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Avril 2005 (page 4/5)

Sommaire du mois d'Avril : Clic !

 
20 Avril 2005
David a écrit :
 

J'ai vu ceci sur le web :

"Benedict XIV died four years later, in 1429. He had named four pseudocardinals (one of them, Jan Farald). In 1430, they elected Jean Carrier who also took the name Benedict XIV. He named pseudocardinals Pierre Trahinier (cardinal de Bethléem), Bernard (cardinal d'Hébron), Pierre Tifane (cardinal de Tibériade), Jean (cardinal de Gibelet), " X" (Cardinal de Iona) and Jacques (cardinal de Césarée). These psuedocardinals elected Pierre Tifane (Benoît XV) in 1437 and Jean Langlade (Benoît XVI) in 1470. For more on the topic, visit http://www.cths.fr/4DACTION/www_Con_Communic/88" (page originale : Clic !)

Traduction LJH :
"Benoît XVI mourut quatre ans plus tard, en 1429. Il avait nommé quatre pseudo-cardinaux (parmi lesquels, Jean Farald). En 1430, ils élirent Jean Carrier qui prit lui aussi le nom de Benoît XIV. Celui-ci nomma les pseudo-cardinaux Pierre Trahinier (cardinal de Bethléem), Bernard (cardinal d'Hébron), Pierre Tifane (cardinal de Tibériade), Jean (cardinal de Gibelet), "X" (Cardinal d'Iona) et Jacques (cardinal de Césarée). Ces pseudo-cardinaux élirent Pierre Tifane (Benoît XV) en 1437 et Jean Langlade (Benoît XVI) en 1470. Pour plus de renseignements, visitez : http://www.cths.fr/4DACTION/www_Con_Communic/88"

Ca a l'air sérieux ! Un Benoît XVI existait donc déjà au XVe siècle ?

Bon, c'est pas des empereurs mais quand même !…

 
 
 
RÉPONSE :
 

Ben oui, en somme, il y a eu un Benoît XVI avant celui que nous connaissons aujourd’hui à peu près pour les mêmes raisons qu’un pape du XVe siècle avait déjà porté le nom de Jean XXIII.
Tout ça, c'est à cause de ce que l’on appelle communément - mas un peu erronément - le Grand Schisme d’Occident.

Pour faire simple, vers 1370, la papauté, qui s'était fixée à Avignon depuis le début du XIVe siècle, décide de revenir à Rome. Pas de bol, le pape meurt juste après son retour, et quand les cardinaux veulent tenir un conclave pour élire son successeur, c’est le bordel intégral ! Les cardinaux sont en majorité français, mais le peuple de Rome ne veut entendre parler que d’un pape romain ou au moins italien. D’où pressions, menaces de mort (on va jusqu’à préparer des bûchers dans les rues pour brûler vifs les cardinaux récalcitrants). Pour se sortir de ce guêpier, les éminences élisent à la va-vite, plus ou moins régulièrement, un italien : Urbain VI. Très mauvais choix ! Le nouveau pape est un demi-fou, autoritaire et cruel (il ira jusqu’à faire torturer à mort, en sa présence, six cardinaux avec lesquels il avait de “légères divergences de vue”). Bien vite, la majorité des cardinaux prend donc des cliques et ses claques et s’en va élire un nouveau pape dans la sérénité : Clément VII, qui s'en retourne à Avignon.

Voilà donc qu’il y a tout à coup deux papes “légitimes”, l’un a Avignon, l’autre à Rome, chacun reconnu par une partie des pays chrétiens.

Ensuite l’Urbain de Rome meurt et son Sacré Collège lui désigne un successeur qui promet solennellement de réunifier l’église chrétienne, et se garde bien de le faire. Et puis le Clément d’Avignon passe lui aussi de vie à trépas, et ses cardinaux élisent eux aussi un pape qui s'engage hypocritement à refaire l’unité de l’Église. Il s'agit d'un Espagnol très intelligent mais très têtu, nommé Pedro de Luna (que les Français appelleront “Pierre de Lune”) et qui prendra le nom de Benoît XIII. (voir ici : www.france-spiritualites.com)

Comme cette situation, avec deux papes qui s’excommunient mutuellement à tour de bras, paraît scandaleuse aux théologiens universitaires, ceux-ci décident de rassembler un concile à Pise. Cette assemblée élit un troisième pape : Alexandre V… lequel est bien vite empoisonné par un de ses cardinaux, un ancien pirate, qui se fait élire sous le nom de Jean XXIII.

