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Janvier - Février 2007 (page 2/4)
Sommaire de Janvier- Février : Clic
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| 17 Janvier 2007 |
| Gérard
a écrit : |
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Une
petite question concernant Jules César ou,
du moins, un Gaulois qui lui en fit voir de toutes
les couleurs ! Bien qu'ayant de nombreuses notices
sur Comm (Commios) l'Atrébate,
(et qu'il ne se fit pas tuer par les Romains), il
me manque certaines précisions à son
encontre !
Pourriez-vous m'apporter un maximum d'information
à son sujet ? |
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| RÉPONSE
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| À vrai dire,
non, je ne crois pas disposer de scoop sur Comm (ou
Commios, ou Commius), le roi Atrébate
- donc un de mes compatriotes anciens Belges
- qui, effectivement, mena la vie dure aux légions
de Césars, même après la débâcle
d'Alésia. Vous connaissez en effet l'essentiel
de ce que l'on sait de lui si, comme moi, vous avez
parcouru les passages suivants de la Guerre des
Gaules du grand
Jules :
- Livre
IV : 21,7
- 27,
2 - 35,
1
- Livre
V : 22,
3
- Livre
VI : 6,
4
- Livre
VII : 75,
5 - 76,
1 et 3
- Livre
VIII (d'Hirtius) : 6,
2 - 7,
5 - 10,
4 - 21,
1 - 23,
2 et suiv. - 47,
1 et 2 et 48,
2 et suiv.
En résumé,
bien que César lui eût accordé
le titre de roi des Atrébates et qu'il
fût resté fidèle à
Rome pendant plusieurs années, Commios
s'associa en 52 av. J.-C. à la révolte
de Vercingétorix
et commanda même la cavalerie de l'armée
de secours lors de la bataille
d'Alésia. Après la défaite,
il "prit le maquis" dans le Nord de
la Gaule, en échappant à plusieurs
pièges romains (en particulier à
une tentative d'assassinat, quelque peu vicelarde,
ourdie par Labienus).
Ensuite, selon Frontin (Stratagema,
II,3), il se serait embarqué pour la
(Grande-)Bretagne, où il aurait fondé
une lignée royale (on y a retrouvé
des monnaies à l'effigie de l'un de ses
fils). [Sur Commios, voyez aussi l'encyclopédie
libre Wikipédia
: Clic
!)
Quand même une petite chose "amusante"
à propos de ce Commios : mon compatriote
et ami Michel ELOY (du site PEPLUM
- Images de l'Antiquité) me signale
à l'instant qu'il serait peut-être
à l'origine du ralliement de
Labienus à Pompée. En effet,
beaucoup s'interrogent sur les raisons qui poussèrent
ce Labienus, le plus fidèle lieutenant
de César
en Gaule, à rallier le parti de son rival
lors de la guerre civile (voir à ce sujet
: Clic
!). Or, la (très très érudite)
romancière néo-zélandaise
Colleen
McCullough a émis à ce sujet
une hypothèse pour le moins originale.
Elle suppose que ce n'est pas Labienus qui rompit
avec César, mais bien l'inverse : le
grand Jules n'aurait pas du tout apprécié
la déloyauté du procédé
mis en œuvre pour se débarrasser
de Commios (voir ici : Clic
!). Il est vrai qu'ordonner à son
ambassadeur de tuer l'interlocuteur avec qui
il devait négocier la paix, ce n'était
pas fin, fin. Le grand Jules aurait donc "mis
à pied" ce subordonné si
peu soucieux de la dignité de Rome, ce
qui, évidemment, aurait précipité
ledit Labienus dans les bras de Pompée
(qui était d'ailleurs son pays
et patron naturel).
Naturellement, on peut douter que César
ait été si regardant quant aux
moyens utilisés pour arriver à
ses fins, mais reste néanmoins une hypothèse
intéressante. |
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| 22 Janvier 2007 |
| Aurore
a écrit : |
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J'ai
un exposé à faire sur la famille
et la carrière de Septime Sévère
d'après l'Histoire Auguste.
