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Sommaire Avril 2006 :
- 1er Avril :
- Dame Caesonia, épouse de Caius "les petits
godillots" : Clic !
- 1er Avril :
- GRICCA : Ouvrages sur Trajan et d'autres empereurs
: Clic !
- 10 Avril :
- Le retour des beaux légionnaires tatoués
: Clic !
- 15 Avril :
- Un Titus fort romantique… : Clic
!
- 16 Avril :
- Des Roumains conscients des bienfaits de la colonisation
romaine ? : Clic !
- 16 Avril :
- Jules, manipulateur post mortem (suite)
: Clic !
- Jules, vrai ou faux empereur (suite) : Clic
!
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| 2e
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- 17 Avril :
- Un père conscrit d'Outre-(notre)mer…
: Clic
!
- 21 Avril :
- Romulus, fondateur mythique ? : Clic
!
- De Romulus à Augustule, une longue histoire…
: Clic
!
- Aux sources de la vie inimitable de Cléo
et de son Tonio : Clic
!
- 24 Avril :
- Auguste aux petits soins pour son médecin
Musa : Clic
!
- 24 Avril :
- 24 Avril :
- Paul de Samosate : l'histoire écrite par les
vainqueurs… : Clic
!
- 25 Avril :
- Une chrétienne admonestation… : Clic
!
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| 3e
PAGE |
- 26 Avril :
- Des précisions sur Gombette (Gondebaud), le
Burgonde : Clic
!
- Des traces d'un grand débat sur l'immigration-intégration
des Barbares dans l'Empire romain ? : Clic
!
- 27 Avril :
- Cornes de Moïse et huitième mois d'Octave
Auguste : Clic
!
- 28 Avril :
- Quand Sylla règle ses comptes… : Clic
!
- 28 Avril :
- Identité romaine et Grandes invasions : Pas
d'Indépendance Cha-Cha pour les descendants
d'Astérix, l'irréductible Gaulois : Clic
!
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RECHERCHE
DANS LE SITE
"EMPEREURS ROMAINS"
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| 1er Avril 2006 |
| Vania
a écrit : |
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| Je
voudrais savoir le rôle de Cæsonia
dans la vie de Caligula ? |
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| RÉPONSE
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Milonia
Caesonia fut la quatrième épouse
de Caligula.
Il semble bien que le jeune empereur convola
avec cette dame uniquement parce qu'il en espérait
un héritier. Elle n'était en effet
ni particulièrement jolie ni de toute
première fraîcheur (cette langue
de vipère de Suétone prétend
même qu'elle était perdue de vices,
mais peut-être exagère-t-il un
tantinet, selon sa peu louable coutume…).
En revanche, sa mère avait eu sept enfants
de ses six maris successifs, et elle-même
avait déjà donné naissance
à plusieurs bambins.
Bref, Caligula avait surtout épousé
un ventre. D'ailleurs, l'empereur ne
prit aucun risque : il ne conclut officiellement
son mariage avec cette Cæsonia qu'après
que celle-ci eut accouché d'une fillette
née de ses œuvres, une petite Julia
Drusilla… qui sera sauvagement massacrée
lors de l'assassinat de ses parents.
Pour le reste, il est sans doute impossible
d'estimer le rôle - politique ou autre
- de Cæsonia auprès de son impérial
époux. Déjà qu'il est bien
difficile, dans la biographie de Caligula, de
démêler la possible "vérité
historique" de tout de ce qui relève
du mythe sur-interprété ou même,
tout bonnement, de la calomnie partisane ! Dès
lors, comment jauger l'influence de cette femme
si évanescente, dont les auteurs antiques
ne parlent pas sinon pour un dire du mal - sans
doute uniquement parce qu'elle fut l'épouse
d'un souverain dont la mémoire avait
été condamnée ?
(Pour quelques autres infos biographiques
sur Cæsonia, ainsi
que pour sa représentation dans un
sulfureux péplum des seventies,
voyez le site ami Péplum
- Images de l'Antiquité : Clic
!).
