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Avril Décembre 2010 (page 2/4)

Sommaire Avril Décembre 2010 : Clic !

 
 
24 Mai 2010
Michaël a écrit :
(…) J'ai bien une question à formuler : le christianisme n'a-t-il pas été l'une des causes de l'effondrement de l'Empire, avec l'Édit de Caracalla ? J'ai lu autrefois quelque chose, je ne sais plus de qui, disant que le christianisme a donné à chacun la conscience de son importance propre et, ce faisant, a effacé progressivement le souci de la gens qui prévalait jusque-là et donnait l'envie de se battre. Chrétiens, les Romains ne voyaient plus d'intérêt à se faire tuer sur un champ de bataille, et surtout après que tous les hommes libres étaient devenus citoyens : l'armée n'était plus nécessaire. Que pensez-vous de cette vision des choses ?
 
 
 
RÉPONSE :

La question des causes de la chute de l'Empire romain a déjà été abordée, à maintes reprises, dans les pages de mon site Web, à l'occasion de correspondances échangées avec d'autres sympathiques internautes (voyez les courriers référencés ici : Clic !). Vous y lirez que les raisons invoquées sont diverses et variées : barbares de l'extérieur ou de l'intérieur, dépopulation, sécheresse, plomb, mort naturelle inhérente à toute civilisation… et, naturellement, l'essor du christianisme !

Que faut-il penser de cette dernière hypothèse ?

En fait, elle fut d'abord énoncée, à la fin du XVIIIe siècle, par l'historien britannique Edward Gibbon, dans son célèbre ouvrage Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain. Mais cette thèse n'est plus guère "en odeur de sainteté" (si j'ose dire) parmi les historiens d'aujourd'hui, qui la trouvent sans doute un tantinet trop "militante".

Il est certes vrai que l'Empire romain d'Occident fut, au premier chef, démantelé puis détruit par les "Barbares" qui l'avaient d'abord assiégé puis pris d'assaut. Il est tout aussi exact que les provinces de l'Occident romain étaient a bout de souffle : dépeuplées par les guerres ou les épidémies, et étranglées économiquement par la pression fiscale d'un État financièrement aux abois, qui éprouvait de plus en plus de difficultés à payer d'exorbitants tributs aux chefs barbares qui le menaçaient et de mirobolantes soldes à leurs compatriotes, mercenaires exotiques qui composaient désormais l'armée dite "romaine". Bien sûr… Mais, quant à moi - et ainsi que je l'ai déjà écrit à de nombreuses reprises par ailleurs - je ne puis m'empêcher de penser que la religion chrétienne joua un certain rôle dans la disparition de l'Empire romain d'Occident.

edward gibbon

Tout d'abord, le climat permanent de guerre civile larvée, causée par les rivalités, aussi inextinguibles qu'acérées, entre les diverses sectes chrétiennes, qui n'hésitaient jamais à recourir la force brute pour imposer leur Credo à leurs adversaires, n'était guère propice à la constitution d'un "front commun" contre la menace barbare. D'ailleurs, les hérétiques donatistes d'Afrique du Nord, persécutés par les chrétiens orthodoxes, accueillirent en libérateurs les Vandales, ces conquérants germaniques qui étaient aussi des hérétiques, mais ariens, quant à eux !

D'autre part, et plus fondamentalement, la doctrine chrétienne, qui plaçait dans l'au-delà la seule patrie qui valût la peine d'être défendue, cette Cité de Dieu chère à saint Augustin, n'incitait pas nécessairement les fidèles au sacrifice patriotique. D'autant plus que le sac de Rome par les soudards d'Alaric avait démontré que la Ville n'était plus aussi éternelle que le proclamait jadis la propagande des empereurs païens ! Et si le "chrétien de base" n'était pas disposé à risquer sa peau pour Rome, le tenant des anciens cultes ne l'était guère davantage, déçu qu'il était de ces dieux qui n'avaient pas pu se défendre contre les iconoclastes chrétiens. Et s'ils avaient été incapables de se protéger eux-mêmes des déprédations des "Galiléens impies" (sic l'empereur Julien), comment auraient-ils pu sauvegarder l'Empire ?

