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Sommaire Juin 2008 :
- 1er Juin :
- Christianisme et chute de l'Empire romain : Clic
!
- 2 Juin :
- Qui était Cordius Rufus ? : Clic
!
- 3 Juin :
- Vespasien n'était pas beau gosse ! : Clic
!
- 3 Juin :
- Tibère - Jésus : retour sur une (hypothétique)
rencontre au sommet… : Clic
!
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| 2e
PAGE |
- 5 Juin :
- ANTIKE IM KINO - une très intéressante
expo (bilingue all-fr) à Bâle (Suisse)
: Clic
!
- 5 Juin :
- Et Jésus jeta des légionnaires aux pourceaux… :
Clic
!
- Réaction à ce courrier : Clic
!
- 5 Juin :
- Honorius se souciait-il de la sécurité
des Vendéens ? : Clic
!
- 25 Juin :
- Les bourreaux romains ne coupaient pas les cheveux
en quatre… ni les tuniques ! : Clic
!
- De méchantes rumeurs sur les manuscrits de
la Mer Morte… : Clic
!
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DANS LE SITE
"EMPEREURS ROMAINS"
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| 1er Juin 2008 |
| Frédéric
a écrit : |
J'ai
lu votre site de manière passionnée
; surtout sur la fin de l'Empire Romain.
Ici, une de mes nombreuses questions ou remarques
concerne le rôle du christianisme,
notamment en réponse à ce
courrier.
Je suis loin d'être un
spécialiste (j'ai tout juste un peu lu l'Histoire),
donc corrigez-moi s je me trompe.
J'ai été surpris de lire le nombre d'atrocités
commises au nom de la foi chrétienne dès
le début, tant par les empereurs que par les
évêques que par les gens du commun.
Je pense que cela choque particulièrement étant
donné le message de paix et d'amour que le
Christ tenta de nous transmettre (en vain, peut être
pas tout à fait). Il semble que les premiers
chrétiens l'aient vite oublié alors
qu'ils étaient temporellement plus proches
du Christ que nous. Que tellement de monde pendant
tellement longtemps aient souffert ou aient été
tués voire torturés au nom de celui
qui disait "aimez-vous les uns les autres".
Et donc les quelques faits de violence causés
par les chrétiens apparaissent plus en contraste
sur la toile de fond que d'autres.
Certes les 1ers chrétiens s'entretuaient d'une
secte à l'autre, mais c'était dans l'air
du temps. Ils auraient été païens,
barbares ou romains qu'on aurait à peine sourcillé.
Je ne pense pas que le christianisme
aie été un facteur important dans la
chute de l'Empire Romain d'Occident.
- Les troubles causés
par les chrétiens ne devaient être
qu'une série de violence en plus parmi la
litanie de guerres, de razzias, de mises à
sac et autres actes de banditisme… Ou du moins
le fait qu'elles furent commises par des chrétiens
rivaux fut accessoire.
- Les poussées démographiques
jouèrent selon moi un rôle prépondérant.
Pas seulement l'arrivée des Huns, mais aussi
l'apparition de la peste qui décima un tiers
de la population de l'Empire Romain en quelques
décennies. Si je ne me trompe, ce fut la
première apparition de la maladie en Europe.
- Je ne crois pas à
la thèse des Empires qui naissent, grandissent
et meurent d'une belle mort naturelle. Non. Mais
l'Empire Romain était un système qui
n'a jamais vraiment marché. Guerres civiles,
assassinats politiques en série, massacres
dans les rues de Rome, etc, on n'a pas dû
attendre le Ve siècle pour voir ça.
Jules César lui-même avait grandi dans
cette ambiance et dû affronter Pompée
dans un déchirement qui distinguait déjà
l'Empire d'Occident et celui d'Orient. On était
encore loin de la "décadence".