Pourriez-vous me faire part d'informations (connaissances
ou bibliographie) sur les dynasties romaines et plus
particulièrement sur celle des Sévères,
ainsi que sur les fonctions exercées par Septime
Sévère avant de devenir empereur ?
D'avance merci |
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| RÉPONSE
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Je présume
que, puisque vous devez l'étudier, vous
disposez du texte de la Vie de Septime Sévère
de l'Histoire Auguste, ce fameux recueil
de biographies impériales "à
la manière de" Suétone, rédigées
par un païen anonyme de la fin du IVe siècle
(ou du début du Ve siècle). Si
c'est bien le cas, le premier chapitre de cette
biographie vous fournira des renseignements,
considérés généralement
comme assez fiables, sur la famille de cet empereur,
tandis que les trois suivants évoquent
sa carrière, ses mariages et sa descendance.
Dans la courte biographie que j'ai consacrée
à Septime
Sévère, j'ai moi-même
emprunté à l'Histoire Auguste
(ainsi qu'à Hérodien) quelques
éléments relatifs à l'origine
de sa famille et à son cursus honorum.
(Voyez ici : Clic
! - sans oublier les liens vers d'autres
pages de mon site : Clic
! - ainsi que ce tableau généalogique
de la dynastie des Sévère : Clic
!).
Mais je conçois volontiers que tout
cela puisse vous sembler un peu confus ou sujet
à caution… Histoire d'éclaircir
un tantinet la question, je me propose donc
de reproduire ci-dessous le passage de l'excellent
"petit" livre sur les Empereurs
romains de ZOSSO et ZINGG où sont
évoqués, en synthétisant
les infos fournies par les auteurs antiques
(Hérodien, Dion Cassius, Histoire auguste),
les racines et les premières années
de Septime Sévère : |
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| “Nom.
Lucius Septimius Severus. Au moment de son accession
au pouvoir, il prend encore le nom de Pertinax.
Naissance. Le 11 avril 146, à Leptis
[ou Lepcis] Magna, ville fondée par les
Phéniciens, en Tripolitaine (Afrique).
Famille. Il est issu d'une
famille de chevaliers et de sénateurs,
dont plusieurs membres, son grand-père,
son père et ses oncles, ont fait de brillantes
carrières. Provinciale, sa famille, à
la différence de celles de Trajan ou
d'Hadrien, qui étaient des colonisateurs,
est une famille de colonisés. Cette origine
explique, en partie, son mépris pour
les Romains de Rome et l'aristocratie sénatoriale.
Père. P. Septimius
Geta.
Mère. Fulvia Pia.
Portrait.
Jeune, Septime Sévère montre
un goût prononcé pour les
études, la rhétorique et
les arts libéraux, le droit et
les sciences religieuses plus précisément.
Mais ce n'est pas un rat de bibliothèque.
Bien au contraire, il mène une
vie estudiantine plutôt agitée.
N'est-il pas accusé d'adultère
? Mais son futur rival, Dide Julien [Didius
Julianus], alors préteur, l'acquitte.
Vif, petit, maigre, basané, frisé,
il est tout tendu vers l'action. N'ayant
jamais dû intervenir personnellement
dans une bataille, il se construit plutôt
une réputation de bon administrateur
que de général. Il est aussi
célèbre à cause de
son accent punique qu'il traîne
avec lui et qui fait l'objet de toutes
les plaisanteries à Rome.
[…]
Cursus. C'est grâce
à un oncle que Septime Sévère
obtient l'honneur d'entrer au Sénat.
Questeur, en Sardaigne, en 171, légat
du proconsul en Afrique, probablement
en 173 ou 174, tribun de la plèbe
en 174 ou 175, préteur en 178,
légat en Espagne en 179, il est
promu, en 180, à la tête
de la IVe légion, la Scythica,
stationnée en Syrie. Au début
du règne de Commode,
il est écarté de la vie
publique. Il se retire donc à Athènes,
puis à Marseille.
