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Mars 2006 (page 2/3)

Sommaire du mois de Mars : Clic !

 
7 Mars 2006
Ludo a écrit :
 

J’ai trouvé cet article (déjà ancien) sur le net concernant la découverte d’un nouvel empereur romain que vous pourrez, peut-être, ajouter à votre liste.

Un empereur romain révélé par une pièce de monnaie

L'histoire de l'Empire romain n'a pas retenu le nom de Domitien. Il aurait pourtant régné assez longtemps pour faire frapper quelques pièces à son effigie.

Grande-Bretagne - 26/02/2004
Les archéologues européens connaissent bien les pièces de monnaie qu'ont frappées les Romains durant plusieurs siècles, de l'an 211 avant J.-C. à l'an 476. Selon les époques, elles peuvent être relativement nombreuses et elles font le bonheur des numismates du vieux continent. Faites d'argent, de bronze ou de laiton, elles ne portent aucune date, mais on peut généralement connaître leur âge par le nom de l'empereur qui y est gravé, si l'histoire a retenu son nom…

Mais qu'arrive-t-il si on tombe sur un nouvel empereur ? C'est la découverte que des archéologues anglais viennent de faire. Dans un champ boueux près d'Oxford, près de 5000 pièces romaines du troisième siècle de notre ère avaient été trouvées l'an dernier. En les examinant attentivement, l'une d'elle a révélé un faciès encore inconnu. Autour du portrait, on peut lire IMP C DOMITIANUS P F AUG, qui se traduit par « Empereur Caesar Domitianus, obéissant et heureux auguste ».

Ce Domitianus, ou Domitien, semble avoir détenu le pouvoir romain durant quelques semaines, il y a plus de 1700 ans. Il ne faut toutefois pas le confondre avec Domitien Flavien, qui régna sur l'Empire de 81 à 96. De l'époque à laquelle les pièces ont été produites, l'histoire se souvient d'un général qui portait le nom de Domitien. Ce dernier est peut-être devenu empereur suite à l'assassinat de Caesar Galienus, pour être rapidement remplacé par Claudius II, dit le Gothique.

domitien II

Cette période de l'Empire romain, marquée par l'anarchie militaire et un nombre important de «co-empereurs», de «sous-empereurs» et d'usurpateurs, était déjà fort complexe. Les historiens devront maintenant tenir compte d'un personnage de plus…

Joël Leblanc - www.cybersciences-junior.org

 
 
 
RÉPONSE :
 

Merci pour ces infos.
D'autres sympathiques internautes ont déjà attiré mon attention sur cet énigmatique Domitien II (voyez ici : Clic !, Clic ! et Clic !).
Pourquoi dès lors n'a-il pas encore été "officiellement" repris dans mes différentes listes d'empereurs romains ?
Ainsi que je le signalais dans les courriers mentionnés ci-dessus, il est bien difficile de retirer le moindre renseignement biographique convaincant des quelques pelées monnaies de cet éphémère usurpateur. Je serais donc bien ennuyé d'intégrer dans une nomenclature d'empereurs romains un personnage dont on ignore jusqu'à l'époque où il vécut (sous Philippe l'Arabe, sous Gallien, sous Aurélien ?). Pour ce faire, il faudrait d'abord que nous en sachions davantage sur son compte. Mais est-ce réellement possible ? That's the question

 
 
 
12 Mars 2006
David a écrit :
 
(…) Je voudrais vous faire part d'une petite correction que je juge bon de faire. Vous parlez d'un certain Sapor, roi des Perses en 260, qui captura l'Empereur Valérien à Édesse. Je pense plutôt que son nom est Shapour. Mais il est vrai que les noms n'ont pas véritablement d'orthographe avérée surtout en ces périodes reculées. (…)
 
 
 
RÉPONSE :
 

Vous avez absolument raison ! l'orthographe de ces rois sassanides n'est pas réellement fixée. Vous orthographiez Shapour, mais on peut tout aussi bien écrire Shâhpuhr ou Chahpour (graphies recommandées par le dictionnaire Robert)… ou encore - ainsi que je l'ai fait le plus souvent (mais pas systématiquement, voyez ici : Clic !, Clic ! ou Clic !)dans les pages de mon site, précisément afin d'éluder ces incertitudes orthographiques, opter pour transcription latine de ce nom perse : Sapor.
Dans le même esprit, les souverains sassanides nommés Khosrô deviennent souvent Chosroès, selon la transcription grecque de leur nom.

