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Avril 2005 (page 5/5)

Sommaire du mois d'Avril : Clic !

 
24 Avril 2005
Gricca a écrit :
 

L’épouse et la fille de Dioclétien étaient-elles païennes ou chrétiennes ?

Pendant très longtemps les œuvres d’Eusèbe de Césarée servirent de base pour l’histoire de l’époque de la Tétrarchie, même après la découverte en 1678 dans les réserves du monastère bénédictin de Moissac (Tarn et Garonne) d’un manuscrit, un codex en minuscule de la fin du XIe siècle appelé depuis Colbertinus, contenant le traité « De la mort des persécuteurs » d’un contemporain de la Tétrarchie, le chrétien Lactance originaire d’Afrique du Nord. Son récit, daté approximativement de 320, considéré comme fiable malgré son orientation tendancieuse, a mis longtemps à s’imposer et pourtant il est le seul qui nous renseigne sur l’épouse de Dioclétien et nous livre son nom : Prisca.

En écartant l’hérédité dans la construction de la Tétrarchie, les femmes devenaient un enjeu politique important surtout comme moyen de renforcement des liens entre les empereurs, ainsi Dioclétien avait donné en mariage sa fille unique Valérie à son César Galère en 293. Lactance essaie de récupérer les épouses des persécuteurs pour en faire des chrétiennes ou sympathisantes.

Juste avant le début de la persécution contre les chrétiens durant l’hiver 302-303, Dioclétien ordonnait à son entourage de sacrifier aux Dieux de Rome et, souhaitant montrer à tous que même les épouses des empereurs participaient à la politique religieuse de l’empire, il obligeait sa femme Prisca et sa fille Valérie à s’exécuter les premières, ce qu’elles firent. Par ce geste spectaculaire qui eut probablement une grande efficacité propagandiste, non seulement les deux femmes écartaient tout soupçon d’être chrétiennes, mais elles donnaient aux autres dames romaines l’exemple à suivre, la voie de la conformité à prendre.
Ont-elles, chrétiennes, été forcées et contraintes à sacrifier comme veut le laisser croire Lactance ? Ou, au contraire, païennes, ont-elles volontairement apporté leur soutien à la politique de leurs époux ?
Cette dernière hypothèse semble la bonne car, à l’abdication de Dioclétien en 305, Prisca ne le suivit pas dans sa retraite de Salone en Dalmatie, préférant rester à la cour auprès de sa fille et de son gendre Galère, persécuteur acharné des chrétiens.
Valérie est la seule impératrice représentée sur le monnayage de la Tétrarchie. Elle n'apparaît toutefois, tardivement, qu’après la conférence de Carnuntum du 11 novembre 308, et disparaît à la mort de Galère, en mai 311. Elle est représentée, sous le nom de Galeria Valeria Augusta, avec un diadème, parfois drapée d’un vêtement très ornementé décorée de fils d’or et gemmée. Les monnaies nous la montrent avec un visage solide, presque masculin, avec une grande mâchoire et un menton proéminent, tout à fait dans le style standard des portraits des Tétrarques. Son physique réel devait probablement être autre. Sur les revers des monnaies c’est Vénus victorieuse qui est à l’honneur, donc la tradition païenne.
valeria

[ Sur le portrait de Galeria Valéria, voir le très beau site de portraits monétaires www.romancoins.info, ou encore le site en anglais hwww.forumancientcoins.com ]

