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Sommaire Septembre 2006 :

  • 3 Septembre :
  • 3 Septembre :
    • Auguste et Vespasien : des procédés similaires pour accéder au pouvoir ? : Clic !
  • 9 Septembre :
    • Hadrien et la diaspora juive : les jambons de Bayonne et d'Ardenne ne sont guère kasher ! : Clic !
      • Réaction de Michel ELOY : Clic !
  • 12 Septembre :
    • Julien fut-il réellement un stratège de génie ? : Clic !
    • La place de Julien dans les programmes scolaires ? : Clic !
    • Julien fit-il des cadeaux fiscaux aux Gaulois ? : Clic !
  • 17 Septembre :
    • Que penser de la série TV Rome (HBO) ? : Clic !
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  • 19 Septembre :
    • Le mystère du chiffre IIII : Clic !
      • Réactions à ce courrier : Clic !
  • 22 Septembre :
    • Le quart d'heure de célébrité du tribun Aquila : Clic !
  • 22 Septembre :
    • Constancia, sœur de Constance II et belle-sœur de Julien : Clic !
      • Son rôle dans l'usurpation de Vetranio : Clic !
  • 26 Septembre :
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3 Septembre 2006
Albert L'Huillier (Site Rome-passion.com) a écrit :
 

Découvrez Rome et le Vatican sur ROME PASSION

Ce site est entièrement consacré à la ville de Rome et au Vatican. Vous pourrez découvrir Rome en photos, ses monuments les plus célèbres et connaître leur histoire. Rome, la ville éternelle, saura conquérir votre coeur.

 
 
 
3 Septembre 2006
Madga a écrit :
 
Je cherche à savoir par quels procédés Auguste a su installer et légitimer son pouvoir et même chose pour Vespasien. Sortant tous deux l'empire d'une période difficile, ils ont su établir une nouvelle dynastie. Ont-ils eu les mêmes procédés ? Et lesquels ? Il semble que la politique édilitaire, la littérature et les monnaies aient été un bon moyen. Pouvez-vous m'éclairer un peu plus sur ce sujet ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

J'ai évoqué l'accession au pouvoir d'Auguste dans la notice biographique que je lui ai consacrée (voir plus précisément ici : Clic !), ainsi que l'intronisation de Vespasien sous couvert de la fameuse Lex de imperio vespasiani (voir : Clic ! et Clic !)… Et, à première vue, je vois assez peu de points communs entre ces deux prises de pouvoir. Passons sur la personnalité des deux protagonistes : celle de Vespasien, bourru mais jovial, était aux antipodes de celle d'Octave, introverti, dissimulateur, cynique. On peut cependant souligner que la famille d'Octave comme celle de Vespasien était liée aux milieux d'affaires et d'argent. Les Octavii et les Flavii étaient des chevaliers, des banquiers. Or, l'argent, on le sait, c'est le nerf de la guerre !…

Bien sûr, Octave et Vespasien s'emparèrent du pouvoir après une guerre civile. Mais, leur situation personnelle au début des hostilités était radicalement différente. Le futur Auguste pouvait se présenter comme le représentant légal de la république romaine. Il fut légalement investi par le Sénat et le peuple romain des pouvoirs civils et militaires lui permettant de mettre fin aux empiètements la reine d'Égypte Cléopâtre, laquelle avait - fiction patriotique - "ensorcelé" Antoine. Octave put donc agir au nom de la République tandis que Vespasien, lui, ne fut d'abord qu'un général rebelle, acclamé empereur par ses propres soldats avant de voir son pouvoir reconnu par d'autres armées puis enfin par le Sénat.

Les circonstances spécifiques de ces deux prises de pouvoir déterminèrent les choix politiques de ces deux empereurs.

Après Actium, Auguste, agent légal du Sénat, n'eut pas à s'imposer à cette vénérable institution pour mettre en œuvre son programme de réformes. Il avait déjà suffisamment terrorisé les Sénateurs auparavant pour que ceux-ci approuvent tous ses diktats sans regimber. Il n'en reste pas moins d'une bonne dose de propagande, magistralement orchestrée par Mécène et interprétée par sa fine équipe (Virgile, Horace et consorts) était nécessaire pour dorer la pilule à l'opinion publique, lui faire croire que ce lent glissement vers la monarchie n'était qu'une restauration de la République.

