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Décembre 2005 (page 2/4)
Sommaire du mois de Décembre : Clic
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| 11 Décembre 2005
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| Philippe
a écrit : |
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Moi-même
ancien "centurion", je me reconnaissais assez
bien dans cette lettre attribuée à
Marcus Flavinius par Lartéguy. (voir
ici : Clic
!).
Avez-vous pu avoir le fin mot de l'histoire : historique
ou apocryphe ?
Sauf erreur, Lartéguy habitait en Lozère.
Mais je crois bien qu'il est mort il y a déjà
quelques années. Peut-être sa famille ?…
Je n'en ai pas retrouvé de trace. |
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| RÉPONSE
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| Non, malheureusement,
n'étant personnellement pas un grand connaisseur
des œuvres de Jean Lartéguy, et faute
d'avoir recueilli des avis éclairés
d'internautes plus compétents que moi en ce
domaine, je ne sais toujours pas le fin mot de cette
affaire.
Comme il y a un an, je pencherais plutôt en
faveur d'une construction apocryphe de Lartéguy.
C'est en effet la seule référence explicite
qui apparaît sur les différentes pages
Web qui citent ce texte, au demeurant excellent (quoiqu'un
fifrelin trop adapté aux "événements
d'Algérie" pour être honnête).
À ma connaissance, aucune source antique n'est
jamais mentionnée par les différents
webmasters - que je pressens d'ailleurs davantage
familiers de l'auteur des Centurions que
des classiques latins - qui reprennent cette fameuse
lettre. Ce qui demeure quand même assez suspect.
| RÉACTION
À CE COURRIER |
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| Michel
ELOY (site PEPLUM
- Image de l'Antiquité)
écrit : |
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A
propos de ce fameux texte, Jean Lartéguy
a noté dans son autobiographie
La guerre nue (Stock, 1976, p.
331) : «Jean Pouget, que j'avais
rencontré en Algérie au
moment du 13 mai, m'a fourni [pour
Les Centurions] des renseignements
précieux sur le Camp n¡ 1 et la
longue marche des rescapés de Dien
Bien Phu. Ainsi que la lettre du centurion
Marcus Flavinius, de la légion
Augusta, qui sert d'ouverture à
ce livre, et qui se termine par cette
phrase prophétique : «Que
l'on prenne garde à la colère
des légions !»
Il s'agissait d'un faux : je l'ignorais
alors. Il avait été fabriqué
par Roger Frey, dans
le but de réveiller la colère
des légions d'Algérie pour
qu'elles chassent de Paris, la nouvelle
Rome, un gouvernement faible, incapable
de régler le problème de
l'Algérie, et nomment un empereur.
Ce qui fut fait [Charles de Gaulle].»
Il
est amusant de noter qu'a peu de choses
près, ce texte est devenu le chant
des légions romaines pour le spectacle
du Grand Cirque de France, Ben Hur
Vivant, et a été enregistré
sur disque vinyle : voici le texte de
la chanson et celui de l'exergue des Centurions.
| «Plainte
des légions de Rome»
(Roger Bourgeon - M. Thiriet)
Sur
tous les chemins : les chemins de
l'Empire…
Nous marchons, nous marchons - nous
marchons !
Les soirs, les matins : les matins
voient partir…
Les
légions, les légions
- les légions !
Conquérants des terres pour
notre grandeur
Nous devons faire taire, tout
désir humain.
Sous le grand soleil ou la pluie
qui bat
Les aigles vermeils guident nos
combats.
Sur tous les chemins : les chemins
de l'Empire…
Nous marchons, nous marchons - nous
marchons !
Les soirs, les matins : les matins
voient partir…
Les légions, les légions
- les légions !
On dit que dans Rome, dans le même
temps
Pour l'argent les hommes, rampent
bassement
Et qu'ils nous méprisent
de poursuivre encore
En terre conquise un glorieux destin
.
Si
sur notre route vient s'abattre
le doute
L'abandon, l'abandon - l'abandon
!
Que dans ses plaisirs Rome tremble
et redoute
La colère, la colère
- des légions !