Résultat de tout ce cirque : ce n'est plus deux, mais trois papes concurrents qui se disputent le gâteau de la Chrétienté. C'est alors qu'entre en scène l’empereur germanique Sigismond, qui prend le problème à bras le corps. Il parvient à convaincre le pirate Jean XXIII de convoquer un concile à Constance, lequel concile s’empresse de destituer ce pape assassin. Puis Sigismond parvient à obtenir l’abdication du pape de Rome, mais il se casse mes dents sur Benoît XIII, maintenant réfugié en Espagne. Ce pape ne sera plus reconnu par personne, mais se prétendra toujours le seul vrai chef de l'Eglise Universelle et ne voudra jamais renoncer à la tiare. C’est pourquoi, pendant que le Concile de Constance élit Marin V (pape repris dans les nomenclatures officielles), celui qui est désormais officiellement l'antipape Benoît continue à entretenir une petite cour pontificale “parallèle” qui, après sa mort, donnera naissance à une petite église dissidente, sous l’égide de papes qui porteront tous le nom de Benoît (Benoît XIV, XV, XVI…). Cette dissidence, réfugiée dans les environs de Rodez, vivotera secrètement au moins jusqu’à la fin du XVe siècle… peut-être, plus secrètement encore, jusqu’au XVIIe, XVIIIe siècle, voire jusqu’à nos jours (voir ici : www.societe-perillos.com/papes_secrets).

Et voilà pourquoi notre nouveau Benoît - Ratzinger XVI porte les mêmes nom et numéro qu'un certain Jean Langlade, sans doute modeste berger du Rouergue (auj. département de l'Aveyron) qui, à la fin du XVe siècle, prétendit, sous ce vocable, être le vrai pape.

Le plus comique là-dedans, c'est que la plupart des théologiens modernes estiment que l'élection d'Urbain VI ne fut effectivement pas valable, et donc que l'authentique "succession de PIerre" se trouverait plutôt du côté des papes d'Avignon, donc de Benoît XIII et de ses obscurs successeurs rouergats… Ce qui signifierait aussi que depuis la fin du XVe siècle, il n'y a plus de papes légitimes !

Et si l'on va jusqu'au bout de cette logique, ayant été consacrés par des papes illégitimes, tous les évêques sont eux aussi illégitimes. De même, sont illégitimes les simples prêtres qu'ils ont ordonnés. Et enfin sont invalides absolument tous les sacrements - baptêmes, mariages, etc - conférés par ces prêtres illégitimes. En gros, cela signifierait que, depuis le Grand Schisme d'Occident des XIVe et XVe siècles, la vraie Église catholique, apostolique et romaine n'existe plus.

Étonnant, n'est-ce pas ?

PS. Si cette histoire des "Benoît" vous intéresse, je vous conseille vivement la lecture de l'excellent roman L'Anneau du Pêcheur de Jean RASPAIL (Editions Albin Michel, 1995 [Clic !] - et Livre de Poche, 1997 [Clic !] )

 

livre raspail
 
 
20 Avril 2005
Jacqueline a écrit :
 

(…) Je m'intéresse énormément à cette période de l'Histoire et tout particulièrement aux temps de Néron et de quelques "césars fous" comme Caracalla ou Élagabal…(…)
Je voudrais savoir plusieurs choses :

1. Est ce que Caracalla avait une (ou plusieurs) fille(s) ? Si oui, son(leurs) nom(s).

 
 
 
RÉPONSE :
 

