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Janvier - Février 2007 (page 3/4)

Sommaire de Janvier- Février : Clic !

 
3 Février 2007
JJDussous a écrit :
 

Alors voilà, moi je suis en troisième, et j'ai un exposé à faire sur le premier triumvirat, sans trop parler de césar, Cicéron et Crassus (sujet réservé à mes camardes) ….
Tout devient plus compliqué !.
Je recherche donc des informations plus pointilleuses sur ce sujet. Je voudrais connaître l'organisation et le fonctionnement de ce fameux premier triumvirat.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je suis désolé, mais je ne vois pas très bien comment il serait possible de parler du premier triumvirat "sans trop" évoquer César, Crassus et Pompée… En effet, cette alliance politique n'était basée que sur l'entente (d'ailleurs toute relative) entre ces trois hommes (voir ici : Clic !). Il ne s'agissait nullement d'un genre de "traité de paix" officiel entre protagonistes d'une guerre civile, mais d'un accord privé - et même secret - entre trois rivaux politiques qui s'entendaient en catimini pour se partager le pouvoir.

Si tu veux, c'est peu comme si Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et François Bayrou se mettaient d'accord pour gouverner la France pendant les quinze prochaines années : chacun son tour d'être président, en évitant de se tirer dans les pattes l'un l'autre. Et pendant que l'un est à l'Élysée, l'autre occupe Matignon, ou une prestigieuse ambassade à l'étranger… Évidemment, une telle alliance court-circuiterait littéralement les institutions républicaines et le processus démocratique. C'est pourquoi elle devrait rester aussi secrète que le fameux premier triumvirat qui, lui aussi, transformait les élections populaires en simples formalités : tout était arrangé d'avance !

Pour info - et pour se rafraîchir les idées - , je reproduis ci-dessous un court extrait de l'excellente Histoire de la Rome antique de Lucien JERPHAGNON qui décrit parfaitement la formation et le mécanisme de cette alliance secrète :

En 60, il [César] est de retour à Rome en vue des élections. Connaissant admirablement le milieu politique, il vit aussitôt le profit d'une alliance discrète mais efficace avec Crassus, immensément riche, et avec Pompée, immensément prestigieux. Cette entente entre trois personnages qui d'ailleurs ne s'appréciaient pas beaucoup est connue dans l'Histoire sous le nom de « premier Triumvirat ». Redoutable entente secrète où César apportait le soutien quasi inconditionnel des masses populaires, Pompée ses vétérans, Crassus son argent et ses relations dans les milieux d'affaires et dans l'ordre équestre ! À trois, ils tenaient Rome. En 59, voilà César consul avec l'aide de ses deux compères. Il eût souhaité, par pur opportunisme, élargir ce club des trois Grands à un quatrième, Cicéron, mais le vieil intellectuel, tout à ses honorables scrupules, ne voulut pas renier ses convictions et passer au parti adverse. (…)

On se doute bien que l'appui de Pompée et de Crassus à César n'était pas tout à fait gratuit. On le vit bien aux mesures que prit le nouveau consul. On vota une loi agraire pour satisfaire les vétérans de Pompée et les propriétaires urbains qui souhaitaient des terres, et elle fut largement défavorable aux propriétaires terriens de la nobilitas. Une autre loi fut promulguée en faveur des publicains : elle abaissait d'un tiers la créance de l'État sur les opérations fiscales et contentait ainsi les relations de Crassus. Enfin, une loi traita des abus dans les provinces : tout gouverneur convaincu de prévarication devrait désormais rétrocéder à l'État quatre fois le montant des sommes extorquées. La mesure frappait durement la nobilitas, qui voyait dans le pillage des provinces une source normale de revenus, mais elle était intéressante politiquement : elle annonçait une autre conception de l'administration provinciale. Ce qui ne relevait jusqu'à présent que du bon vouloir du gouverneur, honnête ou pas, devenait susceptible d'un contrôle de l'État. Il va de soi que César profita de son passage au consulat pour faire avaliser les actes de Pompée en Orient, ce qui n'était, en somme, que justice. En plus de ces mesures, César fit accorder au roi d'Égypte Ptolémée Aulète le titre d'ami et d'allié du peuple romain, service que le monarque paya de la somme colossale de 6.000 talents. Pompée et César l'empochèrent d'autant plus volontiers que le second était pourri de dettes. Du coup, il put rembourser à son compère Crassus la totalité de ses créances. Mais une année de consulat est vite passée. Prévoyant un proconsulat intéressant en Illyrie et dans les Gaules, région toujours menaçante pour la sécurité de Rome, César n'envisageait pourtant pas de gaieté de cour de s'éloigner de la ville où les choses allaient si bien pour son parti. II lui fallait au moins y laisser un agent efficace (…) [:] Clodius, l'intéressant aristocrate qui faisait cause commune avec le parti populaire, et qui accessoirement se déguisait en femme pour rejoindre l'épouse de César.
(Lucien JERPHAGNON, Histoire de la Rome antique, Éditions Tallandier)
rome antique - jerphahnon