«Plainte
des légions de Rome»
de Ben Hur vivant
(LES HOMMES, Ben Hur vivant
: «Chanson de Ben Hur»,
«Voici donc», «Plaintes
des légions de Rome»
et «Complainte de l'opprimé»,
Ducretet Thomson [Pathé Marconi],
45 t, réf. 460 V 525 M -
orchestre sous la dir. Luis Peña). |
|
Exergue
des Centurions de J. Lartéguy
«On
nous avait dit, lorsque nous avons
quitté le sol natal, que
nous partions défendre les
droits sacrés que nous confèrent
tant de citoyens installés
là-bas, tant d'années
de présence, tant de bienfaits
apportés à des populations
qui ont besoin de notre aide et
de notre civilisation.
Nous
avons pu vérifier que tout
cela était vrai, et, parce
que c'était vrai, nous n'avons
pas hésité à
verser l'impôt du sang, à
sacrifier notre jeunesse, nos espoirs.
Nous ne regrettons rien, mais alors
qu'ici cet état d'esprit
nous anime, on me dit que dans Rome
se succèdent cabales et complots,
que fleurit la trahison et que beaucoup,
hésitants, troublés,
prêtent des oreilles complaisantes
aux pires tentations de l'abandon
et vilipendent notre action.
Je ne puis croire que tout cela
soit vrai et pourtant des guerres
récentes ont montré
à quel point pouvait être
pernicieux un tel état d'âme
et où il pouvait mener.
Je t'en prie, rassure-moi au plus
vite et dis-moi que nos concitoyens
nous comprennent, nous soutiennent,
nous protègent comme nous
protégeons nous-mêmes
la grandeur de l'Empire.
S'il devait en être autrement,
si nous devions laisser en vain
nos os blanchis sur les pistes du
désert, alors, que l'on prenne
garde à la colère
des Légions !»
Marcus Flavinius
Centurion à la 2e Cohorte
de la Légion Augusta à
son cousin Tertullus à Rome.
Exergue de Jean LARTÉGUY,
Les Centurions, Presses de
la Cité, 1960. |
****
A
propos de ce Roger Frey
(Ministre délégué
auprès du Premier ministre du 5
février 1960 au 6 mai 1961 dans
le Gouvernement Michel Debré (8
janvier 1959 - 14 avril 1962)), auteur
de la lettre de Marcus Flavinius, voici
quelques liens glanés au hasard
:
****
Signalons encore
ce roman historique relatif à une
révolte Berbère dans les
Aurès, écrit par un ancien
d'Algérie :
Henry NOULLET,
Julia, éd. O. Orban,
1983
L'auteur, officier pendant la guerre
d'Algérie, a mis à jour
en 1959 les stèles funéraires
de Neptunus et Julia, héros et
héroïne de son roman. [Zraïa
(Aurès), Algérie - Révolte
sous Hadrien]
Henry NOULLET
a utilisé la métaphore de
l'Antiquité romaine pour exprimer
sa propre vision de la guerre d'Algérie
dont il a été acteur. Ça
me fait songer que j'ai lu un article
de colloque à propos de l'exploitation
du passé antique pour ancrer et
justifier l'idéologie coloniale
française :
Jacques Alexandropoulos,
«L'usage de l'Antiquité
dans L'Atlantide de Pierre Benoit»,
in Sylvie Caucanas, Rémy Cazals
et Pascal Payen (sous la dir.), Retrouver,
imaginer, utiliser l'Antiquité,
Privat, 2001.
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| 13 Décembre 2005
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| Virginie
a écrit : |
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| Je
suis à la recherche de renseignements sur l'édit
de Sardique de Galère, rapporté
par Lactance, car les sources sont peu nombreuses et
j'ai peine à orienter mes recherches. |
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| RÉPONSE
: |
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| J'évoque moi-même
ce fameux édit dit de tolérance,
publié par Galère à Sardique,
le 30 avril 311, dans la notice biographique que j'ai
consacrée à ce Tétrarque (voir
ici : Clic
!). À cette occasion, je m'étais
fendu d'une petite et modeste traduction du texte
de Lactance (Mort des Persécuteurs,
34) - modeste parce que ma connaissance très
imparfaite du latin m'avait contraint à l'établir
à partir d'une traduction anglaise. Cependant,
vous devriez trouver aujourd'hui sur la Toile des
versions plus respectueuses de l'original. Voyez en
particulier cette
page du site
BCS, de l'Université catholique de Louvain,
qui reprend les principaux textes latins sur la tolérance
religieuse, traduits et commentés par André
LEONARD … Une page qui a le grand mérite
de permettre de comparer l'édit de Galère
à celui édicté, une grosse année
plus tard, par Constantin
et Licinius
(le fameux Edit de Milan de 313).
