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Sommaire Octobre 2006 :
- 2 Octobre :
- Les Romains de Max GALLO : une approche
peut-être trop apologétique ? : Clic
!
- 2 Octobre :
- La chute de l'Empire romain : la faute aux Vandales
? : Clic !
- 6 Octobre :
- Un Jésus en patchwork ou un Jésus
soldé (deux ou trois pour le prix d'un) ? : Clic
!
- 13 Octobre :
- Sélim se pose de tarabustantes questions sur
les conditions de vie des derniers Romains… :
Clic !
- Les Sénateurs revêtissaient-ils toujours
la toge ? : Clic !
- Des légions pour résoudre le chômage
endémique ? : Clic
!
- Pourquoi les Romains du Ve siècle sont-ils
tombés si bas ? : Clic
!
- 13 Octobre :
- Dans quelle ville espagnole Théodose est-il
né ? : Clic !
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| 2e
PAGE |
- 14 Octobre :
- Des esclaves grecs à l'époque de Jules
César, est-ce possible ? : Clic
!
- 15 Octobre :
- Menenius Agrippa, l'homme du célèbre
apologue… : Clic
!
- 15 Octobre :
- GRICCA : Qu'est-ce que le passage de Commode ? : Clic
!
- GRICCA : Quelques livres récents sur l'Empire
romain : Clic
!
- 16 Octobre :
- 17 Octobre :
- Une grave erreur de casting dans un très
célèbre péplum : Clic
!
- 17 Octobre :
- Galère s'en va-t-en guerre… Oui,
mais quand précisément ? : Clic
!
- 18 Octobre :
- L'épopée d'Aetius, de Gilbert
SINCYR : Clic
!
- Un livre sur Julien, et un roman sur Boèce
: Clic
!
- 19 Octobre :
- Des comptes-rendus de l'inauguration du Colisée
? : Clic
!
- 19 Octobre :
- Un descendant d'un des assassins de Jules parmi nous
? : Clic
!
- 20 Octobre :
- Lucius Volusius Mæcianus, prof de Marc Aurèle
: Clic
!
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| 3e
PAGE |
- 22 Octobre :
- La date de la crise de foi de Constantin… :
Clic
!
- 24 Octobre :
- Conservation des archives : pas d'UNICEF à
Rome !… : Clic
!
- 27 Octobre :
- Les 10 plus beaux films sur Rome… : Clic
!
- 29 Octobre :
- GRICCA : Les richissimes frères Domitius, ancêtres
de Marc Aurèle : Clic
!
- 31 Octobre :
- 31 Octobre :
- Vade retro philosophos ! Quand le Sénat
expulsa-t-il les philosophes ? : Clic
!
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"EMPEREURS ROMAINS"
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| 2 Octobre 2006 |
| Jean-Philippe
a écrit : |
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(…) Je voulais savoir si vous aviez lu
la saga des Romains de Max Gallo.
Selon les résumés que j'ai pu en lire,
il s'appuie uniquement, semble-t-il, sur les points
de vue de Suétone et Tacite sans aucune
critique sur une quelconque altération par
les copistes chrétiens des siècles suivants…
Je lisais, sur le site de
la FNAC concernant le livre sur Néron :
"Le règne de celui que les chrétiens
appelaient l’Antéchrist y apparaît
dans les lueurs de l’incendie de Rome et les
corps des chrétiens qui servent à éclairer
la fête impériale."
En une phrase, Néron est accusé d'avoir
mis le feu à Rome et d'avoir persécuté
des chrétiens sans aucune raison si ce n'est
une cruauté hors-norme.
Disons que ces résumés
ne m'ont pas du tout donne envie de lire ces livres,
malgré ma passion pour cette période.
Je serais très intéressé
de connaître votre avis. |
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| RÉPONSE
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Moi non plus, je
ne peux pas vous dire grand-chose des
livres de Max GALLO sur les Romains
puisque je n'en ai lu qu'un seul, celui consacré
à Jules César… qui ne m'a
d'ailleurs pas laissé une impression
impérissable !
Bien sûr, ce serait du dernier ridicule
que moi, modeste écrivaillon d'internet,
me permette de critiquer un grand auteur comme
Max Gallo. J'ai cependant trouvé cette
"biographie" de Jules à la
fois assez légère et fort dénigrante.
