| Janvier-Février
2008 (page 2/3)
Sommaire de Janvier et Février 2008 :
Clic !
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| 27 Janvier 2008 |
| Alix
a écrit : |
Je
tiens à vous signaler que le mot "insufférable"
apparaissant dans votre site (biographie de
Claude Ier - Agrippine,
les dernières années de Claude) n'existe
dans aucun dictionnaire. Je vous conseille
donc de le remplacer.
J'aimerais également que vous m'expliquiez sa
signification car je vais en avoir besoin pour faire
un exposé sur Claude. |
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| RÉPONSE
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Le mot insufférable,
signifie insupportable, insoutenable. Il s'agit d'un
terme ancien, vieilli, peut-être vaguement dialectal
(Sud-Ouest de la France). Il est en effet fréquemment
utilisé par Robert MERLE dans sa suite romanesque
Fortune de France, qui présente la particularité
de "reconstituer" le langage d'un gentilhomme
périgourdin du XVIe siècle.
Je suis très fan des œuvres du
regretté Robert MERLE, et j'espère que
vous ne m'en voudrez pas si, occasionnellement, des
réminiscences de sa prose s'imposent à
la mienne. |
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| 27 Janvier 2008 |
| "LaReineOriental"
a écrit : |
| Je
cherche depuis plusieurs jours une sculpture romaine.
Je vous la décris : c'est le buste d'un
homme dont la moitié du visage est jeune et l'autre
moitié est vieille. |
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| RÉPONSE
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A première vue,
ce que vous décrivez correspond à l'effigie
du dieu romain Janus.
Voyez : fr.wikipedia.org
et images.google.fr.
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| 2 Février 2008 |
| Thierry
a écrit : |
En
avançant dans la lecture du Renan, "la
vie de Jésus", je m'interroge sur certains
points.
1.
En aucun cas Jésus, de son vivant, ne fut
"embêté" par la "police"
romaine de l'époque. A part lorsqu'il décida
de passer pour un "destructeur du judaïsme"
(renversement des tables des marchands du temple,
guérissons lors du sabbat etc…, c'est
là que les castes du Temple interviennent
et demandent une sentence de mort à Pilate).
Dans les Evangiles, on ne voit nul trace d'intervention
"policière romaine" lors de la
"carrière" de Jésus avant
le procès.
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| RÉPONSE
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Vous me posez beaucoup
de questions pour lesquelles je n'ai aucune réponse.
Et si je les possédais, ces réponses,
je deviendrais l'exégète le plus renommé…
ou, plus sûrement, le romancier le plus imaginatif.
Car, souvenons-nous en toujours, la quasi-totalité
de ce que nous savons de Jésus se trouve dans
le Nouveau Testament (beaucoup dans les Évangiles,
un peu dans les Actes et les diverses Épîtres).
Ailleurs, la moisson est des plus maigres : quelques
brèves allusions chez les historiens païens,
un passage controversé chez Josèphe,
et des écrits apocryphes chrétiens,
plus tardifs et parfois nettement plus sectaires (beaucoup
sont de sensibilité gnostique) que les textes
canoniques. C'est dire que toutes les thèses
fondées sur des surinterprétations des
Évangiles sont plutôt de nature romanesque…
Ce qui ne signifie pas qu'elles sont inintéressantes
!
Nous sommes à peu près sûrs que
Jésus a existé (c'est déjà
ça !). Il est probable qu'il a été
crucifié. Il est possible que son corps ait
disparu du sépulcre où il avait été
placé. Cela, ce sont les données historiques
généralement admises. Presque tout le
reste est sujet d'âpres et infinies discussions.
Comme tout un chacun, j'ai moi aussi mes petites idées
pour expliquer certaines bizarreries ou certains passages
équivoques, certaines incohérences des
"Écritures saintes". Ces hypothèses
personnelles, je les ai déjà, à
maintes reprises, exprimées dans les pages
de mon site Web. Par exemple, je m'interroge souvent
sur l'action politique de Jésus, sur laquelle
les Évangiles tirent un voile pudique (ou gêné).
L'épisode de la Tentation, par exemple, où
Satan s'exprime exactement comme un empereur romain
("Je te donnerai toute cette puissance et
la gloire de ce royaume, car elle m'a été
donnée et je la donne à qui je veux"),
ne serait-il pas la transposition, sur le mode allégorique,
d'une tentative de compromis entre Rome et le mouvement
dirigé par Jésus ? Ou l'entrée
triomphale de Jésus à Jérusalem
: les cris de Hosanna ("Sauve-nous !")
qui l'accueillirent ne prouvent-ils pas la réalité
d'un rôle politique clairement accepté
par la foule, et probablement assumé par lui-même
?
Or donc, venons-en à vos questions…
Que sait-on de l'acte d'accusation de Jésus
?
De manière unanime, les Évangiles relatent
que le titulus, l'écriteau placé
au-dessus, de sa croix, indiquait qu'il fut crucifié
en tant que "Roi des Juifs" (voyez ici :
Clic !).
