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Septembre 2006 (page 2/2)
Sommaire du mois de Septembre : Clic
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| 19 Septembre 2006 |
| Alexandre
a écrit : |
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De
mon temps, lorsque j’étais écolier
(il n’y a pas de cela si longtemps, 20 ans seulement),
nous apprenions les chiffres romains d’une manière
rigoureuse. Il y a toujours eu la fameuse règle
qu’on ne voit pas 4 fois le même symbole
(par exemple 400 s’écrit CD et non CCCC).
Dernièrement, et je vois cela de plus en plus
sur les montres, les horloges etc. je vois
le chiffre IIII pour 4 alors que
tout le monde sait que 4 s’écrit IV en
chiffres romains n’est-ce pas ?
Pouvez-vous s.v.p. m’expliquer ce qui cause
cette lacune dans l’écriture des chiffres
de nos ancêtres par nos contemporains ? |
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| RÉPONSE
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| Vous vous étonnez
donc de cette représentation "IIII"
pour 4, au lieu du "IV" généralement
et "légalement" utilisé ?
Eh bien, figurez-vous que c'est pourtant cette graphie,
théoriquement "fautive" qui est d'usage,
semble-t-il depuis toujours, pour les cadrans d'horloges,
de montres, etc.
Pourquoi cela ?
À vrai dire personne n'en sait trop rien…
(voyez à ce sujet ces deux pages Web : villemin.gerard.free.fr
et http://iq.lycos.fr).
Personnellement, je serais volontiers tenté
par la nécessité d'une division rationnelle
du cadran en trois zones de quatre chiffres : Chiffres
avec I (1,2,3,4), chiffres avec V (5,6,7,8), chiffres
avec X (9,10,11,12). Mais peut-être existe-t-il
d'autres explications plus savantes, plus historiques,
voire plus ésotériques… |
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| Conclusion
d'Alexandre |
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Merci
d’avoir si gentiment répondu à ma
question. C’est donc pour une raison esthétique
que l’on voit IIII et non IV sur les montres et
les horloges. On dit également qu’au Moyen
Âge, l’écriture du latin s’était
un peu abâtardie et que plusieurs erreurs ont
été faites dans la grammaire. Les premiers
horlogers ont donc fait une grande faute dans l’écriture
de ce fameux IV et depuis lors, tout le monde continue
d’écrire ce chiffre de la mauvaise façon.
Nos ancêtres romains ne seraient pas très
fiers de nous s’ils nous voyaient aujourd’hui. |
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| RÉACTIONS
À CE COURRIER |
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| "LIFOCAD"
a écrit : |
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Je
voudrais me permettre d'ajouter une petite
précision à la réponse
que vous avez faite à Alexandre
à propos du chiffre IV (peut-être
serai-je le trentième à
le faire !).
La
graphie IIII n'est pas une invention
du Moyen Age. On la trouve très
fréquemment dans les inscriptions
funéraires, parfois en concurrence
avec la graphie IV. On peut en trouver
des exemples, pour le Net, sur le site
Noctes
Gallicanae, dans la rubrique épitaphes
de cochers. IIII dans les inscriptions:
CIL VI 10049a et CIL VI 10049b. IIII et
IV dans l'inscription CIL VI 10051: "tertius
IV" et "tertius IIII" à
deux lignes d'intervalle.
