|
Avril 2005 (page 4/5)
Sommaire du mois d'Avril : Clic
!
|
|
| |
| 20 Avril 2005 |
| David
a écrit : |
| |
J'ai
vu ceci sur le web :
"Benedict XIV died four
years later, in 1429. He had named four pseudocardinals
(one of them, Jan Farald). In 1430, they elected
Jean Carrier who also took the name Benedict XIV.
He named pseudocardinals Pierre Trahinier (cardinal
de Bethléem), Bernard (cardinal d'Hébron),
Pierre Tifane (cardinal de Tibériade), Jean
(cardinal de Gibelet), " X" (Cardinal
de Iona) and Jacques (cardinal de Césarée).
These psuedocardinals elected Pierre Tifane (Benoît
XV) in 1437 and Jean Langlade (Benoît
XVI) in 1470. For more on the topic, visit
http://www.cths.fr/4DACTION/www_Con_Communic/88"
(page originale : Clic
!)
Traduction LJH :
"Benoît XVI mourut quatre ans plus
tard, en 1429. Il avait nommé quatre pseudo-cardinaux
(parmi lesquels, Jean Farald). En 1430, ils élirent
Jean Carrier qui prit lui aussi le nom de Benoît
XIV. Celui-ci nomma les pseudo-cardinaux Pierre
Trahinier (cardinal de Bethléem), Bernard
(cardinal d'Hébron), Pierre Tifane (cardinal
de Tibériade), Jean (cardinal de Gibelet),
"X" (Cardinal d'Iona) et Jacques (cardinal
de Césarée). Ces pseudo-cardinaux
élirent Pierre Tifane (Benoît XV)
en 1437 et Jean Langlade (Benoît
XVI) en 1470. Pour plus de renseignements,
visitez : http://www.cths.fr/4DACTION/www_Con_Communic/88"
Ca a l'air sérieux !
Un Benoît XVI existait donc déjà
au XVe siècle ?
Bon, c'est pas des empereurs
mais quand même !… |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Ben oui, en somme, il
y a eu un Benoît XVI avant
celui que nous connaissons aujourd’hui à
peu près pour les mêmes raisons qu’un
pape du XVe siècle avait déjà
porté le nom de Jean XXIII.
Tout ça, c'est à cause de ce que l’on
appelle communément - mas un peu erronément
- le Grand Schisme d’Occident.
Pour faire simple, vers 1370, la papauté,
qui s'était fixée à Avignon depuis
le début du XIVe siècle, décide
de revenir à Rome. Pas de bol, le pape meurt
juste après son retour, et quand les cardinaux
veulent tenir un conclave pour élire son successeur,
c’est le bordel intégral ! Les cardinaux
sont en majorité français, mais le peuple
de Rome ne veut entendre parler que d’un pape
romain ou au moins italien. D’où pressions,
menaces de mort (on va jusqu’à préparer
des bûchers dans les rues pour brûler
vifs les cardinaux récalcitrants). Pour se
sortir de ce guêpier, les éminences élisent
à la va-vite, plus ou moins régulièrement,
un italien : Urbain VI. Très mauvais choix
! Le nouveau pape est un demi-fou, autoritaire et
cruel (il ira jusqu’à faire torturer
à mort, en sa présence, six cardinaux
avec lesquels il avait de “légères
divergences de vue”). Bien vite, la majorité
des cardinaux prend donc des cliques et ses claques
et s’en va élire un nouveau pape dans
la sérénité : Clément
VII, qui s'en retourne à Avignon.
Voilà donc qu’il y a tout à coup
deux papes “légitimes”, l’un
a Avignon, l’autre à Rome, chacun reconnu
par une partie des pays chrétiens.
Ensuite l’Urbain de Rome meurt et son Sacré
Collège lui désigne un successeur
qui promet solennellement de réunifier l’église
chrétienne, et se garde bien de le faire. Et
puis le Clément d’Avignon passe lui aussi
de vie à trépas, et ses cardinaux élisent
eux aussi un pape qui s'engage hypocritement à
refaire l’unité de l’Église.
