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Avril 2005 (page 2/5)

Sommaire du mois d'Avril : Clic !

 
7 Avril 2005
Titus Flavius Postuminus, l'Armoricain, a écrit :
 

Il me semble avoir lu quelque part que vous êtes de la Gaule Belgique.

Nous autres Armoricains étions assez familiers des Ménapiens à l'époque où ils fréquentaient comme nous la Bretagne insulaire.

Bien qu'irréductibles romains depuis une bonne quinzaine de siècles, nous autres Armoricains péninsulaires, perdons facilement notre latin.
D'ailleurs il faut bien dire qu'en son temps (Ve siècle), Paulus Aurelianus, l'évêque fétiche du Léon, avait complètement raté l'initiation de ses ouailles au latin de sacristie. Par contre, si l'on en juge par les résultats dans le Léon, Paulus Aurelianus fut un champion pour parler du Jésus en troyen, à ses léonards.
Jusqu'au XVIIIe siècle, les habitants de la Basse-Bretagne (l'ouest de la péninsule) appelaient en effet leur langue le troyen et pensaient aussi, en bons Romains, être descendants des Troyens. Mais à partir d'un XVIIIe siècle assez récent, les néo-druides néo-celtisants de Lutèce et Londinium (alias Cair Lunden) leur ont appris que leur troyen de contrebande était plutôt du berzoneg d'origine celtique. Il y a un peu de ça. Néanmoins les néo-druides de Paris et Londres, toujours en recherche de racines préhistoriques, accusent facilement deux mille ans de décalage horaire par rapport à nos réalités péninsulaires contemporaines. Bien que la langue gallèse (une romane) soit tout autant que le troyen, l'autre langue indigène de notre péninsule, les celtomaniaques de Lutèce et Londinium ne veulent pas en entendre parler. Bref, ils veulent à tout prix voir en nous de vieux celtes conservés dans le formol. Notre histoire en dit pourtant long sur notre romanité antique et sa conservation ultérieure. Même la légende arthurienne qualifie Ambrosius Aurelianus de fils d'un consul du peuple romain. La légende d'Ambrosius, Uther (le frangin) et Arthur (le neveu) porte également l'appellation "légende des fils de Constantin ". Des Constantin, il y en eut plusieurs, mais ce n'est pas très important, puisque contrairement à l'esclavagiste Valentinien III, les Constantin ont tous une excellente cote à l'argus armoricain.
Constantin, c'est pour nous l'un des noms prestigieux dont l'évocation est synonyme de transformation de nos bagaudes en intrépides légionnaires romains.

Constantin, Martin, Germain, voilà des noms qui pour les légionnaires armoricains étaient ceux de leurs patrons. Ils étaient de la calotte, et Martin puis Germain sont même passés de la légion à l'évêché. Mais quels évêques ! Si Martin n'avait été à Tours qu'un évêque comme les autres, il n'y aurait sûrement pas autant de Martin, Martini, Martinez, Martins, Maertens … etc, en Europe. De toute manière, Martin conserva comme évêque, ainsi que Germain après lui, un tel ascendant sur les légionnaires qu'à Rome, les Augustes se sentirent obligés de composer avec eux.

Depuis que les Francs ont pris la Touraine, tout le monde ne se souvient pas forcément que Touraine, Anjou et Maine sont des démembrements de l'ancienne Troisième Lyonnaise fondée par Dioclétien et dont l'actuelle Bretagne Armorique constitue la partie résiduelle. Cependant, à l'époque du fameux Martin, son évêché de Tours se situait sans aucun doute dans la Troisième Lyonnaise. On peut d'ailleurs penser que c'est à l'occasion d'une visite des îles, surtout de la grande, qu'une soeur de Martin fit la connaissance d'un breton insulaire, lequel devint son époux. Le fils de ce couple brito-tourangeau devint décurion en Bretagne (insulaire) et leur petit-fils n'est autre que l'illustre Maewin Succat. Son bon copain Germain l'Auxerrois était si convaincant qu'il parvint à convaincre le breton Maewin d'aller parler du Jésus aux Scots d'Irlande dans leur langue gaëlique. En principe les bretons insulaires parlaient troyen (langue celtique P) comme ceux du continent jusqu'à Ancyre (l'actuelle Ankara). Par conséquent, ils ne comprenaient rien au gaëlique (la langue celtique Q, fort différente de la P dès l'Antiquité), mais Maëwin était l'homme de la situation. Raflé dans sa jeunesse lors d'un raid des Scots en Bretagne, Maëwin avait passé six ans en Irlande comme prisonnier de guerre. Il en avait bavé chez Milchu, un vieil esclavagiste scot qui le faisait bosser dans une porcherie. Finalement après six années d'enfer, Maëwin était parvenu à s'évader de chez Milchu puis d'Irlande. Germain était vraiment très doué, puisqu'il parvint à décider Maëwin à retourner de son plein gré en Irlande. Cette fois Maëwin y toucha le jackpot clérical, puisque le fameux saint Patrick des Irlandais, c'est lui.