Bref, des païens démoralisés et des chrétiens espérant avec ferveur l'avènement d'une nouvelle ère sur les ruines d'un monde agonisant. Et, face à eux, des Barbares de plus en plus nombreux et menaçants, que les premiers considéraient avec un fatalisme résigné, et en qui les autres voyaient l'instrument que Dieu utilisait pour hâter son règne ! Comment les combattre efficacement dans ces conditions ?…

Quant à l'Édit de Caracalla, je ne comprends pas très bien pourquoi le fait d'accorder la citoyenneté à tous les hommes libres de l'Empire aurait été susceptible d'émousser le patriotisme des bénéficiaires de cette mesure. Ce serait plutôt le contraire, non ?
Des hommes promus à une dignité jusqu'alors inaccessible devaient se sentir plus concernés par la défense de la communauté dont ils étaient désormais membres à part entière. Du reste, je crois que c'est ce qui s'est produit dans certaines régions de l'Empire, qui devinrent, au IIIe et au début du IVe siècle, de véritables réservoirs pour le recrutement des légions. Je pense surtout aux provinces danubiennes qui, tout au long de cette période, fournirent à l'armée romaine des contingents entiers de soldats au patriotisme éprouvé, et à l'empire certains de ses plus valeureux empereurs (Dèce, Claude le Gothique, Aurélien, Probus, Dioclétien), à qui Rome fut sans doute même redevable de sa survie lors de sa survie lors de cette épouvantable crise qu'elle traversa au milieu du IIIe siècle.

Toutefois, il ne faut probablement pas non plus exagérer l'influence de l'Édit de Caracalla sur les mentalités. À cette époque, le prestige de la citoyenneté romaine n'était plus aussi grand qu'au temps de la République, ni même qu'au début de l'Empire. Par exemple, les nouveaux citoyens romains de Caracalla ne disposaient plus du droit d'appel à l'empereur - celui dont avait usé saint Paul lorsqu'il avait eu des problèmes avec les autorités romaines de Judée. Quant au droit de vote, cela faisait belle lurette que les citoyens romains n'avaient plus l"occasion de l'exercer ! Comparée à celle de l'époque de Cicéron, la citoyenneté romaine octroyée par Caracalla n'était finalement guère qu'une citoyenneté "au rabais". Surtout qu'à cette époque, il y avait déjà bien longtemps que le prestige social portait moins sur la citoyenneté (être citoyen romain ou pas) que sur l'ordre auquel l'individu appartenait.Par exemple, les citoyens humiliores (disons, de basse extraction) pouvaient être soumis à la torture tandis qu'il n'était pas question de l'appliquer aux honestiores (disons, bourgeois honorables), et encore moins aux clarissimi (nobles, sénateurs, etc).

caracalla

 

 
 
Michaël réécrit :

Il faut que je m'explique quant à mon interprétation de l'Edit de Caracalla. Je vois que, depuis la réforme de Marius, l'armée est un moyen d'obtenir la citoyenneté romaine, c'est l'un de ses attraits. Dès lors, le patriotisme n'est plus la raison majeure de la guerre, on le voit avec les différentes guerres civiles : les troupes cherchent leur intérêt personnel, par la fidélité à un général, plutôt que l'intérêt de leur patrie. Imaginons que ce sont ces hommes qui, soudainement, découvrent qu'ils ont la citoyenneté sans passer par l'armée, sans mettre sa vie en danger. Que reste-t-il ? Quelques jeunes aventureux qui ignorent ce qu'est la guerre, des ambitieux, des gens qui espèrent une fortune rapide par le pillage, peut-être des gens trop pauvres et sans emploi…