Il opère son retour à la
vie publique en 187-188. Il administre
la [Gaule] Lyonnaise qu'il purge, avec
l'aide de son futur adversaire Pescennius
Niger, de Maternus
et de ses brigands. En 189, il est
envoyé en Sicile en qualité
de proconsul, puis, en 190, en Pannonie
supérieure, avec le rang de consul.
C'est là, à Carnutum, que
le 9 avril 193, ses soldats, apprenant
que les prétoriens de Rome ont
assassiné Pertinax
et mis l'empire aux enchères, le
proclament empereur.”
(François ZOSSO et Christian ZINGG,
Les Empereurs romains, Éditions
Errance, 2002) |
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| 31 Janvier 2007 |
| Marie
a écrit : |
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Feuilletant
de temps à autre votre site, j'ai lu, et avec
intérêt, vos
commentaires concernant la possibilité
d'un suicide de la part du grand Jules que
vous trouvez farfelue.
Certes, les idées à réaliser
de lui manquaient pas mes fallait-il encore qu'il
puisse les réaliser. Or, je suis très
étonnée, mais vraiment très très,
que malgré la qualité de votre entreprise,
vous n'évoquiez à aucun moment le terrible
mal dont Jules souffrait et qui l'amenait irrémédiablement
à sa déchéance, ce dont il avait
parfaitement conscience.
Sans rentrer dans les détails
qui sont fort intéressants mais trop longs
pour vous les adresser de suite, voici une proposition
qui laisse à réfléchir.
Depuis très longtemps,
Jules César était atteint d’une
maladie identifiée comme une épilepsie
du lobe temporal. Il était bien trop
intelligent et lucide pour ne pas réaliser
que cette maladie affectait chaque jour davantage
son comportement porté de plus en plus vers
la démesure. D’ailleurs n’a-t-il
pas perdu le contrôle de lui-même face
aux sénateurs venus lui faire une proposition
caressant son ego quelque temps plus tôt ? Et
s’il ne s’était pas levé
pour recevoir leur hommage, c’est qu’il
ne le pouvait pas.
D'ailleurs les sénateurs étaient repartis
un brin vexés.
Pour un homme tel que lui,
nonobstant la souffrance, cette perte de contrôle
en public était insupportable. Entre les oracles,
les rêves prémonitoires et les nuits
agitées, César avait été
averti plusieurs fois du danger qu’il courait
en se rendant au Sénat ce jour-là. Toujours
informé de tout, comment peut-on même
imaginer qu’il ait ignoré ce qui se tramait ?
Mais Jules ne tint compte de rien. Mieux encore, il
congédia sa garde personnelle. Il ignora aussi
le dernier avertissement écrit qui lui fut
glissé dans sa litière alors qu’il
s’acheminait sans aucune protection vers sa
mort annoncée.
Vous avez raison en disant
qu'il est parti "à l'abattoir".
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| RÉPONSE
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Vous me reprochez
un peu de ne pas évoquer l'épilepsie
de César… En réalité,
il serait plus exact de dire que je ne m'y attarde
pas puisque dans la brève notice que
j'ai consacrée au Grand
Dictateur, j'écris bien qu'à
la bataille
de Munda, César "n'était
pas au mieux de sa forme : il se remettait à
peine d'une de ces crises d'épilepsie
auxquelles il était sujet."
Je serais cependant absolument incapable de
me prononcer sur la nature réelle des
troubles dits "épileptiques"
dont souffrait César, et encore moins
d'estimer la gravité de cette pathologie
ou son pronostic évolutif. D'ailleurs
- et par parenthèse -, même s'il
est généralement admis que le
Grand Jules était épileptique,
certains historiens refusent ce diagnostic traditionnel
- Jérôme CARCOPINO, par exemple,
qui parle de "prétendue épilepsie",
et met ses défaillances sur le compte
de la fatigue et du vieillissement d'un organisme
trop sollicité.