Que dire de plus à ce sujet ?
Faute de question très précise de votre
part, je me permets de reproduire ci-dessous un court
texte. Extrait du deuxième tome de la monumentale
Histoire du christianisme (Édition
Desclée). Il me paraît résumer
à merveille le contexte de la publication du
premier édit qui reconnut officiellement le
culte chrétien ainsi que les aléas de
sa réception :
“C'est
de Galère, l'un des initiateurs de la
persécution, que les chrétiens
allaient finalement obtenir la paix de façon
durable. Le 30 avril 311. l'Auguste publiait
à Sardique un édit de tolérance
dont le texte est recopié par Lactance
et, dans sa traduction grecque, par Eusèbe
[LACTANCE, Mort. Pers., 34 : EUSÈBE,
HE, VIII. 17, 1-11].
On s'est souvent interrogé sur les
raisons de son revirement. Les motifs personnels
- la grave maladie qui le mine et qui devait
l'emporter cinq jours plus tard - ne suffisent
pas à l'expliquer. En fait, Galère
prend une décision en sa qualité
de responsable politique, peut-être sur
les conseils de son ami Licinius accouru à
son chevet. Ainsi qu'il le reconnaît dans
les attendus de l'édit, non seulement
la persécution a échoué
puisque les chrétiens, en grand nombre,
« persistent dans leur propos »,
mais elle accentue dangereusement les divisions
au sein de l'Empire. Alors que s'annoncent,
en Occident comme en Orient, des compétitions
décisives pour le pouvoir, les chrétiens
constituent un parti qu'il est préférable
de rallier. Aussi l'édit de 311 donne-t-il
aux chrétiens « à nouveau
» ce que leur avait concédé
Gallien quarante ans plus tôt : l'autorisation
de célébrer leur culte et de rebâtir
leurs lieux de réunion, à condition
de ne pas troubler l'ordre établi. Mais
Galère va beaucoup plus loin, en demandant
aux chrétiens de prier pour le salut
des empereurs et de l'Empire « afin que
l'intégrité de la respublica soit
rétablie ». Pour la première
fois dans l'Empire romain, le christianisme
était reconnu comme une religion licite
et utile à l'État.
L'édit avait été publié
au nom des quatre empereurs alors tenus pour
légitimes, Galère, Constantin,
Licinius et Maximin Daïa. En Occident,
il officialisait une situation de fait dans
la plupart des provinces où la persécution
s'était éteinte depuis 306 ; bien
que, toujours considéré comme
usurpateur, il eût été tenu
à l'écart de la décision
législative, Maxence fit lui aussi restituer
les lieux de culte encore sous séquestre
en Afrique aussi bien qu'en Italie, ainsi à
Rome en juillet 311, à la requête
du pape Miltiade.
En Orient, la situation évolua bien
différemment. Maximin n'avait pas fait
publier dans son domaine l'édit de Galère
; après la mort de ce dernier (5 mai
311), il s'empara de l'Asie Mineure, prévenant
ainsi les intentions de Licinius, héritier
désigné du domaine de Galère.
Pendant le printemps et l'été
311, il adopta une attitude attentiste, donnant
oralement aux magistrats l'ordre de relâcher
la persécution : de nombreux chrétiens
détenus dans les prisons furent alors
relâchés. Mais lorsqu'il fut clair
que son rival, Licinius, se rapprochait de Constantin
dont il adoptait l'attitude favorable à
l'égard des chrétiens, Maximin,
voyant en ces derniers des ennemis politiques,
trouva là une raison supplémentaire,
à partir de novembre 311, de reprendre
la persécution. Sous prétexte
de veiller à la moralité publique,
il fit interdire aux fidèles les cimetières,
leur lieu de réunion depuis la destruction
des églises. Bien plus, il manœuvra
pour les faire chasser du territoire des cités,
en suscitant en ce sens une campagne de pétitions
et des ambassades comme celle mandée
par les Antiochiens. À ces requêtes,
plus ou moins spontanées, mais savamment
orchestrées, Maximin accédait
avec empressement, en félicitant leurs
auteurs par des rescrits (…).
