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Juillet 2005 (page 3/3)
Sommaire du mois de Juillet : Clic
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| 27 Juillet 2005 |
| Benoît
a écrit : |
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| L’empereur
Marc Aurèle a effectué une ambassade en
Chine en l’an 919 de Rome (166 de l’ère
chrétienne). Quel en était le but ?
Je n’en sais rien. |
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| RÉPONSE
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| À vrai dire,
je pense que nul ne possède d'infos très
précises sur les "ambassades" romaines
en Chine, et ce pour deux raisons. Tout d'abord parce
que nous sommes finalement assez mal renseignés
sur les règnes de ces empereurs du IIe siècle
(Antonin,
Marc Aurèle)
sous lesquels elles auraient eu lieu (les sources
sont assez rares et généralement tardives).
Ensuite parce que ces ambassades n'en étaient
pas réellement : il s'agissait plutôt
de voyages de négociants romains (en
fait syriens) désireux d'atteindre le pays
de la soie sans transiter par le royaume parthe, l'ennemi
héréditaire de l'Empire romain qui contrôlait
les routes commerciales d'Asie centrale. Évidemment,
ces entreprises privées, initiées par
des marchands qui, par crainte de la concurrence,
répugnaient à dévoiler leurs
secrets professionnels, ont laissé infiniment
moins de traces que les voyages officiels de diplomates
dûment accrédités.
En définitive, on dirait donc bien que ces
contacts, au demeurant très épisodiques
et finalement fort peu fructueux, ont davantage retenu
l'intérêt des internautes modernes que
celui des contemporains de ces hardis marchands. J'en
veux pour preuve ces correspondances, émanant
d'autres sympathiques visiteurs de mon site, que je
vous invite à consulter et qui, me semble-t-il,
exposent l'essentiel de ce que l'on sait des tribulations
de ces Romains en Chine :
- Les Romains connaissaient-ils l'Inde ou la Chine
? : Clic
!
- Des clowns romains en Chine ? : Clic
!
- Des légionnaires de Crassus seraient-ils
les ancêtres de villageois chinois ? : Clic
! et Clic
!
- Les Romains en Chine - autres pièces à
ajouter au dossier : Clic
!
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| 30 Juillet 2005 |
| Jean-Marie
(site www.chti.net/jmg)
a écrit : |
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Comment
s'appelait l'engin de supplice romain qui n'était
pas une croix, mais un T ?
Certains affirment que Yéshoua dit
de Nazareth n'a porté qu'un gros "madrier"
qui a été cloué au-dessus du
"madrier" laissé en permanence sur
le lieu du supplice.
Où puis-je trouver
des précisions sur ce thème en français
sur la Toile ? |
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| RÉPONSE
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| Dans son site PÉPLUM
- Images de l'Antiquité, mon compatriote
et ami Michel ELOY, analysant le (très controversé)
film de Mel Gibson, La
Passion du Christ, évoque la problématique
qui vous intéresse : Clic
! (ne manquez pas de consulter le site mentionné
en note : Clic
!).
Cela me paraît assez évident : impossible
au condamné de porter seul une croix complète.
Surtout si, à l'instar de Jésus, il
avait subi une épouvantable flagellation (avec
des fouets plombés, voire incandescents) avant
de s'en aller - pedibus cum jambis - vers
le lieu de son supplice. C'est pourquoi il est généralement
admis que le supplicié ne transportait que
l'élément horizontal de sa croix, le
madrier sur lequel il allait être cloué
(ou lié). Les éléments verticaux,
eux, restaient érigés à demeure
sur le lieu assigné aux supplices, marquant,
tels les gibets médiévaux, l'horizon
de leur silhouette patibulaire.
Quant à savoir si l'élément
horizontal était fixé à ce poteau
de manière à former un tau
ou une vraie croix, c'est une autre paire de manche
! À vrai dire, je n'en sais trop rien…
Peut-être, tout simplement, n'y avait-il pas
de règle. En fonction de la nature du sol (plus
ou moins ferme) et du poids du condamné, les
bourreaux cherchaient à réaliser l'assemblage
qui leur paraissait le plus stable - la stabilité
optimale étant atteinte en fixant la traverse
presque au niveau du sol, le condamné étant
crucifié la tête en bas.
