|
Sommaire Septembre 2005 :
- 4 Septembre :
- GRICCA : Une mise au point sur l'empereur Jean :
Clic !
- Quelques conseils de lecture : Clic
!
- 8 Septembre :
- Un peu de respect pour N.S. Jésus-Christ et
ses bons apôtres, que diable ! : Clic
!
- 10 Septembre :
- Quelques réflexions sur la politique religieuse
de Septime Sévère : Clic
!
- … ainsi que sur les morts édifiantes
d'empereurs qui le furent bien peu : Clic
!
- 16 Septembre :
- À la recherche de traces de Chrétiens
en Géorgie, sous Trajan : Clic
!
- 18 Septembre :
- Le surnom (cognomen) des empereurs :
Clic !
- 18 Septembre :
- Tite-LIve marchait-il pour Auguste ? : Clic
!
|
| 2e
PAGE |
- 22 Septembre :
- SPQR : précisions d'ordre grammatical :
Clic
!
- 23 Septembre :
- Des infos sur Milevum ? : Clic
!
- 23 Septembre :
- Matidie la Jeune, une (très) obscure arrière-nièce
de Trajan : Clic
!
- 26 Septembre :
- Où votre cher webmaster s'emmêle
les pinceaux à propos des épouses de Tibère
: Clic
!
- 27 Septembre :
- Jésus, fils de Joseph, de Judas de Gamala,
d'un soldat romain… ou d'Hérode le
Grand himself ? Ubi est veritas ? : Clic
!
- 27 Septembre :
- Le limes impérial : pour tordre le
cou à des idées reçues, quelques
précisions d'un historien bien informé ! : Clic !
|
| 3e
PAGE |
- 28 Septembre :
- 28 Septembre :
- Les frères (et sœurs) de Jésus
: simplement ses cousins ? : Clic
!
- Une bonne et saine lecture : Le Manuscrit
du Saint-Sépulcre de Jacques NEIRYNCK : Clic !
- 30 Septembre :
- D'autres moyens mnémotechniques pour
se rappeler l'ordre de succession des empereurs… : Clic
!
|
RECHERCHE
DANS LE SITE
"EMPEREURS ROMAINS"
| |
|
|
| |
| 4 Septembre 2005 |
| Gricca
a écrit : |
| |
Une
mise au point sur l'empereur Jean (423-425)
Pendant les vacances, jai
eu le loisir de relire plusieurs de vos notices sur
les empereurs romains. Un ami, qui a eu la gentillesse
de m'héberger quelques jours, ma fait
remarquer que la notice
sur Jean lui paraissait quelque peu erronée.
De retour chez moi je me suis empressé de vérifier
ses dires et en effet une mise au point semble simposer.
La
carrière que vous donnez à Jean
est sans doute tirée du livre de François
Zosso et Christian Zingg, « Les
empereurs romains 27 av. J.-C. 476 ap.
J.-C. », des éditions
Errance. Malheureusement ici les auteurs confondent
Jean le futur empereur avec un autre Jean qui
fut bien notaire en 394, premier des notaires
en 408, maître des offices dAttale
en 409 et préfet du prétoire dItalie
et dAfrique en 412-413, mais il ne sagit
pas de notre empereur sur lequel on ne sait
rien, sinon quà la mort dHonorius,
le 15 août 425, il était aussi
premier des notaires (primicerius notariorum)
cest à dire le doyen et le chef
de tous les notaires impériaux, cest
un personnage clé de ladministration
car cest lui qui délivre les codicilles
de nominations de toutes les dignités
et charges civiles et militaires.
La mort dHonorius
sans héritier laissait le trône
vacant, dautant quil venait de se
brouiller avec sa demi-sur Galla Placidia.
Celle-ci sétait réfugiée
auprès de son jeune neveu Théodose
II, à Constantinople, avec ses deux jeunes
enfants Honoria et Valentinien issus du co-empereur
Constance III décédé en
421.
A lannonce du décès dHonorius,
elle revendiqua la succession pour son fils
Valentinien. Mais Théodose II ny
fut pas favorable et comme il semblait finalement
quil resterait seul empereur ce qui aurait
eu pour conséquence la suppression de
la cour occidentale, les fonctionnaires auliques
à Rome réagirent en nommant empereur
le principal des leurs, Jean, entre septembre
et décembre 423 (le 20 novembre 423
selon les annales de Ravenne).