À propos du premier triumvirat, également sur mon site :

  • Réunion au sommet à Lucques : Clic !

Et sur Wikipédia : Clic !

 
 
 
8 Février 2007
Magdalena a écrit :
 

Si vous n'avez pas froid aux yeux et que vous souhaitez en savoir plus sur cette fameuse Marie-Madeleine, j'ai développé une thèse sur son historicité et sur celle de son fils, le Messie-Roi :

Marie de Magdala,
de son nom historique : la reine Hélène d'Adiabene.

 
 
 
13 Février 2007
"ALMA" (alraune.oldiblog.com) a écrit :
 
Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous avez inclus Jules César dans la liste des empereurs alors qu'il ne l'a jamais été, de plus vous le précisez vous-même…
 
 
 
RÉPONSE :
 

Effectivement, tout le monde convient que c'est bien Octave Auguste, qui fut le premier empereur romain et non Jules César. Vous n'êtes donc pas le premier internaute - ni sans doute le dernier - à s'étonner de voir le divin Jules figurer en tête de mes index impériaux.
De cela, je me suis déjà justifié à maintes reprises, soit sur un mode humoristique soit sur in ton plus sérieux. Voyez : Clic ! - Clic ! - Clic ! et Clic !.

Sincèrement, je ne pouvais tout simplement pas imaginer un site consacré à l'histoire romaine sans évocation de César, lui qui fut probablement le plus grand des Romains. Et cette "intrusion" du grand Jules me paraissait d'autant moins condamnable que ce dictateur à vie fut, en quelque sorte, sinon le fondateur, du moins l'instigateur du régime impérial. On pourrait d'ailleurs noter, non sans un certain amusement, que le système "monarchique" que César envisageait (peut-être) d'instaurer aurait été plus proche de celui rêvé par ses lointains descendants, Caligula et Néron, et mis en place plus de trois siècles après sa mort par Aurélien et Dioclétien, que de cette "république hypocritement restaurée" de son fils adoptif et successeur Octave Auguste. Comme les empereurs du Bas-Empire, c'était (peut-être) une monarchie absolue de type hellénistique que César songeait à imposer à Rome, et non la concentration, façon Auguste, des magistratures romaines entre les mains d'un seul homme, qui refuserait le titre de "roi".
Dans cette optique, César mériterait évidemment davantage le titre d'empereur (selon la signification moderne de ce mot) que son successeur immédiat, très soucieux quant à lui du maintien d'une fiction républicaine…

Et puis, vous savez, avec les conventions historiques, il y a toujours des petits arrangements possibles. À première vue, insérer César dans une liste d'empereurs romains ne me paraît guère plus répréhensible que, par exemple, faire commencer l'histoire de "France" avec les Gaulois de Vercingétorix, alors que stricto sensu, elle devrait plutôt s'ouvrir sur les "Francs" de Mérovée et de Clovis…Ou encore faire débuter l'histoire de Belgique avec le Néandertalien Homme de Spy alors que le royaume de Belgique ne vit le jour qu'après la Révolution de 1830… Ou d'inclure l'Empire romain dans l'histoire d'une Italie qui n'exista réellement qu'après 1870, etc…

julius caesar
 
 
 
14 Février 2007
Paul-Francis Jacquier (www.coinsjacquier.com) a écrit :
 

J’ai découvert votre site il y a quelques jours et j’en feuillette les pages. Cette période étant ma spécialité - plus particulièrement le IIIe siècle - Je reviendrai sans doute de temps en temps mettre mon « grain de sel ».

Je suis remonté déjà à 2003 et vais m’arrêter là pour l’instant et voudrais apporter quelques précisions sur l’usurpateur Silbannacus.