Attention ! Il ne faut pas confondre Marc Aurèle (Marcus Aurelius Antoninus) et ce fils de Septime Sévère, qui portait officiellement le même nom que l'empereur-philosophe et que nous connaissons mieux sous son surnom Caracalla. En effet, si le premier eut de nombreux enfants, dont plusieurs filles (voir ici : Clic !), Caracalla, lui, n'eut aucune descendance, qu'elle fut masculine ou féminine. Il est vrai qu'il fut marié à quatorze ans, et qu'il n'avait que dix-sept ans lorsqu'il assassina son beau-père et rejeta son épouse loin du soleil de sa présence (comme le dit joliment, je crois, la Bible). Cette jeune femme, qui portait le doux nom de Plautille, ne fut épargnée que grâce à l'intervention aussi conciliatrice qua magnanime de l'empereur Septime Sévère, père de Caracalla. Mais il faut croire que son brutal époux "lui gardait un chien de sa chienne" puisqu'il fit exécuter la donzelle dès qu'il accéda au trône impérial (après avoir, comme on le sait, assassiné de ses propres mains son frangin Geta).

Caracalla ne se remaria jamais. Il resta auprès de sa vieille môman, Julia Domna, qui se chargeait du gouvernement de l'Empire pendant que lui s'occupait de la seule chose qui l'intéressait : son armée et ses soldats. Peut-être compensait-il son petit zizi par de gros flingues, si vous me permettez cet anachronisme psychologico-anatomique…

Conséquence inévitable de la présence constante de Julia Domna auprès de son impérial fils : de bouche malodorante à oreille accueillante, courut bientôt la rumeur, probablement infondée, de relations incestueuses qui se seraient établies entre eux.

caracalla

Notez aussi que l'année qui suivit la mort de Caracalla, sa cousine Julia Soaemias fit courir le bruit que son fils, Élagabal, était né de ses amours clandestines avec son prestigieux parent. Mais il s'agissait seulement là de propagande, destinée à rallier les légions à la dynastie des Sévères, momentanément écartée du pouvoir par l'empereur Macrin, assassin et successeur de Caracalla.

 
 

2. Sait-on beaucoup de choses sur Hiérocles, l'un des favoris d'Élagabal ? Si oui, quoi ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Ben non, justement, on ne sait pas grand-chose d'Hiérocles, le favori (et mari) de l'empereur Élagabal. Voici que dit de lui François FONTAINE en un texte qui synthétise habilement les courts passages des historiens antiques (Dion Cassius, Histoire Auguste) consacrés à ce personnage :

Un jour, le cocher d'un char de course tomba devant la loge impériale et, ayant perdu son casque, révéla une belle chevelure blonde qui émut la sensualité Élagabal. Il le fit porter au Palatin et se prit d'une passion immodérée pour lui. Ce garçon, nommé Hiérocles, était originaire de Carie, en Asie Mineure, et de très humble extraction. Il fut aussitôt élevé aux plus hautes dignités et l'on fit venir à Rome, sous escorte militaire, sa mère qui était une servante et qui reçut néanmoins les honneurs des femmes d'anciens consuls. L'empereur se mit littéralement en position de dépendance à l'égard de ce cocher et quand il célébrait avec lui les mystères de Flore, il s'agenouillait à ses pieds et lui baisait les parties. D'ailleurs il consomma ses noces avec lui et se flatta d'être sa femme et d'être battu par lui. Il apparaissait en effet souvent avec le visage tuméfié et en racontait la cause avec complaisance. Mais quand il prétendit faire César ce Hiérocles, il rencontra la colère de sa grand-mère Maesa et il n'osa pas la violenter.

(Après avoir assassiné Élagabal) Les prétoriens ne manquèrent pas l’occasion de tuer dans le même instant leurs deux préfet et celui de la Ville, Fulvius. Quant à Hiérocles, ils lui firent subir des supplices variés.

