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Sommaire Décembre 2005 :

  • 2 Décembre :
    • Commode et l'invraisemblable châtiment du Gladiator Maximus : Clic !
    • C'est quoi, cette tournure populacière ? : Clic !
    • Chine et Romains : de nouvelles précisions… : Clic !
    • Antoine, une ganache avinée et incompétente, ou un stratège avisé mais malchanceux ? : Clic !
  • 4 Décembre :
    • GRICCA : Ce drôle de paroissien d'Anthémius et la fin du paganisme : Clic !
  • 6 Décembre :
    • À la recherche d'énigmatiques auteurs de mystérieux Traités de la Royauté compilés dans l'obscure Anthologie de Stobée : Clic !
  • 11 Décembre :
    • Bientôt des livres de Max GALLO sur les Romains…  : Clic !
2e PAGE
  • 11 Décembre :
    • Pas de nouvelles de Marcus Flavinius, ce centurion qui sentait si bon le sable chaud ?  : Clic !
      • Michel ELOY nous fournit la clef de cette énigme : Clic !
  • 13 Décembre :
    • Galère et les chrétiens : l'itinéraire d'un persécuteur repenti ?  : Clic !
  • 18 Décembre :
    • GRICCA : Les épouses d'Élagabal  : Clic !
3e PAGE
  • 21 Décembre :
    • L'assassinat de Commode : abreuvons-nous aux sources antiques !…  : Clic !
  • 26 Décembre :
    • Hadrien et les Chrétiens dans l'Évangile selon Marguerite Yourcenar  : Clic !
  • 26 Décembre :
    • Une nouvelle bio de l'empereur-artiste : Nero, d'Edward CHAMPLIN  : Clic !
4e PAGE
  • 27 Décembre :
    • Une subjectivité insuffisamment mise en exergue ? : Clic !
  • 28 Décembre :
    • Vitellius : pas un canon ! : Clic !
  • 29 Décembre :
    • Trois questions express sur le divin Jules :
      • Quel fut son grand chantier en tant que Pontifex maximus ? : Clic !
      • Pourquoi son Veni, veni, vici est-il devenu un slogan ? : Clic !
      • La Guerre des Gaules, certes, mais quoi d'autre ? : Clic
  • 29 Décembre :
    • La vie (homo)sexuelle d'Hadrien : les grandes passions sont plutôt muettes ! : Clic !
    • Hadrien et les Juifs : une tragique incompréhension réciproque : Clic !
    • Hadrien Senior : c'est lui l'Africain (qui revient de loin !) : Clic !
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"EMPEREURS ROMAINS"
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2 Décembre 2005
Richard a écrit :
 

1. Objet : COMMODE.

A propos du règne de l'empereur Commode (933-955 AUC), vous faites allusion (ou "référence", je ne sais) au film Gladiator.
Vous auriez aussi bien pu évoquer le péplum "La Chute de l'Empire romain" qui évoque les mêmes personnages. Ce dernier verbe est d'ailleurs un euphémisme tant ces films, pourtant différents par le style et le scénario, ne correspondent à aucune réalité historique si ce n'est que Commode fut bien le fils de Marc-Aurèle.
Un général romain réduit en esclavage, même par "erreur", sa famille mise en croix constituent une impossibilité et une absurdité "socio-historique", d'autant que, dans les deux films, les personnages ont été inventés.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Loin de moi l'idée de considérer le film Gladiator comme une référence (voir ici : Clic !). Les approximations, voire les erreurs historiques, y abondent, et celle que vous relevez n'en est qu'une parmi bien d'autres