Alors, on peut ergoter à l'envi, et supputer
que Pilate aurait fait rédiger cet avis pour
"faire enrager" les notables juifs, ou arguer
qu'il aurait été manipulé par
le Sanhédrin, hostile à Jésus.
Cette version - qui est (en gros) celle des Évangiles
- me paraît surtout une reconstruction destinée,
d'une part, à exonérer le pouvoir romain
de sa responsabilité, et, d'autre part, à
rendre sa virginité au "casier judiciaire"
de Jésus, à démontrer qu'il avait
été victime d'une erreur judiciaire.
Pensez donc : si le Fils de Dieu avait subi l'infâmant
supplice de la crucifixion, ce ne pouvait en aucun
cas être du fait des Romains, si doux et tolérants,
ni de leurs magistrats, si intègres, mais seulement
à cause des manigances des "Juifs perfides,
ennemis de Dieu et de l'humanité" ! |
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2.
Comme le souligne Renan, l'occupation romaine
ne fut peut-être pas si "terrible"
dans la mesure où, du côté juif
et romain, on cherchait un arrangement pour satisfaire
les deux parties. (Pilate, étant dans le
collimateur de Rome, voulait, dit-on, éviter
une révolte et les pharisiens continuer leur
business). Les Romains étant soucieux de
respecter les cultes des pays qu'ils conquéraient.
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| RÉPONSE
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En Judée,
l'occupation romaine fut-elle légère ?
Il est vrai que les habitants de la plupart des provinces
pacifiées pouvaient sans doute passer leur vie
entière sans voir l'ombre du talon de la godasse
d'un soldat romain. Les légions restaient généralement
cantonnées aux frontières, et, du moment
que l'impôt rentrait dans les caisses du fisc,
il n'y avait pas de problème, pas de rétorsion
ni représailles à attendre de Rome.
Le hic, c'est que l'ancien royaume juif était
tout sauf pacifié ! Zélotes, réfractaires
à l'impôt, brigands, agitateurs de toutes
sortes, le pays était en ébullition permanente,
et la répression féroce. Dès que
l'on faisait mine de leur résister ou de remettre
en cause l'autorité de Rome et de ses divins
empereurs, les Romains avaient tendance à avoir
la main très lourde : dresser quelques milliers
de croix et les garnir de révoltés pantelants,
ça ne les émouvait pas plus que cela.
Ils étaient certes soucieux de respecter le culte
juif, mais il ne fallait quand même pas leur marcher
sur les pieds. |
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3.
Jésus était-il, d'après
vous, vraiment d'origine "pauvre"
sachant que Joseph construisait de riches villas
pour les Romains ? Où les Evangiles l'ont-il
rendu "pauvre" pour qu'il soit plus proche
des hommes ?
4. Sachant
qu'il fallait quand même une certaine "culture",
comme tout "révolutionnaire" en
possède pour "faire avancer les choses",
Jésus était-il ce qu'on pourrait appeler
de nos jours un "bourgeois" (ex:
Castro, Che, Mao etc…) ? Il ne rechignait
pas sur certains "plaisirs" - exemples
: les soins à l'huile, massage des pieds,
les "noces" ? De plus, certains de ses
partisans de Jérusalem (genre Nicodème,
etc…) n'étaient pas des "moins
que rien". Est-ce qu'un Jésus sans éducation,
pauvre, etc…aurait pu les "séduire"
? D'autre part, on remarque que sa jeunesse fut
un avantage certain sur ces personnes et surtout
les femmes. Ça devait changer des vieux rabbis
de l'époque.
Pour l'éducation "spirituelle"
de Jésus pendant son adolescence (ce dont
on parle peu, à part évidemment ses
dialogues "autorisés" de jeunesse
avec les rabbis du Temple de Jérusalem sous
les yeux ébahis des grandes personnes et
des docteurs de la Loi), que pensez-vous de la thèse
soulignant qu'il aurait été
"initié" par un groupe appelé
therapeuthae (cf : Philon, da
vita contemplativa, III) et celle de l'existence
du Temple d'Onias en Egypte ? Une rivalité
entre les deux temples auraient-elles pu exister
?
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| RÉPONSE
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Jésus
était-il pauvre ?
Je n'en sais fichtre rien… J'ignore où
Renan a pêché que le bon Joseph construisait
de riches villas. Pas dans les Évangiles canoniques
en tout cas : Joseph y est tellement évanescent
que l'on en viendrait presque à douter de sa
réalité.
Le fait que Jésus ait choisi de vivre dans
le dénuement ne présuppose évidemment
pas qu'il était d'origine modeste. Dans un
passage de l'Évangile selon Matthieu, il s'identifie
même à "un fils des rois de
la Terre" (Matt, 17 : 25). Ce qui n'est
pas de la roupie de sansonnet !
Ce n'est pas parce que la tradition fait de Joseph
un charpentier qu'il faudrait automatiquement en conclure
qu'il n'était qu'un pauvre artisan. Ce métier
qu'on attribue à cet homme issu de la lignée
de David ne signifie pas grand-chose dans un pays
et à une époque où tout le monde,
même les plus savants des rabbis, était
censé exercer un métier manuel. Ne raconte-t-on
pas que saint Paul, qui avait pourtant étudié
la Loi aux pieds du savant Gamaliel, était
fabricant de toiles de tentes ?