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| Michel
ELOY (site PEPLVM
- Images de l'Antiquité)
a écrit : |
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| En
ce qui concerne les chiffres romains
: dans l'Antiquité, où l'on
ne disposait pas des Petit(s) Larousse et
Robert imprimés à un grand
nombre d'exemplaires, les usages étaient
plutôt flottants comme le savent les
épigraphistes. Oui, les pendules
indiquent plutôt XIIII que XIV (et
n'oublions pas le baron Vilain XIIII dont
la rue portant le nom jouxte les Etangs
d'Ixelles). Mais j'ai trouvé mieux
: XIIX pour XVIII : car c'est bien un XIIX
qui est gravé sur le cénotaphe,
retrouvé à Xanten, du centurion
Caelius, qui périt dans le désastre
de Varus (le texte complet de l'inscription
dans mes compléments bibliographiques
d'ARMINIUS
: Clic
!). |
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| 22 Septembre 2006 |
| Gérard
a écrit : |
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| Petite
question : Que représentait le tribun
Aquila, et que ce passa-t-il avec Julius Caïus
Caesar ? Ce tribun s'en serait-il pris au grand
Jules ? |
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| RÉPONSE
: |
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| À première
vue, tout ce que je sais des rapports du tribun Aquila
avec Jules César
se trouve dans l'anecdote que rapporte le bon Suétone
au chapitre
LXXVIII de sa Vie
de Jules : "Mais voici ce qui attira
sur lui (c'est-à-dire sur Jules) la
haine la plus violente et la plus implacable. Les
sénateurs étant venus en corps lui présenter
une foule de décrets les plus flatteurs, il
les reçut assis devant le temple de Vénus
Genetrix. Quelques écrivains disent que Cornelius
Balbus le retint quand il voulut se lever ; d'autres,
qu'il n'en fit même pas le mouvement, et que
Gaius Trebatius l'ayant averti de se lever, il jeta
sur lui un regard sévère. Ce dédain
parut d'autant plus intolérable, que lui-même,
dans un de ses triomphes, avait manifesté une
vive indignation de ce qu'au moment où son
char passait devant les sièges des tribuns,
seul dans tout le collège Pontius Aquila fût
resté assis. Il s'était même écrié
: « Demande-moi donc, tribun Aquila, que je
te rende l'État ! » ; et pendant plusieurs
jours, il ne promettait rien à personne sans
y mettre cette condition : « Si toutefois Pontius
Aquila le permet. »" .
Ah, il avait le sens de l'humour vache, le grand Jules
!
Cet Aquila eut donc son quart d'heure de célébrité
en refusant de se lever lors du passage triomphal
de César. Gloire sans doute imméritée
: il me paraît évident que si César,
dans les jours qui suivirent cet affront quelque peu
puéril, se fit un malin plaisir de conditionner
- fictivement et ironiquement, cela va de soi - la
moindre de ses décisions à l'accord
du tribun Aquila, c'est bien que ce personnage était
un personnage particulièrement falot, insignifiant.
C'est dire aussi que, hormis l'anecdote rapportée
par Suétone, il m'étonnerait que nous
sachions grand-chose de ce Sénateur à
la nuque raide et au postère pourvu d'une si
grande force d'inertie. |
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| 22 septembre 2006 |
| Pauline
a écrit : |
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| J'aurais
désiré connaître un peu
plus la vie de Constancia, sœur de Constance II,
et son rôle exact dans l'usurpation de Vétranio
en Pannonie. J'avoue que ce personnage m'intrigue
beaucoup. Dans mes recherches, j'ai réussi à
suivre sa trace jusqu'à cette fameuse usurpation,
mais je la perds rapidement ensuite. L'une des versions
m'affirme qu'elle fut l'épouse du césar
Gallus. Est-ce possible ? Était-ce une femme
de pouvoir ou seulement un pion dans les mains de Constance
? |
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| RÉPONSE
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| Vous avez raison, Constancia
était bien la sœur de Constance
II. Certains auteurs la nomment cependant Constantina,
histoire sans doute de la distinguer plus aisément
d'une autre Constancia, sœur du césar
Gallus
(et donc demi-sœur de l'empereur Julien
dit l'"Apostat"), qui devint quant à
elle la première épouse dudit Constance
II.
Or donc, effectivement,
cette première Constancia joua, paraît-il,
un rôle de tout premier plan lors de l'usurpation
de Vetranio.
Rappelons un peu la situation.