Il s'agit d'un Espagnol très intelligent mais
très têtu, nommé Pedro de Luna
(que les Français appelleront “Pierre
de Lune”) et qui prendra le nom de Benoît
XIII. (voir ici : www.france-spiritualites.com)
Comme cette situation, avec deux papes qui s’excommunient
mutuellement à tour de bras, paraît scandaleuse
aux théologiens universitaires, ceux-ci décident
de rassembler un concile à Pise. Cette assemblée
élit un troisième pape : Alexandre V…
lequel est bien vite empoisonné par un de ses
cardinaux, un ancien pirate, qui se fait élire
sous le nom de Jean XXIII.
Résultat de tout ce cirque : ce n'est plus
deux, mais trois papes concurrents qui se disputent
le gâteau de la Chrétienté. C'est
alors qu'entre en scène l’empereur germanique
Sigismond, qui prend le problème à bras
le corps. Il parvient à convaincre le pirate
Jean XXIII de convoquer un concile à Constance,
lequel concile s’empresse de destituer ce pape
assassin. Puis Sigismond parvient à obtenir
l’abdication du pape de Rome, mais il se casse
mes dents sur Benoît XIII, maintenant réfugié
en Espagne. Ce pape ne sera plus reconnu par personne,
mais se prétendra toujours le seul vrai chef
de l'Eglise Universelle et ne voudra jamais renoncer
à la tiare. C’est pourquoi, pendant que
le Concile de Constance élit Marin V (pape
repris dans les nomenclatures officielles), celui
qui est désormais officiellement l'antipape
Benoît continue à entretenir une petite
cour pontificale “parallèle” qui,
après sa mort, donnera naissance à une
petite église dissidente, sous l’égide
de papes qui porteront tous le nom de Benoît
(Benoît XIV, XV, XVI…). Cette dissidence,
réfugiée dans les environs de Rodez,
vivotera secrètement au moins jusqu’à
la fin du XVe siècle… peut-être,
plus secrètement encore, jusqu’au XVIIe,
XVIIIe siècle, voire jusqu’à nos
jours (voir ici :
www.societe-perillos.com/papes_secrets).
Et voilà
pourquoi notre nouveau Benoît - Ratzinger
XVI porte les mêmes nom et numéro
qu'un certain Jean Langlade, sans doute modeste
berger du Rouergue (auj. département
de l'Aveyron) qui, à la fin du XVe siècle,
prétendit, sous ce vocable, être
le vrai pape.
Le plus comique là-dedans, c'est que
la plupart des théologiens modernes estiment
que l'élection d'Urbain VI ne fut effectivement
pas valable, et donc que l'authentique "succession
de PIerre" se trouverait plutôt du
côté des papes d'Avignon, donc
de Benoît XIII et de ses obscurs successeurs
rouergats… Ce qui signifierait aussi que
depuis la fin du XVe siècle, il n'y a
plus de papes légitimes !
Et si l'on va jusqu'au bout de cette logique,
ayant été consacrés par
des papes illégitimes, tous les évêques
sont eux aussi illégitimes. De même,
sont illégitimes les simples prêtres
qu'ils ont ordonnés. Et enfin sont invalides
absolument tous les sacrements - baptêmes,
mariages, etc - conférés par ces
prêtres illégitimes. En gros, cela
signifierait que, depuis le Grand Schisme d'Occident
des XIVe et XVe siècles, la vraie Église
catholique, apostolique et romaine n'existe
plus.
Étonnant, n'est-ce pas ?
PS. Si cette histoire des "Benoît"
vous intéresse, je vous conseille vivement
la lecture de l'excellent roman L'Anneau
du Pêcheur de Jean RASPAIL (Editions
Albin Michel, 1995 [Clic
!] - et Livre de Poche, 1997 [Clic
!] )
|
 |
|
| |
|
|
|
|
| |
| 20 Avril 2005 |
| Jacqueline
a écrit : |
| |
(…)
Je m'intéresse énormément à
cette période de l'Histoire et tout particulièrement
aux temps de Néron et de quelques "césars
fous" comme Caracalla ou Élagabal…(…)
Je voudrais savoir plusieurs choses :
1.
Est ce que Caracalla avait une (ou plusieurs) fille(s)
? Si oui, son(leurs) nom(s).
|
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
Attention ! Il
ne faut pas confondre Marc
Aurèle (Marcus Aurelius Antoninus)
et ce fils de Septime
Sévère, qui portait officiellement
le même nom que l'empereur-philosophe
et que nous connaissons mieux sous son surnom
Caracalla.