En outre, d'après les Apocryphes, Marie, la
mère de Jésus serait elle aussi issue
d'une lignée illustre, sacerdotale ou royale.
Comme s'exclamait naïvement un prédicateur
français de la fin du XIXe siècle :
"Jésus n'est pas seulement fils de
Dieu, il est aussi issu d'une fort bonne famille du
côté de sa mère'".
Notons aussi que, visiblement, Jésus n'avait
pas suivi le parcours classique d'un fils de pauvre
artisan, qui aurait été réquisitionné
à l'atelier paternel dès l'âge
de raison. Lui, il avait pu étudier - c'est-à-dire
que ses parents avaient pu se permettre de lui laisser
étudier - l'Écriture sainte de façon
suffisamment approfondie pour pouvoir clouer le bec
à des Docteurs de la Loi rompus à
toutes les arguties exégétiques.
Alors, Jésus était-il issu de la "bourgeoisie",
à l'instar des autres révolutionnaires
modernes que vous citez (Fidel, le Che, Lénine,
et même Mao, ce fils de paysans cossus) ?
Ce n'est pas impossible…
Je ne sais pas grand-chose de la secte des thérapeutes
(n'est-ce pas un autre nom des Esséniens ?)
et j'ignore tout des relations entre le temple d'Onias
et celui de Jérusalem. En revanche, il me paraît
assez certain que Jésus, comme Jean
le Baptiste (dont il fut certainement le
disciple - voyez : Clic
!), prônait une certaine rupture avec les
rites du Temple. Le baptême, purification individuelle,
entrait en concurrence frontale avec la purification
collective pratiquée par le Grand Prêtre
à l'occasion de Yom Kippour, avec l'envoi au
désert du Bouc Émissaire.
Pour les relations de Jésus avec
les Esséniens, elles sont très
discutées… D'après ce qu'en disent
les spécialistes de ce mouvement, ni son message,
ni son mode de vie ne s'accordent vraiment avec les
pratiques de cette secte. Il n'est pourtant pas impossible
que, dans ses années de formation, Jésus
ait fréquenté ces Juifs dissidents.
Mais, ici encore, les maigres sources dont nous disposons
n'en pipent mot. |
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5.
Autre point. Celui de la naissance de Jésus.
Renan ne s'attarde pas sur la Vierge Marie, mais
insiste sur le fait que Jésus, pour
être crédible en tant que "roi",
n'aurait pas dû naître à Nazareth
mais à Bethléem, berceau
du Roi David. Le recensement aurait servi d'excuse
aux Évangiles. Etes-vous d'accord avec cette
hypothèse ?
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| RÉPONSE
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La Nativité
à Bethléem ?
Oui, une reconstruction est possible afin
de justifier à posteriori les prophéties
messianiques. Du reste, tout ce que les Évangiles
rapportent de la naissance de Jésus est sujet
à controverse : le lieu, la date, le recensement
de Quirinus, la visite des Mages, etc… (À
ce sujet : Clic
! - Rubrique "Naissance de Jésus").
Tiens, à
propos de la date de naissance de Jésus,
je viens d'achever la lecture (passionnante)
de l'excellent roman de Frédéric
LENOIR, L'oracle della Luna. Or, ce
bouquin explique (entre autres) comment et pourquoi
des érudits de la Renaissance tentèrent
de déterminer la date de la Nativité
en se basant sur les données de l'astrologie.
Le propos est évidemment romanesque,
mais, dans sa postface, Frédéric
LENOIR signale toutefois que :
“Le 10 septembre 1327, le poète
et astrologue italien Cecco d'Ascoli fut brûlé
par l'Inquisition de Florence pour hérésie.
On lui reprochait notamment d'avoir tenté
d'établir le thème astrologique
de Jésus-Christ.
En 1614, Johannes Kepler, l'un des
pères fondateurs de l'astronomie moderne,
mais aussi chrétien convaincu et partisan
acharné de l'astrologie, publie le
De Vero Anno quo Æternus Dei Filius
Humanam Naturam in Utero Benedictae Virginis
Mariae Assumpsit, dans lequel il affirme
que le Christ a dû naître lors
de la conjonction Jupiter/Saturne en Poissons
qui eut lieu vers 6 avant notre ère.
Il soutient ainsi, pour des raisons astrologiques,
que la date officielle de la naissance du
Christ est antérieure de plusieurs
années à la date officielle
du calendrier chrétien. En représailles,
sa mère sera accusée de sorcellerie
par l'Inquisition et emprisonnée pendant
quatorze mois.
La critique historique moderne confirme
l'hypothèse de Kepler. Les Évangiles
disent en effet que Jésus est né
sous Hérode le Grand, et on sait aujourd'hui
avec certitude que le monarque juif est mort
en - 4 avant J.-C.
Les calculs astronomiques effectués
par ordinateur confirment également
qu'il y a eu une grande conjonction Soleil/Vénus/
Jupiter/Saturne en Poissons en l'an - 6. Dans
la nuit du mars, la Lune était également
conjointe à ces astres.”