En 350, Magnence
fut acclamé comme empereur par les armées
gauloises. Il élimina bien vite, l'empereur
d'Occident légitime, Constant,
fils de Constantin,
et tenta de faire reconnaître son autorité
sur l'ensemble de l'Occident romain. À
ce moment, notre Constancia se trouvait en Pannonie
(env. de la Hongrie actuelle), une province très
importante du point de vue stratégique,
où étaient stationnées de
nombreuses légions. Pour empêcher
leur ralliement à l'usurpateur et permettre
à don impérial frérot Constance
II de gagner le temps nécessaire au
regroupement de toutes ses forces, elle eut l'idée
d'allumer un contre-feu en poussant les soldats
pannoniens à proclamer César
(= empereur adjoint) puis Auguste (=
empereur principal) leur propre général,
une vieille culotte de peau du nom de Vetranio.
Cette manœuvre fut un coup de maître.
L'armée du Danube ne bascula pas dans le
camp de Magnence, le seul adversaire dangereux
de Constance.
Ensuite, l'impérial frérot de Constancia
prit le relais : Vetranio, cette brave vieille
baderne, fut littéralement roulé
dans la farine, embobiné, endormi par d'interminables
tractations, pointilleuses à souhait, relatives
à l'éventuelle reconnaissance de
son autorité. Et pendant que l'empereur
légitime faisait tout pour faire traîner
en longueur ces négociations, qu'il n'avait
de toute façon aucune intention de faire
aboutir, il rassemblait, sans précipitation
funeste, l'armée qui lui permettrait d'écraser
l'usurpateur Magnence.
Comme on le sait (voir ici : Clic
!), la fin de lé sédition de
Vetranio coûta moins de peines, d'énergie,
d'argent, et de sang à Constance II que
de salive. Une belle allocution aux soldats du
vieux pseudo Auguste lui suffit pour les rallier
à sa cause. |
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Contrairement à ce que l'on pouvait supposer,
Constance - une fois n'est pas coutume - accorda son
pardon à Vetranio, qui finit ses jours dans
une belle demeure, et doté, qui mieux est,
d'une confortable retraite. Preuve supplémentaire,
évidemment, que cette usurpation, téléguidée
par sa frangine, n'avait pas empêché
Constance II de dormir.
Pour en revenir plus précisément à
cette Constancia (ou Constantina)
qui vous intéresse tant, je viens de (re)lire,
dans le merveilleux Julien dit l'Apostat
de Lucien JERPHAGNON (Éditions du Seuil), que
cette dame aurait d'abord été mariée
à Hannibalien, un des demi-frères de
Constantin,
liquidé en 337, lors du grand massacre de la
"branche légitime" de la postérité
de Constance Chlore. (Voir
ici : Clic
!).
Après l'usurpation
de Vetranio,
Constancia épousa Gallus,
un petit-fils de Constance Chlore rescapé
de la tuerie de 337, que Constance
II venait d'élever au rang de césar
(= empereur adjoint). Ce Gallus - qui était
aussi, comme je l'ai déjà signalé,
le demi-frère de Julien
l'Apostat - était chargé de
représenter son auguste beauf, l'empereur
principal, sur le front oriental de l'empire,
menacé par les Perses, tandis que celui-ci
s'occupait de Magnence.
Gallus et Constancia s'installèrent
donc à Antioche. Mais ils ne s'y conduisirent
ni de façon très édifiante,
ni simplement prudente. Poussé par son
épouse, qui était, paraît-il,
une mégère, une véritable
furie, le César d'Orient multiplia
les exactions, les abus de pouvoirs, les emprisonnements,
les exécutions arbitraires. Excédé,
Constance II expédia un messager à
Gallus, pour l'inviter - poliment - à
venir s'expliquer devant lui. Ledit César
ne trouva rien de mieux que de livrer le légat
impérial à ses soudards, qui le
torturèrent à mort avant de lui
faire prendre un bain forcé dans l'Oronte.
