|
Octobre 2006 (page 3/3)
Sommaire du mois d'Octobre : Clic
!
|
|
| |
| 22 Octobre 2006 |
| Bidzina
a écrit : |
| |
| Constantin
a-t-il été considéré comme
un adepte du christianisme avant l'année 312
? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| En réalité,
je ne sais pas - et je crois que personne ne le sait
vraiment - quand Constantin
devint réellement chrétien, à
quelle époque de sa vie il se convertit sincèrement,
dans son cœur, in petto, à la
religion chrétienne.
Jetez un coup d'œil
sur ce que je vous écrivais déjà
en août
2003 (Dieu comme le temps passe !) : Les
historiens de confession chrétienne ont
tendance à montrer un Constantin très
tôt rallié à la cause chrétienne,
certainement dès la bataille du Pont-Milvius
(312), voire auparavant, sous la pieuse influence
de sa sainte mère Hélène.
Les autres historiens, eux, retardent la date
de ce ralliement : après la victoire
définitive sur Licinius,
après l'assassinat de son épouse
Fausta et de son fils Crispus,
voire à l'extrême fin de sa vie,
sur son lit de mort, lorsqu'il reçut
enfin le baptême…
Je pense quant à moi que Constantin
resta longtemps - au moins jusqu'en 312 - un
fervent adepte de la religion solaire, fort
répandue au sein des armées et
très en faveur auprès de ses compatriotes,
les soldats illyriens. D'ailleurs, un panégyriste
païen n'éprouva nul besoin de s'autocensurer
pour relater cette anecdote que Constantin avait
probablement lui-même propagée
: dans un temple en Gaule, deux ans avant la
bataille du Pont-Milvius, il aurait bénéficié
d'une apparition du dieu Apollon, qui lui aurait
garanti la victoire sur ses adversaires. "Car
tu as vu, je crois, ô Constantin, tu as
vu ton dieu Apollon, accompagné de la
Victoire, t'offrir des couronnes de laurier
dont chacune t'apporte le présage de
trente années… Et que dis-je :
le crois ? Tu as vu le dieu, et tu t'es reconnu
sous les traits de celui à qui les chants
divins des poètes ont prédit qu'il
était destiné à l'empire
du monde entier." (Cité in
Lucien JERPHAGNON, Les Divins Césars,
Éditions Tallandier).
Mais, évidemment, cette fidélité
proclamée de Constantin aux cultes traditionnels
n'empêcha probablement pas les Chrétiens
de pressentir, même bien avant 312, que
ce jeune César pourrait bien
être leur sauveur. Même s'il ne
pourrait peut-être pas encore faire triompher
définitivement la Croix, du moins rendrait-il
leur religion licite ! Son père, Constance
Chlore, n'avait-il pas appliqué les
édits de persécution
de Dioclétien avec une extrême
indolence, voire avec une répugnance
certaine ? De plus, sa mère Hélène
passait (?) pour être très favorable
au christianisme… Peut-être Constantin
fut-il donc très tôt perçu
comme l'espoir du parti chrétien. Mais
le jeune Constantin, lui, tout béjaune
qu'il fut encore, se garda bien d'en faire trop,
de manifester avec trop de clarté ses
sympathies pour l'un ou l'autre camp. Sa situation
était encore par trop précaire
pour s'aliéner soit les tenants des cultes
traditionnels, largement majoritaires en Occident,
soit les adeptes du Christ, qui formaient en
Orient une minorité très agissante,
bien structurée et extrêmement
déterminée. |
 |
Il est donc probable qu'avant 312 (et probablement
encore longtemps après), les païens considéraient
Constantin comme l'un des leurs, tandis que les chrétiens,
eux, le voyaient comme un sympathisant de leur cause.
|
| |
| |
|
|
|
|
| |
| 24 Octobre 2006 |
| Caroline
a écrit : |
| |
En
quoi les archives familiales des Romains risquaient-elles
de manquer d’objectivité ?
Quels dangers menaçaient les archives
officielles de Rome ?