Mais enfin bon, admettons que Jules César
souffrait bien d'épilepsie…
Très intéressante et judicieuse,
votre hypothèse considérant les
ides de Mars un peu comme un genre d'euthanasie
par Cassius et Brutus interposés…
Néanmoins, j'ai toujours autant de difficultés
à imaginer un César "jetant
l'éponge" après sa victoire
définitive sur les Pompéiens.,
Après avoir bataillé toute sa
vie pour devenir le maître de Rome, il
venait précisément d'atteindre
son but. Il allait enfin user du pouvoir, chèrement
acquis, pour réaliser son programme de
réformes, laisser dans l'histoire de
Rome et de ses institutions la marque indélébile
de son génie … Et c'est à
ce moment précis qu'il aurait baissé
subitement les bras, s'offrant aux stylets des
conjurés ?… Et pourquoi ce renoncement
subit ? À cause d'une affection, certes
grave, mais qu'il avait apprivoisée depuis
toujours. Son épilepsie - si tant est
qu'il était bien atteint du "haut-mal"
-, il avait appris à si bien la gérer
qu'elle était restée quasi secrète
! |
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Il est assurément possible que son mal se
soit soudainement aggravé dans les derniers
mois de sa vie. Comment César pouvait-il réagir
à cette situation nouvelle ?
Vous, vous supposez qu'ayant parfaitement conscience
de la déchéance psychologique et physique
qu'il allait connaître, il aurait préféré
s'offrir aux couteaux de conjurés dont il n'ignorait
rien des menées. Quant à moi, j'ai plutôt
l'impression que César se serait contenté
de hausser les épaules. S'il était moins
en forme depuis quelque temps, c'était seulement
parce qu'il ne rajeunissait pas, parce que la récente
campagne d'Espagne avait été la plus
épuisante qu'il eut jamais menée (ô
combien !). Bref, sans doute pour la première
fois de sa vie, il avait touché du doigt les
limites de sa résistance physique, mais supposait
aussi que ce passage à vide ne serait que provisoire,
qu'après un peu de repos, il recouvrerait toutes
ses facultés physiques et mentales.
"Et il ignorait donc tout du complot ?"
m'objecterez-vous.
Peut-être… mais pas nécessairement.
Il est fort possible qu'il ait été informé
du complot mais qu'il ne l'ait pas pris au sérieux.
Sans doute méprisait-il Cassius et ses acolytes.
Quant à Brutus, malgré ses idées
politiques réactionnaires, César pensait
probablement n'avoir rien à craindre de lui
: c'était comme son fils. Jamais il n'oserait
lever la main sur lui !
Bien sûr, c'est de l'aveuglement ! C'est d'ailleurs
sans doute là, dans cet aveuglement qui le
poussa à négliger un complot qui n'était
qu'un secret de polichinelle, qu'il faut situer la
"démesure" fatale à César
- cette hybris si virulemment réprouvée
par les auteurs antiques, cette démesure qui
pousse l'homme à se croire l'égal des
dieux et qui le conduit à sa destruction (voir
wikipedia.org).
Le divin Jules pensait tout contrôler,
être au-dessus des agissements de misérables
vers de terre, n'avoir rien à craindre de ce
ramassis de nostalgiques de l'ancienne République.
Loin de se considérer comme "fini",
rongé par la maladie, il se croyait au contraire
invincible, sinon immortel. Souvenez-vous de cette
splendide réplique du Jules César de
la série TV Rome
(HBO) : à Marc Antoine qui, assistant aux
préparatifs de son triomphe, se moque légèrement
de lui : « Amusant ! Tu joues à ressembler
à un dieu ? », César répond,
cinglant : « Jouer ? Mais je ne joue pas.
Ce n'est pas un jeu. »
Désormais, ce grand pragmatique s'y croyait
!… Mais, d'une certaine façon, inscrire
dans un cadre divin le pouvoir absolu qu'il avait
si durement conquis, c'était encore faire de
la politique pragmatique, si tant est qu'il envisageait
bien de se tailler un empire en Orient, là
où la royauté était, par nature,
divine.