Pour encourager le zèle des païens,
la propagande s'intensifie, diffusant de faux
témoignages contre les chrétiens,
ainsi de pseudo-Actes de Pilate ridiculisant
le procès du Christ qui sont distribués
jusque dans les écoles Quant aux notables
les plus zélés, ils reçoivent
pour récompense les hautes charges religieuses
récemment créées par Maximin.
Naturellement, toutes ces mesures ne furent
pas appliquées sans de nouvelles effusions
de sang. (…)
Cette répression durait depuis un
an lorsque Constantin, grâce à
la victoire remportée sur Maxence le
28 octobre 312. devint le seul maître
de l'Occident. En accord avec Licinius, il fit
tenir à nouveau à Maximin le texte
de l'édit de Galère, assorti d'une
lettre personnelle destinée à
l'intimider. Le « tyran ». qu'il
aspirât ou non à éviter
la guerre, s'inclina par un rescrit adressé
à son préfet du prétoire
Sabinus. Il arrêtait les violences contre
les chrétiens, autorisés à
suivre leur propre culte, si « des paroles
flatteuses » ne réussissaient pas
à les convaincre d'honorer les dieux.
Puis, dans l'espoir de surprendre Licinius,
qui venait de resserrer son alliance avec Constantin
lors d'une rencontre à Milan en février
313, il lança une offensive éclair
sur la Thrace. Mais, battu en avril 313, il
s'enfuit en Asie Mineure, où il devait
mourir à l'été.
Le 13 juin 313, Licinius, entré en vainqueur
à Nicomédie, y affichait le texte
d'une lettre circulaire adressée aux
gouverneurs de toutes les provinces d'un Orient
dont il était désormais seul Auguste
: il publiait ainsi pour les Orientaux les décisions
prises à Milan de concert avec Constantin
quelques mois plus tôt, une série
d'instructions destinées à faciliter
l'application concrète de l'édit
de Galère. Les chrétiens avaient
désormais dans tout l'Empire la permission
pleine et entière de pratiquer leur religion.”
(Luce PIÉTRI, in Histoire du christianisme,
tome II, pp.182-184, Éditions Desclée,
1995). |
Éventuellement, voyez aussi, dans mon site
:
- Quelques précisions sur l'Edit de Milan
: Clic
! - Clic
! et Clic
!
- L'Édit de Milan et la Lettre de Licinius
au gouverneur de Bithynie : Clic
!
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| Virginie
réécrit : |
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Merci
beaucoup pour cette réponse très complète.
Je dois en fait commenter le texte de Lactance relatant
l'édit et le commentant brièvement.
Je pense (…) m'appuyer sur l'ouvrage de Allard
(La persécution de Dioclétien…),
mais concernant la politique religieuse de
Galère avant l'édit, pourriez-vous
me renseigner ? |
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| RÉPONSE
: |
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| La politique
religieuse de Galère
avant la promulgation de son fameux édit
fut des plus linéaire, constante, inébranlable.
Farouchement anti-chrétien dès son apparition
dans l'Histoire, le tétrarque le demeura jusqu'à
son dernier souffle, quand les insufférables
douleurs d'une horrible maladie, châtiment divin
de son zèle persécuteur, le contraignirent
à une révision de ses principes politiques…
Une révision sans doute trop tardive et trop
teintée d'hypocrisie pour sauver son âme
promise aux feux de l'Enfer.
Enfin, cela c'est
la version officielle, transmise par
les propagandistes chrétiens, tel votre
copain Lactance, ou Eusèbe de Césarée,
qui virent en Galère le principal promoteur
de la grande persécution
dite "de Dioclétien". Mais
la réalité fut sans doute moins
schématique, moins grossièrement
manichéenne : les causes mêmes
du déclenchement de cette persécution
demeurent assez mystérieuses (du moins
à mes yeux), et l'hostilité radicale
du césar Galère envers
le christianisme pourrait probablement être
elle aussi rediscutée.