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| 1er Avril 2006 |
| Gricca
a écrit : |
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Ouvrages
sur Trajan et dautres empereurs
Complément
au courriel
du 28 Février 2006 de Quoc Cuong
Un autre livre est paru sur Trajan.
Il sagit de la traduction en français
(pas toujours parfaite) du « Trajan
» de lauteur roumain Horia I. Ursu,
écrit en 1971 et paru aux éditions Thélès,
PARIS 5e, en 2004,( ISBN 2-84776-137-3).
Voici le résumé au dos de louvrage
:
« Ce
livre est la biographie de lillustre empereur
romain Trajan. Lauteur nous révèle
non seulement les exploits du militaire, du bâtisseur,
de lhomme de loi, du redresseur de léconomie
de lempire, mais il nous donne aussi une image
de la vie quotidienne, des murs et de la société
des Romains de lépoque. Louvrage
soulève en même temps une problématique
importante : celle de la création du noyau
du futur état roumain que lon attribue
tantôt à Trajan, tantôt aux Rois
Daces. Il sagit de lune des premières
synthèses en français à consacrer
dans sa totalité une étude sur la
présence romaine en Dacie ».
Sinon la biographie
majeure sur Trajan reste louvrage en anglais
de Julian Bennett : « Trajan Optimus
Princeps, A life and Times » paru
chez Routledge en 1997 (ISBN 0-415-165245), non encore
traduit en français comme le sont, déjà,
les biographies sorties en 2002 aux Infolio éditions,
à savoir :
- - Le «
Claude » de Barbara Levick,
- Le «
Néron ou la fin dune dynastie
» de Miriam T. Griffin,
- Le «
Vespasien » de Barbara Levick,
Voir le site : www.infolio.ch
En parution aux
Infolio éditions :
- Le «
Dioclétien et la relance de Rome »
de Stephen Williams,
- Le «
Tibère » de Barbara Levick.
Voir le site : www.infolio.ch/
[Un essai sur « Tibère, Lempereur
malgré lui » est paru en français
chez Mare & Martin PARIS 10ème (ISBN
2-84934-014-6) de Pierre Renucci, auteur déjà
de « Les idées politiques et le
gouvernement de lempereur Julien »
en 2000 et d « Auguste le révolutionnaire
» en 2003].
En préparation aux Infolio
éditions :
- Le « Domitien
un tyran tragique » de Pat Southern
On peut donc attendre
avec impatience les autres biographies dempereurs
sorties chez Routledge
- Le Nerva
and the roman succession crisis of AD 96-99
de John D. Grainger
- Le Hadrian,
the restless emperor dAnthony R.
Birley
- Le Septimius
Severus the african emperor dAnthony
R. Birley
Anthony R. Birley est aussi lauteur du Marcus
Aurelius, a biography paru chez Batsford
qui a publié un Theodosius, the
empire at bay de Stephen Williams and
Gerard Friell.
Pour revenir
à Trajan on trouve, en français, un
remarquable ouvrage sur « Les guerres daciques
de Domitien et de Trajan : architecture militaire,
topographie, images et histoire », dAlexandre
Simon Stefan , sorti en 2005, dont le résumé
et les références sont sur le site :
www.publications.ecole-francaise.it
Enfin on peut
signaler lexcellent roman historique de François
Fontaine sur Trajan « Mourir à Sélinonte
» chez Julliard (1984), mais aussi dans la collection
Pocket sous le n° 2809 édité par
Pocket, 1ère édition en 1987. Cet auteur,
bon connaisseur de la Rome impériale des Antonins,
a écrit de nombreux romans historiques, tous
remarquables, à savoir chez Fayard «
Lusurpation ou le roman de Marc Aurèle
» (l979) ; chez Julliard : « Douze
autres Césars » (1985) ; «
Dor et de bronze, mémoires de T. Claudius
Pompeianus » (1986) ; « Blandine
de Lyon » (1987) ; aux éditions de
Fallois « Le Sang des Césars »
(1989) ; « Marc Aurèle »
(1991) ; « Vingt Césars et Trois Parques
» (1994) ;
Voir les sites : littera.incitatus.ifrance.com
et www.peplums.info
GRICCA
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| 10 Avril 2006 |
| Jdecl
a écrit : |
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En réponse à un mail du 2
Janvier 2006 sur les tatouages des légionnaires
:
Dans son excellent bouquin
La fin de l'armée romaine, Philippe
Richardot fait une allusion à une marque apposée
aux soldats :
"Quelle que soit leur
catégorie, les recrues continuent comme autrefois
à être marquées (1).