Lorsque qu’en 311, Galère, malade, revint sur sa politique envers les chrétiens par un édit de tolérance et en confiant avant de mourir sa famille à la protection de son ami Licinius, plutôt bienveillant envers les chrétiens, on a voulu y voir l’influence de Valérie. Mais, encore une fois, il semble que non, car les deux femmes préférèrent rester à Nicomédie où vint rapidement s’installer, pour y résider en 311-312, Maximin Daïa, le neveu de Galère, qui ne passait pas pour un tendre envers les chrétiens. L’une de ses premières idées fut de demander à Valérie de l’épouser, espérant ainsi gagner du prestige en s’unissant à la fille de Dioclétien et veuve de Galère, et aussi probablement intéressé par la richesse de celle-ci qui possédait de nombreux biens. Il se disait prêt à quitter sa jeune femme pour cela [ Timothy D. BARNES pense que Maximin, neveu de Galère, avait dû épouser une de ses cousines, (Faustina ?), petite-fille du même Galère, ce qui complique un peu plus les relations matrimoniales entre les tétrarques ]. Devant le refus de Valérie, Maximin, vexé et déçu, réagit avec haine et fureur en faisant exiler Valérie et sa mère Prisca dans un village du désert syrien. Les démarches du vieux Dioclétien, alerté au fond de sa retraite dalmate, ne purent obtenir leur libération. Maximin fit même exécuter à Nicée quatre nobles dames, proches amies de Valérie, dont une vestale et sa mère. Seule la guerre civile qui éclata entre Maximin et Licinius, et qui coûta la vie au premier en 313, permit aux deux femmes de s’échapper et, sous un déguisement, de tenter de gagner la retraite de Dioclétien. Mais la mort de ce dernier les laissa sans refuge et, après avoir erré de ville en ville, les deux fugitives furent reconnues sur une place de Thessalonique, arrêtées, et aussitôt décapitées avant que la foule, qui avait autrefois vénéré leurs impératrices, ne réagisse en leur faveur. Les corps seront jetés à la mer (comme chez les martyrs chrétiens pour les soustraire à la vénération). Leur exil par Maximin, leur longue errance qui dura 15 mois, leur traque et leur exécution en 315 par Licinius, renforcèrent chez les chrétiens l’idée de martyres des deux impératrices et, après que la veuve de Maximien, Eutropie, se fut convertie au christianisme vers 324, il sera encore plus facile de laisser croire que les trois épouses des derniers grands persécuteurs, Dioclétien, Maximien et Galère, furent toutes chrétiennes. En réalité Prisca et sa fille Valérie étaient païennes et devaient partager les mêmes idées que leurs maris, même si elles purent avoir des sympathies pour les chrétiens de leur entourage, assez nombreux à la cour au début du règne de Dioclétien.
L’acharnement contre les deux femmes relevait de raisons purement politiques. Malgré une union de 18 ans, Valérie, n’ayant pu avoir d’enfant de Galère, avait adopté et s’occupait du fils naturel de ce dernier, Candidien, et celui-ci représentait un candidat potentiel à l’empire bénéficiant, par l’intermédiaire de Prisca et surtout de Valérie, du soutien d’une bonne partie des anciens amis et courtisans de Dioclétien et de Galère.

Il est bien malencontreux, alors que, sur cette période, la plupart des sources écrites contemporaines ont disparu, que le traité de Lactance soit tombé aussi rapidement dans l’oubli, à tel point que des textes tardifs ignoreront le nom de Prisca.

