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Janvier 2006 (page 4/4)
Sommaire du mois de Janvier : Clic
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| 27 janvier 2006 |
| Philippe
(de Ferney-Voltaire)
a écrit : |
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(…)
J'ai découvert
votre site il y déjà longtemps et justement
en cherchant sur la toile du net des informations
sur la naissance du christianisme plus critiques que
les versions "officielles". Je partage votre
style pertinent parfois décapant à la
Voltaire, continuez ainsi car cette recherche fait
avancer et ouvrir les yeux à beaucoup sur près
de deux mille ans de propagande chrétienne
d'autant plus que vous le faites avec assez de classe
en essayant de ne jamais trop blesser (ça,
je ne saurais pas le faire, je l'avoue, je suis trop
païen pour cela !)
J'arrête mes compliments
pour vous poser ma question : qu'est devenu
l'autel de la Victoire après son enlèvement
par ce très chrétien Gratien,
fut-il détruit comme la plupart des monuments
religieux de l'époque, ou quelques fragments
ont pu traverser les époques ? à quoi
ressemblait-il ? |
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| RÉPONSE
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| Un grand merci pour
votre message ! L'intérêt que vous témoignez
à mon site internet me tient d'autant plus
à cœur que vous êtes citoyen de
Ferney-Voltaire, charmante bourgade où je vins
jadis quelquefois en pèlerinage, histoire réaffûter
mon sens critique en posant mes pas dans ceux du Patriarche
qui fit sa renommée… mais sans cependant
aller jusqu'à me mettre à quatre pattes
pour brouter les tendres herbettes du parc de son
château, ainsi que Voltaire le recommanda ironiquement
à son meilleur ennemi, Jean-Jacques Rousseau…
Si j'en crois cette
page du site Plan
de Rome de l'Université de Caen, l'autel
de Victoire, placé dans la Curie sur ordre
d'Octave Auguste,
était composé d'une statue de la Victoire
et d'un autel… Cela semble effectivement aller
de soi !
Pendant trois siècles et demi, au début
des séances, les Sénateurs brûlèrent
rituellement de l'encens sur ce petit autel. C'était
là un geste de nature plus civique que religieuse,
un rituel patriotique davantage qu'un vrai culte.
Cependant, lorsque l'Empire devint chrétien,
certains ministres du culte du Christ s'offusquèrent
de la survivance d'un culte idolâtre dans la
plus auguste assemblée de l'État. Ils
s'agitèrent tant que l'autel "impie"
fut retiré.
Restait la statue. Aux yeux de chrétiens modérés,
elle aurait somme toute pu passer pour une simple
œuvre d'art, à fonction strictement décorative.
Mais c'était sans compter sur l'acharnement
des plus exaltés des chrétiens, le "pape"
Damase en tête : pour eux, l'enlèvement
que l'autel ne suffisait pas puisque - c'était
de notoriété publique - ces maudits
païens considéraient les idoles de pierre
et de bois comme leurs vraies divinités. La
présence de cette statue obscène dans
l'enceinte du Sénat était donc aussi
choquante, sinon davantage, que celle de l'autel !
Ces chrétiens intégristes firent donc
pression sur leurs coreligionnaires sénateurs
qui menacèrent de paralyser le Sénat.
Devant cette menace, le faible empereur Gratien
s'inclina, et la statue de la Victoire fut elle aussi
enlevée, au grand dam du sénateur païen
Symmaque, mais la très grande et très
sainte jubilation du saint évêque Ambroise
de Milan, la conscience (par ailleurs assez trouble
et souvent un tantinet élastique) de l'Occident
chrétien de l'époque. (A ce sujet, voyez
aussi ici : Clic
! et Clic
!).
Mais à quoi diantre ressemblait cette statue
? Là, je dois bien avouer que je n'en sais
fichtrement rien. Toutefois, elle ne devait sans doute
guère s'éloigner de ces victoires qui
foisonnent sur les monnaies impériales. Voyez,
par exemple (car, en numismatique romaine, les types
de Victoires sont très variés
: assises, debout sur un globe, sur une proue, brandissant
palme, xyste, épée, etc) celles-ci,
qui figurent sur des pièces de Trajan : Clic
! et Clic
!.