(François FONTAINE, Douze autres Césars, Éditions Julliard, 1985)

elagabal
 
 

3. Même question pour Sporus : que sait-on de lui ?
Est ce que le livre Moi, Sporus, prêtre et putain est totalement vrai ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Quant à Sporus, je vous invite à lire, dans la notice biographique consacrée à Néron, le texte de Suétone qui rapporte l'essentiel du peu que l'on sait lui (voir ici : Clic !). Un siècle après Suétone, l'historien Dion Cassius ajoutera cependant encore une couche d'infamie à la mémoire déjà lourdement chargée de Néron en rapportant (livre 62, 28) que Néron ayant tué (volontairement ou accidentellement) son épouse Poppée, celle-ci lui manqua tellement qu'il se mit en quête de son sosie. Or, il ne trouva qu'un jeune garçon, nommé Sporus, qu'il fit châtrer et prit pour épouse légitime et officielle (avec constitution de dot et tout le tralala).

Comme pour Caracalla et son prétendu inceste avec sa mère, on ne prête qu'aux riches !

Enfin pour l'historicité du livre Moi, Sporus, prêtre et putain, le mieux est encore de laisser la parole à son auteur, Cristina RODRIGUEZ :

Lorsque j'ai entrepris d'écrire ce roman, je voulais, d'une part, faire connaître Sporus, obscur personnage du Haut-Empire romain qui a pourtant marqué les mémoires, comme en témoigne le poème que Flaubert lui a dédié, ainsi que prouver à quel point ces hommes, qui ont vécu il y a presque deux mille ans, nous ressemblent. Le cinéma hollywoodien nous a transmis une image de la Rome impériale totalement faussée, que je ne cesserai de vouloir briser.
Néanmoins, il est de mon devoir de détromper ceux qui pourraient interpréter ce récit comme « historiquement irréprochable » ou le considéreraient comme un « complément » aux travaux d'historiens spécialistes du sujet. Je me suis servie d'études d'historiens pour écrire ce roman, mais, en aucun cas, je n'ai la prétention de l'avoir écrit pour que des historiens s'en servent.
Comment trier ce qui est vrai de ce qui ne l'est pas ? Je ne vais certes pas énoncer par le menu personnages et anecdotes en collant les étiquettes « vrai » ou « faux », mais j'ai, par souci de clarté, détaillé la bibliographie afin de permettre au lecteur de séparer témoignage et fiction.
(…)
Ce roman n'est donc pas destiné à faire un cours sur l'histoire romaine, mais bien à amuser, à soulever un coin du voile, pour donner envie d'aller plus loin dans la connaissance de cette époque fascinante et de ses protagonistes, plus fascinants encore.
J'espère qu'il remplira son office.

(Cristina RODRIGUEZ, Moi, Sporus, prêtre et putain, pp. 277-278 : “Avertissement de l’auteur”, Éditions Calmann-Lévy, 2001).

livre rodriguez
 
 
 
21 Avril 2005
Chantal a écrit :
 
(…) Ma question est un peu bête, mais … qu'appelle-t-on au juste les douze Césars ? Je sais que Suétone a écrit des biographies sur les 12 premiers empereurs, s'agit-il de cela ? Ou bien s'agit-il d'une façon de désigner 12 empereurs considérés comme les plus importants ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

"Il n'y a pas de bêtes questions, il n'y a que des sottes réponses" dit-on, et puisque la vôtre (de question) est loin de l'être, j'espère la mienne (de réponse) ne le sera pas pour autant !

Voyez-vous, ce qui est bête - pour ne pas dire con - c'est que nous possédons le texte complet du livre de Suétone… excepté précisément le premier feuillet, celui qui reprenait le titre originel. Dès lors, parce que cette œuvre rassemblait les biographies de Jules César et de ses onze premiers successeurs, on a pris l'habitude de l'appeler Vies des douze Césars. Mais le titre de Suétone devait probablement être quelque chose du genre De Vita Caesaribus (= "à propos des vies des Césars"), tout simplement.

Dans ce bouquin, on trouve donc bien les vies des douze premiers césars, c'est-à-dire les biographies de ces douze premiers monarques de Rome que l'on nomme, par facilité, empereurs romains, bien que ni Jules César, ni Auguste ni aucun de ses dix successeurs na porté jamais le titre d'empereur au sens moderne du terme (voyez ici : Clic !).