Dans le Liber Pontificalis (61 : 6), il est mentionné que le pape Vigile s’attendait à être convoqué à Constantinople (en 547) par le très pieux couple impérial, Justinien et Théodora, mais qu’il a trouvé un Dioclétien et Eleuthéria, c’est-à-dire un couple persécuteur et païen (ici sous entendu hérétique, le pape et l’empereur étant alors en désaccord sur la question dite des Trois Chapitres). Le nom de l’épouse de Dioclétien dans ce document officiel tardif n’est confirmé nulle part, mais l’on peut y voir un rapprochement entre le nom de l’empereur persécuteur et le nom du martyr Eleuthère (mentionné au 2 octobre dans l’ancien Martyrologe Romain), un soldat accusé, avec bien d’autres chrétiens, d’avoir mis le feu au palais impérial de Dioclétien à Nicomédie.
Il est quand même intéressant de noter que le nom de la femme de Dioclétien, même s’il y a erreur dessus, est joint à celui de son mari dans le souvenir du dernier grand persécuteur païen des chrétiens.
A l’inverse, les actes légendaires de St Marcel et de Ste Suzanne nous racontent que Ste Suzanne, originaire de Dalmatie, était la fille du prêtre Gabinius et nièce du pape Caius, cousins de l’empereur Dioclétien. Convertie au christianisme, comme son père et son oncle, elle fit vœu de virginité pour se consacrer à Dieu. Dioclétien pour se lier au mieux à son fils adoptif Galère, lui promit Suzanne comme épouse. C’est alors qu’intervient Séréna, l’épouse de Dioclétien, qui avait secrètement embrassée la foi chrétienne, pour conforter Suzanne dans sa volonté de rester vierge. Dioclétien irrité obligea alors la jeune fille à adorer un simulacre de Jupiter et, devant son refus, il la fit décapiter chez elle.
Face aux critiques, la tradition a trouvé une réponse à cette inconnue de Séréna : elle serait la première épouse de Dioclétien avant que celui-ci accède à l’empire. Quand son mari découvrit sa foi, il n’hésita pas à la répudier, craignant que la présence d’une chrétienne à ses côtés ne préjudicie à sa carrière politique. Plus tard l’épouse répudiée de l’empereur aurait témoigné sa foi par le sang, probablement durant la persécution déclenchée par son ex-mari, à travers laquelle en revanche passèrent, saines et sauves, la fille Valérie et la seconde épouse Prisca. Le martyre de Sainte Séréna, inséré dans le Martyrologe d’Adon archevêque de Vienne († 875), passa dans l’ancien Martyrologe Romain au 16 août (il a été supprimé de nos jours). Mais, selon d’autres sources, Sainte Séréna aurait terminé ses jours en exil à Foglia, (commune de Magliano Sabina) sur le Tibre au nord de Rome. On constate que la réalité historique a été grandement déformée et enjolivée pour parvenir à un roman situé à Rome, alors que Dioclétien résidait à Nicomédie en Asie Mineure où, d’après Lactance, il fit, dans sa passion de bâtisseur, construire pour sa femme et sa fille une maison à chacune.

Pour des informations sur Galeria Valeria voir le site en anglais : www.crystalinks.com/

GRICCA

 
 
 
26 Avril 2005
Simon a écrit :
 

(…) En parcourant la correspondance de votre site, je suis tombé sur la question suivante (voir ici : Clic !) :

"Je suis à la recherche d'une illustration de la couronne de laurier de César et si possible la signification de cette couronne"

À votre réponse, j'aimerais aussi ajouter que Caius Julius Caesar a reçu la couronne civique lors du siège de Mytilène pour sa bravoure au combat. Il aurait en effet sauvé (ou contribué à sauver) la vie de plusieurs citoyens romains.
Une fois la couronne reçue, un citoyen peut la porter quand bon lui semble en public et tous se doivent de l'applaudir à son passage. César à dû apprécier le privilège et je ne serais pas surpris qu'il en ait profité au maximum, ce qui explique qu'on l'a souvent montré avec sa couronne (pas forcément de laurier, réservée au triomphe) sur la tête. On le dépeint souvent avec la couronne avant même qu'il ait reçu son premier triomphe à son retour des Gaules…

Il ne faut pas non plus confondre la couronne civique avec la couronne d'herbe remise à un général victorieux par ses soldats après une bataille qui, elle, n'a aucune valeur juridique, civile ou militaire (mais est par contre hautement symbolique).

Une autre anecdote veut qu'il ait dû porter sa couronne en public en tout temps sur l'ordre de Sylla, qui, dans une dernière "vacherie" à son égard, a trouvé le moyen ultime de toujours se rappeler à lui. Comme vous le savez, le vieux Sylla n'avait pas apprécié le refus de César de divorcer de la fille de Cinna…

 
 
 
27 Avril 2005
Benoît a écrit :
 
Je suis en licence d'histoire de l'art et travaille actuellement sur un exposé portant sur les villas impériales romaines et plus particulièrement sur celle de Castel Gandolfo, que fit construire Vespasien.
Pourriez-vous m'indiquer des sites ou ouvrages compétents et précis à propos de cette villa ?
Je vous remercie d'avance.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Malheureusement, je n'ai trouvé strictement aucune information concernant cette villa de Vespasien à Castel Gandolfo. Ni dans ma documentation personnelle, ni - et c'est plus étrange - sur le Web, même anglophone.