Du reste, pour ce supplice, tout pouvait faire farine
au bon moulin des horreurs : en cas d'urgence (ou
lors de crucifions en masse, par exemple lors de la
répression de la révolte de Spartacus,
où des milliers d'esclaves furent crucifiés
le long de la Via Appia), un arbre fourchu,
un poteau, voire une porte massive pouvaient faire
l'affaire !
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Reconstitution d'une
crucifixion, d'après un squelette retrouvé
à Jérusalem.
“D'après les
documents historiques, les crucifixions variaient
grandement de l'une à l'autre, même
quand elles étaient exécutées
par la même équipe de bourreaux.
La manière dont la victime était
fixée sur la croix et les croix elles-mêmes
étaient différentes suivant l'inspiration
du moment. Parfois on attachait le supplicié
au bois au lieu de le clouer. (…)
La preuve la plus éclatante qu'on
ait de toute cette gamme de variations nous
est venue d'une découverte unique faite
en Israël. (…)
En juin 1968, un an après la prise
de Jérusalem par les Israéliens,
on commença à préparer
un terrain au bulldozer pour construire un nouvel
immeuble d'appartements sur une colline rocheuse,
à quelque mille sept cents mètres
de la porte de Damas. Presque immédiatement,
on découvrit que ce site (…)
avait servi de cimetière pendant
une période remontant à l'époque
du Nouveau Testament.
Vasilius Tzaferis, archéologue du
service des Antiquités et des Musées,
fut chargé de faire une fouille rapide.
(…) Ce qui intéressa le plus
Tzaferis fut un squelette dont les os du talon,
les deux calcanéums, étaient maintenus
ensemble par un grand clou de fer. (…)
A l'université hébraïque
de Jérusalem, le Dr Nicu Haas, anatomiste
et anthropologiste né en Roumanie, se
mit au travail. A force de mesures anthropométriques
et d'assemblages, il parvint à reconstituer
dans tous ses détails étonnants
le squelette d'un homme, d'aspect gracieux,
âgé de vingt-quatre ou vingt-huit
ans au moment de sa mort, d'environ un mètre
soixante-dix de haut. Ses os ne montrant aucune
déformation due à un travail manuel,
il appartenait probablement à la classe
sociale supérieure. (…) Son
nom, gravé dans un araméen presque
illisible sur l'urne de pierre, était
Jéhohanan. L'examen de ses calcanéums
rassemblés par un clou de dix-sept centimètres
et demi a confirmé, sans aucun doute
possible, qu'il était mort crucifié.
Sous la tête du clou, on a retrouvé
des traces d'une plaque de bois d'acacia ou
de pistachier. Alors que dans le cas de jésus,
l'écriteau qui spécifiait son
« crime » était fixé,
selon les Écritures, au-dessus de sa
tête, celui de Jéhohanan avait
dû se trouver à ses pieds
(d'où la forme en "tau" de
la croix représentée ci-dessus
- note du webmaster). Pour le suspendre
à sa croix, les bourreaux lui avaient
haineusement replié les jambes en une
sorte de position en amazone, puis lui avaient
transpercé les deux pieds à la
fois, toujours de côté, droit à
travers les deux calcanéums. Et après
sans doute plusieurs heures de souffrance, ils
lui avaient brisé les os du mollet, supplice
qui, d'après les Évangiles, fut
épargné à Jésus
parce qu'il était déjà
mort. Finalement, pour le descendre de sa croix,
on avait dû lui scier les jambes, probablement
parce que la pointe du clou s'était recourbée
dans le bois de la croix.
Ces détails atroces prouvent que la crucifixion
de Jéhohanan a été différente
de celle du Christ, ce qui illustre la différence
des méthodes qu'on employait.”