Y a-t-il vraiment eu
décadence et explosion de violence ? Je ne
pense pas. Le système était déjà
foireux depuis bien longtemps, mais chaque usurpateur
réutilisait la structure administrative à
son compte. Tout au plus il a eu un changement dans
le mode d'administration et une décentralisation
du système à un certain moment par
la force des choses, sans qu'on s'en aperçoive
vraiment. Mais ce système ne devait pas être
tellement plus inhumain et insécurisé
après la chute qu'avant.
Ce qu'on peut dire peut être, c'est que le
christianisme a introduit dans l'Empire Romain la
culture qui sera celle du moyen age à 100
%. Mais ce Moyen Age fut-il vraiment pire ? Demandez
aux esclaves crucifiés de Spartacus…
L'Empire Romain était un semblant de civilisation
et l'Église Romaine n'a fait que perdurer
l'idée de civilisation au sein des tribus
franques, goths et germaniques.
- Le christianisme s'est
facilement implanté dans l'Empire Romain
parce qu'il n'y avait plus vraiment de religion.
Le culte romain, plus personne n'y croyait depuis
longtemps et n'étaient plus qu'un symbole
de l'autorité de la cité et de l'Empire,
lui-même devenu une grosse blague. La religion
chrétienne apportait un côté
mystique propre au judaïsme mais accessible
à tous, plus convaincant que la pléthore
de cultes basés sur les idoles et des mythologies
rocambolesques.
La différence de nature entre la religion
chrétienne, monothéiste du mystère
et du Saint Esprit par rapport aux déité
variées, innombrables et superficielles peut
expliquer son succès. Succès répété
plus tard sur les tribus indiennes et africaines
lors des colonisations dans des circonstances pourtant
pas beaucoup plus sympathiques.
La seule chose qui m'attriste
avec l'arrivée du christianisme, c'est la destruction
par les iconoclastes des temples et œuvres d'art
qui témoignaient de cette époque, malgré
tout fabuleuse. |
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| RÉPONSE
: |
| Un grand merci pour
ces réactions et réflexions qui témoignent
de l'intérêt, certes assez critique mais
néanmoins sympathique, que vous portez à
mon site web.
Je suis assez d'accord avec vous quand vous précisez
que le triomphe du christianisme ne fut pas la seule
- ni peut-être la plus importante - cause de
la chute de l'Empire romain. Ainsi que je l'ai écrit
à plusieurs reprises, en reprenant une formule
de Paul VEYNE, si cet empire fut d'abord "pris
d'assaut par les Barbares", bien d'autres
raisons peuvent encore expliquer cette catastrophe.
(Voyez à ce sujet : Clic
!, ainsi que les autres correspondances référencées
ici : Clic
!).
En revanche, il me semble que vous vous avancez beaucoup
quand vous écrivez que "l'empire romain
était un système qui n'a jamais vraiment
marché. Bon, j'admets volontiers que l'histoire
romaine ne fut pas exempte de crises gravissimes,
d'usurpations, de massacres, d'émeutes, de
pronunciamientos, de révolutions de palais,
de meurtres politiques, etc… D'accord, mais
ce régime que vous estimez pourtant passablement
débile les surmonta toutes ! Bien sûr
il évolua, au fil du temps, vers un autoritarisme
que nous jugerions (non sans anachronisme) totalitaire,
du moins conserva-t-il, grosso modo, ses
singularités, ses caractéristiques,
ses "valeurs" intrinsèques, et ce
durant plus de cinq siècles. Un sacré
bail pour un système inadapté ! Comptez,
par comparaison, le nombre de régimes divers
et variés que la France a connus depuis l'an
1500. Peut-on dire qu'aucun d'entre eux n'a vraiment
"marché" parce tous connurent leur
lot d'abominations, de révoltes, d'assassinats,
d'émeutes ou de tortures ?
Non, le système politique romain n'était
pas plus "foireux" que bien d'autres, que
du contraire ! C'est d'ailleurs en bonne partie grâce
à sa stabilité et grâce à
la (relative) paix romaine (pax romana) que
le christianisme put s'y implanter solidement, s'y
développer et y prospérer, et ce malgré
les persécutions intermittentes. Les prédicateurs
pouvaient parcourir l'Empire dans une (relative) sécurité.