L'empereur haussa alors le ton : Gallus fut
sommé de se rendre illico à Milan,
faire rapport devant son supérieur hiérarchique.
Mauvaise femme mais loyale épouse, Constancia
décida d'accompagner son mari, sans doute
afin de tenter d'amadouer son grand frère,
mais elle mourut en chemin (en 354). Gallus
continua son chemin seul, de plus en plus encadré
de soldats rébarbatifs, de moins en moins
traité en César. Il n'atteignit
jamais Milan ni la cour de l'empereur : il fut
exécuté à Pula (en Croatie
actuelle), sur ordre de son ex-beau-frère,
l'empereur Constance.
Quant à Constancia, si j'en crois Lucien
JERPHAGNON, elle fut inhumée sur la via
Nomentana, dans un "délicieux"
mausolée, "orné de mosaïques
figurant des scènes de vendanges : entrelacs
de pampres, hottes de raisins, cuves débordantes
de vin nouveau". Il paraît aussi
que, toute virago qu'elle fût, les chrétiens
firent d'elle une sainte. Allez savoir pourquoi… |
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Signalons encore, pour terminer, que, vers 360-361,
ce charmant mausolée devint la aussi dernière
demeure d'Hélène la Jeune, sœur
cadette de Constancia, qui avait épousé
le futur empereur Julien en
355, lorsque celui-ci fut, à son tour, nommé
César par Constance II. |
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| 26 Septembre 2006 |
| Michaël
a écrit : |
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(…)
Je fais un travail sur Rome (extraits sur mon
blog) et je ne trouve que des extraits de
la loi des maximums, que j'aimerais pourtant afficher
en entier.
Pourriez-vous me faire parvenir ce document, s'il vous
plaît (et s'il est en votre pouvoir ou connaissance) |
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| RÉPONSE
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| Pour ce fameux Édit
du Maximum, j'ai bien peur d'en être
au même point que vous. Il y a quelques mois,
j'ai recherché sur la Toile le texte de cette
législation, mais je n'en ai trouvé
que des extraits, ne mentionnant que quelques-uns
des 1000 articles soumis au gel des prix. J'ai moi-même
repris la plus détaillée - ou la moins
incomplète - de ces listes à cette page
de mon site : Clic
!.
Cette lacune internautique ne concerne évidemment
que la version française, car le texte latin
original de l'Édit est disponible sur la Toile.
Voyez notamment le site Roman
Law library de l'UPMF de Grenoble : Diocletiani
Edictum de pretiis rerum venalium.
J'avoue que la traduction en français de ce
texte juridique, suivi d'une interminable énumération
- inventaire à la Prévert avant la lettre
(quoique sans raton laveur) - est au-dessus
de mes forces et de mes capacités linguistiques.
Depuis plus de trente longues années, mes souvenirs
scolaires de la langue de Cicéron ont eu largement
le temps de se défraîchir !… |
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| Michaël
réécrit : |
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1.
Oui, pour la partie que vous avez
affichée, je l'ai trouvée, et c'est
exactement la même que celle que j'avais moi-même
trouvée sur internet (en fouillant cependant
partout où Google voulait m'envoyer).(…)
J'ai aussi trouvé un document
évoquant cedit gel des prix, et parlant
non en deniers, mais en cuivre,
alors je ne comprends pas la valeur… si vous
vouliez bien m'éclairer sur le sujet.
Et tant que vous y êtes sur la valeur monétaire,
j'aimerais bien que vous me disiez si la
valeur des aureii a ou non évolué,
puisque le seul document à ma disposition
évoquant ce point dit que l'aureus est resté
toujours stable, malgré la dévaluation
qui toucha toutes les autres monnaies.
Toujours sur le même domaine (je sais je suis
long et lourd, mais ne m'en voulez pas, j'aime Rome,
j'aime en parler, et j'aime apprendre), pourriez-vous
m'indiquer la date (plus ou moins approximative)
ou l'époque ayant vu la première crise
monétaire avant l'époque de Dioclétien.