En effet, faire des ragots calomnieux voulant
que César
fût "le mari de toutes les femmes
et l'épouse de tous les hommes"
la cause première de la réussite
sociale et politique du divin Jules
ainsi que son principal ressort psychologique
me paraît assez superficiel, voire spécieux
!
Il me semble aussi avoir entendu dire que Max
Gallo s'était converti (ou était
revenu ?) au christianisme. Il ne faut donc
pas s'étonner que sa saga des
Romains ne soit en fait qu'une apologie des
premiers chrétiens, une sorte de resucée
du Génie du Christianisme ou
des Martyrs. Dans cette optique, le
retour de la légende du Néron
noir, monstrueux incendiaire de Rome, n'aurait
pas de quoi surprendre, même si elle n'est
plus défendue aujourd'hui par beaucoup
d'historiens sérieux.
Du reste, les divers titres de la saga
romaine de Max Gallon montrent bien le parti
pris de l'auteur, qui semble moins s'intéresser
aux empereurs qu'aux souffrances (présumées)
de leurs sujets monothéistes.
Nous avons donc :
- Néron, le règne de l'Antéchrist
(ben voyons !)
- Titus ou le martyre des Juifs (où
le susnommé empereur Titus,
dit "les délices du genre
humain", est sans doute accusé
de génocide)
- Marc Aurèle, le martyre chrétien
(où la triste destinée des Martyrs
de Lyon est probablement montée
en épingle pour être assimilée
à une persécution générale…
que l'empereur
philosophe n'ordonna pourtant jamais)
- Constantin le Grand, l'Empire du Christ
(bref, rien que du bonheur après trois
siècles de barbarie !).
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Si vous voulez mon avis, par honnêteté,
Max Gallo aurait dû intituler sa saga "Rome
et la Croix" et non "les Romains"
puisque, apparemment, il n'apprécie guère
ceux-ci, excepté sous leur avatar du Vatican.
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| 2 Octobre 2006 |
| Mohamed
a écrit : |
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| Par
quel royaume l'Empire romain a été détruit
? Est-ce par les Vandales ? |
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| RÉPONSE
: |
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| Vous abordez là
une question qui, depuis plusieurs, siècles,
pose d'énormes problèmes aux historiens
les plus éminents : celle des causes de la
chute de l'Empire romain.
Pourquoi l'Empire romain a-t-il disparu ?
C'est la faute aux barbares, disent certains. D'autres
accusent les chrétiens, la situation économique
ou l'évolution démographique. D'autres
encore mettent en avant les conditions sanitaires,
voire la trop forte concentration de plomb dans l'atmosphère.
Et, enfin, certains pensent que l'Empire romain est
mort de vieillesse, "de mort naturelle",
vu que les civilisations naissent, grandissent et
meurent comme les hommes. (Sur la chute de l'empire
romain, voyez ces anciens courriers, référencés
ici : Clic
!)
Bref, personne ne sait exactement pourquoi l'Empire
romain s'est effondré… On peut supposer
que plusieurs facteurs de déclin s'exercèrent
conjointement et simultanément. Mais il est
aussi fort probable que l'irruption massive de peuples
barbares joua un rôle prépondérant.
"L'empire romain fut pris d'assaut",
comme dit le grand historien Paul Veyne.
Quels étaient ces peuples dit "barbares"
?
Oh, ils étaient nombreux. Citons seulement
les principaux, c'est-à-dire ceux qui fondèrent
des royaumes dans des provinces autrefois romaines
:
- les Francs, qui s'installèrent en Belgique
et dans le Nord de la France
- les Wisigoths, qui fondèrent un royaume
dans le Sud de la France et en Espagne
- les Ostrogoths, qui occupèrent l'Italie
- et les fameux Vandales, que
vous évoquez dans votre mail. Ceux-ci, après
avoir traversé l'Espagne (Andalousie = Vandalousie)
s'installèrent en Afrique du Nord, et choisirent
Carthage (non loin de la ville actuelle de Tunis)
comme capitale de leur royaume. Ces Vandales étaient
chrétiens, mais pas des chrétiens
très catholiques (si j'ose dire) puisqu'ils
professaient - non sans intolérance - l'hérésie
arienne (qui - je simplifie - tendait à faire
de Jésus un homme, et non un Dieu). C'est
pourquoi, en 455, ils n'eurent que peu de scrupules
à mener une expédition navale contre
Rome, qu'ils prirent et pillèrent sauvagement.