Un édit de 398 émis à Constantinople
déclare même que les armes des manufactures
impériales doivent être marquées
comme les recrues (2)."
1. Y le Bohec, l'armée
romaine, Paris, Picard, 1989
2. C TH X, 22,4
(Source : la fin de l'armée romaine,
Philippe Richardot, ed Economica, 2001)
Donc les soldats étaient
bien marqués d'une façon ou d'une autre
(pour décourager les déserteurs potentiels
?). Peut-être Yan le Bohec donne-t-il le type
de marque apposée dans son livre. Une marque
au fer semble certes infâmante pour le soldat,
mais la méthode semble plus rapide et moins
coûteuse que le tatouage. |
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| RÉPONSE
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| Merci pour cette très
intéressante info… qui m'a mis sur la
piste d'un texte de Végèce (fin du IVe
siècle ap. J.-C.) qui parle, effectivement,
d'une marque apposée aux recrues romaines :
"On ne soumettra pas immédiatement
le conscrit à la marque du pointillage
; on lui fera subir auparavant les épreuves
de l'exercice, pour s'assurer si réellement
il est propre à d'aussi grands travaux. On
exigera de lui l'agilité, la force, l'intelligence
des armes, l'aplomb militaire. Plusieurs, qui de
prime abord ne semblent pas à dédaigner,
sont taxés, à l'essai, d'incapacité.
Laissant donc de côté les moins aptes,
on les remplacera par de plus habiles ; car, à
la guerre, la valeur fait plus que le nombre. Aussitôt
que les conscrits auront obtenu la marque distinctive,
on leur démontrera les armes par des exercices
de tous les jours. Dans l'incurie d'un loisir prolongé,
cet usage s'est perdu." (Végèce,
De l'Art militaire, livre I, 8 - trad. site remacle.org).
Ouais !… Bien que (je le dis souvent et le
répète encore) je ne sois pas très
à l'aise dans les questions relatives à
l'armée romaine, j'ai quand même des
doutes… Ma réponse
du 2 janvier 2006 concernait la "grande époque"
de l'Empire romain, le "beau IIe siècle"
des Antonins, alors que le texte de Végèce
repris ci-dessus ainsi que le Code théodosien
que vous citez se rapportent au "Bas Empire"
(fin du IVe siècle, début du Ve). Or,
à cette époque-là, l'engagement
dans la légion avait, depuis belle lurette,
cessé d'être volontaire. L'armée
romaine était désormais presque exclusivement
composée de soldats fort peu fiables, de barbares
mal dégrossis, de prisonniers de guerre ou
d'ouvriers agricoles arrachés de force aux
champs de leur patron. Autant dire que le
problème numéro un du haut commandement
devait être d'empêcher ces bidasses, absolument
démotivés, de "faire le mur"
à la première occasion ! Pour pallier
ces velléités récurrentes de
désertion, un marquage (par pointillage ? j'ignore
ce que cela signifie concrètement) pouvait
donc s'avérer utile… Mais, deux siècles
plus tôt, les valeureux soldats du général-gladiator
Maximus, qui étaient citoyens romains ou aspiraient
à le devenir à la fin de leur service,
auraient-ils accepté cette marque infâmante
?
À mon avis, la question reste ouverte…
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| 15 Avril 2006 |
| Anaïs
a écrit : |
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Objet
: Du seul et unique regret de Titus
Aussi bien passionnée
d'histoire que de théàtre, je considère
Titus comme un des personnages les plus dignes d'intérêt
de l'Antiquité, surtout en ce qui concerne
le mystère qui plane autour de ses véritables
intentions.