En effet, si le premier eut de nombreux enfants,
dont plusieurs filles (voir ici : Clic
!), Caracalla, lui, n'eut aucune descendance,
qu'elle fut masculine ou féminine. Il
est vrai qu'il fut marié à quatorze
ans, et qu'il n'avait que dix-sept ans lorsqu'il
assassina son beau-père et rejeta son
épouse loin du soleil de sa présence
(comme le dit joliment, je crois, la Bible).
Cette jeune femme, qui portait le doux nom de
Plautille, ne fut épargnée que
grâce à l'intervention aussi conciliatrice
qua magnanime de l'empereur Septime Sévère,
père de Caracalla. Mais il faut croire
que son brutal époux "lui gardait
un chien de sa chienne" puisqu'il fit exécuter
la donzelle dès qu'il accéda au
trône impérial (après avoir,
comme on le sait, assassiné de ses propres
mains son frangin Geta).
Caracalla ne se remaria jamais. Il resta auprès
de sa vieille môman, Julia
Domna, qui se chargeait du gouvernement
de l'Empire pendant que lui s'occupait de la
seule chose qui l'intéressait : son armée
et ses soldats. Peut-être compensait-il
son petit zizi par de gros flingues, si vous
me permettez cet anachronisme psychologico-anatomique…
Conséquence inévitable de la
présence constante de Julia Domna auprès
de son impérial fils : de bouche malodorante
à oreille accueillante, courut bientôt
la rumeur, probablement infondée, de
relations incestueuses qui se seraient établies
entre eux. |
 |
Notez aussi que l'année qui suivit la mort
de Caracalla, sa cousine Julia
Soaemias fit courir le bruit que son fils, Élagabal,
était né de ses amours clandestines
avec son prestigieux parent. Mais il s'agissait seulement
là de propagande, destinée à
rallier les légions à la dynastie des
Sévères, momentanément écartée
du pouvoir par l'empereur Macrin,
assassin et successeur de Caracalla. |
|
| |
| |
2.
Sait-on beaucoup de choses sur Hiérocles,
l'un des favoris d'Élagabal ? Si
oui, quoi ?
|
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Ben non, justement,
on ne sait pas grand-chose d'Hiérocles,
le favori (et mari) de l'empereur Élagabal.
Voici que dit de lui François FONTAINE en un
texte qui synthétise habilement les courts
passages des historiens antiques (Dion Cassius, Histoire
Auguste) consacrés à ce personnage
:
“Un jour, le cocher d'un char de
course tomba devant la loge impériale
et, ayant perdu son casque, révéla
une belle chevelure blonde qui émut
la sensualité Élagabal. Il le
fit porter au Palatin et se prit d'une passion
immodérée pour lui. Ce garçon,
nommé Hiérocles, était
originaire de Carie, en Asie Mineure, et de
très humble extraction. Il fut aussitôt
élevé aux plus hautes dignités
et l'on fit venir à Rome, sous escorte
militaire, sa mère qui était
une servante et qui reçut néanmoins
les honneurs des femmes d'anciens consuls.
L'empereur se mit littéralement en
position de dépendance à l'égard
de ce cocher et quand il célébrait
avec lui les mystères de Flore, il
s'agenouillait à ses pieds et lui baisait
les parties. D'ailleurs il consomma ses noces
avec lui et se flatta d'être sa femme
et d'être battu par lui. Il apparaissait
en effet souvent avec le visage tuméfié
et en racontait la cause avec complaisance.
Mais quand il prétendit faire César
ce Hiérocles, il rencontra la colère
de sa grand-mère Maesa et il n'osa
pas la violenter.
(Après avoir assassiné Élagabal)
Les prétoriens ne manquèrent
pas l’occasion de tuer dans le même
instant leurs deux préfet et celui
de la Ville, Fulvius. Quant à Hiérocles,
ils lui firent subir des supplices variés.”
(François FONTAINE, Douze autres
Césars, Éditions Julliard,
1985)
|
 |
|
|
| |
| |
3.
Même question pour Sporus
: que sait-on de lui ?