À l'époque de Vespasien, ce luxe de précaution était devenu inutile. L'utopie d'une restauration de la "République oligarchique" du vieux Caton était morte en même temps que ses derniers partisans, les stoïciens radicaux complotant avec Pison. Même si la fiction républicaine était officiellement maintenue, la réalité du pouvoir personnel d'un princeps-empereur était maintenant acceptée par presque tous. Vespasien n'eut donc pas à lutter pour être investi d'un pouvoir absolu inédit, mais il dut batailler pour ce pouvoir, vacant, lui échoie à lui. Toute la nuance est là !

auguste
 
vespasien

Cela signifie également que, pour s'imposer, Vespasien eut moins besoin de la propagande d'artistes de génie que de la force de persuasion des légions qui s'étaient ralliées à lui. Ces légions menaçantes lui permirent d'ailleurs d'obtenir du Sénat, sans se départir de son affabilité bonhomme, les mêmes pouvoirs dont avaient disposé Auguste… et même davantage puisqu'il exigea que ses fils lui succèdent.
Fonder officiellement une dynastie, à cela, le premier princeps avait sans doute songé, mais il n'avait jamais osé le faire officiellement !

 
 
 
9 Septembre 2006
Meir a écrit :
 
Un de mes amis me dit qu'Adrien, après la destruction du Temple à Jérusalem, a transféré des milliers de juifs au nord de l'Espagne (pays basque de nos jours) et dans les pays rhénans a la frontière de l'Empire Romain.
Je n'ai rien pu trouver sur le sujet. En savez-vous quelque chose ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

Non, je n'ai pas d'informations réellement précises à ce sujet. Il faut cependant signaler que la dernière grande révolte juive, celle de Bar Kochba, écrasée par Hadrien en 135, est assez mal connue. Peu de textes antiques sur cette époque, et plus particulièrement sur cette boucherie tragique, nous ont été conservés, et ce peu demeure assez évasif et tardif… Il est cependant possible - et même probable - que les traditions rabbiniques et talmudiques ont gardé la mémoire des douloureuses suites de l'effondrement du dernier espoir messianiste. Mais, hélas, je ne connais rien de ces textes.

J'ai cependant certains doutes quant à une déportation en masse de Juifs en Espagne et en Germanie après la défaite définitive des nationalistes réunis autour de Bar Kochba et de rabbi Akiba. Étant venus très difficilement à bout d'une dangereuse révolte en Judée, les Romains n'avaient évidemment nul intérêt à risquer de la voir essaimer et renaître de ses cendres en permettant le regroupement massif de rebelles revanchards dans d'autres provinces de leur Empire. Surtout dans régions stratégiques comme le Golfe de Gascogne (qui contrôlait la trafic maritime Méditerranée - Mer du Nord) ou les rives du Rhin, où une éventuelle collusion entre Zélotes aguerris et sauvages Germains aurait vite tourné au cauchemar pour les légions romaines !

Les grandes révoltes serviles des Ier et IIe siècles av. J.-C. avaient appris aux Romains, à leurs dépens, combien il était dangereux de rassembler dans une même région des foules de captifs fraîchement asservis, et très peu résignés à leur nouvelle condition d'esclaves…

hadrien

Il convient toutefois de souligner que les textes antiques évoquent un tel bain de sang après la chute de Béthar (le dernier refuge de Bar Kochba et ses partisans) que l'on peut légitimement douter qu'il y ait eu beaucoup de prisonniers. On parle d'un demi-million de morts, ce qui, même en tenant compte de l'exagération coutumière des historiens de l'Antiquité, représente quand même un fameux carnage de la part des légionnaires, exaspérés par ce siège interminable et épouvantable…
Même si on en sait peu de choses, de nombreux indices semblent donc montrer que la répression de la révolte du Bar Kochba fut vraiment une "sale guerre", une guerre inexpiable. Dans ces conditions, l'empereur Hadrien se contenta sans doute de vendre à l'encan quelques milliers de prisonniers de guerre, survivants d'un climat d'hystérie généralisée, afin qu'ils soient dispersés aux quatre coins de son empire.