Et si les choses tournaient mal, si la foule en colère
voulait écharper ces inciviques patentés,
ces trublions pouvaient souvent, à l'instar
de saint Paul, trouver refuge auprès de magistrats
impériaux qui leur garantiraient un procès
équitable… en leur offrant de surcroît
une tribune pour exposer leur Foi et témoigner
de la Vérité du Christ.
Vous dites aussi que le christianisme put s'imposer
facilement, c'est parce que les Romains ne croyaient
plus à rien. Moi, je pense que c'est surtout
parce qu'il fut imposé - de plus en plus autoritairement
- par le pouvoir impérial. Sans professer le
christianisme, il devint très vite impossible
d'exercer toute charge publique, de bénéficier
d'une protection ou même, pour les plus pauvres,
d'espérer un secours matériel, vu que
tout ce que nous appelons aujourd'hui le "secteur
caritatif" se trouvait désormais des évêques
et de leur clergé. Dans de telles conditions,
il va de soi que le nombre de "païens militants"
diminua drastiquement !
Du reste, je ne suis pas sûr du tout que le
christianisme fleurit dans le "désert
religieux" que vous décrivez. Évidemment,
il ne devait plus avoir grand monde pour croire à
Jupiter et à ses frasques érotiques,
à Bacchus et à ses beuveries, ou à
Hercule et ses travaux. Mais cela ne signifie pas
pour autant que les Romains du Bas-Empire étaient
devenus des athées !
Je ne parlerai même pas du culte impérial,
que le christianisme recycla d'ailleurs fort
vite et fort bien ("divin", l'empereur le
demeura, même sous le règne du Christ).
Outre ce culte de la majesté impériale
"dévoyé" par le christianisme
étatique, un genre de "mystique de la
Rome éternelle" résista longtemps
aux assauts chrétiens. Ce patriotisme teinté
de religion se manifesta, par exemple, lorsque les
Sénateurs romains refusèrent véhémentement
- mais sans succès - que le l'Autel de la Victoire
fût retiré de la Curie. (Clic
! et Clic
!). Les soldats aussi, principalement ceux d'origine
illyrienne partageaient cette mystique de Rome. Souvent
membres de confréries religieuses d'inspiration
solaire (culte du Mithra ou du Soleil invaincu),
longtemps ils défendirent les valeurs de la
Rome éternelle : à leurs yeux
la victoire de la Lumière sur les Ténèbres
ne symbolisait-elle pas aussi celle de la civilisation
romaine sur la barbarie environnante ? Quant aux ruraux,
rares paysans libres ou colons asservis à leur
tout-puissant patron, ils constituèrent
la masse qui résista le plus longtemps à
la christianisation. Malgré les efforts de
saints militants et agressifs, tels Martin, Germain
ou Hilaire, ces pagani (nos "païens")
ne renoncèrent que très difficilement
à leurs croyances, à leurs petits dieux
si pratiques, si familiers et si proches, à
leurs arbres sacrés, à leurs pierres
enchantées et leurs sources miraculeuses. Si
bien qu'en désespoir que cause, il fallut souvent
donner à ces divinités des habits chrétiens,
transformer un dieu local en un saint spécialisé,
placer des croix dur des menhirs, bâtir des
chapelles sur des lieux "magiques", etc…
Mais ce n'était là qu'emplâtres
sur des jambes de bois, et le paganisme rural survécut
longtemps à la chute de Rome : au VIIe et VIIIe
siècles les missionnaires (anglais, irlandais)
travaillaient encore du goupillon, s'échinant
toujours, parfois d'ailleurs au risque de leur vie,
à évangéliser les campagnes d'Europe
occidentale et ses habitants encore largement païens…
et fort résolus à le demeurer ! |
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| 2 Juin 2008 |
| Jean-Luc
a écrit : |
| Vous
connaissant, je pense que vous allez m'éclairer
concernant Cordius Rufus qui d'après
ce que j'ai pu trouvé était contemporain
de Jules César. Je vous remercie de votre réponse.