(Texte et image : Ian WILSON, Le Suaire
de Turin, Albin Michel, 1978). |
Sans doute faut-il en définitive se résoudre
à admettre - et j'ai d'ailleurs déjà
eu l'occasion de l'indiquer dans les pages de mon
site (mais Dieu sait où ?) - qu'on ne connaît
pas grand-chose de précis sur le déroulement
des crucifixions romaines. En tout cas davantage d'hypothèses
que de certitudes… Et comme pour tout arranger,
les renseignements les plus complets dont nous disposons
se trouvent précisément dans des textes
(les Évangiles) qui décrivent
une crucifixion tout à fait hors norme (celle
de Jésus). Une exécution probablement
si "cochonnée" et si peu réglementaire
que la survie du supplicié, pourtant apparemment
mort, ne parut pas absolument inconcevable à
de nombreux spectateurs, tant Juifs que Romains…
Ces réserves étant faites, notons cependant,
pour terminer, que ces fameux évangélistes
indiquent, de manière unanime, qu'un écriteau
(titulus) fut placé AU-DESSUS
de la tête de Jésus crucifié…
ce qui, évidemment, exclut sa crucifixion sur
un assemblage en forme de tau :
- "Au-dessus de sa tête,
on avait pendu un écriteau portant le motif
de son supplice : « Celui-ci est Jésus,
le roi des Juifs »" (Matt.,
27 : 37) ;
- "Au-dessus de sa tête
pendait cette inscription : « Celui-ci est
le roi des Juifs »" . (Luc,
23 : 38) ;
- "Pilate avait fait faire un écriteau
qu'on fixa au-dessus de la croix
; il y était écrit : « Jésus
le Nazôréen, roi des Juifs »"
(Jean, 19 : 19).
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| Conclusion
de Jean-Marie : |
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PAS
D'ACCORD
Si les bras sont en V, on a pu clouer cet écriteau
sur le patibulum.
Vous savez que les évangélistes avaient
apparemment une première source unique pour
les quelques paroles plus ou moins authentique, plus
la célèbre source Q(uelle).
Il y a un "premier rédacteur" non
témoin qui, pour le moins, devait avoir vu
une crucifixion quelque part.
Je crois et je ne suis donc
pas totalement sûr, mais avoir tout inventé
paraît difficile, qu'un contestataire de la
pratique religieuse juive majoritaire du nom de Yeshoua
a existé qu'il croyait en Dieu et suggérait
d'aimer son prochain. Il a fini par trop dérangé
et DES cadres du judaïsme ont demandé
à Pilate de le supplicier "à la
romaine". Ensuite Paul de Tarse a établi
les fondements d'une église chrétienne.
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| 31 Juillet 2005 |
| Gricca
a écrit : |
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VILLAS
DANS LES ILES, LIEUX D'EXIL
Dans la seconde moitié
du Ier siècle av. JC. avec
la fin des guerres civiles et la disparition de la
piraterie en Méditerranée, les côtes
Tyrrhéniennes de lItalie et particulièrement
la côte sud du Latium avec les îles Pontiennes
et la baie de Naples, perdirent leur importance militaire.
Elles devinrent alors une zone touristique de prédilection
pour les familles sénatoriales enrichies par
les conquêtes, qui sempressèrent
de faire construire de magnifiques villas pour jouir
du climat et de la beauté des lieux. Larchéologie
nous a révélé un grand nombre
de ces villas, ainsi en Campanie dans la baie de Marina
Grande de Bacoli (lantique ad Baulos)
dans le golfe de Pouzzoles (lantique Puteoli),
on a retrouvé sous leau une importante
villa maritime romaine avec thermes, construite sur
une plate-forme qui sétendait le long
de la mer et quun pont reliait à la terre
ferme. Sa situation et son ampleur permettent de lassocier
à la tragique histoire dAgrippine la
jeune (la mère de Néron) à Baules.
Ailleurs au nord de Rome, à Santa Marinella
(lantique Punicum) au sud de Civitavecchia
(lantique Centumcellæ), une luxueuse
villa maritime a été dégagée,
pourvue dun port et dun vivier, et serait
celle acquise par le fameux jurisconsulte Ulpien dans
la première moitié du IIIe
siècle.
On pourrait multiplier les exemples ce qui montre
bien lengouement des Romains pour ce genre de
villégiature en bord de mer, si bien que, pour
fuir ce qui était devenu une « Côte
dAzur », on se mit à bâtir
des villas dans les îles proches de la côte
à la recherche de lisolement et de la
tranquillité.
Par exemple, la famille sénatoriale des Domitii
Ænobarbi liée aux trafics maritimes pour
lexportation en Gaule de leur produits avant
tout le vin, furent propriétaires dune
série de villas maritimes le long de la côte
Toscane vers le Cosanum litus (la côté
du Monte Argentario à Talamone au nord) et
au large dans les îles du Giglio (lantique
Igilium) et de Giannutri (lantique
Dianium), les plus méridionales de
larchipel toscan, et qui se trouvaient sur la
route suivie par leurs navires.
