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Sommaire Septembre 2007 :
- 1er Septembre :
- Rex chien-flic chez Maximus : Clic
!
- 2 Septembre :
- GRICCA : La numismatique au secours de l'histoire
sur les usurpateurs et personnages romains peu connus
ou ignorés : Clic !
- 4 Septembre :
- … Et si on reparlait un brin de Tibère,
de Suétone et de Tacite ? : Clic
!
- 4 Septembre :
- Pourquoi Saint Empire "romain"
germanique ? : Clic !
- 10 Septembre :
- Hadrien déguisé en Trajan barbu… :
Clic !
- 15 Septembre :
- La Louve de Subure, un roman de Laurent GUILLAUME :
Clic !
- 30 Septembre :
- GRICCA : Des nouvelles d'un mystérieux usurpateur,
Nonius, et d'un César fictif, Désidérius
: Clic !
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RECHERCHE
DANS LE SITE
"EMPEREURS ROMAINS"
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| 1er Septembre 2007 |
| Jacques
a écrit : |
Objet
: Encore Gladiator !
Autre incohérence de ce film, car
gros anachronisme : le chien du général
Maximus est un berger allemand, race qui
ne fut créée qu'à la fin du XIXe
siècle…
(lien internet : www.rcmp-grc.gc.ca) |
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| RÉPONSE
: |
| … J'espère
toutefois que vous ne garderez pas un chien de votre
chienne au bon Ridley Scott pour cet anachronisme…
qui, avouons-le, ne compromet pourtant guère
la somptuosité de la bataille servant d'épique
prologue à son "néo-péplum". |
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| RÉACTION
À CE COURRIER |
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| 28 Novembre
2007 |
| Thomas
a écrit : |
Le
chien dans Gladiator n'est absolument
pas un Berger Allemand mais un chien-loup,
c'est-à-dire un croisement entre
une louve et un chien de berger mâle
(l'inverse étant plus rare) ; ce
sont des chiens hybrides généralement
avec 75-80 % de Loup et 20 - 25 % de Berger.
Bien connu dans les pays d'alors.
Ci-dessous les
images
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| 2 Septembre 2007 |
| Gricca
a écrit : |
La
numismatique au secours de lhistoire
sur des usurpateurs et personnages romains peu connus
ou ignorés
Il est impossible de connaître
la véritable histoire des empereurs romains,
non seulement à cause de la distance du temps,
mais surtout du manque de documents, et à ceux
infimes, qui ont survécu jusquà
nous à travers copies et traductions, quel
crédit leur accorder ? Peut-on se fier à
un Tacite ou Suétone, à lHistoire
Auguste, souvent sollicitée car parfois
seule source de renseignements pour certaines périodes
obscures du IIIe siècle, aux autres historiens
païens ou chrétiens, sans compter les
panégyristes, pour nous rapporter tous les
évènements et faits et gestes des personnages
sans arrière-pensée de façon
totalement neutre ?. Bien sûr que non, les récits
passent toujours à travers le prisme des préjugés
de leurs auteurs et de leur époque, et ensuite
nous en avons lenseignement et la compréhension
quà travers la distorsion du temps. Notre
vision sur les empereurs, déjà largement
limitée par les récits historiques,
soit absents, soit incomplets, soit partiaux, est
donc largement brouillée.
Sur la difficulté
décrire et denseigner lhistoire
en général - voir les commentaires sur
louvrage de Jacques Heers : « LHistoire
assassinée : les pièges de la mémoire
» (www.editions-de-paris.com)
Un
graveur et médailler italien du XVIe siècle,
Enea Vico, considéré comme le fondateur
de la critique numismatique, écrivait que
sans les médailles, les inscriptions et
les ruines, on pourrait se demander si les évènements
rapportés par les historiens de la Rome
antique avaient vraiment eu lieu. Après
la période médiévale où
lhistoire nétait pas du tout
captée et comprise comme de nos jours,
la « Renaissance », avait amené
les lettrés, à redécouvrir
les uvres de lAntiquité et,
de là, pour essayer de compléter
ou daider à éclaircir quelques
points obscurs des textes, à étudier
toutes les sources dinformations disponibles.
Cependant, durant les XVIe et XVIIe siècles,
il ne fut guère question de remettre en
cause lhéritage des Anciens. Écrivains
et médaillistes se devaient doffrir
de lhistoire des versions semblables ou
du moins conciliables. Ce nest quavec
le développement de la recherche numismatique
quune certaine réécriture
de lhistoire va pouvoir samorcer.