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| RÉPONSE
: |
| J'en suis flatté,
mais j'ai bien peur que vous n'ayez surestimé
mon érudition. Ne disposant pas de documentation
très détaillée sur les "personnages
secondaires" de la fin de la République,
je n'ai malheureusement pas pu trouver de renseignements
sur ce Cordius Rufus… Sinon ceux que vous avez
sans doute déjà dénichés
par vous-même sur des sites consacrés à
la numismatique romaine et qui précisent que
"Manlius Cordius Rufus était
un monétaire de César"
(voir : www.cgb.fr).
Je dois d'ailleurs aussi vous avouer que je ne sais
pas trop ce qu'était un "monétaire",
sinon qu'il devait s'agir d'un des triumvirs monétaires,
c'est-à-dire un membre du collège des
trois magistrats chargés de l'émission
des monnaies. |
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| 3 Juin 2008 |
| Marie
a écrit : |
Nous
devons (ma copine et moi) faire un exposé
sur Vespasien.
Nous ne trouvons dans aucun site à
quoi il ressemblait (physiquement).
Avait-il un beau corps, était-il
musclé, fort, petit ? |
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| RÉPONSE
: |
Non, Vespasien
n'était pas à proprement
parler un beau mec. L'historien latin
Suétone le décrit ainsi
: "Il était de stature
carrée, les parties du corps lourdes
et fortes, et l'expression du visage comme
contractée par l'effort"…
Bref, il avait une bonne tête de
constipé chronique, qui grimaçait
comme s'il avait perpétuellement
besoin d'aller aux toilettes (sinon aux…
vespasiennes).
Le bon Suétone ajoute
d'ailleurs, finement, qu'un jour, son
bouffon, à qui il demandait de
lui en raconter une bien bonne, lui aurait
répondu qu'il s'exécuterait
dès qu'il aurait soulagé
ses impériales entrailles. (Voir
SUÉTONE, Vie
de Vespasien, XX).
Du reste, vous pourrez vous faire une
idée plus concrète de son
physique en admirant les monnaies frappées
à son effigie (voir, par exemple
www.wildwinds.com
ou www.romancoins.info)
ou les statues qui le représentent
(www.romancoins.info). |
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Vespasien |
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| 3 Juin 2008 |
| Frédéric
a écrit : |
En
relisant vos notices biographiques (toujours avec
curiosité et plaisir), je déniche de
temps à autre des éléments qui
m'avaient échappé à première
lecture.
Votre passage sur
l'éventuelle rencontre entre Tibère
et Jésus, à qui l'empereur
aurait proposé le royaume de Judée,
avait de prime abord provoqué chez moi une
certaine perplexité. Vos arguments tirés
des Évangiles étaient attrayants, mais
il en fallait plus pour me convaincre que Rome ait
pu songer un seul instant à laisser tomber
ses fidèles (pour ne pas dire plus) vassaux
hérodiens pour les remplacer par un illustre
inconnu.
Connaissant relativement bien
l'histoire des dynasties hasmonéenne et hérodienne
et leurs relations de clientèle avec les dirigeants
romains successifs, je ne voyais pas ce qui avait
pu pousser Rome à revoir ainsi sa politique.
