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Décembre 2005 (page 4/4)
Sommaire du mois de Décembre : Clic
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| 27 Décembre 2005
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| Frédéric
a écrit : |
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C'est
avec intérêt que j'ai parcouru votre
site, notamment les articles sur Caligula.
J'ai par ailleurs lu votre
message de "bienvenue"
et l'explication sur le "pourquoi du site".
Je suis étudiant en
Histoire et j'ai donc lu les articles avec un œil
plus pointu (non d'un point de vue de la connaissance,
mais d'un point de vue technique) et j'ai juste une
petite remarque à signaler.
Certes le ton général est "léger,
familier, parfois ironique et non dénué
d'un certain parti pris parfaitement assumé
par le webmaster" mais, bien qu'il soit
courageux de l'assumer, alors que vous déplorez
le ton de Suétone qui dans sa biographie de
Caligula narre le tout d'une manière plus que
subjective, vous utilisez le même procédé
que l'auteur latin en utilisant votre subjectivité
pour rédiger.
Alors, j'imagine que vous
me rétorquerez que, dans "votre message
de bienvenue", vous incitez "l'internaute
allergique à cette subjectivité manifeste
trouvera, à la fin de chaque biographie impériale,
de très nombreux liens vers d'autres sites
qui lui permettront d'entendre le son d'autres cloches…"
Cependant, ce message de bienvenue n'apparaît
pas dans la page d'accueil. Il n'apparaît que
si l'on clique sur "le pourquoi du site"
De ce fait, n'importe
qui arrivant sur le site, se rend sur une biographie,
la consulte, y pioche les informations dont elle a
besoin et repart, certainement avec des contresens
ou/et des inexactitudes.
Par conséquent, il
me semblerait plus judicieux, ou plus rigoureux (sans
parler d'honnêteté intellectuelle) de
mettre un message informant le visiteur que les articles
(bien évidemment basés sur des recherches
sérieuses) sont soumis à une subjectivité
de l'auteur. Afin que toute personne se rendant
sur un article le fasse "en tout état
de cause".
Enfin je terminerai en disant
qu'il est, là aussi, rigoureux d'indiquer une
bibliographie des ouvrages utilisés pour ces
recherches (ouvrages généraux, ouvrages
spécialisés, sites internet, encyclopédies
etc…). Citer ses sources est logique quand on s'en
sert
Ne voyez pas ce mail comme
une agression de ma part ou une envie particulière,
à quelques minutes de midi, le ventre gonflé
par la faim, de me dire "tiens je vais embêter
quelqu'un aujourd'hui !" !
C'est juste que ce site est intéressant, qu'il
traite de l'Histoire, et que donc, il serait fort
dommage qu'il n'ait pas le succès (mérité)
au regard d'autres personnes plus "au courant".
Car même si vous n'êtes pas historien
professionnel, il faut se plier à quelques
règles, ne serait-ce que pour :
1- éviter de flouer
les lecteurs,
2- être honnête avec eux et avec soi-même.
En espérant ne pas avoir
été trop désagréable et
en vous souhaitant bien du plaisir et un "merci"
par avance pour votre réponse, passez une agréable
fin de journée… |
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| RÉPONSE
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| Je tiens d'abord - et
croyez bien que je suis sincère - à
vous remercier pour ce courriel. J'apprécie
toujours vivement de savoir ce que des historiens
professionnels (ou de futurs historiens) pensent de
mon modeste travail.
Bien sûr, je ne puis que vous donner raison
sur le fond. Dans l'idéal, tout visiteur de
mon site, même le plus ignare, devrait pouvoir
détecter d'emblée ce qui est subjectif
dans mes textes. Ou du moins être toujours clairement
informé du caractère hautement fantaisiste
de certaines de mes hypothèses.
D'accord…mais vous admettrez quand même
que si tous les sites internet adoptaient cette règle
éthique, au moindre "clic", nous
serions totalement submergés de "fenêtres
volantes" d'avertissement, de bandeaux de mises
en garde, bref de tant de messages parasites (bien
qu'empreints de ces bonnes intentions dont l'enfer
est pavé), que nous regretterions peut-être
les horribles pubs, trop souvent envahissantes.
Si vous êtes entré en guerre contre tous
les sites qui véhiculent subrepticement des
thèses historiquement discutables, votre croisade
n'est pas prête d'être achevée…
et encore moins gagnée !
Ainsi que vous le reconnaissez vous-même, je
ne prends pas réellement mes visiteurs en traître
puisqu'une page spécifique les informe du caractère
souvent fantaisiste de mes notices biographiques.
Toutefois, si l'on y réfléchit bien,
cet avertissement devrait être inutile, superflu.
En effet, pourquoi stigmatiser moi-même mon
propre travail ? Tout internaute, qu'il soit jeune
ou vieux, érudit ou béotien, ne devrait-il
pas savoir que tout, ABSOLUMENT TOUT ce qui se trouve
sur Web est sujet à caution, que toutes les
informations de la Toile doivent être vérifiées,
recoupées avec d'autres, pesées, jugées
puis jaugées à l'aune du bon sens avant
d'être éventuellement validées.
Et ceci ne vaut d'ailleurs pas seulement pour Internet.
