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Octobre - Novembre 2007 (page 3/3)

Sommaire d'Octobre et Novembre 2007 : Clic !

 
 
17 Novembre 2007
Marie a écrit :
Quel était l'impact de Nicée dans le quatrième siècle ?
 
 
 
RÉPONSE :

Excusez-moi, mais il m'est difficile de répondre très précisément à une question aussi générale et aussi vague. Mais enfin, je vais essayer de faire de mon mieux…

Je présume que vous voulez parler du Concile de Nicée, réuni par l'empereur Constantin en 325, en vue, surtout, de débattre des thèses du prêtre Arius. Celui-ci avait eu l'audace d'imaginer - je simplifie - que Dieu le Père et Jésus son Fils n'étaient pas égaux, qu'ils n'avaient pas la même nature, bref, que le premier avait sans doute plus d'autorité que le second, qu'il était plus grand, plus puissant que lui. Ces idées furent condamnées, et les membres du Concile s'accordèrent pour proclamer que le Père et le Fils étaient de même nature, et qu'ils étaient donc consubstantiels. Bon, cela ne voulait pas dire grand-chose, vu que personne ne savait réellement que qu'était une substance en général, ni - et encore moins - celle de Dieu en particulier. Mais enfin, cela faisait bien dans le symbole, c'est-à-dire la profession de foi, que l'on rédigea à cette occasion et qui demeure, grosso modo, le credo encore accepté aujourd'hui par l'Église catholique.

Quant à l'impact immédiat (c'est-à-dire au IVe siècle) de ce Concile, fut relativement faible, du moins du point de vue politico-religieux. Les partisans d'Arius, les Ariens (qu'il ne faut pas confondre avec les bons Aryens, chers à Hitler) n'acceptèrent jamais les décisions de cette assemblée. Malgré les pressions de Constantin, ils continuèrent à propager les thèses hérétiques d'Arius…Au point que cette doctrine finit même par devenir majoritaire dans l'Église et que l'empereur, qui avait pourtant condamné l'arianisme à Nicée, se fit baptiser, sur son lit de mort par un de ses disciples, un évêque arien. (Voyez à ce sujet : Clic ! et Clic !)

D'un autre côté, le Concile de Nicée demeura évidemment un événement marquant, dans la mesure où il concrétisa le triomphe définitif de la religion chrétienne. Après trois siècles d'existence, troublée par des vagues de répression, certes épisodiques mais parfois violentes (la dernière persécution, celle dite "de Dioclétien" - de 303 jusqu'à environ 313 - étant la plus sévère, la plus systématique… et la mieux attestée historiquement), l'Église chrétienne pouvait enfin manifester au grand jour non seulement son existence, mais aussi sa puissance. Rendez-vous compte : beaucoup d'évêques réunis à NIcée avaient croupi pendant de longues années dans les geôles ou les bagnes impériaux, certains ayant même subi d'abominables sévices, et maintenant, quasi du jour au lendemain, ils devenaient les hôtes choyés (convoyés, logés, nourris, vêtus, blanchis) de l'empereur afin de débattre de leur Foi sous ses auspices et en son auguste présence. Et non seulement le monarque les écoutait attentivement, mais, de temps en temps, il donnait même son docte avis, mettant son impérial grain de sel à de délicats problèmes théologiques !

Pour un retournement de situation, c'en était un ! Le christianisme sortait définitivement des catacombes et devenait une religion licite - voire celle que favorisait l'empereur. Mieux que tout autre événement, le Concile témoignait de cette nouvelle donne politico-religieuse.

constantin le grand

 

 
 
 
18 Novembre 2007
Alexis a écrit :
 
(…) Vous écrivez sur votre page à propos de Commode que la date de naissance dudit empereur est le 21 août.
Or je lis ici une anecdote comme quoi Commode aurait livré aux bêtes un homme qui lisait l'ouvrage de Suétone contenant la vie de Caligula, sous prétexte que cet empereur était né le même jour que Commode. (in Commode Antonin, par Ælius Lampridius)
D'ailleurs Wikipédia aussi nous dit que Commode et Caligula sont né le 31 août.
Dois-je en conclure que vous vous êtes trompé ? Croyez bien que c'est avec douleur que j'en arrive à cette conclusion, mais quand même. Qui croire ?
 