Qu’est-ce qui explique la naissance de l’histoire
sous sa forme littéraire ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Me trompé-je,
ou votre message ne reproduit-il pas des questions
que quelqu'un (un de vos profs ?) vous a posées
?
Rien de damnable en cela, bien sûr… Mais
le problème, c'est que je ne sais rien du contexte
dans lequel ces interrogations sont proposées
à votre sagacité, et par conséquent,
j'ai peur que mes réponses soient totalement
"à côté de la plaque".
De surcroît, les problèmes posés
par le stockage et la conservation des archives à
Rome n'ont guère de rapport avec les préoccupations
de ce site Web…
Cela précisé, ce serait, à mon
avis, commettre un anachronisme que de croire que
les Romains (ou tous les autres peuples antiques)
n'écrivirent leur histoire que pour pallier
l'éventuelle disparition d'archives familiales
ou officielles. Lesquelles étaient fort menacées,
de fait, par les incendies (très fréquentes
à Rome) ainsi que par les rongeurs (les chats
n'étaient pas encore très répandus
en Occident à cette époque). Ce très
moderne "souci de préservation de la mémoire
collective" n'entrait probablement pas au premier
rang des préoccupations des historiens latins,
tels Tite-Live, Salluste, Suétone, Tacite,
etc… Eux, ce qui les intéressait surtout,
c'était de donner un sens moral ou civique
à l'histoire de leur patrie. Tite-Live,
par exemple, n'exalta les mœurs austères
des premiers Romains que pour flétrir la décadence
de ses contemporains et louer le "retour à
l'ordre moral antique" initié
par Auguste. Suétone
et Tacite,
de leur côté, noircirent à l'envi
la mémoire des douze premiers empereurs romains
afin de démontrer à quel point la vie
était douce, libre et facile, sous les bons
souverains libéraux de la dynastie impériale
des Antonins. (À ce sujet, voyez : Clic
! et Clic
!)
C'est dire que l'objectivité n'était
pas la première qualité de ces historiens…
et ce n'était d'ailleurs pas leur premier souci.
Voilà. Je suis bien conscient de n'avoir pas
répondu précisément à
vos questions. Toutefois, j'ose espérer que
mes modestes réflexions seront de nature à
nourrir les vôtres.
Désolé de ne pouvoir mieux vous renseigner.
|
| |
| |
|
|
|
|
| |
| 27 Octobre 2006 |
| Luc
a écrit : |
| |
J'aimerais
constituer une petite vidéothèque (surtout
pour mes enfants) sur la Rome antique et ayant lu votre
critique sur le film Gladiator, je me suis
dit que vous auriez certainement l'amabilité
de nous indiquer les films sur cette époque qui
représente un must pour tous les amateurs de
cette période historique. Quels seraient
donc pour vous disons les dix films qui se rapprochent
le plus de la véracité historique et qui
devraient se retrouver dans nos étagères.