Dioclétien
et ses co-empereurs, rudes soldats illyriens,
incultes quoique non dénués d'un
solde bon sens, et dotés d'un patriotisme
sans faille, se fichaient éperdument
des arguties théologiques et des subtilités
philosophiques. Ce qui leur importait, c'était
de maintenir l'unité politique et idéologique
de l'Empire. Le culte officiel des tétrarques
divinisés était l'un des moyens
(parmi d'autres) dont ils disposaient pour restaurer
l'État romain dans son antique splendeur.
Mais l'antagonisme entre l'idéologie
impériale et le monothéisme chrétien
suffit-il à expliquer la dernière
tentative d'éradication du christianisme
? Pourquoi, au nom d'une idéologie unitariste,
Dioclétien et ses comparses auraient-ils
précisément risqué de compromettre
gravement l'unité de l'Empire en s'ingérant
dans les consciences d'une importante minorité
de leurs sujets, en contraignant les plus paisibles
à renoncer à d'innocentes croyances
auxquelles ils étaient attachés,
ou en poussant les plus excités, à
prendre les armes pour défendre leur
foi ?
Une tactique singulièrement contre-productive…
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En outre quarante ans auparavant, la
persécution de Valérien avait tourné
à eau de boudin : finalement, les Chrétiens
étaient sortis de cette épreuve plus
forts, plus motivés, plus solidaires que jamais.
Pourquoi Dioclétien et consorts ne tinrent-ils
aucun compte de cet échec (ainsi que de celui
des autres mesures répressives qui avaient
précédé cette persécution
légale) ?
Si donc Dioclétien (poussé ou non dans
le dos par son césar Galère)
se résigna à persécuter les chrétiens
malgré les troubles de l'ordre public, inéluctables
et prévisibles, que ces mesures allaient entraîner,
ce fut sans doute parce qu'il ne pouvait agir autrement
et qu'il estimait que, d'une certaine façon,
"le jeu en valait la chandelle". Mais quant
à savoir de quelle terrible menace l'empereur
pensait préserver l'Empire en le purgeant de
ses citoyens chrétiens, c'est une autre paire
de manche, et je vous avoue ma perplexité !…
Toutefois, le livre de M. ALLARD (que je n'ai pas
lu) propose probablement des hypothèses sur
les raisons de cette subite répression du christianisme
- pourtant toléré depuis le règne
de Gallien
(260-268), et celles-ci vous permettront sans doute
de clarifier le rôle de Galère
dans cette tragédie. |
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| 18 Décembre 2005
|
| Gricca
a écrit : |
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LES
EPOUSES DELAGABAL (218-222)
Proclamé
empereur à Emèse en Syrie en mai 218,
Elagabal narriva
dans la capitale quen septembre 219, en paradant
plus en grand-prêtre oriental quen empereur
romain, comme il se conduira dailleurs pendant
tout son règne. Alors peu après, dans
leffort daméliorer les relations
entre lempereur et le Sénat réticent,
et dans le but davoir un héritier, il
épousait Julia Cornelia Paula,
« la femme la plus noble des Romains »
(selon Hérodien V 6-1), belle et cultivée,
mais âgée denviron 10 ans de plus
(daprès ses portraits) que son époux,
né en 203/204. On a voulu en faire la fille
du célèbre juriste Julius Paulus qui
fut exilé avec son collègue Domitius
Ulpianus, sous Elagabal. Le mariage fut célébré
par des largesses, des banquets, des combats de gladiateurs
et le massacre danimaux dont un éléphant
et 51 tigres (selon Dion Cassius). Elle sera Augusta
et sur les monnaies elle est nommée Julia Paula
(le nom de Cornelia napparaît pas).
Malheureusement le couple resta stérile et,
au bout de même pas un an de mariage, Julia
Paula était répudiée pour le
motif quelle avait une tâche sur le corps.
Elle est renvoyée à la vie privée
avec perte du titre dAugusta et des
privilèges afférents.