Toutefois, malgré ses indubitables infidélités à l'Histoire, j'apprécie beaucoup le film de Ridley Scott, qui reste à mes yeux un excellent divertissement, plein de bruit et fureur, de sueur et de sang, de souffle épique et de murmures comploteurs… Mais force m'est aussi d'avouer que je n'ai aucune compétence ni la moindre vocation pour l'exégèse des péplums. Une tâche dont s'acquitte merveilleusement ce spécialiste ès péplums qu'est mon compatriote Michel ELOY, du site (associé au mien) PEPLUM - Images de l'Antiquité. Lequel prépare d'ailleurs, ce qu'il semble, une longue étude portant à la fois sur le film de Scott et sur son "modèle", La Chute de l'Empire romain d'Anthony Mann.
Selon la formule consacrée, je vous invite donc à rester en ligne… Mais en attendant (et si ce n'est déjà chose faite), vous pouvez déjà lire sur mon site ses quelques remarques d'ordre général sur Gladiator (voir ici : Clic !).

 
 
 

RÉPONSE RICHARD :

Il est vrai que le film "Gladiator", que j'ai vu, avait une certaine tenue esthétique bien dans l'air du temps, surtout l'impressionnante reconstitution virtuelle, sans doute approximative, de la Rome antique, à côté duquel son prédécesseur, "La Chute de l'Empire romain" paraissait bien plat.

gladiator
 
 

2. Objet : SEMANTIQUE

N'auriez-vous pu trouver une formulation plus élégante que l'expression "C'est quoi ce site ?"
"Qu'est-ce-que ce site ?" ou encore, plus concis, mais non moins élégant "Qu'est ce site ?"

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je vous concède bien volontiers que l'expression "C'est quoi ce site ?" est à la limite de la correction stylistique (davantage que sémantique, puisque le sens n'est pas altéré). Je tiendrai probablement compte de votre remarque lorsque je rénoverai la page de mon site… Mais je m'étonne cependant que ce soit précisément cette annonce anodine (évidemment destinée au tout venant des internautes arrivant inopinément sur cette page, et non aux initiés qui savent déjà que sont ces fameux "césars" et à quelle époque ils vécurent) qui a retenu votre attention alors que vous auriez pu certainement relever dans mes pages d'autres tournures autrement peccamineuses !

 
 

3. Objet : ASIE

Je souhaiterais apporter un complément d'information sur ce que vous dites de la connaissance de la Chine qu'en avaient les Romains.
S'il est possible qu'une "cohorte" romaine servit cet Empire (j'avais lu cela il y a bien longtemps dans un livre), il est de source avérée que des commerçants et plus sûrement des saltimbanques et bateleurs romains se "firent voir" en Chine au IIe siècle.
L'on a des textes chinois qui évoquent le règne de l'empereur An-Toun, en fait "Antonin" qui n'était pas Antonin le Pieux, mais d'après la date, son fils adoptif Marc-Aurèle (dates de règne 914-933 AUC) qui avait pris le cognomen de son prédécesseur ; d'ailleurs tous les empereurs de cette période, de Nerva à Commode, ont été regroupés sous l'appellation de dynastie antonine.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Merci pour ce complément d'information sur les contacts entre l'Empire du Milieu et celui des Antonins. (voir aussi ici : Clic !)

 
 

4. Objet : M-ANTOINE
Vous qualifiez dans une réponse adressée à l'un de vos lecteurs le consul et éphémère triumvir Marc Antoine d'incompétent.
Je ne le pense pas : ce fut au contraire, sinon un militaire de génie, du moins un brillant général qui vainquit les "Césaricides" à Philippes ainsi que les Parthes.
Simplement il se laissa griser par l'attrait de l'Orient et crut son pouvoir illimité, ce qui le perdit, face à un Octavien beaucoup plus froid et calculateur, moins "sanguin" que lui.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Si je vous comprends bien, pour décrire la carrière militaire d'Antoine, l'on pourrait prendre le contre-pied de la fameuse bourde proférée par Chateaubriand à propos de Napoléon ("c'est en grand gagneur de batailles, mais hors de là, le moindre général est plus habile que lui") : tout au long de sa carrière militaire, Antoine ne gagna qu'une ou deux batailles, mais, à part cela, ce fut un général très compétent !