Certes, comme vous le dites,
les dirigeants hérodiens étaient sans
doute haïs par la grande majorité des
Juifs. Cependant, cet argument ne devait guère
compter pour le pouvoir romain. Il suffit d'observer
les années de règne des princes hérodiens
(qui dépendaient totalement de la puissance
romaine) :
- Hérode le Grand
régna de -40 à -4. Pendant toute la
durée de son règne, il reçut
les faveurs des maîtres successifs de Rome,
César, Antoine et enfin Octave-Auguste. Son
habileté et sa grande servilité vis-à-vis
de Rome lui permirent de constituer un royaume étendu
et prospère, n'en déplaise à
ses ingrats sujets (il est vrai qu'avec eux, il
n'était pas aussi accommodant…) ;
- son fils Archélaos
fut ethnarque de Judée-Samarie-Idumée
de -4 à +6. Il fut certes déposé
par les Romains mais après 10 ans de règne,
alors que les contestations à son sujet dataient
du début de son avènement, raison
pour laquelle il ne fut pas désigné
comme roi des Juifs par Auguste (seule clause du
testament d'Hérode le Grand que son "ami"
Auguste se refusa à entériner). Même
en tenant compte de la lenteur des moyens de communication
à l'époque, 10 ans, cela reste assez
long pour ne pas y déceler une forme d'attentisme
favorable de la part d'Auguste ;
- son fils Philippe fut tétrarque
de Batanée, Trachonitide, Auranitide, Gaulanitide
de -4 à +34. Son règne fut des plus
tranquilles si l'on en croit Flavius Josèphe.
Il est vrai que ses territoires étaient peuplés
de nomades ituréens (plus voleurs qu'agitateurs),
de populations urbaines hellénisées
et de quelques rares Juifs. Il mourut dans son lit,
après avoir bien servi ses maîtres
romains ;
- son fils Hérode
Antipas fut tétrarque de Galilée-Pérée
de -4 à+39. Contrairement à Philippe,
Antipas régnait sur des régions où
l'agitation nationaliste juive était permanente
(surtout en Galilée). Cela ne l'empêcha
pas de régner pendant 43 ans (!) avant d'être
déposé non pas à cause d'une
incompétence quelconque, mais parce qu'il
avait eu l'outrecuidance de réclamer à
Caligula le titre royal ;
- son petit-fils Agrippa
Ier fut roi de +37 à +44 (en Judée
à partir de +41). Il avait hérité
de l'habileté de son grand-père auprès
de ses suzerains et put reconstituer à peu
de chose près son royaume. Sa mort prématurée
entraîna la 2e administration directe par
Rome de la Judée-Samarie ;
- son arrière-petit-fils
Agrippa II fut roi (de divers territoires au nord
de la Judée) de +48 à sa mort vers
+93 (ou +100 selon une chronologie réévaluée
de Maurice Sartre). Il resta fidèle aux Romains
pendant la Première Révolte juive
et conserva ainsi son royaume.
Vous comprendrez qu'ayant
en mémoire l'ensemble de ces éléments,
il me semblait difficile de croire qu'un dirigeant
romain ait pu imaginer un seul instant changer une
"équipe" si dévouée
et ayant fait ses preuves sur le long terme.
Je me demandais en outre comment
les autorités romaines auraient pu avoir connaissance
d'une "maison davidique" alors que les seuls
dirigeants juifs connus d'eux étaient hasmonéens
ou hérodiens (l'intervention romaine en Judée
datait de la révolte des Maccabées,
ancêtres des Hasmonéens).
Approfondissant le sujet en
lisant notamment le livre des archéologues
Finkelstein et Silberman, Les Rois sacrés
de la Bible, consacré aux règnes
de David et Salomon (très largement idéalisés
dans la Bible comme le démontrent les auteurs),
j'ai découvert (il n'est jamais trop tard pour
apprendre) la persistance de la mythologie davidique
et salomonienne à l'époque hellénique
puis romaine non seulement dans la population juive
mais aussi chez les érudits grecs (via la Bible
des Septante, traduction grecque de l'époque
lagide). Ainsi, s'il est certain que les héritiers
de la maison de David étaient disparus depuis
bien longtemps (dès l'époque du retour
de Babylone), rien n'empêchait n'importe quel
agitateur de se prétendre héritier de
ladite maison.
Il est vrai qu'en lisant la Guerre des Juifs
de Flavius Josèphe, on rencontre des révolutionnaires
messianiques à chaque détour de page.
L'argument que je pouvais
développer au sujet de la méconnaissance
de la maison davidique n'a donc plus guère
de pertinence.