Merci beaucoup. |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Ce n'est hélas
qu'incidemment, parce que cet excellent film m'avait
plu, que j'ai évoqué - d'ailleurs très
succinctement - dans mes pages Web le Gladiator
de Ridley Scott. Pour le reste, n'étant guère
cinéphile, ni - et encore moins, cinéphage
- je serais sans doute incapable de vous citer une
dizaine de films basés sur l'histoire de la
Rome antique, et si c'était le cas, cette courte
liste serait davantage exhaustive que qualitative
!…
Mieux vaut s'adresser à un expert. Je m'empresse
donc de transmettre votre mail à Michel Eloy,
le responsable du site ami Péplum
- Images de l'Antiquité et aussi LE spécialiste
belge du péplum. |
| |
|
RÉPONSE
DE MICHEL
ELOY
(Site PEPLVM
- IMAGES DE L'ANTIQUITÉ) |
| |
| Question
pertinente que la vôtre. Pertinente
et embêtante, d'abord parce que
je ne raffole pas de ce genre de classification;
ensuite parce que j'ai un faible pour
Cinecittà, mais qu'à
la hauteur où vous placez la barre,
je ne vais pouvoir citer que des productions
hollywoodiennes (que j'apprécie
aussi, moi le fan de Charlton Heston [le
tonton flingueur] et de John Wayne [y
a pas que les péplums, dans la
vie !]). Mais bon, malgré ma prédilection
pour le cinéma italien et sa manière
mythologique d'envisager l'Antiquité
(qu'il s'agisse de mythologie grecque
ou d'histoire romaine), je vais devoir
me tourner vers le cinéma-qui-avait-les-moyens
Ensuite,
s'agissant de la DVDthèque de vos
chères petites blondes, il me faut
parler de films disponibles sur le marché
Soit, dans le
désordre et outre le méga-entertainement
GLADIATOR, merveilleuse mise en image
de la toile de Gérôme, Pollice
Verso :
- LA
CHUTE DE L'EMPIRE ROMAIN (Anthony
Mann, 1964), surtout à cause
de la superbe reconstitution du Forum
romain d'après la maquette d'Italo
Gismondi (Musée de la civilisation
romaine, Rome), mais c'est la Rome du
IVe s. réinjectée dans
celle du IIe.;
-
BEN HUR
(William Wyler, 1959), superbes bataille
navale et course de chars. Bon, la bataille
navale : les Romains n'avaient pas de
galériens-esclaves; et ils abattaient
mâts et voiles au moment du combat.
La course de chars : superbe ! Filmée
quasiment en temps réel : mais
le "char grec", avec ses lames
acérées, c'est de la foutaise.
Et par ailleurs, les chevaux n'étaient
pas attelés de la même
manière dans l'Antiquité.
Attelage antique : avec un joug et des
colliers. Attelage moderne (comme dans
le film) : palonnier, traits, et licou.
Quant à l'aspect religieux, c'est
selon votre conscience;
- CLEOPATRE
(Joseph Mankiewicz, 1962), pas trop
mal. Mais la bataille navale, impressionnante,
n'est pas fiable (les navires géants
hellénistiques" : bof, rien
que la suggestion). Les enjeux politiques
sont gommés; subsiste seulement
une histoire d'amours princières
ou serait-ce seulement celle de méga-stars
?
-
SPARTACUS
(Stanley Kubrick, 1960), du marxisme
baba-cool. En 71 av. n.E., les gladiateurs
n'étaient sans doute pas encore
tous des professionnels, mais des prisonniers
de guerre. Mais je déplore le
fait que, hors Crassus (pointure majeure)
et César (dont le rôle
lors de ces événements
est inconnu - on sait seulement qu'il
était alors tribun militaire)
et, bien sûr, Glabrius, aucun
des protagonistes politiques romains
connus n'est mis en scène; c'est
une sorte d'uchronie, quelque part;
- MASADA
(Boris Sagal, 1981 - TV). Superbe péplum
poliorcétique. Irréprochable
! Bien sûr, l'épisode tient
en deux pages chez Flavius Josèphe,
ce qui laisse beaucoup de latitude
L'ennui, c'est qu'il vous faudra attendre
une prochaine réédition
à la TV, car il n'y a pas de
DVD;
- FELLINI SATYRICON
(F. Fellini, 1968). Cet anti-péplum
est tellement cohérent qu'il
passe pour un vrai. Intéressante
relecture du roman de Pétrone;
-
CALIGULA (B. Guccione & T. Brass,
1981). Historiquement nul, mais superbe
adaptation des délires de cette
vielle concierge de Suétone
(Vie des Douze César) par
un pornocrate bien connu (Penthouse)
! Pour vos enfants, quand ils seront
grand, bien sûr !;
-
ROME
(HBO, 2005 TV). Génial. Quelques
libertés avec l'histoire, car
un scénario exige une restructuration.
Mais un incroyable respect des mentalités
et des realia; existe en DVD;
à ne louper sous aucun prétexte
!
- LE
DERNIER JOUR DE POMPEI (BBC, docu-fiction).