A Ravenne le général (magister
militum) Castinus se rallia à lui
avec larmée. Il ne fut pas lhomme
de Théodose II, mais le soutien de Jean
qui le fit général en chef des
armées dOccident (magister utriusque
militiae praesentalis) et consul en 424,
non reconnu dailleurs par lOrient
qui eut son propre consul, Victor, non reconnu
par lOccident. Car si lOccident
(à lexception de lAfrique
tenue par Boniface qui se déclara en
faveur de Galla Placidia, il faut dire quil
sétait querellé lannée
précédente avec Castinus en Espagne)
avait reconnu Jean, Constantinople évidemment
lui refusa toute reconnaissance et le traita
comme un usurpateur. |
 |
Théodose II se décida
alors à soutenir la cause de Galla Placidia
et Valentinien
III et à envoyer contre le tyran deux armées,
lune par terre commandée par Aspar et
Candidien, lautre par mer dirigée par
Ardabur. En cours de route à Thessalonique,
Valentinien III était proclamé César
le 23 octobre 424 par le comte et maître des
offices Hélion.
On connaît la suite,
Castinus ne devait pas disposer de beaucoup dhommes
pour faire face à cette double attaque, et
Jean se montra trop conciliant envers ses adversaires,
espérant peut être toujours une reconnaissance
de Théodose II. Capturé à Ravenne,
lusurpateur sera conduit à Aquilée
où était arrivée Galla Placidie
qui le fera exécuter vers mai/juin 425, les
actes de son règne furent invalidés.
Castinus sera exilé.
Il est curieux de constater
que Jean a laissé plus de souvenir en Orient
quen Occident quil avait dailleurs
négligé pour lItalie : Procope
de Césarée (c.500-560), dans
sa Guerre contre les Vandales, le décrit
comme un homme modéré et doux. Théophane
le Confesseur (c.760-818), dans sa Chronique,
le dit Vandale, mais là il semble y avoir eu
confusion avec le vandale Jean, général
en Thrace en 44. Enfin, Nicéphore Calliste
Xanthopoulos (c.1256-c.1335), dans son Histoire
ecclésiastique, dit que Jean était
un Goth.
Rubrique : Livres
et parutions
Je recommande un petit ouvrage
qui vient de sortir sur les Romains exposé
sur le site : www.ideesrecues.net
Par ailleurs, sort actuellement
en librairie une série de livres anciens
ou nouveaux sur lAfrique romaine, en raison
de la nouvelle question posée en Histoire
ancienne pour le CAPES 2006 et sur laquelle je renvoie
sur le site : www.forum-capes.org
Enfin, pour les amateurs,
deux sorties intéressantes annoncées
pour le mois prochain :
- Le 7 octobre 2005
: L'empire gréco-romain de
Paul VEYNE - Seuil Collection Des Travaux - ISBN
2020577984 ; 23,75 EUR ; 864 pages
- Le 15 octobre 2005 :
Le Dictionnaire
de l'Antiquité de Jean
LECLANT - Éditeur PUF ; ISBN : 2-13-055018-5
; 49,00 EUR ; 2464 pages 200 mm x 150 mm
Présente les
civilisations antiques qui se sont développées
autour du bassin méditerranéen du
IVe millénaire av. J.-C. jusqu'au VIe siècle
apr. J.-C., de la protohistoire jusqu'à
Justinien, à travers 3.200 articles. Traite
des institutions, des savoirs, des événements,
des questions d'environnement, de société,
de comportements et de relations internationales.
Plus de 500 auteurs ont été mis
à contribution.
GRICCA
|
| |
| |
|
|
|
|
| |
| 8 Septembre 2005 |
| Renaud
a écrit : |
| |
Je
suis chrétien et je viens de lire quelques
lignes de votre site…
Je trouve certains de vos propos irrespectueux
vis-à-vis de Pierre ou de Jésus-Christ…
Je vous encourage à lire ce que fut leur vie
dans la Bible et vous verrez combien ils furent artisans
de paix et hommes de convictions… et tellement
plus encore !!!
