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Sommaire Juin 2006 :

  • 2 Juin :
    • Alain nous fournit quelques précisions sur les Nazôréens : Clic !
  • 2 Juin :
    • Néron en illustre compagnie… : Clic !
  • 4 Juin :
    • GRICCA : La rébellion du comte d’Afrique Héraclien en 413 : Clic !
  • 13 Juin :
    • Découvertes romaines en Inde du Sud… : Clic !
  • 14 Juin :
    • Arria la Jeune, Josèphe, Thraseas, Sénèque, Néron, les Pison, les Chrétiens : rien que du beau monde ! : Clic !
  • 21 Juin :
    • Marius et Sylla ; de vieux potes en froid ? : Clic !
      • Marius et Sylla beaufs ? Du roman ! (Réaction de Michel ELOY)  : Clic !
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  • 22 Juin :
    • La conversion de Constantin : rien qu'une vaste blague ? : Clic !
  • 26 Juin :
    • La Sibylle taquine Tarquin : soyons moins sibyllin ! : Clic !
  • 26 Juin :
    • Bataille de la Sabis : Labienus ne commandait pas les Carabiniers d'Offenbach ! : Clic !
  • 26 Juin :
    • Allez, tentons une bonne fois d'y voir clair dans la smalah de la belle Cléo ! : Clic !
  • 29 Juin :
    • Constantin à Trèves ? : Clic !
  • 30 Juin :
    • Guerres juives et données chiffrées… : Clic !
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2 Juin 2006
Alain Vezes a écrit :
 

Je suis tombé par hasard sur votre réponse à propos du vocable "Nazoréen", qui désignait les tout premiers paléochrétiens d'origine juive. Je me suis beaucoup intéressé à ce sujet et je vous livre en brut le résultat de ces recherches.

NAZÔREENS

Le vocable "Nazôréen" désignait, au Proche-Orient, les paléochrétiens d'origine juive. Voici, résumé, ce qu'après de multiples recherches, on peut en penser :

  • Tout d'abord, il semble acquis que Jésus lui-même fut bien désigné comme Nazôréen (ou Nazaréen).
  • Cela n'était pas lié à l'hypothétique village de Nazareth mais à ses accointances avec un mouvement religieux marginal messianique qui était surtout établi dans le Nord du pays, c'est-à-dire en Galilée, en Décapole et en Pérée.
  • C'étaient en quelque sorte les pendants des Esséniens de Judée.
  • La famille de Jésus, en particulier son frère Jacques, étaient aussi des sympathisants de ce mouvement. C'est pourquoi les premiers judéo-chrétiens, dirigés par ce Jacques, furent assimilés à des Nazôréens.
  • Il ne faut pas confondre les Nazôréens (gardiens, veilleurs, protégés) avec les naziréens, c’est-à-dire ceux qui faisaient vœux de naziréat, bien que Jacques fut à la fois un Nazôréen et un nazir.
  • Le judaïsme du IIe siècle appelait les premiers chrétiens des nozrim, et dans tout le Proche-Orient actuel ils sont encore désignés comme des nasrani.
  • Il y avait des relations entre ces Nazôréens du Nord, les Esséniens du Sud et les divers baptistes de l'Est.
  • Jésus s'est ensuite rapproché du mouvement baptiste et s'est surtout fortement démarqué des Nazôréens (même si le nom lui est resté). En particulier il mangeait de la viande et buvait du vin, alors que beaucoup de Nazôréens étaient végétariens (d'où sa désignation comme « mangeur et buveur »).
  • C'est pourquoi aussi il ne fut pas compris au début par ses frères.
  • C'est chez les Nazôréens du Nord que l'on utilisait le terme de "Fils de l'Homme", que Jésus a repris pour lui.
  • On considère qu'après les guerres juives, les Nazôréens du Nord ont fui en Syrie. Là, le mouvement s'est diversifié puis lentement étiolé.
  • Beaucoup pensent que les actuels Mandéens d'Irak sont des lointains descendants de ces Nazôréens. Ils se désignent d'ailleurs eux-mêmes comme tels. Ils honorent Jean Baptiste et rejettent Jésus.
  • Quant à la ville de Nazareth, il est possible qu'il s'agissait simplement à l'époque d'une communauté de Nazôréens (comme Qûmran, mais en beaucoup plus simple) appelée Nazara (cf. Luc). Jésus y aurait été instruit.
  • Comme cette dénomination de Nazôréen était gênante, les pagano-chrétiens ont par la suite imaginé, à partir de la communauté de Nazara, la ville de Nazareth et transformé Nazôréen en Nazarénien.
  • Ce n'est que beaucoup plus tard, au IIIe siècle, que Nazareth exista réellement.
 