Cela dit, bien avant cette époque tragique, il existait déjà des communautés juives en Espagne et en Germanie. Voyez à ce sujet ce court extrait d'un article de Claude AZIZA :

"Récusons d'emblée la fable complaisamment répandue par les Pères de l'Église qui fait partir la diaspora de la chute du Temple (en 70). Interprétation qui n'a qu'un petit millénaire de retard, puisque, dès le Xe siècle avant notre ère, des Juifs s'étaient établis en Égypte, puis en Syrie. Peu à peu, cette installation déborde le cadre de la Méditerranée orientale pour en arriver, au Ier siècle de notre ère, à un tableau impressionnant de la diaspora juive, dont les indications nous sont fournies par l'historien Flavius Josèphe (Antiquités juives, XI, 5), le philosophe Philon d'Alexandrie (In Flaccum, VI, 3), le Talmud (Menahot, IIIa) et le célèbre texte de Luc (Actes, II, 9-11) sur les foules qui affluent de partout célébrer la pâque à Jérusalem.

Et, de fait, les Juifs sont partout. Ils se sont installés très nombreux en Europe : on les trouve dans toute l'Italie (Rome bien sûr, mais aussi Ostie, Gênes, Milan, Ferrare, Bologne, Ravenne, Capoue, Naples, Pouzzoles, Pompéi, Tarente), en Sicile, en Sardaigne, en Espagne, aux Baléares, en Gaule (Narbonne, Marseille, Arles, Avignon, Uzès, Bordeaux, Lyon, Mâcon, Dijon, Poitiers, Nantes, Orléans, Lutèce), en Germanie (Cologne, Bonn), en Grande-Bretagne, en Dalmatie (Sarajevo), en Thrace, en Macédoine, en Grèce (Delphes, Athènes, Corinthe, Sparte, Délos). Aucun de ces établissements n'étant postérieur au IIIe siècle de notre ère.
En Asie Mineure, où l'implantation est plus ancienne, on trouve des Juifs dans toutes les colonies grecques d'Orient, les îles, Chypre, l'Ionie, la Lydie. La Syrie, avec Antioche, Samosate, Damas, est un des hauts lieux de l'émigration, mais aussi la Cilicie, la Bithynie et le royaume de Palmyre. Mentionnons enfin le littoral phénicien et la bande côtière de Palestine (Gaza, Césarée, Ascalon).
Quant à l'Afrique, elle accueille des Juifs par milliers : dans toutes les cités égyptiennes, mais aussi en Éthiopie, en Cyrénaïque (aujourd'hui Libye) et surtout dans l'Afrique romaine où les colonies juives, dont celles de Carthage, Tripoli, Tozeur, Sousse, sont florissantes. La Numidie et les Maurétanies (l'Algérie et le Maroc actuels) ont aussi des centres importants. Sans parler de la Babylonie et de la Mésopotamie qui sortent des limites de l'empire.

Pour ce qui est des chiffres, on ne peut que tenter des estimations en faisant une moyenne raisonnable entre les évaluations des spécialistes. Au Ier siècle de notre ère, on compterait près de 7 millions de Juifs dans le monde romain (plus un million en Babylonie), dont 4 millions pour la diaspora et 3 en Palestine. Si l'on s'en tient à ces chiffres, cela signifierait que, dans l'Empire romain, évalué à la même époque à 70 millions d'habitants, un habitant sur dix est juif une proportion qui est ramenée, en Méditerranée orientale, à un sur cinq. On comprendra mieux alors la force du judaïsme et son attraction sur les foules (il y a sans nul doute beaucoup de convertis dans ces chiffres), et le danger qu'il peut représenter aux yeux de certains Romains. Sur les grandes métropoles, nous avons quelques précisions. Alexandrie compte 500.000 Juifs (soit presque 50 % de la population), Rome doit en avoir, avant 70, 50.000 sur 600 000 habitants (davantage ensuite, avec l'afflux de captifs), Carthage entre 20.000 et 30.000 (sur 300.000 habitants), du moins à la fin du IIe siècle. Quant à la Jérusalem du Ier siècle, elle ne doit guère dépasser les 120.000 habitants !"
(Claude AZIZA, 135, la destruction de Jérusalem, in revue L'Histoire N° 212, Juillet-Août 1997).

Pour terminer, deux pages Web :

RÉACTION DE MICHEL ELOY
(Site PEPLVM - IMAGES DE L'ANTIQUITÉ)

 

Concernant les Juifs en Occident. Il y aurait peut-être une explication à glaner dans L'Histoire de l'Antisémitisme de L. Poliakov, mais je n'ai pas le temps. Il me revient toutefois que dans son roman La juive de Tolède, Leon Feuchtwanger fait remonter au Xe. s. la présence juive en Espagne, à l'époque de Salomon et des navigations vers Tarsih (Tartessos ?).