(Frédéric LENOIR, L’Oracle
della Luna, Albin Michel, 2006
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6.
Quelles sont vos idées concernant
le supplice de la croix ?
A savoir, que Jésus n'auraient subi que quelques
heures ce supplice, étant donné que
c'était la veille d'un sabbat et qu'il ne
fallait pas offenser les foules par cette vue. Aurait-il
été détaché plutôt
que prévu sous l'instance d'un certain Joseph
? Pourquoi ne lui a-t-on pas brisé les jambes
comme aux deux autres "brigands" (à
savoir des révolutionnaires anti-romains)
Je viens de me renseigner
sur un ouvrage de Hugh Schonfield, Le Mystère
Jésus : une nouvelle approche historique
du Messie. Il suggère que Jésus
aurait été drogué, anesthésié
sur la Croix pour sembler mort et pourvoir être
ranimé par la suite (épisode de l'éponge
qu'un soldat lui aurait tendu ?).
Puis, on aurait d'autres pistes : crucifié
la veille d'un sabbat, pas trois jours de supplice
comme il était courant, les rôles de
Joseph d'Arimathie et de Nicodème etc…
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| RÉPONSE
: |
La crucifixion
?
Ici encore, j'ai déjà amplement
abordé bien des problèmes relatifs
à ce supplice à l'occasion de
correspondances avec d'autres sympathiques internautes.
(Voyez Clic
! - Rubrique "Mort de Jésus").
Comme je l'ai déjà écrit
par ailleurs, il est vrai que, d'après
que l'on sait des modalités pratiques
de ce supplice chez les Romains, l'exécution
de Jésus semble en effet avoir été
fort peu réglementaire, voire cochonnée.
Mais il est bien difficile de déterminer
avec certitude ce qui, en l'occurrence, cloche
là-dedans : notre principale source d'information
sur ce supplice, c'est précisément
ce que les Évangiles nous disent de l'exécution
de Jésus. Nous manquons de points de
comparaison.
Quant à ces théories expliquant
pourquoi Jésus aurait survécu
à la crucifixion, elles aussi sont intéressantes
et souvent judicieuses. Mais, à ce sujet,
rien de nouveau sous le soleil : déjà
au tout début du christianisme (dès
le Ier siècle, semble-t-il), des hérétiques
chrétiens, tenants du docétisme,
soutenaient que Jésus "avait fait
semblant" de mourir sur la croix. Et n'oublions
pas l'Islam, qui soutient depuis toujours que
ce n'est pas le prophète Jésus
qui fut crucifié, mais quelqu'un qui
lui ressemblait.
Cela précisé, même si l'hypothèse
de l'administration d'une drogue simulant la
mort est séduisante, il y a là-dedans,
à mon sens, quelque chose qui cloche.
Je ne suis pas médecin, mais s'il est
bien avéré que c'est d'asphyxie
qu'un crucifié meurt, un breuvage anesthésique
ne tuerait-il pas à coup sûr le
supplicié ? Abruti par la potion, il
ne pourrait plus effectuer la gymnastique
respiratoire (position haute sur la croix,
avec traction des bras et appui sur les pieds
cloués) indispensable à sa ventilation.
D'ailleurs, selon les Évangiles (Matt
27 : 33 - Marc 15 : 23) Jésus aurait
refusé la boisson apaisante (vin mêlé
de fiel ou de myrrhe) qu'on lui proposait |
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Reconstitution
d'une crucifixion
(Voir ici : Clic
!) |
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7.
Jésus a--t-il "loupé"
des miracles ?
Les Evangiles utilisent les "miracles"
de Jésus comme preuves de sa "divinité".
Ce qui frappe le plus c'est qu'il rechignait à
en faire après avoir compris le tort que
cela lui causait.
Pourquoi n'en a-t-il pas fait au Temple et s'est-il
perdu en de longues palabres sur la Loi afin de
clouer le bec aux pharisiens ?
Jésus a certainement "loupé"
des guérisons. Les disciples ont-ils noté
que les "miracles" réussis ?
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| RÉPONSE
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Oui, Jésus était
aussi un guérisseur. Il est probable que cette
fonctionnalité était - si j'ose dire
- incluse dans son "pack messianique de base"
: un Messie crédible se devait d'être
à la fois un prophète déterminé
et un rabbi charismatique, doté de pouvoirs
thaumaturgiques. Il est donc hautement vraisemblable
que Jésus fut un guérisseur habile et
efficace, et que ses soins eurent parfois, voire souvent,
des résultats inespérés. Mais,
il en fut évidemment des miracles de Jésus
comme de ceux de Lourdes : la demande dépassait
de beaucoup l'offre ! Pour un paralysé revalidé,
pour un aveugle redevenu clairvoyant, pour une hémorroïsse
soulagée, pour un agonisant "ressuscité",
des dizaines, voire des centaines ou des milliers
d'invalides, de handicapés, de pauvres égrotants
en tout genre restaient sur le carreau, avec toute
leur misère. Seules les guérissons les
plus spectaculaires restèrent dans les mémoires
et furent retenues par les Évangélistes
aux fins de propagande, et le voile de l'oubli fut
tiré sur l'immense détresse humaine
que Jésus n'avait pu, voulu ou su soulager.