Des érudits sattachèrent à
létude particulière de monnaies
comme, par exemple, lacadémicien
lyonnais Claude Gros de Boze (1680-1753) avec
son « Histoire de lempereur Tetricus
éclaircie par les médailles »,
ou ses « Réflexions sur les médailles
de Pescennius Niger, et sur quelques singularités
de l'histoire de sa vie ». Mais cest
le numismate autrichien Joseph-Hilaire Eckhel,
avec son « De Doctrina nummarum »,
en 8 volumes (1792-1798), qui va marquer la naissance
de la numismatique moderne. Les médailles
révélèrent des noms dimpératrices
et dusurpateurs inconnus des textes anciens.
Les portraits monétaires qui, parfois,
vont jusquà suivre lévolution
physique des empereurs et de rares impératrices,
permirent, par comparaison, à identifier
les bustes de personnages anonymes, même
si certaines attributions demeurent peu assurées.
Des érudits se mirent à chercher
dans la physionomie de certains usurpateurs sur
lesquels les sources écrites étaient
muettes, des réponses possibles à
lenquête historique. Le numismate,
Jean de Witte, auteur, entre autres, de «
Médailles inédites de Postume
» et « Mémoire sur l'Impératrice
Salonine », nous décrit ainsi,
en 1859, dans « Médailles de Bonosus
», cet usurpateur
: le nez pointu, lil profondément
enchâssé dans son orbite, les lèvres
entrouvertes, la barbe courte et épaisse.
Voir à ce
sujet : www.inumis.com |
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Il en fut de même, par
exemple, pour les successeurs mal connus de Postumus
: « Sur les monnaies, Lélien
apparaît comme un homme âgé, aux
traits réguliers, au visage sec et à
la barbe plus longue que celle de Postumus et taillé
différemment, comme Pertinax
et Pupien.
Marius
apparaît comme un homme mûr, avec le crâne
petit et la partie inférieure du visage excessivement
développée. Il a de petits yeux et le
nez court, déprimé à la base,
de gros plis de graisse sous la nuque. Le fait quil
portait cheveux courts et barbe à peine marquée
signifie quil entendait accentuer la différence
avec ses prédécesseurs et rivaux, rappelant
Maximin. La
vigueur du type physique a fait penser quil
avait une origine barbare. Victorin
a laspect dun homme mûr, le nez
légèrement aquilin et la partie inférieure
du front avançant fortement au-dessus des yeux.
La barbe rappelle celle de Postumus. Ses monnaies
se rattachent par le style à celles de Lélien.
On peut supposer que le buste de la Victoire qui apparaît
de façon répétitive sur ses monnaies
représente sa mère Victorina,
mais rien nest moins sûr. Tétricus
père apparaît dâge mûr
et daspect noble. Sa coiffure est celle de Lélien
et Victorin, ayant les cheveux légèrement
ondulés et la barbe frisée. Tétricus
fils est imberbe avec une chevelure épaisse
ondulée, peignée comme celle de son
père. Son profil est régulier avec le
menton plutôt développé ».
Certaines
descriptions allaient plus loin. Claude Génébrier,
un médecin français, dans son
« Histoire de Carausius, empereur de
la Grande-Bretagne, collègue de Dioclétien
et de Maximien: prouvée par les médailles
; par occasion il y est parlé de la guerre
des Bagaudes sous la conduite d'Amandus leur
empereur », parue en 1740, écrivait
: « Carausius
suivant ses médailles ne paraît
guère avoir que 50 ou 55 ans environ.
Ainsi il était encore dans un âge
à pouvoir entreprendre de nouvelles expéditions.
Ses médailles le représentent
avec une espèce de moustache suivant
lusage des empereurs de ce temps-là.
A les consulter, il avait les yeux petits, le
nez un peu aquilin, le cou gras, les épaules
larges, le visage plein et un peu long, le menton
double et lair hardi. Ce qui marque un
homme fort et dun tempérament robuste,
exercé au travail et au continuel exercice
de la navigation et de la guerre, et tel enfin
que devait être un homme qui sétait
adonné à lun et à
lautre dès sa plus tendre jeunesse
».
Génébrier se borne à confirmer
par limage une opinion préconçue,
encore eut-il fallu que les portraits monétaires
fussent proches de loriginal, ce qui a
tendance à ne pas être justement
le cas à lépoque des Tétrarques,
où ils sont tous plus ou moins représentés
massifs, le cou épais, comme un air de
ressemblance voulu.