La villa qui fut aménagée sur la plus
petite des deux îles, Giannutri (2,62 km2),
couvrait vers lépoque de Trajan
(98-117) une superficie denviron 5 ha. et possédait
ses magasins, ses pièces résidentielles
décorées avec du marbre, des mosaïques
et des stucs, ses pièces serviles, ses thermes
somptueux, ses citernes et surtout son grand belvédère
face à la mer directement accessible par un
escalier. Elle était passée des biens
de la famille au patrimoine impérial lors du
mariage en 28 de Gnaeus Domitius Ænobarbus avec
Agrippine la jeune, les parents de L.
Domitius Néron (le futur empereur) et sera
abandonnée au IIIe siècle pour des raisons
encore ignorées, probablement un séisme
qui endommagea gravement les structures de la villa,
ou peut-être à cause de linvasion
de rats signalée par le poète Rutilius
Namatianus en 419 dans son De Reditu pour
avoir entraîné labandon de Cosa
(aujourdhui Ansedonia au sud dOrbetello)
le port doù lon pouvait embarquer
pour Giannutri. Namatianus nous rapporte aussi quaprès
avoir dépassé Alsium et perdu de vue
Pyrgi, il naperçoit plus, en remontant
en bateau le long de la côte du Latium à
hauteur de Santa Marinella et Civitavecchia que de
grandes villas où cétaient naguère
de petites cités.
Sur le De Reditu
de Namatianus voir le site remacle.org
La mode des îles avait
été favorisée par Auguste
dès le début de son règne (27
av. J.C.-14 ap. J.C.) par lacquisition au sud
du Latium de lîle de Ponza (lantique
Pontia) où il se fit bâtir une
villa pour y séjourner lété
et, de là, il étendit son intérêt
à lîle plus petite et retirée
de Ventotene (lantique Pandataria)
quil voulut comme patrimoine personnel, et il
sy fit construire aussi une villa à lextrémité
nord de lîle. Signalons que non seulement
Ponza et Ventotene, mais aussi Capri et presque toutes
les petites îles italiennes appartinrent aux
Julio-Claudiens
qui y firent bâtir des villas. Rien quà
Capri (lantique Capreæ) Tacite
a relevé la construction de 12 villas aux masses
impressionnantes, dont la célèbre «
villa Iovis » de Tibère,
dominant la mer au-dessus de la falaise. Il faut dire
que la main duvre ne manquait pas, avec
les prisonniers des guerres civiles et des conquêtes
impériales, pour « bétonner »
les côtes et les îles. La preuve en est
sur les deux îles de Ponza et Ventotene qui
durant tout le Ier siècle ap. J.C. bénéficièrent
de travaux colossaux (dignes des Romains !) hydrauliques
(aqueducs, viviers et citernes) et techniques (ports
et galeries), lesquels encore aujourdhui caractérisent
leur physionomie brièvement décrites
ici :
Pour lemplacement
des îles Pontiennes voir le site : itsa.ucsf.edu/~snlr
(petite précision, la carte ne laisse voir
à gauche vers le haut que la fin -ia de lîle
de Palmaria aujourd'hui Palmarola).
PONZA (PONTIA), la
plus grande des îles Pontiennes, dorigine
volcanique, fait 7,5 km2 et est entourée de
hautes falaises de couleurs claires : blanche ou jaunâtre.
Au Ier siècle av. J.C. la topographie de lîle
fut redessinée : le choix de la rade de Santa
Maria pour servir de port de par sa position bien
protégée des courants et des vents obligea
à réaliser une série de structures
(tunnels, percement de chemins) aptes à relier
la zone au reste de lîle. Un port auxiliaire
fut organisé sur lautre côté
de lîle dans la baie de Chiaia di Luna
pour servir aussi dabri en cas de vent contraire.
Un tunnel, long denviron 170 m. éclairé
par de larges prises dair en haut de la voûte,
reliait à terre les deux ports. Les Romains
construisirent aussi un imposant aqueduc pour chercher
leau potable et la distribuer à travers
tout un système de canalisations jusquau
port.
Auguste fit bâtir sa grandiose villa sur un
promontoire (Punta della Madonna) fermant
au sud-est la baie de Santa Maria, avec terrassement
à divers niveaux, un petit théâtre,
une piscine creusée à vif dans la roche.
