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Janvier 2006 (page 2/4)

Sommaire du mois de Janvier : Clic !

 
9 Janvier 2006
Gérard a écrit :
 

Pour compléter votre biographie sur Marc-Aurèle, je me permets de vous signaler la trilogie du Signe de Rome, écrite par Jean-François PAYS, et publiée aux éditions Signe de Piste. (Voir aussi ici : Clic !)
Au cours des trois romans, on suit les aventures d'un jeune Gaulois, Loix, et de Marcus, fils de patriciens romains, qui deviendra bien plus tard l'empereur Marc-Aurèle. Les trois romans sont bourrés de notes qui montrent que, même si les aventures du jeune Marcus sont fictives, l'auteur a quand même vraiment potassé son sujet à fond.

livre jf pays
 
 
 
12 Janvier 2006
Jacky a écrit :
 
Après la visite de votre site, nous avons trouvé d'énormes renseignements à propos de la loi d'investiture de Vespasien. Cependant, préparant un exposé en TD de romaine nous avons de la difficulté à trouver un plan propice à notre commentaire. Pourriez-vous nous aider à en trouver un ? ou en suggérer un ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

D'après ce que vous m'écrivez, je suppose que vous avez pris connaissance du bref commentaire qu'in illo tempore (février 2002, ça ne nous rajeunit pas !), j'avais commis, sur cette fameuse lex de imperio vespasiani (voir ici : Clic !).

En gros, mon opinion à ce sujet n'a pas évolué depuis : ce n'est pas parce que cette loi décrivait les pouvoirs conférés à Vespasien que ceux-ci furent moins absolus que ceux dont ses prédécesseurs avaient disposé. Dans la réalité des faits, le nouvel empereur reçut les pleins pouvoirs, cette autorité suprême qu'il souhaitait… et que nul n'était en position de lui contester. Depuis le début du Ier siècle avant notre ère et le doux temps de l'affrontement entre Marius et Sylla, tout un chacun savait que celui qui avait le plus de légions à sa botte devenait, de facto, le maître de Rome. Lex de imperio ou non, la raison du plus fort prévalait

Il serait sans doute un peu présomptueux de ma part de vous suggérer un plan pour le travail que vous devez effectuer, vu que, d'une part, je ne suis pas certain d'en être capable, et que, d'autre pas, je ne connais pas le contexte de vos cours.

Il me semble cependant que, du point de vue historique, on pourrait aborder ce texte soit sous un angle particulier, soit d'un point de vue plus général.

Dans le premier cas, on s'intéresserait plutôt à crise de succession qui s'ouvrit à la mort à mort de Néron, à la guerre civile qui s'ensuivit, et à la nécessité, pour Vespasien, de légitimer un pouvoir dont il ne s'était finalement emparé que par un putsch militaire.
En une année, pas moins de quatre empereurs s'étaient succédés sur le trône ; les Juifs, les Bataves et les Gaulois s'étaient révoltés ; l'indiscipline s'était répandue dans l'armée ; et, comble de malheur, après les gabegies du règne de Néron, l'incendie de Rome et l'anarchie ambiante, les caisses de l'État étaient désespérément vides. Pour sauver le bazar, Vespasien avait donc impérieusement besoin d'un pouvoir absolu, et incontesté.