Toutefois, à cette époque, la Ville
n'était plus que l'ombre de la grandiose
métropole qu'elle avait été.
Cela faisait belle lurette qu'elle était
déchue de son rang de capitale de l'Empire
(l'empereur résidait à Ravenne). De
surcroît, ce n'était pas la première
fois qu'elle était prise et pillée
par des Barbares.
Cela pour vous dire que cet épisode, finalement
anecdotique, ne suffit donc pas à rendre
les Vandales seuls responsables de la chute de l'Empire
romain.
(Pour des infos détaillées sur les
invasions barbares, voyez le site invasionsbarbares.free.fr). |
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| 6 Octobre 2006 |
| "Neovolt"
a écrit : |
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J'ai
lu avec intérêt la
réponse à J.-P. Landrier, et j'adhère
à cette hypothèse.
Mais n'y a-t-il pas eu plusieurs personnages
réunis ultérieurement dans celui de Jésus
?
Notamment n'y a-t-il pas eu un autre rabbi philosophe
et qui serait celui auquel se réfère l'évangile
selon Thomas, et dont l'enseignement me paraît
presque bouddhiste.
Je vois mal un " chef de bande " entrant dans
Jérusalem à la tête de ses partisans,
être, en même temps un philosophe "gnostique"… |
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| RÉPONSE
: |
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| Certes, certes !…
Mais, à ce qu'il me semble, il serait assez
vain de rechercher une cohérence entre les
différentes représentations de Jésus
que proposent des Évangiles, tant canoniques
qu'apocryphes.
Si l'on extrait de ces textes les passages relatifs
à l'une des personnalités présumée
de Jésus (rabbi dissident, messie d'Israël,
philosophe gnostique, etc), on pourra probablement
arriver à un portrait cohérent. Si,
en revanche, l'on tente une impossible synthèse,
on n'aboutira qu'à une "macédoine
de Jésus", un collage dont chaque détail
serait plausible mais l'ensemble demeurerait abstrait,
incohérent. Par exemple, comment voulez-vous
concilier l'apôtre de la non-violence qui proclame
qu'il faut tendre l'autre joue à un agresseur,
et le guérillero qui ordonne à
ses partisans de se procurer un glaive d'urgence,
par tous les moyens,, même en vendant son manteau
?
Chacune de ces paroles est plausible dans un contexte
particulier, mais elles demeurent inconciliables entre
elles.
La question cruciale est évidemment de déterminer,
parmi les personnalités que les Évangiles
prêtent à Jésus, laquelle est
la vraie. Bref, qui fut le vrai Jésus ? Et
cela, c'est une autre paire de manche !…
L'Évangile selon Thomas, recueil de
paroles attribués à Jésus, compilé
vers le milieu du IIe siècle (et dont le plus
ancien fragment est daté de l'an 200 environ)
n'est que l'une des pièces du puzzle, parmi
bien d'autres parfois notablement plus anciennes…
Et souvent bien plus "fiables" car vierges
de l'influence gnostique. En effet, à force
d'inscrire Jésus dans le grand dessein divin,
dans une cosmologie philosophico-théologique,
ces doctrines ésotériques dites gnostiques
finissaient presque par lui dénier tout caractère
humain.
Du Jésus historique, les Gnostiques s'en fichaient
comme d'une guigne. Seule sa nature divine les intéressait
! Dès lors, leurs (rares) assertions sur la
personnalité de Jésus sont à
prendre avec un fameux grain de sel : elles s'inscrivent
le plus souvent dans une perspective apocalyptique
judéo-chrétienne. |
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| "Néovolt"
réécrit : |
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Merci
de m'avoir répondu, mais me permettez-vous
deux remarques :
- Mon propos sous-entend
qu'il y a eu plusieurs personnages, qui ont été
amalgamés en un seul mythe appelé
Jésus, qui n'est pas un nom propre, mais
un qualificatif
Autrement dit, j'avance l'hypothèse qu'il
y a eu un chef de bande, probablement fils de Judas
de Gamala ou issu de cette lignée (Celui
qui dit : "allez me chercher une épée"),
ET un sage dont on ignore le nom
et qui est l'auteur d'un certain nombre de logia.