Plus tard, Germain rentré chez lui à Auxerre, eut la satisfaction de recevoir des disciples irlandais de son pote breton Maëwin.
Germain l'Auxerrois, quel évêque et quel baroudeur ! L'histoire ne dit pas si son épouse le remplaçait à la tête de l'évêché d'Auxerre quand il partait au baroud, mais elle était paraît-il assez mignonne.

Auxerre ne se situe pas exactement en Armorique, mais Germain y avait une super cote, surtout auprès de nos légionnaires dont il était le big boss. Son commandement armoricain dépassait tellement les limites de l'Armorique, qu'il comprenait toutes les Gaules résiduelles, la péninsule ibérique et la Bretagne insulaire. Officiellement, ses deux expéditions outre-Manche avaient pour finalité de tordre le coup à l'hérésie du pélagianisme. Germain y parvint d'ailleurs assez facilement en devenant l'idole des bretons insulaires. Là-bas, Germain fut si impressionnant à la tête de ses p'tits gars des légions d'Armorique que les Pictes et les Scots détalèrent comme des lapins. Prudents, de leur côté, les Saxons évitèrent de faire parler d'eux, mais leur pote païen Vörtigern, lui, s'en prit plein la gueule pour pas un rond. Germain qui avait Dieu en ligne directe sur son portable lui demanda tout simplement d'incendier la citadelle de Vörtigern, et Dieu s'empressa de rendre aussitôt ce service à Germain. Du moins Bède le Vénérable nous présente ainsi l'affaire, en évitant de trop montrer la fournaise et l'hémoglobine, mais il ne cache pas que le chef de guerre était l'évêque Germain d'Auxerre en personne. Ce n'est que beaucoup plus tard, chez Geoffroy de Monmouth, que Germain cède la place à Ambrosius Aurelianus dans l'affaire de l'incendie de la citadelle de Vörtigern.
On soupçonne depuis ce légendaire Ambrosius Aurelianus d'avoir été l'historique Riothimus, lequel était vraisemblablement armoricain comme l'historique Paulus Aurelianus qui accompagna effectivement Germain l'Auxerrois outre-Manche.

"Tiens, v'là les Bretons !" disait-on lorsque ces intrépides gaillards d'avant rentraient au pays armoricain accompagnés par quelques disciples bretons. Autrement, non, il ne vint pas beaucoup de Bretons, ni pour commander ni pour peupler la péninsule armoricaine. C'est un mythe complexe trop long à éplucher ici. Ultimes Romains de Romanie occidentale, Armoricains et Bretons insulaires resserrèrent toutefois leurs liens face au danger germanique représenté par les Wisigoths, les Francs, les Saxons, les Frisons et… j'en passe.

La France, où les Francs n'étaient pas assez nombreux pour germaniser la langue, se considère par conséquent héritière d'une latinité qu'elle refuse arbitrairement à ma péninsule, en l'estampillant "Celte" et en l'excluant de la carte des Gaules romaines au temps de Clovis. C'est complètement faux. En réalité c'est la péninsule armoricaine qui conserva la romanité (nécessairement celto-romaine dans les Gaules), pas la France. De guerre lasse, le conquérant Clovis embourbé sur le front de l'ouest, signa pour s'en sortir un traité de paix avec les irréductibles armoricains en 497, afin de retrouver les mains libres pour s'occuper ailleurs des Alamans puis des Wisigoths. Et, dans les Gaules, seule l'Armorique put maintenir les usages de la société romaine. Quatre siècles plus tard, lorsque nos aristocrates parlaient des nobles, ce qualificatif prestigieux désignait seulement ceux qui descendaient de familles sénatoriales romaines.