vespasien

Si l'on adopte un angle d'attaque plus général, on s'intéressera à l'évolution du pouvoir impérial depuis Auguste ainsi qu'aux relations entre le Sénat et son princeps.
Auguste, qui concentra entre ses mains les pouvoirs des plus importantes magistratures romaines, disposa des pouvoirs d'un monarque absolu tout en maintenant la fiction d'une République sénatoriale et oligarchique. Son successeur, Tibère, tenta, vainement, de rééquilibrer les pouvoirs de l'empereur et ceux du Sénat. Claude, lui, respecta formellement le Sénat tout en le "mettant sur la touche" en confiant les affaires de l'État à des hommes de confiance, des "ministres" choisis parmi ses affranchis. Quant à Caligula et Néron, ils tentèrent, prématurément, de mettre fin à l'hypocrite fiction augustéenne pour transformer progressivement la vieille République romaine en une monarchie absolue de style hellénistique.
Dans ce contexte, la lex de imperio vespasiani pourrait apparaître comme un retour à l'ordre augustéen… Mais d'un autre côté, cette concentration exceptionnelle de pouvoirs divers, qu'Auguste n'avait pu réaliser que par d'heureux concours de circonstances - et surtout, justement, parce qu'il était Auguste (sacré, noble de cœur) - , se voyait ainsi fixée dans le marbre. Les pouvoirs dont les empereurs de la dynastie Julio-claudienne n'avaient disposés que parce qu'ils était les héritiers de César et d'Auguste devenaient maintenant légaux, "constitutionnels".
On pourrait donc dire que, grâce à cette loi qui, apparemment, limitait ses pouvoirs, Vespasien disposait d'une autorité infiniment plus étendue de tous ses prédécesseurs, puisqu'elle ressortissait du droit public (une loi) et non plus du droit privé (pouvoir attribué à l'héritier de César et d'Auguste).

Et puis, on pourrait aussi s'intéresser à l'aspect juridique, à la place de cette loi dans le droit romain… Mais cela sort complètement de ma sphère de compétence !

 
 
 
12 Janvier 2005
Éric a écrit :
 

Je crois avoir lu quelque part (Mika WALTARI) que ces insignes comprenaient notamment les bottes rouges que seuls les empereurs romains pouvait porter.
Je recherche de la documentation sur ce point précis.
Le sujet n'est pas anodin dès lors que ce signe distinctif désignait le pouvoir temporel et que les derniers papes (JPII et Benoît XIV) sont apparus chaussés de rouge.

Tout est symbolique.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Vous avez raison, le port de chaussures rouges par les Pontifes romains n'est certainement pas anodin… Cependant, je n'ai pas trouvé d'attestation certaine de bottes, bottillons ou brodequins de pourpre chez les empereurs romains d'Occident (d'Auguste à Romulus Augustule), alors que ces chaussures constituaient bien une pièce essentielle de l'appareil vestimentaire des empereurs romains d'Orient, dits byzantins (à ce sujet, voyez : fr.wikipedia.org et voila.fr/lacart/peintres)

On sait toutefois que, déjà au temps de la République romaine, les Sénateurs chaussaient des brodequins rouges, généralement ornés de croissants de lune (voir site d'Emilia Robin). On peut donc légitimement supposer que l'empereur, qui était aussi - sinon surtout - le premier des Sénateurs (princeps senatus) portait lui aussi de telles chaussures, peut-être rehaussées de l'un ou l'autre ornement supplémentaire. Mais évidemment, si les brodequins de l'empereur ne se distinguaient pas foncièrement de ceux de ses "collègues" Pères conscrits, c'est qu'ils n'étaient pas spécifiquement considérés comme des insignes impériaux.

Il est pourtant possible qu'une évolution se soit produite au début du IVe siècle. À partir de cette époque, l'Empire romain devint officiellement une "monarchie de droit divin". L'empereur fut désormais considéré comme le vicaire des dieux (puis de Dieu) sur terre, et sa cour adopta le faste cérémoniel et l'étiquette des cours orientales (traditions issues des monarchies hellénistiques et/ou de l'empire perse sassanide)… On peut aussi supposer que cette métamorphose de l'empereur romain en idole revêtue, des pieds à la tête, de pourpre ne devait plaire qu'à moitié aux plus austères de ses sujets qui ne voyaient que perversion dans ce cérémonial exotique et "efféminé". Je lis en effet, dans l'Histoire Auguste, un recueil anonyme de biographies impériales datant de l'extrême fin du IVe siècle, une petite phrase relative à l'empereur Aurélien (270-275) qui me paraît non dénuée d'ironie. On y signale que ce sévère monarque "interdit à tous les hommes le port de chaussures rouges, jaunes, blanches ou vertes, et ne les toléra que pour les femmes." (Vie d'Aurélien, 49 : 7).
Évidemment, le brave citoyen romain qui, dans les dernières années du IVe siècle, lisait ces lignes ne pouvait que ricaner tout doucettement, in petto ou dans sa barbe, lorsqu'il contemplait ce brouillon d'empereur Théodose ou ses dégénérés de fils, chaperonnés par des quarterons de généraux barbares, tous plus hirsutes et puants les uns que les autres, se pavaner comme des paons dans leurs superbes "pompes rouges" !