Comme vous le savez, certains prétendent
que ce "sage" est Jean Baptiste dont le
tombeau était un lieu de pèlerinage
jusqu'à Julien. Vous savez également
qu'un "petit bout" de cendre reposerait
dans une mosquée de Damas.
- Par ailleurs, il faut peut-être
distinguer la gnose, (phénomène général
et antérieur au christianisme, et qui est
recherche de la Connaissance à titre personnel)
du gnosticisme qui est une construction compliquée
(Les sphères, les archontes, etc…)
datant du II° s.
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| RÉPONSE
: |
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| Merci pour ces précisions
sur la gnose et sur votre opinion concernant le caractère
composite de la personnalité du Jésus
des Évangiles. Il est évidemment possible
qu'on ait prêté à celui-ci des
traits appartenant à d'autres personnages bien
réels, tel un chef messianique du genre de
Judas
de Gamala ou un "prophète" style
Jean
le Baptiste (à ce sujet : Clic
!). Mais les "évangélistes"
ont tout aussi bien pu recourir à des archétypes
de la tradition littéraire judaïque :
le Messie, le roi triomphant qui allait bouter le
Romain hors d'Israël, se devait aussi d'être
un sage, de soulager les misères du peuple
par des miracles bienveillants (et convaincants),
etc…
En réalité, sauf découverte
archéologique sensationnelle qui nous permettrait
de découvrir l'identité de l'un des
"prototypes historiques" de Jésus,
je ne pense pas qu'il sera jamais possible de trancher
en faveur de l'une ou l'autre de ces hypothèses.
Nous ne disposons en effet guère que des textes
néo-testamentaires, et ceux-ci résistent
assez bien à toute tentative de dépersonnalisation
du Jésus - certes composte - qu'ils présentent.
Bref, c'est une chose de dire que, par certains côtés,
Jésus ressemble (par exemple) à un chef
zélote ou à un prophète, mais
c'est une autre paire de manches que de retrouver
l'identité de ces personnages, et de prouver
cette "filiation" par des preuves littéraires,
que celles-ci soient internes ou externes au christianisme.
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| 13 Octobre |
| Sélim
a écrit : |
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Comment
était la vie vers cette fin de l'empire romain
?
À quoi aurait
pu ressembler la dernière assemblée
du Sénat romain selon vous ?
Portaient-ils la toge ou un accoutrement
mi-barbare mi-romain qui leur donnait l'allure d'un
groupe d'armoricain en cours de romanisation ? (RÉPONSE
: Clic !)
Pourriez-vous m'expliquer
aussi comment se fait-il qu'il n'y avait plus
de légions vraiment romaines alors qu'il y
avait tant de chômage parmi la populace de l'Italie
? (RÉPONSE : Clic
!)
Tant de questions qui empêchent
un sommeil paisible… |
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| RÉPONSE
: |
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| J'espère tout
d'abord que vous avez pu retrouver le sommeil pendant
ces deux nuits qui séparent l'envoi de votre
message de cette réponse… Cependant,
j'ai bien peur que ma petite bafouille ne vous apporte
pas tous les apaisements nécessaires pour que
vous sombriez à nouveau benoîtement dans
les bras de Morphée, car je n'ai pas nécessairement
de réponses très précises aux
questions ardues que vous me soumettez.
Comment était la vie à l'époque
de Romulus Augustule ?
Ça dépendait sans doute un
peu pour qui… Comme toujours en période
de crise, ceux qui avaient de l'oseille s'en tiraient
incomparablement mieux que ceux qui n"en avaient
pas, ou peu. Il n'en demeure pas moins que la situation
générale de l'Empire romain - où
de ce qui en restait c'est-à-dire, en gros,
de l'Italie - devait être passablement catastrophique
: invasions continuelles, guerres permanentes, épidémies,
famines et, naturellement, démographie en chute
libre. De surcroît, pour les anciens citoyens
romains, l'arbitraire des chefs barbares était
maintenant la seule source du droit, et leur vie valait
désormais nettement moins que celle du dernier
guerrier germanique. Ils étaient devenus des
citoyens de seconde zone, ce qui ne contribuait pas
à requinquer leur moral, déjà
dans leurs caligae. Il est pourtant probable
que la vie à la campagne devait être
plus aisée qu'en ville : les circuits de ravitaillement
étaient plus courts. De plus, on peut penser
- un peu paradoxalement car, jusque-là, cette
classe sociale était cordialement méprisée
- que la vie des petits paysans était plus
précieuse et mieux respectée que celle
des oisifs des villes : Romain ou Barbare, un maître
hésitait maintenant à maltraiter ou
à molester le petit tenancier qui lui permettait
de survivre.