Les miracles, cela paraît toujours trop…
ou pas assez !
Finalement, lorsqu'on y réfléchit, on
peut se demander si, en ce domaine, ce n'est pas Mahomet
qui eut raison en proclamant d'emblée qu'avec
lui, il n'y aurait aucun miracle à espérer,
et qu'Allah n'aiderait que les croyants qui s'aideraient
d'abord eux-mêmes. |
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8.
Pensez-vous que Judas aurait été
zélote, comme d'autres disciples
que Jésus aurait recruté dans la troupe
Jean le baptiste ?
Et à propos des zélotes, l'échec
de l'insurrection menée par Judas le Galiléen
(contre l'impôt) peut-il avoir entraîné
Jésus vers une action "non-violente"
par rapport à l'action armée des zelotes
?
En sachant qu'en face
une partie des Juifs n'approuvait peut-etre pas
l'action zélote et craignait peut-être
une sanglante répression des armées
professionnelles romaines…
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| RÉPONSE
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Bien que les Évangiles
soient également fort évasifs
à ce sujet, les relations entre
Jésus et le mouvement zélote
me paraissent moins douteuses. Je n'irais cependant
pas si loin de Robert AMBELAIN qui voit dans
presque chacun des apôtres un nationaliste
juif camouflé - et un parent putatif
de Jésus (cf. Les lourds secrets
du Golgotha, Éd. Robert Laffont,
1976). Il n'en reste pas moins qu'un Simon parmi
les Douze était appelé le
Zélote. Bon, je connais l'objection
de certains exégètes qui soulignent,
non sans raison, que si cet homme était
dit Zélote, c'est que les autres
ne l'étaient pas. Dans un groupe, si
quelqu'un est surnommé le Français,
on peut être sûr que les autres
ne possèdent pas cette nationalité
! Ça, c'est évident… Mais
dans un groupe de communistes, on pourra trouver
un Simon le Trotskyste, si vous voyez
ce que je veux dire : ce n'est pas parce qu'il
y avait un Zélote que les autres membres
de la "Faction Jésus" n'étaient
pas nationalistes ! D'ailleurs, outre ce Simon,
deux autres apôtres portaient un sobriquet
qui, peut-être, se référerait
au courant zélote : Iscariote.
Un mot à la signification controversée
: "homme du village de Kariot" selon
certains, mais, pour d'autres, synonyme de "sicaire",
c'est-à-dire adepte de la "sica",
l'arme favorite des extrémistes juifs.
Il est donc possible que Judas Iscariote
ait été un zélote et, en
tant que tel, qu'il ait été déçu
par le message de Jésus. S'attendant
de prime abord à des actions radicales
visant à bouter les Romains hors d'Israël,
il se serait progressivement rendu compte que
le Royaume que voulait instaurer son maître
n'était pas de ce monde. Cela,
il ne l'aurait pas supporté. Il aurait
alors trahi Jésus en le livrant à
ses ennemis (la version des Évangiles
canoniques), ou aurait tenté de hâter
la fin des temps en le forçant à
accomplir son destin de Messie rédempteur
(thèse de l'Évangile de Judas).
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En ce qui me concerne - et comme je l'ai écrit
ci-dessus - je crois qu'il ne faut
pas sous-estimer le volet politique de l'action de
jésus, bien qu'il soit occulté par les
Écritures. Je ne suis pas sûr du tout
que Jésus fut aussi viscéralement non-violent
qu'on le prétend. N'a-t-il pas dit qu'il n'était
pas venu apporter la paix, mais l'épée
(Matt 10 : 34), et, peu avant sa Passion, ne recommanda-t-il
pas à ceux de ses partisans qui n'avaient pas
d'arme de vendre leur manteau pour acheter un glaive
(Luc 22 : 36). Alors, Judas rebuté par le pacifisme
de Jésus, ou, au contraire, les Juifs séduits
par sa non-violence en réaction à l'activisme
des Zélotes ? J'ai des doutes !…
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| RÉACTION
À CE COURRIER |
| 6 Mars 2008 |
| "grozouland1"
a écrit : |
Objet
: les thérapeutes de Philon d'Alexandrie;
Jésus bar Ioseph
Les "thérapeutes" (=
adorateurs) étaient des mystiques
juifs d'Alexandrie. Philon les décrit,
mais on ne voit pas trop le lien avec
Jésus bar Ioseph le Ressuscité.
Des tas d'amateurs essaient de bâtir
sur Jésus es théories d'initiation
pythagoricienne, égyptienne, voire
bouddhiste. L'Egypte est très appréciée
dans les milieux francs-maçons,
naturellement. Mais cela n'a aucun fondement
scientifique.
D'autre part, je
m'étonne que dans votre site, on
parle encore de Renan: pourquoi pas de
Chateaubriand, pendant qu'on y est ? Il
y a évidemment des travaux plus
récents et plus sérieux.