Je ne peux donc guère que "publier" votre demande dans les pages réservées au "courrier des visiteurs" de mon site, en espérant que des internautes disposent d'informations intéressantes sur cette bâtisse. Bien sûr, le cas échéant, je ne manquerai de vous transmettre les renseignements qui me parviendraient.

Désolé de ne pouvoir vous aider davantage.

 
 
 
Conclusion de Benoît :
 

Je vous remercie beaucoup des recherches que vous avez entreprises pour me rendre service.

Si cela peut vous intéresser le seul livre que j'ai trouvé à propos de la villa de Castel Gandolfo est : L'époque romaine, Tome 2, de Pierre GROS. Il y fait une synthèse des recherches sur cette villa.

REACTION A CE COURRIER :

  • À propos de la villa impériale de Castel Gandolfo : Clic !
    • Les villas des premiers Julio-Claudiens : Clic !
 
 
 
28 Avril 2005
Marine-Eva a écrit :
 
J'ai bien lu votre résumé sur les flamines.
Je me demande quelle différence il y a entre eux et les prêtres.
 
 
 
RÉPONSE :
 

En fait, il n'y a pas réellement de différence entre les flamines et les prêtres puisque les flamines étaient des prêtres romains parmi d'autres.
… Mais comme ces nuances ne sont pas vraiment simples, et que moi-même je ne suis pas très à l'aise dans la complexité des cultes romains (voyez aussi ici : Clic ! et Clic !), je préfère laisser la parole à une historienne qui vous expliquera tout cela bien mieux que je ne pourrais le faire :

"Le prêtre romain est celui qui, au nom de la communauté, accomplit les actes imposés par la religio. Les prêtres romains ne constituent pas une caste spécifique. On ne leur demande pas d'avoir une vocation religieuse. Ils n'ont pas d'obligations particulières en dehors de l'exécution des rites attachés à leur sacerdoce.
Le prêtre romain est en fait à la fois un technicien et un magistrat. Ce qui explique pourquoi tous les membres de la noblesse exercent un ou plusieurs sacerdoces au cours de leur carrière politique : César est grand pontife, Cicéron, augure, etc.

La complexité de la religion romaine, les apports successifs de rites ou de dieux extérieurs entraînent un grand désordre dans la situation des prêtres. Il n'y a aucune hiérarchie ni aucune harmonisation entre eux et ils sont indépendants les uns des autres. Certains exercent des sacerdoces individuels, consacrés à un dieu particulier. D'autres sont constitués en collèges. Il existe enfin des « sodalités » ou confréries religieuses qui n'ont d'activités que lors de la fête annuelle du dieu qu'elles servent.

Les quelques sacerdoces individuels romains sont de nature archaïque et leurs détenteurs sont écartés de la carrière politique, ce qui explique le désintérêt des Romains pour eux à la fin de la République. Il y a tout d'abord le Rex Sacrorum, héritier de certaines fonctions religieuses des rois. Il est nommé par le grand pontife et est chargé des sacrifices en l'honneur de Janus.

Les flamimes représentent un stade très ancien de la religion. (voir ici : Clic !) (…)