J'ai également revu
mon appréciation au sujet des bonnes relations
entretenues par le maître romain avec le vassal
hérodien. Si mon analyse générale
reste valable, il faut sans doute l'affiner en considérant
l'attitude particulière de chaque dirigeant
romain.
On ne doit guère douter de la confiance donnée
aux souverains iduméens par Auguste, Caligula,
Claude et même Néron.
Pour ce qui est de Tibère, je suis plus circonspect.
Le seul fait concernant les territoires hérodiens
pendant son règne est la décision d'annexer
à la province de Syrie la tétrarchie
de Philippe lorsque ce dernier décéda
en +34 sans laisser d'héritiers directs.
Bien plus, on sait que Tibère, choqué
des remarques d'Agrippa I qui était un ami
de Caligula, fit jeter en prison le prince hérodien.
Je dois donc avouer qu'au
regard de ces faits, il est possible que Tibère
ait pu se démarquer de l'opinion favorable
dont les Hérodiens avaient alors toujours bénéficié
de la part des dirigeants romains (et continueraient
à bénéficier après la
mort de Tibère).
Alors ? Certes, je n'ai pas
plus de preuves que vous que cette entrevue entre
Tibère et le prétendant royal qu'aurait
pu être Jésus fut bien réelle.
Mais je dois dire qu'à la lumière des
derniers éléments, elle est en tout
cas beaucoup plus plausible que je ne le pensais a
priori.
Et je me dis donc qu'au-delà
de vos ironies, de vos bons mots, votre analyse est
non seulement fort bien documentée mais très
souvent pertinente. |
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| RÉPONSE
: |
Pour vous parler franchement,
même je suis infiniment flatté de l'intérêt
que vous portez à mes allégations -
parfois des plus aventurées -, je suis un peu
gêné de constater que cette "rencontre
au sommet entre Tibère
et Jésus"
vous a entraîné dans de si vastes recherches,
alors qu'il ne s'agissait là, dans mon chef,
qu'une petite hypothèse que j'espérais
féconde, mais qui était surtout "amusante".
Plus largement, en évoquant une possible connivence,
une communauté d'intérêt entre
Jésus et le pouvoir romain (sinon une rencontre
au sommet entre le Messie des Juifs et l'empereur
romain), je voulais surtout mettre l'accent sur le
rôle politique du Christ, cet aspect de sa vie
publique si fortement occulté par les
Saintes Écritures.
Il nous est impossible de savoir si Jésus
était réellement issu de la maison
de David - et peut-être n'en savait-il
rien lui-même. Mais ce qui est significatif,
c'est qu'il revendiquait cette qualité (ou
que l'on la lui prêtait, ce qui revient à
peu près au même). Être - ou se
revendiquer - "Fils de David" cela lui permettait
d'endosser le costume de Messie, tel qu'il avait été
coupé par les prophètes de l'Ancien
Testament. Mais aussi, qu'il l'ait voulu ou non (vous
voyez, je reste extrêmement prudent), ce titre
lui conférait une place dans le jeu (géo)politique
de la région.
Ainsi que vous
l'avez relevé, à cette époque
(aux alentours de l'an 30 de notre ère),
la Judée était administrée
directement par Rome, et le moins que l'on puisse
dire, c'est que le préfet romain Ponce
Pilate n'avait pas la tâche facile.
N'être pas populaire, c'était très
certainement le cadet des soucis de cet homme
dur, peut-être cruel. En revanche, ce
qui le tracassait car cela fragilisait sa position
face à ses supérieurs hiérarchiques,
c'était qu'il ne parvenait pas à
mettre un terme à une agitation latente,
un genre de rébellion larvée.
Sous couleur de banditisme ou de mouvements
prophétiques, toutes sortes d'illuminés
contestaient l'autorité de Rome sur cette
terre que les Juifs considéraient comme
sacrée. Bref, Rome ne tenait pas solidement
la province de Judée, pourtant capitale
du point de vue stratégique, et les rapports
que Ponce Pilate expédiait à l'empereur
devaient témoigner de cette désolante
situation.