Si l'on n'obtient plus la citoyenneté par le courage sur le champ de bataille, pourquoi aller courir le risque de se faire tuer ? Je constate la différence par les chiffres: Auguste disposait de 45 légions de 6000 hommes au début du Principat ; il a réduit à 28, après en avoir perdu 3 à Teutobourg. Parallèlement, je trouve une vingtaine de légions d'environ 2000 hommes lorsque les frontières cèdent, alors même qu'il semble que le besoin en hommes soit plus important. Le problème tient-il seulement des épidémies ? Je crois que beaucoup ne trouvent plus d'intérêt dans l'armée, et préfèrent tâcher de sauver leur peau (maintenant que le christianisme leur a montré que l'individu a le droit à la vie) que sauver leur pays. L'armée n'a plus la côte. Elle a perdu l'un de ses plus grands intérêts, qui avait fait courir les pauvres en foule en 103 avant notre ère !

Vous avez raison, je crois de souligner aussi l'abaissement de l'intérêt de la citoyenneté, qui a sans doute joué un rôle aussi dans ce processus.
Mais pour ce qui est des provinces danubiennes, je ne vois pas en quoi cela va à l'encontre de ce que je disais : ces hommes sont-ils vraiment des Romains ? Ovide en doute, si j'ose citer ce cas un peu particulier. Je crois même savoir (quoi que je sois loin de m'y connaître dans le Bas-Empire, aussi étrange et intéressant que complexe) que, assez rapidement (IVe siècle ?), ces provinces danubiennes sont cédées à des peuples germaniques pour protéger l'Empire. Ces peuples mercenaires qui obtiennent des terres contre leurs armes se battent-ils par patriotisme ? Non, parce que Rome a encore quelque chose à leur apporter. Mais Rome n'est plus capable d'opposer des armées aux envahisseurs, autrement même ces mercenaires ne seraient pas là !

Qu'en pensez-vous ?

 
 
 
RÉPONSE :

Aïe ! L'histoire de l'armée romaine, ce n'est pas trop ma zone de confort, comme disent aujourd'hui les managers branchés. Je ne suis vraiment pas à l'aise du tout dans ces questions complexes de recrutement, d'effectifs, de déploiement des légions, etc…
Je crois toutefois me souvenir qu'à la "belle époque" (c'est-à-dire sous la République et, au moins, durant les deux premiers siècles de l'Empire), lesdites légions étaient exclusivement composées de citoyens romains dûment estampillés. Les pérégrins (hommes libres qui n'étaient pas citoyens) ou les barbares, eux, ne pouvaient s'engager que dans les troupes auxiliaires (cavaliers gaulois, germains ou numides, frondeurs baléares, archers crétois, etc).

Le prolétaire romain qui s'enrôlait pour vingt ou trente ans ne cherchait donc pas à acquérir une citoyenneté qu'il détenait déjà, mais plutôt à toucher une solde confortable et à s'assurer une sécurité alimentaire qui était loin d'être garantie aux plébéiens les plus miséreux. Quant aux auxiliaires, il est vrai que l'acquisition de la citoyenneté - seulement au terme d'un service, long de vingt ou trente ans ! - pouvait représenter pour eux un incitant à l'engagement… mais peut-être seulement à la marge, après les avantages financiers, et sans doute aussi après le prestige conféré par l'appartenance aux armées romaines, maîtresses des batailles (et du monde). Ce que je veux dire, c'est que ces hommes, qui risquaient leur vie tous les jours, et dont l'espérance de vie théorique ne dépassait pas la durée de leur engagement, étaient probablement plus enclins à profiter des avantages immédiats que pouvait leur procurer la carrière militaire plutôt que de tabler sur l'obtention d'une hypothétique et lointaine citoyenneté. Pour eux, cet honneur serait, certes, la récompense des sacrifices consentis pour Rome, mais y compter en s'engageant, c'était vraiment "tirer des plans sur la comète" !