Les collèges sacerdotaux sont de conception beaucoup plus moderne et correspondent bien au souci primordial des Romains de substituer la collégialité à l'individualisation, que ce soit dans la vie publique ou religieuse.
Cependant, un des collèges de la religion romaine est de création ancienne, c'est celui des vierges vestales. Ce sont les prêtresses chargées de veiller à l'entretien du feu sacré qui brûle en permanence dans le temple de Vesta sur le Forum et qui est le symbole de la vie de la cité.
(…)
Le collège des pontifes est d'origine plus récente que les sacerdoces précédents. On s'interroge sur le sens du mot « pontife », qui signifie littéralement « celui qui fait le pont ». Cela vient peut-être du fait que leur première fonction aurait été la garde du Pont Sublicius, le plus vieux pont de Rome. On pense aussi que le pontife serait celui « qui ouvre le chemin vers les dieux ». (…)
Les pontifes jouent un rôle de plus en plus important dans la religion romaine et finissent par représenter, à l'époque classique, l'orthodoxie religieuse. Ils sont chargés de la surveillance de tous les cultes, privés ou publics, que ceux-ci s'adressent aux divinités « d'en haut » (du Ciel) ou « d'en bas » (des Enfers). Ils consacrent les édifices, contrôlent le calendrier, réglementent l'introduction à Rome des rites et des cultes étrangers. Ils rédigent les Annales pontificales, où sont consignés les faits majeurs de l'année. Ces Annales seront une des sources essentielles de l'historiographie latine.
En fait le grand pontife est devenu au cours des siècles le chef suprême de la religion romaine. Il contrôle l'exercice de tous les autres sacerdoces, nomme les vestales, les flamines, le Rex Sacrorum, et a le droit de prendre les auspices. On comprend les raisons qui, par la suite, ont poussé les empereurs à avoir toujours la fonction de grand pontife
(voir ici : Clic !), qui leur donne la haute main sur le monde des dieux.
Le collège des Septemvirs Épulons, créé en 196 av. j.-C., regroupe sept membres, peut-être d'origine plébéienne. On connaît mal leurs attributions précises, mais on sait qu'ils sont chargés d'organiser le banquet offert à Jupiter Capitolin.

Les prêtres chargés de l'interprétation des signes divins

Les Romains attachent une grande importance aux signes de toute nature donnés par les puissances invisibles. En cela ils diffèrent des Grecs qui préfèrent la divination « naturelle » par les oracles ou par les songes prophétiques. L'oracle permet de connaître l'avenir, mais on ne peut pas le modifier. En revanche les Romains font appel à une divination « artificielle » en décryptant les signes grâce à une technique issue de l'expérience. Ces signes n'annoncent pas l'avenir. Les dieux se contentent d'indiquer par eux leur neutralité bienveillante ou leur hostilité dangereuse. C'est ainsi que se développe à Rome un corps de prêtres spécialisés dans l'interprétation de ce langage codé.
Les signes peuvent être de différentes natures. Les Romains font appel aux
auspices, signes venant du ciel (tonnerre, éclairs, nuages, etc.), du vol des oiseaux, de l'appétit des poulets sacrés. (Voir ici : Clic !) (…)

Une autre catégorie de signes divins est fournie par les omina. Un omen est une parole ou un événement fortuits qui annoncent indirectement l'avenir. Le Romain peut assez facilement modifier le sens de l'omen à son avantage.
C'est ainsi que Paul-Émile, au moment de quitter Rome pour aller mener la guerre en Macédoine, entend sa petite fille pleurer parce que sa petite chienne Persa est morte. Immédiatement le général considère qu'il s'agit d'un omen concernant la mort du roi Persée de Macédoine.

Les Prodiges constituent des présages qui ne peuvent en aucune façon être favorables et qui sont toujours signes de la colère divine. Ils proviennent d'objets inanimés ou de phénomènes naturels (chute de pierres, tremblement de terre, éclipse de lune, etc.), ou d'êtres animés (naissance d'animaux monstrueux, d'hermaphrodites, etc.). Il est alors nécessaire de pratiquer la procuratio du prodige, c'est-à-dire supprimer, dans la mesure du possible, le signe néfaste des animaux monstrueux et les hermaphrodites sont noyés), ceci permet d'effacer la souillure, et la « procuratio » est suivie d'une cérémonie expiatoire. (…)