 
2 Juin 2006
Philippe a écrit :
 

Je me permets de vous écrire à propos d'une remarquable céramique italienne du XVIe.

hercule - neron - enee

Il s'agit d'un plat d'offrande, sans doute destiné à honorer un prince ou un personnage important. Trois figures y apparaissent : Néron - Hercule - Enée
Il me semble que ces trois personnages sont les symboles de trois types :
- Néron, négatif
- Hercule, positif, qui a pour mission de purifier la terre des dangers, de la rendre habitable.
-
Enée, entre le bien et le mal, qui ne progresse pas sans hésitation, dont l'excellence n'est jamais tout à fait assurée.Ce héros "intermédiaire" est aussi un explorateur, donc quelqu'un qui traverse des épreuves, symbole du génie expansif et civilisateur

Ces trois personnages sont entourés d'une guirlande d'instruments de musique, qui est la recherche de l'harmonie. L'harmonie humaine serait donc à trouver au centre du plat dans cet angelot, archer de l'amour qui reste attaché à un arbre.
Fait étrange, entre les trois personnages figurent des inscriptions en hébreu dans des cartouches. J'essaie de les traduire, sans résultat pour le moment.

Connaissez-vous cette association de Néron, Hercule, Enée dans des textes ou bien des objets romains ou plus tardifs (je pense en particulier à la Renaissance) ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Cette association Néron, Hercule, Énée, a priori aussi fantaisiste qu'une énumération de Prévert, pourrait peut-être trouver un semblant d'explication historique - ou plutôt, mythologico-historique. En effet, en jetant un coup d'œil sur ces deux tableaux généalogiques, extrêmement simplifiés (voir ici : Clic ! et Clic !), vous constaterez non sans intérêt (enfin, je l'espère) que Néron descendait à la fois d'Auguste (donc aussi de Jules César) et d'Antoine. Or, la famille des Jules (gens Iulia) prétendait remonter à Iule, fils d'Énée, tandis que le vigoureux Antoine se disait, quant à lui, descendant d'Hercule. [Par parenthèse, je viens de lire dans un récent numéro de la revue L'Histoire - n°310 de juin 2006, p. 24 - que ce serait pour étayer cette prétention qu'Antoine n'hésita pas à se dévêtir pour participer aux Lupercales de 44 av. J.-C. alors que, pour un Romain de son âge, la nudité était jugée inconvenante]. D'autre part, les instruments de musique peuvent également illustrer les prétentions artistiques de l'empereur-artiste Néron, lui qui se voulait l'égal des plus grands citharèdes de son temps.

Évidemment, je doute fort que ces liens "familiaux" entre Néron, Énée et Hercule soient venus à l'esprit d'un céramiste du XVIe siècle. Votre explication des allégories représentées sur cet objet est donc probablement bien plus vraisemblable que l'hypothèse que je viens de formuler.
Du reste, j'ai bien peur que votre demande ne dépasse largement mes compétences, n'étant ni particulièrement bien documenté, ni même spécialement intéressé par la mythologie gréco-romaine, par les objets usuels voire par les œuvres d'art de l'Antiquité romaine (et encore moins sur celles de la Renaissance). En "publiant" votre message dans les pages réservées au courrier des visiteurs de mon site, j'espère donc qu'un internaute mieux averti pourra nous fournir des renseignements intéressants sur les motifs étranges de cette étrange céramique. Le cas échéant, je ferai, naturellement, le plaisir vous transmettre ces infos.