C'est en toutes circonstances que l'esprit critique
doit rester en éveil : lorsqu'on parcourt un
bon vieux bouquin, quand on regarde les infos à
la TV, quand on va au ciné… Il n'y a
ni texte sacré ni vérité toute
faite ! Mais ce n'est quand même pas prioritairement
à moi que revient la tâche d'inculquer
aux écoliers ou aux étudiants cette
règle méthodologique basique, qui est
aussi une règle de vie. Et ce d'autant moins
que (vous le conviendrez certainement) les idées
véhiculées par mon site internet sont
infiniment plus bénignes (voire beaucoup plus
humanistes) que la propagande nauséabonde épandue,
sans la moindre mise en garde, par des "webmasters"
sans conscience.
Ce qui me paraît un peu paradoxal, c'est que
vous me reprochez de ne pas adopter les "codes"
de la méthodologie historique (bibliographie,
notes de bas de page, appareil critique) alors que,
précisément, je me refuse de le faire
afin de ne pas susciter cette confusion que vous dénoncez
d'autre part (voyez à ce sujet ces anciens
courriers : Clic
! et Clic !).
Autant qu'un avertissement liminaire, cette absence
de tous les "accessoires" indispensables
à une véritable étude historique
(ainsi que le ton adopté, souvent assez trivial),
devrait donc, théoriquement, alerter tout internaute
un tant soit peu averti sur la nature réelle
de mes biographies impériales, qui ne sont,
le plus souvent, que des interprétations personnelles
(mais pas nécessairement infondées)
des œuvres des historiens antiques.
Autre conséquence de cette méthode
de travail très éloignée de celle
qu'adopterait un véritable historien : ne me
fondant généralement que sur les textes
antiques disponibles pour rédiger mes notices
biographiques, leur bibliographie se réduirait
le plus souvent à assez peu de chose. Pour
Caligula, par exemple, je n'ai guère utilisé
que des traductions françaises des Douze
Césars de Suétone, des Annales
de Tacite et des œuvres de Flavius Josèphe.
Un point c'est tout ! Et je crois avoir toujours consciencieusement
mentionné les références des
extraits de ces œuvres qu'il m'est arrivé
de citer.
Évidemment, je me doute que vous ne serez
pas entièrement d'accord avec ce que je vous
écris. J'espère cependant que, grâce
à cette réponse, vous comprendrez mieux
mon point de vue et, surtout, que vous admettrez ma
bonne foi et ne douterez plus ni de mon honnêteté
intellectuelle ni de mon sens des responsabilités.
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| Frédéric
réécrit : |
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D'abord
merci de votre réponse, et, effectivement,
tel que vous le reconnaissez, je ne serai pas entièrement
d'accord avec ce que vous avez pu écrire…
(rires)
Concernant les sites Internet,
c'est justement parce que peu adoptent cette rigueur
que je me permets de vous écrire. Cependant,
comme j'ai pu le dire auparavant, votre ton et votre
style sont particuliers, et vous maniez relativement
bien l'ironie, comme j'ai pu le voir dans vos réponses
aux courriers précédents (et à
celui-là d'ailleurs).
Certes, les idées véhiculées
par votre site sont bénignes, mais bénignes
ou pas, ça ne justifie pas leur existence.
Concernant vos lecteurs, il
est à noter que leur capacité de jugement
(et c'est bien triste à dire) n'est que THÉORIQUE.
Beaucoup de gens, dont l'élève-à-la-quête-de-l'info-qui-lui-permettra-d'avoir-un-15-à-son-exposé
n'ont pas le recul nécessaire (et je vous l'assure,
bien que ça puisse paraître assez inconcevable)
n'ont pas le recul nécessaire et prennent le
tout pour 'argent comptant.
Mais je vois par contre avec
ce mail qu'effectivement vous avez un total sens des
responsabilités quant à vos affirmations
et au contenu de vos biographies.
Pour la bonne foi, je l'admets
et l'honnêteté intellectuelle pareillement,
il s'agira donc d'une naïveté quant aux
capacités de discernement des autres et une
forte envie de mettre son grain de sel dans les affaires
antiques.
Par contre, je ne serai pas
d'accord avec cette phrase de votre précédent
courrier (1er
lien) :
Quoi qu'on fasse, le
parti pris transparaîtra donc toujours…alors,
tant qu'à faire, autant l'afficher ouvertement
! C'est d'ailleurs pour cela, à cause de
sa subjectivité, que beaucoup d'historiens
français contemporains méprisent quelque
peu ce genre littéraire, lui préférant
l'interprétation raisonnée de données
"objectives". Ils n'ont pas tort…
-> Ils n'ont pas tort parce
que justement, un récit historique se doit
d'être objectif de tout sentiment personnel.
Vous parliez précédemment que tels auteurs
font un bouquin sur tel ou tel personnage parce qu'ils
l'aiment ou le détestent, c'est absolument
vrai, cependant et c'est bien là la grande
différence : ce sentiment de haine ou d'"amour"
ne DOIT PAS transparaître dans l'ouvrage. Un
historien objectif, ce devrait être un pléonasme
mais beaucoup d'historiens (ou se disant historiens)
ne remplissent pas ce contrat malheureusement.