Mais on sait aussi que les dieux, jaloux, punissent
les présomptueux, ces "pompeux cornichons"
si chers au Gloupier, l'entarteur Noël
Godin, et Jupiter aveugle ceux qu'il veut
perdre. Voyez Philippe II de Macédoine
victime d'une conjuration dont toute la Grèce
parlait, ou, plus récemment, le bon roi Henri
IV tombant sous les coups d'un assassin (Ravaillac)
qui eût pu, qui eût dû être
arrêté cent fois avant de passer à
l'acte, ou John Kennedy optant pour une voiture décapotable,
etc… |
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| 1er Février |
| Henri
a écrit : |
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1.
(…) J’ai lu avec beaucoup
d’intérêt les articles consacrés
aux empereurs du « Bas-Empire » car
l’Antiquité tardive est une période
que je trouve passionnante. Sur de nombreux points,
on pourrait établir des corrélations
avec notre temps : angoisse des lendemains qui risquent
de déchanter ; crispation des puissants sur
leurs privilèges ; intrusion des soi-disant
barbares dans la Cité (comme les
immigrés de nos jours), apportant avec armes
et bagages des idées et des coutumes nouvelles
; violence généralisée de la
société, à commencer par celle
de l’état romain, qui devient de plus
en plus autoritaire et sécuritaire à
mesure que ses forces s’affaiblissent face
aux anciens et nouveaux riches ; révolution
culturelle, morale et religieuse.
Comment ne pas comprendre
face à de tels bouleversements, la montée
de l’irrationnel, du magique, de la superstition
?
Les « Romains »
cherchent des réponses nouvelles aux malheurs
qui les accablent. La devise traditionnelle de toutes
les cités antiques méditerranéennes
était : « les dieux sont avec nous
». Face aux invasions et aux guerres civiles
qui ruinent bon nombre de cités, beaucoup
pensent que, peut-être, les dieux ne sont
plus là pour les protéger. Peut-être
ont-ils déserté le temple de la Cité
pour remonter au ciel, fatigués qu’ils
sont de la violence absurde des hommes ? Et il faut
bien le constater, sur le chapitre de la violence
absurde, Rome, ne donne pas l’exemple.
Il y aurait beaucoup à
dire sur les causes de la chute de l’empire
d’Occident. De mon avis, moins que
les causes externes (invasions), les causes
internes sont à privilégier.
L’énorme potentiel de violence guerrière,
accumulé et organisé par l’empire
et ses légions de professionnels, s’est
retourné contre lui-même en des luttes
suicidaires, au fur et à mesure que disparaissait
l’esprit civique de ses soldats. L’empire
a littéralement implosé. Et ce n’est
pas l’immense majorité de la population
de l’empire, composée en majorité
de paysans, accablés d’impôts
pour nourrir justement une administration et une
armée détestées, qui allait
faire quoi que se soit pour défendre un tel
empire ! Un seul mot d’ordre pour toutes les
petites gens : fuir, se cacher dès qu’à
l’horizon une bande armée apparaissait,
que ceux soient des barbares ou une légion
romaine ! Plus fort, il semblerait que, dans de
nombreuses contrées, les barbares furent
considérés par les populations comme
des espèces de libérateurs, comme,
par exemple, aux yeux de ces troupeaux d’esclaves
travaillant dans les latifundia romaines.
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| RÉPONSE
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| Je suis plutôt
d'accord avec vous. Le poids étatique et fiscal
ne fut certainement pas un ingrédient négligeable
du cocktail (Molotov) fatal à la civilisation
romaine. Être pressuré d'impôts
n'est jamais agréable. Mais il y a vraiment
de quoi être dégoûté quand,
de surcroît, ces taxes, impositions et autres
réquisitions diverses et variées finissent
inéluctablement dans les vastes poches des
ennemis de l'État, dans les fontes de ces Barbares
qu'il faut soit soudoyer pour qu'ils vous laissent
en paix, soit payer pour qu'ils daignent vous défendre
(mollement) contre d'autres de leurs congénères,
encore plus sauvages !