Que faire pour y remédier ?
Les Romains étaient des gens pragmatiques…
et, sous cet aspect, Tibère était
éminemment romain. Puisque l'administration
directe de la Judée ne rencontrait pas
un plein succès, il n'est donc pas impossible
que le vieil empereur ait songé à
y rétablir une royauté vassale.
Mais qui mettre à sa tête ?
Aidé de votre belle érudition,
vous rappelez dans votre message les rapports
- toujours étroits mais parfois assez
tendus même s'ils étaient généralement
harmonieux - entre Rome et les princes Hérodiens…
À l'époque de Jésus, deux
membres de cette dynastie régnaient donc
sur des contrées limitrophes de la Judée
: Hérode Antipas sur la Galilée
et Philippe sur la Trachonitide (etc). Or, à
ma connaissance, il ne fut jamais question de
confier la Judée à un de ces fils
d'Hérode le Grand. Pourquoi ? Probablement
parce que Tibère estimait qu'aucun de
ces deux princes n'était en mesure de
faire mieux que Ponce Pilate, que ni Philippe
ni Hérode Antipas n'étaient capables
de restaurer l'ordre et le calme dans ce pays
en continuelle ébullition. Malgré
les services que les Hérodiens avaient
rendus jadis à César
et à Auguste,
Tibère n'avait qu'une confiance très
limitée dans ces deux roitelets, de surcroît
assez déconsidérés des
Judéens. Peut-être même ceux-ci
méprisaient-ils ces fantoches autant
(sinon plus) que les occupants Romains. |
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Dès lors
restait l'option d'un "homme neuf",
qui pouvait être Jésus… pour
autant, bien sûr, qu'il reconnaisse la
suzeraineté de Rome et qu'il ne contente
des pouvoirs que l'autorité romaine voudrait
bien lui concéder. C'est évidemment
là que le bât blessa : Jésus
n'était nullement disposé à
devenir l'alibi du nationalisme juif, le valet
de l'impérialisme romain, le hochet que
l'on agiterait devant ses concitoyens juifs
pour le faire ternir tranquille et l'endormir.
Devenir l'opium du peuple juif, pas de ça,
Lisette !
Bien sûr, et ainsi que vous l'avez souligné,
je n'ai pas de preuves. D'ailleurs, s'il y en
avait des probantes, les spécialistes
de l'Écriture sainte les auraient relevés
bien avant moi. Non, rien que quelques indices
ténus, des traces, des allusions présentes
dans les Évangiles, comme l'épisode
de la Tentation ou la "parabole des talents"
(Clic
!). Ou encore cette fuite devant des gens
qui veulent l'enlever pour le couronner (Jean,
6:15), cette identification aux "fils
des rois de la Terre" qui, comme lui,
Jésus, ne sont pas soumis à l'impôt,
etc… Mais quant à une "rencontre
au sommet entre Jésus et Tibère",
elle demeure, bien évidemment, du domaine
de l'imaginaire. Mais qui sait ?…
J'ai d'ailleurs été amusé
de lire, récemment, le joli roman de
Franco MIMMI, Notre agent en Judée
(Gallimard, Folio Policier, 2006 - Voyez sur
le site PEPLVM)
qui décrit un Tibère tenté
par une récupération politique
de Jésus.
Comme quoi les grands esprits se rencontrent
! :-)
Encore un grand merci pour votre message, pour
vos judicieuses réflexions, et aussi
- last but not least - pour notre indulgence
à l'égard de mes hypothèses
parfois assez aventures, pour ne pas dire fantaisistes.
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| Frédéric
réécrit : |
Je
vous rassure de suite : approfondir une problématique
historique est une passion pour moi, surtout si je
suis persuadé dès le début qu'aucune
réponse définitive ne pourra y être
donnée. Cela ne me cause ni ennui, ni insomnie.
Mais cela permet de mettre à jour mes connaissances,
de confronter mes idées, de me remettre en
question.