Pour en revenir à notre Sapor (ou Chahpour, ou Shapour, ou Shâhpuhr), l'essentiel est surtout d'éviter der confondre Sapor Ier (vers 241-272), qui défit et captura Valérien, avec Sapor II (310-379), qui, quant à lui, repoussa, non sans peine, les armées de Julien dit l'Apostat.

 
 
 
13 Mars 2006
Michel a écrit :
 

(…) Permettez-moi de vous poser une question :

Force et honneur était, semble-t-il, une des devises des légions romaines.
Connaissez-vous cette devise en LATIN ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

FORCE ET HONNEUR… Était-ce la devise des légions romaines ailleurs que dans le film Gladiator de Ridley Scott ? Là, je dois vous avouer que je n'en sais fichtrement rien : je suis assez peu au fait des questions militaires romaines… A mon avis, chaque légion devait avoir sa propre devise, du genre de celle-là, et aucune n'était commune à l'ensemble de l'armée romaine. Mais je peux me tromper…

Sa traduction latine ?
Bien que mon latin scolaire soit fort défraîchi depuis plus de 30 ans, dans la langue de Jules César, cela pourrait se traduire par quelque chose comme Virtus et Fides. Mais attention ! Le mot latin virtus ne recouvrait pas seulement notre pâlotte "vertu", mais, notamment, l'opiniâtreté, la ténacité, la solidarité, la résistance, bref l'ensemble des qualités "viriles" qui faisaient d'un mâle un homme digne de ce nom. Et la fides des Romains n'était pas non plus tout bêtement notre "foi". C'était, comme l'écrit fort joliment mon dictionnaire, "la dignité morale qui naît du besoin de l'estime des autres et de soi-même".

 
gladiator
 
 
15 Mars 2006
"Martien57" a écrit :
 
Alors voilà, je trouve l'article sur la lex gabinia très bien, ce n'est pas le problème, sauf que je prépare un exposé dessus et au fil de mes recherches, il m'a semblé que c'était les chevaliers qui avaient voté la loi. Or dans l'article, il n'est fait aucune mention des chevaliers, cela remet donc légèrement en cause ce que je croyais savoir.
Pour cela, j'aimerais avoir des précisions sur ce vide, ou cette absence de vide, dans l'article.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Effectivement, mon articulet sur la lex gabinia simplifie peut-être excessivement les péripéties qui entourèrent l'attribution au Grand Pompée des pouvoirs spéciaux jugés nécessaires à l'éradication de la piraterie en Méditerranée. Mais il n'en demeure pas moins vrai que les chevaliers sont plus présents dans ce texte que vous ne le prétendez, puisque j'y évoque bien "les milieux de la grande finance", "les banquiers", ou les "milieux financiers". Une autre façon de désigner ces hommes d'argent, ces publicains qui constituaient le gros de la classe équestre. Précisément ceux-là qui se sentaient menacés tant par la générosité de Lucullus envers les peuples soumis que par les ravages des pirates.

Mais il est vrai que l'histoire de la lex gabinia, cristallisation ponctuelle d'une lutte confuse de pouvoirs antagonistes (chevaliers "parvenus" contre Sénateurs "arrivés", Pompée - et Crassus - contre Lucullus, le Sénat contre tout général trop glorieux et trop ambitieux, et Jules César en embuscade) est assez complexe. Afin de vous proposer un autre éclairage sur ces faits, je me suis donc permis de reproduire ci-dessous un court extrait de l'excellente Histoire de la Rome antique du tout aussi excellent Lucien Jerphagnon. Notez qu'il n'y est pas question non plus de chevaliers à proprement parler, mais de publicains