Toutefois, je ne parle pas
pour vous puisque vous clamez haut et fort que vous
n'en êtes pas un.
Mais je n'ai pas "tout
faux" non plus ! Encore une fois, cela dépend
du public auquel on s'adresse.
-> Absolument ! D'où
l'intérêt de les prévenir avant
(…)
En vous remerciant encore de
vos réponses et en soulignant l'habile et rondement
menée plaidoirie, j'espère vous avoir
"mailement" (pardonnez ce petit néologisme)
très bientôt.
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| RÉPONSE
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| Encore une fois, je
ne puis que vous donner raison quant au fond : tout
bon historien se doit de rester objectif… Enfin,
disons plutôt que, dans le meilleur des mondes
scientifiques possibles, tout historien consciencieux
devrait tenter de respecter au mieux cette exigence
d'objectivité.
Pourtant, contrairement à l'enfantin slogan,
ce ne sont pas nécessairement ceux qui
le disent qui le sont !…
Sans vouloir jouer au vieux croûton rabat-joie,
une déjà assez longue fréquentation
des œuvres historiques m'a permis de constater
que dès qu'un auteur brandissait son objectivité
comme "un enfant de chœur le Saint Sacrement"
(ô Brassens), il convenait de redoubler d'attention.
Le grave Tacite, zélé propagandiste
de la "réaction sénatoriale",
n'eut-il pas le culot de proclamer, en frontispice
de ses Histoires, que, vu "qu'à
l'adulation s'attache le déshonorant reproche
de servilisme alors que la malignité confère
un faux air d'indépendance", il écrirait
quant à lui "sans amour et sans haine."
Tu parles, Charles !
Et que dire de ces historiens marxisants qui faisaient
florès à l'époque de la Guerre
Froide, quand j'usais, d'ailleurs assez vainement,
le fond de mes pantalons sur les bancs des amphithéâtres
universitaires ? Ils accumulaient - non sans les avoir
soigneusement choisies au mieux de leurs intérêts
"sectaires" - les données "objectives"
(statistiques démographiques diverses, trouvailles
archéologiques, analyses scientifiques) pour
ensuite les couler dans le moule du matérialisme
historique et de la lutte des classes.
L'inquisition languedocienne prenait alors un léger
arrière-goût de purgatif stalinien, les
grandes jacqueries du règne du Roi Soleil avaient
un petit air de Ballets de Pékin (celui du
doux temps de Mme Veuve Mao, la cheftaine de la Bande
des Quatre)… et les gladiateurs de Spartacus
devenaient carrément Spartakistes !…
À mon avis, le bon historien n'est donc pas
celui qui voudrait nous faire croire à sa totale
objectivité, mais celui qui, au contraire,
avoue une relative subjectivité, tout en faisant
de son mieux pour la brider.
Quant à moi, de mon côté, puisque
(multum repetita placent) je ne suis pas
vraiment historien, je confesse ma totale subjectivité.
Mais, contrairement à des auteurs comme Suétone
ou Tacite, n'appartenant à aucun parti, je
ne défends aucune thèse (du moins en
ce qui concerne les biographies d'empereurs, car pour
l'histoire du christianisme primitif, ma neutralité
est plus contestable). A priori, peu me chaud donc
que Caligula fût fou ou sain d'esprit, Tibère
dépravé ou sage, Jules homo ou hétéro…
Quand je repère quelque chose qui me paraît
invraisemblable dans les textes anciens, je le relève,
et tant pis si cela va l'encontre des idées
reçues !.
En réalité, la seule chose concernant
mon site sur laquelle nous ne sommes pas réellement
"sur la même longueur d'ondes", c'est
que vous me reprochez de pas assez souligner cette
subjectivité assumée, tandis que moi,
j'estime que je le fais déjà suffisamment,
voire trop. |
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| 28 Décembre 2005
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| Amélie
a écrit : |
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| Je
dois faire un travail sur l'auteur Vitellius
(…) et je voulais savoir s'il existait
des commentaires sur son aspect
physique : est ce qu'il est gros,
petit… |
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| RÉPONSE
: |
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| Ainsi que
vous pourrez le vérifier en contemplant
sa binette sur les monnaies qu'il fit
frapper à son effigie, Vitellius
n'était pas précisément
ce que l'on appelle un bel homme (Voir
: www.wildwinds.com).
Si l'on regarde plutôt le côté
positif des choses, nous dirons que, bâti
comme il l'était, il pouvait plutôt
en imposer aux foules que les séduire
!…
Plus concrètement - mais aussi
peu flatteusement -, dans ses Vies
des Douze césars, l'historien
latin Suétone nous fournit quelques
maigres indications sur son physique ingrat.
La scène se passe au moment où
la foule, ivre de rage et de vengeance,
se prépare à écharper
(au sens propre de ce verbe) le pauvre
Vitellius : "Des gens du peuple
lui reprochaient jusqu'aux défauts
de son corps ; car il avait une taille
gigantesque, la face empourprée
par l'ivrognerie, le ventre gros et une
jambe éclopée par le choc
d'un quadrige lorsqu'il servait Caligula
dans ses courses de char." (SUÉTONE,
Vie
de Vitellius, XVIII).