A côté et dépendant de la villa,
on trouvait des grottes avec une nymphée et
des viviers, constitués de plusieurs vasques,
taillés dans la roche et reliés entre
eux par des canaux permettant le renouvellement de
leau. On y élevait des poissons mais
avant tout les célèbres murènes
considérées par les Romains comme un
mets de choix. Cest la construction romaine
la plus caractéristique de lîle,
elle est connue sous le nom de « Grotte
di Pilato ».
Il y avait dautres villas sur Ponza, datant
surtout de lépoque dAuguste. Enfin
une vaste nécropole (il faut bien enterrer
les morts sur lîle) est datable du Ier
siècle av. J.C. au Ier ap. J.C..
Si lîle ne fit plus guère parler
delle par la suite, elle réapparaît
dans lhistoire après la chute de lempire
romain, en effet un petit concile sy tint en
503, mais surtout le pape Vigile fit exiler son prédécesseur
Silvère dans la toute petite île de Palmarola
(lantique Palmaria) à côté
de Ponza au couchant, où il mourut de malnutrition
et dépuisement en 537. Il nen fallut
pas plus pour quil devint le patron de lîle
et que lannée suivante fut fondée
à Ponza labbaye bénédictine
de Santa Maria.
VENTOTENE (PANDATARIA)
est située à mi-chemin entre Ponza et
Ischia (lantique Ænaria). Lîle
natteint pas 1,25 Km2, d'aspect, elle est assez
différente de Ponza. Plus compacte, elle révèle
ses origines volcaniques avec ses terres rougeâtres
et brunes, couvertes d'une végétation
basse comme les lentisques. La côte entourée
décueils est escarpée, entrecoupée
de petites criques aux plages solitaires, partout
les fortes tonalités du tuf rose issu des coulées
de lave contrastent avec le bleu de la mer.
Les Romains durent dabord aménager un
petit port protégé des vents dans un
terrain tufacé de la partie nord de lîle,
dont les quais sont surmontés de suggestifs
arcs naturels également en tuf. (photo sur
le site - en italien - : ventotene.it).
Auguste fit bâtir sa villa sur un promontoire
au nord de lîle (Punta Eolo).
Il a fallu aux architectes un effort considérable
pour adapter la construction à la configuration
irrégulière du terrain. La villa se
composait de trois parties distinctes, en gros : le
secteur sud donnant sur le port avec une grande terrasse
centrale et les services attachés à
la villa comme les cuisines et citernes, cest
la « domus » qui comprend aussi
une salle de réunion (exèdre) établie
vers la petite vallée qui permet de gagner
le bout du promontoire « la Punta Eolo
» sur lequel se trouvait la résidence
proprement dite. Cette dépression forme le
secteur central correspondant à un «
xystus » (promenade ou terrasse) permettant
de relier les deux parties principales de la villa.
Le secteur nord enfin correspond au cur de la
villa, cétait une succession de nymphée,
piscines et petites pièces donnant sur une
vaste terrasse face à la mer regardant vers
le couchant, le tout était raccordé
par des escaliers et terrasses. De chaque côté
de toutes ces installations, on trouvait deux spectaculaires
descentes vers la mer.
De ce quil reste de la villa qui fait au moins
300 m. de long et environ 100 de large, il est encore
possible de nos jours de reconnaître les cours,
les pièces, les couloirs, jardins, citernes,
thermes etc. Elle devait être impressionnante
et bénéficiait en outre de toutes les
commodités : en hiver, lorsque les vagues venaient
exploser sur la falaise et que le vent froid et humide
dembrun marin pénétrait les pièces,
celles-ci pouvaient être réchauffées
par un réseau de tube en terre cuite laissant
passer de leau chaude, de plus près du
port un vivier taillé dans le roc avec trois
bassins permettait lélevage des poissons
dont soccupait un personnel de service.
Ventotene, contrairement à Ponza, nayant
pas de source pour l'approvisionnement en eau potable,
il a fallu pour faire face aux nécessités
de la somptueuse villa impériale creuser dans
le tuf, plus ou moins dans la partie sud de l'île,
deux énormes citernes pour recueillir leau
de pluie et dinfiltration (on estime quelles
pouvaient recueillir entre 700 et 800 milles litres
deau par an) et aménager tout un réseau
daqueducs, de galeries et de conduits pour lamener
à destination. On trouve aussi dans la partie
sud de lîle une nécropole curieusement
perchée au-dessus dune crique sans doute
en raison du manque de place adéquate.