"Et quid des papes ?" me direz-vous.

Eh bien, d'après les renseignements que j'ai pu recueillir (in Dictionnaire historique de la Papauté, sous la direction de Philippe LEVILLAIN, Éditions Fayard, 1994), la filiation entre les mules rouges des papes et les brodequins de pourpre des empereurs romains d'Orient (voire d'Occident) paraît plus évidente du point de vue idéologique qu'historique.

Je m'explique :
Jusqu'au XIIIe siècle, les chaussures des papes ne se distinguaient pas spécialement de celles des autres membres de la Curie. Elles étaient généralement de couleur noire, et ornées d'un motif blanc de forme variable. Ce ne fut qu'à partir du pontificat de Grégoire X (1271-1276) que la couleur rouge s'imposa progressivement, et une croix n'apparut sur l'empeigne de ces mules qu'au XVe siècle, avec l'introduction de l'usage du baisement du pied du Saint Père. C'est en effet la croix brodée sur la papale pantoufle qui justifiait l'hommage, et non la couleur de la chaussure.

Il est certes possible que cette coutume ait été empruntée au cérémonial byzantin, mais ce n'est pas certain… Et ce d'autant moins que l'Église orthodoxe grecque n'admet pas la représentation de la croix sur les chaussures. Mais évidemment, si l'on baisait le pied du Basileus grec, c'était pour signifier son allégeance à sa personne et non pour vénérer le Fils de Dieu, contrairement à la cérémonie en usage à la cour pontificale de Rome,

En revanche, l'apparition de ces chaussures rouges aux pieds des papes à la fin du XIIIe siècle), c'est-à-dire précisément à l'époque ou l'Église catholique venait de triompher des empereurs germaniques (exécution de Conradin, dernier des Hohenstaufen, en 1268), n'est certainement pas une coïncidence. En revêtant les brodequins de pourpre des empereurs d'Orient, le pape manifestait sa supériorité sur tous les rois de la terre. Il s'agissait d'une démonstration supplémentaire de la doctrine politique, en vigueur à l'époque au Saint-Siège, qui visait à l'instauration en Europe (sinon sur la terre entière) d'une théocratie dirigée par le Serviteur des Serviteurs de Dieu, c'est-à-dire le Pape. Quelques années plus tard (vers 1300), dans le même esprit d'affirmation de la suprématie pontificale, l'autoritaire pape Boniface VIII se coiffa de la triple couronne (tiare trirègne) qui symbolisait le pouvoir absolu du pape sur la terre et le ciel… Alors que pourtant, il ne manquait visiblement déjà pas d'air !

Le baisement de pied fut supprimé par Paul VI. Le même pape remplaça aussi les traditionnelles mules de satin ou de velours rouge par des escarpins de peau de couleur brun clair, tirant sur le rouge. Pour être complet, signalons encore que ces chaussures sont fabriquées par un spécialiste qui dirige le laboratoire orthopédique d'un hôpital de Turin.

 
 
 
14 Janvier 2006
Marie-Françoise a écrit :
 

Depuis quelques jours, je suis à la recherche de documents concernant l'empereur Hadrien, et son bel amour, Antinoüs. (…) Pourrez-vous m'aider à dénicher une représentation graphique, dessin ou gravure, de la Villa Hadriana ?
Je sais que plusieurs artistes en ont fait, comme Girault, mais je n'ai encore rien vu.

Merci Infiniment.