Est ce que le livre Moi, Sporus, prêtre
et putain est totalement vrai ?…
|
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Quant à Sporus,
je vous invite à lire, dans la notice biographique
consacrée à Néron,
le texte de Suétone qui rapporte l'essentiel
du peu que l'on sait lui (voir ici : Clic
!). Un siècle après Suétone,
l'historien Dion Cassius ajoutera cependant encore
une couche d'infamie à la mémoire déjà
lourdement chargée de Néron en rapportant
(livre 62, 28) que Néron ayant tué (volontairement
ou accidentellement) son épouse Poppée,
celle-ci lui manqua tellement qu'il se mit en quête
de son sosie. Or, il ne trouva qu'un jeune garçon,
nommé Sporus, qu'il fit châtrer et prit
pour épouse légitime et officielle (avec
constitution de dot et tout le tralala).
Comme pour Caracalla
et son prétendu inceste avec sa mère,
on ne prête qu'aux riches !
Enfin pour l'historicité du livre Moi,
Sporus, prêtre et putain, le mieux est
encore de laisser la parole à son auteur, Cristina
RODRIGUEZ :
“Lorsque
j'ai entrepris d'écrire ce roman, je
voulais, d'une part, faire connaître Sporus,
obscur personnage du Haut-Empire romain qui
a pourtant marqué les mémoires,
comme en témoigne le poème que
Flaubert lui a dédié, ainsi que
prouver à quel point ces hommes, qui
ont vécu il y a presque deux mille ans,
nous ressemblent. Le cinéma hollywoodien
nous a transmis une image de la Rome impériale
totalement faussée, que je ne cesserai
de vouloir briser.
Néanmoins, il est de mon devoir de détromper
ceux qui pourraient interpréter ce récit
comme « historiquement irréprochable
» ou le considéreraient comme un
« complément » aux travaux
d'historiens spécialistes du sujet. Je
me suis servie d'études d'historiens
pour écrire ce roman, mais, en aucun
cas, je n'ai la prétention de l'avoir
écrit pour que des historiens s'en servent.
Comment trier ce qui est vrai de ce qui ne l'est
pas ? Je ne vais certes pas énoncer par
le menu personnages et anecdotes en collant
les étiquettes « vrai » ou
« faux », mais j'ai, par souci de
clarté, détaillé la bibliographie
afin de permettre au lecteur de séparer
témoignage et fiction.
(…)
Ce roman n'est donc pas destiné à
faire un cours sur l'histoire romaine, mais
bien à amuser, à soulever un coin
du voile, pour donner envie d'aller plus loin
dans la connaissance de cette époque
fascinante et de ses protagonistes, plus fascinants
encore.
J'espère qu'il remplira son office.”
(Cristina RODRIGUEZ, Moi, Sporus, prêtre
et putain, pp. 277-278 : “Avertissement
de l’auteur”, Éditions Calmann-Lévy,
2001). |
 |
|
| |
| |
|
|
|
|
| |
| 21 Avril 2005 |
| Chantal
a écrit : |
| |
| (…)
Ma question est un peu
bête, mais … qu'appelle-t-on au
juste les douze Césars ? Je
sais que Suétone a écrit des biographies
sur les 12 premiers empereurs, s'agit-il de cela ? Ou
bien s'agit-il d'une façon de désigner
12 empereurs considérés comme les plus
importants ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| "Il n'y a pas
de bêtes questions, il n'y a que des sottes
réponses" dit-on, et puisque la vôtre
(de question) est loin de l'être, j'espère
la mienne (de réponse) ne le sera pas pour
autant !
Voyez-vous, ce qui est bête - pour ne pas dire
con - c'est que nous possédons le texte complet
du livre de Suétone… excepté précisément
le premier feuillet, celui qui reprenait le titre
originel. Dès lors, parce que cette œuvre
rassemblait les biographies de Jules
César et de ses onze premiers successeurs,
on a pris l'habitude de l'appeler Vies des douze
Césars. Mais le titre de Suétone
devait probablement être quelque chose du genre
De Vita Caesaribus (= "à propos
des vies des Césars"), tout simplement.
Dans ce bouquin, on trouve donc bien les vies
des douze premiers césars, c'est-à-dire
les biographies de ces douze premiers monarques de
Rome que l'on nomme, par facilité, empereurs
romains, bien que ni Jules César, ni Auguste
ni aucun de ses dix successeurs na porté jamais
le titre d'empereur au sens moderne du terme
(voyez ici : Clic
!).