La conservation d'une langue d'origine celtique appelée troyen est également une caractéristique de la romanité ouverte à la diversité linguistique depuis son ancrage à Constantinople. A contrario, là ou s'imposèrent les Francs et les Saxons, la langue celtique périclita rapidement. Très vraisemblablement, les nouveaux maîtres germaniques faisaient de l'allergie aux messes basses en troyen, entre l'ancienne élite celto-romaine et le populo. Ensuite, l'apparition des langues romanes est caractéristique d'une massification de la latinité.

Mais le temps passe.

A+ l'ami romain.

PS : Moi je suis le doyen des Rennais, Titus Flavius Postuminus. Sous les pavés de 1968, on a retrouvé quai Duguay-Trouin à Rennes des stèles qui parlent de moi en bien. Je suis né sous le règne de Titus, à l'époque de la dynastie des Flaviens, donc entre 79 et 81 après JC. J'ai un peu oublié, mais les stèles disent que j'ai exercé toutes les charges dans ma patrie, la Civitas Riedonum. Et, je crois bien qu'il m'arriva en ce temps d'être un peu de la calotte.
Une stèle dit que je fus deux fois Duumvir et Flamine à vie de Mars Mullo. Pour nous, à Condate Riedonum, le super Dieu c'était Mullo, et on accolait Mars à son nom pour ne pas avoir d'emmerdes avec Rome. Mais tout cela c'était bien sûr avant l'arrivée de la mode Jésus-Christ.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Un grand merci, cher ami celto-romano-armoricain, pour toutes ces très intéressantes considérations linguistico-historiques.

Une petite précision cependant : tout Belge fortissimus (dixit le grand Jules) que je suis, il ne convient pas de rechercher mes origines tribales dans les marécages littoraux de la Mer du Nord, jadis hantés par les Ménapiens et les Morins. Elles se trouveraient plutôt chez ces Paemani (ou Faemani), branche occidentale de la sauvage famille des Éburons, qui résidaient sur les agrestes collines ondulant entre rive droite de la Meuse et la vaste forêt d'Ardenne. Malgré la pression germanique, mes ancêtres oncques ne renoncèrent à leur parler latin, puis roman. Et voilà pourquoi le plus célèbre de nos bardes régionaux, j'ai nommé Julos Beaucarne, dit fort justement que le patois wallon (prononcer "ouallon" et non "vallon", bien sûr) que l'on parle encore dans mon petit pays natal n'est rien d'autre que "du latin venu à pied du fond des âges".

 
 
 
8 Avril 2005
Jean-Marie (site www.chti.net/jmg) a écrit :
 

Quand vous écrivez : "puisqu'il fallut presque un siècle et demi aux premiers Chrétiens pour transformer un Jésus-homme en Jésus-Dieu."

Où vous expliquez-vous, SVP, sur ce laps de temps ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Ainsi, ce délai d'un siècle et demi qui aurait été nécessaire pour faire de rabbi Jésus le fils unique de Dieu vous turlupine ?
Vous trouverez dans ces anciens courriers quelques explications à ce sujet : Clic ! (plus précisément : Clic !) et Clic !

Bref, je pense qu'avant que l'idée d'un "Jésus, Fils de Dieu" ne s'impose définitivement dans la majorité des groupuscules d'un christianisme primitif extrêmement diversifié, où les "intellectuels gnostiques" côtoyaient les "activistes messianiques", il fallut d'abord que la secte rompe définitivement ses attaches avec le judaïsme. Et d'après moi, cette rupture radicale n'eut lieu qu'à la fin du règne d'Hadrien (117-138), après l'écrasement de la dernière grande révolte juive, celle de Bar Kochba.

Je sais bien que beaucoup de spécialistes (mais pas tous), estiment que le divorce entre judaïsme et christianisme aurait été consommé bien plus tôt que cela, dès la fin du Ier siècle. De fait, dès cette époque, les rabbins juifs anathématisaient les chrétiens.
Bien sûr… Cependant, ce n'est pas parce que les premiers rabbins juifs "excommuniaient" les chrétiens que ceux-ci ne se considéraient pas, eux, comme de bons Juifs, voire les seuls bons, les seuls vrais. D'ailleurs ne considéraient-ils pas leurs communautés comme le verus Israël (le vrai Israël) ?