 
 
 
16 Janvier 2006
Loïc a écrit :
 

Objet : Un délire incroyable !…

(…) Je tenais à vous communiquer les coordonnées d'un site qui développe des théories complètement folles, même si je n'arrive pas à cerner ce qu'il y a derrière (secte ? Extrémiste ?…) : Site miroir du Centre d’Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale (C.E.R.B.I)

En gros, leur théorie, en ce qui concerne l'histoire, est que l'église catholique a profité d'une peste colossale, et du désarroi occasionné dans la population, pour changer la chronologie de l'histoire et créer de façon fictive le Moyen Age.
De ce fait, la Renaissance ne serait pas séparée de l'empire romain par 10 siècles mais par quelques années !

Les autres théories sur des sujets comme la science m'ont l'air tout aussi délirantes et la démarche intellectuelle suivie (généraliser un inexplicable, sortir des références inconnues pour créer un brouillard de doute) me fait penser aux "sorciers" dénoncés par les Zététiciens.

Si je vous parle de ce site c'est qu'un des postulats visant à prouver cette déformation chronologique concerne l'empire romain. Cf. extrait ci-dessous :

"On pensait bien connaître la liste des empereurs romains, mais des archéologues romains viennent de découvrir près d’Oxford 5000 pièces du III° siècle de notre ère, avec un portrait nouveau autour duquel était inscrit : « IMP C DOMITIANUS P F AUG », ce qu’on traduit par « Empereur Caesar Domitianus, obéissant et heureux auguste » [ à ne pas confondre avec Domitien Flavien, qui régna de 81 à 96 ].
Voilà donc un nouvel empereur, non répertorié ! "

Êtes-vous au courant de cette soi-disant découverte ? Quelle est l'explication historique véritable ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Amusante, cette page Web dont vous m'avez communiqué l'adresse… L'on pourrait en rire de tout son saoul si son auteur ne proférait ses inepties avec, paradoxalement, tout le sérieux d'un pape, et si les idées développées n'étaient pas sous-tendues par les théories fumeuses en cours chez les protestants fondamentalistes américains. "Bipédie initiale" s'intitule ce site qui remet en cause la théorie darwinienne, défend l'idée d'un dessein intelligent, et tente, par des moyens très spécieux et ô combien contestables, de réhabiliter la vieille chronologie biblique, à laquelle plus personne de sérieux ne croit plus depuis la fin du XVIIIe siècle.

Nous sommes donc bien ici en présence d'une littérature sectaire… à n'utiliser qu'avec la prudence la plus extrême, l'esprit en éveil, et un aérosol anti-déodorisant à portée de main pour pallier les relents méphitiques inhérents à ce genre de prose !

Quant à ce Domitien II, son existence m'avait déjà été signalée, jadis, par d'autres sympathiques internautes (voir ici : Clic ! et Clic !).
A mon sens, il ne faut cependant pas surévaluer la "découverte" de ce personnage. L'ajout à la liste officielle des empereurs romains de cet éphémère et obscur usurpateur qui aurait sévi, dit-on, pendant le règne d'Aurélien (270-275) ne remet pas fondamentalement en cause la validité de cette nomenclature - et encore moins la chronologie terrestre !
Jusqu'à la fin du XIXe siècle, la plupart des spécialistes admirent, sans la discuter, l'existence de certains usurpateurs cités par l'Histoire Auguste (Celsus, Trebellianus, Censorinus et consorts ), alors qu'il ne s'agissait que de personnages fictifs, dus à la fertile imagination du facétieux auteur de ce recueil de biographies impériales.

Au fil des recherches sur l'histoire romaine, des noms peuvent donc disparaître de la liste des empereurs romains comme d'autres peuvent y entrer… Même si, à l'instar de ce Domitien II, ou de Silbannacus et (plus contesté) de Sponsianus, leur existence n'est attestée que par quelques pelées pièces de monnaie.

domitien II
 
 
 
17 Janvier 2006
Patrick a écrit :
 

Suite à la question d'Alexandre du 29 juin 2005 concernant la crucifixion de Jésus et votre réponse, je vous apporte les compléments d'information suivants, que vous devez connaître et pour lesquels j'aimerais avoir votre point de vue.
Ces informations font référence au site www.histoire-christ-gnose.org avec les publications de L'Énigme de Jésus-Christ de Daniel Massé (datant de 1926) et Comment naquit le Christianisme par André Wautier (1991).