J'ai déjà eu l'occasion d'aborder le problème des effectifs de l'armée romaine du Bas-Empire (Clic !, Clic ! et Clic !). Si les chiffres sont controversés, les effectifs vraisemblables demeurent néanmoins considérables, et il n'est pas sûr que les empereurs du IVe siècle disposaient de moins de soldats qu'Auguste. Le gros problème résidait probablement dans la qualité plutôt que dans la quantité : beaucoup trop de soldats ne servaient plus guère que de "gardes-frontières" et manquaient de combativité, tandis que les troupes de seconde ligne, qui composaient l'armée de compagne, restaient très aguerris, mais étaient moins nombreux.

Évidemment, à la fin du IVe siècle, la situation de l'Empire… empire ! En 378, l'empereur Valens fut tué et son armée défaite lors la bataille Andrinople. Ses adversaires, les Goths, pillèrent les Balkans puis s'y installèrent provisoirement. Du coup, il devint difficile, sinon impossible, de recruter dans ces régions les soldats qui constituaient depuis des décennies le "fer de lance" de l'armée romaine. Pour ses campagnes militaires - principalement des guerres civiles - Théodose, le successeur de Valens, fut contraint d'engager des mercenaires exotiques (Goths, mais aussi Alains, Huns, etc) aux exigences pécuniaires immodérées et à la loyauté aléatoire.
Ensuite, au début du Ve siècle, ce fut le front rhénan qui s'effondra. Le Rhin fut franchi, en masse, par une succession de peuples germaniques qui, non contents de se livrer à une razzia en règle, s'installèrent qui en Gaule, qui en Espagne, qui en Afrique du Nord. Sans compter que la (Grande-)Bretagne dut être démilitarisée, ses légions étant jugées plus utiles en Gaule que dans cette province périphérique. Conséquence de ces invasions : des zones entières de l'Empire furent perdues pour le recrutement légionnaire. Qu'ils fussent chrétiens ou non, patriotes ou tièdes partisans de la grandeur romaine, les jeunes Gaulois, Bretons, Espagnols ou Africain ne purent plus participer à la défense de l'Empire. Et, comme dans l'Orient romain, force fut de recourir aux mercenaires barbares, si coûteux et si peu sûr.

Cela dit, à ce moment, qu'il y avait belle lurette - en fait depuis le début du IVe siècle et les réformes de Dioclétien et de Constantin - que les citoyens romains avaient été rétrogradés au rang de sujets d'un empereur autocratique. Et le service militaire, librement consenti par des hommes libres, engagés volontaires, s'était transformé en une pénible obligation de type fiscal, en un genre de "conscription" avant la lettre. Ah, il avait bel air, le bidasse-type du Bas -Empire ! La plupart du temps, il s'agissait d'un colon (futur "serf") que son patron, le gros propriétaire foncier qui régentait sa région comme, plus tard, le baron son fief, avait envoyé à l'armée pour s'acquitter des réquisitions incessantes et oppressantes d'un Etat frappé de "rage taxatoire". Et je vous prie que croire que ce conscrit n'avait pas été sélectionné pour ses éminentes qualités ! Malin, le patron avait profité de cette opportunité pour se débarrasser du manouvrier trop fégnasse ou trop abruti pour cultiver correctement sa terre. Ou alors, c'était l'élément ingérable qui devait partir : le petit caïd, le gibier de potence, celui qui "n'en touchait pas une" et qui pourrissait la vie de tous les honnêtes paysans. (Voyez à ce sujet : Clic !).
Finalement, il était peut-être plus difficile de "dresser" ces recrues et d'en faire de véritables soldats que de combattre efficacement les Barbares !

Pour terminer, quelques mots sur la "romanisation" dans les Balkans.
Si l'Empire romain d'Occident succomba à la pression barbare, l'Empire d'Orient, lui, surmonta la crise. Et finalement, une fois les Goths partis vers d'autres horizons, la menace bulgare contenue, et les infiltrations slaves maîtrisées, la frontière du Danube put, en gros, être maintenue par les Romains d'Orient, alias les "Byzantins", jusqu'à la fin du XIIIe siècle. Mais je ne garantis pas que cette région fournissait encore à l'Empire autant de valeureux soldats qu'aux IIIe et IVe siècles (je crois que le réservoir militaire des empereurs byzantins se situait plutôt en Anatolie).