À ce sujet je me permets d'émettre une
nouvelle hypothèse (qui, j'en suis consciente,
risque de passer pour un excès de romantisme,
dû à une lecture abusive de Racine) pour
expliquer cette fameuse et énigmatique "unique
action" que Titus pourrait regretter au crépuscule
de sa vie : ne pourrait-il pas regretter d'avoir quitter
l'amour de sa vie, Bérénice ? |
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| RÉPONSE
: |
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| Titus
épris de Bérénice
au point de regretter jusqu'à son lit de souffrances
et d'agonie ce bel amour sacrifié sur l'autel
de la realpolitik… Oui, bon, je dois
certainement être moins romantique que vous,
car j'ai de gros doutes à ce sujet.
Bien sûr,
il est impossible de décrypter les sentiments
profonds d'un personnage mort depuis près
de deux millénaire, et ce d'autant moins
que la psychologie de ce bougre de Titus, personnage
a priori assez secret, devait déjà
constituer une énigme pour ses contemporains.
Mais enfin, si l'on se rapporte au texte de
Suétone qui inspira le bon Racine, en
rompant d'avecque Bérénice, Titus
fit surtout preuve d'un pragmatisme assez cynique
:
"Outre sa cruauté, on redoutait
son intempérance ; car il prolongeait
ses orgies jusqu'au milieu de la nuit avec
les plus déréglés de
ses compagnons. On craignait aussi son penchant
à la débauche, en le voyant
entouré d'une foule de mignons et d'eunuques,
et éperdument épris de Bérénice,
à laquelle, disait-on, il avait promis
le mariage. On l'accusait aussi de rapacité,
parce qu'on savait que, dans les affaires
de la juridiction de son père, il marchandait
et vendait la justice à prix d'argent.
Enfin on croyait et l'on disait ouvertement
que ce serait un autre Néron. Mais
cette réputation tourna à son
avantage, et ce fut précisément
ce qui lui valut les plus grandes louanges,
lorsqu'on s'aperçut qu'au lieu de s'abandonner
à ses vices, il montrait les plus hautes
vertus. Ses festins étaient agréables,
mais sans profusion. Il choisit des amis d'un
tel mérite que ses successeurs les
conservèrent pour eux comme les meilleurs
soutiens de l'État. Il renvoya Bérénice
malgré lui et malgré elle."
(Suétone, Vie
de Titus, VII)
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"Malgré lui et malgré elle"…
Tu parles ! En lisant cette langue de vipère
de Suétone, on pourrait vraiment croire que
Titus, tournant sa mauvaise réputation
à son avantage, avait tout manigancé
pour surprendre agréablement ses sujets romains
après leur avoir fichu une belle frousse. D'abord
cruel, prévaricateur, débauché,
et qui pis est, amoureux fou d'une nouvelle Cléopâtre
en puissance, le voici, à peine revêtu
de la pourpre impériale, aussitôt magnanime,
intègre, chaste, et renvoyant son exotique
Dulcinée dans ce lointain Orient qu'elle n'aurait
jamais dû quitter. "Quel bon césar
nous avons là, qui consent à de si grands
sacrifices pour le bien de l'État !",
s'exclama sans doute le bon peuple. Ouiche !
En réalité, Titus n'avait guère
mieux agi que ces dandys désargentés
fin de siècle, quelque peu gigolos
sur les bords, qui, avant de convoler avec une jeune
oiselle effarouchée (mais copieusement dotée),
mettaient de l'ordre dans leur vie de patachon en
renonçant pour un temps - avant que le démon
de midi ne les reprenne - aux plaisirs du boxon, et
en licenciant, sans égards excessifs, leur
vieille maîtresse devenue encombrante.
Sens de l'état ? Sacrifice ? ou pure démagogie
? Et combien de temps aurait tenu le vernis d'humanité
dont Titus s'était revêtu ? C'est là
toute la question… (À ce sujet, voyez
ici : Clic
!).
Même si les sources antiques sont souvent assez
laconiques et difficiles à interpréter
(voir site www.mediterranees.net),
la liaison entre Titus et Bérénice (voir
site wikipedia.org)
est assez bien attestée du point de vie historique.