L'empereur Julien
dit "l'Apostat" avait peut-être
vu juste en envisageant une solution militaro-fiscale
au déclin de Rome (voir également ici
: Clic
!). Alors qu'il n'était encore que César
(= empereur subalterne) en Gaule, il avait d'abord
sécurisé le front occidental, repoussé
les Germains au-delà du Rhin, puis avait drastiquement
réduit la pression fiscale. Ce qui, paradoxalement
(du moins aux yeux de ses ennemis), avait permis d'augmenter
les recettes (voir ici : Clic
!). Devenu Auguste (= empereur principal),
c'est peut-être parce qu'il envisageait d'appliquer
la même recette à l'ensemble de l'Empire
qu'il se lança dans une périlleuse guerre
contre les Perses. Outre le prestige idéologique
d'une victoire sur l'ennemi héréditaire
le butin de cette campagne permettrait d'éponger
les dettes et de financer les réductions fiscales
indispensables à ses grands projets de revival
antique, à sa politique de restauration de
la civilisation gréco-romaine.
On sait hélas ce qu'il en advint… .
Dans votre courriel, vous évoquez aussi ces
masses populaires qui auraient considéré
les Barbares non comme des envahisseurs, mais comme
des libérateurs. Ces propos font écho
à une œuvre contemporaine des "Grandes
invasions", le De gubernatione Dei,
d'un certain Salvien, un prêtre
marseillais, un "curé gauchiste avant
la lettre", comme le qualifie plaisamment
Lucien Jerphagnon. Certes, il ne faut pas nécessairement
prendre au pied de la lettre tous les discours de
ce "défaitiste révolutionnaire"
! Toutefois, on y retrouve certainement l'écho
du profond harassement fiscal des petites gens de
l'Empire, pris entre le marteau barbare et l'enclume
de l'avide administration impériale.
Mais puisque finalement, je ne pourrais pas mieux
dire que l'excellent Lucien JERPHAGNON, je vais me
permettre de le citer. D'autant plus, que, vous verrez,
lui aussi est sur la même longueur d'ondes
que vous :
"Les invasions
? [dit Salvien] C'est la punition de
Dieu pour tant de légèreté
et de débauches. Les Barbares ? Ils ne
sont pas pires que nous ; ils seraient même
plutôt mieux. À preuve : ce qu'ils
ont trouvé en arrivant en Afrique du
Nord en fait de veulerie et de passe-temps libidineux
leur a levé le cœur. L'Éternel
a bien fait de se servir d'eux pour nettoyer
les écuries d'Augias. Avec cela, Salvien
émet des vues qui en intéresseront
plus d'un aujourd'hui. Voyez, dit-il, les classes
populaires. Ont-elles peur des Barbares ? Pas
du tout ! Ces pauvres types sont à ce
point exploités par les latifondiaires,
pressurés par le fisc, qu'ils voient
dans les Barbares des libérateurs. Ils
vont même au-devant d'eux, trouvant qu'ils
n'arrivent pas assez vite à leur gré
! « C'est d'ailleurs Salvien,
note [René] Martin, qui semble avoir
le premier distingué et opposé
les notions - chères aux marxistes -
de "liberté réelle"
et de "liberté formelle", en
écrivant : "Les pauvres qui se réfugient
chez les Barbares préfèrent vivre
libres sous une apparence de captivité
plutôt que d'être prisonniers sous
une apparence de liberté". »
Mais
citons Salvien : « Payer des
impôts, c'est pénible, sans
aucun doute, mais ce serait plus supportable
si tous les citoyens étaient également
imposés. Ce qui est intolérable,
c'est que tous ne supportent pas la charge
commune : ce sont les pauvres qui paient
pour les riches. Plus encore : ce sont
les riches qui, de temps à autre,
décident d'augmenter le montant
des impôts, mais ce sont les pauvres
qui paient pour eux. Ô forfait scandaleux
! Une minorité de puissants fixe
ce que doit payer la masse des malheureux
! Dites-moi chez quel peuple on voit un
tel scandale : ce n'est pas chez les Francs,
en tout cas, ni chez les Huns, et pas
davantage chez les Goths ou les Vandales.