Que devirent l'autel et sa statue après qu'ils
furent enlevés de la Curie ?
À ma connaissance, les sources antiques sont
muettes à ce sujet… Je présume
qu'on les transféra d'abord dans un temple
païen (celui de Jupiter Capitolin ?) et qu'il
y restèrent jusqu'à ce que des mains
iconoclastes ou avides les détruisent définitivement,
soit pour cesser d'offenser la majesté de l'unique
Sabbaoth, le Dieu chrétien des armées,
soit pour recycler à des fins profanes les
matériaux (pierre ou métal) de ce monument
de l'idolâtrie. |
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| Philippe
réécrit : |
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Merci
pour votre réponse.
À défaut de brouter l’herbe du
château de notre Patriarche Voltaire, habitant
à environ 400 mètres de son château,
je me contente de manger les légumes de mon
modeste potager. J’essaye aussi de me nourrir
de ses écrits qui n’auront jamais été
autant que maintenant d’actualité, une
pièce (Mahomet ou le fanatisme) a
même fait l’objet de pression de la part
de représentants musulmans et des voitures
ont même brûlé à St Genis-Pouilly
, commune voisine , pendant la présentation
de la pièce courant décembre dernier
!
Ha, la tolérance
des monothéistes !
Après être plongé
sans modération dans le courrier des lecteurs
de novembre 2000, j’ai lu votre
article sur les jours de la semaine.
Parlant le bengali (ma femme
est bengalie - oui, l’amour n’a pas de
frontière et rien de tel pour apprendre une
langue !) j’ai pu faire un comparatif sur la
façon de nommer les jours empruntés
au sanskrit suivant la tradition hindoue et tellement
proche du système latin, bien sur langue indo-aryenne
et apparentée , d’après un ouvrage
Parlons bengali de Jean Clément (édition
l’Harmattan) ce système aurait été
emprunté aux Grecs antiques, vous constaterez
les similitudes
- Shombar , le jour de la
Lune (sona) : lundi.
- Môngolbar, le jour
de Mars (mangala) : mardi.
- Budhbar, le jour de Mercure
(budha) : mercredi.
- Brihoshpôtibar, le
jour de Jupiter (brihaspati) : jeudi.
- Shukrôbar , le jour
de Vénus (çukra) : vendredi.
- Shônibar , le jour
de Saturne : samedi .
- Rôbibar, le jour du
Soleil (ravi) on le retrouve dans le Sunday anglais
ou sontag allemand
Hé oui, c’était
peut-être déjà la mondialisation
avant l’heure !…
Existe-t-il des écrits sur des échanges
commerciaux (voir culturels ou spirituels,
mais là je crois que je peux continuer à
rêver) entre l’empire romain et
l’Inde de l'époque ?
Je crois même avoir lu , je ne me souviens plus
dans quel ouvrage , que des pièces de monnaie
romaines ont été trouvées dans
le sud de l’Inde.
Que savez-vous à ce sujet ? |
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| RÉPONSE
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| Ah vous avez bien raison
! Avec cette recrudescence du fanatisme religieux,
il faudrait rendre obligatoire dans toutes les écoles
l'étude du Traité sur la Tolérance
de votre compatriote Voltaire… Mais puisque
j'ai lu quelque part que de jeunes Beurs
refusent d'approcher les textes du "Pape des
Lumières" sous quelque angle qu'on les
aborde, allant même jusqu'à tabasser
les profs qui s'obstinent à ne pas pendre en
compte leur "objection de conscience", ce
n'est pas gagné d'avance !
Notez qu'il y aurait peut-être une solution
pour leur faire apprécier Voltaire : il suffirait
de leur proposer incognito quelques textes
bien antisémites de ce grand écrivain
(il y a, hélas, le choix, et c'est très
loin d'être que ce Voltaire a écrit de
plus ragoûtant).. Je suis sûr qu'ils apprécieraient…
Mais, évidemment, du point de vue de la lutte
contre le racisme, ce ne serait guère productif
!… ;-)
Merci pour ces intéressants renseignements
concernant les noms des jours indiens.