 
 
 
4 juin 2006
Gricca a écrit :
 

La rébellion du comte d’Afrique Héraclien en 413

Sous le règne du faible Honorius (395-423), les années 406 à 413 furent très agitées en Occident puisqu’on vit non seulement la prise de Rome en 410 par les Wisigoths d’Alaric, suivie de leur installation en Aquitaine, mais aussi la rupture du limes rhénan avec l’invasion des Gaules et de l’Espagne par les Barbares, l’abandon de la Grande-Bretagne et une série d’usurpations révélatrices de la crise profonde que traversait alors cette partie de l’empire romain. Ces usurpateurs furent Marc, Gratien, Constantin III, Constant, Maxime, Attale, Jovin et Sébastien (les usurpateurs marqués en rouge n'apparaissent pas sur ce site), sans oublier la rébellion du comte d’Afrique Héraclien. C’est à ce dernier que l’on va s’intéresser.

Flavius Héraclianus était un officier romain, partisan convaincu de la faction « anti-germaniste » menée par le maître des offices Olympius, et qui dut sa fortune pour être celui qui aurait tué de ses propres mains Stilicon à Ravenne le 22 août 408. En récompense de ce service Héraclien fut nommé par l’empereur Honorius comte d’Afrique à la fin 408 après la disgrâce et l’exécution de son prédécesseur (depuis 401), Bathanarius, époux de la sœur de Stilicon. C’est donc tout naturellement qu’en décembre 409, lors de l’usurpation à Rome de Priscus Attalus avec le concours d’Alaric roi des Wisigoths, Héraclien resta fidèle à Honorius retranché dans Ravenne.
Pour nourrir son peuple, Alaric proposa aussitôt à Attale d’envoyer une flotte mixte romano-barbare s’emparer de l’Afrique, grenier à blé de Rome, avec à sa tête son fidèle lieutenant, Drumas. Attale refusa ne voulant pas livrer aux Goths les clés de l’Afrique. Persuadé de pouvoir s’en emparer sans coup férir, il n'y dépêcha qu'un petit nombre de soldats romains avec un mauvais général Constant chargé de remplacer Héraclien. Celui-ci n’eut aucune difficulté à capturer et à tuer Constant à peine débarqué.
Héraclien prit alors une série de mesures : contrôle des ports africains, arrêt de l’approvisionnement de Rome en blé et en huile, envoi à Ravenne d’une grosse somme d’argent représentant le tribut des Africains pour aider financièrement Honorius alors aux abois et qui put ainsi reprendre l’avantage en distribuant d’utiles congiaires pour raffermir la fidélité des mercenaires Huns et acheter des partisans. L'empereur demanda même à Héraclien de venir le rejoindre avec ses troupes pour combattre les Goths. Héraclien resta cependant à son poste car, la famine éclatant à Rome, Alaric voulut renvoyer en Afrique une autre expédition mixte romano-barbare, 500 Goths seulement, toujours sous le commandement de Drumas. Le Sénat de Rome fut d’accord, mais Attale, toujours peu favorable à ouvrir l’Afrique aux Goths, décida d’envoyer un détachement de soldats romains avec une grosse somme d’argent destinée à débaucher les troupes d’Héraclien. Le Sénat de Rome, appelé à payer la majeure partie de cette somme, ne montra aucun empressement et Alaric, craignant en fait que celle-ci tombe aux mains d’Héraclien, décida finalement de se réconcilier avec Honorius en faisant déposer Attale à Rimini (juillet 410).

Mais l’intransigeance du gouvernement impérial revenu à une politique anti-germaniste entraîna la prise et le pillage de Rome par Alaric le 24 août 410. Ensuite, les Goths, toujours à la recherche de nourriture, se dirigèrent vers les riches Campanie et Apulie, Alaric songeait toujours à s’emparer de l’Afrique et se hâta de rassembler une flotte avant l’équinoxe de septembre. Mais une tempête lui fit échouer la traversée du détroit de Messine et il mourut soudainement à Cosenza en Calabre, probablement en octobre 410. Son successeur Athaulf transigera avec Ravenne et les Goths quitteront l’Italie pour le Sud de la Gaule.

