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Janvier - Février 2007 (page 3/4)
Sommaire de Janvier- Février : Clic
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| 3 Février 2007 |
| JJDussous
a écrit : |
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Alors
voilà, moi je suis en troisième, et
j'ai un exposé à faire sur le
premier triumvirat, sans trop parler de césar,
Cicéron et Crassus (sujet réservé
à mes camardes) ….
Tout devient plus compliqué !.
Je recherche donc des
informations plus pointilleuses sur ce sujet. Je voudrais
connaître l'organisation et le fonctionnement
de ce fameux premier triumvirat. |
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| RÉPONSE
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| Je suis désolé,
mais je ne vois pas très bien comment il serait
possible de parler du premier triumvirat "sans
trop" évoquer César,
Crassus
et Pompée…
En effet, cette alliance politique n'était
basée que sur l'entente (d'ailleurs toute relative)
entre ces trois hommes (voir ici : Clic
!). Il ne s'agissait nullement d'un genre de "traité
de paix" officiel entre protagonistes d'une guerre
civile, mais d'un accord privé - et même
secret - entre trois rivaux politiques qui s'entendaient
en catimini pour se partager le pouvoir.
Si tu veux, c'est peu comme si Ségolène
Royal, Nicolas Sarkozy et François Bayrou se
mettaient d'accord pour gouverner la France pendant
les quinze prochaines années : chacun son tour
d'être président, en évitant de
se tirer dans les pattes l'un l'autre. Et pendant
que l'un est à l'Élysée, l'autre
occupe Matignon, ou une prestigieuse ambassade à
l'étranger… Évidemment, une telle
alliance court-circuiterait littéralement les
institutions républicaines et le processus
démocratique. C'est pourquoi elle devrait rester
aussi secrète que le fameux premier triumvirat
qui, lui aussi, transformait les élections
populaires en simples formalités : tout était
arrangé d'avance !
Pour info - et pour se rafraîchir les idées
- , je reproduis ci-dessous un court extrait de l'excellente
Histoire de la Rome antique de Lucien JERPHAGNON
qui décrit parfaitement la formation et le
mécanisme de cette alliance secrète
:
“En 60,
il [César] est de retour à
Rome en vue des élections. Connaissant
admirablement le milieu politique, il vit aussitôt
le profit d'une alliance discrète mais
efficace avec Crassus, immensément riche,
et avec Pompée, immensément prestigieux.
Cette entente entre trois personnages qui d'ailleurs
ne s'appréciaient pas beaucoup est connue
dans l'Histoire sous le nom de « premier
Triumvirat ». Redoutable entente secrète
où César apportait le soutien
quasi inconditionnel des masses populaires,
Pompée ses vétérans, Crassus
son argent et ses relations dans les milieux
d'affaires et dans l'ordre équestre !
À trois, ils tenaient Rome. En 59, voilà
César consul avec l'aide de ses deux
compères. Il eût souhaité,
par pur opportunisme, élargir ce club
des trois Grands à un quatrième,
Cicéron, mais le vieil intellectuel,
tout à ses honorables scrupules, ne voulut
pas renier ses convictions et passer au parti
adverse. (…)
On se doute
bien que l'appui de Pompée et de
Crassus à César n'était
pas tout à fait gratuit. On le vit
bien aux mesures que prit le nouveau consul.
On vota une loi agraire pour satisfaire
les vétérans de Pompée
et les propriétaires urbains qui
souhaitaient des terres, et elle fut largement
défavorable aux propriétaires
terriens de la nobilitas. Une autre
loi fut promulguée en faveur des
publicains : elle abaissait d'un tiers la
créance de l'État sur les
opérations fiscales et contentait
ainsi les relations de Crassus. Enfin, une
loi traita des abus dans les provinces :
tout gouverneur convaincu de prévarication
devrait désormais rétrocéder
à l'État quatre fois le montant
des sommes extorquées. La mesure
frappait durement la nobilitas,
qui voyait dans le pillage des provinces
une source normale de revenus, mais elle
était intéressante politiquement
: elle annonçait une autre conception
de l'administration provinciale. Ce qui
ne relevait jusqu'à présent
que du bon vouloir du gouverneur, honnête
ou pas, devenait susceptible d'un contrôle
de l'État. Il va de soi que César
profita de son passage au consulat pour
faire avaliser les actes de Pompée
en Orient, ce qui n'était, en somme,
que justice. En plus de ces mesures, César
fit accorder au roi d'Égypte Ptolémée
Aulète le titre d'ami et d'allié
du peuple romain, service que le monarque
paya de la somme colossale de 6.000 talents.