Ce que votre lecteur nlouis1 a écrit est tout à fait exact : Une première monnaie de ce personnage aurait été trouvée en Lorraine. Elle fut vendue en Suisse et revendue au British Museum en 1937. Son authenticité n’a jamais vraiment été mise en doute. D’après son style et son allure générale, elle était datée des années autour de 250. Comme Philippe l’Arabe avait dû faire face à un certain nombre d’usurpations vers la fin de son règne, on avait tendance à y rajouter celle de Silbannacus… Un de plus, un de moins (on ne prête qu’aux riches, c’est bien connu !)
Le deuxième exemplaire est, lui, beaucoup plus intéressant : il aurait été trouvé vers 1980 dans la région parisienne. Il a été publié par Sylviane Estiot dans la Revue Numismatique 1996 pp. 105-117. Il est indubitablement un produit de l’atelier de Rome. C’est sous l’empereur Emilien (été-automne 253) qu’ont été émis des antoniniens à la légende fautive de revers MARTI PROPVGT et au type tout à fait inhabituel de Mars debout à gauche, bouclier posé à terre, lance tournée pointe en bas (or propugnator signifie « qui se porte en avant pour combattre » et les monnaies utilisant ce type montrent sinon toujours un Mars marchant à droite et tenant un bouclier et une lance pointée en avant).

Le fait que Silbannacus ait repris ce type de revers est une preuve irréfutable de la datation de son usurpation à l’automne 253. On peut penser en effet qu’apprenant la défaite d’Emilien face à Valérien, les troupes restées à Rome ont proclamé Silbannacus empereur pour quelques semaines, le temps pour lui de frapper monnaie. Il n’était ni le premier, ni ne sera le dernier…

silbannacus

Bien sûr cela reste du domaine de l’hypothèse. Indiscutable est cependant le fait que les deux monnaies de Silbannacus ont été frappées à l’atelier de Rome et après (pendant ?) le règne d’Emilien, donc à l’automne 253.

La numismatique est une science auxiliaire de l’Histoire. Elle est très exacte et permet souvent d’apporter des précisions là où les écrits sont inexistants ou défaillants (voire tendancieux !).

Je reviendrai à l’occasion sur un autre usurpateur, Domitianus, dont là aussi les monnaies permettent de situer très exactement le règne parmi les empereurs « gallo-romains » de Postume à Tetricus.

Paul-Francis Jacquier
Numismatique antique
Please visit our Web Site at www.coinsjacquier.com

 
 
 
RÉPONSE :
 

Un grand merci pour ces intéressantes précisions.

Bien que moi-même, je ne sois nullement numismate - et que mon site ne soit pas spécifiquement axé sur la numismatique -, j'apprécie à sa juste valeur cette discipline pour moi quelque peu cabalistique. Comme vous le signalez judicieusement - et comme votre intervention le démontre amplement -, la numismatique peut effet apporter de précieux éclairages sur des périodes obscures de l'Histoire… Et Dieu sait si le IIIe siècle romain en est une !… Il va donc sans dire (quoique cela aille quand même mieux en le disant) que vous et vos érudites précisions seront toujours fort les bienvenues dans mes pages "Empereurs romains".

RÉACTION À CE COURRIER

8 Mars 2007
Gricca a écrit :
 

Problèmes au sujet de Silbannacus

Grand merci à Paul-Francis Jacquier pour les éléments apportés sur le mystérieux Silbannacus, mais pour adhérer totalement au fait de situer l’usurpation de Silbannacus à Rome en 253 entre Emilien et Valérien, il manque deux précisions :

La première est celle de savoir si ces monnaies portent la marque indiscutable d’ateliers de Rome ou s’il s’agit de dire que parce que les monnaies d’Emilien au type de revers inhabituel de Mars propugnator ont été frappées à Rome, celles de Silbannacus sont forcément postérieures et issues des mêmes ateliers romains.
S
econde précision, ces monnaies ont-elles été découvertes isolées ou avec d’autres et à l’effigie de quels empereurs, pour permettre une datation approximative d’enfouissement ?.