À vrai dire, les similitudes avec les noms
latins ne m'étonnent pas : elles se retrouvent,
grosso modo, chez tous les peuples indo-européens,
et point n'est besoin d'imaginer des contacts suivis
entre Rome, Athènes et les vallées de
l'Indus ou du Gange pour les expliquer.
Du reste, ces contacts entre Romains et Indiens
ont bien existé. Forcément ! Pour se
rendre en Chine (voir ici : Clic
!), par voie maritime, les marchands romains devaient
nécessairement faire escale dans des ports
indiens. Et, c'est vrai que, même si ces contacts
romano-indiens n'ont (à ma connaissance) pas
laissé de traces littéraires, l'on a
quand même retrouvé des monnaies romaines
sur les côtes indiennes qui attestent leur réalité.
(À ce sujet voyez -entre autres, ces sites
: www.archeo.ens.fr
et www.europsy.org/marc-alain). |
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| 27 Janvier 2006 |
| Nicolas
a écrit : |
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| (…)
Vous écriviez que Ponce Pilate ne portait
pas le titre de procurateur, mais celui de préfet.
C'est très curieux. Quels sont les éléments
qui vous permettent de l'affirmer ? |
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| RÉPONSE
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| Le titre de préfet
de Ponce Pilate est parfaitement attesté par
une inscription découverte à Césarée
Maritime (Israël), en 1961. Quoique fort mutilée,
cette inscription, dite du Tiberieum atteste,
à la fois, la titulature de Pilate, sa présence
en Judée, et son attachement à Tibère.
Voici son texte :
"S TIBERIEUM
NTIUS PILATUS
ECTUS IUDAE"
c'est-à-dire :
"Tiberieum (colonnade en l'honneur de Tibère)
[Po]nce Pilate
[Pr]éfet de Judée
(Source : Le Monde où vivait Jésus,
sous la direction de Hugues COUSIN, Éditions
Cerf, 1998) - Voyez aussi : www.bible-history.com
et www.lejourduseigneur.com.
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| 29 Janvier 2006 |
| Julien
Bouchard-Madrelle a écrit : |
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Je
suis "auteur" et je
vous avais contacté il y a quelques années
maintenant à propos de Gallien et de la survie
ou non de Salonine après la mort de ce dernier.
La pièce intitulée Gallien
est publiée et en cours de montage pour fin
2006 voire 2007.
1.
Depuis je n'ai pu m'empêcher d'écrire
d'autres pièces se passant approximativement
à la même époque. Actuellement
j'écris Apsinès, pièce
qui se passe avant la défaite de Valérien
face à Sapor et je me pose la question suivante
: comment le Sénat s'est-il comporté
vis-à-vis des persécutions de Valérien
? A-t-il servi avec zèle l'empereur
"persécuteur" (du moins en 258
) ? Si oui est-ce pour l'appât du gain ? La
part des sénateurs chrétiens était-elle
déjà importante et ont-ils été
victimes des persécutions de 258 ? Valérien
était, je crois, en bons termes avec le Sénat,
contrairement à Gallien plus tard.
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| RÉPONSE
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| Bien sûr, je me
souviens parfaitement de vous, de cette pièce
sur Gallien
que vous étiez occupé à écrire,
et que je suis maintenant ravi de savoir achevée,
publiée, et en cours de montage. N'hésitez
pas à me contacter en cas de nouvelle publication
: un peu de pub (gratuite, en ce qui me concerne),
c'est parfois utile… et ce d'autant plus que
mon site Web bénéficie d'une audience
non négligeable !
Mais venons-en à vos questions…
Faute de sources historiques, on ne sait pas comment
réagit le Sénat quand Valérien
décida de persécuter les Chrétiens.