Tant quil sagissait
de décrire un portrait cela restait anecdotique,
en tirer des conclusions politiques ou autres
cela devenait plus discutable, mais de mauvaises
lectures de monnaies pouvaient entraîner
des conséquences plus fantaisistes, comme
celle commise, pour sen tenir à
Carausius (286-293), par le Docteur William
Stukeley (1687-1765), un antiquaire anglais
épris de druidisme. Sur une monnaie cabossée
de Carausius, où le F étant décalé,
au lieu de la légende « FORTVNA
Avg. », Stukeley lut « ORIVNA
Avg. », et aussitôt il en fit une
Augusta Oriuna, épouse de Carausius,
et inventa toute une histoire à son sujet.
Déjà vers 1129, Henri de Huntingdon,
dans son « Histoire du Peuple Anglais
», prétendait que le roi breton
de Colchester, Cole (ou Coel) II (256-305),
était le père de Ste
Hélène et donc le grand-père
de Constantin
Ier.
Sur les versions de lorigine de Ste Hélène
et de son fils Constantin, voir « Empereur
Constantin le Grand et sainte Hélène
» sur le site : home.scarlet.be |
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On étoffa : Cole II,
aurai eu de son épouse Strada de Cumbrie, une
grande prêtresse morte en 289, trois filles,
qui furent Sainte Hélène mariée
à Constance
Chlore, empereur, Oriuna mariée à
Carausius, l'usurpateur breton, et Esuiva (ou Aeoifa)
mariée à Fiacha II Straibtine, roi d'Irlande
(289-323). En continuant sur la même lancée,
un Eucherius, deux fois gouverneur de Bretagne en
355-358 et 370-372, frère du comte Théodose,
le père de lempereur Théodose
Ier, aurait épousé Flavia, la fille
dun usurpateur breton, nommé Carausius
II (354-8), qui lui donna Maxime, empereur de 383
à 388, Marcellinus, ancêtre des Carolingiens
de France et Malvius, père de lempereur
Constance III. Stukeley, dans son histoire de Carausius,
dit encore : que cet usurpateur était
un prince breton et un natif de Saint David (Menapia/Menevia)
chez les Demetae en Pays de Galles (comté de
Pembroke), alors que des historiens, comme
Eutrope et Orose, sont à peu près daccord
sur lobscurité de son origine : «
extraction médiocre ». Pour Aurelius
Victor, Carausius est un citoyen de Menapia, qui serait
Castellum Menapiorum, aujourdhui Cassel (59
Nord), bien que la cité de Menapia soit placée
par le Géographe Ptolémée non
dans les Flandres mais en Irlande et de façon
conjoncturelle à Wexford. Le pseudo-Victor
lappelle Charausio, qui serait peut-être
son nom dorigine. Il faut dire que le nom de
lusurpateur est rarement correctement orthographié
par les historiens, alors que sur ses monnaies nous
trouvons seulement le nom par lequel il est généralement
connu - Carausius - mais aussi par ceux de Marcus
Aurelius, et Valérius. Genebrier a une liste
des noms qui lui ont été donnés
par divers auteurs et il doit admettre quils
sont dune variété ridicule : Caratius,
Karentius, Carentius, Caurasius, Coravissius, Carassius,
Carassus, Crausius et lhistorien Zonaras lui
donne même le nom de Crassus, et dit quil
régna trois ans en Bretagne, durée qui
fut, en fait celle de son successeur Allectus
de 293 à 296.
Laissons là l'imaginaire
se perdre dans les brumes celtiques, car il y eut
plus grave, des faux furent forgés pour faire
surgir des personnages inconnus, conséquences
de ce besoin de vouloir toujours remplir les «
blancs » laissés par les textes anciens.
En 1834, un érudit toulousain, A. Du Mège,
sortait un : « Mémoire sur quelques
monuments inédits représentant Claude
le Gothique, Nera Pivesuvia, et les deux Tetricus
» où apparaissait une Nera épouse
de Tétricus. Mais il se révéla
vite que Du Mège avait reconnu comme authentique
un bas-relief de marbre mis au jour à Nérac
(47 Lot-et-Garonne), en 1832-1833, par Lespiault et
Chrétin, alors qu'il était l'oeuvre
de Chrétin lui-même, très habile
faussaire.