Pompée et César l'empochèrent
d'autant plus volontiers que le second était
pourri de dettes. Du coup, il put rembourser
à son compère Crassus la totalité
de ses créances. Mais une année
de consulat est vite passée. Prévoyant
un proconsulat intéressant en Illyrie
et dans les Gaules, région toujours
menaçante pour la sécurité
de Rome, César n'envisageait pourtant
pas de gaieté de cour de s'éloigner
de la ville où les choses allaient
si bien pour son parti. II lui fallait au
moins y laisser un agent efficace (…)
[:] Clodius, l'intéressant aristocrate
qui faisait cause commune avec le parti
populaire, et qui accessoirement se déguisait
en femme pour rejoindre l'épouse
de César.”
(Lucien JERPHAGNON, Histoire de la Rome
antique, Éditions Tallandier)
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À propos du premier triumvirat, également
sur mon site :
- Réunion au sommet à Lucques : Clic
!
Et sur Wikipédia : Clic
! |
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| 13 Février 2007 |
| "ALMA"
(alraune.oldiblog.com)
a écrit : |
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| Je
ne comprends vraiment pas pourquoi vous avez
inclus Jules César dans la liste des empereurs
alors qu'il ne l'a jamais été, de plus
vous le précisez vous-même… |
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| RÉPONSE
: |
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Effectivement,
tout le monde convient que c'est bien Octave
Auguste, qui fut le premier empereur
romain et non Jules
César. Vous n'êtes donc pas
le premier internaute - ni sans doute le dernier
- à s'étonner de voir le divin
Jules figurer en tête de mes index
impériaux.
De cela, je me suis déjà justifié
à maintes reprises, soit sur un mode
humoristique soit sur in ton plus sérieux.
Voyez : Clic
! - Clic
! - Clic
! et Clic
!.
Sincèrement, je ne pouvais tout simplement
pas imaginer un site consacré à
l'histoire romaine sans évocation de
César, lui qui fut probablement le plus
grand des Romains. Et cette "intrusion"
du grand Jules me paraissait d'autant moins
condamnable que ce dictateur à vie
fut, en quelque sorte, sinon le fondateur, du
moins l'instigateur du régime impérial.
On pourrait d'ailleurs noter, non sans un certain
amusement, que le système "monarchique"
que César envisageait (peut-être)
d'instaurer aurait été plus proche
de celui rêvé par ses lointains
descendants, Caligula
et Néron,
et mis en place plus de trois siècles
après sa mort par Aurélien
et Dioclétien,
que de cette "république hypocritement
restaurée" de son fils adoptif et
successeur Octave Auguste. Comme les empereurs
du Bas-Empire, c'était (peut-être)
une monarchie absolue de type hellénistique
que César songeait à imposer à
Rome, et non la concentration, façon
Auguste, des magistratures romaines entre les
mains d'un seul homme, qui refuserait le titre
de "roi".
Dans cette optique, César mériterait
évidemment davantage le titre d'empereur
(selon la signification moderne de ce mot) que
son successeur immédiat, très
soucieux quant à lui du maintien d'une
fiction républicaine…
Et puis, vous savez, avec les conventions historiques,
il y a toujours des petits arrangements possibles.