Je vous charrie un peu… N'ayant personnellement pas étudié la vie d'Antoine avec toute l'attention requise, j'avoue avoir quelques difficultés à me faire une opinion précise sur ce bonhomme. Dans un premier temps, je l'avais présenté sous un jour assez favorable - et il est certain que l'on peut éprouver de la sympathie pour cet homme "sensuel et irréfléchi mais passionné", pour "cette magnifique bête à faire l'amour et la guerre" [dixit Benoist-Méchin] que fut le triumvir romain.
Mais, par la suite, un internaute m'a fait remarquer qu'à tout prendre, tout compté tout rabattu, Antoine n'était qu'une ignoble et sombre crapule… ce qui n'est pas tout à fait faux non plus.

Je présume que cette ambivalence vaut aussi pour sa carrière militaire : il eut de bons moments (Philippes, guerre-éclair contre l'Arménie), mais aussi d'autres nettement moins glorieux (compagne contre les Parthes - encore que son courage personnel lors de la catastrophique retraite de son armée ait quelque peu racheté son impéritie stratégique -, et, bien entendu, le désastre total d'Actium).

Bref, comme vous le dites, Antoine ne fut certainement pas un aigle, mais ce ne fut probablement pas une linotte non plus !

antoine
 
 
 

RÉPONSE RICHARD :

Concernant Marc Antoine, et quant aux "crapules", je pense qu'elles étaient monnaie courante et qu'elles pullulaient à une époque où l'empire de Rome s'étendait pratiquement à l'ensemble du bassin méditerranéen et de ce fait exacerbait les ambitions personnelles dans un contexte où les institutions républicaines, nées dans le cadre étroit de la cité, n'étaient plus adaptées à régenter ce qui allait devenir progressivement un Empire territorialement unifié, par le biais notamment de l'octroi de la citoyenneté à l'ensemble des hommes libres de l'Empire, procédure qui sera achevée sous le règne de Caracalla (964-990 AUC) , belle "crapule" lui aussi par ailleurs.

 
 
 
4 Décembre 2005
Gricca a écrit :
 

Apport sur le règne d'Anthemius et la fin du paganisme.

En Occident, dans l’empire déliquescent, l’élite païenne et chrétienne prônant un retour aux valeurs d’antan et aux attitudes traditionnelles perdit ses illusions sur la vie publique après l’assassinat de l’empereur Majorien en août 461 (il est le dernier empereur romain avoir foulé le sol gaulois et hispanique), car son successeur Libius Severus (461-465) créature du patrice Ricimer, un barbare arien, ne fut reconnu ni par l’armée des Gaules (commandée par Egidius), ni par celle de Dalmatie (commandée par Marcellin), ni par l’empereur d’Orient (Léon Ier). Si le sénateur chrétien Sidoine Apollinaire avait regagné sa patrie l’Auvergne, un sénateur païen de Rome, Flavius Messius Phoebus Severus, partit s'installer en Egypte pour étudier la philosophie et l'enseigner à Alexandrie qui avait encore grande réputation en la matière.
Mais voilà qu’en 467 après une vacance qui durait depuis la mort de Libius Severus (14 novembre 465), l'empereur d'Orient Léon Ier, à la demande d’une ambassade du Sénat envoyée de Rome avec l’accord de Ricimer, désignait comme candidat pour l'Occident, Anthemius. A l’annonce de cette désignation, Sévère se prit d'espoir que cet homme de grande culture qui s'était distingué dans l'armée, serait capable de faire revivre la fortune de Rome, et il décida de le rejoindre à Constantinople pour le servir et où il fut bien accueilli.

Anthemius était né à Constantinople (vers 428 selon Guy Lacam auteur d’une biographie sur Ricimer). De par son père, le patrice Procope, général en chef en Orient en 422-424, il descendait de l’usurpateur Procope (365-366), et du côté maternel, son grand-père Anthémius fut préfet du prétoire d’Orient de 405 à 414, et son oncle Isidore, en 435-436. La famille de ce côté remontait au fils d’un marchand de saucisses, Flavius Philippus qui parvint à être préfet du prétoire d’Orient vers 344 à 351 et consul en 348.