 

 
 
 
3 Juin 2010
Marie-Dominique a écrit :

Même si "l'objet" de ma question n'est pas dans le cadre des Empereurs Romains, j'espère quand même que vous m'éclairerez (ou me donnerez des pistes nouvelles).

Nous avons vu à Rome (près de la place Monte Savello) ces vasques en marbre.

vasques monte savello rome - monte savello

Je ne trouve nulle part d'explication sur leur utilité.

Pouvez-vous m'aider ?

 
 
 
RÉPONSE :

Vu l'état des plus sommaires de ma documentation relative aux monuments de la Ville Éternelle, j'aurais bien des difficultés à vous renseigner au sujet de ces mystérieuses vasques. Mais, si vous le souhaitez, je puis toujours demander l'aide des sympathiques internautes visiteurs de mon site… 

 

 
 
Marie-Dominique réécrit :

Je vous remercie beaucoup pour votre aimable réponse (…)

À propos de ces vasques, mon mari a questionné hier, par mail, la Mairie de Rome et a eu une réponse dans la journée.
Je vous transmets ci-dessous la traduction du message :

"La structure mise au jour à Monte Savello est l'écurie d'un palais d'une certaine importance qui a été démoli dans les années 30 (XXe siècle).
Donc, les éléments en marbre sont des mangeoires dans lesquelles on mettait l'avoine pour les chevaux, tandis que le foin était posé directement sur le carrelage."
(Réponse du Docteur P. Rossetto de la Direction des Biens Culturels de la ville de Rome).

Nous pensons alors qu'il s'agit d'un Palais de la Renaissance… Nous ne sommes plus au temps des Romains.

Toutefois, si vous aviez des informations plus complètes, je suis "preneuse".

 
 
 
RÉPONSE :

Eh bien, je pense que vous disposez désormais des renseignements que vous attendiez, et que j'eus été bien en peine de vous fournir.

Un grand merci pour cette sympathique correspondance. Faute d'avoir été - en ce qui me concerne - fort constructive, elle nous aura du moins permis de ne pas confondre des mangeoires renaissance avec des lavabos - ou pire, avec des urinoirs - gréco-romains !

 

 
 
Conclusion de Marie-Dominique :

En effet, Lucien, nous avons échappé au pire !!!!

C'est vrai qu'il ne m'était pas supportable de ne pas savoir ce qu'on pouvait bien faire dans ces vasques… maintenant je sais et j'en suis ravie.

 
 
 
 
1er Juillet 2010
Jean-Yves a écrit :

(…) Il me serait agréable de connaître la référence exacte de l'oeuvre de l'Empereur Julien : titre, page, circonstances…dans laquelle je pourrais trouver la citation (en rouge) suivante :

[" je vous dirai cette phrase célèbre et parfaitement réalisée de l'empereur Julien :
« Si le Christianisme triomphe, dans 2OOO ans le monde entier sera Juif ».
C'est ce qui est arrivé…" ]

me précise un internaute de mes connaissances, docteur en morpho-psychologie.

Qu'en est-il exactement ? (…)

 
 
RÉPONSE :

Cette supposée citation de Julien, moi, à première vue, je ne la retrouve pas dans les œuvres complètes de l'empereur-philosophe. Mais, comme je n'ai fait que survoler, vous pouvez vous-même, si vous le souhaitez, vérifier de manière plus approfondie (voyez remacle.org).

