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Sommaire Mars 2006 :

  • 1er Mars :
    • On recherche le vrai Ben Hur… Arrête ton char, Lewis ! : Clic !
  • 5 Mars :
    • C'est ce que c'était un petit cachottier, le grand Jules ! : Clic !
  • 5 Mars :
    • GRICCA : Alexandre (308-310), un "empereur" africain bien oublié… : Clic !
2e PAGE
  • 7 Mars :
    • Le retour de l'évanescent Domitien II : Clic !
  • 12 Mars :
    • Sapor : Shapourait être mieux orthographié ! : Clic !
  • 13 Mars :
    • La fière devise du général Maximus… : Clic !
  • 15 Mars :
    • La Lex Gabinia : Quid des chevaliers ? : Clic !
  • 17 Mars :
    • Ne jetez pas la pierre à la femme adultère… le beau légionnaire est derrière ! : Clic !
  • 20 Mars :
    • Saint Jérôme, défenseur de l'intégrité des veuves avant celle de l'Empire ? : Clic !
3e PAGE
  • 21 Mars :
    • Jules César, vrai ou faux empereur ? : Clic !
    • Les Ides de Mars planifiées ? (bis) : Clic !
  • 21 Mars :
    • Arnauld recherche désespérément une traduction du Digeste (Corpus Juris Civilis) : Clic !
  • 22 Mars :
    • Lucullus, de Brecht, au Théâtre Gérard Philippe (Saint-Denis - France) : Clic !
  • 24 Mars :
    • Le juste prix sous Dioclétien : Clic !
  • 25 Mars :
    • Arsinoé, la sœurette de Cléo : Clic !
      • … et Ptolémée XIV, son jeune frérot : Clic !
  • 30 Mars :
    • Jules César tout nu et tout bronzé ? : Clic !
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1er Mars 2006
Elsa a écrit :
 

(…) Je suis latiniste depuis 2 ans. Ma prof nous a demandé de faire une recherche sur Ben Hur, le personnage historique, et non pas le film !! C'est hélas la seule chose que j'ai trouvé sur les 27 pages : DVD, ciné, livres, et j'en passe !! Tous sauf ce qui m'intéresse…
Je vous demande donc s'il est possible d'avoir quelques renseignements sur lui (en sachant que j'ai peut-être mal cherché dans votre site, dans ce cas-là, je vous demande de m'excuser… et éventuellement de m'indiquer où je pourrais en savoir plus).

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je m'interdis toujours de dire du mal des profs - les pauvres font déjà un travail assez difficile pour que j'ajoute encore une seule goutte de vinaigre à leur baril quotidien de fiel ! Je me contenterai donc de dire que votre nouvelle maîtresse ès langue de Cicéron ne vous a pas gâtée en vous lançant inconsidérément sur la piste d'un personnage… imaginaire.
Car tel est bien le cas : Judas Ben Hur, prince juif, injustement condamné aux galères, puis adopté par un patricien romain et revenant en Judée pour y assister à la mort de Jésus et s'y convertir au christianisme (je résume grossièrement), est totalement issu de l'imagination fertile (et très chrétienne) du général américain Lewis Wallace (1827-1905).

Donc inutile de rechercher une biographie du Ben Hur historique, vous y perdriez votre temps… et votre latin !

La nature purement fictive de Ben Hur étant établie, et comme je suis moi-même assez peu à l'aise dans l'étude critique des œuvres de fiction, j'ai pris contact avec Michel Eloy, responsable du site (associé au mien) Péplum, images de l'Antiquité. Celui-ci étant le grand spécialiste belge du décryptage historique ces films dont le Ben Hur de William Wyler reste l'un des plus célèbres fleurons, j'espérais bien qu'il pourrait me fournir quelques infos supplémentaires sur la genèse du personnage qui fascine tant votre charmante prof.

Et je ne fus pas déçu. L'ami Michel m'a mis sur la piste de personnages bibliques portant le nom de Hur (ou Hour, ou Uron).

livre - ben hur

Passons rapidement sur certains d'entre eux. Un Hur, fils de Caleb et d'Ephrata qui aurait été le fondateur de la ville de Bethléem. Un autre Hur, roi ou prince des Madianites, qui aurait été tué par les Hébreux avant leur entrée en Terre promise. On peut encore citer un évanescent fils d'Hur (donc Ben Hur, ou Ben Hour) qui fut préfet de Salomon. Notons aussi, histoire de nous divertir, que le nom Hur, ou Hour proviendrait peut-être du dieu égyptien Horus, divinité solaire tenue pour l'ancêtre des pharaons. Rien que ça !