La carrière de notre Anthémius fut militaire et débute comme comte sur le Bas Danube sous l’empereur Marcien (450-457), après en avoir épousé la fille unique, Aelia Marcia Euphemia (Elle sera la dernière impératrice en Occident à porter le titre d’Augusta et avoir monnaies à son effigie). Cela prouve qu’Anthemius était chrétien, sinon il n’aurait jamais pu épouser la fille du très chrétien orthodoxe Marcien (celui-ci aurait exigé son baptême – il n’en est pas de même des mariages entre chrétiens orthodoxes et ariens). De plus il dédia une église à saintThomas sur la rive asiatique du Bosphore.
Anthémius devint consul en 455 avec Valentinien III comme collègue. A la mort de Marcien en 457 il était son successeur naturel, mais le tout puissant général en chef Aspar favorisa l’élection de Léon Ier (457-474), sous lequel il se fit remarquer par deux campagnes dans les Balkans contre les Ostrogoths de Valamer et les Huns d‘Hormidac.
Anthémius, avant d’embarquer pour l’Italie avec une forte armée commandée par le comte Marcellin un païen, fut proclamé César (25 mars 467). Il débarqua à Classe, le port de Ravenne, puis, après avoir attendu en vain des nouvelles du patrice Ricimer, il prit la direction de Rome. C’est là, près de la Ville, au lieu-dit Brotontas (probablement la localité où se trouvait le Champ de Mars dit « ad duos Lauros », où Valentinien III avait été assassiné en 455), qu’il fut proclamé Auguste le 12 avril 467.

anthemius

Anthémius, l'empereur « grec » comme on le surnommait, eut à Rome une certaine popularité. Par contre, il rencontra presque aussitôt l’hostilité du clergé italien à cause de son goût pour la philosophie hellénistique et sa tolérance envers les dissidents et les célébrations considérées comme païennes, à tel point qu’au IXe siècle, il passait pour un païen.
C’est son entourage qui fit scandale, Anthémius protégea Sévère, malgré les accusations de pratiques magiques par les orthodoxes, allant jusqu’à le faire consul en 470 (avec en Orient Flavius Jordanes, un général d’origine Vandale, arien devenu catholique en 465), à lui attribuer le patriciat et la préfecture de la Ville durant laquelle il restaura l'amphithéâtre Flavien (le Colisée), tout un symbole de la grandeur de Rome. Dès 467, Anthémius avait autorisé un autre de ses familiers, Philothéus, un chrétien « pneumotochien » ou « macédonien » (c’est-à-dire un partisan de Macédonius un évêque de Constantinople du milieu du IVe siècle, qui niait la divinité du Saint Esprit), à célébrer son culte à Rome, faisant aussitôt réagir le pape Hilaire (461-468). Profitant d’une visite de l’empereur à la basilique Vaticane, il l’interpella sans ambages et lui fit jurer qu’il respecterait l’unité de l’église romaine.

Sur ces deux personnages, il n’est pas inintéressant de reproduire ici le début du chapitre IV, intitulé Chute d’Anthemius, d’un historien du XIXe siècle, M. Amédée THIERRY, tiré de ses Récits de l’Histoire Romaine au Ve siècle – Derniers temps de l’Empire d’Occident – [de 467 à 493], Paris, 2e édition, 1862 :