 
 
RÉPONSE :

Hélas, j'en ai bien peur : nous serons donc deux à souffrir de votre infâmante conclusion ! En effet, honte sur moi, je me suis trompé ! J'ai fait erreur ! J'ai erré ! Bref, j'ai commis une bourde, une boulette plus grosse que moi (et je ne suis pas des plus légers) en indiquant que cette grosse brute de Commode était née un 21 août, alors que - vous avez vu juste, louée soit votre sagacité -, le fils de Faustine et de Marc Aurèle (?) a bien vu le jour le 31 août 161 à Lanuvium.

L'Écriture sainte commandant de couper tout membre par lequel scandale arrive, il faudra donc que je tranche ce maudit index qui, jadis, "ripa" sur une mauvaise touche du "pavé numérique" de mon ordinateur, semant ainsi le doute et la confusion parmi tous les sympathiques visiteurs de mes pages Web !

 

commode
 
 
 
18 Novembre 2007
Claude a écrit :

Un peu par hasard, en ouvrant votre site que j'ai eu loisir d'apprécier lorsque je cherchais des précisions sur un certain Constantin, je suis tombé, sans me faire trop de mal, sur l'histoire Des CRS "à la romaine" et sur la réponse que vous y apportiez.

Vous vous y référiez à la parole évangélique de "tendre l'autre joue" qui, pour la majorité de la population montre plutôt un "dégonflement " qu'un signe de grande virilité. Or, assez récemment, mon journal (La Croix), publiait un petit article d'une dame un peu férue d'exégétisme qui expliquait, en fait, le contraire de l'acception généralement admise. Elle se base sur différents sens de la langue araméenne selon laquelle ces paroles signifieraient : quand on te frappe sur la joue droite, place ta joue gauche À CÔTÉ de celui qui t'a frappé en tournant ton visage du même côté que le sien pour lui montrer que tu n'as pas peur de lui et, en signe d'amour du prochain,( même un ennemi) pour essayer de travailler ensemble à l'avènement du Royaume.

Évidemment, ça change la perspective du tout au tout et l'on comprend beaucoup mieux l'injonction de Jésus à ses disciples.

 
 
 
RÉPONSE :
Un grand merci pour ce "scoop" exégétique.
De toute façon, que cette fameuse joue soit tendue parallèlement ou perpendiculairement à l'agresseur, il me paraît assez évident que le précepte évangélique ne doit pas être pris au pied de la lettre. Jésus ne voulait pas transformer ses disciples en masochistes, ni sa révélation en Histoire d'O avant la lettre ! En bon moraliste paradoxal qu'il était, il a seulement poussé jusqu'à l'absurde son contre-pied de l'adage biblique "œil pour œil, dent pour dent". Cependant, comme l'indique en note ma vieille Bible de chevet, le sens général de la sentence - et du passage entier de l'Évangile de Matthieu (5 : 38-42), dans lequel sont égrenés d'autres paradoxes du même acabit - se limite à cette recommandation aux croyants : "Ayez l'esprit de patience, de douceur, et fuyez la vengeance."
Et je souligne : esprit de douceur, non de douleur.

 

RÉACTION À CE COURRIER :

Clic !

 
 
 
 
23 Novembre 2007
Raymond a écrit :

Je fais actuellement des recherches sur le Dieu Mithra. Nous avons la chance d'avoir un bas-relief mithraïque à Bourg St Andéol en Ardèche. J'ai lu que c'était Pompée qui avait ammené environ 40 000 prisonniers ciliciens qui avaient "importé" cette religion à Rome en 67 avant J.C.