Pour comprendre
un peu l'Antiquité, il faut oublier
notre propre culture, et essayer de comprendre
un peu celles des autres : toute l'œuvre
d'un savant (antichrétien) comme
Paul Veyne va dans ce sens, tordant peut-être
la barre en sens opposé, mais il
le fallait, momentanément : tout
le monde a voulu récupérer
les Anciens depuis deux mille ans: Mussolini,
Jules Ferry, Erasme, Rabelais, Comenius…
et des centaines d'autres. La culture
moyenne du Français d'aujourd'hui
est encore largement dépendante
de l'idéal enseigné il y
a un siècle, l'idéal laïque
et républicain de la fin du XIX°
siècle de la "République"
.(L'école de Jules Ferry a voulu
se "(re)trouver" dans de grands
ancêtres : les Caton d'Utique, Regulus,Mucius
Scévola Horatius Cocles, (pour
ce dernier, Dumézil a d'ailleurs
à peu près démontré
qu'il n'avait jamais existé…).
Or, oublier ses préjugés,
oublier sa culture, c'est ce qu'il y a
de plus difficile…
Un premier préjugé
est l'habituelle théorie du complot,
qui voudrait que certains textes soient
des faux, et que les vilains moines copistes
chrétiens aient tout arrangé
à leur sauce.
C'est évidemment ne pas voir à
quel point l'éloquence et la culture
classiques (cicéroniennes, par
exemple) fascinaient les chrétiens
de l'antiquité tardive, tels Augustin
d'Hippone.
Ainsi, vous remettez en doute l'authenticité
du texte des Évangiles, en arguant
que l'on n'a pas de manuscrits datant
du premier siècle. C'est, excusez-moi,
ne pas connaître grand chose à
l'histoire des manuscrits antiques :
par exemple, le texte le plus ancien qu'on
ait de Tite-Live date, si j'ai bonne mémoire,
du X° siècle, ce qui, pour
un manuscrit, est déjà très
ancien. Personne n'en vient à remettre
en doute l'existence de Scipion ou des
Gracches sur une pareille argumentation.
Côté christianisme, les manuscrits
les plus anciens sont je crois du III°
siècle: ce sont donc, en matière
de date, d'excellents documents. Naturellement,
tous ces manuscrits sont à comparer,
et ils sont comparés, par les papyrologues,
de manière à essayer, dans
les inévitables variantes d'un
texte à l'autre, de trouver la
version sinon d'origine, du moins la plus
plausible. Qu'on lise Tite Live ou Paul
l'Apôtre, la méthode est
la même (saut que les linguistes
et exégètes doutent à
peu près tous que les écrits
pauliniens soient d'un seul et même
auteur : c'est comme la question homérique
: les statistiques de certaines formes
grammaticales permettent d'affirmer que
ce n'est pas le même bonhomme qui
a "écrit" l'Iliade et
l'Odyssée (dont nous n'avons d'ailleurs
qu'une version alexandrine, et qui a connu
six ou sept siècles de transmission
orale). Comparer des manuscrits est un
travail de savant, et qui demande aussi
de sortir de nos nombreux préjugés
culturels : on découvre assez souvent
que le plus ancien manuscrit n'est pas
fatalement le meilleur…
Un second préjugé
fortement ancré dans nos esprits
du XXI° siècle est le préjugé
de l'auteur propriétaire de son
texte, de sa "signature", de
ses "droits d'auteurs". Tout
ce la n'existe pas dans l'Antiquité…
On voit les choses de manière bien
différente: Platon n'avait pas
lu Beaumarchais et ne connaissait pas
son combat (petit-bourgeois) pour défendre
les droits des gens de lettres.
Dans l'Antiquité, le fait de signer
pour un autre ne constitue pas un vol
de la propriété intellectuelle
d'un auteur ou d'un penseur, mais une
manière de l'honorer (exemple :
le manuel d'Epictète n'a pas été
écrit par Epictète, mais
par un disciple, Arrien ; autre exemple
: sur les dix lettres de Platon, on en
a - au mieux - trois qui seraient de sa
main…)… C'est comme les tableaux
de la Renaissance : difficile de savoir
qui a fait quoi, par exemple dans la Vierge
aux Rochers "de" Léonard
de Vinci qui est à la National
Galery de Londres, vs celle du Louvre).
A cette époque, on ne signait pas
les tableaux.
Ainsi voit-on apparaître une nouvelle
difficulté pour le chercheur :
trier ce qui est de la main d'un "maître",
et ce qui ne l'est pas ; question au demeurant
secondaire : ce qui importe, c'est souvent
plus l'impact (et la réception)
d'un texte, que son auteur, qui peut même
ne pas exister (cf Homère !!).