C'est bien évidemment
votre droit de ne pas croire que Jésus est
le fils de Dieu, de notre Dieu créateur, mais
soyez, je vous prie, respectueux, de ces hommes qui
ont donné leur vie (au propre comme au figuré)
et de tous ceux qui croient en ce qu'ils ont professé…
|
REACTION A CE COURRIER
:
Voir ici : Clic
!
|
|
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Lorsque, il y a maintenant
presque cinq ans, j'ai créé ce site
internet consacré aux empereurs romains, dans
lequel je m'attache également, et plus spécifiquement,
à leurs rapports avec le christianisme naissant,
je m'attendais à recevoir nombre de réactions
réprobatrices - voire furibardes - de Chrétiens
outrés par mes propos - je l'admets bien volontiers
- souvent irrévérencieux. Or, ce ne
fut pas le cas !… Si j'ai reçu de très
nombreux mails d'internautes (même émanant
de croyants convaincus ou d'ecclésiastiques
à l'esprit ouvert !) approuvant ma démarche
et appréciant le ton familier de textes traitant
de ces matières dites sacrées,
je peux compter sur les doigts d'une seule main ceux
émanant de croyants offusqués par ma
prose.
Naturellement, je ne publie que rarement les messages
élogieux qui, à vrai dire, relèvent
plutôt de la sphère personnelle et dont
le caractère répétitif risquerait,
à la longue, de lasser les fidèles visiteurs
de mon site. En revanche, je me fais un devoir de
mettre en ligne toutes ces critiques stigmatisant
mon prétendu parti pris antichrétien
ainsi, évidemment, que mes réponses
à ces reproches que j'estime, le plus souvent,
assez mal fondées ou nettement exagérées.
Comme j'ai cru comprendre que votre visite sur mon
site fut assez brève, voici - au cas où
elles vous intéresseraient - les liens qui
vous permettront d'accéder à ces correspondances
dont vous n'avez probablement pas eu le temps de prendre
connaissance :
- Une volée de bois vert : Clic
!
- Acharnement anti-chrétien ? : Clic
!
- Ce site risque-t-il de "polluer" de
jeunes esprits influençables ? : Clic
!
- Néo paganisme suspect ? : Clic
!
- Un combat contre le christianisme ? : Clic
!
- Valeurs chrétiennes et extension du droit
d'exégèse critique à toutes
les religions… : Clic
!
Et enfin :
- "Paix aux hommes de bonne volonté"
: Clic
!
Cela dit, je ne comprends pas très bien pourquoi
je me devrais d'être respectueux envers
Jésus ou saint PIerre. À mon modeste
niveau - qui est celui d'un "historaillon"
amateur - j'essaye d'agir comme les exégètes
"professionnels", croyants ou non, qui s'échinent
à disséquer les Écritures dites
Saintes afin de distinguer les minces indices
qui permettraient d'accéder à une ébauche
de vérité historique. Dans
cette optique, les personnages du Nouveau Testament
sont nécessairement réduits au
statut d'objets d'histoire, si j'ose dire.
Pour ces "personnages objectivés",
on peut, certes, éprouver de la sympathie ou,
au contraire, de l'aversion. Mais jamais au grand
jamais, il n'est permis de les respecter
: ce serait les rendre intangibles, les statufier
- ou les momifier - une fois pour toutes ! Respecter
la Bible et ses protagonistes, cela revient, en fait,
à renoncer à tout travail d'exégèse.
Autant revenir à une époque où
les Livres saints chrétiens étaient
considérés de la même façon
que le Coran l'est encore aujourd'hui par
beaucoup de Musulmans, c'est-à-dire comme la
parole, incarnée, intangible et universelle,
de Dieu Lui-Même ! On sait assez à quelques
dérives peuvent mener de telles conceptions…
En revanche, j'éprouve - mais plutôt
individuellement que collectivement - beaucoup de
respect pour tous les croyants, quels qu'ils
soient. Croyez bien qu'il n'entre nullement dans mes
intentions de forcer qui que ce soit à croire
ce que je crois (que, d'ailleurs, je serais
bien en peine de formuler puisque, en l'occurrence,
mes questions métaphysiques sont nettement
plus nombreuses que mes réponses dogmatiques).
Tout qui accède à mon site internet
est libre, sans bourse délier, soit de poursuivre
sa lecture si ce que j'exprime lui agrée et
si mon ton impertinent ne l'agace pas trop, soit de
zapper vers d'autres pages Web plus conformes à
ses convictions.