Autre problème, les monnaies de Silbannacus n’ont été retrouvées qu’en Gaule, au nord de la Loire, et pas à Rome. A la rigueur on pourrait expliquer cela par le fait que, souvent, les monnaies des usurpateurs vaincus étaient refondues et que la présence de celles de Silbannacus en Gaule proviendrait de ses soldats qui se seraient soumis à Valérien et auraient été renvoyés en Gaule avec leur pécule. Le nom de Silbannacus laisse fortement supposer une origine celtique avec son suffixe - acus et ses troupes devaient provenir de ces régions. Que Valérien les ait renvoyés en Gaule, alors menacée par les tribus germaniques, n’a rien d’impossible.

Néanmoins ma réticence à placer l’usurpation de Silbannacus en 253 vient de ce qu’aucun historien ne mentionne cette usurpation qui aurait eu lieu à Rome, alors qu’une autre usurpation, celle d’un certain Julius Valens Lucinianus, vers mars 251, donc peu auparavant, et qui aurait duré moins longtemps puisqu’il n’eut pas le temps de frapper monnaies (en tout cas aucune n’a jamais été retrouvée) est mentionnée par le Pseudo-Aurelius Victor (Abrégé des Césars XXIX-5), par Aurelius Victor (Livre des Césars XXIX-3), ainsi que par l’Histoire Auguste (Tyranni Triginta XX-1 Valens Superior) qui, d’ailleurs, le fait régner par erreur en Illyrie.
J’ajoute qu’Aurelius Victor (Livre des Césars XXXII), rapporte que lorsque les légions rassemblées en Rhétie donnèrent l’empire à Valérien, le sénat romain fit venir son fils Gallien à Rome pour le nommer César. De même, Zosime (Histoire Nouvelle Livre I - XXIX-2), dit que Valérien arriva au pouvoir suprême avec le consentement de tous. Même si les récits des évènements de 253 ne sont pas plus précis, ils ne laissent pas en tout cas présumer une usurpation à Rome.
Par contre, Eutrope, (Abrégé d’histoire romaine Livre IX - 4), signale que Dèce réprima une guerre civile qui avait éclaté en Gaule et il est tentant d’y voir là une allusion à l’usurpation de Silbannacus, même s’il est le seul historien à la mentionner, la coïncidence est troublante avec les trouvailles monétaires en Gaule.

Il est quand même surprenant qu’aucun historien ne fasse allusion à Silbannacus. Ni, par exemple, le Pseudo-Aurelius Victor, donnant dans son Abrégé des Césars XXXII, une liste des usurpateurs sous Valérien et Gallien, citant Régilianus (pour Régalien), Postumus, Aelianus (pour Lélien), Emilien, Valens, Auréolus, et surtout l’Histoire Auguste, donnant, dans ses Tyranni Triginta, une liste des usurpateurs pour la même période, mêlant, pêle-mêle, personnages réels et inventés, dont certains ne furent même pas usurpateurs ou régnèrent avant 253 et après 268. Aucun des deux ne mentionne Silbannacus, mais il est vrai qu’ils ne citent pas non plus Memor pourtant signalé par Zosime (Histoire Nouvelle Livre I - XXXVIII-1).

Le problème de Silbannacus ne semble donc pas totalement résolu. Sa damnatio memoriae aurait été vraiment totale sans les monnaies à son effigie découvertes par hasard. Combien d’autres personnages ont ainsi été effacés de la mémoire des hommes ? Même le Domitien II, dont on a découvert récemment une monnaie en Angleterre, est quand même signalé comme usurpateur sous le règne d’Aurélien (270-275) par Zosime (Histoire Nouvelle Livre I - XLIX-2) et Eutrope (Abrégé d’histoire romaine Livre IX - 10 et 13) rapporte que Tétricus (271-274) subit plusieurs séditions de ses soldats sans autre précision mais qui pourrait correspondre aux soulèvements de Domitien au début de son règne et de Faustinus à la fin du règne.

GRICCA

 
 
 
14 Février 2007
Jean-Pierre a écrit :
 

{…) Il est toujours intéressant de mettre les éléments historiques dans une perspective qui les rend à nouveau humains, comme on imagine qu'ils ont pu l'être aussi, avant que les héros ne deviennent des icônes de livres d'histoires. Je me suis moi-même intéressé au monnayage au crocodile de Nîmes et ai réalisé un site internet sur le sujet en prenant le parti de raconter une histoire et un contexte. Je vous suggère d'y faire un tour à l'occasion : www.asdenimes.com

as de nimes - crocodile
 
 
 