Voir à ce sujet : fbradu.free.fr/mosaiques
Il y eut encore le cas dune
Junia Donata, supposée épouse de Postumus.
Encore une invention.
Voir à ce sujet (en anglais) : www.forumancientcoins.com,
ou (en français) : www.virtualcohen.com
Nombre de monnaies demeurent
trés douteuses comme les Saturninus III, Sponsianus,
Victoria ou
Victorina. Dautres considérées
comme authentiques ont posé le problème
de lidentification des personnages sur lesquels
lhistoire est muette, comme Nigrinianus,
Pacatianus,
Supera Cornelia, Urbica
Magnia. A propos de lusurpateur Pacatien,
une monnaie (un antoninianus) trouvée
dans la région de Toulouse (dont le musée
Saint-Raymond en possède trois exemplaires),
fut dabord lu : T. IVL. MAR. PACATIANUS au lieu
de TI. CL. MAR. PACATIANUS, cest à dire
Titus Julius au lieu de Tiberius Claudius.
Sur tout cela voir les
différentes notices dans le « Smith's
Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology
» (1870), sur le site (en anglais) : www.ancientlibrary.com
Ou sur le site (en anglais) du « Dictionary
of Roman coins » de S.W. Stevenson (1889)
: www.forumancientcoins.com
On voit que nos connaissances
sur les empereurs romains restent très limitées
et si la numismatique peut aider à confirmer,
compléter ou mieux comprendre les textes, les
problèmes dauthenticité, didentification
ou dinterprétation des médailles
sont toujours nombreux et dactualité
(découvertes des Domitien
II et Silbannacus).
Sur les monnaies romaines en
contradiction avec lhistoire, voir le site (en
français) : www.forum.histoire-fr.com
Sur les usurpateurs de Gordien
III à Carin
et leur monnayage [à l'exclusion de celui des
empereurs gaulois] voir le site (en français)
: www.numis-media.fr
GRICCA
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| 4 Septembre 2007 |
| Jacques
a écrit : |
'…)
L'ancien latiniste que
je suis voudrait parler un peu plus de l'ami Suétone
: ayant sué sur des versions dans les années
70, malheureusement pas les "parties" les
plus croustillantes !
Je me suis intéressé de plus près
aux Vies des 12 Césars. Bien que porté
sur les histoires les plus sordides voire comme vous
le précisez, grandguignolesques, il ne manque
pas de citer (à regret ?) à propos de
Tibère, deux de ses paroles
:
D'une part mentionnant la politique fiscale : "Un
bon berger tond ses brebis, mais ne les écorche
pas." À méditer à Bercy
?!
D'autre part, sur la justice : "Il vaut mieux
laisser échapper un coupable que de châtier
un innocent."
Cela m'est revenu, car j'ai particulièrement
apprécié vos observations sur Tibère,
et la mesure nécessaire qui s'imposait face
aux outrances des calames souvent vipérins
de Suétone et Tacite.
Comment ne serait-il pas devenu
aigri, voire paranoïaque, étant donné
que ses contemporains, enivrés de la très
efficace propagande du temps d'Auguste, passaient
leur temps à regretter "le bon vieux temps"
! Caius Tranquillus [Suétone] reprend leurs
griefs : ainsi, il interdit les baisers échangés
en fin d'année [voir Vie
de Tibère, 34].
C'est vrai, d'autres sources l'attestent, mais c'était
une mesure prophylactique envers une maladie de peau
dont lui-même fut affecté.
En ce qui concerne le devin qu'il aurait terrorisé
à propos de la mort dont il le menaçait
de façon voilée [voir Vie
de Tibère, 14],
il est important de se rappeler le rôle crucial
des signes, prodiges et autres prétendus messages
des dieux que les devins et prêtres se faisaient
fort d'interpréter. Plus d'un candidat à
l'Empire s'en est servi, excellent alibi pour justifier
une conspiration…
Jules César en savait quelque chose !
Il est évident que,
reclus, Tibère laissait prise aux histoires
les plus farfelues à son sujet. S'il s'est
retiré, et vous en donnez d'excellentes raisons,
dégoût de la flagornerie, sans doute
aussi méfiance : l'histoire des cent années
précédentes montre éloquemment
que le Forum et la Curie étaient, pour un patricien
en vue, terriblement plus dangereuses qu'une campagne
contre les Parthes ou les Germains ! Paranoïaque
peut-être, mais en tout cas pas inconscient
! |
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| RÉPONSE
: |
Oui, le pauvre Tibère
a vraiment servi de tête de Turc, voire de punching-ball
aux Muses calomniatrices ("médisantes"
serait trop faible) de Suétone
et de Tacite.