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| 29 Décembre 2005
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| Victor
a écrit : |
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Votre
site nous a beaucoup aidé à réaliser
un devoir de 4e difficile ! Il nous reste cependant
trois questions sans réponse :
- Qu'a réformé
César en tant que chef religieux ("pontifex
maximus") ?
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| RÉPONSE
: |
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| La grande réforme
accomplie par le pontifex maximus Jules
César fut la réforme calendrier
romain traditionnel par l'instauration du calendrier
dit julien (voir ici : Clic
! et Clic
!) |
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- Pourquoi la phrase
Veni, vidi, vici,
après la victoire de César sur le
roi Pharnace, est-elle restée célèbre
?
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| RÉPONSE
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| À l'occasion
d'une correspondance récente, j'ai eu l'occasion
d'évoquer l'origine de la fameuse phrase Veni,
vidi, vici (voir ici : Clic
!). Quant à savoir pourquoi elle est demeurée
célèbre, il suffit de la prononcer pour
le comprendre : par son laconisme, par sa sobriété
toute romaine, elle caractérisait parfaitement
la fulgurance des campagnes militaires de César,
et par-delà, la nature quasi divine du grand
Jules, à qui il est absurde de résister
et devant qui tout doit s'incliner. |
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- Quelles oeuvres
majeures Jules César a-t-il écrites
? Nous avons répondu
La Guerre des Gaules, bien sûr,
mais y en a -t-il d'autres ?
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| RÉPONSE
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| L'œuvre littéraire
majeure de Jules César, c'est évidemment
ses Commentaires sur la Guerre des Gaules
(voir : bcs.fltr.ucl.ac.be,
et aussi Clic
! et Clic
!). Mais attention ! Seuls les sept premiers livres
sont de sa main ; le huitième livre fut complété
par sa secrétaire Hirtius. Du même Jules
encore, des Commentaires sur la Guerre civile
(De Bello civili - voir : bcs.fltr.ucl.ac.be),
qui sont malheureusement incomplets.
Jules César écrivit encore des poésies
et un traité grammatical (De Analogia),
œuvres presque entièrement perdues aujourd'hui.
Enfin, on place communément sous le nom de
César des Commentaires sur la guerre d'Alexandrie
(bcs.fltr.ucl.ac.be),
sur la guerre d'Afrique (bcs.fltr.ucl.ac.be)
et sur la guerre d'Espagne (bcs.fltr.ucl.ac.be),
mais ces textes ne sont pas de lui.
Pour info complémentaire, voici comment l'historien
latin Suétone évoque la carrière
littéraire du divin
Jules :
"Pour
l'éloquence et les talents militaires,
il égala, il surpassa même
la gloire des plus grands maîtres.
Son accusation contre Dolabella le fit
ranger, sans contestation, parmi les premiers
talents du barreau. En tout cas, Cicéron,
dans son traité à Brutus,
où il énumère les
orateurs, dit « qu'il n'en
voit point à qui César doive
le céder », et il ajoute
« qu'il y a dans sa manière
de l'élégance et de l'éclat,
de la magnificence et de la grandeur.
» (…)
Il avait, dit-on, la voix pénétrante,
et il savait unir, dans ses mouvements
et ses gestes, la grâce et la chaleur.
Il a laissé plusieurs discours,
mais il en est qu'on lui a faussement
attribués (…)
César a laissé aussi
des mémoires sur ses campagnes
dans les Gaules et sur la guerre civile
contre Pompée. Pour l'histoire
des guerres d'Alexandrie, d'Afrique et
d'Espagne, on ne sait pas quel en est
l'auteur. Les uns nomment Oppius, et les
autres Hirtius, qui aurait même
complété le dernier livre
de la guerre des Gaules, laissé
inachevé par César. Voici
le jugement que Cicéron a porté
des Commentaires de César, dans
le traité à Brutus
: « Ses commentaires sont un livre
excellent; le style en est simple, sans
détours et plein de grâce,
dépouillé de toute pompe
de langage : c'est une beauté sans
parure. En voulant fournir aux futurs
historiens des matériaux tout prêts,
il a peut-être fait plaisir à
des sots, qui ne manqueront pas de charger
d'ornements frivoles ces grâces
naturelles; mais il a ôté
aux gens de goût jusqu'à
l'envie de traiter le même sujet.»
(…) Asinius Pollion prétend
que ces commentaires ne sont pas toujours
exacts, ni fidèles, César
ayant, pour les actions des autres, ajouté
une foi trop entière à leurs
récits, et, pour les siennes mêmes,
ayant altéré, sciemment
ou faute de mémoire, la vérité
des faits. Aussi Pollion est-il persuadé
qu'il devait les récrire et les
corriger. |
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César a
laissé encore un traité en deux
livres Sur l'Analogie, un autre, en autant
de livres, appelé Anti-Caton,
et un poème intitulé le
Voyage. Il composa le premier de ces écrits
en passant les Alpes, pour aller rejoindre son
armée, après avoir présidé
les assemblées de la Gaule Citérieure;
le second, vers le temps de la bataille de Munda;
le dernier, dans les vingt-quatre jours qu'il
mit à se rendre de Rome dans l'Espagne
Ultérieure. On a aussi ses lettres au sénat
(…).