La révolte juive de Bar Kocheba, souvent considérée - mais à tort, comme le rappelle Claude Aziza, spécialiste en la matière - comme le début de la diaspora, avait été précédée par une série d'autres révoltes juives dans l'Empire - Alexandrie, Cyrénaïque, Chypre - toutes réprimées dans le sang après moult excès de part et d'autre (les Chypriotes échaudés édicteront une loi condamnant à mort tout juif qui, à l'avenir, poserait le pied dans l'île d'Aphrodite, fût-ce suite à un naufrage).

Je me suis souvent demandé - et je ne suis pas le seul !! - ce qu'étaient advenues les fameuses dix tribus d'Israël déportées par les Assyriens au VIIe s. av. n.E., mais je me plais à penser que ce fut là la première diaspora, et que nombre de citoyens du Royaume du Nord n'échappèrent à l'esclavage des Assyriens qu'en leur tournant le dos et en s'établissant à l'Ouest (Chypre, Cyrénaïque). A mon avis, c'est d'eux que descendent les berbéro-juifs du Maghreb dont la Kahena fut peut-être la plus illustre représentante (VIIe s. de n.E.). Mais j'ai lu aussi que dans l'Empire romain chrétien, nombre de berbères païens préférèrent se convertir au judaïsme toléré plutôt qu'au christianisme officiel persécuteur. Ceci n'empêchant pas cela, d'ailleurs.

Bon, bref, la diaspora juive semble s'être diffusée sur une longue période. Non pas par le commerce - tordons le cou au vieux cliché antisémite qui associe les Juifs à l'argent -, car les Juifs n'étaient pas plus commerçants que les autres peuples, comme le rappelle Flavius Josèphe dans son Contre Apion, décrivant ses compatriotes comme avant tout agriculteurs. Mais, tout simplement, pour se trouver une terre d'asile loin des oppresseurs assyriens, gréco-syriens ou romains qui occupèrent leur pays. Ce n'est qu'au Moyen Age que, régulièrement expulsés d'un pays à l'autre par des souverains désireux de "faire le ménage" avant de partir aux croisades - ainsi Philippe Auguste - que les Juifs se sont tournés vers des biens plus aisés à emporter avec soi qu'un champ ensemencé. Donc l'argent.

Voilà, ça ne répond pas directement à la question de ton visiteur. Mais cela suggère qu'un long cheminement dans le temps explique la présence de juiveries dans telle ou telle région : un lot d'esclaves par-ci, quelques familles immigrantes par là…

MICHEL ELOY

 
 
 
12 Septembre 2006
Pierre a écrit :
 

J’aimerais fort connaître en détail les principales batailles qu’a menées l’empereur Julien contre les barbares germains, Alamans etc et les Perses (effectifs, pertes).
D’après les résumés que j’ai vus sur votre site et sur d’autres, l’empereur m’a l’air d’être l’un des . meilleurs stratèges que l’empire romain ait connu (il est demeuré invaincu, il me semble). Qu’en pensez vous ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Ainsi que je le signale souvent dans mes pages Web, je suis assez peu à l'aise dans les problèmes relatifs à l'armée romaine, ses effectifs à telle ou telle époque, ou les stratégies mises en œuvre par l'un ou l'autre imperator pour triompher de ses ennemis. Non que ces sujets ne m'intéressent pas, mais ils sont souvent si complexes et si controversés que, risquant d'énoncer de grosses bêtises, j'hésite à ajouter la moindre goutte d'huile au feu grégeois du débat entre spécialistes.
Je ne me risquerai donc pas à relater en détail les campagnes de l'empereur Julien contre les Germains et les Perses. Détails que vous pourrez cependant connaître - non sans faire preuve d'une certaine persévérance, la prose de ce vieux guerrier regorgeant parfois de digressions oiseuses - grâce à l'Histoire de Rome d'Ammien Marcellin, témoin oculaire de beaucoup d'événements qu'il relate (pour le règne du Julien, voyez plus particulièrement les livres XVI à XXII).

Julien fut-il bon stratège ?