« Anthemius aussi ne répondait pas complètement aux espérances de son début. Honnête, éclairé, charitable et au fond chrétien très orthodoxe, il avait apporté en Occident, avec les habitudes d’un patricien grec et l’esprit léger qui distinguait sa nation, le goût des subtilités métaphysiques, des doctrines bizarres, de la thaumaturgie, en un mot, de toutes ces spéculations sophistiques si courues au-delà des mers, et réputées en deçà curiosités irréligieuses et condamnables. Suivant l’usage des nobles byzantins, il entretenait dans sa maison, parmi ses clients et ses parasites, de graves représentants des sciences à la mode, philosophes à longue barbe ou à besace, rhéteurs, sophistes, hérésiarques chargés de disputer devant lui et de traiter pour son agrément toutes les questions accessibles à l’esprit humain. Deux de ces hommes qui possédaient son affection particulière, mais qu’il eut dû prudemment laisser à Constantinople, vinrent s’installer à ses côtés dans le palais des Césars. Le premier était un sophiste nommé Sévère, dont il s’engoua jusqu’à le faire consul en 470 ; le second un chrétien de l’hérésie de Macédonius, qui s’appelait Philothée.
Leur présence et leurs actes ayant exercé une assez fâcheuse influence sur la popularité de l’empereur grec en Italie, je dirais quelques mots de l’un et de l’autre.

Sévère, né dans la ville de Rome, l’avait quitté fort jeune pour aller étudier en Orient les sciences occultes, qu’on honorait alors bien gratuitement du nom de philosophie, et il s’était fixé près d’Alexandrie, foyer principal de ces folles spéculations. Là, le disciple devient maître, et sa maison, remplie de livres et de curiosités naturelles ramassées de toutes parts, fut visitée par les thaumaturges de tous les pays. Il y vint jusqu’à des brahmes [ou brahmanes] de l’Inde, qui pratiquèrent chez lui, à la grande stupéfaction des Egyptiens, les rites étranges et les austérités plus bizarres en usage sur les bords du Gange et l’Indus. Sévère avait adopté pour monture un cheval dont le poil jetait de vives étincelles et comme des éclairs quand on le frottait, phénomène qui passa aisément pour merveilleux. Cette recherche des choses extraordinaires dénotait d’habitude un païen livré à la magie, et en effet Sévère était païen. Lorsque Anthémius l’eut amené à Rome, le thaumaturge se mit à enseigner, sous l’autorité du prince et avec une liberté inaccoutumée en Occident, les doctrines mystérieuses où se refugiait le polythéisme expirant, ce qui accrédita le bruit que l’empereur lui même était païen, ou du moins penchait secrètement pour le culte aboli, et que ce mystagogue, avec ses formules magiques et ses affiliations, était l’instrument dont il voulait user pour rendre à la ville du Capitole son ancienne splendeur avec ses anciens dieux. Sévère n’avait garde de démentir des imputations si flatteuses pour son orgueil ; s’attachant au contraire à les justifier par des actes et des propos qui compromettaient son maître, il poussa au comble l’aigreur des esprits. Tel était l’hôte favori du palais d’Anthémius.

Son compagnon, Philothée, n’inspirait guère moins de frayeur aux chrétiens occidentaux pour qui l’arianisme, n’était pas seulement une hérésie, mais une religion antinationale, à cause de son adoption par presque tous les Barbares. Il appartenait à l’école des pneumatochiens, qui considéraient le Saint-Esprit, non comme une personne de la Trinité distincte du Père et du Fils, mais comme une énergie divine répandue dans toute la nature ; opinion moitié philosophique et moitié chrétienne, dérivée d’Arius et de Platon, condamnée formellement en 381 par le Concile de Constantinople, mais toujours professée en Orient comme doctrine théosophique.
S’appuyant sur la même amitié et le même crédit, Philothée prêchait dans Rome à tous venant ses dogmes en horreur aux orthodoxes, suscitait des disputes, appelait à son aide tout ce que la ville renfermait de chrétiens dissidents, et les engageait à tenir des assemblées où l’on discuterait tous les dogmes ; l’inquiétude gagna l’Eglise romaine. Non seulement le pape Hilaire adressa là-dessus à l’empereur des observations particulières, mais il l’interpella publiquement dans l’église de Saint-Pierre, et lui fit promettre avec serment, en présence des fidèles, qu’il n’autoriserait point de pareilles nouveautés dans la ville des Apôtres. Ces faits, qui n’avaient réellement que peu d’importance, en prirent beaucoup dans l’esprit du peuple, parce qu’ils venaient d’un Grec et qu’ils choquaient les mœurs occidentales ».