Dans votre réponse,
vous soulevez encore un élément intéressant
au sujet de l'attitude différente que pourrait
avoir eu Tibère.
Vous précisez fort justement
que la première administration directe de la
Judée par l'occupant romain ne fut pas une
réussite exemplaire (elle déboucha d'ailleurs
sur la Première Révolte Juive). Les
préfets, dont Ponce Pilate, ne brillèrent
ni par leurs qualités d'administrateurs (ils
étaient là pour s'enrichir), ni par
leurs capacités de dialogue (ils méprisaient
les particularismes juifs).
Vous soulignez, à juste titre, qu'à
aucun moment, il ne fut question d'attribuer les territoires
de l'ethnarque Archélaos (déposé
en +10) à son frère Antipas ou son demi-frère
Philippe. Or, lorsque Archélaos fut déposé,
la décision fut prise par Auguste lui-même.
De +10 à +14 (date de sa mort), Auguste ne
jugea pas utile de confier la Judée-Samarie
à un des deux tétrarques hérodiens.
Quelle
pouvait en être la raison ? Il pouvait,
à mon sens, avoir deux bonnes raisons
à cela :
- les deux tétrarques
n'avaient sans doute pas les épaules
assez larges pour prendre la relève
de leur père. Auguste avait été
pris à témoin à plusieurs
reprises par Hérode le Grand quand
il était en dispute avec ses fils.
Il avait dû recevoir les prétendants
hérodiens lorsqu'il avait avalisé
le testament d'Hérode. Antipas et Philippe
étaient encore jeunes lors de la mort
de leur père et leurs revendications
avaient sûrement été prises
comme des caprices par Auguste. En bref, Auguste
devait considérer que les deux hommes
n'arrivaient pas à la cheville de leur
paternel. Alors, on pouvait peut-être
les laisser en place dans leur tétrarchie,
mais sûrement pas leur confier la Judée
;
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- dans l'esprit
d'Auguste, les dispositions du testament
d'Hérode pouvaient apparaître
comme des clauses à titre viager,
concédées par le pouvoir
romain (suivant cependant les recommandations
d'Hérode, simplement parce qu'Auguste
lui vouait un certain respect). Le règne
des trois Hérodiens pouvait ainsi
n'être qu'une étape transitoire
avant une annexion pure et simple.
Cela se vérifia lors de la déposition
d'Archélaos, mais aussi pendant
le règne de Tibère lorsque
Philippe mourut en +34. Sa tétrarchie
fut alors rattachée à
la province de Syrie, sans autre forme
de procès (alors qu'Antipas était
à ce moment encore tétrarque
de Galilée-Pérée).
On peut donc supposer
qu'à la fin de sa vie, Auguste
et par la suite son successeur, Tibère,
aient eu une appréciation assez
négative au sujet des princes hérodiens,
qui n'apparaissaient plus comme très
utiles.
En fait, les Hérodiens, en la personne
d'Agrippa I, ne furent remis en selle
que par la volonté
personnelle de Caligula, dont la ligne
de conduite ne fut pas modifiée,
mais bien amplifiée, par
Claude.
En conclusion,
il me semble qu'un changement radical
de politique à l'égard de
la politique en Judée ait pu être
envisagé par Tibère qui
avait eu le temps de mesurer l'inefficacité
du système d'administration directe
(Auguste n'avait pas eu le temps de voir
combien la gestion par les préfets
était calamiteuse) mais aussi les
limites du protectorat fantoche hérodien.
Votre supposition ne me paraît dès
lors pas si farfelue que cela.
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| RÉPONSE
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Oui, tout cela semble finement
analysé…
Ah, quel dommage que, "coïncidence" regrettable,
nous manquent les livres de Tacite relatifs à
ces années 30-37, et que, pour la même
période (je viens à nouveau de le vérifier)
Flavius Josèphe soit, "étrangement",
nettement moins prolixe qu'à l'accoutumée
! |
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