» Et Salvien conclut : «
Une seule chose m'étonne, dans
ces conditions, c'est que tous les pauvres
et les indigents n'aillent pas rejoindre
les Barbares. Mais à coup sûr
ils le feraient, s'ils pouvaient emporter
avec eux leurs chaumières et leurs
familles"… »
Première manifestation, selon
R. Martin, de l'idée révolutionnaire
selon laquelle les prolétaires
n'ont pas de patrie : « Cette
formule est le meilleur résumé
que l'on pourrait donner des pages que
consacre Salvien à cet aspect de
la situation. Dans le grand débat
sur les causes de la chute de l'Empire
romain, on n'a guère mis en lumière
ce qui a été sans doute
(…) une cause fondamentale : la
désaffection des masses populaires
à l'égard d'un Empire pour
la défense duquel elles n'avaient
pas de raison de se battre. Il est probable
que les Barbares auraient rencontré
une résistance autrement efficace
si tous les citoyens de la Romania avaient
été "motivés"
pour les repousser ; mais il se trouve
que le plus grand nombre d'entre eux estimaient
n'avoir rien à perdre dans l'anéantissement
d'un État qui ne leur apportait
que misère et oppression ; et dès
lors, les Barbares étaient vainqueurs
d'avance. »"
(Lucien JERPHAGNON, Les Divins Césars,
Éditions Tallandier) |
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2.
Pour passer à un autre sujet,
j’aimerais apporter une contribution
à l’un de vos articles
traitant de l’empereur Commode.
Vous vous demandez pourquoi
un empereur aussi intelligent que
Marc Aurèle a désigné
Commode, cet incapable
comme son successeur ?
De mon avis,
ce n’est pas par faiblesse
paternelle qu’il a agi ainsi.
Pour comprendre les motivations
de Marc Aurèle, je vous renvoie
au très bon livre de Paul
VEYNE, intitulé L’Empire
gréco-romain (édition
du seuil, 2005).
Paul Veyne
explique, pour résumer très
vite sa thèse, que la hantise
du peuple Romain était qu’à
la mort d’un empereur, on
ne trouve pas de successeur légitime,
accepté de tous. Car alors,
chacun pouvait prétendre
au pouvoir suprême, pourvu
qu’il soit assez riche et
assez influent pour cela, comme
par exemple les chefs des légions.
Cela dégénérait
souvent en guerres civiles atroces
jusqu’au jour où le
plus fort avait éliminé
tous ses concurrents. On l’a
vu à maintes reprises dans
l’histoire romaine. Déjà
sous la République, à
la mort de César, puis sous
l’Empire à la mort
de Néron, puis justement,
à la mort de Commode où
les prétendants au trône
impérial se livrèrent
une guerre telle que deux des plus
belles cités de l’empire,
Lyon et Byzance furent saccagées
par les légions.
Si Marc Aurèle
avait désigné un de
ses généraux qui défendait
si efficacement l’empire contre
les barbares, pourquoi alors, les
autres généraux et
surtout leurs troupes ne se seraient-ils
pas sentis lésés par
ce choix, et ne se seraient-ils
pas rebellés contre le général
choisi ? En désignant Commode,
Marc Aurèle voulait
éviter la guerre civile.
Et de ce point de vue, il a eu raison
car la désignation de Commode
fut acceptée par la seule
force qui comptait à Rome
dès cette époque :
l’armée. N’oublions
pas que beaucoup de ces généraux
qui se livrèrent une lutte
sans merci à la mort de Commode
étaient déjà
en poste sous Marc Aurèle.
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| D’un
autre côté, on voit aussi que
l’idée de légitimité
naturelle du rejeton de l’Empereur
avait fait du chemin. On en était
arrivé à penser que c’était
la moins mauvaise solution pour éviter
les crises successorales, même si
le rejeton en question était connu,
de notoriété publique pour
être un médiocre ou un dépravé.