Il n’est pas question ici de raconter le règne d’Anthemius (ce serait trop long). Je dirais seulement un mot sur sa fin.
Anthémius ne réussit pas à s’entendre avec son général en chef et gendre, Ricimer, dans la bouche duquel le terme « graecus » (grec) prenait un sens péjoratif : « graeculus » (mauvais grec). Il le traitait aussi de « Galate emporté ». Malgré l’entremise d’Epiphane évêque de Pavie, on en arriva à la guerre civile dans Rome au cours de laquelle l’empereur fut tué dans un combat de rues, le 11 juillet 472. Jean Malalas (Chronographie, XIV, 83) nous dit cependant qu’Anthémius se serait réfugié dans l’enceinte de St Pierre où les barbares, bravant le droit d’asile, l’auraient exécuté. D’autres disent qu’il aurait été découvert caché parmi les mendiants de l’église St Chrysogone.
Propagande ecclésiastique sans doute.

Anthémius fut le dernier empereur romain d’Occident à avoir régné plusieurs années et à légiférer. Il laissait quatre enfants, une fille Alypia, mariée à Ricimer, et trois fils, Marcien, qui épousa Léontia, la fille cadette de Léon Ier et revendiqua l’empire en 479 sur son beau-frère Zénon (474-491), Procopius Anthémius et Romulus. L’aîné des fils Anthémiolus avait été tué près d’Arles par le roi des Wisigoths, Euric, en 471, alors qu’il n‘avait pas 20 ans.

On ne sait pas si le païen Sévère vécut suffisamment (il dut mourir avant 490), pour avoir été au courant qu’à Antioche en Syrie, l’usurpateur chrétien Léonce (484-488) tenta aussi un redressement du paganisme sous l’influence d’un curieux « magicien » Pamprépius (440-484), un égyptien, dont il fit son maître des offices. Cette tentative échoua rapidement et l’empereur légitime Zénon sévit contre les intellectuels païens d’Alexandrie en 488-489. Mais le coup fatal au paganisme antique fut porté par le très chrétien empereur Justinien (527-565) qui, par une loi d’avril 529, interdit aux Hérétiques, Manichéens, Samaritains, Juifs et Païens, d’enseigner, d’être avocat, militaire, fonctionnaire et de recevoir tout salaire public, ce qui obligera le cercle des derniers philosophes païens actifs de l’école d’Athènes mené par Damascius (vers 460-540) à s’exiler en Perse, sans doute en 532.
La date de 529 est considérée comme marquant la fin du paganisme antique même si, à Alexandrie, le philosophe païen Olympiodore (vers 505-570) put continuer à enseigner jusqu’à la fin du règne de Justinien en prônant une coexistence culturelle pacifique avec les chrétiens.

L’héritage païen ne fut accepté par le clergé que sous bénéfice d’inventaire. L’idée s’était imposée qu’un acte, un rite, doit être jugé, non pas en lui même, mais au point de vue de l’intention qui l’inspire. L’Eglise s’attaque aux usages impliquant de façon certaine une croyance héritée de la mythologie, ou l’adoration des forces naturelles ou un désordre moral grave. Il est intéressant de voir comment un chrétien de Syrie Thédoret de Cyr, s’étonne de l’irritation que cause aux païens le transfert des honneurs publics des héros aux martyrs. Il leur explique, dans sa « Méthode pour soigner les maladies hellénistiques » rédigée vers 437, que, quelque dépit qu’ils puissent avoir, les fêtes des saints sont célébrées comme l’étaient naguère les fêtes païennes dans les sanctuaires dont les temples ont fourni les matériaux, mais avec autrement de décence et de recueillement. Si finalement le christianisme (représenté par une multitude de courants, l'orthodoxie s'étant construite par élimination) l’a emporté c’est qu’il faisait de l’individu une créature de Dieu à respecter, introduisant la notion de péché et de repenti dans une société antique basée sur l’esclavagisme où le droit du plus fort s’exerçait presque sans limite.