Et c'est heureux, car autrement, j'aurais sans doute
estimé qu'il ne s'agissait là que qu'une
anecdote édifiante, peut-être fondée
sur une vague réalité historique montée
en épingle, visant à insister sur le
caractère irréductiblement romain du
vainqueur des Juifs. L'Orient décadent n'avait
pu pervertir la noble âme de Titus comme s'était
corrompue celle du triumvir Marc Antoine entre les
bras de sa Cléopâtre.
Car il faut bien le dire, tout historique qu'il est,
le récit des amours de Titus
et de Bérénice n'en demeure pas moins
assez peu vraisemblable. Bérénice séduit
d'abord Vespasien,
qui paraît d'ailleurs avoir été
plus sensible à sa fortune qu'à sa beauté
("Il lui trouvait des charmes à cause
de la magnificence de ses présents",
dixit Tacite - Histoires, II, 81). Ensuite,
la princesse juive se rabat sur le fiston, Titus,
qui tout couvert de femmes et de mignons qu'on le
présente, accepte sans broncher dans son lit
cette femme de douze ans son aînée, une
beauté mature déjà vaincue par
son père. Et ce n'est pas tout ! Huit ans plus
tard, cette dévoreuse, maintenant âgée
de quarante-huit ans (un âge très respectable
à l'époque), vient relancer son jeune
prince charmant à Rome, où elle s'incruste
dans son palais, sans doute au milieu des parasites
débauchés et des concubines dont il
continue à s'entourer. Et enfin, après
quatre ans de joyeuse vie libertine, sa vieille maîtresse
experte mélangée à d'autres partenaires
plus verts, tant mâles que femelles, Titus,
parce qu'il succède à son père,
se décide à mettre de l'ordre dans sa
vie. Il chasse alors, sans une larme, sa myriade de
concubins, mais aurait eu le cœur brisé
en renvoyant chez elle, malgré lui et malgré
elle, l'experte duègne qui régnait
sur son harem mixte…
Moi, je n'y crois pas trop… Mais comme je m'en
voudrais d'écorner ce beau mythe amoureux intemporel,,
je n'insisterai pas plus outre. |
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| 16 avril 2006 |
| Christophe
a écrit : |
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Comment
a pu s'implanter et surtout persister
jusqu'à aujourd'hui, une langue latine, le
roumain en l'occurrence, dans les territoires Daces
excentrés par rapport à Rome,
et très tôt abandonnés par Rome
?
Comment les populations latines installées
en Dacie ont-elles vécu le "lâchage"
de leurs territoires et de leurs villes par le gouvernement
impérial ? Des restes d'organisations impériales
ont-elles continué à fonctionner ou
bien les habitants ont su trouver des voies originales
et des leaders locaux pour maintenir leur culture
latine ?
Comment ont-elles fait pour résister aux pressions
barbares ?
Je rapproche cette situation de celle qu'a connu la
Bretagne romaine qui au contraire semble avoir rapidement
oublié son vernis latin après le départ
des légions.
Merci de vous pencher sur cette question. |
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| RÉPONSE
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| Les seuls renseignements
que j'ai trouvés sur la survie de
la romanisation dans l'ancienne Roumanie
proviennent de l'excellent livre de l'historien
(roumain) Eugen Cizek, intitulé L'empereur
Aurélien et son temps (Éditions
Les Belles Lettres, 1994).
Dans la courte biographie que j'ai moi-même
consacrée à Aurélien,
l'empereur qui ordonna l'évacuation de la
Dacie transdanublenne, je me suis déjà
fait l'écho de la thèse
défendue par Cizek. Voici cependant un
plus large extrait du texte dont je n'avais fait
alors que citer un passage sans doute trop bref
pour être suffisamment explicite :
"La
romanisation des Daces, habitant les anciennes
provinces romaines transdanubiennes, n'était
pas totalement accomplie au moment de l'évacuation.
Cette romanisation n'a été complètement
achevée qu'à la fin du IVe siècle.
