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Sommaire Mars 2005 :

  • 8 Mars :
    • Une carte pour distinguer les territoires du tétrarque Maximien ? : Clic !
  • 10 Mars :
    • Injuste envers Pertinax ? : Clic !
  • 10 Mars :
    • Une bien suave impératrice !… : Clic !
  • 13 Mars :
    • Les tribulations des Romains en Chine (suite…) : Clic !
2e PAGE
  • 19 Mars :
    • Marcia, belle en scène comme à la Ville… : Clic !
  • 22 Mars :
    • Dictes-moy où, n'en quel pays, est Didon la belle Africaine, Boadicéa ne Zénobie, qui oncques fut sa cousine germaine ? : Clic !
  • 23 Mars :
    • Le génie créateur de Constance II : Clic !

 

3e PAGE
  • 25 Mars :
    • Un mémoire universitaire sur les religions de l'empereur Julien : Clic !
  • 26 Mars :
  • 28 Mars :
    • Où les empereurs faisaient-ils frapper monnaie ? : Clic !
  • 28 Mars :
    • Droit romain et idéologie impériale… : Clic !
  • 28 Mars :
    • Qui était Caius Velius Rufus ? : Clic !
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"EMPEREURS ROMAINS"
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8 Mars 2005
Aurélie a écrit :
 

Je suis actuellement étudiante en histoire (…) et je dois effectuer un travail sur la tétrarchie. Mon exposé est presque fini, mais je voudrais argumenter cet exposé par une carte pour montrer la division des territoires entre Dioclétien et Maximien.

Pouvez-vous m'aider ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

En soi, la présentation d'une carte illustrant les territoires impartis aux deux Augustes Dioclétien et Maximien Hercule ne devrait guère poser de problème. Il suffit de reproduire n'importe quelle carte de l'Empire romain (par exemple celle de mon site : Clic ! - mais il y en a d'autres, voir ici : Clic !) en hachurant ou coloriant de manière particulière les provinces réservées à l'herculéen Maximien (Gaule, [Grande-]Bretagne, Espagne, Afrique, Italie).

Toutefois, je me demande si votre projet n'est pas ce que l'on appelle "une fausse bonne idée". À ce qu'il me semble, la plupart des historiens modernes ne mentionnent guère que "pour mémoire" l'aspect territorial des délégations de pouvoir voulues Dioclétien, alors qu'ils soulignent avec insistance l'unité préservée de l'Empire romain :

"Les tâches défensives et de rétablissement de l'ordre ne laissèrent pas de répit au nouvel empereur, qui décida très vite, un an après son avènement, de déléguer à un collègue ce fut Maximien - les affaires de la Gaule et de la Germanie. Pendant un peu plus de sept ans, ce fut donc la Dyarchie ; très vite, Maximien fut promu de César à Auguste, et les deux empereurs, quasi égaux en âge, passèrent symboliquement pour frères, Dioclétien conservant cependant des privilèges d'aînesse. La concertation s'effectuait, pour l'essentiel, à distance, les rencontres étant rares (l'une au bout de deux ou trois ans, une autre, à Milan, au bout de quatre, pour célébrer le début de la cinquième année de règne conjoint). L'échec face à l'usurpateur Carausius en Bretagne, puis sur le continent même, conduisit à un renforcement supplémentaire du dispositif d'intervention et de légitimation du pouvoir impérial.
La première Tétrarchie, le 1er mars 293, plaça sous l'autorité des deux Césars une partie du ressort territorial de leur Auguste. Cependant, il n'y eut pas de partage du sol, à proprement parler. Il revint tout particulièrement aux Césars de mener les campagnes militaires principales
(…)
Cependant, l'Empire n'a jamais cessé d'être considéré comme un patrimoine indivis - selon la formule qu'emploie le Panégyrique XI, 6, 3 de 291 : « indivisum patrimonium ». Un seul empereur parlait au nom de tous, tous parlaient d'une seule voix, en particulier dans la production législative. La légitimité de chaque prince tenait à sa cooptation par le collège impérial. Les victoires de l'un étaient portées au compte de tous et prenaient place dans leur titulature. Le système imaginé par Dioclétien, pour être collégial, n'en était pas moins hiérarchisé. Il visait essentiellement à programmer la succession par la relève des générations, de façon à éliminer les situations de désignation « à chaud » et, même dans le cas d'une vacance inopinée d'un siège impérial, à faire des survivants les seuls désignateurs légitimes du remplaçant. Issus de la proclamation militaire, ces Illyriens connaissaient trop bien les dangers auxquels elle exposait l'Empire : tout en réservant à l'armée le monopole de la proclamation impériale qu'elle s'était arrogé au cours du IIIe siècle, ils voulurent donc la tenir à l'écart du processus même de nomination." (Jean-Michel CARRIÉ et Aline ROUSSELLE, L'Empire romain en mutation des Sévères à Constantin 192-337, pp. 147-148, Éditions du Seuil, Points Histoire, 1999).

Il ne faudrait donc pas confondre les affectations des Tétrarques des années 285-305 avec les partages postérieurs de l'Empire, à l'époque des fils de Constantin ou des rejetons dégénérés de Théodose. Le premier Auguste, en l'occurrence Dioclétien, conserva toujours une préséance qui était le gage de l'unité de l'Empire. C'était lui qui décidait des affectations de ses collègues auxquels il confiait les troupes qu'il estimait nécessaires à leurs besoins. Bref, les empires des tétrarques n'étaient guère que des secteurs d'opérations militaires.