Mais j'ai lu des passages de Plutarque qui dit que Pompée n'appréciait pas la guerre et que c'était contraint et forcé par J. César qu'il y était allé. Et puis surtout qu'il n'avait pas fait de prisonniers et que le Sénat Romain était en colère à cause de ça.

Pouvez-vous m'indiquer un site sur lequel je pourrais trouver des infos. complémentaires, ou bien sûr me renseigner vous-même.

 
 
 
RÉPONSE :

J'ai bien peur de ne pouvoir guère vous aider dans vos recherches. D'une part, la carrière militaire du Grand Pompée sort un peu qui cadre chronologique de mon site, lequel est surtout axé la période impériale de l'histoire romaine. Et d'autre part, je connais mal le mithraïsme : ce qui me "branche" surtout, c'est la genèse de la religion chrétienne.

J'ai cependant consulté quelques pages Web, et la plupart de celles-ci (entre autres www.musagora.education.fr ou www.antiquite-vivante.ch) paraissent ne situer qu'à l'époque flavienne la diffusion du culte de Mithra dans la partie Occidentale de l'Empire romain. Nous sommes alors entre 70 et 95 ap., soit plus d'un siècle et demi après les campagnes orientales du Grand Pompée. Dans sa Vie de Pompée, Plutarque se borne d'ailleurs à signaler que les pirates de Cilicie pratiquaient, parmi d'autres, des rites mithriaques :

"[Ils] célébraient des sacrifices étrangers, ceux d’Olympie, et initiaient à des mystères inconnus, entre autres ceux de Mithra, qui se conservent encore aujourd’hui, et qu’ils furent les premiers à mettre en honneur." (Plutarque, Vie de Pompée, 24 - trad. ugo.bratelli.free.fr)

Pas un mot là-dedans de la diffusion de ces mystères mithriaques à Rome ou dans les autres provinces de l'Occident romain !

Quant au transfert de prisonniers à Rome (puis dans votre Vivarais natal), il n'en est pas davantage question chez Plutarque. Selon lui, une partie des pirates vaincus furent laissés sur place, afin de repeupler les villes de Cilicie que la guerre avait dévastées, tandis que d'autres étaient transférés en Grèce :

"Quant aux pirates eux-mêmes, qui étaient plus de vingt mille, il ne songea même pas à les faire mourir. Mais fallait-il les laisser aller, sans savoir s’ils se disperseraient ou feraient corps à nouveau, ces hommes belliqueux et maintenant sans ressources ? Il ne le crut pas. Il savait que l’homme n’est pas naturellement, et dès sa naissance, un animal insociable et qu’on ne peut apprivoiser ; s’il dégénère, c’est par la pratique du vice, qui est contraire à son naturel. Mais en changeant sa résidence et les conditions où il vit, on le moralise et on l’adoucit : même les animaux, soumis à un régime plus doux, ne dépouillent-ils pas leur sauvagerie et leur rudesse ? Pompée décida, en conséquence, de transférer ces brigands de la mer à la terre et de leur faire goûter une vie calme, en les accoutumant à demeurer dans les villes et à labourer. Les petites villes de Cilicie, presque désertes, en reçurent donc un certain nombre et se les incorporèrent : elles avaient d’ailleurs reçu du terrain pour eux. Pompée restaura Soles, dépeuplée tout récemment par Tigrane, Roi d’Arménie, et y installa beaucoup d’autres pirates soumis. Il donna pour résidence à la majorité, qui restait encore à loger, Dymé d’Achaïe, veuve alors de population virile, mais centre d’une campagne vaste et riche." (Vie de Pompée, 28 - trad. ugo.bratelli.free.fr)