Excepté Jules
César, probablement le plus grand personnage
de toute l'histoire romaine, et son fils adoptif Auguste,
le fondateur du régime impérial
à Rome, les césars décrits
par Suétone ne sont probablement pas les plus
importants. À bien des égards, Trajan,
Hadrien ou
Marc Aurèle
surpassent largement Caligula,
Claude, Titus,
Othon et consorts
!
Toutefois, s'il ne s'agit pas des plus grands empereurs,
ce sont certainement ceux que nous connaissons le
mieux, puisque nous disposons à leur sujet
d'une documentation bien plus abondante que pour tous
les maîtres de Rome qui les suivront…
précisément grâce à ce
cancanier de Suétone et à son (presque)
contemporain l'historien Tacite, l'un des plus grands
écrivains de tous les temps. |
| |
| |
|
|
|
|
| |
| 21 Avril 2005 |
| Thierry
a écrit : |
| |
1.
Ma femme est roumaine et souvent elle me parle de
l’Empire Romain. Mais, une fois, elle m’a
demandé si la Dacie a fait partie
de l’Empire d’Occident ou d’Orient
? le « morceau » qui restait
aux Romains après l’évacuation.
Pour moi, c’est Constantinople mais je me
trompe peut-être.
Souvent, je me suis demandé,
si en évacuant cette partie, cela
n’a pas précipité la chute de
l’Empire (or et soldats).
|
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
Vous avez raison
sur le principe, mais pas dans la forme !
En réalité, quand Aurélien
ordonna l'évacuation de la Dacie trajane
(rive gauche du Danube) par les légions
romaines, il créa de toutes pièces
en Mésie, sur la rive droite du Danube,
une nouvelle province, nommée Dacie aurélienne
où vinrent s'installer de nombreux colons
réfugiés de l'ancienne Dacie.
C'est cette nouvelle province, et non le
morceau qui restait de l'autre qui passa
sous le contrôle de l'Orient
après la mort de Théodose
et le partage définitif de l'Empire romain
entre ses descendants. (voyez à ce sujet
: realink.org/c-arbre).
Ce qui est comique là-dedans, c'est
de constater que suite - ou à cause -
de cette évacuation, l'ancienne Dacie,
celle d'Outre-Danube qui sortit définitivement
de la sphère d'influence romaine dès
le milieu du IIIe siècle, conserva pieusement
une langue d'origine latine (le roumain - voir
ici : Clic
!), tandis que les habitants actuels de
la Dacie-ersatz d'Aurélien parlent
les langues des envahisseurs slaves, magyars,
bulgares, etc…
Comme quoi, en matière de romanisation,
la qualité semble avoir primé
sur la quantité. (Voyez ici : Clic
!).
L'attachement des anciens Daces à la
culture latine fut donc aussi manifeste que
furent nécessaires au Trésor impérial
romain toutes les richesses de Dacie. Mais peut-on
pour autant prétendre que l'évacuation
de cette province a précipité
la chute de l'Empire de Rome ? |
 |
Personnellement, je ne le pense pas.
En effet, il suffit de consulter une
carte pour constater que, stratégiquement
parlant, cette province était non seulement
indéfendable, mais étirait, considérablement
et inconsidérément, le front à
défendre contre des barbares de plus en plus
entreprenants et menaçants. Certes, si Rome
avait voulu étendre son influence à
l'Est pour - par exemple -conquérir la rive
nord de la Mer Noire et prendre à revers l'ennemi
héréditaire perse, ces territoires d'Outre-Danube
auraient pu servir de tête de pont, de base
de départ. Mais puisque Rome avait définitivement
renoncé à ces lubies conquérantes,
s'était arc-bouté sur ses frontières
et ne songeait plus qu'à les défendre
vaille que vaille, le maintien de troupes en Dacie
trans-danubienne n'était évidemment
plus qu'un anachronisme vaniteux. Dès le début
du IIe siècle, Hadrien,
l'initiateur de cette politique pragmatique, avait
d'ailleurs déjà envisagé ce désengagement.
S'il changea d'avis, ce fut sans doute pour ne pas
paraître dédaigner absolument tous les
gains territoriaux hérités de Trajan,
son prédécesseur et (officiellement)
père adoptif, le meilleur de tous les empereurs.