Descendant de dieu ou non, un autre Hur me paraît en revanche plus intéressant. Il était, dit-on, le beau-frère de Moïse (époux de sa sœur, Myriam) et aurait partagé, avec Aaron, les responsabilités de chef du peuple juif tandis que Moïse s'était retiré sur la montagne sacrée pour y recevoir les commandements de Dieu. C'est lui aussi qui, toujours avec Aaron, soutint les bras - tendus en croix - de Moïse alors que celui-ci implorait Yahvé d'accorder la victoire aux Hébreux sur les Amalécites. Vous vous rappelez peut-être du récit biblique (Exode 17 : 7-13) : "Les Amalécites survinrent et combattirent contre Israël à Rephidim. Moïse dit alors à Josué : « Choisis-toi des hommes et demain, sors combattre Amaleq ; moi, je me tiendrai au sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. » Josué fit ce que lui avait dit Moïse, il sortit pour combattre Amaleq, et Moïse, Aaron et Hur montèrent au sommet de la colline. Lorsque Moïse tenait ses mains levées, Israël l'emportait, et quand il les laissait retomber, Amaleq l'emportait. Comme les mains de Moïse s'alourdissaient, ils prirent une pierre et la mirent sous lui. Il s'assit dessus tandis qu'Aaron et Hur lui soutenaient les mains, l'un d'un côté, l'autre de l'autre. Ainsi ses mains restèrent-elles fermes jusqu'au coucher du soleil. Josué défit Amaleq et passa son peuple au fil de l'épée." (Trad. www.biblia-cerf.com)
Amen …
Notez cependant l'expression : "Aaron et Hur lui soutenaient les mains, l'un d'un côté, l'autre de l'autre". Des exégètes, bien plus savants que moi, ont remarqué que l'auteur de l'Évangile selon Jean avait utilisé la même tournure pour décrire la crucifixion de Jésus entre les deux larrons : "Ils le crucifièrent et, avec lui, deux autres, l'un d'un côté, l'autre de l'autre, et Jésus au milieu" (Jean, 19 : 18).
Lewis Wallace se remémora-t-il, consciemment ou non, du Hur, servant d'appui à Moïse pour nommer son héros, censé assister au supplice du Christ ?… Peut-être, mais, pour vous parler franchement, cette explication semble un tantinet tirée par les cheveux !

Michel Eloy me signale encore ceci : "Outre le patronyme exotique, la figure romanesque de Judas Ben Hur, emprunte bien davantage aux zélotes/sicaires [ces nationalistes juifs qui luttaient, les armes à la main, contre l'occupant romain et les "collabos"]. En effet, dans le roman de Wallace, et aussi dans le film de 1925 de Fred Niblo (avec Ramon Novarro), de retour en Judée et découvrant le triste destin de sa mère et sa sœur devenues lépreuses à cause des Romains, la première réaction de Judas Ben Hur sera la révolte armée : il recrute des partisans et les forme militairement à la romaine. Il espère que le Messie, le Christ lèvera l'étendard de la révolte juive, et se tient prêt à lui apporter le concours de ses troupes. Puis arrive la déception du Golgotha, et Judas, comprenant le message non-violent du Christ, renonce à la lutte armée.
Judas Ben Hur condense diverses tendances du peuple juif d'où sortira le christianisme. Comme aristocrate, il se rapproche de ces juifs hellénisés-romanisés (genre Tiberius Alexander) ; Messala fut son ami d'enfance et il devient lui-même un romain lorsque le duumvir Q. Arrius l'adopte.
À Rome, il devient un cocher et un gladiateur fameux.
Puis, retour en Judée (dont il porte le prénom éponyme) il deviendra, donc, secrètement un rebelle tout en préservant les apparences d'un citoyen romain loyal.
Enfin, il sera chrétien.
Le film de 1959 a gommé ce cheminement intérieur
."