Toutefois les conditions de vie s'étaient
généralement dégradée.
Pour illustrer ce propos, voici comment l'historien
Gibbon décrit le triste état de l'Italie
à l'époque de la déposition de
Romulus Augustule :
"Malgré
la prudence et les succès d'Odoacre,
son royaume offrait de toutes parts la misère
et la désolation. Dès le siècle
de Tibère [Ier siècle de
notre ère], on s'était plaint
en Italie de la décadence de l'agriculture
; et les Romains, forcés de tirer leur
subsistance des provinces éloignées,
la voyaient avec inquiétude dépendre
des accidents de la mer et des vents. Mais lorsque,
dans le déclin et la division de l'empire,
Rome se vit enlever le tribut des moissons de
l'Afrique et de l'Égypte, ses habitants
diminuèrent avec les moyens de subsistance,
et la population fut engloutie par les fléaux
de la guerre, de la famine et de la contagion.
Saint Ambroise a déploré la ruine
d'un district florissant, qui comptait au nombre
de ses villes Bologne, Modène, Reggio
et Plaisance ; pape Gélase, sujet d'Odoacre,
affirme, à la vérité avec
beaucoup d'exagération, que la province
Émilienne, la Toscane et les provinces
voisines étaient presque entièrement
dépeuplées. Les plébéiens
de Rome, accoutumés à recevoir
leur subsistance des empereurs, périrent
ou disparurent dès que cette libéralité
fut supprimée. Le déclin des arts
réduisit les citoyens industrieux à
l'oisiveté et à la misère
; et les sénateurs, qui auraient peut-être
contemplé avec indifférence la
destruction de leur patrie, ne s'accoutumaient
point à la perte de leurs richesses personnelles.
De ces vastes domaines considérés
comme la cause originaire de la ruine de l'Italie,
un tiers passa entre les mains des conquérants.
Aux injustices on ajoutait l'insulte. La crainte
de l'avenir aggravait les maux présents;
et, comme on accordait des terres à tous
les nouveaux essaims de Barbares, les sénateurs
tremblaient de voir les arpenteurs s'approcher
de leur meilleure ferme ou de leur maison de
campagne favorite. |
 |
Les moins malheureux
étaient sans doute ceux qui se soumettaient
sans murmure à un pouvoir auquel il était
impossible de résister : puisqu'ils désiraient
de vivre, ils devaient une certaine reconnaissance
au tyran qui leur permettait d'exister; et puisqu'il
était le maître absolu de leur fortune,
la portion qu'il ne leur enlevait pas devait être
considérée comme un don de sa générosité.”
(GIBBON, Histoire du Déclin et de la
Chute de l'Empire romain, chap. XXXVI, Éditions
Robert Laffont, Coll. "Bouquins") |
Comment étaient vêtus
les Sénateurs à l'époque de Romulus
Augustule ?
Je présume que la toge était passée
de mode… quoique, en vérité, je
n'en sache fichtrement rien : ce genre de vêtement
de cérémonie pouvait avoir survécu
autant que l'État qu'il symbolisait si bien.
Toutefois, je pense que, vers la fin du Ve siècle,
les Sénateurs de Rome devaient plutôt
ressembler aux dignitaires byzantins de l'empereur
Justinien, si magnifiquement représentés
sur les mosaïques de Ravenne. (Voir par exemple
: www2.students.sbc.edu)
Cela dit, le Sénat romain continua à
se réunir bien après la fin officielle
de l'Empire romain, sans doute jusqu'au début
du VIIe siècle (voir ici : Clic
!). Bien qu'il continuât à bénéficier
d'un certain prestige, il n'avait guère plus
d'autorité qu'un vulgaire de conseil communal
("municipal" pour nos amis français).
Le vrai pouvoir était désormais aux
mains des occupants étrangers - alternativement
byzantins ou germaniques - qui régnaient sur
l'Italie ou seulement sur le Latium.Mais je n'ai vraiment
aucune idée de la manière dont se déroulaient
les séances de ce "Sénat croupion".