À première vue, insérer
César dans une liste d'empereurs romains
ne me paraît guère plus répréhensible
que, par exemple, faire commencer l'histoire
de "France" avec les Gaulois de Vercingétorix,
alors que stricto sensu, elle devrait
plutôt s'ouvrir sur les "Francs"
de Mérovée et de Clovis…Ou
encore faire débuter l'histoire de Belgique
avec le Néandertalien Homme de Spy
alors que le royaume de Belgique ne vit le jour
qu'après la Révolution de 1830…
Ou d'inclure l'Empire romain dans l'histoire
d'une Italie qui n'exista réellement
qu'après 1870, etc… |
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| 14 Février 2007 |
| Paul-Francis
Jacquier (www.coinsjacquier.com)
a écrit : |
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J’ai
découvert votre site il y a quelques jours
et j’en feuillette les pages. Cette période
étant ma spécialité - plus particulièrement
le IIIe siècle - Je reviendrai sans doute de
temps en temps mettre mon « grain de sel ».
Je suis remonté déjà
à 2003 et vais m’arrêter là
pour l’instant et voudrais apporter quelques
précisions sur l’usurpateur
Silbannacus.
Ce
que votre lecteur nlouis1
a écrit est tout à fait exact
: Une première monnaie de ce personnage
aurait été trouvée en Lorraine.
Elle fut vendue en Suisse et revendue au British
Museum en 1937. Son authenticité n’a
jamais vraiment été mise en doute.
D’après son style et son allure
générale, elle était datée
des années autour de 250. Comme Philippe
l’Arabe avait dû faire face
à un certain nombre d’usurpations
vers la fin de son règne, on avait tendance
à y rajouter celle de Silbannacus…
Un de plus, un de moins (on ne prête qu’aux
riches, c’est bien connu !)
Le deuxième exemplaire est, lui, beaucoup
plus intéressant : il aurait été
trouvé vers 1980 dans la région
parisienne. Il a été publié
par Sylviane Estiot dans la Revue Numismatique
1996 pp. 105-117. Il est indubitablement
un produit de l’atelier de Rome. C’est
sous l’empereur Emilien
(été-automne 253) qu’ont
été émis des antoniniens
à la légende fautive de revers
MARTI PROPVGT et au type tout à fait
inhabituel de Mars debout à gauche, bouclier
posé à terre, lance tournée
pointe en bas (or propugnator signifie
« qui se porte en avant pour combattre
» et les monnaies utilisant ce type montrent
sinon toujours un Mars marchant à droite
et tenant un bouclier et une lance pointée
en avant).
Le fait que Silbannacus
ait repris ce type de revers est une preuve
irréfutable de la datation de son usurpation
à l’automne 253. On peut penser
en effet qu’apprenant la défaite
d’Emilien face à Valérien,
les troupes restées à Rome ont
proclamé Silbannacus empereur pour quelques
semaines, le temps pour lui de frapper monnaie.
Il n’était ni le premier, ni ne
sera le dernier… |
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Bien sûr cela reste du
domaine de l’hypothèse. Indiscutable
est cependant le fait que les deux monnaies de Silbannacus
ont été frappées à l’atelier
de Rome et après (pendant ?) le règne
d’Emilien, donc à l’automne 253.
La numismatique est une science
auxiliaire de l’Histoire. Elle est très
exacte et permet souvent d’apporter des précisions
là où les écrits sont inexistants
ou défaillants (voire tendancieux !).
Je reviendrai à l’occasion
sur un autre usurpateur, Domitianus,
dont là aussi les monnaies permettent de situer
très exactement le règne parmi les empereurs
« gallo-romains » de Postume
à Tetricus.
Paul-Francis Jacquier
Numismatique antique
Please visit our Web Site at www.coinsjacquier.com |
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| RÉPONSE
: |
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| Un grand merci pour
ces intéressantes précisions.