Bref à lorigine cette villa était
faite pour jouir dun grand confort et de la
tranquillité dans un cadre étonnant,
mais cest justement cet isolement et la dimension
réduite de lîle qui lui valut de
devenir un lieu dexil, choisi dabord par
Auguste pour
sa fille Julie.
Grâce à Tacite, Suétone, Dion
Cassius, on connaît les exilées de Pandateria
:
1) Julie
la Jeune en 2 av. J.C. officiellement exilée
par son père Auguste en raison de ses adultères
(elle avait enfreint les règles morales de
la Lex Iulia), elle y resta jusquen
4 ap. J.C. lorsque son père lenvoya
en résidence surveillée à Reggio
di Calabria (lantique Rhegium). A
la mort dAuguste, il y avait 15 ans que Julie
était reléguée. Le peuple de
Rome, qui dabord sétait fort
intéressée à elle, avait eu
le temps de loublier, mais Tibère,
le nouvel empereur, navait pas oublié
son mariage forcé avec elle et il lui fit
aussitôt couper les vivres, Julie mourut de
faim à la fin de lan 14. La villa de
Ventotene porte actuellement son nom, la Villa de
Julie (en italien Giulia), puisquelle
fut celle qui y résida la première
et le plus longtemps.
2) En 29, cest la
fille de Julie et dAgrippa, Agrippine
lAncienne, veuve de Germanicus, que
Tibère, sous prétexte de complot,
fit exiler à Pandateria avec son fils aîné
Néron à Pontia où il se suicida
en 30. Le second fils Drusus, qui avait contribué
avec le ministre Séjan à perdre sa
mère et son frère, fut à son
tour arrêté en 30 et jeté dans
la prison du Palatin à Rome où il
mourut de faim en 33, et quelques semaines après,
le 18 octobre, Agrippine se laissait à son
tour mourir de faim. En 37, Caius
(Caligula) le plus jeune fils dAgrippine,
aussitôt devenu empereur ira récupérer
les corps de sa mère et de son aîné
Néron quil transporta en grande pompe
à Rome en remontant le Tibre sur une birème
leur rendant ainsi un hommage posthume.
3 et 4) En 39, Caligula
exila pour adultère et impiété
ses deux surs, Agrippine
la Jeune (la mère de Néron)
et Livilla la Jeune, en fait pour avoir été
mêlée à la conjuration de Gaetulicus
et Lepidus. Un passage de Dion Cassius précise
que Caligula les envoya "sur des îles
du Pont (= Pontiennes)", ce qui laisse
penser que les deux surs ont pu être
séparées, lune à Ponza
et lautre à Ventotene. Lassassinat
de leur frère en 41 permit leur retour à
Rome.
Sur ces quatre personnages
féminins, voir sous les Julio-Claudiens
le site Noctes
gallicanae.
5) Octavie,
lépouse malheureuse de Néron
y fut exécutée le 9 juin 62 : Sur
sa mort voir le site lemonderomain.free.fr
6) Domitien enfin y bannit;
en 95, sa nièce Domitille, accusée
dathéisme et de judaïsme. Voir
ce quen disait Jérôme Carcopino
dans La Vie quotidienne à Rome à
lApogée de lEmpire, sur
le site art-sacre.net.
Sur les conditions de vie des
exilées le plus pénible fut sans aucun
doute linterdiction de quitter lîle
jointe à lincertitude de son sort.
Pour Julie,
éloignée de Rome et du palais par son
père pour mauvaise conduite et accompagnée
volontairement par sa propre mère Scribonia,
son séjour dans lîle dut être
celui dune riche retraitée actuelle dans
une petite île de Méditerranée
bénéficiant dune grande villa
confortable et de serviteurs. Julie avait sa liberté
de mouvement et elle ne devait pas se sentir seule
sur son île en raison de lactivité
y régnant, le port voyait lapprovisionnement
continuel (sauf par mauvais temps) en main duvre,
en matériaux et autres biens, et des visiteurs
devaient y débarquer, peut être un peu
trop au goût dAuguste qui décida
denvoyer sa fille encore plus loin de Rome et
de la baie de Naples, tout au bout de la péninsule
italienne.