Je lis cependant dans un livre ancien de J. M. Sestier sur la piraterie antique, fort opportunément mis en ligne sur l'excellent site de François-Dominique Fournier, que certains de ces anciens forbans furent envoyés cultiver des terres italiennes :

pompeius magnus

"Les 20.000 prisonniers, qu’allaient-ils devenir ? C’est ici que la conduite politique de Pompée fut véritablement admirable. Jusqu’alors, les pirates captifs avaient été mis en croix. Il ne voulut pas faire mourir ces prisonniers, mais il ne crut pas sûr de renvoyer tant de gens pauvres et aguerris, ni de leur laisser la liberté de s’écarter ou de se rassembler de nouveau. Réfléchissant, dit Plutarque, que l’homme n’est pas de sa nature un être farouche et insociable, qu’il ne le devient qu’en se livrant au vice, contre son naturel, (…) Pompée résolut de transporter les captifs loin de la mer, dans l’intérieur des terres, et de leur inspirer le goût d’une vie paisible, en les habituant au séjour des villes ou à la culture des champs. Il établit, en conséquence, une partie des prisonniers dans trente-neuf petites villes de la Cilicie, telles que Mallus, Adana, Épiphanie, etc., qui consentirent, moyennant un accroissement de territoire, à les incorporer parmi leurs habitants. La ville de Soli, dont Tigrane, roi d’Arménie, avait naguère détruit la population, reçut un grand nombre de pirates qui la relevèrent de ses ruines et l’appelèrent Pompéiopolis. D’autres furent envoyés à Dymé d’Achaïe, qui manquait alors d’habitants et dont le territoire était étendu et fertile, et d’autres enfin furent transportés en Italie.
Cette sage mesure produisit un résultat excellent. Dès que les pirates n’eurent plus besoin de piller pour vivre, ils perdirent le goût du pillage. Ce vieillard corycien,
"Corycium senem", si content de son sort, dont Virgile fait l’éloge (Géorgiques, IV, 125-148.), était un de ces anciens pirates." (J. M. Sestier, la Piraterie dans l'Antiquité, chap. XXII - www.mediterranee-antique.info).

Admettons donc que certains de ces prisonniers aient été transférés en Italie… Cependant, imaginer, comme le font certaines pages Web (par exemple : www.heresie.com), une déportation massive - plus de 20.000, voire 40.000 ! - d'anciens ennemis en Italie du Sud, à un jet de flèche de Rome, me paraît hautement fantaisiste. En 67 av. J.-C., les Romains se remettaient tout juste de la monumentale frousse occasionnée par la grande révolte servile de Spartacus. Or, si celle-ci avait bien servi à une chose, c'était précisément de démontrer qu'il était hautement dangereux de concentrer en un même lieu de captivité un grand nombre de prisonniers de guerre de même origine ethnique.

Ce serait presque faire insulte à l'intelligence des Romains que supposer qu'ils n'auraient rien trouvé de plus judicieux que de remplacer les esclaves agricoles, débauchés par Spartacus et exterminés à grand peine, par des féroces pirates fraîchement vaincus, encore remplis du souvenir jubilatoire de leurs fructueux pillages !

RÉACTION À CE COURRIER
 
5 Décembre 2007
Michel ELOY a écrit :

Un petit détail m'a étonné concernant le courrier relatif à Pompée et les pirates.

Le texte de Plutarque (Pomp., XXV) est lourd de non-dits, car la loi est proposée par Aulus Gabinius, homme de paille de Pompée, ce qui équivaut à dire que c'est Pompée lui-même qui brigue le "job" :

"(…) mais au Sénat, les plus grands personnages et les plus influents jugeaient propre à décourager l’envie , mais inquiétant, le caractère illimité et indéfini de cette autorité ; aussi s’opposèrent-ils à la loi, sauf César qui l’approuvait, non par intérêt pour Pompée, mais afin de s’insinuer ainsi, dès ses débuts, dans les bonnes grâces du peuple qu’il courtisait. Les autres attaquaient Pompée avec violence ; et l’un des consuls faillit être écharpé par la foule, parce qu’il lui avait dit : « Jaloux de Romulus, tu n’échapperas pas à la même fin que lui ! » Catulus s’étant levé pour parler contre le projet de loi, le peuple, qui le respectait, garda un profond silence. Il parla de Pompée en lui donnant mille témoignages de considération et sans marquer aucune envie, mais il voulut conseiller au peuple de l’épargner et de ne pas exposer un tel homme à des périls ininterrompus et à des guerres sans fin."