Dans un cas comme dans l'autre, cet internaute aura
fort bien fait !… |
| |
| |
|
|
|
|
| |
| 10 Septembre 2005 |
| Vivien
a écrit : |
| |
Je
viens de lire votre article consacré à
Septime
Sévère.
Une thèse veut que cet empereur, le premier
non-romain de souche - bien que l'Italo-espagnol Trajan
et qu'en général pas mal d'empereurs
n'étaient pas des Romains de l'Urbs,
généraux revenant pour une intronisation
comme Vespasien,
par exemple - une thèse veut donc que cet empereur
se soit progressivement identifié à
Sérapis, dont le culte était
très apprécié à Lepcis
Magna (future capitale de la Tripolitaine de Dioclétien
un peu plus tard d'ailleurs).
Le
monnayage - présent sur votre page -
montrant l'empereur avec une barbe fourchue,
chevelure bouclée et stature droite est
une première indication, son épouse,
Iulia Domna, identifiée, quant à
elle, tantôt à Cybèle, tantôt
à Déméter. Le second indice
provient du fait qu'il dressa un temple consacré
à Sérapis à Rome. Enfin,
Sérapis, qui évolue en "Zeus
Helios Serapis", sorte de mix
culturel des influences Romaines, Puniques et
Africaines, connaîtra son apogée
sous Élagabal,
grand prêtre du culte solaire dérivé
de ce culte à Sérapis.
D'autre part, peut-on
maintenant supposer le revirement de Septime
Sévère envers les Chrétiens
& Juifs, comme vous l'avez justement présenté,
comme une réaction purement religieuse,
de persécution ? je suis totalement de
votre avis à ce sujet : pour les empereurs,
la persécution n'a qu'une visée
de protection politique envers un groupe social
jugé dangereux, et non d'affirmation
ou de domination religieuse.
Quand on voit comment
le vieux Septime s'est joué de ses adversaires
en nommant Clodius Albinus César pour
dézinguer l'autre prétendant Pescennius
Niger, on peut supposer qu'après avoir
pacifié les Chrétiens par des
mesures qui leur étaient favorables (sans
doute en Syrie et dans les provinces Africaines,
où les Agents ne pouvaient comme à
Rome surveiller de près les activités
de ces larges communautés), la stabilité
politique revenue une fois ses opposants directs
éliminés, il s'agissait ensuite
de mettre un terme au "danger Judéo-chrétien"
qui subsistaient de façon endémique
au Proche-Orient. |
 |
Cela expliquerait en effet
pourquoi à Rome, comme vous l'avez fort bien
présenté, que l'empereur ne s'attaque
pas aux Chrétiens - comme Dèce
quelques dizaines d'année plus tard - mais
plutôt refait de nouveau une campagne à
la mode des Flaviens et des Antonins contre une énième
révolte juive (qui n'a de cesse depuis la conquête
de Pompée) appuyée par des éléments
Chrétiens. La religion n'entre pas en ligne
de compte, c'est simplement une révolte à
mâter, et l'Histoire Auguste que vous
reprenez semblerait corroborer cette idée.
L'interdiction de la conversion, et surtout de la
propagande se veut, pour ma part, un instrument d'étouffement
d'un mouvement pouvant générer une grave
menace interne, affaiblissant l'empire sur un second
front. Ce que ne pouvait ignorer Septime Sévère. |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Merci pour ces sagaces
remarques à propos de Septime
Sévère.
II est certain que la plupart des empereurs tentèrent
d'unifier idéologiquement les populations,
ô combien hétérogènes,
de leur vaste empire. Si des césars comme Caligula,
Néron
ou Domitien
ordonnèrent qu'on élève partout
des autels où serait célébré
le culte des dieux vivants qu'ils prétendaient
être, ce n'est pas nécessairement parce
qu'ils étaient fous à lier. En l'occurrence
ils étaient plutôt en avance de trois
siècles sur leur temps ! Même les bons
empereurs de la dynastie des Antonins, ces empereurs
libéraux, eurent à cœur
la diffusion de ce culte impérial qu'ils jugeaient
indispensable à la cohésion de l'Empire.
Aucun d'eux ne répugna à ce que nous
appellerions aujourd'hui "le culte de la personnalité",
et beaucoup enrichirent cette religion civique en
la dotant de nouveaux éléments propres
à rallier les amateurs de cultes plus personnalisés
(dieux ou déesses intercesseurs, plus ou moins
explicitement amalgamés à des divinités
bienfaisantes, comme l'Antinoüs d'Hadrien
ou la Faustine l'Ancienne d'Antonin
le Pieux).