Mais, après 135, tout change. L'Israël terrestre n'existera plus avant longtemps. Les espoirs messianiques d'un Jésus revenant à Jérusalem gouverner les Nations d'une verge de fer sont remis aux calendes. Et beaucoup de communautés chrétiennes de se tourner alors vers les gnostiques, et de relire attentivement certains passages des bonnes vieilles épîtres de saint Paul (que l'on avait un peu oubliées entre-temps) afin d'élaborer une doctrine mieux en accord avec l'air du temps. Progressivement, le caractère vraiment humain et purement juif de Jésus fut de plus en plus occulté afin de faire de lui un genre de demi-dieu. On le fit mourir pour le salut de tous les hommes, et, pour bien montrer qu'il s'était élevé au-dessus de la condition humaine, on le fit descendre aux Enfers puis ressusciter d'entre les morts. C'est d'ailleurs vers cette époque que la plupart des communautés chrétiennes abandonnèrent la célébration de la Pâque juive, fête de libération à forte connotation "séculière", pour lui préférer la commémoration de la Résurrection du Christ… non sans résistances des groupes les plus traditionalistes ou des plus activistes. (Voir à ce sujet : Clic !).

christ triomphant
 
 
 
8 Avril 2005
Grégory a écrit :
 
Étant étudiant en histoire (oui, je suis un grand chanceux), j'ai eu à faire un petit laïus sur le rôle politique des cohortes prétoriennes. En cherchant des ouvrages concernant ce sujet, je suis tombé sur un livre de Lucien JERPHAGNON, intitulé Histoire de la Rome Antique, publié chez l'éditeur Taillandier en 1987.
À ma grande surprise, les thèses développées par cet auteur ressemblent fortement aux vôtres, et j'aurais donc voulu connaître vos sources par curiosité.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Bien sûr, je connais cet excellent, et souvent jubilatoire, bouquin de Lucien JERPHAGNON. D'ailleurs, à mon humble avis, cette Histoire de la Rome antique, c'est vraiment le must, le nec plus ultra pour tout qui veut aborder intelligemment et plaisamment l'étude de cette période historique.

Cela précisé, je ne sais pas si je peux compter cet ouvrage parmi mes sources (sauf peut-être en ce qui concerne les textes les plus récents publiés dans mon site) puisque je ne l'ai acquis et lu que récemment (en automne 2004).

Je risque probablement de choquer le futur historien que vous êtes (c'est vrai que vous avez de la chance), mais ma méthode de travail n'est guère historiquement orthodoxe. Pour les rédiger les notices biographiques d'empereurs, je préfère en général travailler sur les textes antiques (en traduction, bien entendu), et les interpréter à ma façon, en me fiant à ma petite jugeote, sans trop me préoccuper des avis des historiens contemporains. Pour le "courrier des visiteurs", j'ai davantage recours aux travaux d'exégèse moderne. Mais cela ne va très loin : ma bibliothèque est assez réduite, mes moyens financiers pour l'étoffer malgré tout limités, et je n'ai le temps ni l'envie de hanter les bibliothèques.

Tout cela pour vous dire que quand j'ai enfin lu - et avec quelle délectation ! - le livre de Lucien JERPHAGNON, j'ai été ravi et flatté d'y retrouver certaines idées que j'avais évoquées dans mes pages internet sans les avoir lues par ailleurs
Et, contrairement à ce que d'aucuns pourraient penser, je ne me suis pas dit in petto : "Normal, les grands esprits se rencontrent !", mais plutôt, en toute modestie : "Allez, on dirait quand même que tu n'as pas écrit trop de bêtises !"

livre jerphagnon
 
 
 
Conclusion de Grégory :
 
Si cela peut vous rassurer, sachez que notre Bibliothèque Universitaire regorge d'auteurs qui procèdent de la même manière. D'autres reprennent scrupuleusement ce qu'on dit des auteurs fielleux comme Suétone. Ce n'est pas gênant quand le livre parle des jeux du cirque ou d'un quelconque loisir, c'est beaucoup plus difficile quand le sujet traité est celui des gardes prétoriennes où l'on voit l'auteur débiter pendant tout un chapitre la litanie habituelle (et, à mon avis, aussi fausse) des horreurs de l'"affreux" Tibère.
 
 
 
8 Avril 2005
Laurent (site www.octonovo.org) a écrit :
 

Je suis un passionné de l'affaire de Rennes le château et l'une des pistes trésoraires qui anime le landernau des chercheurs est celle du trésor pillé à Jérusalem par Titus en 70. À charge, il existe une légende authentique et assez ancienne qui fait de Carcassonne ou de sa région le réceptacle de ce trésor après le pillage de Rome en 410 par les wisigoths. Un auteur du XIXe siècle y a consacré une notice détaillée en s'appuyant sur Jordanès et son histoire des Goths (voir ici : Clic !)…

À titre de décharge, il me semble qu'il existe des mentions postérieures au sac de Rome qui font mention de ce trésor comme étant encore en possession des Romains (je crois que c'est dans les guerres contre les Vandales de Procope de Césarée mais je ne suis pas sûr).