Bien que moi-même, je ne sois nullement numismate
- et que mon site ne soit pas spécifiquement
axé sur la numismatique -, j'apprécie
à sa juste valeur cette discipline pour moi
quelque peu cabalistique. Comme vous le signalez judicieusement
- et comme votre intervention le démontre amplement
-, la numismatique peut effet apporter de précieux
éclairages sur des périodes obscures
de l'Histoire… Et Dieu sait si le IIIe siècle
romain en est une !… Il va donc sans dire (quoique
cela aille quand même mieux en le disant) que
vous et vos érudites précisions seront
toujours fort les bienvenues dans mes pages "Empereurs
romains". |
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RÉACTION
À CE COURRIER
| 8 Mars 2007 |
| Gricca
a écrit : |
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Problèmes
au sujet de Silbannacus
Grand merci à
Paul-Francis Jacquier
pour les éléments apportés
sur le mystérieux Silbannacus,
mais pour adhérer totalement au
fait de situer lusurpation de Silbannacus
à Rome en 253 entre Emilien
et Valérien,
il manque deux précisions :
La première
est celle de savoir si ces monnaies portent
la marque indiscutable dateliers
de Rome ou sil sagit de dire
que parce que les monnaies dEmilien
au type de revers inhabituel de Mars
propugnator ont été
frappées à Rome, celles
de Silbannacus sont forcément postérieures
et issues des mêmes ateliers romains.
Seconde précision,
ces monnaies ont-elles été
découvertes isolées ou avec
dautres et à leffigie
de quels empereurs, pour permettre une
datation approximative denfouissement
?.
Autre problème,
les monnaies de Silbannacus nont
été retrouvées quen
Gaule, au nord de la Loire, et pas à
Rome. A la rigueur on pourrait expliquer
cela par le fait que, souvent, les monnaies
des usurpateurs vaincus étaient
refondues et que la présence de
celles de Silbannacus en Gaule proviendrait
de ses soldats qui se seraient soumis
à Valérien et auraient été
renvoyés en Gaule avec leur pécule.
Le nom de Silbannacus laisse fortement
supposer une origine celtique avec son
suffixe - acus et ses troupes devaient
provenir de ces régions. Que Valérien
les ait renvoyés en Gaule, alors
menacée par les tribus germaniques,
na rien dimpossible.
Néanmoins
ma réticence à placer lusurpation
de Silbannacus en 253 vient de ce quaucun
historien ne mentionne cette usurpation
qui aurait eu lieu à Rome, alors
quune autre usurpation, celle dun
certain Julius Valens Lucinianus, vers
mars 251, donc peu auparavant, et qui
aurait duré moins longtemps puisquil
neut pas le temps de frapper monnaies
(en tout cas aucune na jamais été
retrouvée) est mentionnée
par le Pseudo-Aurelius Victor (Abrégé
des Césars XXIX-5), par Aurelius
Victor (Livre des Césars
XXIX-3), ainsi que par lHistoire
Auguste (Tyranni Triginta XX-1
Valens Superior) qui, dailleurs,
le fait régner par erreur en Illyrie.
Jajoute quAurelius Victor
(Livre des Césars XXXII),
rapporte que lorsque les légions
rassemblées en Rhétie donnèrent
lempire à Valérien,
le sénat romain fit venir son fils
Gallien
à Rome pour le nommer César.
De même, Zosime (Histoire Nouvelle
Livre I - XXIX-2), dit que Valérien
arriva au pouvoir suprême avec le
consentement de tous. Même si les
récits des évènements
de 253 ne sont pas plus précis,
ils ne laissent pas en tout cas présumer
une usurpation à Rome.
Par contre, Eutrope, (Abrégé
dhistoire romaine Livre IX -
4), signale que Dèce
réprima une guerre civile qui avait
éclaté en Gaule et il est
tentant dy voir là une allusion
à lusurpation de Silbannacus,
même sil est le seul historien
à la mentionner, la coïncidence
est troublante avec les trouvailles monétaires
en Gaule.
