Quant aux vieux dieux du Panthéon romain, sans doute les respectait-il, en bon Illyrien traditionaliste qu'il était (par parenthèse, Constantin était tout autant Illyrien que Dioclétien, et tout "vieux Romain" qu'il fût censé être, cela ne l'empêcha pas tirer un trait quasi définitif sur l'ancienne religion romaine). Mais il est aussi probable que Dioclétien n'accordait pas à cette mythologie plus d'importance que la plupart de ses contemporains - quelques décennies plus tard, l'empereur Julien étonnera ses sujets, y compris ses partisans, par son goût immodéré d'une certaine "archéologie religieuse" qui le poussait à prendre au sérieux ces fables auxquelles même les enfants ne croyaient plus.

Bien sûr, Dioclétien se présenta comme l'incarnation de Jupiter - et plaça son adjoint Maximien sous le patronage d'Hercule. Normal ! Comment aurait-il pu rendre perceptible à tous les sujets de son vaste Empire cette sacralisation de la fonction impériale sans utiliser des symboles que tous connaissaient peu ou prou ? Tous ces peuples divers et variés, Gaulois ou Berbères, Syriens et Bretons, Ibères ou Égyptiens, ne connaissaient peut-être pas très bien Mithra ou le dieu Hélios. Cependant, s'ils possédaient en commun bien peu de références culturelles et cultuelles, tous savaient que Jupiter-Zeus était le roi des dieux, et que, par conséquent, le "jovial" Dioclétien, qui dirigeait l'Empire en procédant de cette divinité, se plaçait bien au-dessus du commun des mortels, dominant même de très haut son comparse, l'"herculéen" Maximien, qui n'était le descendant présumé que d'un simple demi-dieu.

Reste à savoir si les croyances de Dioclétien peuvent seules expliquer sa politique de répression contre les Chrétiens ?
Là, je vous avoue que je demeure perplexe et que, pour moi, le mystère la persécution de Dioclétien reste entier.

Comment en effet expliquer qu'après avoir laissé l'Église en paix pendant dix-neuf ans, après avoir admis le recrutement de fonctionnaires chrétiens, de militaires chrétiens, après avoir permis d'édification d'une magnifique église en face de son palais de Nicomédie, après avoir toléré que sa femme et sa fille manifestent des sympathies pour cette secte, le bon Dioclétien se réveille subitement, un beau matin de l'an 303, dans la peau du plus virulent persécuteur que l'Empire romain a connu ? Sachant qu'il ne lui reste qu'un an "à tirer" comme empereur (il avait prévu d'abdiquer après 20 ans de règne), et n'ignorant probablement pas que toutes les mesures prises jadis par Dèce et par Valérien pour éradiquer cette religion avaient échoué, il renoue néanmoins avec cette politique répressive, au risque de créer des troubles, voire des séditions ou des sécessions, dans des provinces - en Orient - où les chrétiens sont déjà très nombreux sinon majoritaires.

Moi, personnellement, je ne comprends pas !

Faut-il mettre tout sur le dos du César Galère ?

Selon Lactance, Galère aurait poussé l'empereur vieillissant dans la voie de la persécution parce que "sa mère Romula, une mégère dégoûtante, une barbare originaire des contrées sauvages d'au-delà du Danube, était une idolâtre fanatique, une prêtresse des dieux des montagnes. C'est elle, cette païenne détestablement fanatisée, qui avait inculqué à son fils sa haine des Chrétiens et qui le poussait à les persécuter !".

galere

Ouais ! Inutile de dire que je demeure sceptique quant à l'influence de Mme Romula sur les décisions politiques de Dioclétien (voyez ici : Clic !).

Alors, quid des motifs de la dernière persécution ?

 

 
 
Mathieu réécrit :

J'avoue que je restais ignorant du rôle du culte de Mithra dans l'armée romaine de cette époque ; je n'avais pas pensé à cette "piste" pour expliquer l'ascension de Dioclétien dans la hiérarchie militaire.