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| RÉPONSE
: |
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| Oh, vous savez, en matière
monétaire et/ou numismatique, mes lumières
sont hélas des plus ténues. À
part rappeler quelques évidences, je serais
bien embarrassé de disserter savamment avec
vous des valeurs respectives des diverses espèces
monétaires romaines.
Je me doute bien que, contrairement à nos
monnaies fiduciaires, la valeur des pièces
romaines était strictement proportionnelle
à la quantité de métal précieux
(or ou argent) qu'elles contenaient. Et comme le Trésor
romain manquait périodiquement de ces métaux
précieux, l'aloi des monnaies tendait toujours
à se déprécier au fil du temps
: on rognait les pièces, on les "fourrait"
de vils métaux, etc… Ainsi le denier,
pièce d'argent de belle valeur à l'époque
d'Auguste,
ne valait déjà plus tripette sous Néron,
cinquante ans seulement après le règne
du premier princeps. Mais attention ! cette
dévaluation progressive ne frappait que les
espèces nouvellement mises en circulation.
Un quidam du temps de Néron qui aurait retrouvé
dans sa cave un coffre rempli de beaux deniers frappés
à l'effigie d'Auguste aurait été
infiniment plus riche que son concitoyen possédant
la même quantité de deniers dévalués
de Néron.
Ceci explique aussi que la valeur des pièces
d'or restait toujours à peu près constante
: tant qu'elles étaient de bon aloi, elle valaient,
stricto sensu, leur pesant d'or. Cependant
- et c'était là une des tares de l'économie
romaine - ces aurei, pièces de prestige,
circulaient fort peu. Le plus souvent, précisément
à cause de la stabilité de leur cours,
elles étaient thésaurisées par
les riches particuliers dès qu'elles sortaient
des ateliers monétaires. Résultat :
quand elles n'étaient pas définitivement
perdues à force d'avoir été trop
bien planquées, elles ne resurgissaient "de
nulle part" qu'au moment des crises (famines,
guerres, etc) et contribuaient à alimenter
une spéculation féroce et une dévaluation
galopante. Quant aux quelques aurei qui apparaissaient
quand même sur le marché, ils étaient
réservés au grand commerce international,
au négoce de produits de luxe. Or (si j'ose
dire), ce commerce de produits précieux était
aux mains de négociants originaires de lointaines
contrées orientales. Au terme d'un long périple,
les belles pièces d'or frappées à
l'effigie de Trajan
ou d'Antonin le
Pieux se retrouvaient donc sur les tables de changeurs
en Perse, en Chine ou aux Indes… sans nul profit
pour l'économie romaine !
Voilà à peu près tout ce que
je peux vous dire à sujet. Mais je vous invite
aussi à jeter un coup d'œil sur un échange
de correspondance que j'eus jadis avec un compatriote
numismate, aussi sympathique qu'érudit, et
où sont abordés certains points susceptibles
de vous intéresser. Voyez plus particulièrement
Clic !
et Clic
!. |
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2.
A titre plus personnel, je vous demanderais
ce que vous pensez de Dioclétien.
S'il était à vos yeux courageux, ambitieux,
intelligent, naïf, faible ou fort, etc ?
Pour ma part, si l'on excepte la persécution
des chrétiens, je trouve que son règne
était empli d'un idéal que personne
n'a voulu écouter, malgré sa beauté.
Un idéal de paix, de prospérité
et de renouveau de Rome.
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| RÉPONSE
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Ce que je pense
de Dioclétien ?
À vrai dire, je suis perplexe…
Ainsi que vous l'avez sans doute constaté,
la notice
biographique qui lui est consacrée
dans mon site Web est ridiculement brève.
Pourquoi cela ?