Plutarque a-t-il réellement écrit que Jules César contraignit Pompée à aller combattre les pirates, comme l'affirme ton visiteur ? Il me semble qu'à l'époque déjà des deux futurs triumvirs (plus tard, en 60) le jeune César courtisait son aîné et inclinait à lui rendre déjà de menus services en lui faisant voter des lois conformes à ses (leurs) ambitions. Ainsi donc en 67 César soutint la lex Gabinia de piratis persequentis qui conférait à Pompée cet imperium maius qui lui donnait les moyens d'éradiquer la piraterie en Méditerranée. Ce qu'il fit en trois mois, preuve d'un bel enthousiasme. Evidemment, Pompée se faisait la grande modeste, "non n'insistez pas, je n'irai pas sauf si la République m'en donne l'ordre, mais donnez-moi cet ordre, nom de Zeus, ça vient oui ?"
On dissimule son ambition comme on peut, mais on ne trompe pas grand monde !

 
 
 
RÉPONSE :

Oui, m'avait également titillé la petite phrase de mon correspondant affirmant qu'il avait lu dans Plutarque que "Pompée n'appréciait pas la guerre et que c'était contraint et forcé par J. César qu'il y était allé". Mais là n'étant pas le point essentiel de ce courrier, je n'avais pas relevé cette contrevérité - ou plutôt, j'ai oublié d'y revenir dans ma réponse. Tu fais donc bien de relever que Plutarque affirme précisément le contraire : Gabinus, créature de Pompée, propose cette loi exceptionnelle, et César prend bien garde de s'y opposer, bien qu'il soit plus proche de Crassus que de Pompée, et partant, plutôt adversaire politique de ce dernier. Probable qu'il pensait que la chasse aux insaisissables pirates allait contraindre Pompée à s'absenter pendant un bon bout de temps, laissant le champ libre à ses propres ambitions ainsi qu'à celles de son mentor, ce rupin de Crassus.

Ce vieux collabo de Carcopino, dans son Jules César (que je viens de relire, non sans quelque difficulté, sa prose académicienne me semblant assez lourdingue), estime quant à lui que si Jules approuva cette Lex gabinia, c'est, d'une part, parce qu'elle "aplanissait le chemin" de ses ambitions monarchiques, et d'autre part, par démagogie :

"Jules César (…) se réjouissait secrètement de voir s'ébaucher, fût-ce au profit d'un autre, cette monarchie à l'instigation de laquelle il avait, en son for intime, confié le statut du peuple romain et de ses conquêtes, et (…) ne perdit point une aussi belle occasion de se poser à la fois en adversaire d'une oligarchie détestée et en champion de la Patrie." (Jérôme CARCOPINO, Jules César, PUF, 1968).

D'accord pour le populisme - en ce domaine, Jules ne craignait personne ! Plutarque n'écrit d'ailleurs rien d'autre : "César qui l’approuvait [cette loi], non par intérêt pour Pompée, mais afin de s’insinuer ainsi, dès ses débuts, dans les bonnes grâces du peuple qu’il courtisait". Je serais en revanche plus circonspect quant à l'idéologie monarchique qu'il aurait nourrie en son sein dès cette époque. En 67 av. J.-C., César ne pesait pas encore bien lourd dans la vie politique romaine, et devait en être parfaitement conscient. Je ne crois pas que ce grand pragmatique était homme à tirer des plans sur la comète : il posait ses pions au gré des circonstances, c'est tout. Et même s'il ambitionnait déjà le pouvoir absolu, la forme que celui-ci prendrait (dictature "parlementaire", royauté) lui importait sans doute peu. Cela dépendrait des circonstances…

 
julius caesar
 
 
 