S'impose, puisque c'est l'aspect documentaire
historique qui vous branche. De ce point
de vue : impeccable. Existe en DVD FR5.
Ils existent tous
en DVD, sauf MASADA.
Bon, restons-en là : il y a des
dizaines de péplums romains passionnants,
mais qui ne sont probablement pas de grands
films. Parcourez mon
site notamment, à gauche sur
ma page
d'accueil, les différents dossiers
DVD (en particulier Fabbri).
|
|
|
| |
| |
|
|
|
|
| |
| 29 Octobre 2006 |
| Gricca
a écrit : |
| |
Les
richissimes frères Domitius, ancêtres
de Marc Aurèle,
et leurs briqueteries
Curvius Lucanus et Curvius
Tullus étaient deux frères, fils dun
certain Sextus Curvius Tullus. A la mort de leur père,
ils furent adoptés par celui qui lavait
ruiné, le richissime consulaire (consul
en 39) Cnaeus Domitius Afer, célèbre
orateur et avocat nîmois qui débuta sa
carrière sous Tibère
(14-37) et était encore très
influent sous Néron
(54-68), doù la prise du nom de
Cn. Domitius. Les deux frères, qui héritèrent,
en 59, de la fortune de leur père adoptif,
mort au cours dun repas où il avait trop
mangé, acquirent le rang de sénateur
pendant la censure de Vespasien
et Titus en
73/4. Ils furent patrons de la cité de Fulginia
(Foligno en Ombrie) où lordre
des décurions fit ériger une inscription
en leur honneur donnant leurs carrières. Celles-ci
furent quasiment parallèles, elle aboutit au
proconsulat dAfrique pour Lucanus vers 84-85,
suivi par celui de son frère Tullus vers 85-86,
Lucanus restant le légat de son frère.
[La traduction en anglais
des deux inscriptions de Fulginia (CIL 11.5211
sur Tullus et CIL 11.5210 sur Lucanus) se trouve
sur le site : www.personal.kent.edu/~bkharvey]
Lucanus épousa la fille
dun consulaire italien (consul en 55)
Titus Curtilius Mancia, qui lui donna une fille Domitia
Lucilla (maior). Le très riche Curtilius
Mancia institua sa petite-fille comme héritière,
mais comme il détestait son gendre, il mit
comme condition que celui-ci renonce à ses
droits sur sa fille. Lucanus se plia à cette
volonté, cependant son frère Tullus
adopta sa nièce et comme leur grande fortune
était gérée en indivision, le
testament se trouvait éludé. Domitia
Lucilla, après un premier mariage, se remaria
avec Publius Calvisius Tullus Ruso, consul en 109,
dont elle eut vers 100 une fille Domitia Lucilla (minor)
qui, de son mariage avec Marcus Annius Verus, fut
la mère de Marc
Aurèle. Lucanus mourut vers 93/94, laissant
sa part dhéritage à son frère
Tullus, qui fut consul suffect II en 98 et mourut
à la fin 108 ou début 109. Il laissa
comme héritière Domitia Lucilla (maior),
à la fois sa nièce et fille adoptive,
tout en faisant des legs multiples et considérables
à ses petits-enfants et même son arrière
petite-fille. Sa veuve reçut de charmantes
villas et une grosse fortune, dautres personnes
proches furent aussi couchées sur le testament.
Comme le dit Pline, (epistula VIII 18), la
destinée semblait avoir donné à
ces deux frères le don de senrichir et
il nous brosse un portrait de Domitius Tullus et de
sa richesse assez piquant : «
perclus
et paralytique, ce nest que du regard quil
parcourait ses richesses et, même sur son lit,
il ne pouvait remuer le moins du monde sans laide
de quelquun ; bien plus et cela est pénible
et humiliant à dire ! il devait même
se faire brosser les dents. Ainsi avait-il coutume
de répéter lui-même quil
en était tombé au point de devoir chaque
jour lécher les doigts de son esclave !. Et
pourtant il vivait, il voulait vivre, soutenu par
sa femme, dont le mariage avait pourtant paru une
faute et dont le dévouement et la constance
lui avaient valu tous les éloges
. Si
grande était sa fortune quil ornait de
vastes jardins, dès quil les avait acquis,
dun grand nombre de statues antiques, tant il
tenait de trésors en réserve
» [Extraits tirés de Pline Jeune Correspondance
- bibliothèque 10/18 - traduction du latin
et introduction par Yves Hucher].