 
22 Février 2007
Henri réécrit :
 

D’abord merci pour la promptitude et le sérieux que vous avez mis à répondre à mon message. Je vous dois une petite explication sur la découverte de votre site. Au début de votre lettre, vous dites : « last but not least ». En fait, je ne suis pas un internaute confirmé. Mon ordinateur est connecté à Internet que depuis une semaine car je n’aime pas beaucoup ce moyen d’expression, car ce n’est pas facile de s’y retrouver dans tout ce fatras de sites et de gens qui disent tout et n’importe quoi, sans parler de ceux qui ne pensent qu’à l’argent. Si j’ai enfin décidé de me brancher, c’est parce que je recherche des très bons sites sur l’histoire antique et médiévale européenne. (…)

Cette recherche de bons sites sur l’histoire ancienne, je ne la fais pas simplement par curiosité ou passion personnelle de l’histoire.

Je fais bénévolement depuis 1 an et demi une émission mensuelle pour une radio libre du sud est de la France qui pour ne pas la nommer s’appelle « Radio Zinzine » et qui est une radio non-commerciale et d’inspiration « libertaire ». Mon émission se nomme : « histoire pour tous » et dure 1 heure. J’essaie, vaste programme, en suivant l’ordre chronologique de retracer toute l’histoire antique et médiévale de l’Europe. [Actuellement, ] il y est question de la Grèce antique parce que, (…), et je suis loin d'avoir épuisé le sujet de la civilisation grecque !.

Je n’ai pas de grandes prétentions. Seulement celle de vulgariser auprès des auditeurs, en essayant si possible d’être intéressant, une période de l’histoire européenne que je trouve fascinante, en espérant que cela leur donnera l’idée d’en savoir un peu plus par des recherches personnelles. (…)
Enfin, et c'est peut-être le plus important de ma démarche, je considère, et c'est là une conviction personnelle, que, quand, on parle de Rome, il faut s'entourer d'un luxe de précautions ! Jamais, une civilisation n'a été aussi loin dans l'ignoble !
Et c'est pour cela, que l'étude, des civilisations, dites " barbares" est si intéressante. La première étant, sans nulle doute, de mon avis, la Grèce Antique. D'où mon obsession, pour savoir, ce qui s'est réellement passé dans les Cités Grecques.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Si vous voulez mon avis, vous n'allez pas vous faire que des amis dans l'Hellade en affirmant que la civilisation grecque était barbare, et qui pis est, la première d'entre elles. En fait, il me semble que c'était plutôt l'inverse : les Grecs considéraient les Romains (et tous les autres peuples qu'ils rencontrèrent) comme barbares. Mais jamais, au grand jamais, les Romains ne rendirent aux Grecs la monnaie de leurs drachmes en les traitant à leur tour de Barbares. Au contraire, ils acceptèrent immédiatement l'évidente supériorité de la civilisation hellénique, et s'empressèrent de s'approprier des pans entiers de cette société qu'ils jugeaient plus évoluée que la leur.

Vous ne vous ferez pas non plus de nombreux amis italiens en écrivant que jamais aucune civilisation n'alla si loin dans l'ignoble que la romaine !

Rassurez-vous, moi-même, je ne suis pas béatement admiratif de la Rome antique au point d'ignorer ses tares. Mais toutes les civilisations n'ont-elles pas les leurs ? Pour qu'il en aille autrement, il faudrait que la nature humaine diffère sensiblement d'une époque à l'autre, d'une région à l'autre, et ce n'est visiblement pas le cas. Hélas, l'homme, homo homini lupus, est sensiblement toujours pareil, généralement cruel et égoïste, exceptionnellement bon et généreux.

De façon quasi systématique, on reproche aux Romains leurs jeux sanglants de l'amphithéâtre. C'est le must cinématographique : pas de bon film sur Rome sans intervention de gladiateurs qui s'écharpent, se mutilent, se trucident sous les regards vicelards et salaces d'une foule bestiale, ivre de vinasse, de boustifaille et de carnage… Et pas d'édifiant péplum sans croustillant massacre de pauvres martyrs chrétiens, hommes, enfants et surtout jeunes femmes à la plastique avantageuse offerte aux crocs et griffes de fauves affamés !
Certes ces horreurs ont existé, et ce n'est pas à l'honneur de Rome…Mais oseriez-vous parier que, de nos jours, la foule ne se presserait pas aux arènes si, passant outre à toute objection morale, de vrais spectacles de gladiateurs étaient organisés ? Moi, je n'en mettrais pas ma main au feu (comme dirait Mucius Scaevola).