Toutefois, telle qu'elle est rapportée, cette sentence me paraît suspecte : à ma connaissance, Julien n'emploie pas le mot "christianisme" pour désigner la secte des Galiléens. En outre, il semblerait bien que cette phrase n'apparaisse nulle part ailleurs qu'en exergue du bouquin d'un certain Roger Domergue Polacco de Menasce (alias Roger-Guy Dommergue), un auteur, semble-t-il, à la fois antisémite, révisionniste, négationniste et affabulateur, voire mythomane.

Autant vous dire j'ai la très nette impression de cette citation reflète davantage les fantasmes nauséabonds de ce Dommergue que l'exacte pensée de l'empereur Julien !

 

U

Julien dit l'Apostat

 
 
 
24 Juillet 2010
Xavier Besse (www.xavierbesse.com) a écrit :
(…) Savez-vous quelque chose de l'expédition que César (Julio) a envoyé au Soudan pour rechercher les sources su Nil ?
 
 
 
RÉPONSE :

Jules César n'a pas envoyé d'expédition à la recherche des sources du Nil. Mais, mieux que cela : l'historien latin Suétone - qui n'en rate décidément pas une ! - lui prête l'intention d'avoir voulu y aller lui-même, en personne ! Et en galante et aguichante compagnie, qui plus est ! Celle de la divine, charmante et aguichante reine d'Égypte Cléopâtre au si joli minois. Mais les soldats romains qui l'escortaient auraient refusé tout net de participer à cet aventureux voyage de noces. Très peu pour eux de remonter le fleuve au-delà d'Assouan et de la première cataracte pour visiter ces pays de la soif où seules les pierres poussaient dru ! Et Jules César, quinaud et penaud, aurait été contraint de renoncer à ses projets d'exploration. (Voyez Suétone, Vie de César, 52).

Dois-je vous préciser que tout cela, c'est du pipeau ! Ce que Suétone nous présente n'est guère qu'une réminiscence boiteuse de la mutinerie qui empêcha Alexandre le Grand de poursuive sa route au cœur des Indes. En fait, César effectua bien une croisière sur le Nil, à la demande de Cléopâtre qui voulait lui montrer les richesses du pays sur lequel elle régnait - lui-même étant fort intéressé de voir si l'Égypte serait capable de rembourser les sommes astronomiques que sa jolie reine devait au Sénat et au Peuple romain, personnifié, dans les circonstances présentes, par l'unique, mais divin, Jules. Cependant, il n'entra fort probablement pas dans les projets du général romain de poursuivre son voyage au-delà des zones civilisées - et exploitables. Sans compter que d'autres tâches urgentes l'attendaient du côté de Rome, dont il comptait devenir le maître absolu et incontesté.

En revanche, l'empereur Néron (54-68) envoya bien une expédition vers les sources du Nil. Le fait est attesté par Sénèque : "Ignores-tu que dans les systèmes qui rendent raison du débordement du Nil en été, il en est un qui le fait venir de la terre même, et qui attribue la crue du fleuve non aux eaux du ciel, mais aux eaux intérieures ? Deux centurions que l'empereur Néron, passionné pour toutes les belles choses et surtout pour la vérité avait envoyés à la recherche des sources du Nil, racontaient devant moi qu'ayant parcouru une longue route, aidés des secours du roi d'Éthiopie et recommandés par lui aux rois voisins, ils voulurent pénétrer plus avant et arrivèrent à un immense marais. « Les indigènes, ajoutaient-ils, ne savent pas où il finit, et il faut désespérer de le savoir, tant les herbages y sont entremêlés· à l'eau, tant cette eau est peu guéable, et impraticable aux navires. Une petite barque, avec un seul homme, est tout ce que peut porter ce marais fangeux, tout hérissé d'obstacles. Là, me dit l'un des centurions, nous vîmes deux rochers d'où tombait un énorme cours d'eau. »" (Sénèque, Questions naturelles, VI, 8 - Traduction remacle.org).