Au sujet des croyances religieuses de cette époque : je ferais l'analogie avec un mot de Mme du Deffand, quand on lui a demandé si elle croyait aux fantômes : "Non, mais j'en ai peur", avait-elle répondu. Mutatis mutandis, je pense qu'on peut en dire autant des contemporains de Dioclétien et de Constantin. En effet, plus personne ne croyait aux mythes concernant les dieux : de nombreux polémistes chrétiens n'ont d'ailleurs pas manqué de se gausser du côté scabreux de la plupart d'entre eux (les multiples aventures amoureuses de Jupiter, par exemple). Mais, précisément, le côté scabreux de ces mythes avait d'abord été un moyen de conjurer la peur panique devant ce qu'on avait d'abord perçu comme des forces surnaturelles impersonnelles et redoutables devant lesquelles l'être humain est impuissant ; au IIIe siècle, on ne croyait plus aux mythes, mais on avait toujours peur des dieux (ou de Dieu). Peut-être est-ce là l'explication de la persécution : Dioclétien ne croyait peut-être plus que les dieux pouvaient se livrer à des frasques amoureuses "anthropomorphes", mais il a fini par avoir peur que ces forces surnaturelles ne prennent ombrage de ces chrétiens qui niaient haut et fort leur existence.

Je vous cite un passage de l'ouvrage de Stephen Williams :
"On peut illustrer les soucis des souverains païens à l'aide d'une parabole moderne. Un petit Etat, brave et riche, est entouré de façon permanente par des ennemis puissants qui cherchent à le détruire. Avec de grands efforts, il réussit constamment à les repousser, mais son gouvernement réalise simplement que, à long terme, il n'est sûr de survivre que s'il conserve l'amitié (et en bout de compte la protection) d'un certain super pouvoir. Si elle faisait défaut, aucun acte de bravoure ne pourrait empêcher d'être finalement envahi. Toutefois, dans cet état, il y a une minorité radicale et bruyante qui est violemment opposée au super pouvoir, et ses activités menacent cette relation vitale. Le gouvernement essaie de les persuader de garder leurs vues pour eux-mêmes et de montrer un certain respect au moins en apparence pour le super pouvoir au nom du salut de leur pays. Les radicaux refusent purement et simplement un tel compromis, et leur mouvement est de plus en plus populaire. Finalement, les partisans du gouvernement affirment qu'il n'y a pas d'autre option que de supprimer ce mouvement avant que des dommages irréparables ne soient commis. Dans cette parabole, le petit Etat est Rome, le super pouvoir Jupiter et les autres dieux, et la minorité radicale les chrétiens." (Stephen Williams, Dioclétien ou le Renouveau de Rome), p. 242-243)

Le problème, c'est que nous sommes mal renseignés sur les croyances réelles des païens pendant l'Antiquité tardive : comme le disait Walter Benjamin, ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire, et comme le paganisme a fini par être vaincu, les oeuvres des polémistes anti-chrétiens de cette période ont été dûment censurées (par exemple, le livre de Celse ou celui de Julien, qui ne nous sont connus qu'à travers des "réfutations" ; ce qui prouve en passant que ces livres ont dû bénéficier d'un certain succès, vu que les chrétiens n'ont pu se permettre de les ignorer).

 
 
 
RÉPONSE :

Vous avez raison : il est bien difficile de connaître précisément les croyances des anciens Romains, et pour l'essentiel, leur mentalité nous échappe, nous restant le plus souvent inaccessible ou incompréhensible.

Bien vu, votre hypothèse sur la superstition de Dioclétien ! C'est exact, à l'instar de Mme du Deffand, les Romains des IIIe - IVe siècles pouvaient continuer à craindre les anciens dieux olympiens même sans plus vraiment y croire. En tout cas, les chrétiens de ce temps-là ressentaient cette peur superstitieuse : dans une de ses lettres, l'empereur Julien rapporte qu'ils ne s'approchaient généralement pas des temples païens sans siffler, grincer des dents ou se signer, histoire d'éloigner ces entités qu'ils voyaient à la fois comme des fausses divinités et comme des démons bien réels.