Nous révoltent aussi ces supplices atroces (dont justement celui de Scaevola) proposés à la foule des amphithéâtres en guise d'interlude… Évidemment ! Mais, en 1996, dans ma Belgique natale, la splendide Grand Place de Bruxelles aurait sans doute été noire de monde si l'on avait décidé d'y exécuter "façon Ravaillac" (avec tenailles, amputation, écartèlement et autres joyeusetés) l'abominé (et abominable) Marc Dutroux. Même l'homme "civilisé" peut se montrer sanguinaire… Et ce ne sont pas les Romains qui ont inventé Auschwitz, le Goulag et les camps de rééducation style Mao ou Pol Pot.

On pourrait aussi parler un peu de l'esclavage. Toutes les sociétés antiques furent esclavagistes, et cela ne posait pas de problèmes moraux à grand monde. Sur ce point il y a peu de différences entre les civilisations grecque et romaine (ou avec la nôtre, dont les esclaves sont, en quelque sorte délocalisés loin de nos trop sensibles yeux ou de nos consciences trop élastiques, en Chine, en Inde, ou en Afrique !)… Si ce n'est peut-être qu'à Rome (surtout à partir de la fin de République et du début de l'Empire), un esclave avait davantage de perspectives de promotion sociale qu'en Grèce. Un petit texte ?

" (…) Le grand espoir de la plupart des esclaves résidait dans leur affranchissement éventuel. Ce fut encore une des originalités de Rome, dans la vaste histoire de l'esclavage mondial, d'avoir donné à ses affranchis des droits comparables à ceux des citoyens romains, puisque l'affranchi prenait la qualité de son maître et passait donc directement dans la classe des privilégiés du monde antique, c'est-à-dire des détenteurs de la qualité de citoyen. Nous l'avons vu, (…), la masse servile constituait le réservoir humain du corps civique de Rome. Même si l'homme devenu libre devait encore, à celui qu'il appelait désormais son « patron », un certain nombre de devoirs et de travaux, il possédait la plupart des droits du citoyen, et son fils était un « ingénu » à part entière. (À Athènes, par exemple, le statut de l'affranchi se rapprochait de celui de métèque)." (Catherine SEILLES, Spartacus et la révolte des gladiateurs, Éditions Complexes, 2005)

On pourrait aussi parler des hilotes de Sparte, dont le sort était sans doute bien pire que la plupart des esclaves romains (ceux des mines exceptés).

Faut-il, comme ce Salvien que nous avons évoqué l'autre fois, opposer Romains et Barbares, les uns étant de doux humanistes et les autres d'abominables pervers ?
Il est vrai que pour l'instant (surtout de l'autre côté du Rhin, semble-t-il), la mode historique va dans ce sens. Les Grandes invasions ? De pacifiques migrations de peuples, poussés par la faim et la pression des peuples des steppes, qui se heurtèrent au refus romain d'ouvrir toutes grandes les frontières de leur Empire et d'accorder des terres à ces laborieuses populations. Des Barbares ? Que non point ! des peuples presque aussi civilisés que les Romains et qui maîtrisaient d'ailleurs des technologies d'eux inconnues (notamment en matière de métallurgie). Des vandales et des pillards ? Nenni ! Des libérateurs qui, au contraire, humanisèrent une société immorale et dépravée, en abolissant, entre autres horreurs, les combats de gladiateurs !.

Tout cela se laisse écrire… Mais, à ce compte, avec de si "bons sauvages" aux manettes, on se demande quand même pourquoi l'Occident a connu une longue période si sombre après la Chute de l'Empire romain ?

 
 
 
22 Février 2007
Michel Janon a écrit :
 

1. Je suis stupéfait du succès de votre site. Bien sûr, il est d'une grande qualité, mais je n'aurais jamais pensé que tant d'internautes s'intéressaient à l'histoire romaine, posant même des questions très pointues. Bravo pour les réponses: vous ne ménagez pas votre temps.

Pour ce qui concerne l'espérance de vie chez les Romains, je crains d'être en désaccord avec votre correspondant. pour autant qu'on puisse en juger, en utilisant les documents archéologiques et épigraphiques (soumis à une critique sévère), je suis persuadé que quarante ans est un maximum. Il y a quelque bibliographie sur le sujet.