Bien sûr, comme nous appartenons
à une culture chrétienne,
nos cerveaux bouillonnent évidemment
sur ce sujet : nos préjugés
veulent parler,… et notre intérêt
automatique pro ou contra est un vrai
filon : Dan Brown en sait quelque chose…
Si on pouvait se débarrasser de
ses préjugés et dépassionner
complètement la question du christianisme
et de ses textes, la science progresserait
beaucoup plus vite…
Un troisième
préjugé est celui de l'amateur
qui croit qu'il va découvrir dans
le ciel historique une étoile qui
a échappé aux savants :
cela arrive beaucoup plus souvent aux
astronomes amateurs qu'aux historiens
amateurs (et même en astronomie,
c'est bien rare…). Nous avons l'habitude
de vouloir nous faire "une idée
personnelle" (et inimitable: c'est
comme les droits d'auteur!) en glanant
quelques informations sur le net ou sur
quelques bouquins. Nous voulons expliquer
(braves petits français que nous
sommes…) avant même de comprendre
la culture des Anciens, et avant même
de les connaître: et là,
notre sens critique se débranche
bien vite: on cite Tacite comme une source
certaine, itou pour Suétone. On
croit que Cléopâtre s'est
fait mordre par un aspic pour se suicider
(parce que c'est dans le Nunc est
bibendum d'Horace…). C'est
oublier la qualité de ces trois
auteurs majeurs : leur fonction de plumitif.
Ajoutons que quand Tacite a été
retrouvé il y a quelques siècles,
on a d'abord pensé que ce latin
était une mystification d'étudiant….
Les études
antiques ont un besoin énorme de
sortir des clichés et des préjugés,
certains y travaillent. Je me dis qu'un
bon livre sur l'Antiquité doit
me faire découvrir que je nourrissais
un préjugé : ma dernière
et succulente lecture m'a appris que Marc
Antoine était tout autre chose
qu'un alcoolo atteint de priapisme : c'est
l'excellent livre de P.M. MARTIN : Antoine
ou la fin d'un rêve…
Que Minerve éclaire
nos lanternes !
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| 13 Février 2008 |
| Thierry
a écrit : |
1.
(…) Cette année, je vais en Roumanie
et je vais essayer de voir des vestiges romains.
Juste une petite question (cela concerne plus l'Empire
d'Orient) : Pourquoi les empereurs d'Orient
n'ont jamais voulu essayer de reconquérir
l'ancienne Dacie qui était riche,
et les gens forts romanisés ? J'ai l'impression
que les Romains d'Orient n'étaient
plus romains que de nom.
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| RÉPONSE
: |
Vous évoquez à
nouveau la Dacie (actuelle Roumanie, patrie de votre
chère et tendre épouse)… Ainsi
que vous l'écrivais lors de notre correspondance
d'avril 2005 : "Il suffit de consulter
une carte pour constater que, stratégiquement
parlant, cette province était non seulement
indéfendable, mais étirait, considérablement
et inconsidérément, le front à
défendre contre des barbares de plus en plus
entreprenants et menaçants. Certes, si Rome
avait voulu étendre son influence à
l'Est pour - par exemple - conquérir la rive
nord de la Mer Noire et prendre à revers l'ennemi
héréditaire perse, ces territoires d'Outre
Danube auraient pu servir de tête de pont, de
base de départ. Mais puisque Rome avait définitivement
renoncé à ces lubies conquérantes,
s'était arc-bouté sur ses frontières
et ne songeait plus qu'à les défendre
vaille que vaille, le maintien de troupes en Dacie
trans-danubienne n'était évidemment
plus qu'un anachronisme vaniteux."
Évidemment, ce constat stratégique
valable pour l'empire d'Occident, l'est a fortiori
pour l'Empire byzantin. Cet état, perpétuellement
forcé de combattre sur plusieurs fronts à
la fois (dans le Caucase, sur l'Euphrate et dans les
Balkans, mais aussi en Italie du Sud ou en Afrique
du Nord), ne parvint jamais réellement à
rendre étanche sa frontière du Danube,
ni à contrôler réellement l'ensemble
de la péninsule balkanique. Alors, tenter de
reconquérir la Dacie, abandonnée depuis
le milieu du IIIe siècle, c'eût été
au-dessus de ses forces (pourtant encore assez considérables,
j'y reviendrai) !
Constantinople se contenta donc d'y envoyer des missionnaires,
ce qui, en quelque sorte, constituait une autre façon
d'instaurer une sujétion politico-religieuse
à l'égard de Constantinople, dont le
Patriarche était généralement
"instrumentalisé" par l'empereur.
N'oublions pas non plus que les Byzantins, étant
très légalistes, ne renoncèrent
jamais à revendiquer ce qu'ils estimaient être
leurs droits historiques sur tous les territoires
jadis soumis à Rome. C'est pourquoi ils virent
d'un fort mauvais œil d'élévation
de Charlemagne au trône impérial d'Occident
: c'étai le pape qui l'avait couronné
alors seul l'empereur romain légitime de Constantinople,
pouvait se donner un "collègue" pour
la part occidentale de "son" empire romain.
Mais pour la Dacie, c'était une autre histoire.
Ce territoire n'avait fait partie intégrante
de l'empire que de manière très éphémère.
Un siècle et demi, qu'est-ce en regard de l'éternité
de Rome ? De surcroît, ce bastion temporaire
n'avait été pas perdu par Rome. Il n'avait
nullement été conquis par les Barbares
: les légions s'en étaient retirées
en bon ordre sur la sage décision d'un empereur
valeureux et victorieux, Aurélien.