Il est quand même
surprenant quaucun historien ne
fasse allusion à Silbannacus. Ni,
par exemple, le Pseudo-Aurelius Victor,
donnant dans son Abrégé
des Césars XXXII, une liste
des usurpateurs sous Valérien et
Gallien, citant Régilianus (pour
Régalien), Postumus, Aelianus (pour
Lélien), Emilien, Valens, Auréolus,
et surtout lHistoire Auguste, donnant,
dans ses Tyranni Triginta, une
liste des usurpateurs pour la même
période, mêlant, pêle-mêle,
personnages réels et inventés,
dont certains ne furent même pas
usurpateurs ou régnèrent
avant 253 et après 268. Aucun des
deux ne mentionne Silbannacus, mais il
est vrai quils ne citent pas non
plus Memor pourtant signalé par
Zosime (Histoire Nouvelle Livre
I - XXXVIII-1).
Le problème
de Silbannacus ne semble donc pas totalement
résolu. Sa damnatio memoriae
aurait été vraiment totale
sans les monnaies à son effigie
découvertes par hasard. Combien
dautres personnages ont ainsi été
effacés de la mémoire des
hommes ? Même le Domitien
II, dont on a découvert récemment
une monnaie en Angleterre, est quand même
signalé comme usurpateur sous le
règne dAurélien
(270-275) par Zosime (Histoire Nouvelle
Livre I - XLIX-2) et Eutrope (Abrégé
dhistoire romaine Livre IX -
10 et 13) rapporte que Tétricus
(271-274) subit plusieurs séditions
de ses soldats sans autre précision
mais qui pourrait correspondre aux soulèvements
de Domitien au début de son règne
et de Faustinus à la fin du règne.
GRICCA |
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| 14 Février 2007 |
| Jean-Pierre
a écrit : |
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{…)
Il est toujours intéressant
de mettre les éléments historiques dans
une perspective qui les rend à nouveau humains,
comme on imagine qu'ils ont pu l'être aussi,
avant que les héros ne deviennent des icônes
de livres d'histoires. Je me suis moi-même intéressé
au monnayage au crocodile de Nîmes
et ai réalisé un site internet
sur le sujet en prenant le parti de raconter une histoire
et un contexte. Je vous suggère d'y faire un
tour à l'occasion : www.asdenimes.com
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| 22 Février 2007 |
| Henri
réécrit : |
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D’abord
merci pour la promptitude et le sérieux que
vous avez mis à répondre à mon
message. Je vous dois une petite explication sur
la découverte de votre site. Au début
de votre lettre, vous dites : « last but not
least ». En fait, je ne suis pas un internaute
confirmé. Mon ordinateur est connecté
à Internet que depuis une semaine car je n’aime
pas beaucoup ce moyen d’expression, car ce n’est
pas facile de s’y retrouver dans tout ce fatras
de sites et de gens qui disent tout et n’importe
quoi, sans parler de ceux qui ne pensent qu’à
l’argent. Si j’ai enfin décidé
de me brancher, c’est parce que je recherche
des très bons sites sur l’histoire antique
et médiévale européenne. (…)
Cette recherche de bons sites
sur l’histoire ancienne, je ne la fais pas simplement
par curiosité ou passion personnelle de l’histoire.
Je fais bénévolement
depuis 1 an et demi une émission mensuelle
pour une radio libre du sud est de la France qui pour
ne pas la nommer s’appelle « Radio
Zinzine » et qui est une radio non-commerciale
et d’inspiration « libertaire ».
Mon émission se nomme : « histoire pour
tous » et dure 1 heure. J’essaie, vaste
programme, en suivant l’ordre chronologique
de retracer toute l’histoire antique et médiévale
de l’Europe. [Actuellement, ] il y est
question de la Grèce antique parce que, (…),
et je suis loin d'avoir épuisé le sujet
de la civilisation grecque !.
Je n’ai pas de grandes
prétentions. Seulement celle de vulgariser
auprès des auditeurs, en essayant si possible
d’être intéressant, une période
de l’histoire européenne que je trouve
fascinante, en espérant que cela leur donnera
l’idée d’en savoir un peu plus
par des recherches personnelles. (…)
Enfin, et c'est peut-être le plus important
de ma démarche, je considère, et c'est
là une conviction personnelle, que, quand,
on parle de Rome, il faut s'entourer
d'un luxe de précautions ! Jamais,
une civilisation n'a été aussi loin
dans l'ignoble ! Et
c'est pour cela, que l'étude, des civilisations,
dites " barbares" est si intéressante.