Il faut cependant préciser que nous ne connaissons
la persécution
de Valérien que par des auteurs chrétiens,
donc nécessairement partiaux, qui occultèrent
soigneusement les vraies causes de la publication
de ces décrets persécuteurs. Or, si
- comme je le pense - Valérien prit des mesures
de rétorsion envers les chrétiens parce
que (à tort ou à raison) il les soupçonnait
d'être de mèche avec les envahisseurs
perses qui s'étaient emparés d'un tas
de riches provinces orientales (où, justement,
la population chrétienne constituait déjà
une minorité importante et agissante), il me
semble aller de soi que les Sénateurs adoptèrent
ces décrets dans un bel élan patriotique.
Certains estiment
pourtant que cette persécution trouve
son origine dans la cupidité de Valérien
et de ses conseillers, qui auraient cherché
à renflouer le trésor public sur
le dos d'une Église présumée
richissime… Il va de soi que cette soif
de l'or chrétien pouvait être partagée
par certains Sénateurs et entraîner
leur ralliement enthousiaste à la politique
persécutrice de Valérien. Mais
je reste assez sceptique quant à cette
explication. Il faut en effet savoir ce que
l'on veut : souvent, les mêmes historiens,
qui prétendent que la grande persécution
de Dèce (vers 250) lamina littéralement
l'Église chrétienne, soutiennent
également - sans rire - que, moins de
dix ans plus tard, les mêmes communautés
chrétiennes étaient si riches
que leur spoliation aurait suffi à renflouer
les caisses, aussi vastes que désespérément
vides, de l'Empire romain.
Y'aurait là comme une petite contradiction
que cela ne m'étonnerait pas…
Vous avez raison quand vous écrivez
que Valérien fut probablement en assez
bons termes avec le Sénat. Normal, il
en était issu. Mais il ne faut pas surestimer
le rôle politique du Sénat à
cette époque déjà tardive
: au milieu du IIIe siècle, le seul pouvoir
qui comptait, c'était celui exercé
par l'armée. C'était elle qui
faisait et défaisait les empereurs, et
imposait, immédiatement ou par l'intermédiaire
de son impérial factotum, ses quatre
volontés au Sénat et au Peuple
romain.
Du reste, le règne de Valérien
est extrêmement mal connu. Les sources
littéraires non-chrétiennes sont
rares et tardives (L'Histoire Auguste
n'évoque guère que sa captivité).
Quant aux auteurs chrétiens, évidemment
partiaux, ils sont à manier avec d'infinies
précautions. |
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2.
Autre question : Valérien le jeune,
fils de Gallien est-il bien mort en 257 ?
Pour l'une de mes pièce intitulée
Salonine, je fais mourir Valérien
le jeune et Salonin à quelques mois d'écart
(260) pour accentuer le côté tragique
de la pièce et montrer combien Gallien, ex-empereur
combattant a pu en souffrir.
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| RÉPONSE
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| ZOSSO et ZINGG (Les
Empereurs romains, éd. Errance) situent
la mort de Valérien
II en 258 et celle de Salonin
vers septembre - octobre 260.
Ce dernier ayant été nommé césar
à la mort de son frère aîné
Valérien II, il y a forcément un intervalle
temporel relativement important entre leurs deux dates
de décès… Mais tout cela demeure
encore imprécis, car, je vous le rappelle,
les sources sont peu particulièrement peu loquaces,
imprécises, tardives et partiales… Ce
qui n'est pas forcément un désavantage
pour vous, qui pouvez ainsi laisser la bride sur le
cou à votre verve dramaturgique sans crainte
d'être gravement contredit par de prétendus
experts ! |
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3.
Je terminerai en vous demandant : Gallien
a-t-il songé à délivrer son
père de Sapor ou finalement s'est-il
demandé si l'empire ne se porterait pas mieux
sans un homme qui n'était plus le même
à la fin de sa vie et qui se "néronisait"
?
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| RÉPONSE
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| "J'ai toujours
su que mon père était mortel !"
aurait laconiquement commenté Gallien
lorsqu'il apprit que son vieux papa avait été
capturé par les Perses. Mais en réalité,
on ne sait pas s'il intervint ou non auprès
de leur roi, Sapor.