Comment pourrait-on expliquer cette continuation,
cette accélération de la romanisation
? Pourquoi n'est-il pas survenu un regain
de la culture préromaine en Dacie puisque
l'administration impériale ne s'y trouvait
plus ? En effet, un fait grave s'est déroulé
en Bretagne où les habitants du pays
ont appuyé les invasions des Pictes
: une renaissance celtique s'est beaucoup
développée dans ce pays. Même
dans les Balkans, à la fin du IVe siècle,
les travailleurs des mines ont prêté
appui aux envahisseurs germaniques, qu'ils
ont préférés aux Romains
(Am. Marc., 31, 6, 6). À notre sens,
c'est précisément parce que
le recul de l'administration est survenu tôt
avant le Bas-Empire, que la romanisation a
pu se poursuivre et triompher en Dacie sans
aucune difficulté, autrement dit, au
moment où les tendances centrifuges
étaient moins puissantes dans l'Empire
et où l'administration impériale
était moins accablante et moins nuisible
qu'elle ne le sera sous le Bas-Empire. Les
carcans du fonctionnarisme et de la bureaucratie
romaine n'étaient pas encore très
étouffants en 273 ap. J.-C. C'est pourquoi
la population de la Dacie transdanubienne
avait conservé un bon souvenir de l'Empire,
vers lequel elle n'a guère cessé
de regarder.
| Aussi,
la romanisation a-t-elle fait même
tâche d'huile et - fait insolite
pour son destin antique - a-t-elle rayonné
au-delà des frontières de
la Dacie romaine. Les Daces libres, en
contact avec les Romains depuis longtemps,
se sont romanisés à leur
tour. Ils ont éprouvé le
besoin de rejoindre leurs frères
de sang de la Dacie romaine et particulièrement
les descendants des colons romains. Les
anciens contentieux ont été
assez vite oubliés. |
La
plaine de la Valachie allait être
peuplée par une chaîne
de villages, habités par des
Chrétiens sédentaires,
fort influencés par la culture
romaine. Au demeurant, nous nous sommes
aperçus que cette plaine a été
annexée par l'Empire, au IVe
siècle ap. J.-C. La romanisation
a essaimé aussi en Moldavie.
Elle venait de s'achever entièrement
à la fin du VIe siècle
La Roumanie actuelle est un des rares
pays latinophones de l'Europe, où
il n'y a aucun îlot de substrat,
alors que, même en Italie, il
y a des Grecs d'origine dorienne, dans
la « Terra d'Otranto ».
Après 602 ap. J.-C. et la
grande invasion des Slaves, les rapports
entre la population romanisée
de la Dacie et l'Empire romain de l'Orient
ont diminué. Cette population
romanisée a dû pratiquer
une existence assez modeste. Elle a
conservé pourtant le souvenir
de Rome, même dans le nom qu'elle
s'est donnée: les Roumains,
signifiant les Romains. Elle
a également trouvé des
moyens d'organiser son existence sociale
et même politique. Lorsque les
Hongrois ont envahi la Transylvanie,
véritable noyau, authentique
centre de gravitation de l'ancienne
Dacie romaine, ils se sont heurtés
à des principautés roumaines
qui ont essayé de leur opposer
une vive résistance. Il va sans
dire que, plus tard, les Roumains, largement
majoritaires en Transylvanie, ont entretenu
d'ordinaire de bons rapports avec les
représentants des autres ethnies
qui se sont installées à
côté d'eux : les Hongrois,
les Saxons germaniques, etc. L'un n'empêche
pas l'autre. La Transylvanie a été
romaine, pour devenir ensuite roumaine.”
(Euzen Cizek, L’empereur Aurélien
et son temps, Ed. Les Belles Lettres,
Paris, 1994) |
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Au demeurant, ces questions de survivance de la
romanité - ne serait-ce qu'au niveau linguistique
- dans certaines zones et de son extinction dans
d'autres restent très complexes et très
controversées. Voyez par exemple dans ma
Belgique natale : une "frontière linguistique"
parfaitement nette sépare les Wallons, qui
parlaient des dialectes romans (et qui sont francophones
aujourd'hui), des Flamands qui utilisaient des dialectes
germaniques (aujourd'hui néerlandophones).