La première étant, sans nulle doute,
de mon avis, la Grèce Antique. D'où
mon obsession, pour savoir, ce qui s'est réellement
passé dans les Cités Grecques. |
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| RÉPONSE
: |
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| Si vous voulez mon avis,
vous n'allez pas vous faire que des amis dans l'Hellade
en affirmant que la civilisation grecque était
barbare, et qui pis est, la première
d'entre elles. En fait, il me semble que c'était
plutôt l'inverse : les Grecs considéraient
les Romains (et tous les autres peuples qu'ils rencontrèrent)
comme barbares. Mais jamais, au grand jamais,
les Romains ne rendirent aux Grecs la monnaie de leurs
drachmes en les traitant à leur tour de Barbares.
Au contraire, ils acceptèrent immédiatement
l'évidente supériorité de la
civilisation hellénique, et s'empressèrent
de s'approprier des pans entiers de cette société
qu'ils jugeaient plus évoluée que la
leur.
Vous ne vous ferez pas non plus de nombreux amis
italiens en écrivant que jamais aucune
civilisation n'alla si loin dans l'ignoble
que la romaine !…
Rassurez-vous, moi-même, je ne suis pas béatement
admiratif de la Rome antique au point d'ignorer ses
tares. Mais toutes les civilisations n'ont-elles pas
les leurs ? Pour qu'il en aille autrement, il faudrait
que la nature humaine diffère sensiblement
d'une époque à l'autre, d'une région
à l'autre, et ce n'est visiblement pas le cas.
Hélas, l'homme, homo homini lupus,
est sensiblement toujours pareil, généralement
cruel et égoïste, exceptionnellement bon
et généreux.
De façon quasi systématique, on reproche
aux Romains leurs jeux sanglants de l'amphithéâtre.
C'est le must cinématographique :
pas de bon film sur Rome sans intervention de gladiateurs
qui s'écharpent, se mutilent, se trucident
sous les regards vicelards et salaces d'une foule
bestiale, ivre de vinasse, de boustifaille et de carnage…
Et pas d'édifiant péplum
sans croustillant massacre de pauvres martyrs chrétiens,
hommes, enfants et surtout jeunes femmes à
la plastique avantageuse offerte aux crocs et griffes
de fauves affamés !
Certes ces horreurs ont existé, et ce n'est
pas à l'honneur de Rome…Mais oseriez-vous
parier que, de nos jours, la foule ne se presserait
pas aux arènes si, passant outre à toute
objection morale, de vrais spectacles de gladiateurs
étaient organisés ? Moi, je n'en mettrais
pas ma main au feu (comme dirait Mucius
Scaevola).
Nous révoltent aussi ces supplices atroces
(dont justement celui de Scaevola) proposés
à la foule des amphithéâtres en
guise d'interlude… Évidemment ! Mais,
en 1996, dans ma Belgique natale, la splendide Grand
Place de Bruxelles aurait sans doute été
noire de monde si l'on avait décidé
d'y exécuter "façon Ravaillac"
(avec tenailles, amputation, écartèlement
et autres joyeusetés) l'abominé (et
abominable) Marc Dutroux. Même l'homme "civilisé"
peut se montrer sanguinaire… Et ce ne sont pas
les Romains qui ont inventé Auschwitz, le Goulag
et les camps de rééducation style Mao
ou Pol Pot.
On pourrait aussi parler un peu de l'esclavage. Toutes
les sociétés antiques furent esclavagistes,
et cela ne posait pas de problèmes moraux à
grand monde. Sur ce point il y a peu de différences
entre les civilisations grecque et romaine (ou avec
la nôtre, dont les esclaves sont, en quelque
sorte délocalisés loin de nos
trop sensibles yeux ou de nos consciences trop élastiques,
en Chine, en Inde, ou en Afrique !)… Si ce n'est
peut-être qu'à Rome (surtout à
partir de la fin de République et du début
de l'Empire), un esclave avait davantage de perspectives
de promotion sociale qu'en Grèce. Un petit
texte ?