Déjà que le divin Auguste
ne trouvait guère grâce à leurs
yeux, alors comment son successeur - par nature indigne
- aurait-il pu leur agréer ? Faut dire qu'à
l'instar de bien des membres de l'illustre gens
Claudia, le bonhomme était un original,
un non-conformiste. Comme l'écrit l'auteur
de mon livre de référence sur Tibère
: "La plupart des Claudiens étaient
des aristocrates de caractère très entier
et têtu qui, en conséquence, tendaient
au radicalisme dans tous les domaines. Ils comptaient
aussi parmi eux de nombreux originaux inadaptés
à la vie sociale. Étant donné
l'héritage moral qu'il avait reçu et
la place dirigeante qu'il allait occuper, Tibère
n'était pas promis à une existence facile."
(E. KORNEMANN, Tibère, Éditions
Payot, 1962).
De fait, cet aristocrate
pur jus, d'autant plus imbu de sa caste qu'il
doutait de sa propre valeur, qui partageait
l'idéologie, les préjugés
la morgue de l'aristocratie romaine, allait
se voir contraint de déstructurer sa
personnalité pour pouvoir ensuite la
couler dans le moule imposé par son impérial
beau-père Auguste. Vous vous rappelez
des fillettes chinoises, dont on bandait étroitement
les pieds afin de les conformer à une
mode absurde ? Eh bien, mutatis mutandis,
on agit de même avec Tibère : on
l'enferma dans un carcan idéologique
et familial, on le brisa à force de vexations,
de raison d'État, d'ingratitude, de mépris
plus ou moins bien dissimulé, pour qu'il
put, le moment venu, se glisser plus aisément
- mais non moins douloureusement - dans des
pantoufles augustéennes bien trop étroites
à son gré, et devenir un princeps
de transition, un genre d'"Auguste au petit
pied" (si j'ose poursuivre ma métaphore)
- le "vrai" successeur de son divin
beau-père ne pouvant être, dans
l'esprit de tous, que son neveu, le beau, le
jeune, et vaillant, le sémillant Germanicus.
Je ne vous dis pas les dégâts
psychologiques !
Voilà un type qui, quelques décades
plus tôt, aurait sans doute compté
au rang des assassins de Jules
César et qui finit par recueillir
l'héritage de son fils adoptif ! On peut
imaginer le nombre de renoncements qu'il eut
à supporter, le nombre de couleuvres
qu'il eut à avaler, ouvertement ou de
manière plus subtile, pour accepter un
fardeau qu'il ne souhaitait probablement pas,
mais qu'il lui était impossible de refuser
tant pour le bien de l'État que pour
sa sécurité personne. |
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Le plus étonnant là-dedans, c'est qu'il
n'ait pas été plus paranoïaque,
plus maboule, plus "à la masse" que
nous le montrent Suétone et Tacite dans leurs
pages les plus olé-olé. Au contraire,
aussi longtemps qu'il fut seul à gouverner
l'Empire (et même après, si l'on ne perd
pas de vue que cet Empire ne se réduisait pas
à la seule ville de Rome), celui-ci fut bien
géré. En bon père de famille,
dirions-nous.
Il fallut une succession d'épreuves familiales
et une campagne de calomnies particulièrement
odieuse pour que Tibère se résolve à
"jeter l'éponge" et à quitter
définitivement Rome pour la Campanie puis pour
Capri. Des gouttes d'eau qui firent déborder
un vase déjà comble depuis longtemps…
Pour en revenir à Suétone (et à
Tacite), ces historiens ne pouvaient guère
s'en prendre à Tibère sur le terrain
des compétences, car, en l'occurrence, le bonhomme
était plutôt hyper-qualifié :
excellent général, bon orateur, gestionnaire
rigoureux, fin politique. Ils ne pouvaient pas non
plus l'attaquer sur le plan idéologique puisque,
paradoxalement, le deuxième empereur
partageait les idées conservatrices, voire
réactionnaires, des deux historiens du siècle
suivant. Comme eux Tibère regrattait le temps
de la "liberté" sénatoriale,
la belle époque où par le truchement
du noble Sénat, l'oligarchie romaine imposait
son autorité et ses vues (égoïstes)
à la racaille, à la populace, à
la masse des crève-la-faim. Comme Tacite, le
deuxième princeps désirait
ardemment rendre au Sénat, sinon tous ses pouvoirs
d'antan, au moins son lustre et son autonomie d'antan.