Tout dirigeant romain avait à cœur de
se montrer pieux, c'est-à-dire respectueux
de ses aïeux, fussent-ils adoptifs ! Et puis,
il ne fallait pas heurter trop frontalement la tendance
"colonialiste" et belliciste du Sénat,
toute-puissante sous Trajan, et encore très
influente sous son successeur…
|
|
| |
| |
2.
Une autre question : quand les invasions barbares
ont commencé à être intense
(Ve siècle), comment les "barbares"
pouvaient-ils voir quel empire qu’ils attaquaient
ou qu’ils ne pouvaient le faire.
De plus, pourquoi Byzance n’a pas bougé
pour aider l’occident ?
|
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Comment les
envahisseurs pouvaient-ils savoir s'ils avaient affaire
à l'Empire d'Occident ou d'Orient ?
À mon avis, ils s'en fichaient comme de leur
première paire de braies ! Ils tentaient seulement
de pénétrer là où les
défenses étaient les moins fortes. Que
les frontières fussent défendues par
des soldats (généralement par des mercenaires
issus d'autres tribus barbares) payés la cour
de Rome ou par celle de Constantinople n'avait à
leurs yeux guère d'importance. Ce qui comptait,
c'était de frapper là où cela
faisait mal, et suffisamment fort pour que l'Empire
attaqué, quel qu'il fût, leur paye un
copieux tribut ou concède des terres.
Pourquoi Byzance n'est-elle pas venue au
secours de Rome ?
Je ne suis pas à proprement parler un fin
connaisseur de l'histoire de l'empire romain d'Orient,
mais, à ce qu'il me semble, en matière
d'invasions barbares, il eut lui aussi son quota à
assumer, son flux d'envahisseur potentiel à
repousser, contenir, ou canaliser. De plus, il avait
pour voisin l'autre super-puissance de l'Antiquité,
l'ennemi héréditaire, la Perse sassanide.
Bien sûr, cet autre empire universel
rival était lui aussi aux prises avec de graves
invasions exotiques, mais il fallait toujours compter
avec lui. Et enfin, cerise sur le gâteau, les
empereurs romains d'Orient du Ve siècle furent
très loin d'être des foudres de guerre
: beaucoup d'entre eux se préoccupèrent
davantage de théologie que des affaires de
l'État !
Bref, quand, vers la fin du Ve siècle, l'Empire
d'Orient se redressa enfin, il n'y avait plus rien
à sauver en Occident ! Ni empereur, ni empire,
ni même, proprement parler, de civilisation
romaine…
Il n'en reste pas moins vrai qu'il exista toujours
une rivalité entre les deux parties de l'Empire
romain. L'Orient ne fut pas toujours mécontent
de voir les Romains occidentaux empêtrés
dans d'inextricables difficultés, et, de leur
côté, ceux-ci n'hésitèrent
jamais à leur rendre la monnaie de sa pièce
à la cour d'Orient en lui suscitant le plus
de problèmes possible.
Entre Rome et Constantinople, ce fut toujours la méfiance
qui domina, pas la concorde, et les deux parties de
l'Empire romains furent parfois alliées, souvent
rivales, jamais amies ! |
| |
| |
|
|
|
|
| |
| 23 Avril 2003 |
| "Agricola"
a écrit : |
| |
Pourriez-vous
me dire de quelle maladie est mort Trajan. Et
ne me parlez pas d'empoisonnement ! |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Pourquoi
vous parlerai-je d'empoisonnement ? Trajan
mourut certainement de mort naturelle.
Au retour d'une expédition militaire
en Mésopotamie (Irak actuel) qui
l'avait considérablement affaibli,
une attaque
d'apoplexie le laissa d'abord à
moitié paralysé. Il succomba
quelques jours plus tard (le 9 août
117) suite de graves complications respiratoires,
avec œdèmes.
Je peux me tromper, mais, à ma
connaissance, personne n'a jamais prétendu
que Trajan serait mort empoisonné.
Certes, à la mort de cet empereur,
certaines langues malveillantes propagèrent
une rumeur selon laquelle Plotine, son
épouse, aurait très librement
interprété ses dernières
volontés en soutenant mordicus
qu'il avait adopté in extremis
son lointain parent Hadrien.
Cependant, nul n'osa jamais accuser ouvertement
l'impératrice d'avoir abrégé
les jours d'un époux qu'elle ne
devait pourtant apprécier que très,
très, très, modérément.
|
| |
|
 |
|
| |
|
|
|
 |
|