" (…) Le grand espoir de la plupart
des esclaves résidait dans leur affranchissement
éventuel. Ce fut encore une des originalités
de Rome, dans la vaste histoire de l'esclavage mondial,
d'avoir donné à ses affranchis des
droits comparables à ceux des citoyens romains,
puisque l'affranchi prenait la qualité de
son maître et passait donc directement dans
la classe des privilégiés du monde
antique, c'est-à-dire des détenteurs
de la qualité de citoyen. Nous l'avons vu,
(…), la masse servile constituait
le réservoir humain du corps civique de Rome.
Même si l'homme devenu libre devait encore,
à celui qu'il appelait désormais son
« patron », un certain nombre de devoirs
et de travaux, il possédait la plupart des
droits du citoyen, et son fils était un «
ingénu » à part entière.
(À Athènes, par exemple, le statut
de l'affranchi se rapprochait de celui de métèque)."
(Catherine SEILLES, Spartacus et la révolte
des gladiateurs, Éditions Complexes,
2005)
On pourrait aussi parler des hilotes de Sparte, dont
le sort était sans doute bien pire que la plupart
des esclaves romains (ceux des mines exceptés).
Faut-il, comme ce Salvien
que nous avons évoqué l'autre fois,
opposer Romains et Barbares, les uns étant
de doux humanistes et les autres d'abominables pervers
?
Il est vrai que pour l'instant (surtout de l'autre
côté du Rhin, semble-t-il), la mode historique
va dans ce sens. Les Grandes invasions ? De pacifiques
migrations de peuples, poussés par la faim
et la pression des peuples des steppes, qui se heurtèrent
au refus romain d'ouvrir toutes grandes les frontières
de leur Empire et d'accorder des terres à ces
laborieuses populations. Des Barbares ? Que
non point ! des peuples presque aussi civilisés
que les Romains et qui maîtrisaient d'ailleurs
des technologies d'eux inconnues (notamment en matière
de métallurgie). Des vandales et des pillards
? Nenni ! Des libérateurs qui, au contraire,
humanisèrent une société immorale
et dépravée, en abolissant, entre autres
horreurs, les combats de gladiateurs !.
Tout cela se laisse écrire… Mais, à
ce compte, avec de si "bons sauvages" aux
manettes, on se demande quand même pourquoi
l'Occident a connu une longue période si sombre
après la Chute de l'Empire romain
? |
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| 22 Février 2007 |
| Michel
Janon a écrit : |
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1.
Je suis stupéfait du succès de votre
site. Bien sûr, il est d'une grande qualité,
mais je n'aurais jamais pensé que tant d'internautes
s'intéressaient à l'histoire romaine,
posant même des questions très pointues.
Bravo pour les réponses: vous ne ménagez
pas votre temps.
Pour ce qui concerne
l'espérance de vie chez les Romains,
je crains d'être en désaccord avec
votre correspondant.
pour autant qu'on puisse en juger, en utilisant
les documents archéologiques et épigraphiques
(soumis à une critique sévère),
je suis persuadé que quarante ans est un
maximum. Il y a quelque bibliographie sur le sujet.
Je me suis un peu intéressé
à la médecine dans l'Antiquité.
C'est à toutes les époques un mélange
de "science" et de magie. Penser, par
exemple à Aelius Aristide et aux "cures"
qu'il suivait sur l'injonction directe d'Esculape.
À la même époque, pourtant,
Gallien jetait les fondements d'une médecine
scientifique.
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| RÉPONSE
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| Confidence pour confidence,
moi aussi, je ne laisse pas d'être quelque peu
surpris du succès de mes pages Web sur les
Empereurs romains… Mais, à mon
avis, mes statistiques d'audience doivent quand même
toujours rester très largement inférieures
à celles de n'importe quel site porno.