Voilà une question que, moi aussi, je me pose depuis longtemps.
Je le répète encore, je ne suis vraiment pas fin connaisseur en ces matières. Cependant, à première vue, ses diverses compagnes contre les Barbares infiltrés en Gaule, ainsi que son raid en Italie et à travers les Balkans à la rencontre de l'armée rassemblée contre lui par son impérial cousin Constance II, le montrent bon tacticien, habile manœuvrier. D'accord… Cependant - et sans vouloir diminuer les mérites de Julien - sa "Guerre des Gaules" se limita le plus souvent à des opérations de nettoyage, à de multiples marches et contremarches entrecoupées d'escarmouches contre des bandes éparses de barbares qui, selon qu'ils s'estimaient ou non en position de force, négociaient leur retraite ou attaquaient, s'esquivaient ou tentaient de traiter avec les Romains. Quant à sa ruée à travers les Balkans, il s'agit sans nul doute d'une offensive "de grand style"… à travers des territoires quasiment dépourvus de troupes ennemies. Mais il faut également reconnaître que si Julien rencontra peu de résistance et si ce blitzkrieg, cette guerre-éclair fut peu onéreuse en vies humaines, ce fut précisément grâce à l'excellence de sa stratégie, privilégiant la rapidité et le mouvement à l'occupation de provinces ou de villes dépourvues d'intérêt stratégique immédiat.
Après tout, Napoléon lui-même ne dut-il pas sa victoire d'Austerlitz autant aux souliers de ses soldats qu'à leurs fusils ?

Je suis en revanche plus sceptique à l'égard de sa compagne contre les Perses.

Le plan initial paraissait brillant : le corps d'armée de Julien devait s'enfoncer en Mésopotamie du côté de l'Euphrate, tandis qu'une seconde armée romaine, opérant plus à l'Est, descendant d'Arménie par la vallée du Tigre, prendrait les Perses à revers, les empêcherait de faire retraite vers l'Iran et les forcerait au combat. En gros, sur une plus vaste échelle, c'était la même tactique que celle qui aurait dû être mise en œuvre contre les Germains qui ravageaient la vallée du Rhin : il était alors prévu que deux colonnes romaines opèrent parallèlement sur chaque rive du Rhin, une du côté des Vosges, l'autre du côté de la Forêt-Noire, afin de prendre les Germains comme dans une nasse… Mais, hélas, en Mésopotamie comme dans la vallée du Rhin, la deuxième branche de la tenaille se brisa. En 357, Barbation, préférant plaire à Constance plutôt que d'obéir à Julien, la joua perso et perdit presque toutes ses forces dans d'absurdes opérations. Et en 363, le corps d'armée placé sous le commandement de Procope et de Sébastien ne quitta jamais l'Arménie. Bien sûr, en Gaule, Julien, avec les seules troupes dont il disposait, avait remporté la brillante victoire de Strasbourg. Mais le Roi des Rois Sapor II était un adversaire autrement puissant, rusé et coriace que le chef alaman Chnodomaire !

Julien défit encore les Perses devant Ctésiphon, leur capitale, mais ne put prendre la ville, qui parût absolument inexpugnable. Étant sans nouvelles de son aile gauche, il aurait sans doute dû comprendre que la partie était perdue, qu'il convenait maintenant de sauver son armée en ordonnant la retraite, quitte à connaître quelques difficultés de ravitaillement en retraversant le pays déjà dévasté à l'aller. Hélas, il ne retint pas cette option - la moins mauvaise de toutes - et s'enfonça en territoire ennemi, sous un soleil brûlant (c'était le plein été), soit pour tenter de faire jonction avec l'armée de Procope, soit afin d'accrocher le gros des forces perses et les contraindre au combat. Un choix qui, comme on le sait, fut fatal à Julien comme il fut néfaste aux aigles romaines.

julien soldat, julien l'apostat

Julien dit l'Apostat

 
 

2. Qu’en est-il de la place accordée à Julien dans les programmes scolaires (en France et ailleurs) ? Personnellement je n’en ai pas entendu parler dans ma scolarité.

 
 
 
RÉPONSE :
 

N'étant pas prof, j'ignore tout des programmes scolaires actuellement en usage dans les écoles belges - et a fortiori dans les françaises. Toutefois, il m'étonnerait fort que l'empereur Julien soit évoqué : aujourd'hui, on néglige l'étude des "grands personnages qui ont fait l'histoire" pour s'intéresser à des choses plus "concrètes" comme la nourriture, les vêtements, l'architecture à travers les âges… Et c'est ainsi que nos djeunes ne savent plus trop si les huttes gallo-romaines furent construites au temps de Jules César ou de Charles le Téméraire, et si les boulangers du palais d'Aix-la-Chapelle cuisirent leurs miches pour Charlemagne ou pour Charles-Quint !