Le danger barbare s’éloignait de l’Afrique. Cependant, pour Héraclien, une autre menace surgissait, venant cette fois du nouvel homme fort du gouvernement, Flavius Constantius (le futur empereur Constance III en 421) devenu en 411, après avoir rétabli la situation politique de l’empire, général en chef (comes et magister utriusque militiae) de l’armée impériale. Il avait réussi à faire condamner à mort par la justice Olympius, en tant que chef du complot contre Stilichon. Maintenant, comme catholique dévot, il intervenait contre les donatistes en Afrique. En juin 411 un important concile d’évêques africains, soit 286 catholiques et 279 donatistes, put se réunir à Carthage sous la présidence du tribun et notaire Marcellin pour régler le conflit entre eux. Impartial, Marcellin trancha en faveur des catholiques. Honorius confirma cette décision le 30 janvier 412. Le culte donatiste fut interdit et ses biens confisqués. L’ordre était en apparence restauré dans l’église d’Afrique par la répression des hérétiques.

Pendant ce temps, Héraclien, qui avait, dit-on, un penchant pour “le vin et les pots-de-vin”, donnait sa fille en mariage à son familier et domestique Sabinus, un homme à l’esprit fin et actif, avec lequel, mêlant avidité et vénalité, il se livra à divers trafics et exactions. St Jérôme († 419) accuse Héraclien d’avarice et de cruauté envers les réfugiés romains ayant fui la capitale après le sac de 410.

honorius
Alors que St Augustin exhortait les fidèles à prendre en charge les plus démunis et les malades, Héraclien aurait organisé la vente à des marchands syriens de jeunes réfugiées italiennes destinées à finir dans les lupanars d’Orient. Une grande dame, Anicia Faltonia Proba, fille, veuve et mère de consuls, qui, comme beaucoup d’autres, s’était réfugiée en Afrique après le sac de Rome, était encore assez riche pour tenter le cupide Héraclien, qui la traita durement dans le rachat de captifs.

On peut se demander si le mauvais côté du personnage n’a pas été forcé, car Honorius continua à lui apporter son soutien par l’attribution du consulat pour le 1er janvier 413, avant même son principal ennemi Constance. Mais Héraclien ne fut guère rassuré par cette manifestation de reconnaissance, car il voyait chaque jour les accusations contre lui prendre de l’ampleur et l’influence de Constance sur Honorius croître de plus en plus. Cela expliquerait pourquoi, soudain, au printemps 413, il se décidait à retenir la flotte annonaire, ce qui lui valut d’être aussitôt déclaré « ennemi public » par Honorius. Alors, plutôt que d’attendre une réaction impériale, Héraclien, sachant que Constance était occupé dans ses préparatifs militaires contre l’usurpateur gaulois Jovin, décida de rassembler le plus de bateaux possible (3700 navires de transport, sans doute de petites embarcations si on accepte le chiffre donné par Orose, ou mieux, selon une autre source, 700 navires et 3000 soldats) afin de conduire une armée en Italie.

Laissant à Carthage son gendre Sabinus, il s’embarqua pour atteindre l’embouchure du Tibre. De là, négligeant Rome, il prit la route de Ravenne où se trouvait la cour, mais près d’Utriculum (Otricoli province de Terni en Ombrie) première place où la via Flaminia franchit le Tibre après le pont Milvius, il éprouva un sanglant échec face au comte Marinus, un lieutenant de Constance, envoyé à sa rencontre. Alors, abandonnant rapidement ses troupes, Héraclien revint presque seul à Carthage où se sachant menacé, il chercha refuge dans un monument circulaire funéraire commémoratif situé sur le plateau de l’Odéon au Nord-Ouest de la ville. Mais, découvert, il fut tué par deux agents de Constance entre mars et juillet 413 (Les Annales de Ravenne placent l’assassinat d’Héraclien au 7 mars 413, ce qui semble bien tôt dans l’année car normalement les liaisons maritimes régulières entre Carthage et l’Italie sont interrompues entre novembre et mars).
Son consulat et ses actes furent annulés, son nom effacé par un édit impérial du 2 août, ses propriétés confisquées et donnés au général en chef Constance, qui en usa pour financer son consulat accordé pour le 1er janvier 414. A cette occasion, on rapporte que Constance aurait été déçu de ce que ces biens n’aient pas eu plus de valeur.