Excepté Jules César, probablement le plus grand personnage de toute l'histoire romaine, et son fils adoptif Auguste, le fondateur du régime impérial à Rome, les césars décrits par Suétone ne sont probablement pas les plus importants. À bien des égards, Trajan, Hadrien ou Marc Aurèle surpassent largement Caligula, Claude, Titus, Othon et consorts !
Toutefois, s'il ne s'agit pas des plus grands empereurs, ce sont certainement ceux que nous connaissons le mieux, puisque nous disposons à leur sujet d'une documentation bien plus abondante que pour tous les maîtres de Rome qui les suivront… précisément grâce à ce cancanier de Suétone et à son (presque) contemporain l'historien Tacite, l'un des plus grands écrivains de tous les temps.

 
 
 
21 Avril 2005
Thierry a écrit :
 

1. Ma femme est roumaine et souvent elle me parle de l’Empire Romain. Mais, une fois, elle m’a demandé si la Dacie a fait partie de l’Empire d’Occident ou d’Orient ? le « morceau » qui restait aux Romains après l’évacuation. Pour moi, c’est Constantinople mais je me trompe peut-être.

Souvent, je me suis demandé, si en évacuant cette partie, cela n’a pas précipité la chute de l’Empire (or et soldats).

 
 
 
RÉPONSE :
 

Vous avez raison sur le principe, mais pas dans la forme !
En réalité, quand Aurélien ordonna l'évacuation de la Dacie trajane (rive gauche du Danube) par les légions romaines, il créa de toutes pièces en Mésie, sur la rive droite du Danube, une nouvelle province, nommée Dacie aurélienne où vinrent s'installer de nombreux colons réfugiés de l'ancienne Dacie. C'est cette nouvelle province, et non le morceau qui restait de l'autre qui passa sous le contrôle de l'Orient après la mort de Théodose et le partage définitif de l'Empire romain entre ses descendants. (voyez à ce sujet : realink.org/c-arbre).

Ce qui est comique là-dedans, c'est de constater que suite - ou à cause - de cette évacuation, l'ancienne Dacie, celle d'Outre-Danube qui sortit définitivement de la sphère d'influence romaine dès le milieu du IIIe siècle, conserva pieusement une langue d'origine latine (le roumain - voir ici : Clic !), tandis que les habitants actuels de la Dacie-ersatz d'Aurélien parlent les langues des envahisseurs slaves, magyars, bulgares, etc…

Comme quoi, en matière de romanisation, la qualité semble avoir primé sur la quantité. (Voyez ici : Clic !).

L'attachement des anciens Daces à la culture latine fut donc aussi manifeste que furent nécessaires au Trésor impérial romain toutes les richesses de Dacie. Mais peut-on pour autant prétendre que l'évacuation de cette province a précipité la chute de l'Empire de Rome ?

aurelien

Personnellement, je ne le pense pas.

En effet, il suffit de consulter une carte pour constater que, stratégiquement parlant, cette province était non seulement indéfendable, mais étirait, considérablement et inconsidérément, le front à défendre contre des barbares de plus en plus entreprenants et menaçants. Certes, si Rome avait voulu étendre son influence à l'Est pour - par exemple -conquérir la rive nord de la Mer Noire et prendre à revers l'ennemi héréditaire perse, ces territoires d'Outre-Danube auraient pu servir de tête de pont, de base de départ. Mais puisque Rome avait définitivement renoncé à ces lubies conquérantes, s'était arc-bouté sur ses frontières et ne songeait plus qu'à les défendre vaille que vaille, le maintien de troupes en Dacie trans-danubienne n'était évidemment plus qu'un anachronisme vaniteux. Dès le début du IIe siècle, Hadrien, l'initiateur de cette politique pragmatique, avait d'ailleurs déjà envisagé ce désengagement. S'il changea d'avis, ce fut sans doute pour ne pas paraître dédaigner absolument tous les gains territoriaux hérités de Trajan, son prédécesseur et (officiellement) père adoptif, le meilleur de tous les empereurs. Tout dirigeant romain avait à cœur de se montrer pieux, c'est-à-dire respectueux de ses aïeux, fussent-ils adoptifs ! Et puis, il ne fallait pas heurter trop frontalement la tendance "colonialiste" et belliciste du Sénat, toute-puissante sous Trajan, et encore très influente sous son successeur…