"Pompée n'allait pas tarder à repartir vers d'autres missions, dont la première fut de sécurité maritime. Nous savons qu'un volume considérable de marchandises et de fonds transitait entre l'Orient et Rome. La Méditerranée était sillonnée de navires - plutôt lents : comptons 10 Km/h par bon vent… -, armés par de riches négociants ou par des publicains chargés de la collecte des impôts en Asie ou ailleurs.
On comprend aisément que ces gens aient été fort attachés à la sécurité de la navigation. Il y avait, certes, des intérêts privés considérables à protéger, mais de plus, toute interruption prolongée des transferts de fonds pouvait entraîner de véritables paniques financières : on l'avait bien vu lors de la guerre contre Mithridate. Or, la Méditerranée était littéralement infestée de pirates, basés en Crète et sur la côte sud d'Asie Mineure. Fort bien organisés, ils interceptaient les convois de ravitaillement ou de fonds, capturaient les équipages, rançonnaient les passagers de quelque importance, ou tout simplement débarquaient en quelque point bien choisi et de là tentaient un coup de main, souvent réussi, contre une ville côtière, le tout dans une bonne ambiance professionnelle. Il devenait urgent d'assainir ces régions, et il fallait s'en donner les moyens.

C'est dans cet esprit qu'un tribun de la plèbe, nommé Gabinius, proposa en 67 d'envoyer un ancien consul bien choisi, qu'on doterait pour cette mission extraordinaire des pouvoirs exceptionnels que postulait un si large champ d'action. L'élu disposerait pour trois ans d'une juridiction étendue, couvrant non seulement la Méditerranée elle-même, mais encore une bande côtière de cinquante milles de profondeur - soit environ 75 Km - le long des côtes. Il aurait toute latitude pour s'entourer de quinze assistants de son choix ayant pouvoir militaire d'intervention, et disposerait d'un budget calculé fort largement. Le tribun Gabinius, on le voit, ne lésinait sur rien.

L'opposition du Sénat fut unanime. On n'imaginait que trop bien le parti qu'un aventurier pouvait tirer de cette accumulation de pouvoirs, et plus d'un sénateur dut s'apercevoir, en y réfléchissant, que la fameuse bande côtière de 75 Km incluait Rome elle-même… Bref, le projet fut repoussé. Toutefois, un jeune sénateur le défendit avec vigueur : il s'appelait Caius Julius César.

Gabinius résolut de transformer sa loi en plébiscite qu'il ferait voter par les comices. Mais entre-temps, il avait précisé le nom du personnage consulaire qu'il voyait très bien dans ce rôle. C'était… Pompée. Comment refuser la confiance à un homme de guerre aussi efficace, et qui avait déjà rendu de tels services, sans risquer un conflit ouvert entre le Sénat et les comices ? On ne savait que trop ce qui pouvait en résulter. Pompée s'en fut donc, nanti de ces pouvoirs, nettoyer la Méditerranée. Ce qu'il fit avec plein succès : le temps d'une saison, les pirates furent liquidés, et l'on installa même les repentis sur des terres dans la région de Tarente. Une fois de plus, Pompée avait gagné."
(Lucien JERPHAGNON, Histoire de la Rome antique, Éditions Tallandier, 2002).

livre jerphagnon
 
 
 
17 mars 2006
André a écrit :
 

Objet : Bible et Marie enceinte, mais pas de Joseph !

Deutéronome, 22 : 25-26 :
(25) Si c’est dans les champs que l’homme rencontre la jeune fiancée, la saisit et couche avec elle, l’homme qui a couché avec elle sera le seul à mourir ;
(26) la jeune fille, tu ne lui feras rien, elle n’a pas commis de péché qui mérite la mort.

Ce serait ce qui justifie que Joseph n’a pas répudié Marie. Relire Matthieu, 1 :18-25

C'est ma réponse en réaction à :

(Courrier de Septembre 2005 : Clic !)
"Quant aux allégations du livre juif intitulé
Toledot Jeschou (ou, comme l'écrit Voltaire, le Sefer Toldos Jeschut), qui fait de Jésus le fils d'une prostituée et d'un légionnaire romain nommé Ben Panthera, la plupart des historiens n'y voient guère que l'expression d'une propagande anti-chrétienne.
Personnellement, je ne connais pas grand-chose de cet écrit, mais j'imagine qu'il constitue, en quelque sorte, le reflet en négatif des Évangiles et que, par conséquent, ses dires doivent être analysés avec autant de prudence que ceux de Matthieu et de Luc."