Son gendre Sabinus, plus chanceux, avait pu s’enfuir et gagner Constantinople qui, au bout de quelques temps, le renvoya en Occident où il fut condamné à l’exil. Il avait échappé à la mort car le comte Marinus qui avait débarqué à Carthage à la suite d’Héraclien, pour le remplacer comme conte d’Afrique, s’en prit avec zèle aux partisans de son prédécesseur qui semble avoir trouvé un certain soutien chez les Africains. Marin en profita aussi pour faire arrêter sous prétexte de corruption et de participation à la révolte, Marcellin qui avait présidé le concile de Carthage de juin 411 (ses ennemis l’avaient déjà accusé de corruption), ainsi que son frère l’ex proconsul (en 411) Apringius. Ils furent exécutés à la mi septembre 413, malgré l’intervention des évêques africains (dont celui d’Hippone [396-430], le célèbre St Augustin). La cour impériale avisée de l’innocence des deux frères reconnut l’injustice commise par Marin qui fut immédiatement rappelé d’Afrique et démit de ses fonctions. Marcellin sera réhabilité et l’Eglise romaine ira jusqu’à le vénérer comme martyr (fête au 6 avril dans le martyrologe romain).

Comme la folle équipée d’Héraclien échoua lamentablement, on ne saura jamais ses intentions en marchant vers Ravenne alors résidence impériale. Voulait-il seulement se disculper auprès de la cour des soupçons qui pesait sur sa conduite et tenter de détruire l’influence de Constance sur Honorius ? Essayer de partager le pouvoir avec Honorius comme venait de le faire en 409 l’usurpateur Constantin III et le fera en 421 Constance III ? Ou purement et simplement remplacer l’empereur légitime comme on l’accusa par la suite après son débarquement en Italie ?
En tout cas Héraclien ne prit pas le titre d’Auguste et ne fit pas frapper monnaie à son nom.

Quant à l’Afrique, qui avait échappé à l’invasion des Wisigoths par l’Italie, elle sera envahie par les Vandales de Genséric venus d’Espagne et occupée après la défaite au printemps 430 du comte Boniface, l’un des successeurs d’Héraclien, Carthage tombera en 439. Les Romains ne récupéreront l’Afrique sur le royaume des Vandales qu’en 533 grâce au général Bélisaire.

Et comme l’histoire présente parfois des similitudes, en 608, le vieil exarque d’Afrique qui portait le nom d’Héraclius se révoltait contre l’empereur Phocas et sa première action fut de suspendre immédiatement l’envoi du blé à Constantinople, la seule capitale impériale depuis 476. Son fils homonyme chargé de conquérir l’empire réussira à renverser Phocas et à le remplacer.Héraclius fils régnera de 610 à 64. Il fut le contemporain des premières conquêtes « arabes », mais aussi le premier empereur à utiliser le titre impérial grec de « Basileus » en 629.
Carthage sera définitivement perdue pour l’empire en 698 et la rapide islamisation de l’Afrique fera disparaître complètement le christianisme de la patrie de Tertullien, Cyprien et Augustin. Et ce contrairement à l’Égypte ou au Moyen-Orient où les communautés chrétiennes se sont maintenues jusqu’à nos jours (Coptes, Maronites, Syriaques et autres), ce qui laisse perplexe pour expliquer ce phénomène qui changea à jamais les rapports de l’Afrique du Nord d’avec les autres contrées de l’ex-empire romain d’Occident restées ou redevenues chrétiennes.