Le polémiste
chrétien Lactance (début du IVe
siècle) soutint que Gallien se garda
bien de négocier la libération
de son indigne père : "Ce qui
ajouta encore à la cruauté du
châtiment [de Valérien], ce
fut d'avoir un fils empereur et personne pour
venger une captivité qui l'avait réduit
à l'esclavage le plus abject ; jamais,
en effet, on ne songea à réclamer
son retour." (Lactance, Mort des
Persécuteurs, V, 5 - Cité
par André Chastagnol, Histoire Auguste,
p. 782).
Mais, d'autre part, l'Histoire Auguste
(Vie de Valérien, I - III),
reproduisant trois lettres - parfaitement apocryphes
- émanant de souverains orientaux qui
auraient demandé la libération
de Valérien, indique que "Valérien
fut en effet réclamé par son fils
[Gallien], par son petit-fils [Salonin,
déjà mort à cette époque
!], les généraux romains,
toute la Gaule, toute l'Afrique, toute l'Espagne,
toute l'Italie, toutes les nations de l'Illyricum,
de l'Orient, du Pont, qui sont alliées
des Romains ou leurs sujettes." (Histoire
Auguste, Vie des deux Valériens,
III, 6 - Trad. André Chastagnol, Éditions
Robert Laffont, coll. Bouquins).
Personnellement, je crois que même si
Gallien
avait voulu intervenir en faveur de son père,
il n'aurait pu le faire. En effet, il n'avait
plus de monnaie d'échange. Il lui était
impossible d'offrir des provinces romaines au
Roi des Rois : il ne contrôlait plus l'Orient
romain, passé aux mains des Macriens
puis des souverains de Palmyre. Quant à
payer une rançon en monnaie sonnante
et trébuchante, n'en parlons pas ! À
supposer même qu'en raclant les fonds
de tiroirs, on soit parvenu à rassembler
la colossale rançon qu'aurait exigée
Sapor, il aurait été absolument
impossible aux émissaires de Gallien
de la faire parvenir à son destinataire
puisque, comme je viens de le dire, le chemin
de l'Orient était coupé. |
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En fait, la seule personne qui aurait eu quelque
chance d'obtenir la libération de Valérien
était le roi de Palmyre, Odenath.
Il venait de remporter quelques beaux succès
militaires face aux armées perses et pouvait
donc exercer sur Sapor une pression susceptible de
ramener ses exigences à de plus justes proportions.
Mais encore eût-il fallu qu'Odenath eut intérêt
à la libération de Valérien.
Lui, l'indisponibilité de régner prolongée
de l'empereur romain ne le gênait absolument
pas, que du contraire ! N'était-il pas en train
de se forger son propre empire, indépendant
de Rome, en annexant les plus belles provinces de
l'Orient romain ! En outre, Valérien était
peut-être déjà mort (exécuté
sur ordre du Roi des Rois ou accablé de chagrin
et d'humiliation) lorsque Odenath remporta ses premières
victoires. |
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| 30 Janvier 2006 |
| Annie
a écrit : |
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Je
suis à la recherche - de mémoire - d'une
séquence de triomphe, je crois, bref d'une
sculpture qui représente un guerrier romain &
casqué et impassible qui armé d'une lance
combat un Gaulois échevelé et tourmenté
lui-même armé d'une épée
genre glaive ; style représentation
des lointains peuples conquis par CÉSAR.
Eh bien, elle ne figure pas dans le livre d'initiation
au latin de mon fils, un classique pourtant.
Où trouver sur internet une représentation
& qques informations complémentaires ? |
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| RÉPONSE
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| Ne s'agirait-il pas
de cette image ?
Si c'est bien le cas, il ne s'agit pas d'une sculpture
relative à César
et à sa guerre des Gaules, mais d'un bas-relief
de la célèbre colonne Trajane. (Voir
: www.unicaen.fr/rome
- www.ac-versailles.fr).
Ce monument célébrait la victoire de
l'empereur Trajan
contre les Daces, peuple qui habitait l'actuelle Roumanie.
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| Annie
réécrit : |
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Formidable
& épatant, c'est ce que je cherchais.