Plus critique, le Dictionnaire des personnages (Éditions Robert Laffont, Coll. Bouquins) note, sans excès de complaisance : "Le personnage [de Ben Hur], tout symbolique, est formé d'une série de clichés qui comprennent le Romain, l'Aristocrate, l'Athlète, le Chrétien, le Héros et le Fils dévoué. Ces divers éléments juxtaposés ne font point un personnage."

Bref un incohérent personnage en patchwork, lancé dans d'invraisemblables aventures. Par exemple, adopté par un noble romain, et promis à la dolce vita, notre Ben Hur ne trouve rien de mieux à faire, pour meubler ses loisirs, que de jouer au conducteur de char et au gladiateur. C'est-à-dire précisément deux occupations taxées d'infamie, rigoureusement interdites à tout citoyen romain digne de ce nom, qu'il fût adopté ou non ! Imaginez : un homme libre qui signait un contrat de gladiateur devenait littéralement la chose, la propriété du laniste (traduisons pour être gentil, "du manager") qui l'engageait.
Selon Wallace, pour combattre dans l'arène et y acquérir de jolis biscoteaux, Ben Hur aurait donc sacrifié la liberté qu'il venait péniblement (ô combien ç) de recouvrir grâce à son adoption par Arrius.
"Arrête ton char, Lewis !", serait-on tenté de s'exclamer.

Plus sérieusement - mais probablement non moins spécieusement - l'évolution psychologique de ce mythique Ben Hur me fait un peu penser à celle de saint Paul.
En effet, comme Ben Hur, Paul (dit Saül, dit Paul de Tarse) serait, selon certains historiens, issu d'une famille princière (en l'occurrence, il aurait été l'un des nombreux descendants du roi Hérode le Grand). Il fut longtemps l'ami des Romains : lui-même citoyen romain (de naissance, qui mieux est), il aurait de surcroît dirigé une milice aux ordres du clergé juif de Jérusalem (allié objectif des Romains) chargée de pourchasser les premiers chrétiens qui étaient, eux, sans doute proches des milieux extrémistes juifs (les zélotes) et bien moins angéliques que les Saintes Écritures voudraient nous le faire croire. Ensuite, tel Ben Hur, Paul tourna casaque. Suite à Dieu sait quelle expérience spirituelle - ou persuasion plus triviale et plus musclée, à coups de gourdin ou autre arme contondante - sur le Chemin de Damas, il devint un fervent activiste chrétien, parcourant le monde romain pour finir ses jours à Rome non sans avoir, aux dires de certains, fichu le feu la Ville Éternelle. (Sur Paul, voyez ici : Clic ! et Clic !)

Vous voyez, il existe quelques intéressants points de concordance entre les biographies présumées de Ben Hur et de Paul… mais ici encore, je doute fort que le bon Lewis Wallace y ait songé en écrivant son bouquin.

 
 
 
5 Mars 2006
Jean-Marie a écrit :
 
J'aimerais avoir des informations sur le code Jules César pour un travail sur les codes secrets avec une classe de 3° en mathématiques.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Si vous voulez mon avis, le très célère code secret du grand Jules ne résisterait pas longtemps aux spécialistes du chiffre d'aujourd'hui. Voici en effet comment l'historien latin Suétone (début du IIe siècle de notre ère) le décrivait : "On possède enfin de César des lettres à Cicéron, et sa correspondance avec ses amis sur ses affaires domestiques. Il y employait, pour les choses tout à fait secrète, une espèce de code secret qui en rendait le sens inintelligible (les lettres étant disposées de manière à ne pouvoir jamais former un mot), et qui consistait, je le dis pour ceux qui voudront les déchiffrer, à changer le rang des lettres dans l'alphabet, en écrivant la quatrième pour la première, c'est-à-dire le d pour l'a, et ainsi de suite." (SUÉTONE, Vie de Jules César, 56, 8)

Il s'agissait donc d'un "bête" système de substitution… Toutefois, ce code finalement assez élémentaire était sans doute rendu moins facile à casser du fait que les anciens Romains écrivaient leurs missives sans séparer les différents mots d'une phrase, ni les différentes phrases d'un texte.
Ce qui signifieQUILSECRIVAIENTDONCLEURSMESSAGESAINSIETCELA POUVAIT SETENDRESURDESLIGNESETDESLIGNESSANSPONCTUATION (= qu'ils écrivaient donc leurs messages ainsi, et cela pouvait s'étendre sur des lignes et des lignes, sans ponctuation).
Évidemment, lorsque les lettres de ces interminables séquences étaient systématiquement interpolées, il devenait encore plus difficile d'y repérer les mots…
 