En somme, pour les juristes byzantins, la Dacie pouvait
sans doute être considérée comme
un res nullus, un bien n'appartenant vraiment
à personne en particulier.
Les Byzantins n'auraient plus été "Romains
que de nom", dites-vous ?
Moi, je ne sais pas… Il me semble plutôt
que cette Rome-là eut longtemps de fort beaux
restes ! Malgré quelques éclipses, l'Empire
dit byzantin fut souvent, entre le VIe siècle
et la fin du XIIe siècle, la première
puissance méditerranéenne, voire la
première puissance mondiale. Ce fut le désastre
de Myrioképhalon (1176), subi par l'empereur
Manuel Comnène face aux Turcs Seldjoukides,
qui marqua le début de l'irréversible
déclin de l'Empire romain d'Orient, mais, jusque-là,
ces Roumis avaient fièrement tenu
tête à tous leurs ennemis et repoussés
bien des invasions (Perses, Arabes et la première
vague turque en Orient ; Avars, Bulgares, Slaves,
Francs du côté des Balkans).
Certains avancent que, davantage que Charles Martel
à Poitiers, c'est Constantinople qui a sauvé
la civilisation occidentale. Ce n'est sans doute pas
faux… |
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2.
Pour l'empire d'Occident : Pourquoi Rome a-t-elle
réussi après son sac par Brennus,
vers -300 (je pense, je ne suis pas sûr pour
la date), et vers 476, on aurait
dit qu'ils avaient perdu la volonté de se
refaire matériellement et de refaire l'unité
de l'Italie afin de mieux se protéger (en
recréant l'Empire romain). On aurait
dit que les Scipion, César… ne les
inspiraient plus.
(…) Pourquoi
les Empereurs romains ont elle déserté
Rome ? (peut-être la religion païenne)
mais plus tard, quand elle est devenue chrétienne,
les Empereurs préféraient rester à
Ravenne. Pourquoi, meilleure défense pour
cette dernière ou atomes crochus avec le
Pape ?
De plus, quand le
dernier Empereur romain a abdiqué, pourquoi
le Pape n'a-t-il pas bougé, n'a-t-il
pas lancé une "croisade" sur les
"vilains barbares" ?
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| RÉPONSE
: |
Je ne sais pas si les
Romains du Ve siècle avaient oublié
leurs valeureux ancêtres, qui trouvèrent
toujours le courage de se redresser, même après
de cuisantes défaites (après le rezzou
de Brennus le Gaulois, mais surtout après la
campagne d'extermination menée par Hannibal,
qui saigna littéralement Rome à blanc).
En revanche, je pense qu'ils avaient perdu le moral.
Pourquoi ces gens se seraient-ils sacrifiés
pour défendre un système aussi oppressif,
aussi injuste, aussi inégalitaire que ce "Bas-Empire",
ce régime que nous jugerions quasiment totalitaire
? Et aussi, peut-être, pourquoi auraient-ils
combattu pour un Empire qui avait renié ses
dieux, et que ses dieux avaient, par voie de conséquence,
eux aussi abandonné à son sort ?…
Vous vous demandez
aussi pourquoi les empereurs romains
d'Occident ont délaissé Rome pour
Ravenne…
Ainsi que vous le suggérez, ce sont des
raisons de sécurité qui sont communément
avancées : malgré les murailles
d'Aurélien, Rome était vulnérable,
tandis que Ravenne, entourée de marais
(et à un jet de flèche du port
militaire de Classis), était réputée
imprenable (voyez : fr.wikipedia.org).
Et pourquoi le pape Simplice (468-483)
n'a-t-il pas "lancé une croisade"
contre ces vilains Barbares qui avaient éjecté
le petit Augustule
de son trône ? Eh bien, sans doute parce
que, du sort de l'Empire romain, le Saint Père,
il s'en fichait comme de sa première
soutane ! Non, je plaisante… En fait,
il n'aurait eu aucune raison - ni surtout les
moyens - de se lancer dans une Guerre Sainte
contre Odoacre et ses séides puisque
ceux-ci étaient, eux aussi, chrétiens.
Des hérétiques ariens, certes,
mais des chrétiens quand même !
Dès lors, entre les nouveaux maîtres
de l'Italie et le Souverain Pontife, ce fut,
en quelque sorte, l'Union sacrée
contre leurs ennemis communs : les Monophysites,
d'autres hérétiques chrétiens,
qui menaçaient de s'emparer des principaux
patriarcats d'Orient (Constantinople et Antioche),
et surtout contre les païens de Rome. Comme
dit un vieux bouquin catho : "L'intérêt
du maître de l'Occident [Odoacre]
et du pape était identique, ce qui
les amenait à se soutenir mutuellement.
(…) Le Pape avait beaucoup à
lutter à Rome même contre la misère,
l'immoralité, la superstition et les
cultes orientaux qui envahissaient la Ville
éternelle. La tâche de l'évêque
de Rome était lourde : il devait purifier
l'Église des restes du paganisme."
(Fernand HAYWARD, Histoire des Papes,
Éditions Payot, 1929).
Amen ! |
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