Selon un très vieux bouquin hérité de mon grand-père, les explorateurs de Néron auraient donc atteint environ "le neuvième degré de latitude nord, jusqu'à cette grande dépression marécageuse où le Nil Blanc reçoit à gauche le Bahr el Gazai et se trouve par moments complètement obstrué par des masses considérables de débris flottants de plantes. Cette entreprise menée à bonne fin ne recula pas seulement plus loin au sud la connaissance territoriale des anciens reposant sur l'exploration proprement dite, mais nous trouvons déjà sur la liste des peuples qu'elle rapporta tous les noms des tribus nègres qui vivent encore aujourd'hui dans cette région : les Schir, Medin, Elliab, Bari et Bertat.” (Charles WEULE, La surface terrestre in L’Univers et l'Humanité, sous la direction de H. KRAEMER, Éditions Bong et Cie, Paris, 190…).

Pour info complémentaire, le même vieux bouquin donne encore quelques renseignements sur d'autres expéditions romaines en Arabie et en Afrique :

neron

"Ce qui, dans ces conditions, mérite d'être rapporté de l'oeuvre géographique des Romains est donc insignifiant. Aux temps de la république, il ne fut question qu'une fois de voyages d'exploration de grande envergure : après la destruction de Carthage (146 avant J.-C.), le vainqueur, le second Scipion l'Africain, envoya son compagnon et ami Polybe vers le N. O. du continent africain. Chose significative, Polybe est un Grec, non pas un Romain, et d'ailleurs, ce sont en principe toujours des sujets grecs qui ont été les représentants attitrés de la géographie de l'empire romain.
C'est seulement sous l'Empire qu'on voit quelques entreprises plus lointaines dirigées par des Romains en personne : en 24 avant J.-C. Aelius Gallus partit de l'Égypte pour une campagne dans le sud de l'Arabie. L'entreprise échoua, comme il fallait s'y attendre, car on ne connaissait qu'imparfaitement les pays et les difficultés de la marche et de l'approvisionnement étaient énormes
[en fait, Gallus et ses soldats disparurent corps et bien, évaporés, bouffés par le désert arabique]. Néanmoins, l'idée inspiratrice montre comment, dans les alternatives variées de l'histoire de l'humanité, les mêmes étendues territoriales amènent toujours aux mêmes mesures. L'expédition envoyée par Auguste n'est pas autre chose, en effet, qu'une répétition des tentatives de l'ancien roi d'Assyrie Assarhaddon pour s'emparer, en occupant la partie méridionale et riche de l'Arabie, de l'ancienne route commerciale allant de l'Inde à l'Occident. Quelques autres expéditions visent l'intérieur de l'Afrique : ce sont l'excursion militaire de Cornélius Balbus qui alla de la région des Syrtes jusqu'au Fezzan et à Ghadamès (19 avant J.C.) et l'expédition qui se place également à la fin du premier siècle, de Septimus Flaccus et de Julius Maternus, sur la route de caravanes tripolitaines vers le sud. Maternus traversa, à cette époque, au cours d'une marche de plusieurs mois, le grand désert, jusqu'au moment où il arriva au pays d'Agisymba, une région, que, d'après sa description, il nous faut placer dans le Soudan.” (Charles WEULE, op. cit.).

 

 
 
 
28 Août 2010
Lionel a écrit :

Ma question tient au calendrier. Vous dîtes et redîtes que vous n'êtes pas un spécialiste mais peut-être saurez-vous répondre à ma question.
Pourquoi le 1er Janvier est-il le 1er jour de l'année ? Il ne correspond à rien. Rien de céleste, rien de religieux (si ce n'est que c'est le 7e jour après le 25 décembre : jour de la circoncision…)
Je comprends bien plus facilement le début de l'année au 21 Mars par exemple, d'où septembre le 7e mois de l'année et octobre le 8e…
Mais le 1er Janvier ! Pourquoi ?
Est-ce vraiment dû à la circoncision de Jésus, marquant ainsi la première fois que ce fils verse son sang ?
Au secours ! Cela fait plus de 30 ans que je me pose la question !