[La lettre de Pline à
Rufinus se trouve en anglais sur le site : www.bartleby.coml,
et en français sur neptune.fltr.ucl.ac.be]
Cette lettre de Pline le Jeune
sur le testament de Domitius Tullus (epistula VIII
18) a été confrontée avec
le testament dun Dasumius gravé en 108
sur le marbre dun monument funéraire
de la via Appia, pour tenter de démêler
les liens familiaux un peu confus à cause des
adoptions, remariages et identités des personnages.
LHistoire Auguste donne comme mère
dHadrien,
Domitia Paulina, et fait du père, Aelius Hadrianus
Afer, le cousin germain (par les femmes ?)
de Trajan
(la mère dAfer devait être une
Ulpia ?). Avec toutes ces données, on a
tenté de reconstituer les généalogies,
mais lattribution du testament de Dasumius nest
pas assurée. Faut-il, comme beaucoup le pensent,
y voir notre Domitius Tullus ? ou un L. Dasumius Hadrianus,
sénateur originaire de Bétique, consul
suffect en 93 et proconsul dAsie en 106-107
? Domitia Lucilla (maior) est-elle identique
à Domitia Paulina, la mère dHadrien
? Qui est Dasumia Polla ?, la mère des frères
Domitii ou la femme de Domitius Tullus ?
[Sur ces problèmes,
je préfère renvoyer aux pages 72 à
74 du site (en français) users.ox.ac.uk/~prosop]
La richesse des frères
Domitii était en grande partie le fruit dhéritages
quils gérèrent en commun. Outre
leurs nombreux biens fonciers et uvres dart,
les deux frères sétaient retrouvés
propriétaires dune importante figline
(= briqueterie, tuilerie ; ainsi le quartier
des potiers à Rome sur lOppius était
dit « in figlinis ») qui fournissait
les matériaux pour toutes les exigences de
construction. Or, lon sait que le Panthéon,
le Colisée, le marché de Trajan, le
mausolée dHadrien, les thermes de Caracalla
et ceux de Dioclétien, et dautres importants
monuments connus de la Rome antique, ont été
érigés avec des briques, le matériel
de base de la construction romaine. Cest dans
la maçonnerie, et en général
dans lindustrie du bâtiment, que les Romains
ont manifesté dune exceptionnelle maîtrise;
alors quailleurs, ils nont guère
fait preuve dun génie inventif dans les
procédés techniques, peut être
à cause de labondance de la main duvre
servile. Selon la loi latine, les propriétaires
de figlines devaient estampiller leurs produits dans
le but de pouvoir être appelés à
répondre de leur qualité. Cest
grâce à ces timbres (sur la fonction
desquels on continue cependant à sinterroger)
que lon a pu identifier l'entreprise leader
du marché, celle des frères Domitii.
Tuileries, briqueteries ne
pouvaient sinstaller quà proximité
des gisements de bonne argile à briques. Cest
pourquoi la demande énorme de briques qui suivit
lincendie de Rome de 64 permit à la «
Maison Domitius » dorganiser sa fabrication
à grande échelle. Sur le Palatin le
seul élément concernant la date de réalisation
des aménagements de la domus julio-claudienne
nous est fourni par le timbre d'une brique employée
dans la maçonnerie des niches retrouvées
sur les restes de la piscine et appartenant sans doute
à la décoration de la vasque (fouilles
de la Vigna Barberini qui occupe l'angle nord-est
du mont Palatin). Il s'agit d'une production des
figlinae de C. Domitius Afer Nemausensis (de
Nîmes), dont l'activité est datée
entre les années 37/41 et 59.