Il est intéressant
de constater comme la représentation des barbares
par les artistes romains perpétue cette image
chevelue et désespérée/
Il est vrai que le sort des vaincus était peu
enviable; mais chevelus ? cur
? les Romains avaient donc tous adopté la mode
des cheveux courts & les cheveux que les autres
avaient gardés leur semblaient exotiques ?
En tout cas, la colonne de Trajan revêt un nouvel
attrait. |
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| RÉPONSE
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| A propos de ces Gaulois
chevelus et moustachus, voyez, sur le site
ami et associé Péplum
: Clic
!.
Cela précisé, ce n'était probablement
pas par hasard si, dès avant la conquête
du grand Jules,
les Romains appelaient "Gaule chevelue"
(Gallia comata) le pays qui s'étendait
au Nord des Alpes (par opposition à la "Gaule
en toge" - Gallia togata -, la Gaule
cisalpine, entre la vallée du Pô et les
Alpes).
Mais je ne suis pas un grand spécialiste de
la Gaule et des Gaulois… |
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| Annie
réécrit : |
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J'avais
entendu dire une fois, mais je ne me rappelle plus
"l"autorité de ma source" que
c'était une allusion aux nombreuses forêts
qui couvraient le territoire gaulois.
Ces expressions Gallia comata, Gallia
togata sont-elles latines ? Qui les utilisa pour
la première fois ? auteur ou historiens en
veine de classification ?
J'ai
bien peur que chacune de vos réponses n'avive
ma curiosité ! |
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| RÉPONSE
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| Oh, les termes Gallia
togata et Gallia comata
sont indubitablement latins… Mais quant à
vous dire quel auteur les utilisa pour la première
fois, c'est une autre paire de manches. Mes connaissances
en littérature latines ne vont malheureusement
pas aussi loin !
Quant à cette explication reliant l'expression
Gallia comata aux abondantes forêts
gauloises, elle me paraît quand même un
tantinet… tirée par les cheveux ! Je
me demande bien pourquoi vos "sources autoritaires"
s'acharnent à chercher une métaphore
alors que le sens littéral me semble clair
comme de l'eau roche ? L'expression Gallia
togata désignait la Cisalpine, celle
des Gaulois romanisés, en toge et bien propres
sur eux, tandis que la Gaule comata, c'était
la Transalpine, dont les habitants, plus frustes,
ne devaient pas se rendre souvent chez le coiffeur.
À mon avis mieux vaut donc rester au ras
des pâquerettes, et admettre, sans chercher
midi à quatorze heures, que le mot "chevelue"
ne veut dire que ce qu'il dit… À moins,
bien sûr, que l'adjectif togata ne
fasse quant à lui allusion au fleuve Pô,
au cours majestueux comme une toge, ou encore aux
collines du Piémont dont les vallons harmonieux
évoquent les plis artistement disposés
de la toge d'un magistrat romain… |
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| 31 Janvier 2006 |
| Lucie
a écrit : |
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| J'aurais
aimé savoir si vous aviez des infos. sur
les rites, habitudes spirituelles de Jules César. |
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| RÉPONSE
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| En 63 av. J.-C., Jules
César fut élu grand-prêtre
(Pontifex maximus) de la religion officielle
romaine. Mais cela ne signifie pas pour autant qu'il
avait la foi. Ce pontificat n'était guère
qu'une magistrature parmi d'autres, et l'homme qui
était désigné pour l'exercer
ne devait pas nécessairement croire aux divinités
dont il était chargé de surveiller le
culte. Il devait seulement veiller à ce que
les prêtres (voir ici : Clic
!) accomplissent les rites conformément
aux préceptes ancestraux, histoire de ne pas
mécontenter les dieux… au cas où
ceux-ci auraient réellement existé et
se montraient aussi capricieux que les contes de bonnes
femmes le rapportaient.