Cela relativise les choses !…
Je vous remercie aussi pour cette réaction
au courrier
du 17 Janvier 2007.
Je suis tout à fait c'accord avec pour estimer
que l'espérance de vie des Romains ne devait
guère excéder 40 ans. Quant à
la médecine gréco-romaine, il est vrai
que l'exemple des cures esculapiennes d'Aelius Aristide
(voir l'hilarant récit de ses déboires
valétudinaires dans Au Bonheur des sages
de Lucien JERPHAGNON) démontre à l'envi
combien elle était généralement
encore imprégnée de pratiques magiques,
à mille lieues des raisonnements scientifiques
(ou pré-scientifiques) d'un Galien. |
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| Michel
JANON réécrit : |
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À
propos de l'espérance de vie chez
les Anciens, plus précisément
chez les Romains, j'ai organisé
il y a quelques décennies (en 1974,
comme le temps passe !) une table ronde
“ÉPIGRAPHIE ET INFORMATIQUE“.
Manfred Klauss y a présenté
une communication faisant le point sur
les erreurs méthodologiques et
les difficultés qu'on rencontre
dans ce genre d'étude fondée
sur l'épigraphie funéraire.
Je vous communiquerai les références
si vous le souhaitez.
J'ai travaillé
(et je continue) sur Lambèse, quartier
général de la Legio
tertia Augusta, et sur son Asclepieium.
C'est une des raisons qui font que je
m'intéresse à Esculape,
au moins à l'Esculape romain et
militaire.
Je fréquente
assez peu les sites érotiques.
Après tout, on pourrait imaginer
un site "Histoires cochonnes
des empereurs romains" ou "Décadence
et sexualité dans l'empire romain“.
Il faudrait y penser ! On ne doit reculer
devant rien pour l'éducation des
masses. |
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| RÉPONSE
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| …
Oui, le site Web des chauds latins,
ça pourrait être marrant
! …
Ce serait très aimable de votre
part de me communiquer les références
de cette communication de Manfred Klauss,
et/ou des actes de cette table ronde
Épigraphie et Informatique.
Je ne doute pas qu'outre mon correspondant
que cette question d'espérance
de vie des Romains turlupinait, et bien
sûr, moi-même, cette information
sera susceptible d'intéresser certains
visiteurs de mon site… mais probablement
moins d'internautes quand même que
les extraits d'un colloque sur les perversions
d'un Caius
Caligula, les orgies d'un Élagabal,
ou la nymphomanie comparée, expliquée
(et appliquée) de Messaline,
d'Agrippine
et de Poppée
! |
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2.
Petite colle pour finir : Quel est l'auteur
ancien qui a dit que les Romains avaient semé
du sel sur les ruines de Carthage ?
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| RÉPONSE
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| J'ai un peu séché
sur votre "petite colle"… Il faut
dire que les Guerres puniques se déroulèrent
bien avant l'apparition de ces empereurs romains
auxquels je m'intéresse plus particulièrement.
Mais enfin, j'ai trouvé l'info. En fait, cette
histoire de "sel semé sur les ruines de
Carthage", ne paraît être qu'une
anecdote apocryphe, une invention, une fumisterie
due à l'imagination fertile de l'historiographe
byzantin Sozomène (Ve siècle
ap. J.-C.). Voyez users.skynet.be/remacle
: « Rien ne vient confirmer la légende
selon laquelle Scipion [Émilien] aurait
voulu stériliser à jamais le sol de
l'antique ennemie [Carthage] en y faisant
passer la charrue après y avoir fait répandre
du sel : cette "technique", étrangère
à la tradition romaine, semble avoir été
inventée par l'historien byzantin Sozomène.
En revanche, Scipion fit procéder à
la cérémonie de la devotio, c'est-à-dire
à la consécration du sol carthaginois
aux divinités du sous-sol, à Tellus
et à Veiouis, maître des Enfers, et aux
mânes des morts. »
Bref, "non è vero… Ma è
bene trovato" ! |
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