Sur ce phénomène d'arabisation et d'islamisation voir le site : www.amazighworld.org

GRICCA

 
 
 
13 juin 2006
Philippe a écrit :
 

Objet : Découvertes intéressantes en Inde du Sud, en relation avec la Rome antique

Cet article de la BBC devrait vous intéresser : news.bbc.co.uk.
Il concerne la découverte du port de Muziris, au Kerala, place connue pour avoir eu de nombreux échanges commerciaux avec la Rome antique

En vous souhaitant bonne lecture…

 
 
 
18 Juin 2006
Claude a écrit :
 

Suite à la lecture de La vie quotidienne à Rome de J. Carcopino, je fais actuellement des recherches (plutôt pour ma culture générale que pour autre chose) sur une certaine Arria la Jeune, fille d'Arria l'Aînée (célèbre pour son « Paete, non dolet » ["Non, Paetus, ça ne fait pas mal", aurait dit cette forte femme en donnant à son époux Paetus l'exemple d'un suicide réussi - note du webmaster]), femme de Publius Clodius Thrasea Paetus et mère entre autres de Flavius Josèphe.

D'après ce que j'ai trouvé sur Internet, elle aurait vécu sous Claude (pas moi, mais mon homonyme) et Néron, et son mari fut contraint au suicide par ce dernier, car trop vertueux (ou trop critique envers le comportement de Néron ?). Est-ce vrai ? Par ailleurs, cette Arria la jeune serait d'origine juive (appartenant à la famille d'Hérode de Judée, mais quel lien exactement ?). Est-ce exact ? Existerait-il un lien entre cette grande famille Pison (dont ferait partie ce Thrasea Paetus) et l'histoire du Christ ? Car j'ai également lu que Sénèque encourageait Néron à accepter les premiers chrétiens, avant l'incendie de Rome en 64, pour garder la main mise sur l'esclavage: la religion au service de la politique en quelque sorte…?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je ne sais pas grand-chose d'Arria la Jeune, mais ce dont je suis quasiment sûr et certain, c'est que ce ne fut pas elle qui donna le jour à l'historien juif Flavius Josèphe. Dans son Autobiographie, lui -même précise que, bien loin d'être une matrone romaine, sa mère descendait de la famille royale des Asmonéens - autrement dit, de la famille nationaliste juive des Macchabées. Donc une lignée on ne peut plus juive pour cet homme qui se présentait, non sans un soupçon d'arrogante fierté, comme un pharisien, né de pharisien, "issu non seulement de la race des sacrificateurs (des grands prêtres), mais de la plus éminente des vingt-quatre lignées qui le composent".
Rien que ça !

Effectivement, Paetus Thraseas, un stoïcien radical, nostalgique de la République et admirateur des meurtriers de César, Cassius et Brutus, se suicida après l'échec de la conspiration de Pison contre Néron . C'est d'ailleurs sur cette mort philosophique que s'achèvent abruptement les manuscrits mutilés des Annales de Tacite que nous possédons encore aujourd'hui (traduction, voir site bcs.fltr.ucl.ac.be)…

Personnellement, je ne sais rien des relations qui auraient existé entre ce Thraseas, les Pisons et les premiers chrétiens. Jadis, dans mes pérégrinations sur la Toile, j'avais, me semble-t-il, repéré un site consacré à cette problématique. L'ayant trouvé assez fantaisiste (ô combien !), je ne l'avais pas gardé parmi mes signets, et je ne sais s'il existe encore. À première vue, je ne l'ai point retrouvé via Google
En revanche, les relations entre Sénèque et les premiers chrétiens sont mieux attestées, même si leur réalité historique reste hautement problématique. En effet, l'authenticité du texte qui en fait état - la correspondance apocryphe entre Sénèque et Paul - n'est reconnue par aucun historien sérieux. Mais, naturellement, ce n'est pas parce que ces lettres-là sont bidonnées qu'une correspondance authentique, probablement bien plus intéressante du point de vue historique, n'a jamais existé. (À ce sujet, voyez ici : Clic !).