Dans sa Vie
de César, l'historien latin Suétone
rapporte qu'il n'était pas superstitieux pour
un sesterce : "Jamais un scrupule ne lui
fit abandonner ou différer une seule de ses
entreprises. Quoique la victime du sacrifice eût
échappé au couteau, il ne remit pas
son expédition contre Scipion et Juba. Un autre
jour, il était tombé en sortant de son
vaisseau, et tournant dans un sens favorable ce présage,
il s'écria : « Je te tiens, Afrique !
» Pour éluder les prédictions
d'après lesquelles le succès et la victoire
dans cette province étaient attachés
par les destins au nom des Scipions, il eut sans cesse
avec lui dans son camp un obscur descendant de la
famille Cornélia." (Suétone,
Vie
de César, 59).
César n'était donc absolument pas superstitieux.
Acceptons-en l'augure, si j'ose dire… Mais notez
quand même le paradoxe : tout esprit fort qu'il
aurait été, il prit quand même
soin de s'attacher les services d'un Scipion afin
de tourner à soin avantage une vieille prophétie
réservant aux membres de cette famille toute
victoire romaine sur terre africaine.
Un peu comme les gens qui affirment ne pas croire
à l'astrologie, mais qui ne prendraient pas
la moindre décision sans avoir lu, dans la
gazette, leur horoscope quotidien
On ne sait jamais…
Plus généralement,
César était probablement aussi
sceptique que la plupart des aristocrates romains
de son temps, pour qui les dieux olympiens n'étaient
plus guère plus que des figures de style.
Cela n'empêcha cependant pas le grand
Jules de proclamer haut et fort l'origine divine
de sa famille : "« Par sa mère,
ma tante Julie est issue des rois [de Rome]
; par son père, elle se rattache aux
dieux immortels. En effet, d'Ancus Marcius
[4e roi de Rome] descendaient les Marcius
Rex, dont le nom fut celui de sa mère
; de Vénus descendent les Jules, dont
la race est la nôtre. On voit donc unis
dans notre famille et la majesté des
rois, qui sont les maîtres des hommes,
et la sainteté des dieux, qui sont les
maîtres des rois. »" (Suétone,
Vie de César, VI).
Lui-même croyait-il vraiment à
cette ascendance divine ?
Peut-être pas, mais finalement, l'important
c'était que ses clients, ses partisans,
ses soldats, eux, le croient ! Et puis, même
si, au fond de lui-même, César
savait que cette hypothétique origine
divine de sa famille ne faisait pas de lui un
immortel, loin de là, elle ne lui conférait
pas moins le regain de courage, d'énergie,
de confiance en soi nécessaire pour entreprendre
de grandes choses, mêmes apparemment perdues
d'avance. "Il est utile que les hommes
de valeur s'imaginent, même si c'est faux,
être nés du sang des dieux, en
sorte que le cœur humain, réconforté
par cette créance, soit à même
d'acquérir plus de courage pour oser,
plus de force pour agir, plus de bonheur dans
le succès." (Varron, cité
par Jérôme CARCOPINO, César,
PUF, 1968).
Bref, le sang de Vénus, c'était
un peu la dope de César, ses amphettes,
son EPO !
En revanche, César croyait dur comme
fer à sa fortune (voir ici : Clic
!) et à son génie.
Bien sûr que Jules était génial,
et ce à plus d'un titre ! Mais, chez
les Romains, le concept
de "génie" était
à la fois moins large et plus abstrait
que de nos jours. Quand le grand Jules parlait
de son génie, il évoquait
ce fragment d'étincelle divine, présente
chez chaque homme (mais plus puissante chez
certains) qui le protégeait, le guidait
dans les moments difficiles, le poussait à
agir virilement et sans faiblir. C'était
à la fois son âme, son ange gardien,
et son énergie vitale. |
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Tout cela revient finalement à dire qu'avant
de tourner ses regards vers un ciel qu'il pressentait
vide ou muet et indifférent, César comptait
probablement d'abord sur lui-même, sur ses exceptionnelles
ressources personnelles, intellectuelles et physiques.
Les divers concepts d'ordre spirituels ou religieux
que nous avons relevés - sang divin, génie,
fortune - venaient ensuite : César ne les mobilisait
que pour soutenir sa volonté… ou l'imposer.
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