 
 
 
RÉPONSE :
 

Bof ! préciser, comme le fait le Deutéronome, que, quand une femme est violée, c'est le violeur qu'il convient de punir et non la victime du viol, cela revient presque à enfoncer une porte ouverte. Mais enfin, même si cela va sans dire, cela va peut-être finalement encore mieux en le disant… surtout à l'intention particulière de certains dits du Sud (pour rester religieusement neutre) où les meurtres prétendus d'honneur ne sont encore que trop fréquents !

Notez aussi que dans le cas de Marie, il aurait été assez difficile d'appliquer ce saint précepte mosaïque. Pas simple en effet de condamner à mort cet Esprit-Saint par l'opération duquel (selon les Écritures) la Sainte Vierge avait conçu ! Quant à lapider, conformément aux lois juives, le légionnaire Bar Panthera qui, selon le Toledot Jeschou, aurait engrossé la petite Marie, c'eût sans doute été fort peu du goût des autorités occupantes romaines…

Mais trêve d'ironie (d'ailleurs peut-être pas des plus fines, je vous l'accorde)

Évidemment, le récit évangélique de la conception et de la naissance de Jésus n'a rien d'historique. Le croyant le lira à la lumière de sa Foi, s'émerveillant de l'incarnation du principe divin dans une humanité souffrante, sans nécessairement accorder une importance démesurée à tout le "folklore merveilleux" inhérent à ce genre de littérature religieuse. Le lecteur plus sceptique, lui, ne verra en ce texte qu'un genre de midrash, une fable édifiante de tradition juive, destinée à illustrer un thème développé dans la Bible hébraïque. Ici, en l'occurrence, les Évangiles selon Matthieu et selon Luc ne décriraient pas vraiment la naissance du Jésus historique, mais plutôt l'avènement du Messie tel qu'il est supposé se réaliser "conformément aux Écritures".

Voilà sans doute pourquoi Joseph, père putatif de Jésus, est si évanescent, si fantomatique. Dans la société juive du Ier siècle de notre ère, le mariage d'un homme respectable avec une jeune femme non seulement déflorée, mais enceinte d'on ne savait qui, était difficilement concevable. Les évangélistes ont donc glissé, sans trop s'attarder, sur ce personnage encombrant, mais nécessaire à la respectabilité de Marie, et par voie de conséquence, à celle de son fils, Jésus.

Dès lors, la question se pose : ce Joseph, à la fois indispensable au récit et particulièrement inconsistant, a-t-il réellement existé ? Ne s'agirait-il pas plutôt d'un personnage construit de toutes pièces pour cacher le vrai père de Jésus ? Et d'aucuns de tirer de son placard le Bar Panthera des rabbins juifs, d'appeler même Hérode le Grand à la rescousse (!), ou encore d'évoquer, sans doute avec plus de pertinence, mais sans davantage de preuves formelles, le zélote Judas de Gamala… Mais de tout cela, j'ai déjà parlé à de multiples reprises lors d'intéressantes correspondances avec d'autres sympathiques internautes, aussi, je me permets de vous renvoyer à ces courriers, référencés sur cette page.

 
 
 
20 Mars 2006
Audrey a écrit :
 

Je suis actuellement étudiante, et je dois, moi aussi, faire un commentaire sur une lettre de saint Jérôme (lettre CXXIII, 15-16), dont le thème est "l'invasion de 406-407 en Gaule (409)".
Je voudrais savoir si vous pouviez m'aider quant à la biographie de l'auteur et savoir quelle est la part d'objectivité de Jérôme et surtout dans quel but il écrit cette lettre.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Pour la biographie de saint Jérôme, je déclare forfait… puisqu'il en existe déjà une bonne sur la Toile, fort complète, me semble-t-il, et en français par-dessus le marche : celle que propose l'encyclopédie libre Wikipedia : Clic !.