On possède enfin de César des lettres
à Cicéron, et sa correspondance
avec ses amis sur ses affaires domestiques. Il
y employait, pour les choses tout à fait
secrètes, une espèce de code qui
en rendait le sens inintelligible (…).
On cite même quelques essais de sa prime
jeunesse, par exemple un Éloge d'Hercule,
une tragédie d'Oedipe, un Recueil
de bons mots. Mais Auguste défendit
de publier aucun de ces écrits, par une
lettre, aussi courte que simple, adressée
à Pompeius Macer, à qui il avait
confié le soin de ses bibliothèques."
(SUETONE, Vie
de César, 55
et 56)
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| 29 Décembre 2005
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| Aurélie
a écrit : |
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Je
suis étudiante en dernière année
et je dois réaliser un travail sur l'empereur
Hadrien, j'ai déjà trouvé bon
nombre d'informations sur cet empereur sur votre site
malheureusement j'aurais bien aimé savoir ce
qu'il en était de la sexualité
d'Hadrien.
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| RÉPONSE
: |
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Parler de la sexualité
d'Hadrien
revient inévitablement à évoquer
ses relations avec son cher Antinoüs (voir
ici : Clic
! et Clic
!). Mais cette relation, qu'il serait probablement
hautement aventuré d'imaginer strictement
platonique, fut-elle homosexuelle au
sens moderne du terme ? Personnellement, j'ai
d'énormes doutes à ce sujet, que
j'ai d'ailleurs eu jadis l'occasion d'expliciter
à l'occasion d'une intéressante
correspondance
avec un autre sympathique internaute qui, en
quelque sorte, me reprochait d'écorner
une emblématique gay story,
celle de l'idylle tragique d'Hadrien avec son
beau favori, se sacrifiant afin que survive
son impérial amant.
Comme l'écrit fort intelligemment mon
compatriote Michel Eloy, du site Péplum
- Images de l'Antiquité, à
propos d'Alexandre
le Grand et Héphestion, cet autre
couple mythique de la planète gay
: " Alexandre le Grand était-il
homosexuel ? Bouffre ! le vilain mot -
qui du reste n'existait pas à l'époque
- synonyme de « Cage aux Folles »
et autres caricatures ! Alexandre avait la sexualité
de son temps et de son milieu. Toutes civilisations
confondues, les Anciens avaient des libertés,
mais aussi des tabous, qu'aujourd'hui nous n'imaginons
que difficilement." Et encore : "Alexandre
le Grand était-il homosexuel… Hephæstion
était-il son amant ? Question oiseuse.
Alexandre le Grand était Alexandre le
Grand, et son « orientation sexuelle »
- comme on dit fort joliment aujourd'hui -,
quelle qu'elle fut, ne change rien à
sa gloire. Le fait qu'Alcibiade se soit glissé
sous la couverture de Socrate change-t-il quelque
chose aux mérites de Socrate, à
ses capacités de raisonnement philosophique
? Entre un Adolf Hitler qui avait une stricte
hygiène de vie et un Winston Churchill
qui carburait au whisky, notre choix est fait
depuis longtemps, n'en déplaise aux honnêtes
gens !"
Il en va de même pour Hadrien : le qualifier
d'homosexuel constituerait un anachronisme.
À l'instar d'Alexandre, il avait la
sexualité de son temps et de son milieu…
À cela près que son penchant immodéré
pour la civilisation grecque le poussait probablement
à adopter (et à promouvoir) aussi
une culture érotique de style grec, où
l'amour des jeunes et beaux garçons était
valorisé d'une façon qui ne plaisait
pas nécessairement aux plus traditionalistes
parmi ses compatriotes Romains. |
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Mais tout cela ne demeure finalement que suppositions
vaguement oiseuses : les textes antiques sont quasiment
muets sur la sexualité d'Hadrien. Toute le
belle histoire d'amour entre Hadrien et Antinoüs
se fonde seulement sur quelques phrases de Dion Cassius,
qui écrivit son Histoire romaine une
petite centaine d'années après le règne
de cet empereur :
"En Égypte, il éleva une
ville qui tire son nom d'Antinoüs. Antinoüs
était de la ville de Bithynium, en Bithynie,
ville que nous appelons Claudiopolis. Il avait été
son mignon et était mort en Égypte,
soit pour être tombé dans le Nil, comme
l'écrit Hadrien, soit pour avoir été
immolé en sacrifice, comme c'est la vérité.