Comment expliquer cette situation alors que, grosso
modo, la durée de l'occupation romaine
à été identique des deux côtés
de cette fameuse frontière des betteraves
? De surcroît, le Sud wallon, au
relief accidenté, boisé, et donc moins
favorable à l'agriculture, fut sans doute
moins intensivement exploité par les Romains
que les riches et grasses plaines flamandes…
Aucune explication n'est réellement satisfaisante.
Et c'est pourquoi l'origine de cette "frontière
linguistique" et son évolution à
travers les siècles (sans parler de son avenir)
constituent presque d'aussi grosses pommes de discorde
pour les historiens, linguistes et ethnologues de
mon petit royaume que pour ses politiciens. Et c'est
tout dire, croyez-moi sur parole ! |
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| 16 Avril2006 |
| Raoul
a écrit : |
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Cette
fois-ci, c'est César qui attire mon intérêt
: l'hypothèse d'une mort planifiée
de César n'est pas si farfelue,
elle rejoint même sans toutefois les recouper
les analyses d'Andreas Alföldi sur la divinisation
ante mortem du dictateur.
Pour répondre à
la question
de votre correspondant - Alexandre, si je ne
m'abuse - "pourquoi César
n'est-il pas un empereur", il
me semble que la réponse est double.
Tout d'abord parce
que, malgré le verni traditionaliste d'Auguste,
César a dans l'ensemble, s'il l'a subverti,
respecté l'appareil de la République
: sa dictature à vie n'est qu'une dictature
transmutée (notons que Sulla, lui, l'avait
revêtue sans limite de temps et que la thèse
carcopinienne d'une "monarchie manquée"
est dans l'ensemble contestée). Aux grands
maux, les grands remèdes, comme le dit à
peu près Caton dans Plutarque.
Ensuite, parce qu'il n'y a pas eu d'empire romain
: la notion est pratique, mais fausse et unificatrice
du divers : il y a eu, comme s'accordent à
le dire philologues et historiens, un principat
et un dominat. Vue sous cet angle, la question
se pose autrement : César était-il
un princeps ? J. Hellegouarc'h a répondu
"oui", mais un princeps non institutionnalisé.
En institutionnalisant son rôle de princeps,
Octavien fondait le principat. Et voici la véritable
rupture. |
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| RÉPONSE
: |
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Merci pour ces
très intéressants compléments
d'information.
Vous avez raison d'insister sur le respect
formel des institutions républicaines,
tant de la part de César
que d'Auguste.
L'aspiration à la royauté du
premier demeurera toujours une hypothèse
controversée, et la "rupture augustéenne"
s'inscrit davantage sur le plan psychologique
qu'institutionnel. La gestion de l'Empire
romain (c'est-à-dire de limperium
romanum, l'espace géographique
où s'exerçait le pouvoir de
Rome), ainsi que les institutions de la République
(c'est-à-dire de l'espace public, du
domaine où l'état pouvait intervenir)
demeurèrent officiellement intactes
après la prise de pouvoir d'Auguste.
La seule chose qui changea réellement
avec l'instauration du régime dit (par
facilité) impérial,
ce fut la concentration, de plus en plus "institutionnalisée",
de toutes les magistratures républicaines
importantes entre les mains d'un seul homme,
le princeps.
Comme vous le soulignez, même si ces
expressions empire romain, empereur
romain ou république romaine
sont classiquement passées
dans le langage courant, il faut toujours,,
sous peine de grave contresens, se garder
de plaquer leurs connotations modernes sur
leurs réalités antiques.
Quant à la planification de
sa mort par Jules César, bon,
c'est vrai, cette idée me paraît
a priori assez farfelue… Mais
il est tout aussi vrai que, ne disposant pas
de toutes les pièces du dossier monté
par les tenants de cette thèse, ma
position à ce sujet (et à bien
d'autres d'ailleurs) reste sujette à
inventaire, à révision, à
évolution. |
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