Pour plus d'infos sur la méthode de cryptographie de César, je vous invite à visiter ces quelques pages Web - étant entendu qu'une simple recherche sur un moteur de recherche du genre Google (tapez "Cryptologie"+"jules césar") devrait vous fournir encore bien d'autres références :
julius caesar
  • Site BCS de l'Université de Louvain :
    • La cryptographie dans l'Antiquité gréco-romaine (par Brigitte Collard) : Clic !
      • Le chiffre de Jules César : Clic !
  • Cryptologie - le chiffrement par substitution : Clic !
  • Encyclopédie Wikipédia - Cryptographie symétrique : Clic !
  • La Cryptographie - le code de Jules César : Clic !
 
 
 
5 Mars 2006
Gricca a écrit :
 

Alexandre, un empereur en Afrique (308-310) oublié

Les aléas de l’histoire ont fait que des empereurs sont bien connus et d’autres totalement ignorés. La personnalité de l’empereur, la durée du règne, les œuvres accomplies n’entrent pas en ligne de compte, c’est le hasard de la conservation des textes qui entrent en jeu : ainsi on peut écrire une histoire du règne d’un Galba (68-69) [ainsi le « Galba ou l’armée face au pouvoir » de Jacques Sancery - les Belles Lettres - Paris 1983], mais pas celle d’un Postumus (260-269). Ces personnages oubliés de l’histoire aiguisent naturellement la curiosité et l’on aimerait bien en savoir plus sur leur compte, ce qui n’est pas toujours possible faute d’informations. Il en est ainsi d’un certain empereur Alexandre, qui régna sur l’Afrique romaine, entre 308 et 310, et ne laissa que peu de traces dans nos sources à tel point qu’on ne sait rien de précis sur la chronologie des faits, les mobiles et les véritables acteurs de son usurpation, le personnage lui-même semblant avoir été assez effacé.

Le principal récit sur Alexandre est le livre II chapitres XII 1,2,3 et XIV 2,3,4, de l’Histoire Nouvelle de Zosime, qui date du Ve siècle, les autres textes, les inscriptions et la numismatique, n’apportent guère plus de clarté, si bien que les circonstances et le déroulement des faits restent encore entachés de beaucoup d’incertitudes et d’ombres, comme la date de la mort d’Alexandre oscillant entre 309, 310 et 311.

Au tout début du IVe siècle, l’empereur Dioclétien (284-305) achevait d’accomplir une importante réforme administrative en multipliant les provinces (104), réparties en diocèses (12), regroupés en préfectures du prétoire (4). Le diocèse qui nous intéresse ici est celui d’Afrique, comprenant alors les provinces de Proconsulaire ou Zeugitane, Byzacène, Numidies Cirtéenne et Militaire, Maurétanies Sitifienne et Césarienne et la Tripolitaine, qui dépendait de la préfecture du prétoire d’Italie. Une inscription, trouvée à Centenarium Aqua Viva, en Numidie, datée de 303, sous Maximien, et une autre de Leptis Magna, en Tripolitaine, sous Maxence (paré des titres "libertatis restitutor” et “victoriosissimus”, ce qui suggère une date après la défaite de Sévère II en 307), mentionnent un Valerius Alexander “vir perfectissimus agens vicem praefectorum praetorio ”. Il s’agit probablement du premier vicaire connu d’Afrique, c’est-à-dire du gouverneur du diocèse d’Afrique, dépendant du préfet du prétoire d’Italie. Il appartient à la classe des chevaliers perfectissime. Alexandre aurait donc été nommé sous l’empereur Maximien. Celui-ci après avoir abdiqué en 305, reprenait la pourpre en février 307, à la suite de la proclamation de son fils Maxence comme Auguste par les prétoriens à Rome, le 28 octobre 306. Dans un premier temps Maxence se contenta du titre de “Princeps Invictus” et ne prit le titre d’Auguste que le 28 octobre 307.