 
 
 
21 Juin 2006
Gérard a écrit :
 
Sylla n'était-il point ami de Marius, avant de devenir un ennemi ?
L'on dit qu'ils auraient fait campagne ensemble.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Marius et Sylla ?
Ces personnages, qui vécurent près d'un siècle avant l'avènement du premier de mes empereurs, ne m'intéressent évidemment donc pas au premier chef. Cependant, je crois savoir - vieux souvenirs scolaires - que Sylla fut le chef de cavalerie de Marius lors de la guerre contre Jugurtha.
S'il m'en souvient bien, ce serait même Sylla qui manigança l'embuscade fatale au roi de Numidie. Se fiant à ma parole de ce Romain, encore plus fourbe que lui-même, il se rendit au camp romain pour négocier, sans armes et avec une escorte dérisoire. Mais à peine fut-il entré que les légionnaires massacrèrent ses gardes et s'emparèrent enfin de lui, de cet Africain qui narguait Rome depuis des années.

 
jugurtha
28 Juillet 2006

RÉACTION DE MICHEL ELOY
(Site PEPLVM - IMAGES DE L'ANTIQUITÉ)

 

Je voudrais réagir à ce courrier.

J'ignore sur quelle base intervient ton correspondant. Ta réponse est historiquement parfaitement correcte. Mais peut-être ton visiteur a-t-il (entre)vu une autre "vérité" ?

Comme tu sais, je suis "fan absolu" de Colleen McCullough, qui est au roman historique ce que ROME (HBO) est au péplum et Murena à la BD. Du tout bon. Oui, mais…

Donc de Colleen je me régale, car c'est un must, mais je la lis toujours avec un pistolet chargé sur le coin de ma table (en l'occurrence une série de bios des différents protagonistes). La brave romancière néo-zélandaise raconte que Marius et Sylla épousèrent respectivement une Julia et une Julilla, filles d'un Caius Julius Caesar qui était le grand-père de l'autre, le nôtre, C. Julius Caesar - le conquérant des Gaules.
Julilla est un diminutif pour différencier la cadette de l'aînée car chez les Romains, il n'existe pas de prénom pour les filles, qui à la place portent le paternel patronyme, au féminin. Toutes les filles d'un C. Valerius Messala s'appellent nécessairement Valeria Messalina (la fameuse Messaline, par exemple !), et les filles d'un C. Julius Caesar se nomment toutes Julia, forcément.

Libre aux parents de leur donner des surnoms aussi affectueux que Julia Prima, Julia Secunda, Julia Tertia… ou l'"aînée", la "cadette". Julilla est la cadette de Julia, l'épouse de Marius.

Selon Colleen McCullough, donc, non seulement Marius et Sylla sont collaborateurs dans les guerres contre Jugurtha et contre les Cimbres, mais ils sont aussi beaux-frères, ayant chacun épousé une Julia, l'aînée et la cadette. Ici, nous entrons dans le roman, l'information n'étant corroborée par aucun bio de Marius ou de Sylla.

En fait, si j'en crois celle de Sylla par François Hinard (Fayard), la première épouse de Sylla se serait nommée Ilia. Absurde évidemment, aucune famille romaine digne d'épouser un Cornelius Sylla ne se nomme Ilius. Quelques historiens ont donc corrigé - car Plutarque écrit en grec et massacre un peu les noms latins - en Iulius, Julius quoi.
C'est l'hypothèse qu'en bonne romancière Colleen a choisi de suivre.
Mais une autre première ou seconde épouse de Sylla, toujours selon Hinard, se serait nommée Aelia. Il semble plus probable que ces deux femmes n'en étaient qu'une seule, et que Ilia soit la même qu'Aelia. Cette Julia-la-Jeune ou Julilla n'a donc jamais épousé Sylla; elle n'a même probablement jamais existé.
Aucun historien, en tout cas, n'a jamais laissé entendre que Marius et Sylla étaient parents par alliance (au contraire de "notre" Jules César, qui - lui - était effectivement apparenté aux deux).

A mes yeux, ça ne diminue en rien l'intérêt de la saga de Colleen McCullough en neuf volumes, Les Maîtres de Rome, un vrai régal, plein de finesse et d'observations judicieuses. Mais c'est un roman. Retenons donc que Marius et Sylla ont été collègues avant d'être ennemis. Mais ils n'ont jamais été beaufs.

MICHEL ELOY