Les augures sont d'origine très ancienne. Leur nom est formé sur la racine aug-, qui indique l'idée de plénitude, d'augmentation des pouvoirs (exactement comme le nom Auguste). Tout d'abord nommés, puis élus à partir du IIe siècle av. J.-C., les augures au nombre de seize sont les assistants techniques des magistrats, pour lesquels ils consultent et interprètent les présages. Aucune manifestation publique ne peut se passer de leur intervention. Ils ont pour insigne de leur fonction le lituus, long bâton recourbé que l'on voit souvent représenté sur les monnaies ou les bas-reliefs pour indiquer la fonction d'un personnage.

augures - lituus
   

Les haruspices sont des prêtres d'origine étrusque (…). Ils examinent le foie des victimes des sacrifices, car celui-ci est censé être une projection de l'univers céleste et des demeures des dieux. L'haruspice donne le présage en interprétant les signes particuliers (graisse, hypertrophie, etc.) du foie en fonction de cette représentation du monde. (…)

Les Decemvirs, puis Quindecemvirs sacris faciundis (…) constituent un collège d'origine récente, chargé de garder et d'interpréter les Livres sibyllins. Ceux-ci sont un recueil d'origine grecque qui aurait été acheté par le roi Tarquin. Dans la réalité, ce recueil d'oracles a dû pénétrer à Rome à la fin du Ve siècle av. J.-C. Les Livres sibyllins contiennent essentiellement des recettes pour remédier à des situations catastrophiques (défaite militaire, épidémie, etc.) ou des prodiges particulièrement redoutables. (…)

Quant aux sodalités ou confréries, les plus importantes sont celles des luperques, qui, en l'honneur du dieu-loup Faunus Lupercus (voir ici : Clic !), parcourent les rues de Rome le 15 février en flagellant les femmes pour les rendre fécondes, celles des Frères arvales, qui sont chargés du culte de la divinité agraire Dea Dia, et celles des fétiaux et des saliens (voir ici : Clic !), dont les fonctions sont liées à la guerre."

(Catherine SALLES, l’Antiquité romaine, Larousse, 2002) .

livre salles
 
 
 
29 Avril 2005
Damir a écrit :
 
En lisant votre page consacrée à Maxime, un doute me saisit, vous écrivez que c'est en feignant la plus stricte orthodoxie que ce dernier envahit l'Italie avec le soutien d'Ambroise et de ses disciples. Mais Maxime ne c'était-il pas fait excommunier par Ambroise peu de temps auparavant pour son soutien à l'évêque Itace de Trèves ? (Du moins selon FLICHE Augustin, MARTIN Victor, Histoire de l’Église : depuis les origines jusqu’à nos jours, Tome 3 : De la paix constantinienne à la mort de Théodose, éd Blond & Gay, 1947.)
 
 
 
RÉPONSE :
 

C'est toujours un plaisir d'avoir affaire à des internautes perspicaces qui, non contents de me lire attentivement, vérifient les affirmations qui leurs paraissent aventurées. Et en l'occurrence, je vous accorde bien volontiers que celle qui présente Maxime "feignant l'orthodoxie la plus stricte" l'est quelque peu. Il n'empêche cependant que la condamnation à mort de l'hérésiarque Priscillien, sinon sur son ordre, du moins avec son consentement, montre bien son souci d'apparaître comme un ferme rempart contre les hérésies. Une posture qui n'était certes pas anodine alors qu'il se préparait à pénétrer en Italie afin de combattre Valentinien II, de le détrôner, et de s'emparer des territoires qui lui étaient dévolus … Une perspective qui ne pouvait que faire pousser un grand "ouf" de soulagement à l'évêque de Milan, le grand saint Ambroise : depuis un bon bout de temps, Valentinien II et surtout sa terrible mère, l'impératrice Justine, horribles suppôts de l'hérésie arienne, lui en faisaient voir des vertes et des pas mûres !

"Comment cela ? m'objectez-vous. Ambroise ne fut pas du tout soulagé de voir les armées de Maxime fondre sur l'Italie puisqu'il l'avait excommunié, cet infâme usurpateur qui avait assassiné légalement le prêtre Priscillien !".