Je me suis un peu intéressé à la médecine dans l'Antiquité. C'est à toutes les époques un mélange de "science" et de magie. Penser, par exemple à Aelius Aristide et aux "cures" qu'il suivait sur l'injonction directe d'Esculape. À la même époque, pourtant, Gallien jetait les fondements d'une médecine scientifique.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Confidence pour confidence, moi aussi, je ne laisse pas d'être quelque peu surpris du succès de mes pages Web sur les Empereurs romains… Mais, à mon avis, mes statistiques d'audience doivent quand même toujours rester très largement inférieures à celles de n'importe quel site porno.
Cela relativise les choses !…

Je vous remercie aussi pour cette réaction au courrier du 17 Janvier 2007.
Je suis tout à fait c'accord avec pour estimer que l'espérance de vie des Romains ne devait guère excéder 40 ans. Quant à la médecine gréco-romaine, il est vrai que l'exemple des cures esculapiennes d'Aelius Aristide (voir l'hilarant récit de ses déboires valétudinaires dans Au Bonheur des sages de Lucien JERPHAGNON) démontre à l'envi combien elle était généralement encore imprégnée de pratiques magiques, à mille lieues des raisonnements scientifiques (ou pré-scientifiques) d'un Galien.

 
Michel JANON réécrit :
 

À propos de l'espérance de vie chez les Anciens, plus précisément chez les Romains, j'ai organisé il y a quelques décennies (en 1974, comme le temps passe !) une table ronde “ÉPIGRAPHIE ET INFORMATIQUE“. Manfred Klauss y a présenté une communication faisant le point sur les erreurs méthodologiques et les difficultés qu'on rencontre dans ce genre d'étude fondée sur l'épigraphie funéraire. Je vous communiquerai les références si vous le souhaitez.

J'ai travaillé (et je continue) sur Lambèse, quartier général de la Legio tertia Augusta, et sur son Asclepieium. C'est une des raisons qui font que je m'intéresse à Esculape, au moins à l'Esculape romain et militaire.

Je fréquente assez peu les sites érotiques. Après tout, on pourrait imaginer un site "Histoires cochonnes des empereurs romains" ou "Décadence et sexualité dans l'empire romain“. Il faudrait y penser ! On ne doit reculer devant rien pour l'éducation des masses.

 
 
 
RÉPONSE :
 

… Oui, le site Web des chauds latins, ça pourrait être marrant ! …

Ce serait très aimable de votre part de me communiquer les références de cette communication de Manfred Klauss, et/ou des actes de cette table ronde Épigraphie et Informatique. Je ne doute pas qu'outre mon correspondant que cette question d'espérance de vie des Romains turlupinait, et bien sûr, moi-même, cette information sera susceptible d'intéresser certains visiteurs de mon site… mais probablement moins d'internautes quand même que les extraits d'un colloque sur les perversions d'un Caius Caligula, les orgies d'un Élagabal, ou la nymphomanie comparée, expliquée (et appliquée) de Messaline, d'Agrippine et de Poppée !

 
 

2. Petite colle pour finir : Quel est l'auteur ancien qui a dit que les Romains avaient semé du sel sur les ruines de Carthage ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

J'ai un peu séché sur votre "petite colle"… Il faut dire que les Guerres puniques se déroulèrent bien avant l'apparition de ces empereurs romains auxquels je m'intéresse plus particulièrement. Mais enfin, j'ai trouvé l'info. En fait, cette histoire de "sel semé sur les ruines de Carthage", ne paraît être qu'une anecdote apocryphe, une invention, une fumisterie due à l'imagination fertile de l'historiographe byzantin Sozomène (Ve siècle ap. J.-C.). Voyez users.skynet.be/remacle : « Rien ne vient confirmer la légende selon laquelle Scipion [Émilien] aurait voulu stériliser à jamais le sol de l'antique ennemie [Carthage] en y faisant passer la charrue après y avoir fait répandre du sel : cette "technique", étrangère à la tradition romaine, semble avoir été inventée par l'historien byzantin Sozomène. En revanche, Scipion fit procéder à la cérémonie de la devotio, c'est-à-dire à la consécration du sol carthaginois aux divinités du sous-sol, à Tellus et à Veiouis, maître des Enfers, et aux mânes des morts. »

Bref, "non è vero… Ma è bene trovato" !