Parce que, précisément, je ne
sais par quel bout prendre cet empereur. La
documentation que j'ai consultée à
son sujet se résume le plus souvent au
catalogue - plus ou moins commenté -
de l'imposant train de mesures prises par ce
besogneux souverain pour rénover l'Empire
romain. Mais peu ou pas d'indications sur la
personnalité de Dioclétien, sur
son caractère, sur ses opinions philosophiques
ou religieuses, sur sa vie privée. Bref,
pas grand-chose sur ce qui, moi, m'intéresserait
le plus pour rédiger une notice biographique
telle que les aime !
Je suis cependant sûr de l'intelligence
de Dioclétien - on ne met pas fin à
cinquante ans d'anarchie sans un solide brin
de jugeote. On ne peut pas davantage douter
du courage et de la volonté de ce simple
soldat inculte, qui s'éleva jusqu'au
pouvoir suprême, ni du dévouement
à la "chose publique" de cet
autocrate qui abdiqua après vingt ans
de règne, simplement pour se conformer
aux règlements qu'il avait lui-même
édictés. |
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Tous ces traits positifs peuvent évidemment
concourir à former le portrait d'un excellent
empereur, éminent successeur des courageux
empereurs-soldats illyriens de la fin du IIIe siècle,
de ces Claude
le Gothique, Aurélien,
Probus, qui
maintinrent l'Empire romain debout contre vents et
marées. Le règne de Dioclétien
marquerait même, en quelque sorte, le terme
de l'œuvre de restauration et de rénovation
entreprise par ces courageux "fils du Danube".
Et, de fait, dans un de ses bouquins, l'excellent
historien Lucien Jerphagnon estime que Dioclétien
fut l'un des meilleurs empereurs de Rome, sinon le
meilleur.
Pourtant, il y a des petites choses qui me chagrinent
chez lui.
Tout d'abord son autoritarisme : à partir
de son règne, l'État romain prétend
tout régenter. Le fameux Édit du
Maximum - tentative de régulation des
prix, d'ailleurs vouée à l'échec,
comme toutes les mesures de ce genre - n'est qu'un
symptôme parmi bien d'autres de la prétention
de l'État à régenter tous les
aspects de la vie publique ou privée des citoyens
(qui, à partir de Dioclétien, se métamorphosent
en sujets). Par exemple, les petits paysans
furent désormais attachés à la
glèbe, et tout fils d'artisan fut contraint
de reprendre la succession de son père, etc…
Les sujets de Dioclétien étaient moins
considérés comme des êtres humains
que comme des contribuables, qu'il fallait maintenir
bien à leur place afin qu'ils ne pussent éluder
l'impôt qui était leur vraie raison d'être.
L'Empire romain était devenu une gigantesque
"pompe à fisc", surtout destinée
à alimenter l'effort de guerre - certes nécessaire,
car les Barbares étaient toujours aux portes
- et à nourrir l'armée pléthorique
qui défendait ses interminables frontières.
(A propos de l'effet pervers de certaines réformes
de Dioclétien : Clic
! et Clic
!).
De nos jours, on qualifierait l'empire de Dioclétien
d'état totalitaire et de dictature
militaire… mais ce serait sans doute un
anachronisme car, vu la dureté des temps et
la gravité de la situation, l'empereur n'avait
sans doute pas le choix.
Et puis, il y a la grande persécution
des Chrétiens qui, pour moi, reste toujours
un mystère. Je me suis déjà longuement
exprimé là-dessus. Je n'y reviendrai
donc pas, sinon pour m'étonner, une fois encore,
que, pour en finir avec une secte dont il s'était
jusque-là parfaitement accommodé, cet
empereur réputé si pragmatique ait subitement
risqué de rompre la paix civile en utilisant
des méthodes qui avaient montré leur
parfaite inefficacité sous les règnes
de ses prédécesseurs Dèce
et Valérien.
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| Michaël
écrit : |
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J'ai
occupé mes vacances d'été à
faire quelque travail sur Rome. Certains m'ont
demandé à mettre au moins des extraits
sur un
blog. C'est maintenant chose faite.
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