En Afrique, Maxence n’est reconnu que grâce à l’intervention de Maximien, mais sa politique y fut désastreuse à la suite de la rupture d’avec son père, le 20 avril 308, lorsqu‘il chercha à affirmer son pouvoir personnel. Zosime nous dit qu’après avoir échappé au complot de son père pour le détrôner, Maxence, conforté dans son pouvoir en Italie, envoya en Afrique, ainsi qu’à Carthage, des messagers chargés de faire connaître son portrait probablement comme Auguste et, sans doute faire retirer par la même occasion ceux de son père. Il est possible aussi qu’il ait eu des exigences financières importantes et qu’il ferma l’atelier monétaire de Carthage pour l’emmener à Ostie.

En tout cas les envoyés de Maxence rencontrèrent l’opposition des soldats attachés à Maximien. Face à cette résistance, Maxence décida d’envoyer sa flotte. Peu sûr d’eux, les rebelles, ne pouvant pas gagner la Gaule de Constantin, où s’était réfugié Maximien, à cause de la flotte de Misène près de Naples, qui dominait la Méditerranée centrale, se replièrent, nous dit Zosime, en direction d’Alexandrie, sans doute pour chercher à faire leur jonction avec l’armée d’Orient obéissant à Galère et Maximin Daïa, donc opposée elle aussi à Maxence. Mais ils durent regagner par mer Carthage, dissuadés de continuer leur route face à l’importante flotte italienne de Maxence.

Pour mettre un terme à toute cette agitation et punir ces rebelles, Maxence se disposa à passer personnellement en Afrique, mais les augures s’étant montrés défavorables, l’empereur préféra différer son appareillage, d’autant qu’il craignait une éventuelle opposition du vicaire Alexandre. C’est pourquoi dans le but de s’assurer une prochaine traversée d’Italie en Afrique sans danger, il envoya à Alexandre des députés pour lui demander de lui remettre son fils comme otage. Mais Alexandre, craignant la perfidie de Maxence, refusa d’accéder à cette requête, d’autant qu’il était attaché à ce fils, jeune homme dans la force de l’âge et d’un aspect charmant. Face à ce refus Maxence envoya des sicaires pour le faire disparaître par la ruse. Mais l’intrigue, à la suite d’une trahison, fut éventée, et c’est alors que les soldats rebelles trouvèrent l’occasion favorable pour se soulever et proclamer empereur Alexandre, devenu le symbole de l’opposition à Maxence, et qui prit, avec la pourpre, le nom de Lucius Domitius Alexander, abandonnant celui de Valerius porté par Maxence. Ce nom complet est donné par 4 inscriptions (une à Cirta, une près de Sufetula, une entre Sicca et Thagaste et une entre Theveste et Thamugadi). Il voulait probablement se rattacher à l’empereur Lucius Domitius Aurelianus (270-275), comme l’avait peut-être fait en 297, l’usurpateur Lucius Domitius Domitianus à Alexandrie d’Egypte.

alexandre de carthage

Alexandre se serait associé son fils avec le titre de César. La date pose problème, peut être dès juin 308 ou encore après la conférence des Tétrarques à Carnuntum sur le Danube (11 novembre 308) qui obligea Maximien à se démettre (il sera remplacé par Licinius) et déclara Maxence ennemi public. Ces décisions servirent Alexandre, qui n’était pas un militaire, à être reconnu par la Zeugitane, la Byzacène, les Deux Numidies Cirtéenne et Militaire et la Maurétanie Sitifienne. Il semble que la Maurétanie Césarienne et la Tripolitaine n’aient pas suivi le mouvement (une inscription de Leptis Magna nous donne le nom d’un gouverneur (praeses) de Tripolitaine, le “vir perfectissimus ” Volusius Donatianus, qui qualifie Maxence d’“indulgentissimus, libertatis restitutor et victoriosissimus”, reprenant les termes du vicaire Valerius Alexander, la date est incertaine après 307), tandis que la Sardaigne, qui appartenait au diocèse d’Italie, passa du côté de la rébellion africaine. Alexandre privait ainsi l’Italie, tenue par Maxence, d’une grande part de son approvisionnement en blé; et Rome connut la famine. Les territoires de Maxence (Italie, Sicile et Corse) se retrouvaient isolés de ceux des autres compétiteurs.