Car Hadrien, ainsi que je l'ai dit, était
très curieux, et il recourait à la
divination et à des pratiques magiques de
toute sorte. Aussi, soit en souvenir de son amour,
soit en récompense de sa mort volontaire
(il avait en effet besoin, pour ses pratiques, de
quelqu'un qui consentît à donner sa
vie pour lui), honora-t-il Antinoüs, au point
d'établir une colonie dans l'endroit où
était arrivé ce malheur et de lui
donner le nom de son ami. Il dédia aussi,
par tout l'univers, des bustes ou plutôt des
statues sacrées d'Antinoüs. Enfin, Hadrien
prétendit voir lui-même une étoile
qui était celle d'Antinoüs, et il écoutait
avec plaisir ses courtisans, qui lui disaient mensongèrement
que cette étoile était née
de l'âme d'Antinoüs, et qu'elle s'était
montrée pour la première fois dans
ce temps-là. Toutes ces extravagances l'exposaient
aux railleries (et aussi ce fait que, sa sœur
Pauline étant morte, il ne lui accorda sur
le moment aucun honneur)." (Dion Cassius,
Histoire romaine, livre 69, 11 - Trad. Méditerranées.net)
D'après Dion Cassius, Antinoüs fut donc
le mignon d'Hadrien. Rien de neuf sous le soleil,
nous nous en doutions ! Quant aux autres informations
rapportées par cet historien, il convient de
ne les retenir qu'avec circonspection : le portrait
est visiblement à charge. À lire Dion,
on dirait qu'Hadrien, pour satisfaire son insatiable
et malsaine curiosité pour les arts magiques,
a amené son bel Antinoüs devant un autel
sacrificiel, paré de guirlandes tel un taureau,
et l'a immolé de ses propres mains. Où
trouver trace d'une grande passion amoureuse dans
cette manipulation qui serait grotesque si elle n'avait
abouti à la mort d'un jeune esclave innocent
et influençable ?
On notera aussi que ce récit de la mort d'Antinoüs
se raccorde assez mal à la seconde partie du
texte, qui décrit le chagrin d'Hadrien ainsi
que les mesures qu'il prit pour honorer la mémoire
de son cher défunt. Pourquoi un tel tintouin
si, "comme c'est la vérité",
le jeune Bithynien fut "immolé en sacrifice"
par Hadrien ?
"Comédie ! Larmes de crocodiles, que tout
cela !", semble suggérer Dion Cassius.
Ces brèves notations, seront grosso modo
reprises par Aurelius Victor :
"On disait qu'il avait abusé de
jeunes garçons ; qu'il avait brûlé
d'un amour criminel pour Antinoüs ; que c'était
le motif pour lequel il avait donné le nom
de cet adolescent à une ville qu'il avait
fondée, et lui avait érigé
des statues. Il est vrai que d'autres personnes
prétendent qu'il n'avait rempli en cela qu'un
devoir de reconnaissance et de religion : «
Hadrien, disent-elles, désirant une longue
vie, consulta les magiciens. Ils lui répondirent
que ses désirs s'accompliraient, si ce quelqu'un
consentait à mourir pour lui. Comme personne
ne s'offrait pour ce sacrifice, Antinoüs s'y
dévoua de lui-même. Ce fut pour cette
raison que l'empereur rendit à sa mémoire
les honneurs dont nous avons parlé ».
Quoique la liaison d'un prince, si relâché
dans ses mœurs, avec un homme d'un âge
si éloigné du sien, nous paraisse
suspecte, nous ne porterons aucun jugement sur un
fait si douteux." (Aurelius Victor, De
Caesaribus, chapitre XIV - Trad. Méditerranées.net)
Dont acte !
Toutefois, l'impartialité revendiquée
d'Aurelius Victor, qui répugne à porter
"aucun jugement sur un fait aussi douteux"
que la liaison "suspecte" d'Hadrien avec
Antinoüs, sonne étrangement quand il vient,
dans la foulée, de l'accuser d'avoir violé
un nombre indéterminé (mais sans doute
incalculable) de jeunes garçons, et de le décrire
comme un homme perdu de vices ("un prince si
relâché dans ses mœurs"). Décidément,
tenace fut la haine du parti sénatorial envers
un empereur qui ne l'avait guère ménagé
!
L'Histoire Auguste est quant à elle
plus concise, mais sans être pour autant plus
précise :
"Après avoir traversé l'Arabie,
il parvint à Péluse, où il
reconstruisit de façon plus grandiose le
tombeau de Pompée. Au cours d'une navigation
sur le Nil, il perdit son cher Antinoüs, qu'il
pleura comme l'eût fait une femme. A ce sujet
existent plusieurs versions : les uns affirment
qu'il se noya volontairement en faisant à
Hadrien le sacrifice de sa vie, les autres invoquent
ce que peuvent laisser entendre sa beauté
et la sensualité immodérée
d'Hadrien. Ce furent les Grecs qui, selon le vouloir
d'Hadrien, le divinisèrent et assurèrent
que par son intermédiaire, se rendaient des
oracles que, disait-on, Hadrien avait lui-même
composés." (Histoire Auguste,
Vie d'Hadrien, XIV, 4-8 - Trad. André
Chastagnol, Éditions Robert Laffont, Coll.
Bouquins, 1994).
Comme vous voyez, tout cela semble à la fois
trop contradictoire, trop partial, et trop lacunaire
pour forger une belle histoire d'amour… et également
un peu trop bref pour fournir matière à
une étude détaillée de la sexualité
d'Hadrien.