1°) Quelles sont les sources qui parlent de ce trésor après son arrivée à Rome où il fût enfermé dans le temple de Jupiter Capitolin ?

2°) Existe-t-il des traces de lui après le sac de 410 qui indiqueraient qui en était alors possesseur ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Oh, vous savez, j'ai bien peur que vous ne surestimiez mon érudition à propos de l'or du Temple de Jérusalem. D'ailleurs, en somme, votre mail reprend les questions que je me pose moi-même, sans avoir, davantage que vous, de réponses définitives. Et, finalement, j'en sais bien moins sur cette question que l'auteur de l'article que vous reproduisez dans votre site internet (par parenthèses très intéressant).

Comme vous le relevez, il est (à peu près) sûr qu'après le triomphe de Titus sur les Juifs, le Trésor du Temple fut entreposé dans le temple de Jupiter Capitolin. On peut présumer qu'il y resta jusqu'au Ve siècle. Quoique… Depuis le milieu du IIIe siècle, Rome se débattait dans une telle mouise financière qu'il me paraît quand même assez peu vraisemblable que tout ce magot, si aisément monnayable, ait échappé si longtemps aux convoitises de monarques romains, perpétuellement au bord de la banqueroute et prêts à tous les expédients pour acquérir des liquidités ! Mais enfin, admettons…
Alaric s'en empara-il lorsqu'il prit et pilla la Ville éternelle ? Rafla-t-il le tout, ou seulement une partie, le reste tombant dans les vastes poches du Vandale (ô combien !) Genséric ? Pour moi, cela reste un mystère… À première vue, j'aurais plutôt tendance à penser que si l'or sacré de Jérusalem se trouvait encore à Rome lors du premier saccage que la Ville depuis l'irruption des Gaulois de Brennus, il n'a pas pu échapper à l'avidité de ces vainqueurs assoiffés d'or. Mais d'un autre côté, on raconte généralement que :le superstitieux Alaric, dûment tancé par les prêtres chrétiens, aurait modéré l'ardeur ravageuse et la cupidité des hordes qu'il commandait en leur ordonnant de respecter les lieux et objets sacré. Genséric, lui, n'éprouva pas de tels scrupules : il racla jusqu'à l'os les richesses romaines.

arc de titus - ;menorah

Évidemment, si c'est bien Alaric qui s'empara de ce trésor fabuleux, il est possible que celui-ci ait pu se retrouver, à un moment ou à un autre, dans les possessions wisigothes du Sud de la France. Peut-être même est-il toujours caché aux environs de Rennes-le-Château, qui sait ?… Mais s'il tomba dans les insondables fouilles de Genséric, il fut d'abord transporté à Carthage, puis, après la reconquête byzantine (en 535), à Constantinople, d'où il fut sans doute envoyé à Jérusalem… pour probablement tomber entre les mains des Perses (avec la Vraie Croix et d'autres dépôts sacrés) lorsque ceux-ci s'emparèrent de la Ville Sainte (en 614).

Voilà, c'est tout ce que je peux vous dire à ce sujet… C'est-à-dire, comme vous le constatez, rien de bien transcendant.

 
 
 
Conclusion de Laurent :
 

Concernant le trésor de Jérusalem, je vous serais reconnaissant si vous pouviez garder cette question à l'esprit car étant chercheur depuis 20 ans, si vous trouviez des éléments à l'avenir, mêmes minimes, j'en serais probablement toujours preneur.

Cette question du trésor de Jérusalem étant l'une des plus merveilleuses, elle est très attirante pour beaucoup. Néanmoins faire de l'histoire en 4 pages sur une période de 400 ans, cela me semble très hasardeux au moins sur le principe. Je me souviens de l'épisode ou il est question de la possession du trésor par les Romains. Dans une chronique de guerre, les troupes romaines sont en Afrique (et je crois que c'est durant leur guerre contre les Vandales ???) et sont en difficulté. Un juif prend alors contact avec le général romain pour lui suggérer de rendre les objets sacrés du Temple afin de rentrer dans les bonnes grâces de Yahvé et de s'assurer un soutien divin pour la suite de la guerre, mais je n'arrive pas à me souvenir d'où cela est tiré exactement. Si vous croisez cette information en particulier, je vous serais très reconnaissant de me dire où…

Pour ce qui est de l'article de JAFFUS, il est très ben documenté mais en même temps, les historiens régionaux de la fin du XIXe siècle sont parfois très attirés par le merveilleux. Il fût néanmoins à l'origine d'une modeste campagne de fouille peu avant 1900 et je n'ai encore jamais vu de travail correspondant à celui-là et de cette érudition depuis.