Cela dit, je me demande - et je n'ai pas de réponse - si, chez un Dioclétien véritablement superstitieux, la crainte des dieux, qui l'aurait poussé à déclencher sa persécution, n'aurait pas été aussitôt contrebattue par une crainte encore plus vive : celle de la colère du dieu des chrétiens ? Car enfin, on sait que les Romains étaient très soucieux de ne jamais offenser des dieux étrangers, même ceux des peuples ennemis, et même ceux qu'ils connaissaient fort mal, comme ce Yahvé des Juifs, qu'ils savaient pourtant être proche parent du dieu des chrétiens. Je crois que le dieu unique et transcendant des Juifs, avec les terribles ukases qu'il imposait à ses fidèles et ses colères que l'on disait terrifiantes, devait même leur fiche une peur bleue : on redoute par-dessus tout ce que l'on ne comprend pas !

Mais il est aussi possible que Dioclétien, initié à une autre "religion révélée" (Mithraïsme ou autre culte solaire) ait été imperméable à ces deux craintes superstitieuses (celles des anciens dieux ou celle du dieu judéo-chrétien). Il est même possible, que fanatique de sa religion, il se soit pris pour l'instrument chargé de la faire triompher sur les cendres de ses deux plus dangereuses rivales, le manichéisme et le christianisme.
Pas impossible…

Mais, en tout état de cause, demeurent irrésolus les problèmes évoqués dans mon dernier message : comment expliquer que Dioclétien se soit décidé si soudainement à persécuter les chrétiens, alors qu'il les avait jusque-là laissé prospérer ? et pourquoi a-t-il attendu la dernière année de son règne pour initier cette politique de répression qu'il devait pourtant savoir vouée à l'échec ?

 

 
 
Conclusion de Mathieu :

Je pense qu'une explication pour la date tardive de la persécution de Dioclétien serait qu'il aurait eu des problèmes plus pressants à régler auparavant. Sinon, je crois être parvenu "au bout de mon latin" concernant Dioclétien… De toute façon, hier comme aujourd'hui, les puissants n'agissent pas forcément de manière rationnelle…

En tout cas, merci encore infiniment de la gentillesse que vous m'avez montré en me répondant.

 
 
 
 
27 Février 2011
François-Dominique Fournier (Site www.mediterranee-antique.info) a écrit :

Lactance, au chapitre III de son ouvrage La mort des persécuteurs de l'Église, écrit : « Quelque temps après, on vit s'élever un autre tyran aussi cruel que Néron. Mais quoique son règne fût odieux, il ne laissa pas toutefois d'opprimer longtemps et impunément ses sujets. Enfin, ayant eu l'audace de se prendre à Dieu même, et de suivre le conseil du démon qui l'animait contre les justes, il tomba entre les mains de ses ennemis, qui le punirent de tous ses crimes… »

Quel est cet empereur que Lactance situe entre Néron (c. II) et Decius (c. IV) ?

 
 
 
RÉPONSE :

Qui est cet empereur qui, après Néron et avant Dèce, persécuta les Chrétiens ?

C'est bien évidemment Domitien. (Voyez : remacle.org et note).

Domitien, surnommé le Néron chauve, est - selon l'Église - l'auteur de la deuxième persécution chrétienne. Il aurait ainsi ordonné (entre autres joyeusetés sadiques) de concocter, dans l'amphithéâtre, une "friture de saint Jean l'Évangéliste" (rassurez-vous, le bon apôtre y survécut miraculeusement pour s'éteindre paisiblement quelques années plus tard dans l'île grecque de Pathmos).

En réalité, Domitien se serait surtout intéressé aux Romains de noble extraction qui éprouvaient des sympathies pour la religion juive ("ceux qui vivaient dans la religion juive sans en avoir fait profession" écrit Suétone, Vie de Domitien, XI). Des mesures qui n'étaient sans doute pas dépourvues d'arrière-pensées politiques puisqu'elle servirent surtout à débarrasser cet empereur passablement paranoïaque de son cousin Flavius Clemens et de ses deux rejetons, qui étaient ses successeurs présumés. (Voyez ici : Clic !). On notera aussi avec intérêt que ce Flavius Clemens portait le même nom que le "pape" qui régnait à ce moment-là (Clément de Rome, alias Clément Ier). Ce qui a poussé certains historiens anciens à prétendre, à mon avis non sans quelques bons arguments, que le pape et le sénateur romain ne faisaient qu'une seule et même personne (Voyez ici : Clic !).
Amusant, n'est-ce pas ?