Quant à cette fameuse lettre CXXIII, ainsi que vous l'avez peut-être remarqué, j'ai déjà eu l'occasion d'en parler à l'occasion d'une correspondance échangée, il y a environ un an, avec une autre sympathique internaute.
Après en avoir reproduit la traduction française (d'après le site www.abbaye-saint-benoit.ch), j'évoquais alors, dans un petit commentaire, les circonstances qui présidèrent à la rédaction et à publication de ce texte. À savoir que cette lettre, écrite aux alentours de l'année 409, et destinée à Ageruchia, une noble dame gauloise, fut compilée avec deux autres lettres afin de former un opuscule (De la monogamie, ou Conseils sur la viduité) prônant le célibat perpétuel des veuves.
C'est vous dire que le premier souci du bon Jérôme ne fut pas nécessairement de raconter précisément, avec toute la rigueur d'un historien objectif les circonstances de l'invasion de 406-407. Non, son seul but était de dissuader les veuves de se remarier, de leur déconseiller de se détourner de Dieu en prenant un nouvel époux. Pourquoi ? Parce que cela ne valait pas la peine. Les temps n'étaient pas favorables au bonheur conjugal serein ! Ce mari de substitution couvrirait probablement sa famille de honte en détalant comme un lapin devant les hordes de barbares en furie. Ou bien, s'il décidait (bêtement) d'affronter (vainement) ces impitoyables sauvages, il avait toutes les chances de mourir (inutilement) dans un combat perdu d'avance, en ne laissant aux siens que leurs yeux pour pleurer…
Bref, l'objectif de saint Jérôme était avant tout moral, pas historique

Au reste, sa présentation des événements de 406-407 est pour le moins biaisée par son aversion à l'égard de Stilicon qui, tout demi-barbare qu'il était indéniablement, n'en demeurait pas moins le dernier rempart de la romanité agonisante contre le raz-de-marée des Wisigoths, Ostrogoths, Alamans, Francs et autres Burgondes. Quant à son éloge des incapables empereurs Arcadius et Honorius, il ferait presque pouffer de rire : ce n'est pas la "piété", hautement vantée par Jérôme, de ces fantoches dégénérés qui pouvait sauver Rome de la mouise crasse dans laquelle elle s'engluait inexorablement !

Je me demande cependant s'il ne faut pas voir dans de dédain du saint pour Stilicon, général d'origine vandale, l'expression de ce patriotisme exacerbé qui caractérisait alors les habitants des Balkans, ces Illyriens, ces Fils du Danube qui donnèrent à l'Empire romain des IIIe et IVe siècles ses meilleurs généraux et ses empereurs les plus compétents. Jérôme était en effet originaire de Stridon (entre la Croatie et l'Autriche actuelle), un pays dont les habitants se voulaient plus Romains et les Romains eux-mêmes, et il est fort probable que l'amour et le respect de la Rome Éternelle lui furent inculqués dès sa prime enfance, en même temps que l'amour du Dieu des chrétiens, sinon avant.
Ceci explique ses célèbres lamentations lors de la prise de Rome par Alaric et ses Wisigoths : "Une rumeur terrifiante nous vient de l'Occident… Ma voix se brise, les sanglots étouffent mers paroles. Elle est donc prise, la Ville qui avait conquis l'univers !", etc…

Bien sûr, comme le relève Lucien Jerphagnon, saint Jérôme, en bon vrai chrétien qu'il est et demeure, ne doute ni du sens de l'histoire (qui verra certainement Christ triompher à la fin des temps - d'ailleurs toute proche), ni de la justice divine ("Ce sont nos péchés qui dont la force des Barbares ; ce sont nos vices qui ont perdu notre armée"). Mais Jérôme mesure néanmoins "le désastre, parce qu'il sait qu'en perdant Rome, le monde s'est perdu : une unité qui avait bravé les siècles venait de disparaître et jamais ne se retrouverait. L'Empire de Rome rassemblait en un tout les royaumes jadis séparés, qui maintenant allaient se désagréger. (…) Pourtant, il ne peut l'admettre : patriote comme savaient l'être les Illyriens (…), formé à Rome, il a subi le prestige de la Ville, et il sait ce que le monde a perdu." (Lucien JERPHAGNON, Les Divins Césars, idéologie et pouvoir dans la Rome impériale, Tallandier, 2004).

saint jerome