Je resterais moi aussi surpris que les Romains (qui détestaient les Juifs; surtout après Bar Kochba, voir CELSE en 178) aient résisté à la fonte de cet or durant 340 ans (mais pourquoi pas, si on en retrouve trace après 400 dans une chronique…).
S'il est tombé entre les mains d'Alaric, je peux vous refaire une histoire crédible pour le faire atterrir à Rennes le Château ou dans la région, mais cela reste quand même très hypothétique.

D'autre part, le village voisin de Rennes-les-Bains (voisin de Rennes-le-Château) est connu pour être un spot archéologique gallo-romain (il y avait des termes romains). Pour votre curiosité personnelle, vous pouvez aller voir la notice DELMAS qui est une description par le curé du cru en 1709 des antiquités visibles, ainsi que certains articles de la SESA en particulier celui de 1969.. Pour ma part, si vous trouviez des infos historiques sur la période romaine de ce village, je vous serais reconnaissant de me les faire connaître.

Avec tous mes remerciements pour vos lumières sur ce sujet difficile.

 
 
 
9 Avril 2005
Manu a écrit :
 
Je cherche à identifier un certain Gaius (ou Caius) Carrinas, mentionné par Dion Cassius (L1, 21, 5-9), qui, à l'époque d'Auguste (ou plutôt avant ses triomphes de 29) aurait soumis les Morins et d'autres tribus révoltées.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Je peux me tromper, mais j'ai bien l'impression que l'essentiel de ce que l'on sait sur ce Caius (ou Gaius) Carrinas se trouve dans le livre 51 de l'"Histoire romaine" de Dion Cassius (traduction anglaise, voir site LacusCurtius : Clic !).

Bien que son père eût été exécuté sur ordre de Sylla, et bien qu'il fût resté de longues années sans pouvoir exercer de magistratures notables, ce Carrinas devint consul suffect en 43 av. J.-C. Ensuite, il soumit les Morins qui s'étaient révoltées avec d'autres tribus du Nord de la Belgique actuelle. Puis (sans doute en 29 av. J.-C.), il repoussa les Suèves qui avaient traversé le Rhin pour porter la guerre en Gaule. Il fut récompensé de ces victoires par un triomphe, célébré à Rome le 12 juin 28 (av. J.-C., bien sûr, et non "ap. J.-C.", comme l'indiquent erronément certains sites internet).
Évidemment, cette cérémonie fut incluse dans le "Triomphe universel" par lequel Auguste célébra ses victoires successives sur tous les ennemis de Rome. Il faut dire que, comme le remarque fort justement Dion Cassius, les succès de Carrinas aux marches septentrionales de l'Empire avaient consolidé le pouvoir d'Auguste, et affermi son autorité.

 
 
 
11 Avril 2005
Elisabeth réécrit :
 
Je voudrais vous poser encore une petite question : pourriez-vous me dire le nom, si vous en connaissez une, d'une impératrice romaine qui serait plus célèbre que les autres… ?
 
 
 
RÉPONSE :

 

Sans aucun doute, les impératrices les plus célèbres sont les premières, c'est-à-dire les épouses des premiers empereurs, ceux de la dynastie Julio-claudienne. Normal : ce sont celles que l'on connaît le mieux ! Leur légende noire et celles de leurs époux, tous prétendument plus faibles, fous ou cruels les uns que les autres, s'est diffusée partout grâce aux œuvres d'un écrivain de génie, l'historien latin Tacite, ainsi qu'à celles son collègue Suétone, certes moins doué sur le plan littéraire, mais doté d'une plume encore plus venimeuse…

Voici les noms de ces grandes dames romaines (j'indique également les liens vers les pages de mon site où vous trouverez des renseignements les concernant) :

À mon avis, parmi celles-ci, la plus célèbre devrait être la terrible Agrippine, qui précéderait de justesse - dans un mouchoir de poche - la sulfureuse Poppée. Mais c'est un peu subjectif, tout ça !…

 

agrippine