Sur le personnage du nouvel empereur, Zosime nous dit qu’il était d’origine phrygienne, craintif, sans audace, hésitant devant tout effort et de plus très âgé. Aurelius Victor nous le décrit, affaibli par l’âge, plus dépourvu de sens que ses grossiers parents pannoniens. Sur le règne lui-même d’Alexandre, on ne sait rien, le seul fonctionnaire connu en Afrique, est le “rationalis” (responsable des finances publiques) des deux Numidies (Cirtéenne et Militaire), un certain Scironius Pasicrates, “vir perfectissimus” si bien que son usurpation fait penser à celle qui eût lieu à Alexandrie d’Egypte en 297 où est proclamé empereur Lucius Domitius Domitianus alors que le personnage principal est le gouverneur (corrector) Aurélius Achilléus, “vir perfectissimus”.
Alexandre semble avoir fait alliance avec Constantin contre Maxence : la cité proconsulaire de Thibica éleva une statue dédiée à Constantin en 309 - certains ont voulu corriger en 313 - et un milliaire en Afrique porte les deux noms accolés d’Alexandre et de Constantin. Il y a aussi des monnaies communes à la légende de revers SPQR OPTIMO PRINCIPI que Constantin fit émettre en vue de ses quinquennales du 25 juillet 310.
Alexandre marqua aussi une inflexion dans l’histoire de l’Afrique du Nord car, en instaurant, avec la fin de la persécution contre les chrétiens en 305, une tolérance religieuse, il permit aux querelles d’éclater entre le prudent évêque de Carthage Mensurius, accusé d’être un traditeur, c’est-à-dire d’avoir remis les livres sacrés aux païens pendant la persécution, et les rigoristes radicaux menés par le primat de Numidie, Secundus de Tigisi. Peu après la défaite d’Alexandre, un diacre de Carthage, Félix, rédigea un violent pamphlet contre Maxence, ce qui lui valut d’être recherché par la police. Il se réfugia chez son évêque Mensurius qui refusa de le livrer. Maxence espérant se concilier les chrétiens ne fit pas employer la force mais convoqua à Rome l’évêque qui, avant de partir, mit le trésor de l’Eglise à l’abri en le dispersant. A Rome Mensurius sut convaincre Maxence et obtenir la grâce de son clerc, mais il décéda sur le chemin de retour à Carthage en 311 ou 312. Son archidiacre Caecilianus fut rapidement élu et consacré par le clergé de Carthage en l’absence des évêques numides. Ceux-ci contestèrent aussitôt l’élection, l’accusant d’être aussi un traditeur, et ils élirent un des leurs, le lecteur Maiorinus, consommant la rupture de l’Eglise d’Afrique. Ainsi naquit le schisme donatiste, du nom du successeur de Maiorinus, mort assez vite (313), le redoutable Donatus de Casae Nigrae, en Numidie, qui ne sera chassé qu’en 347 († 355). Constantin, successeur de Maxence, et les synodes extérieurs donnèrent leur appui à Caecilianus († avant 337) contre ce mouvement rigoriste qui opposait les traditions africaines (Perpétue, Tertullien, Cyprien) aux oppresseurs extérieurs, et qui devint rapidement majoritaire parmi le peuple. Le christianisme africain ne se remettra jamais de cette division, malgré le concile de Carthage de 411, censé avoir mis fin au schisme.

Alexandre frappa monnaie dans l’atelier de Carthage qu’avait ré-ouvert, en 296, Maximien pour, après la réforme monétaire de Dioclétien, prendre en charge économiquement une grande partie de l’Afrique et aussi faire face aux dépenses qu’entraînaient les opérations militaires menées en Maurétanie et Tripolitaine. Il faut dire que l’Afrique n’avait pratiquement plus reçu de monnaies impériales depuis la mort d’Aurélien (275). Maxence y émit monnaies seulement en 306-307, et même pour son collègue Constantin César. Par contre, on ne possède aucune monnaie du fils d’Alexandre avec le titre de César, ce qui fait que rien ne vient confirmer cette nomination. Le monnayage d’Alexandre, de mauvaise qualité et qui a suscité de nombreux faux à cause de sa rareté, célèbre l’Afrique et Carthage et son armée, l’espérance d’une égalité avec Rome et d’une reconnaissance officielle.