Évidemment, l'avènement de dynasties
plus exotiques, comme celle des Sévères,
ne pouvait qu'amplifier le mouvement…
Il me paraît toutefois toujours aussi difficile
de ramener l'hostilité de pouvoir impérial
romain l'égard du christianisme à la
seule composante d'une lutte entre ce culte officiel
de plus en plus prégnant et une superstition
bénigne, mais illicite. En effet, les prétendues
persécutions des Ier, II et IIIe s'expliquent
tout aussi bien - voire mieux - par des raisons politico-militaires
que religieuses. Est-ce par hasard si les répressions
des Chrétiens, de Rome ou d'ailleurs, coïncident
systématiquement avec des révoltes juives
(souvent de type messianique) et/ou avec des opérations
militaires au Proche-Orient ? Est-ce une coïncidence
si la persécution
de Dèce suit immédiatement le règne
d'un empereur (Philippe
l'Arabe) si favorable aux chrétiens que
l'on peut le soupçonner d'avoir lui-même
été un peu plus qu'un simple sympathisant
de la secte ? Et pourquoi l'empereur Valérien,
jusque-là plutôt du genre tolérant,
déclencha-t-il une persécution
précisément au moment où le Roi
des Rois Sapor attaquait l'Orient romain et s'emparait,
avec une facilité déconcertante, d'importantes
métropoles déjà fortement christianisées
?
Il en va sans doute de même pour les mesures
par Septime Sévère contre les Chrétiens.
Alliés circonstanciels lorsqu'il s'agissait
d'éliminer Pescennius
Niger, ils devenaient gênants, voire dangereux,
dès qu'il fut question d'attaquer la Perse
et des conquérir la Mésopotamie…
L'expérience de Trajan,
confronté à une gravissime révolte
de la diaspora juive (à laquelle s'étaient
fort probablement associés les chrétiens
les plus radicaux) alors qu'il guerroyait au-delà
de l'Euphrate démontrait à suffisance
que les exaltés juifs et judéo-chrétiens
demeuraient les alliés objectifs de l'ennemi
héréditaire parthe. Et cela ne rata
pas ! A peine les légions de Septime Sévère
s'éloignèrent-elles vers l'Est que des
troubles messianistes éclatèrent, en
particulier à Alexandrie (le père du
grand théologien Origène fut exécuté
lorsque les Romains reprirent en main la turbulente
ville).
Dans ce contexte, chercher des motifs religieux à
la prétendue persécution de
Septime Sévère me paraît assez
illusoire : l'empereur africain se contentait de prévenir
ou de réprimer les révoltes sporadiques
d'indécrottables trublions. Un point c'est
tout ! |
|
| |
| |
| Vivien
réécrit : |
| |
| Merci
de toutes ses précisions. Je complète
actuellement votre site avec l'excellent livre de François
Zosso et Christian Zingg, Les Empereurs Romains,
27-476 ap JC, Éditions Errance, bourré
de petites anecdotes supplémentaires amusantes
(Par exemple, la mort de Valérien, vue par des
auteurs chrétiens, qui dixit, "fut
empaillé et peint en rouge" ; il est vrai
qu'ils ne pouvaient que se réjouir de sa disparition,
mais tout de même !). |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Oui, moi aussi, j'apprécie
beaucoup le bouquin de ZOSSO et ZINGG, fort bien fait,
et qui me sert souvent de pense-bête (ô
combien !). Et c'est vrai que cette histoire de l'empereur
Valérien, horrible persécuteur de
chrétiens devant l'Eternel, naturalisé
par les taxidermistes perses, farci de paille tel
un Gille
de Binche (avec ses pauvres vieux grelots en guise
d'apertintailles ?), puis passé au minium comme
un vulgaire bout de ferraille, vaut son pesant de
cacahuètes rissolées à la haine
chrétienne !
Notez toutefois que, dans le genre grandquignolesco-macabre,
les polémistes chrétiens ont encore
fait mieux avec cet autre démon incarné
que fut Galère
(le bien nommé), pourrissant tout vivant, dévoré
par des myriades de répugnantes bestioles au
nombre indéfini de pattes (voir ici : Clic
!).