Cela ne régla pas les problèmes,
évidemment, car l’idée
qu’à Rome, le pouvoir appartient
de droit à celui qui a la chance
et la force de le prendre, et non à
une dynastie de droit divin, cette idée
était si forte, que même quand
l’habitude fut prise de considérer
le fil de l’empereur comme le successeur
naturel au trône, il y eut bon nombre
d’usurpateurs pour tenter «
leur bonne fortune » avec les conséquences
catastrophiques que l’on connaît
pour la survie de l’Empire. |
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| RÉPONSE
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Là aussi, je
suis d'accord avec vous. J'ai d'ailleurs écrit
quelque part dans mon site que la nature "adoptive"
de la transmission du pouvoir impérial dans
la dynastie dite "des Antonins"
n'avait été, à mon sens, qu'une
façon comme une autre de "faire contre
mauvaise fortune bon cœur". Ni Nerva,
ni Trajan,
ni Hadrien,
ni Antonin
n'eurent de descendants mâles. Alors, il est
leur était assez facile de jouer les "libéraux",
les légalistes désintéressés
en proclamant urbi et orbi qu'il fallait
que l'empire revienne au plus digne. Ouiche
! Je vous fiche mon billet que si le Pieux Antonin
et sa
Faustine avaient engendré un garçon,
Marc Aurèle aurait pu retourner à ses
chères études. Jamais il ne serait devenu
empereur !
Révélatrice à cet égard
est cette répartie qu'on lui prête :
lorsqu'on le pressait de se séparer de son
épouse (Faustine
la Jeune, fille d'Antonin le Pieux) qui, paraît-il,
le couvrait sa personne de safran et son vaste crâne
de certaines parures cynégétiques, il
aurait fait remarquer que, dans ce cas, il lui faudrait
également rendre la dot, c'est-à-dire,
l'Empire ! Aussi révélateur est le fait
que tous les membres de cette dynastie dite "adoptive"
puissent être repris sur un tableau généalogique
assez simple à réaliser - comme celui
que j'ai réalisé moi-même alors
que Dieu sait que je ne suis guère versé
en généalogie).
Les Antonins réservaient dons l'Empire au
meilleur. Certes ! au meilleur d'entre eux
!…
On peut aussi remarquer
- pour terminer - que, finalement, à
part le fameux cas de Commode
qui nous occupe, le "principe adoptif"
qui distingue cette dynastie ne fut
vraiment usité qu'une seule fois, quand
le vieux Nerva
adopta le général espagnol Trajan.
Ensuite, les modalités d'application
de ce principe furent plus contestables…
En effet, on doute fort que ledit Trajan adopta
jamais Hadrien,
sinon post mortem, après un
bidouillage de l'impératrice Plotine
qui avait un faible pour Hadrien. Et cet Hadrien,
lui, s'il adopta bien - en dernier recours -
Antonin,
c'était après lui avoir imposé
un règlement de succession qui lui interdisait,
à lui, de choisir librement pour héritier
le meilleur des meilleurs. Quoi qu'il
pensât de ce choix, et même si un
autre candidat à l'Empire s'avérait
entre-temps meilleur que celui désigné
par le vieil Hadrien, il devait adopter Marc
Aurèle et Lucius
Verus, qui lui succéderaient. Autrement
dit, Hadrien considérait son fils
Antonin comme un empereur de transition, un
bouche-trou.
Après toutes ces libertés prises
avec le principe d'élection à
l'Empire, c'est donc sans doute sans trop d'état
d'âme que Marc Aurèle décida
de désigner son fils Commode
comme successeur. Outre le fait que - ainsi
que vous le faites fort justement remarquer
- cette désignation coupait les ales
aux prétentions de certains militaires
ambitieux (l'élévation de Commode
au rang de César coïncide
d'ailleurs - année 175 - avec l'usurpation
d'Avidius
Cassius), l'empereur-philosophe ne voyait
aucun avantage à élever à
la pourpre quelque vague cousin, inconnu du
peuple, plutôt que son propre fils, ce
prince déjà populaire. |
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