En Occident, dans la deuxième moitié du Ve siècle, le paganisme n’avait plus rien de provocateur face à un pouvoir impérial affaibli et c’est au contraire la foi chrétienne nicéenne qui sert d’étendard face à l’arianisme barbare, pour la défense de la romanité. L’aristocratie était devenue chrétienne et commençait à investir le cursus ecclésiastique face à la réduction du cursus civil. La carrière du sénateur chrétien Sidoine Apollinaire en est un exemple. Ce fut d’ailleurs lui qui composa en vers le panégyrique d’Anthemius, à Rome, à l'occasion de son 2e consulat, en 468. La préfecture de Rome fut pour lui la récompense de ce poème officiel. Il finira sa vie comme évêque de Clermont-Ferrand, sous la domination des Wisigoths. Sur Sidoine, voir le site : remacle.org

GRICCA

 
 
 
6 Décembre 2005
Laure a écrit :
 

Je cherche, en vain, des informations sur les auteurs des traités de la royauté faisant référence à l'Empire Romain et à l'empereur, autrement dit sur Ecphante, Diotogene et Sthenidas de Locres. (leurs traités étant rassemblés dans l'ouvrage de Delatte : les traités de la royauté d'Ecphante, Diotogène et Sthenidas, Droz, Paris)

En effet, j'ai de grandes difficultés à en savoir plus sur ces auteurs, mis à part le fait qu'ils soient néo-pythagoriciens, sur leurs dates même approximatives et surtout sur l'identité de(s) (l')empereur(s) concerné(s) par ces mêmes traités, en bref, sur le contexte historique de leurs rédactions.

Merci d'avance pour votre aide.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Les seuls renseignements que j'ai trouvés sur les auteurs qui vous intéressent - et dont je vous avoue que j'ignorais jusqu'au nom avant de lire votre message - le furent sur la Toile. Je vous les livre, en espérant qu'ils ne font pas double emploi avec ceux que vous auriez vous-même collectés.

Ces trois traités sur la Royauté font partie de l'Anthologie de Stobée, recueil rassemblé au Ve siècle de notre ère par un certain Jean, natif de Stoboi (en Macédoine), à l'intention de son fils. Ce florilège réunit quelque 500 fragments d'auteurs grecs. Quant aux textes qui vous intéressent, quoiqu'il soient attribués à des philosophes réputés (au moins du temps de Jean Stobée) mais dont ne sait pas grand-chose (même l'époque où ils vécurent est incertaine, entre le IIIe siècle av. J.-C. et le IIe siècle ap. J.-C.), on est à peu près sûr qu'apocryphes ou pseudépigraphes, ils ne sont pas réellement "de leur plume". (Voir : Diotogène : Clic ! - Ecphante : Clic ! - Sthenidas : Clic ! - Louis Delatte : Clic !)

Voilà, c'est là tout ce que peux vous dire à ce sujet.

 
 
 
11 Décembre 2005
Luc a écrit :
 

Sur le site de Max Gallo, à la section Actualités, est annoncée sa prochaine série de livres pour 2006, soit une série sur certains empereurs romains.
Alors surveillez cela pour votre cadeau de nouvelle année.
Joyeux Noël et bonne année à tous.

Les Romains :

I. SPARTACUS, La révolte des esclaves, Fayard, 2006.
II. NERON, Le règne de l'Antéchrist, Fayard, 2006.
III. TITUS, ou le martyre des juifs, Fayard, 2006.
IV. MARC-AURÈLE, le martyre des Chrétiens, Fayard, 2006.
V. CONSTANTIN LE GRAND, L'Empire du Christ., Fayard, 2006.

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