Les hypothèses émises et argumentées dans ces publications font que le Jésus-Christ des Évangiles canoniques serait un personnage composite, construit à partir de plusieurs personnages historiques et mythiques. Il serait l'aboutissement d'une longue élaboration d'au moins deux siècles (environ de l'an 150 à l'an 350).

Un des principaux personnages historiques sur lequel s'appuie le personnage de Jésus des Évangiles serait, selon les auteurs cités, Jean de Galilée, fils de Juda de Galilée (ou le Gaulonite), descendant de David, et prétendant au trône d'Israël. Il apparaîtrait dans les Évangiles sous le nom de Jean-Baptiste. Le Jésus des Évangiles serait, entre autres, le double de Jean-Baptiste.
Or Juda de Galilée, et après sa mort son fils Jean, auraient revendiqué le trône d'Israël face aux Hérode qui, installés par les occupants romains, étaient considérés comme usurpateurs par les Juifs. À la tête de factions et d'hommes de main, les sicaires, Jean se serait régulièrement rebellé contre le pouvoir en place (cf. épisode du Temple). À cause du désordre créé et comme fauteur de troubles, il aurait été arrêté par les Romains, condamné et crucifié.

L'Évangile selon saint Jean est celui qui serait le plus fidèle à l'aventure de Jean de Galilée : d'après Daniel Massé, le nom de Jésus aurait remplacé celui de Jean, à partir de la version originelle. Cette substitution expliquerait certaines incohérences du texte et de situations, notamment que Jean-Jésus ait été crucifié par les Romains, non pour des raisons religieuses (les Romains à cette époque étant plutôt libéraux sur ces questions) mais pour des raisons politiques. En revanche il n'aurait pas été condamné pour blasphème par le Sanhédrin, c'est-à-dire les religieux juifs, contrairement aux allégations des Évangiles, car si tel avait été le cas il aurait été lapidé et non crucifié (mode d'exécution réservée aux condamnés par les Romains).

Pour appuyer sa thèse, Daniel Massé avançait que le texte le plus ancien historiquement antérieure aux premières versions des Évangiles, et qui retrace la profession de foi de Jean-Jésus dans sa conquête "mythologique" du pouvoir est l'Apocalypse.

Merci d'avoir votre point de vue.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je ne connais guère les thèses de Daniel Massé sur Jésus que par l'intermédiaire de Robert Ambelain qui avoue s'en être inspiré pour, en quelque sorte, les vulgariser dans ses bouquins parus dans les années '70 (Jésus ou le mortel secret des Templiers, Les Jours secrets du Golgotha). Mais, en surfant récemment sur son site, j'ai remarqué que l'ami François-Domnique Fournier était en train de mettre en ligne les textes de Massé sur L'énigme de Jésus-Christ (voir ici : Clic !).
Un de ces jours, il faudra vraiment que je prenne le temps de lire attentivement tout cela.

Robert Ambelain reprend donc l'hypothèse de Daniel Massé, qui fait de Jésus un fils de Judas de Gamala (voir à ce sujet cet ancien courrier). Ainsi que je le signale dans cette correspondance, personnellement, je trouve cette théorie assez séduisante… bien qu'elle soit aussi hautement aventurée que largement improuvable !

Je suis en revanche beaucoup plus sceptique quant à cette idée de Daniel Massé (et que Robert Ambelain ne partage pas) identifiant Jean le Baptiste à un Jean, fils de Judas de Gamala, et faisant de ce personnage le "prototype" du Jésus "composite" des Évangiles. En effet, si cette hypothèse est exacte, on pourrait se demander pourquoi les rédacteurs des textes évangéliques n'ont pas, tout bêtement, "oublié" de mentionner ce Jean. C'était la meilleure, la plus simple, la plus économique et la plus efficace des solutions pour éviter tout rapprochement entre les deux personnages et garantir ainsi la pérennité de leur fraude. Or, ce ne fut pas le cas ! Bien que Jean-Baptiste les embarrassât au plus haut point - parce qu'il fut incontestablement le précurseur et le maître de Jésus -, les Évangélistes n'osèrent "faire comme si" l'homme du Jourdain n'avait jamais existé. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'au moment où ils rédigèrent leurs textes, le baptiseur était au moins aussi connu que Jésus et les communautés qui se réclamaient de lui représentaient une concurrence sérieuse pour les Églises chrétiennes : elles étaient au moins aussi nombreuses, et les "Mandéens" qui les composaient ne se gênaient pas pour revendiquer haut et fort l'antériorité de leur doctrine face à celle de ce Jésus. D'ailleurs celui-ci n'avait-il pas sollicité et reçu le baptême de Jean ?