Au printemps 310, Maxence, qui se préparait à affronter Constantin, finit par réagir en envoyant, pour récupérer l’Afrique, quelques cohortes de prétoriens, commandés par le préfet du prétoire Rufius Volusianus (qui avait été proconsul en Afrique en 305-6 ou 306-7), assisté du général Zénas, un homme réputé aussi bien pour son expérience à la guerre que pour sa douceur de caractère (selon Zosime). Les soldats d’Alexandre, précipitamment levés et ayant à peine la moitié des armes nécessaires pour se défendre, se replièrent dès le premier choc prés de Carthage, vers une unité d’armée, Alexandre s’enfuit lui aussi avec eux, mais lorsque cette unité fut tombée aux mains des troupes de Maxence, Alexandre fut lui aussi fait prisonnier, puis étranglé à Cirta (Constantine) par Zénas (au printemps ou en été 310, date préférable à 309 ou 311).
La guerre s’étant terminée ainsi, latitude fut donnée aux dénonciateurs d’accuser comme partisans d’Alexandre pour ainsi dire tous ceux qui, en Afrique, avaient une position privilégiée grâce à leur noblesse ou à leur richesse. On ne prit absolument aucun ménagement. Sur ordre de Maxence, Volusien fit massacrer de nombreux notables avec confiscation de leurs biens. Carthage subit destructions et incendies essentiellement les quartiers du port et du Sud-Ouest entre cirque et amphithéâtre. Cirta et Uthina (Oudna) subirent aussi des destructions. Constantin restaurera Cirta, dernier boulevard de l’usurpateur, sous le nom de Constantine pour en faire le chef-lieu d’une Numidie réunifiée (314). Pasicrates fut peut-être exécuté, par contre le “vir perfectissimus” Lucius Papius Pacatianus gouverneur équestre (praeses) de Sardaigne (308-309), qui fut du côté d’Alexandre et de Constantin contre Maxence, échappa à la répression, il occupera en 319 le vicariat des Bretagnes, la préfecture de prétoire d’Italie en 332-337 et le consulat en 332. Quant à Volusien, de retour en triomphe à Rome avec un riche butin pour Maxence, il devint préfet de la Ville du 28 octobre 310 au 28 octobre 311 et obtint le consulat cette année-là. Il se rallia à Constantin en 312 et continua sa carrière, de nouveau comme Préfet de Rome de 313-315, consul en 314 et préfet du prétoire en 321.
maxence

Après la chute d’Alexandre, l’atelier monétaire de Carthage fut définitivement fermé et le restera jusqu’à l’arrivée des Vandales (439), et Maxence, décidé à renforcer son emprise, envoya sa flotte réapprovisionner l’Afrique en numéraire. Il avait fait ouvert un atelier à Ostie pour compenser la perte de Carthage. En Tripolitaine, l’immense trésor trouvé à Misurata (env.110.000 monnaies) et les deux navires, chargés d’amphores pleines de folles (monnaie de bronze créé en 294) de Maxence, coulés à l’Ouest de Sabratha (trésor de Mangub) tandis qu’ils faisaient voile de Carthage à Leptis, attestent de l’initiative.

Les sites sur internet n’apportant rien sur Alexandre, je ne donnerai que quelques adresses particulières :

  • Pour les monnaies d’Alexandre voir le site : www.dirtyoldcoins.com
  • Pour visualiser le portrait monétaire d’Alexandre voir le site : www.romancoins.info
  • Pour la chronologie simple et claire du règne de Maxence, avec son portrait, voir le site en anglais : www.livius.org
  • Pour la chronologie des événements 192-325 et situer l’usurpation d’Alexandre (à la page 11) : marmouget.free.fr (Document PDF à télécharger)
  • Sur le Limes et la défense de l’Afrique : www.stratisc.org
  • Pour le Procès-verbal de la réunion des évêques de Numidie à Cirta, le 13 mai 307 présidé par le primat, Secundus, évêque de Tigisi, voir le site : aphgcaen.free.fr/conferences
  • Sur l’atelier monétaire d’Ostie et les événements liés à sa création voir le site en anglais sur Ostie : www.ostia-antica.org
  • Une traduction de l’Histoire Nouvelle de Zosime en anglais se trouve sur le site (sans notation de chapitres) : www.vitaphone.org

GRICCA