Cest aussi grâce à une inscription
latine mentionnant un « Iter privatum quorum
Domitiorum » (cest-à-dire
la voie privée des deux Domitii) que lon
a pu retrouver à Mugnano, un hameau de Bomarzo
(province de Viterbe) à environ 80 km
au nord de Rome, lofficine avec deux fours des
frères Domitii, dirigée à lépoque
par lofficinator Titus Greius Ianuarius.
Elle produisait les briques, briquettes, tuiles et
même les grandes jarres en terre cuite pour
vin et huile dolive, appelées dolia.
Des dolia avec la marque des Domitii ont été
retrouvés dans tout lempire, mais particulièrement
en France, en Espagne et en Afrique du Nord. Lemplacement
proche du Tibre facilitait le transport des produits
; pour cela on utilisait des sortes de radeaux de
bois sur lesquels étaient disposées
les matériaux bien arrimées. Puis le
courant du Tibre, qui passe près de Mugnano,
faisait le reste, permettant à la cargaison
datteindre Rome où les entrepreneurs
(redemptor) la prenaient en charge pour les
chantiers en ville, Rome étant toujours en
travaux. Une autre partie de la cargaison pouvait
atteindre le port dOstie, permettant lexportation
dans toute la Méditerranée et alentours,
des produits qui ont été trouvés
jusquen Perse et en Inde.
La position officielle des
frères Domitii, en contact avec la cour impériale,
leur assurait un marché et spécialement
les constructions publiques de lEtat. Leurs
briques ont été utilisées par
exemple pour le Colisée, pour le Panthéon
et pour le Marché de Trajan et vu les résultats
on ne peut douter de leur qualité. Lactivité
fut très florissante et devait durer du Ier
au Ve siècle ap.J.-C. Lentreprise passa
de Domitius Tullus à sa fille adoptive et nièce
Domitia Lucilla (maior) [en juin 109 au
plus tard des briques portent désormais le
nom de Domitia Lucilla], puis de celle-ci à
sa fille Domitia Lucilla (minor), la mère
du futur empereur Marc
Aurèle (161-180) qui, par la suite, hérita
de lactivité familiale en 164. Après
Caracalla
(211-217) lestampillage disparaît
jusquà Dioclétien
(284-305) pour revenir en usage jusquau
Ve siècle.
Cette industrie perçue comme une activité
agricole pouvait être investie par les sénateurs.
On connaît un consulaire Q. Asinius Marcellus
propriétaire de figlinae desservant
en briques le marché de Rome et dOstie
entre 123-141 ; Asinia Quadratilla, très probablement
sa fille, hérita de cette activité industrielle
de 141 à 150 avec le même officinator,
C. Nunnidius Fortunatus, enterré à Portus
(Ostie). On connaît un concurrent des
Domitii, en la personne de M. Rutilius Lupus, un chevalier
de Bénévent nommé préfet
de lannone en 107, préfet dEgypte
entre 113/4-117, très riche propriétaire
de fabriques de briques qui maintint très longtemps
une position dominante sur le marché public
entre 107-125, avec le Panthéon, les thermes,
marché et bibliothèque de Trajan, la
villa dHadrien, et à Ostie avec le portus,
les horrea et le capitolium. Cette industrie de briques
était à lépoque très
florissante et rentable. Le très riche préfet
du prétoire de Septime
Sévère, Plautien, possédait
aussi des figlines qui seront confisquées,
après son assassinat en 205, par lempereur.
[Les frères Domitius
sont mentionnés sur le site perso.orange.fr/textes.histoire,
en particulier au Chapitre IV "Rome sous Domitien"
- 1ère partie et à l'Appendice II
"Provinces sénatoriales consulaires
Afrique"
Plus généralement,
sur la richesse des aristocraties de Bétique
et de Tarraconaise (50 av. J.-C. — fin du
IIe siècle ap. J.-C .), voir lessai
de synthèse (en français) : www.ucm.es/BUCM]
GRICCA |
| |
| |
|
|
|
|
| |
| 31 Octobre 2006 |
| Jacques
Malafosse a écrit : |
| |
Je
vous invite à zieuter notre site : http://www.lacuisineantique.com
… pas tout à fait abouti et qui ne donne
qu'une petite idée de la qualité de
nos "gourmandises".