Ben oui… mais ce n'est pas si simple.

maxime

Tout d'abord (et ici, il ne s'agit plus d'hypothèses personnelles : je me réfère au deuxième volume de la monumentale Histoire du Christianisme, parue aux éditions Desclée), on n'est pas très sûr de la réalité de cette excommunication. En effet dans sa correspondance, Ambroise se contente de reconnaître que, suite à la condamnation de Priscillien, "il évita d'entrer en communion" avec Ithace (évêque non de Trêves, mais d'Ossonoba - auj. Faro au Portugal) et ses acolytes, ainsi qu'avec Maxime. C'est son biographe, Paulin de Milan, qui prétendit, par la suite, qu'il alla jusqu'à excommunier l'usurpateur, non sans ajouter que cette sentence frappait le meurtrier de l'empereur Gratien, et non celui de l'hérésiarque Priscillien. (cf. sous la direction de J.-M. MAYEUR, Ch. et L. PIETRI, A. VAUCHEZ, M. VENARD, Histoire du Christianisme, vol II : Naissance d'une chrétienté 250-430, Éditions Desclée, 1995 - p. 426)

Ensuite, bien qu'il fût très à cheval sur l'orthodoxie, et très soucieux d'asseoir la suprématie du pouvoir spirituel sur le temporel, le bon saint Ambroise se montra toujours d'une prudence extrême dans ses choix politiques :
"Évêque d'une résidence palatine, Ambroise est entré à plusieurs reprises en conflit avec divers princes, avec Valentinien II (en 384 et 386), avec Maxime en 386, avec Théodose, à deux reprises, enfin, avec Eugène en 393. Mais jamais ses objurgations ni les sentences spirituelles dont il brandissait la menace n'aboutirent, comme avec Théodose dans l'affaire de Thessalonique, à la soumission totale du détenteur suprême du pouvoir civil, se reconnaissant humblement le fils obéissant de l'Église. En fait, le Milanais a toujours protesté de sa loyauté politique envers les maîtres du moment, quels qu'ils fussent, assumant deux ambassades au nom de Valentinien II auprès de Maxime assurant l'usurpateur Eugène de sa soumission aux autorités établies, puis, peu après, l'empereur Théodose de la fidélité qu'il lui avait malgré tout conservée. Mais en revanche, Ambroise n'a jamais admis que l'empereur, dont il respectait les constitutions, pût s'estimer au-dessus de la Loi de Dieu. Grâce à lui, en Occident, l'Église refusait de se soumettre à l'arbitraire monarchique, en revendiquant son indépendance dans le domaine spirituel." (Histoire du Christianisme, op. cit., pp. 410-411).

Ambroise resta donc, par principe, apparemment loyal à l'hérétique Valentinien II tout en se gardant probablement bien, par prudence, de s'aliéner irrévocablement, en l'excommuniant; le dangereux et puissant - mais orthodoxe - Maxime.

À sa décharge, il faut quand même bien reconnaître que saint Ambroise était dans une position assez délicate. Soutenir Valentinien II, c'était promouvoir l'hérésie. Mais d'un autre côté, Maxime, lui, n'avait pas hésité à empiéter sur le "domaine spirituel" en condamnant à mort, au terme d'une procédure fort opaque (aujourd'hui encore on s'interroge sur la véritable doctrine des priscillianistes) et très brutale (aveux extorqués sous la torture), Priscillien et ses disciples qui, tout mal-pensants qu'ils fussent (peut-être) n'en étaient pas moins des prêtres, des hommes d'Église. C'état là un précédent qui pouvait s'avérer très fâcheux si l'empereur Valentinien II et sa terrible mère Justine s'avisaient un jour de recourir à la force pour le mettre au pas, lui, Ambroise, et chers ses amis bons catholiques !
Pris entre le marteau et l'enclume, l'évêque de Milan ne pouvait guère que ménager la chèvre et le chou, si je puis me permettre ces poncifs imagés.

 
 
 
30 Avril 2005
Michel (site Archeobel) a écrit :
 

Nouveautés du site Archeobel :

Le site Archeobel s'est enrichi de plusieurs pièces.