Elagabal jeta alors son
dévolu sur une jolie vestale, âgée
denviron 25 ans, Julia Aquilia Severa,
peut-être la fille dun C. Julius Severus,
descendant de famille royale asiatique, qui deviendra
préfet de la Ville en 224, ou dun sénateur
Q. Aquilius. A la suite de ce rapt, le mariage eut
lieu à la grande consternation des prêtres
et du peuple de Rome, le scandale étant quune
vestale, consacrée à la Déesse
Vesta et à lentretien de son feu, devait
rester vierge pendant 30 ans. Caracalla
(211-217) avait même mis à mort des Vestales
sous ce prétexte. Alors, pour se justifier,
lempereur écrivit au Sénat pour
proclamer que, non seulement il est tombé amoureux
delle, mais que lunion dun grand
prêtre et dune Vestale vierge donnerait
des enfants divins.
Il nen fut rien et, à lété
suivant en 221, il divorçait pour épouser
cette fois Annia Aurelia Faustina,
larrière petite fille de Marc
Aurèle, dont on avait pris soin, sous prétexte
dopposition à lempereur, de faire
exécuter même pas deux ans auparavant,
le mari Pomponius Bassus, consul en 211 et légat
de Mésie Inférieure en 217, dont elle
navait pas encore fini de pleurer la disparition
brutale. On constate sur les monnaies quAnnia
Faustina ne porte pas comme les princesses syriennes
et les deux précédentes épouses
dElagabal, le nom de Julia.
Annia Faustina était la fille de Tib. Claudius
Severus Proculus et probablement dune Annia
Faustina, petite fille de la sur cadette de
Marc Aurèle. Le père, Tib. Claudius
Severus Proculus, consul en 200, était de son
côté le fils de Cn. Claudius Severus,
consul II en 173, et de Annia Galeria Aurelia Faustina,
une des filles de Marc Aurèle.
Ce mariage dépareillé, Faustine devait
avoir près de 20 ans de plus que son impérial
époux, permettait de rattacher le « Faux
Antonin » (comme lappelle Dion Cassius)
- le nom officiel de lempereur étant
Marcus Aurelius Antoninus - à la véritable
lignée de Marc Aurèle. Il est dailleurs
probable que ce mariage, comme celui de Julia Paula,
ait été arrangé par la grand-mère
du jeune empereur, Julia Maesa, inquiète des
répercussions du mariage avec la Vestale. Mais,
dès lautomne 221, Elagabal se séparait
de Faustina.
Dion Cassius nous dit alors que lempereur se
serait uni à deux autres femmes. Ces «
épouses » de quelques jours neurent
ni le titre dAugusta, ni monnaies à
leur effigie. Au bout du compte, avant la fin de lannée
221, Elagabal avait repris Julia Aquilia Severa
avec laquelle il resta jusquà son assassinat
en mars 222. On ignore si Elagabal eut de vrais sentiments
envers Severa ou sil a davantage été
concerné par le symbolisme du mariage.
En tout cas il apparaît évident quElagabal,
prenant à cur tout ce quil y avait
de plus scabreux dans les religions orientales, eut
une vie sexuelle pour le moins perturbée qui
lempêcha davoir des enfants. Aurelius
Victor et lHistoire Auguste affirment même
quil aurait sacrifié sa virilité
en imitation des prêtres de Cybèle. Il
est probable quElagabal, circoncis, y songea,
mais que, dans son désir davoir des héritiers,
il se soit plutôt fait momentanément
ligaturer les parties génitales. Dautre
part on apprend quil aimait jouer à lhomme
et surtout à la femme avec Hiéroclès.
On raconte aussi quElagabal aurait acheté
100.000 sesterces une courtisane de renom à
laquelle il ne toucha pas. Difficile dans ces conditions
davoir une descendance.
Sur
Elagabal, signalons trois ouvrages en français
:
- «
Héliogabale le César fou
» de Roland Villeneuve - Pierre Amiot
1957 ;
- «
Héliogabale ou lanarchiste
couronné » dAntonin
Artaud - Gallimard 1979 ;
- «
Héliogabale et le sacre du soleil
» de Robert Turcan - Albin Michel 1985.
En Bandes
Dessinées, chez Glénat, Gilles
Chaillet a bien réussi à reconstituer
latmosphère du règne dElagabal
dans la série « La dernière
prophétie » en particulier
le tome II « Les Dames dEmèse
» 2003 et le tome III « Sous
le signe de Baal » 2004
Voir le site : www.bandedessinee.fr/
Pour en
savoir plus sur Elagabal, ajoutons quelques
sites internet :
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GRICCA
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