Il est d'ailleurs assez amusant de voir l'historien
rapporter des discours de Tibère qu'il pourrait
rependre à son compte tant ses vues sont semblables
aux siennes, puis accuser le prince de la plus noire
hypocrisie.
L'hypocrite, "c'est celui qui le dit qui l'est",
disent les enfants…
Ne pouvant donc accabler Tibère sur ces plans,
il ne restait plus à nos deux historiens que
l'attaque en dessous de la ceinture. Et ils ne s'en
privèrent point. D'autant que, comme vous le
remarquez fort justement, son comportement de "Claudien"
excentrique donnait prise à la critique. Pour
Tacite et son compère Suétone, il était
inconcevable qu'un homme public quittât Rome,
le centre de l'univers, pour s'isoler ad vitam
aeternam sur une île, fût-ce la douce
Capri ! Ce ne pouvait être que pour s'y livrer
secrètement aux plus honteuses perversions,
au moins avouables débauches !…
Encore une fois, "c'est celui qui le dit qui
l'est" ! Il est fort probable que les pages sulfureuses
de Suétone décrivant les parties fines
du "Vieux bouc" sur son île (et dont
la traduction me fut, à moi aussi, épargnée
lors de ma pudibonde scolarité), reflètent
davantage les fantasmes inavoués de l'historien
que la réalité historique. |
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| 4 Septembre 2007 |
| Djenghiz
a écrit : |
Objet
: Saint Empire romain germanique
Pourriez-vous
m'éclairer sur le caractère
de "romain" d'un empire
qui, somme toute, me semble avoir été
davantage goth. Et surtout qu'il aurait pris fin à
Vienne lors du congrès de 1815, alors que vous
dites qu'il n'y a eu que 2 empires, l'un d'Occident
et l'autre d'Orient, morts respectivement en 476 et
en 1453. |
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| RÉPONSE
: |
Effectivement, je persiste
et signe : il n'y eut jamais que deux "vrais"
empires romains : celui qui prit fin en Occident en
476, et celui qui lui survécut en Orient, au
moins jusqu'en 1204 - date de la prise de Constantinople
par les Croisés -, au plus tard jusqu'en 1453,
quand les Turcs s'emparèrent définitivement
de cette ville.
Quant au Saint Empire germanique,
s'il s'est dit "romain",
c'est d'abord pour refléter sa réalité
géographique : l'Italie, ville de Rome incluse,
en faisait partie, bien qu'il fût centré
sur la "Germanie" (Allemagne, Bohème,
Autriche, Suisse, Lotharingie, Bourgogne, Provence).
D'ailleurs le prétendant à l'Empire,
après être investi par les princes germaniques,
mais avant d'être sacré par le pape,
prenait le titre de Roi des Romains.
Venait ensuite une justification "théologique"
de cet adjectif. Ainsi que je viens de l'écrire,
l'empereur romain germanique, devait être
sacré par le pape. Suite à cette cérémonie
d'intronisation, il devenait un genre d'évêque
de l'extérieur, chargé de défendre
la Sainte Église catholique romaine contre
tous ses ennemis.
Si vous voulez, le Saint Empire romain se
devait d'être le protecteur temporel de la Sainte
Église romaine, le bras séculier
de la Papauté. Naturellement, des problèmes
apparurent bien vite, quand l'empereur se mit en tête
d'empiéter sur le domaine spirituel du pape,
et que celui-ci répondit par des prétentions
temporelles. Alors commença la fameuse Querelle
des investitures, le conflit des Guelfes et des
Gibelins, la lutte des Deux Glaives… Mais ça,
c'est une autre histoire !
Enfin, si l'Empire germanique s'appela romain,
c'est bien sûr aussi pour se placer dans la
continuité de l'Empire des Césars. Mais
il s'agit là surtout de propagande. L'empire
d'Othon Ier ne ressemblait en rien à feu l'Empire
d'Occident. Celui-ci était un État centralisé,
centré sur la Méditerranée, tandis
que son "successeur" germanique ne constitua
jamais qu'une vague confédération féodale
d'une multitude de principautés largement autonomes,
quasi indépendantes, situées dans des
régions qui, pour la plupart, ne furent jamais
soumises aux "vrais" empereurs romains,
ceux de l'Antiquité. |
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| 10 Septembre 2007 |
| Thierry
a écrit : |
Objet
: La statue colossale de Trajan ou d'Hadrien ?