25 Novembre 2007
Jean-Marc a écrit :
Ne manque-t-il pas Attale (Priscus Attalus) dans votre liste chronologique (par ailleurs très complète et utile) ? Celui-ci a été fait empereur à Rome fin octobre-début novembre 409 en Occident, créature fantoche d'Alaric, dégradé à l'été 410 à Rimini, puis à nouveau fait empereur en 414, par Athaulf frère d'Alaric, puis destitué et livré par Wallia, successeur d'Athaulf à la tête de la horde des Wisigoths, à Honorius en août-septembre 415. Il figurera lors du "triomphe" de ce dernier à Rome en mai-juin 416 et finit sa vie exilé aux îles Lipari on ne sait quand.
(Source : Les empereurs romains, de F.Zosso et C. Zingg, éd. Errance, paris, 2003, pp. 184-186).
 
 
 
RÉPONSE :

Attale manquant dans mes "index impériaux" ?
Oui… et non. Quand ledit Priscus Attale fut, très épisodiquement, bombardé empereur, d'abord par Alaric (en 409, puis en 410), ensuite par Athaulf (en 414-415), le seul vrai empereur romain d'Occident, légitime et tout et tout, était l'incapable Honorius (393-423). Attale ne fut donc qu'un usurpateur, parmi bien d'autres qui contestèrent son trône au monarque fainéant de Ravenne. Et pas le plus dangereux, ni le plus puissant !

Évidemment, de la même façon qu'une religion n'est guère qu'une secte qui a réussi, on retrouve bien souvent derrière un empereur dit "légitime" un usurpateur qui s'est imposé. Voyez Vespasien, par exemple, ou la plupart des empereurs-soldats de la deuxième moitié du IIIe siècle, ou encore Julien l'Apostat. On vit aussi des usurpateurs qui, sans parvenir à réunir sous leur sceptre la totalité des provinces de l'Empire, régnèrent néanmoins, parfois assez durablement, sur une notable partie d'entre elles (Postumus et ses successeurs les empereurs "gaulois", ou Magnence, ou Eugène). Il est donc parfois ardu de distinguer de façon pertinente les empereurs des usurpateurs. Toutefois, dans le cas de notre Attale, "il n'y a pas photo", me semble-t-il ! Ce fantoche, cette marionnette entre les mains des chefs goths, n'eut jamais la moindre parcelle de pouvoir effectif, et son autorité ne fut jamais réellement reconnue nulle part, malgré le soutien, fort dissuasif, de ses amis germaniques.

Cela dit, et ainsi que je l'ai écrit dans cet ancien courrier, mon site visant à fournir des biographies pour TOUS les empereurs romains, cette exhaustivité revendiquée exigerait que j'en rédige également une pour ce cher Priscus Attale. Mais quand, that's the question

 

priscus attale
 
 
 
30 Novembre 2007
François-Dominique Fournier (site www.mediterranee-antique.info) a écrit :

Pour votre information, je viens de mettre en ligne l’Histoire de l’empereur Jovien, de l’abbé de la Bletterie. Je vais continuer avec, du même auteur, l’Histoire de l’empereur Julien (ses oeuvres complètes dont d'ores et déjà disponibles sur le site de Philippe Remacle).

En outre, je me suis remis au travail sur le « monstre » Gibbon, avec la publication des chapitres 22 à 26 [voir aussi ici : Clic !].

site histoire antique
 
 
 
RÉPONSE :

Que voilà d'heureuses initiatives ! Heureusement que des internautes aussi dévoués que vous - et, entre quelques autres, mon compatriote Philippe Remacle - mettent la main et la pâte (et au scanner) pour publier sur la Toile tous ces textes aussi utiles à la recherche qu'introuvables autrement qu'en bibliothèque spécialisée. S'il fallait compter sur les universités francophones (celle de Louvain faisant heureusement exception) pour réaliser cette tâche, nous en serions encore à la situation de 1998 (quand j'ai commencé à surfer sur le Web), lorsque tout cela n'était disponible qu'en anglais.

Encore merci donc pour toutes ces heures passées à œuvrer bénévolement pour l'enrichissement culturel de toute la communauté internautique.