Comme
vous le sous-entendez, il faut prendre toutes
ces historiettes morbides avec un solide grain
de sel - voire avec tout un camion d'épandage
hivernal ! L'éminent historien Lucien JERPHAGNON,
l'a d'ailleurs montré : les procédés
utilisés par les historiographes antiques
pour stigmatiser les mauvais empereurs sont le
plus souvent stéréotypés,
répétitifs. Tous boivent comme des
trous, forniquent à tout va, commettent
des incestes divers et variés ; tous sont
cupides, impies et cruels ; beaucoup ont la singulière
manie de piétiner leur épouse enceinte…
et tous, païens ou chrétiens, meurent
"de malemort". "C'est
simple, c'est parlant, et cela met les choses
au point. Le modèle du genre serait le
« De mortibus persecutorum »
de Lactance, qui ne se gêne pas avec
l'histoire dès lors qu'il a quelque chose
de cet ordre à transmettre : les Césars
qui ont persécuté les chrétiens
ont tous - doivent tous avoir - des fins éprouvantes,
voire horribles. Mais il n'est pas le seul à
voir les choses ainsi, et l'on peut à bon
droit parler d'un genre littéraire, répandu
chez les païens aussi bien que chez les chrétiens.
Dans les textes chrétiens, Judas va se
pendre et crève par le milieu. Hérode
meurt rongé par les vers. De même,
Hérodien fait mourir Caracalla dans des
conditions peu glorieuses : un soldat le tue alors
qu'il s'était posé à l'écart
de la troupe à des fins hygiéniques.
De même, Héliogabale est rejoint
par ses meurtriers dans les toilettes où
il s'était placardé à tout
hasard, et son corps est jeté dans un égout,
qui le vomit aussitôt, façon de dire
que le corps du César était plus
pollué que les eaux résiduelles
de la Ville. De même encore, Arius l'hérétique
s'en va rendre aux latrines du forum d'Alexandrie
sa vilaine âme : du moins est-ce Athanase
qui décerne à sa mémoire
cette délicatesse, etc." (Lucien
JERPHAGNON, Au bonheur des sages, pp.
280-281, Éditions Desclée de Brouwer,
2004). |
 |
|
| |
| |
| |
| Conclusion
de Vivien : |
| |
| C'est
vrai que c'est assez répétitif, et souvent
pour justifier le passage d'une dynastie à une
autre (Commode) ou le passage du flambeau lors de l'anarchie
des "empereurs guerriers", qui joyeusement
prenaient le pouvoir quelques mois, quelques années
avec de la chance, se faisaient soit massacrer par leur
troupes, soit par un complot qu'ils avaient été
moins habiles qu'à l'habitude à contrecarrer,
soit sur le champ de bataille (et il y a le choix, en
Germanie, devant les Perses ou de peste en Grande-Bretagne). |
| |
| |
|
|
|
|
| |
| 16 Septembre |
| Bidzina
a écrit : |
| |
Sur
la tombe (romaine) d'Amazasp - commandant
d'armée géorgien (Ibérie) qui
avait aidé l'empereur Trajan contre les Parthes
en 114 - se trouve une inscription où ce "brave
et puissant combattant" est comparé
à la "timide virgins".
Selon les sources géorgiennes, le frère
de Amazasp pourrait être considéré
comme en Chrétien, et peut-être cette
étrange métaphore dans l'inscription
nous montre-t-elle la manière de caractériser
cette personne comme un Chrétien.
A votre connaissance
y aurait-il un exemple similaire pour le début
du Christianisme ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Malheureusement, non,
je ne connais absolument rien de similaire à
cette étrange inscription. Je ne me souviens
d'ailleurs pas avoir jamais rencontré les mots
"timide virgins" dans un contexte
chrétien… ni païen d'ailleurs.
Tout ce je peux donc faire, c'est répercuter
votre question auprès des visiteurs de mon
site internet, en espérant que l'un ou l'autre
se montera plus perspicace que nous. Le cas échéant,
je ne manquerai bien sûr pas de vous transmettre
les éléments de réponse qui me
parviendraient. |
| |
| |
|
|
|
|
| |
| 18 Septembre 2005 |
| Sophie
a écrit : |
| |
| Quel
et le cognomen des empereurs romains ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Voyez tout d'abord cet
ancien courrier : Clic
!.