(voir : aliceadsl.lci.fr)
Le buste de Trajan à
gauche est une sculpture romaine datée de 100-110
ap. J.-C. L'une des photos de la statue colossale
d'Hadrien découverte à Sagalassos (Clic
!) montre un homme qui lui ressemble comme deux
gouttes d'eau (si on lui rajoute la barbe). C'est
sûrement une erreur. Qu'en pensez-vous ? |
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| RÉPONSE
: |
Oui, bon, pour autant
que je puisse en juger d'après les photos du
site que vous mentionnez, la ressemblance avec
Trajan ne
me saute pas aux yeux !… Mais, quand bien même
cela serait, faudrait-il pour autant en déduire
qu'il y a erreur sur la personne ? Je ne suis pas
spécialiste en histoire de l'art, toutefois,
je suppose que toutes les statues d'Hadrien
ne furent pas exécutées d'après
modèle : le pauvre empereur aurait dû
consacrer tout son règne à poser devant
ses "Phidias" attitrés. Dès
lors, certaines de ses effigies n'étaient probablement
pas aussi ressemblantes qu'il l'eût fallu -
surtout (comme cela paraît être le cas
pour cette statue mise au jour à Sagalassos,
Turquie), si elles étaient érigées,
au tout début du règne d'un nouvel empereur,
dans des villes provinciales de moyenne importance.
Faute de mieux, les sculpteurs locaux devaient s'inspirer
d'autres œuvres, parfois de facture tout aussi
hasardeuse, voire des monnaies en circulation. Et
si des détails de la physionomie de l'empereur
régnant leur échappaient, ça
ne les empêchait ni de dormir, ni d'honorer
leur commande : il leur suffisait de décréter
d'autorité que pour réaliser un bel
Hadrien, il fallait simplement sculpter un beau Trajan,
en le gratifiant d'une barbe fleurie.
Ceci suffirait peut-être à expliquer
le possible air de famille de cet Hadrien
avec les représentations de son prédécesseur.
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| 15 Septembre
2007 |
| Laurent
Guillaume a écrit : |
Je
vous fais parvenir ce petit message afin
de vous signaler la parution de mon ouvrage
intitulé La louve de
Subure. Il s'agit d'un roman
historique dont l'intrigue a lieu sous
le principat de Trajan,
pendant les guerres daces.
En voici le pitch
:
"Dans
la Rome du deuxième siècle
après Jésus-Christ, un
jeune officier de l'armée récemment
démobilisé se trouve mêlé
malgré lui à une conspiration
politique. Dans le même temps,
une créature démoniaque
hante les bas-fonds de la capitale de
l'univers. Lucius Terentius Fidelis,
devra affronter de multiples dangers
et sera emporté dans un tourbillon
d'aventures qui le mènera jusque
dans les Carpates. Sur les rives du
Danube des guerriers germains sont à
la recherche d'un objet sacré…"
Si ce modeste livre
pouvait retenir votre attention, voici
l'adresse à laquelle on peut le
trouver : http://stores.lulu.com
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| 30 Septembre 2007 |
| Gricca
a écrit : |
Des
nouvelles dun mystérieux usurpateur,
Nonius,
et dun César fictif, Désidérius.
Le 21
août 2004, javais signalé
une intéressante liste de tous les empereurs
et usurpateurs romains d'Auguste (-27/+14) à
Syagrius (476/487) pour en débattre, mais
malheureusement très vite la page internet
n'était plus accessible. Dans cette liste
apparaissait un usurpateur totalement inconnu nommé
Nonius situé vers lan 350, sur lequel
je nai jamais obtenu dinformations et
que javais depuis relégué aux
oubliettes de lhistoire pensant quil
sagissait dune insertion erronée.
Ce nest que récemment, et par hasard,
que jai retrouvé trace de ce Nonius
dans louvrage dHenry Cohen, Description
historique des monnaies frappées sous l'Empire
Romain, Paris 1892? sur le site : www.inumis.com.
H. Cohen y mentionne trois
uniques médailles de ce Nonius, mais sans
reproduction et sans précision sur le lieu
ainsi que sur les circonstances de leur découverte.