  • La plus ancienne est une coupelle de l'âge du fer : Clic !
  • Une urne, ou vase funéraire romain du deuxième siècle, et un gobelet (ou tasse) à deux anses : Clic !
  • Des jouets.
    C'est incroyable ce que les gamins gallo-romains pouvaient avoir comme jouets ! Des poupées pour les filles, des petits soldats de plomb pour les garçons, des petits services en terre cuite (mini cruches, mini amphores, etc) pour les commerçants en herbe etc…. Il y avait aussi les objets funéraires pour les gosses (mini lampe à huile, petit brûle parfum, etc…).
    J'ai rassemblé sur la même page Web une mini cruche, une mini amphore, un petit brûle-parfum, et un gobelet à la taille d'une main d'enfant : Clic !
  • J'ai également trouvé quelques intéressants fragments de poteries romaines (type "Dragendorf"). J'ai exposé ici trois fragments. Ils représentent un athlète, un masque de théâtre et une dame portant un pain (statuette entière devait en principe représenter 2 personnages, formant ainsi un couple ; j e n'ai malheureusement que ce morceau, mais on y voit bien le buste et la coiffure de la dame) : Clic !.
site archeobel
  • Et pour terminer, clou de la séance, quelque chose de vraiment exceptionnel !
    Apparemment, ce n'est qu'une simple petite monnaie (un as en cuivre) de Faustine. Mais en y regardant de plus près, on voit qu'elle est très spéciale. En effet, le buste de l'impératrice est dirigé vers la gauche, alors que sur toutes les autres monnaies (à part les aurei), le buste est dirigé vers la droite : Clic !
    Cette inversion me chiffonnant, j'ai donc entrepris des recherches… Mais rien, zéro, nada, que dalle !
    Alors je me suis dit : "utilisons la grosse artillerie !", et j'ai écrit au Cabinet des Médailles de Bruxelles où un très aimable monsieur m'a éclairé : Il existe une pièce semblable au British Museum (elle se trouve dans le catalogue des Coins of the British Museum), répertoriée sous la référence mentionnée dans mon site. Cette pièce ne semble pas connue par ailleurs.
    Par acquit de conscience, j'ai également écrit au cabinet des médailles de France, mais je n'ai pas encore reçu de réponse.
    Je suis donc très fier de pouvoir présenter à tout le monde cette petite pièce, assez vilaine, certes, mais d'une grande rareté.

(14 mai 2005)

Réponse de M. Hollard,
de la Bibliothèque Nationale de France - cabinet des médailles :

Cher Monsieur,

Après vérification et compte tenu de la qualité limitée de votre photo, il semble que notre exemplaire ne soit pas du même coin de droit que le vôtre (même si les deux sont proches et procèdent à l'évidence de la même main).
Je serais moins affirmatif pour les revers : ils peuvent, compte tenu de la différence d'usure, sortir d'un même coin.

Quoi qu'il en soit, l'exemple de cet as de Faustine démontre que, même pour des règnes abondamment documentés comme celui d'Antonin le Pieux, nous ne connaissons qu'une fraction des émissions effectivement frappées. C'est en particulier le cas pour les divisions du sesterce, qui, s'usant plus vite et étant moins thésaurisées que les grands bronzes, sont connues de façon lacunaire. De ce point de vue, chaque exemplaire, même dans un état médiocre, peut avoir son importance et c'est l'un des apports
indispensables des collectionneurs que de repérer et de signaler ces monnaies, souvent absentes des collections des grandes institutions, constituées à l'origine autour de "beaux exemplaires" plus dans un souci de prestige et d'esthétique que d'exhaustivité, même si depuis déjà près d'un siècle les conservateurs s'efforcent de combler les manques et d'offrir l'échantillon le plus large possible des frappes antiques.

En vous souhaitant de nouvelles trouvailles je vous prie de recevoir l'assurance de mes salutations les meilleures.

D. HOLLARD