Comme il était tout simplement impossible de faire l'impasse sur ce personnage incontournable, les propagandistes chrétiens furent donc contraints de s'échiner à démontrer que :le baptiseur n'était que le "Précurseur" de leur maître : selon eux, il avait lui-même avoué sa subordination ("je suis indigne de lui nouer ses sandales", "il faut qu'il croisse et que je diminue", etc).

Et puis il y a aussi Flavius Josèphe !
L'on peut certes légitimement douter de l'authenticité du texte des Antiquités judaïques (livre XVII, IV) qui mentionne Jésus (voir ici : Clic !). En revanche, à ma connaissance, personne n'a jamais remis en cause celle de la brève notation relative à Jean le Baptiste. Or, à première vue, celle-ci n'évoque absolument pas une quelconque parenté de ce personnage avec Judas de Gamala. Jugez-en :

"À cause de Jean, dit « le Baptiste », plusieurs Juifs crurent que cette défaite de l'armée d'Hérode (le Tétrarque, contre son beau-père Arétas) était une punition de Dieu, Ce Jean était un homme très pieux qui exhortait les Juifs à embrasser la vertu, à exercer la justice, et à recevoir le baptême après s'être rendus agréables à Dieu en ne se contentant pas de ne point commettre quelques péchés, mais en joignant la pureté du corps à celle de l'âme. Ainsi, comme un très grand nombre de gens le suivait pour écouter sa doctrine, Craignant que le pouvoir de cet homme n'excite quelque sédition, parce que ceux qui le suivaient paraissaient prêts à entreprendre tout ce qu'il leur ordonnerait, Hérode crut devoir prévenir ce mal afin de ne pas regretter plus tard d'avoir trop attendu pour y remédier. Il l'enferma donc dans la forteresse de Macheronte (…), et les Juifs attribuèrent la défaite de son armée à un juste jugement de Dieu pour une action si injuste." (Flavius Josèphe, Antiquité judaïques, XVII, 7).

Comme vous le voyez, à première vue, il semble difficile de rapprocher le Baptiste selon Josèphe, emprisonné à Macheronte (pour y être exécuté peu de temps après) sur ordre d'Hérode Antipas, d'un Jean, fils de Judas de Gamala, crucifié par les Romains pour s'être révolté contre eux !

jean-baptiste

Il n'en demeure pas moins vrai que, dans les Évangiles, certains éléments présumés de la vie du Baptiste apparaissent comme des doublets de celle du Christ. Je pense en particulier au récit de la naissance de ce Jean qui semble comme la préfiguration (pour partie en négatif) de la Nativité : dans les deux cas, un ange de Dieu intervient, mais alors Marie est jeune et vierge, sa cousine Elisabeth est vieille et stérile.
Tout cela relève de la construction littéraire. L'auteur ne sachant probablement rien des circonstances de la naissance du Baptiste (qui devait d'ailleurs peu se différencier de celle du commun des bébés de Judée), il a "brodé", tout en ne perdant pas de vue son objectif, c'est-à-dire insister sur le rôle de précurseur du Baptiste.

Reste enfin l'attribution de l'Apocalypse à Jean (selon Massé) ou à Jésus (selon Ambelain)… Encore une hypothèse aussi séduisante qu'aventurée !Mais puisque je l'ai déjà évoquée dans une correspondance ancienne, je me permets de vous y renvoyer (voir ici : Clic !)