Plus difficile à aborder
est le séjour dAgrippine
arrivée dans lîle 25 ans après
le départ de sa mère. Ses conditions
de détention furent plus dures en raison de
laccusation de complot mais surtout de son inimitié
avec Tibère
qui maudira sa mémoire devant les sénateurs,
car comment expliquer autrement lattitude de
lempereur qui, dès 30, avait fait venir
son fils Caius
avec ses trois surs, près de lui à
Capri où il sétait retiré,
comme pour les protéger de Séjan ; pourquoi
avoir attendu un an avant de faire exécuter
Séjan coupable entre autres davoir comploté
contre les enfants de Germanicus, et pourquoi ne pas
avoir alors apporté un soulagement au sort
dAgrippine ? (Jécarte Drusus, encore
vie en prison, doublement fautif davoir comploté
contre sa famille avec Séjan). Ici les
Annales de Tacite présentent une lacune
sur les derniers mois de vie de Séjan et nous
empêche de tout comprendre. A cela sajoute
lambiguïté du suicide dAgrippine.
On prétendit en effet quelle et ses fils
sétaient privés daliments
volontairement : Néron parce quil aurait
été terrifié par le bourreau
qui lui faisait voir la corde et le croc (Suétone,
Tib., 54) ; Drusus agonisa pendant 9 jours
dans son cachot ; Agrippine parce quelle ne
voyait pas dadoucissement à son sort
(Suétone,Tib., 53 et Tacite, An.,
VI, XXXI 1) ; pour Tibère elle devait rester
suspecte et englobée dans laffaire Séjan.
Mais pourquoi Agrippine, si telle avait été
son intention, aurait-elle attendu deux ans jour pour
jour après la mort de Séjan pour mettre
fin à ses jours ?. Son « suicide »
demeure donc très suspect car lon sait
que les empereurs se débarrassaient de victimes
gênantes et de procès embarrassants en
les privant de nourriture camouflant ainsi leur assassinat
en mort volontaire. Si cétait le cas,
le séjour dAgrippine dans lîle,
malgré les restrictions que lon peut
imaginer de déplacement, de visiteurs, de services,
devait être plus ennuyeux quinsupportable.
Sur les deux filles dAgrippine,
les jeunes Agrippine et Liville, arrivées 6
ans après la mort de leur mère, on raconte
quelles furent forcées de plonger sous
leau pour récolter des éponges
afin de gagner leur vie, ce qui permet bien des interprétations,
en tout cas elles pouvaient nager en mer et par la
même occasion gagner de largent pour sacheter
du surplus au nécessaire accordé. Quant
à Octavie, elle ne fut conduite dans lîle
que pour y être exécutée à
lécart des stations balnéaires
de Campanie.
Il y eut dautres exilés
princiers dans dautres îles de la mer
Tyrrhénienne : En 7 ap. J.C., un sénatus-consulte
condamnait à la détention à perpétuité
Agrippa Postumus (dernier fils survivant de Julie
et dAgrippa) en raison de sa violence devenue
pathologique. Son grand-père Auguste le fit
reléguer sur lîle de PIANOSA (10,2
km2) dans larchipel Toscan (lantique Planaria
ou Planusia) où il fut tué
en 14. Tacite accuse Livie, la dernière épouse
dAuguste, davoir fait éliminer
le seul prétendant possible pouvant barrer
la route à lempire de son propre fils
Tibère, mais il nest pas impossible que
lordre dexécution soit venu dAuguste
lui-même juste avant de mourir.
La villa, quon suppose construite durant la
période de lexil dAgrippa Postumus,
était composée de pièces résidentielles
et thermales, et même dun théâtre
pouvant recevoir 200 personnes. Sa fréquentation
semble cesser vers lan 100. Plus tard on connaît
lexil et lexécution à Capri
de Lucille
et Crispine,
sur et épouse de Commode
(180-192) ainsi que lexil et la mort à
Lipari de lépouse de Caracalla
(211-217) Plautille avec son jeune frère.
Bien sûr lexil dans les îles ne
fut pas uniquement réservé aux membres
des familles impériales, elle concerna aussi
bien dautres personnages politiques.
Petite lecture conseillée
: le livre de Catherine Salles, Lart de
vivre au temps de Julie, fille dAuguste, chez
NiL éditions Paris 2000. Et sur la villégiature
en général, le Que sais-je ?
n° 2728 aux PUF, La Villégiature romaine,
de Jean-Marie ANDRE.
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