 
 
 
RÉPONSE :

Pourquoi le premier jour de l'année fut-il fixé le 1er janvier ?

Comme vous le remarquez fort pertinemment, il eût été infiniment plus judicieux de faire commencer l'année au début du printemps, période du renouveau de la nature. Les Romains ne s'y trompèrent d'ailleurs pas : peuple de paysans et de guerriers, ils fixèrent originellement le début de l'année au premier mars, premier mois du printemps, époque où l'on pouvait à bouveau lancer des campagnes militaires et œuvrer aux travaux des champs. Le dieu Mars, qui avait donné son nom à ce mois, était d'ailleurs la divinité qui présidait aux activités guerrières et à la levée des moissons. Vous avez aussi raison quand vous écrivez que les noms de certains de nos mois portent encore la trace de cet antique calendrier traditionnel : nos 9e, 10e, 11e et 12e mois s'appellent encore comme s'ils étaient respectivement les 7e (septembre), 8e (octobre), 9e (novembre) et 10e (décembre). En outre, avant qu'ils prennent le nom de Jules César et celui d'Auguste, les mois de juillet et d'août s'appelaient eux aussi, d'après leur place dans le vieux "calendrier printanier", quintilis (5e mois) et sextilis (6e mois). (Voyez : Clic !).

Le premier mars était aussi, originellement, la date fixée pour l'entrée en charge des nouveaux magistrats élus (consuls, préteurs, édiles, etc…). Mais les Romains étant aussi - et surtout - un peuple des plus pragmatiques, ils s'aperçurent assez vite qu'il était peut-être dangereux de procéder au changement annuel du "personnel gouvernemental" (qui, parfois, s'accompagnait de renversement radical d'options politiques) précisément à l'époque où, les beaux jours revenant, la Ville pouvait être confrontée à une agression extérieure. Mieux valait installer le nouveau gouvernement au début de l'hiver, quand il faisait trop froid pour combattre et que les citoyens, libérés des travaux des champs et des obligations militaires, avaient davantage de temps à consacrer à la vie politique de la Cité. Et justement, le mois de Janvier, placé qu'il était sous le vocable du dieu Janus, semblait tout indiqué pour effectuer cette rotation annuelle des cadres de la République. À l'instar de son vieux commensal Saturne, Janus "présidait aux choses du temps" (comme chantait Brassens), et sa double face regardant à la fois vers le passé et vers l'avenir symbolisait parfaitement de la perspicacité que l'on attendait des nouveaux magistrats. Ainsi, outre que l'on se placerait sous les auspices d'un dieu particulièrement compétent, les magistrats élus disposeraient de trois mois de calme relatif pour s'installer calmement, pour "habiter leur fonction" (sic Sarko) avant, éventuellement, de devoir faire face à ces situations potentiellement dangereuses.

Le premier janvier devint donc la date fixée pour l'entrée en charge des nouveaux magistrats, et comme on avait pris l'habitude de distinguer les années par le nom de l'un des consuls (le consul "éponyme"), l'habitude fut vite prise de considérer le premier janvier comme le premier jour de l'année. (Pour des infos complémentaires, voyez : fr.wikipedia.org).

Notez toutefois que le premier janvier mit du temps à s'imposer comme "Jour de l'an". Après la christianisation de la société occidentale , au Moyen Age et jusqu'à la Renaissance, ce fut plutôt la date de Pâques que l'on retint… bien que ce ne fût guère judicieux : le choix d'une fête mobile comme début de l'année n'était pas très pratique. (Voyez : www.linternaute.com).

Quant à la circoncision du Christ, elle, fut, rituellement, effectuée sept jours après sa naissance. Et puisque celle-ci fut fixée un 25 décembre - histoire, sans doute, de "récupérer" chrétiennement la fête solaire païenne du Sol invictus ("Soleil invaincu), célébrée au solstice d'hiver -, la Fête de la Circoncision vint tout naturellement se placer le 1er janvier. Mais ce n'est là qu'une coïncidence chronologique…