 
 

2. Une autre question : quand les invasions barbares ont commencé à être intense (Ve siècle), comment les "barbares" pouvaient-ils voir quel empire qu’ils attaquaient ou qu’ils ne pouvaient le faire.
De plus, pourquoi Byzance n’a pas bougé pour aider l’occident ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Comment les envahisseurs pouvaient-ils savoir s'ils avaient affaire à l'Empire d'Occident ou d'Orient ?
À mon avis, ils s'en fichaient comme de leur première paire de braies ! Ils tentaient seulement de pénétrer là où les défenses étaient les moins fortes. Que les frontières fussent défendues par des soldats (généralement par des mercenaires issus d'autres tribus barbares) payés la cour de Rome ou par celle de Constantinople n'avait à leurs yeux guère d'importance. Ce qui comptait, c'était de frapper là où cela faisait mal, et suffisamment fort pour que l'Empire attaqué, quel qu'il fût, leur paye un copieux tribut ou concède des terres.

Pourquoi Byzance n'est-elle pas venue au secours de Rome ?

Je ne suis pas à proprement parler un fin connaisseur de l'histoire de l'empire romain d'Orient, mais, à ce qu'il me semble, en matière d'invasions barbares, il eut lui aussi son quota à assumer, son flux d'envahisseur potentiel à repousser, contenir, ou canaliser. De plus, il avait pour voisin l'autre super-puissance de l'Antiquité, l'ennemi héréditaire, la Perse sassanide. Bien sûr, cet autre empire universel rival était lui aussi aux prises avec de graves invasions exotiques, mais il fallait toujours compter avec lui. Et enfin, cerise sur le gâteau, les empereurs romains d'Orient du Ve siècle furent très loin d'être des foudres de guerre : beaucoup d'entre eux se préoccupèrent davantage de théologie que des affaires de l'État !
Bref, quand, vers la fin du Ve siècle, l'Empire d'Orient se redressa enfin, il n'y avait plus rien à sauver en Occident ! Ni empereur, ni empire, ni même, proprement parler, de civilisation romaine…

Il n'en reste pas moins vrai qu'il exista toujours une rivalité entre les deux parties de l'Empire romain. L'Orient ne fut pas toujours mécontent de voir les Romains occidentaux empêtrés dans d'inextricables difficultés, et, de leur côté, ceux-ci n'hésitèrent jamais à leur rendre la monnaie de sa pièce à la cour d'Orient en lui suscitant le plus de problèmes possible.
Entre Rome et Constantinople, ce fut toujours la méfiance qui domina, pas la concorde, et les deux parties de l'Empire romains furent parfois alliées, souvent rivales, jamais amies !

 
 
 
23 Avril 2003
"Agricola" a écrit :
 

Pourriez-vous me dire de quelle maladie est mort Trajan. Et ne me parlez pas d'empoisonnement !

 
 
 
RÉPONSE :
 

Pourquoi vous parlerai-je d'empoisonnement ? Trajan mourut certainement de mort naturelle.

Au retour d'une expédition militaire en Mésopotamie (Irak actuel) qui l'avait considérablement affaibli, une attaque d'apoplexie le laissa d'abord à moitié paralysé. Il succomba quelques jours plus tard (le 9 août 117) suite de graves complications respiratoires, avec œdèmes.

Je peux me tromper, mais, à ma connaissance, personne n'a jamais prétendu que Trajan serait mort empoisonné. Certes, à la mort de cet empereur, certaines langues malveillantes propagèrent une rumeur selon laquelle Plotine, son épouse, aurait très librement interprété ses dernières volontés en soutenant mordicus qu'il avait adopté in extremis son lointain parent Hadrien. Cependant, nul n'osa jamais accuser ouvertement l'impératrice d'avoir abrégé les jours d'un époux qu'elle ne devait pourtant apprécier que très, très, très, modérément.

 
trajan