Quelle que fut leur famille d'origine, tous les empereurs
romains reprirent donc le cognomen (= surnom)
Cæsar (César) qui était,
à l'origine, l'apanage de la gens Julia
(= famille des Iules) à laquelle appartenait
le grand Jules
César. Cependant, et contrairement à
ce que l'on pourrait croire, dans la titulature officielle
des empereurs, ce terme Cæsar n'était
pas considéré comme le surnom, mais
comme le nom de famille.
Prenons un exemple, ce sera plus simple.
Avant d'accéder au pouvoir, Vespasien
s'appelait : Titus (prénom) Flavius
(nom de famille) Vespasianus (surnom).
Et une fois empereur, son nom officiel devint :
Imperator (prénom
impérial) Cæsar
(nom de famille impérial) Ti
Flavius Vespasianus (ses trois noms
distinctifs) Augustus
(surnom impérial).
Bref, pour répondre en un mot à votre
brève question, le cognomen des empereurs romains
est AUGUSTUS. |
| |
| |
|
|
|
|
| |
| 18 Septembre 2005 |
| Mathilde
a écrit : |
| |
Je
cherche depuis plus de 3/4 d'heure "les
relations entre Tite-Live et le Pouvoir Romain".
En fait, je ne sais même pas si Tite-Live vivait
au moment des empereurs romains ...
C'est pour une recherche en latin. |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Tite-Live
(59 av. J.-C. - 17 ap. J.-C. - voir ici : Clic
!) appartint bien à l'époque
impériale puisqu'il fut, à peu
de chose près, l'exact contemporain du premier
vrai empereur romain, Auguste
(63 av. J.-C. - 14 ap. J.-C.).
Ainsi que vous vous en êtes certainement rendu
compte en parcourant mon site, je ne me préoccupe
des œuvres des historiens latins que pour autant
qu'elles soient en rapport avec le sujet qui m'intéresse,
c'est-à-dire avec les faits et gestes des empereurs.
Or, ce n'est pas réellement le cas de Tite-Live
puisque les derniers livres de son Histoire romaine,
qui traitaient du règne d'Auguste (jusqu'en
9 av. J.-C.), sont perdus depuis le Moyen Age. Les
livres dont nous disposons encore (livres I à
45 - traduction française : bcs.fltr.ucl.ac.be)
relatent l'histoire de Rome, de la fondation de la
Ville (en 753 av. J.-C.) aux guerres contre les royaumes
hellénistiques (jusque vers 167 av. J.-C.).
C'est dire qu'il n'y est pas souvent question d'empereurs
!
Mais bien sûr, cela ne signifie pas pour autant
que ces livres, tout consacrés à des
vieilleries qu'ils fussent, ne reflétaient
pas les préoccupations politiques, morales
et sociales des contemporains de Tite-Live…
Et surtout celles du pouvoir en place ! En effet,
comme presque tous ses collègues écrivains
(Virgile, Horace, Properce), Tite-Live fut, en quelque
sorte, un agent de la propagande d'Auguste : "Avec
une joie certaine, il s'associe à l'œuvre
de restauration nationale entreprise par Auguste,
il s'enrôle parmi les écrivains qui se
grandirent en mettant leur talent au service de leur
pays. Par l'histoire ou par la légende, il
s'agissait de recréer l'âme romaine à
une époque où les conquêtes, l'enrichissement,
l'entassement, dans la Ville surtout, d'une population
issue de tous les coins du monde l'avaient paralysée,
étouffée. Il fallait, pour ressusciter
cette âme, ce patriote ardent : il fallait aussi
bien un grand artiste, et la phrase de Tite-Live a
ceci de particulier que son ample développement
entraîne, échauffe le cœur comme
elle permet de suivre les faits dans leur déroulement
dramatique." (Georges CHAPPON, préface
de l'Histoire romaine de Tite-Live, Éditions
Hatier, 1966).
À propos de Tite-Live, voyez aussi :
- Encyclopédie de l'Agora - Tite-LIve : Clic
!
- Wikipedia - Tite-Live : Clic
!
- Imago Mundi - Tite-Live : Clic
!
- Ac-Versailles - Conférence de Catherine
SALLES sur Tite-Live : Clic
!
- Site Dialogus : Auguste et Tite-Live, le "pompéien"
: Clic
!
|
| |
| |
|
|
|
|