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| Aurélie
réécrit : |
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(…)
J'aurais aimé
encore savoir un petit renseignement qui me serait
très utile pour la suite de mon travail : dans
de nombreux textes, j'ai pu trouvé qu'Hadrien
était contre les Juifs (si je ne trompe
pas) mais ce que je n'ai pas très bien compris
c'est pourquoi il était contre les
Juifs et pour quelles raisons… |
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| RÉPONSE
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| Dans la
notice biographique que j'ai consacrée à
Hadrien, j'évoque bien sûr les relations
de cet empereur avec les Juifs (voir ici : Clic
!).
Dire qu'elle furent mauvaises constitue un euphémisme
: la révolte sanglante du chef juif Bar Kochba,
écrasée dans le sang, la douleur et
les larmes par les légions romaines, aboutit
à l'interdiction de fait, par Hadrien,
de la religion juive dans tout l'empire romain. Certes,
cette interdiction fut rapidement rapportée
par Antonin le
Pieux, son successeur, mais elle n'en demeure
pas moins l'apogée symbolique de l'antagonisme
qui opposait, depuis le deuxième siècle
av. J.-C., les cultures juive et hellénistique.
Il ne m'appartient sans doute pas relater
en détail l'origine de cette opposition traditionnelle
et séculaire. Cela nous entraînerait
trop loin. Disons simplement, que vers les années
170 av. J.-C., l'émergence, au sein de la société
juive, d'un parti favorable à l'hellénisation
de la société traditionnelle judaïque
incita Antiochos IV Épiphane, roi grec de Syrie,
à penser qu'il pouvait imposer de force la
culture grecque à tous ses sujets Juifs. En
réaction à cet autoritarisme, une autre
partie de la population juive se radicalisa sous l'impulsion
de la famille des Macchabées. Elle rejeta violemment
l'hellénisme et promut une société
basée sur une vision strictement traditionnelle
et nationaliste de la religion. Finalement, ce parti
l'emporta : les armées d'Antiochos furent battues,
les Juifs hellénistes liquidés, et un
royaume indépendant d'Israël fut créé,
dirigé par des rois-prêtres Macchabées
(dynastie Hasmonéenne).
Conséquence
de ces luttes : beaucoup de Juifs continuèrent
à nourrir de la méfiance pour
la civilisation grecque (puis gréco-romaine),
qu'ils jugeaient impure, idolâtre et impérialiste,
tandis que, de leur côté, les Grecs
(puis les Romains) ne comprirent jamais rien
à ces Juifs, qui, contrairement à
tous les autres peuples, s'obstinaient à
catégoriquement rejeter les bienfaits
de leur civilisation. Bref, les Juifs regardaient
les Gentils (les goyim, les
non-juifs) comme des êtres pétris
de vices, tandis qu'inversement, pour les gréco-romains,
les "circoncis" n'étaient que
d'indécrottables rebelles.
Une incompréhension mutuelle
tragique… dont nous n'avons pas fini de
subir les conséquences !
Et Hadrien dans tout cela, me
direz-vous ?
Malgré son intelligence
très vive, et son désir certain
de bien faire, cet empereur philhellène,
amoureux éperdu de la civilisation et
de la pensée grecque, fut sans doute
absolument incapable de comprendre la mentalité
religieuse juive.
Pour mieux estimer l'ampleur et les ressorts
de cette incompréhension, je vous invite
à lire cet extrait des Mémoires
d'Hadrien, le célèbre et
extraordinaire roman de Marguerite YOURCENAR.
Il s'agit évidemment de fiction littéraire,
mais ce passage décrit sans doute assez
exactement l'état d'esprit de l'empereur
au moment du déclenchement de l'ultime
et sanglante Guerre de Judée. Il montre
aussi jusqu'à quel point le pourtant
lucide Hadrien
se fourrait le doigt dans l'œil dès
qu'il était question d'intégrer
les Juifs dans le monde romain. |
 |
| Voici ce texte (c'est
naturellement Hadrien himself qui parle)
: |
"Les
affaires juives allaient de mal en pis.
(…) Un certain nombre d'erreurs
furent commises, réparables en
elles-mêmes, mais dont les fauteurs
de troubles surent vite profiter. La Dixième
Légion Expéditionnaire a
pour emblème un sanglier ; on en
plaça l'enseigne aux portes de
la ville, comme c'est l'usage ; la populace,
peu habituée aux simulacres peints
ou sculptés dont la prive depuis
des siècles - une superstition
fort défavorable au progrès
des arts -, prit cette image pour celle
d'un porc, et vit dans ce petit fait une
insulte aux mœurs d'Israël.
Les fêtes du Nouvel An juif, célébrées
à grand renfort de trompettes et
de cornes de bélier, donnaient
lieu chaque année à des
rixes sanglantes ; nos autorités
interdirent la lecture publique d'un certain
récit légendaire, consacré
aux exploits d'une héroïne
juive [Esther] qui serait devenue
sous un nom d'emprunt la concubine d'un
roi de Perse, et aurait fait massacrer
sauvagement les ennemis du peuple méprisé
et persécuté dont elle sortait.