Des remarques ? Des critiques
?
On est preneurs !
|
|
|
|
|
|
|
|
|
| |
| 31 Octobre 2006 |
| "djhaidgh"
a écrit : |
| |
Je
me présente : je gère un site de philosophie
(http://philo-analysis.com)
et je recherche en ce moment toute sorte de condamnation
contre la philosophie en général et
les philosophes en particulier. Vous pouvez
consulter ma page si vous désirez mieux saisir
de quoi il retourne.
Mais au fil de mes lectures
je suis tombé sur des textes mentionnant des
condamnations mais qu'il me paraît difficile
de dater… Je voulais me servir des
fastes consulaires mais soit les noms sont trop courants,
soit je ne les retrouve pas ensembles (puisqu'ils
sont toujours en binômes)
Voici d'abord les deux
textes :
Athénée de
Naucratis, Les Deipnosophistes, XII-68
:
« Les Romains, qui, comme on le sait,
sont les plus vertueux des hommes, ont eu raison
d'expulser, sous le consulat de Lucius Postumius,
les épicuriens Alcaios et Philiscos, pour
avoir propagé la débauche dans la
ville. »
Aulu-Gelle, Nuits Attiques,
XV-11 :
« Texte d'un sénatus-consulte qui
chassait les philosophes de Rome. Autre texte d'un
édit des censeurs contre les écoles
de rhétorique qui commençaient à
s'établir à Rome.
Sous le consulat de C. Fannius Strabon et de M.
Valérius Messala , un sénatus-consulte
fut porté contre les philosophes et les rhéteurs
: "M. Pomponius, préteur, a consulté
le sénat au sujet des philosophes et des
rhéteurs dont il a été parlé
dans la ville ; les sénateurs ont décidé
que M. Pomponius, préteur, veillerait et
aviserait comme bon lui semblerait, dans l'intérêt
de la république et sous sa responsabilité,
à ce qu'il n'y en eût plus dans Rome."
Quelques années après ce sénatus-consulte,
Domitius Enobarbus et L. Licinius Crassus , censeurs,
portèrent contre les rhéteurs latins
l'édit suivant : "Il nous a été
rapporté qu'il y a des hommes qui ont établi
un nouveau genre d'enseignement ; que la jeunesse
fréquente leur école; qu'ils prennent
le nom de rhéteurs latins ; que les jeunes
gens vont passer chez eux la journée entière
dans l'oisiveté. Nos ancêtres ont déterminé
ce que leurs enfants apprendraient, et les écoles
qu'ils fréquenteraient. Ces innovations,
contraires aux usages et aux moeurs des ancêtres,
ne nous plaisent pas et ne nous paraissent pas bonnes.
En conséquence, et pour ceux qui tiennent
ces écoles et pour ceux qui ont coutume d'y
aller, nous avons cru devoir faire connaître
notre sentiment : cela ne nous plaît pas."
Ce ne fut pas seulement dans ces temps, dont
l'extrême rudesse n'avait pas encore été
polie par les arts de la Grèce, que les philosophes
furent chassés de Rome : sous l'empereur
Domitien, ils furent encore bannis par un sénatus-consulte
; Rome et l'Italie leur furent interdites. À
cette époque, le philosophe Épictète,
atteint par le sénatus-consulte, se retira
de Rome à Nicopolis. »
Voilà ; pour le premier
texte d'Athénée de Naucratis, je ne
trouve pas moins de 10 L. Postumius, entre 394 et
154 avant J.-C.
Pour la première date d'Aulu-Gelle, il me semble
qu'elle correspond à -161, donc à la
Lex Fannia : faut-il les confondre ?