Vous vous interrogez enfin sur
l'inexistence de légions vraiment romaines
à la fin de l'Empire…
Ben oui, il était (peut-être ?) théoriquement
possible de recruter des soldats parmi les oisifs
des villes dont j'ai parlé plus haut.
D'accord !… Mais, à cette époque,
la "force armée" était complètement
confisquée par les Barbares. L'empereur romain
(quand on avait pris la peine d'en désigner
un) n'était qu'un fantoche entre les mains
du chef germanique qui l'avait couronné, et
l'otage des contingents exotiques sur lesquels celui-ci
s'appuyait pour parler en maître. Jamais un
Ricimer ou un Odoacre n'aurait permis à leur
créature impériale, cet Olybrius
ou ce Glycérius
d'empereur, d'avoir seulement l'idée de lever
des troupes "romaines" : leur seule et évidente
finalité n'aurait pu être que de contrebattre
leur pouvoir absolu. Autant forger soi-même
l'épée destinée à vous
tuer ! Or, Odoacre, Ricimer et consorts étaient
peut-être des barbares, mais ils avaient oublié
d'être c… |
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| Sélim
réécrit : |
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Tout
d'abord mon sommeil va très bien, merci !
Voilà enfin des réponses
qu'on ne trouve pas vraiment en cours d'histoire !
Cependant, une chose m'intrigue pourtant :
comment un peuple aussi fier et grandiose peu se retrouver
à patauger dans la crasse et l'insouciance
en à peine un siècle ? Si je
ne m'abuse les choses étaient encore plutôt
récupérables après la mort de
l'arracheur de dent de Constantin.
Le souvenir d'un Trajan pourfendant
dans un jet d'hémoglobine un Parthe mal rasé
ou un César se faisant cirer les bottes par
une tripotée de chefs gaulois tout droit sortis
d'Alix et le Sphinx d'or ne pouvait t il
pas réveiller les sentiments nationaux d'un
groupe de pauvres diables qui étaient habitués
à se voir, ou du moins à voir ceux de
leurs races être toujours du bon côté
du fouet ? ( je sais, je sais une phrase de 4 lignes,
c'est trop)
C'est sûrement pas les
héros nationaux qui manquaient aux Romains.
Alors qu'est ce qui pouvait mettre le feu aux derrières
de ces ectoplasmes en devenir qu'étaient les
Romains du Ve siècle. Sur toute la surface
de l'Italie n'y avait-t-il plus un citoyen savant
manier le glaive et le verbe, une sorte de Harry Potter
sans la magie et la cicatrice pour rallier les (ex)
glorieux romains et bouter ces buveurs d'hydromel
dans leur sombre Germanie ? |
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| RÉPONSE
: |
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Peut-être
l'éphémère empereur Majorien
(457-461) tenta-t-il d'incarner cette "réaction
nationaliste" romaine que vous évoquez
en des termes ma foi assez fleuris. Homme énergique
et, semble-t-il, seul souverain romain digne
de ce nom en ces temps de profonde décadence,
il tenta, avec un certain succès, de
restaurer l'autorité impériale
sur la Gaule. Ensuite, il s'attaqua aux Vandales
d'Afrique du Nord, mais connut là un
grave échec qui lui fut fatal. En effet,
le chef barbare Ricimer profita de cette campagne
désastreuse et de la baisse de popularité
de l'empereur (qu'il avait lui-même créé)
pour le liquider. Mais, de toute façon,
même si Majorien avait vaincu, il n'est
pas dit que Ricimer l'eût laissé
vivre : ce "faiseur de rois" avait
une fâcheuse tendance à raccourcir
toutes les têtes romaines qui dépassaient
de la masse et risquaient à terme de
faire de l'ombre à sa propre grandeur.
Plus généralement, il n'est pas
simple à vos interrogations sur les
causes du déclin et de la chute de l'Empire
romain. Il s'agit en effet là
une question qui pose, depuis plusieurs, siècles,
d'énormes problèmes aux historiens
les plus éminents. "Un mystère
plus fascinant que la disparition des dinosaures",
comme le dit l'un d'entre eux, Paul Veyne, je
crois…
Pourquoi donc l'Empire romain s'est-il effondré
? Pourquoi a-t-il disparu ? |
 |
Comme je l'ai déjà écrit maintes
fois (par exemple dans ce courrier ci-dessus,
et encore dans bien d'autres courriers référencés
ici : Clic
!) de nombreuses causes de décadence sont
avancées. Certains s'exclament : "c'est
uniquement la faute aux Barbares !". D'autres
incriminent les chrétiens, la situation économique
ou l'évolution démographique. D'autres
encore mettent en avant les conditions sanitaires,
voire la trop forte concentration de plomb dans l'atmosphère.