Cela dit, je suis comme vous, je ne me souviens pas d'avoir entendu parler de Julien lors de ma scolarité (début des seventies). Je n'ai appris son existence que vers mes seize ans, en lisant, tout seul, comme un grand, le Dictionnaire philosophique du génial Voltaire.

 
 

3. Will Durand dans son « histoire universelle » dit que l’empereurJulien a baissé les impôts des pauvres. Quelques détails ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Comme je commence à fatiguer un peu, je vais laisser la parole à l'excellent Lucien JERPHAGNON :

Lorsque le César (= Julien) était arrivé en Gaule, la contribution foncière, répartie par unités d'exploitation rurale capables de nourrir une famille, était fixée à vingt-cinq pièces d'or, ce qui était démesuré. Évidemment, l'impôt rentrait mal. Constatant un déficit, le préfet [du prétoire Florentius] décida, par un automatisme que nous ne connaissons que trop, de le combler en appelant un impôt supplémentaire. Or Julien, de même qu'il s'était initié aux techniques de la guerre, avait pris soin, parallèlement, de s'informer des problèmes de gestion, et il savait maintenant établir un budget. Il avait pu constater sur place que la surtaxation ne faisait qu'accroître la misère des contribuables, et, partant, diminuait encore le rendement de l'impôt. De plus, le recouvrement se faisait le plus souvent au seul profit d'une bureaucratie pléthorique et sans génie, quand ce n'était pas au bénéfice d'administrateurs peu scrupuleux, dont la main droite ignorait ce que touchait la main gauche. Julien avait donc fait ses calculs, qu'il opposa à ceux de Florentius. Plutôt que d'augmenter stupidement les contributions, il fallait d'abord réprimer, et durement, le coulage, les malversations des gestionnaires, restreindre les dépenses, renoncer aux remises d'arriérés qui ne profitaient en fait qu'aux plus grands des latifondiaires. De plus, les vaincus devaient être tenus à des dommages de guerre. Florentius maintint son point de vue. Il y eut entre les deux hommes des discussions violentes, et Florentius porta le différend devant l'empereur. Constance soutint son préfet, mais Julien tint bon. Il obtint même que, dans certaines régions sinistrées, l'administration renonçât à poursuivre les contribuables défaillants. Quand Julien quitta les Gaules, le taux d'imposition avait baissé, dit Ammien, des deux tiers. On comprend sans peine, mais non sans envie, le même auteur quand il écrit : « pour cette raison, comme si un soleil sans nuages avait brillé sur ces régions après tant de ténèbres affreuses, la joie des Gaulois s'exprimait dans l'enthousiasme et dans les danses… » Julien - Jerphagnon
On comprend nos ancêtres les Gaulois… Cette politique fiscale intelligente, assortie d'une extrême rigueur dans la tenue de la comptabilité publique, qui dérangea plus d'un administrateur des finances dans ses petites habitudes, vaudra même au César un satisfecit posthume de la part de Grégoire de Nazianze, à qui pourtant les compliments écorchent la bouche quand il s'agit de Julien. En revanche, le César ne s'était pas fait un ami de Florentius, et il aurait bientôt l'occasion de s'en apercevoir.
(Lucien JERPHAGNON, Julien dit l'Apostat, Seuil, 1986).
 
 
 
17 Septembre 2006
Patricia a écrit :
 
Quelle est votre opinion à propos de la superbe série Rome (HBO). Quelle est votre opinion à propos du réalisme de la série ainsi que la manière dont est traité l'histoire de Jules César et sa famille.
 
 
 
RÉPONSE :
 

La série Rome ?
Je la trouve tout bonnement fantastique, formidable, somptueuse, passionnante et, qui mieux est, fort intelligente et (relativement) fidèle à l'Histoire (avec un grand H) !… Mais je n'en dirai guère plus. En effet, je ne voudrais pas empiéter sur les plates-bandes de mon excellent camarade Michel ELOY, le grand spécialiste belge des péplums, qui, dans le cadre de son site Péplum - Images de l'Antiquité, prépare un très volumineux dossier sur cette série, en complément de celui qui y figure déjà : Clic !.

Afin d'être informée en temps et heure de la mise en ligne de cette exégèse, je vous invite donc à consulter régulièrement la page consacrée aux Nouveautés du site Péplum.

rome - HBO