Je ne suis pas expert en numismatique et en épigraphie,
mais apparemment létat de conservation
et la qualité de ces médailles semblent,
pour le moins, particulièrement défectueuses,
et sont, sans doute, des imitations « barbares
» grossières. Si bien que lon
peut se demander si la graphie du nom nest
pas incorrecte et la lecture erronée, comme
dailleurs la légende « concioom
» qui ne signifie rien pour moi, sauf à
penser, par pure spéculation intellectuelle,
au verbe latin concio, cest à
dire, ici, "rassembler" - les soldats.
Car il doit sagir dun empereur issu
des armées, puisque le personnage tiendrait
deux étendards militaires (des labarums
selon Cohen - donc portant le symbole chrétien
de la croix adopté en 312 par Constantin
Ier et ses successeurs chrétiens), et
qui na pas régné suffisamment
longtemps pour se faire un nom connu. [Á
ce sujet cest, me semble-t-il, lempereur
Volusien (251-253) qui a vu son nom le plus souvent
déformé sur les monnaies].
Parmi
les candidats possibles pour ce mystérieux
Nonius, je verrais Vetranio
(350) ou Jovianus
(363-364), mais sans autre précision,
on ne peut quavancer des suppositions
pour résoudre le problème de
ces monnaies sans vouloir inventer un personnage,
ce qui est le cas pour le César Desiderius,
frère supposé de Magnence,
et de ses fausses médailles signalées
dans louvrage de H. Cohen : www.inumis.com.
Voici les faits : Magnence,
proclamé empereur en Gaule, à
Autun, le 18 janvier 350, donna, à
lété 350, le titre de
César à son frère cadet
Decentius
(Décence) le chargeant de défendre
la frontière rhénane contre
les Alamans tandis que lui-même se chargeait
de soumettre lItalie. A lété
353, définitivement vaincu par Constance
II, Magnence, réfugié à
Lyon, craignant dêtre livré
à son adversaire par ses soldats, choisit
déchapper au sort funeste qui
lattendait en se suicidant le 10 août
353. Il avait appelé son frère
Décence à son secours, mais
trop tard. Celui-ci, auquel la cité
de Trèves, fidèle à Constance
II, avait refusé douvrir ses
portes, se tua à son tour le 18 aoüt
353, en apprenant le suicide de Magnence,
alors quil se trouvait à Sens.
Constance II fit son entrée victorieuse
à Lyon le 6 septembre et y promulgua
une amnistie très généreuse
que, dailleurs, il ne respectera pas.
Plus tard, à
Constantinople, au Ve siècle, dans
son Histoire ecclésiastique
(II 32.7), Socrate écrit, par erreur,
que Magnence fit mettre à mort sa mère
et son César à Lyon, et au XIIe
siècle, dans son histoire (XIII 9),
le moine Zonaras le nomme Desiderius au lieu
de Decentius. |
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Voilà, semble t-il,
les ingrédients pour raconter par la suite
une histoire romancée. Á Lyon en août
353, avant de suicider, Magnence aurait fait tuer
sa mère et son frère Desiderius (Didier),
le benjamin de la famille, auquel il aurait donné
en Italie, le titre de César en 351. Environ
un mois plus tard, Constance II, séjournant
à Lyon, vit paraître devant lui Didier,
il naurait été que gravement
blessé et aurait survécu pour se soumettre
au vainqueur. Bien sûr on ignore la suite
de lhistoire, puisque le personnage de Didier
et les évènements le concernant, comme
sa miraculeuse survie, semblent, en fait, sortir
tout droit dun roman. En effet, ce Didier
nest nullement mentionné par les historiens
les plus anciens contrairement à Décence
[que Zosime (Ve siècle) dit seulement
parent et non frère de Magnence comme la
plupart des autres historiens - Des historiens modernes,
tels Yves Modéran dans LEmpire
romain tardif 235-395 ap. J.C. (Ellipses 2003)
ou Jean-Louis Voisin dans Lempereur qui
se tue, La mort du souverain entre Antiquité
et Moyen Age (Ed Picard 2003) le disent fils
de Magnence, au lieu de frère], qui bénéficie
en outre de monnaies à son effigie avec le
titre de César, alors quaucune médaille
authentique na été frappée
au nom dun « Desiderius Caesar »,
ce qui laisse fortement penser quil serait
un personnage fictif issu des bévues de deux
historiens byzantins tardifs.
GRICCA
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