Et, enfin, certains pensent que l'Empire romain est
mort de vieillesse, "de mort naturelle",
vu que les civilisations naissent, grandissent et
meurent comme les hommes.
Bref, personne ne sait exactement pourquoi l'Empire
romain a chu… On peut supposer que plusieurs
facteurs de déclin s'exercèrent concomitamment,
conjointement et simultanément. Mais il est
aussi fort probable que l'irruption massive de peuples
barbares joua un rôle prépondérant.
"L'empire romain a été pris
d'assaut", ainsi que le dit encore le grand
historien Paul Veyne.
Toutefois, à ce qu'il me semble (et bien que
cette thèse ne soit plus très en vogue
chez les spécialistes d'aujourd'hui), il ne
faut pas sous-estimer non plus le rôle "subversif"
de la religion chrétienne. Les tenants de la
nouvelle religion manquaient souvent d'esprit patriotique,
ce qui est en soi assez normal puisqu'ils étaient
persuadés que le seul Royaume qui vaille qu'on
se sacrifie pour lui n'était pas de ce
monde. Bref, quand les féroces Barbares
surgissaient pour violer leurs femmes et voler leurs
vaches (ou vice-versa), pour "égorger
leurs fils et leurs compagnes" (comme le
chante si benoîtement la Marseillaise),
le brave chrétien "de base" était
plus souvent tenté de se réfugier dans
l'église de son patelin se prosterner au pied
de l'autel que de courir aux armes ! Je caricature
un peu, mais il y a de ça…
De surcroît, depuis l'instauration du christianisme
comme religion officielle de l'Empire romain, celui-ci
était en état de guerre civile larvée
permanente. La religion chrétienne s'était
scindée en une multitude de sectes qui ne s'accordaient
guère que pour vouer les horribles païens
aux flammes du bûcher avant celles de l'Enfer,
mais qui, pour le reste, s'opposaient violemment.
"Aucune bête sauvage n'est aussi cruelle
pour l'homme qu'un chrétien pour un autre chrétien"
disait l'empereur Julien, qui savait parfaitement
de quoi il parlait puisqu'il avait été
éduqué dans la religion chrétienne
avant de revenir à la foi de ses ancêtres.
C'est dire que, quand nos sauvages Barbares apparaissaient
à l'horizon, ils trouvaient souvent des "Romains"
fort occupés à s'étripatouiller
cordialement entre eux. Celui qui pensait que Jésus
était un Dieu égorgeait celui qui avait
l'audace de croire qu'il n'était qu'un homme,
celui qui estimait que le Saint-Esprit procédait
du Père et du Fils étranglait qui opinait
qu'il ne devait rien au Fils, celui qui vénérait
Marie comme "Mère du Dieu" écharpait
celui qui la disait seulement "mère du
Christ", etc…
Et le bon Barbare, amusé, comptait les coups
avant de faire main basse, sans coup férir,
sur tout ce qui valait la peine d'être pris.
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| Conclusion
de Sélim : |
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Concernant
le vieillissement de l'empire, j'avoue que c'est ce
que je pense : tout naît, existe et disparaît
dans cet irrémédiable cycle universel.
Les royaumes de chasseurs-cueilleurs-buveurs qui suivirent
n'avaient rien de la trempe de l'empire roro. Celui-ci
bien qu'il fut violent, esclavagiste, et sans justice
équitable conservait tout de même des valeurs
qui en faisaient une nation respectable sur certains
points.
Sans compter que s'il n'avait pas existé, il
y aurait une série de bon jeux vidéo qui
n'aurait jamais vu le jour i |
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| 13 Octobre 2006
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| Jean
a écrit : |
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| Savez-vous
où est né exactement Théodose
le Grand ? En Espagne, mais dans
quelle région ? |
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| RÉPONSE
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| Si j'en
crois l'excellent "petit" livre
Les Empereurs romains, de François
ZOSSO et Christian ZINGG (Éditions
Errance, 2002), Théodose
est né à Cauca (auj.
Coca), près de Valladolid,
le 11 janvier 347. |
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