Pour la seconde date d'Aulu-Gelle, par contre, je
ne trouve qu'un seul L.Licinius Crassus mais il est
présenté avec Quintus Mucius Scaevola
? et non pas Enobarbus ?
Se baser sur la liste des fastes consulaires est-il
possible pour dater ces lois ? Comment éclaircir
tout ça ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Pour être franc,
je ne sais pas jusqu'à quel point on peut se
fier aux fastes consulaires pour la datation
d'événements qui se seraient déroulés
dans les premiers temps de Rome. Mais, en ce qui concerne
les périodes postérieures, et en particulier
les siècles qui vous intéressent (IIe
et Ier avant notre ère), je pense que ces listes
sont assez fiables. À cette époque Rome
n'était plus la bourgade rustique et inculte
tant regrettée par le vieux Caton et ses épigones
réactionnaires. "Verba volant, scripta
manent" : la culture orale des tribus paysannes
du Latium avait fait son temps ! Les Romains, en passe
de devenir les maîtres du monde connu, avaient
désormais compris l'absolue nécessité,
pour un État digne de ce nom, d'archives bien
tenues et d'une chronologie fiable.
Pour en venir plus précisément au problème
qui vous préoccupe, comme je suis assez peu
à l'aise dans l'époque républicaine
(mon site est surtout consacré à l'histoire
de la Rome impériale), je préfère
vous répondre en m'appuyant sur un texte de
l'éminent et excellent historien Lucien JERPHAGNON
(lequel est, par ailleurs, philosophe lui aussi) :
“…
la philosophia. Disons-le en grec,
car il s'agit bien, pour reprendre l'expression
de Cicéron, d'une « culture d'importation
». Elle nourrira toujours, d'un bout à
l'autre de l'Histoire, les appréhensions
du milieu traditionaliste, « vieux-Romain
», peu enclin aux discussions oiseuses,
aux cheveux coupés en quatre. Un peu,
c'est bien, disait Ennius en substance, mais
trop c'est trop. Pourtant, les esprits s'ouvrent
déjà à cette forme supérieure
de réflexion qui permet de voir plus
loin que le bout de sa lance. L'Italie du Sud
héberge depuis bel âge les conventicules
pythagoriciens qui s'y sont établis depuis
le VIe siècle. Leurs révélations
sur l'âme et sa vie par-delà ont
pu séduire l'aristocratie romaine ; elle
leur apportait un supplément d'âme
: on redoute moins la mort quand on sait qu'on
se réincarnera et que l'aventure reprendra
comme si de rien n'était.
Pourtant, le Sénat veillait : en
186, on détruisit soigneusement les livres
des pythagoriciens, coupables sans doute d'introduire
des innovations culturelles et cultuelles dangereuses
pour la pureté du vrai Romain. Les épicuriens
avaient de même essaimé en Italie,
où ils constituaient des communautés
d'amis, liés par le culte du maître
inoubliable qui les avait délivrés
de tant de soucis. Ils avaient dû monter
jusqu'à Rome et y faire des adeptes jusque
dans la bonne société, ce qui
ne les empêcha nullement d'en être
expulsés en 173 [consulat
de L. Postumius et de A. Albinus],
mesure renouvelée par un sénatus-consulte
de 161 [consulat de M.
Valerius et de M. Messala].
Ce que nous en avons dit permet déjà
de comprendre que cet hédonisme passif,
pour austère qu'il soit en fait, cet
abstentionnisme politique surtout ne pouvaient
s'attendre à être vus d'un bon
œil. À Rome, l'épicurien
sera toujours considéré comme
une sorte d'enfant perdu de la philosophie,
même et surtout s'il garde un certain
pouvoir de séduction."
(Lucien JERPHAGNON, Histoire de la Rome
antique, Éditions Tallandier, 2002) |
 |
L'expulsion des épicuriens fut donc promulguée
en 173 et renouvelée en 161 av. J.-C. |
| |
| |
|
|
|
 |
|