Les rabbins s'arrangèrent pour
lire de nuit ce que le gouverneur Tinéus
Rufus leur interdisait de lire de jour
; cette féroce histoire, où
les Perses et les Juifs rivalisaient d'atrocité,
excitait jusqu'à la folie la rage
nationale des Zélotes. Enfin, ce
même Tinéus Rufus, homme
par ailleurs fort sage, et qui n'était
pas sans s'intéresser aux fables
et aux traditions d'Israël, décida
d'étendre à la circoncision,
pratique juive, les pénalités
sévères de la loi que j'avais
récemment promulguée contre
la castration, et qui visait surtout les
sévices perpétrés
sur de jeunes esclaves dans un but de
lucre ou de débauche. Il espérait
oblitérer ainsi l'un des signes
par lesquels Israël prétend
se distinguer du reste du genre humain.
Je me rendis d'autant moins compte du
danger de cette mesure, quand j'en reçus
avis, que beaucoup des Juifs éclairés
et riches qu'on rencontre à Alexandrie
et à Rome ont cessé de soumettre
leurs enfants à une pratique qui
les rend ridicules aux bains publics et
dans les gymnases, et s'arrangent pour
en dissimuler sur eux-mêmes les
marques. J'ignorais à quel point
ces banquiers collectionneurs de vases
myrrhins différaient du véritable
Israël.
Je
l'ai dit rien de tout cela n'était
irréparable, mais la haine,
le mépris réciproque,
la rancune l'étaient. En principe,
le Judaïsme a sa place parmi
les religions de l'empire ; en fait,
Israël se refuse depuis des siècles
à n'être qu'un peuple
parmi les peuples, possédant
un dieu parmi les dieux. Les Daces
les plus sauvages n'ignorent pas que
leur Zalmoxis s'appelle Jupiter à
Rome ; le Baal punique du mont Cassius
s'est identifié sans peine
au Père qui tient en main la
Victoire et dont la Sagesse est née
; les Égyptiens, pourtant si
vains de leurs fables dix fois séculaires,
consentent à voir dans Osiris
un Bacchus chargé d'attributs
funèbres; l'âpre Mithra
se sait frère d'Apollon. Aucun
peuple, sauf Israël, n'a l'arrogance
d'enfermer la vérité
tout entière dans les limites
étroites d'une seule conception
divine, insultant ainsi à la
multiplicité du Dieu qui contient
tout ; aucun autre dieu n'a inspiré
à ses adorateurs le mépris
et la haine de ceux qui prient à
de différents autels.
Je n'en tenais que davantage à
faire de Jérusalem une ville
comme les autres, où plusieurs
races et plusieurs cultes pourraient
exister en paix; j'oubliais trop que
dans tout combat entre le fanatisme
et le sens commun, ce dernier a rarement
le dessus. L'ouverture d'écoles
où s'enseignaient les lettres
grecques scandalisa le clergé
de la vieille ville; le rabbin Joshua,
homme agréable et instruit,
avec qui j'avais assez souvent causé
à Athènes, mais qui
s'efforçait de se faire pardonner
par son peuple sa culture étrangère
et ses relations avec nous, ordonna
à ses disciples de ne s'adonner
à ces études profanes
que s'ils trouvaient à leur
consacrer une heure qui n'appartiendrait
ni au jour ni à la nuit, puisque
la Loi juive doit être étudiée
nuit et jour. Ismaël, membre
important du Sanhédrin, et
qui passait pour rallié à
la cause de Rome, laissa mourir son
neveu Ben Dama plutôt que d'accepter
les services du chirurgien grec que
lui avait envoyé Tinéus
Rufus. Tandis qu'à Tibur on
cherchait encore des moyens de concilier
les esprits sans paraître céder
aux exigences des fanatiques, le pire
l'emporta en Orient; un coup de main
zélote réussit à
Jérusalem. (…)”
|
 |
Marguerite YOURCENAR, Mémoires
d’Hadrien, Éditions
Gallimard, 1974. |
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| Une tragique incompréhension
réciproque, vous dis-je ! |
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| Aurélie
réécrit : |
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Peut-être
encore une dernière petite chose : j'ai trouvé
dans Histoire Auguste, Vie d'Hadrien un passage
où on dit que son père est Hadrien
Afer, or dans le tableau
généalogique ce n'est pas le nom
qui lui est donné.
Peut-être pourriez-vous m'éclairer à
ce sujet.
Pour vous aider, je vais vous
citer le passage :
« Adrien, du côté
de sa famille, eut pour père [un homme devenu
sénateur pour avoir exercé la préture]
Adrien Afer ; lui-même, il avait un penchant
naturel pour l’étude des deux langues,
et il a laissé plusieurs ouvrages, tant en
prose qu’en vers, de diverses espèces…Il
sculptait, il peignait et prétendait n’ignorer
aucun des arts de la paix et de la guerre, aucune
des obligations d’un prince et d’un
particulier. [Cette prétention ne faisait
de mal à personne, mais sa jalousie terrible
à l’égard de tous ceux qui avaient
un talent supérieur] ».
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| RÉPONSE
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| Oui, effectivement,
sur le tableau
généalogique qui figure dans mon
site, le "surnom personnel" du père
d'Hadrien a été omis… faute de
place.
Son nom latin complet était donc bien : Publius
Aelius Hadrianus Afer. C'est-à-dire
: Hadrien l'Africain… Mais ne me demandez
pas la raison de ce surnom exotique : je n'en ai strictement
aucune idée ! |
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