 
 
 
10 Mars 2005
Bertrand a écrit :
 

N'êtes-vous pas un peu dur avec Pertinax ? Tout ce que j'ai pu lire à son sujet lui étant plutôt favorable. C'est vrai que de toute façon, il contrastait avec Commode.

Vous écrivez : "Les historiens antiques prétendent qu'il aurait hésité à ceindre la couronne impériale et qu'il l'aurait même offert au gendre du grand empereur Marc Aurèle.
Ce n'était là que modestie affectée !
"

Vous avez peut-être raison mais en êtes-vous certain ?

Quoi qu'il en soit, j'aime votre site et vos partis pris, mais s'il y a un empereur moralement honnête, il ne faut pas hésiter à le souligner.
Jusqu'à présent je pensais que Pertinax était de ceux-là.
Bref, je défends son dossier devant vous, mais si vous jugez que sa fiche ne doit pas être modifiée dans un sens plus favorable, je regarderai d'un œil plus vigilant les textes de ses biographes qui le présentent sous un jour flatteur.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Aurais-je eu la dent dure contre Pertinax ?

Après avoir relu attentivement la notice que je lui ai consacrée, je n'en ai pas l'impression… Il y a bien sûr cette petite phrase que vous me reprochez, mais elle manifeste surtout mon scepticisme à l'égard d'un poncif. En effet, si l'on en croit les historiens antiques, la plupart des bons empereurs (de Vespasien à Julien l'Apostat), portés au pouvoir par une révolution ou après une sédition militaire, n'auraient acceptè de revêtir la pourpre qu'après moult hésitation, après s'être fait gentiment prier, voire forcer la main. La modestia, cette modestie dignement sévère de l'homme convaincu de sa propre contingence face à la grandeur et de la pérennité de la République, étant une vertu cardinale romaine, tout bon empereur se devait de la posséder, et les "mauvais césars", tyrans rongés par l'ambition perverse, avides de pouvoir (et surtout des plaisirs qu'il dispensait), en étaient nécessairement dépourvus !

Situé entre Commode, porphyrogénète ayant mal usé d'un pouvoir hérité de son père, et Didius Julianus qui acheta l'Empire mis à l'encan, le "brave" Pertinax ne pouvait évidemment que faire montre d'une retenue exemplaire lorsque le pouvoir lui échut…

Reste toutefois qu'à la réflexion, le désintéressement de notre ami Pertinax me semble sérieusement sujet à caution. En effet, si j'en crois l'Histoire Auguste (Vie de Pertinax, IV, 4), "il ne refusa pas l'offre que lui firent les autres conjurés de se joindre de se joindre au complot contre Commode".
Peut-on réellement croire que c'est dépourvu de toute ambition personnelle que Pertinax participa à ce complot fatal au dernier des Antonins ? N'était-ce pas lui, personnage éminent (cette année-là, il avait nommé consul pour la deuxième fois) et militaire respecté, qui avait le plus de chance de succéder à ce Commode qu'il envisageait de ratiboiser ? D'ailleurs, l'Histoire Auguste (toujours elle) semble montrer que l'élévation de Pertinax à l'Empire avait été prévue par les comploteurs (dont il faisait partie) : "Aussitôt après l'assassinat de l'empereur, le préfet du prétoire Laetus et le chambellan Eclectus vinrent le trouver pour l'encourager à agir, puis le conduisirent au camp des prétoriens. Là, Pertinax s'adressa aux troupes, leur promit la prime d'avènement (le "donativum") et leur dit que le pouvoir lui avait été conféré par Laetus et Eclectus" (Vie de Pertinax, IV, 5-6).
Comme vous le voyez, tout avait été réglé comme sur du papier à musique ! Une fois prévenu de l'heureux dénouement du complot, Pertinax prend la situation en main et agit comme s'il était le seul candidat à la succession de l'empereur assassiné.

pertinax

Quant à la proposition de céder le pouvoir à Claudius Pompeianus, gendre de Marc Aurèle, elle ne paraît avoir été prise au sérieux par personne. Même (et surtout) par le principal intéressé !

Reprenons notre Histoire Auguste : "[Pertinax] quitta nuitamment le camp des Prétoriens pour se rendre au Sénat et voulut se faire ouvrir la salle de réunion de la Curie, mais on ne put trouver le gardien. Il s'arrêta alors dans le temple de la Concorde, et, comme Claudius Pompeianus, le gendre de Marc (Aurèle), l'avait rejoint et qu'il se lamentait sur le sort de Commode, Pertinax l'invita à prendre le pouvoir. Mais il refusa, voyant ben que Pertinax était déjà empereur". (Histoire Auguste, Vie de Pertinax, IV, 9-10).

Comédie du pouvoir que tout cela. Petit jeu du "après vous, je n'en ferai rien, je n'en suis pas digne, éloignez de mes lèvres ce calice, etc…" Ou peut-être, plus radicalement, simple affabulation moralisante de l'auteur de l'Histoire Auguste, puisque les autres sources historiques importances pour cette époque ne chantent pas la même chanson : Hérodien (II, 3, 3-4) prétend que c'est à M. Acilius Glabrio que Pertinax aurait offert le pouvoir, et Dion Cassius ne sait rien de tout cela…

"Testis unus, testis nullus" (= un seul témoin, ça compte pour rien) disaient déjà les juges romains.

 
 
 
11 Mars 2005
Karine a écrit :
 

Je cherche des informations sur une impératrice romaine du nom de Marsala, vraisemblablement dans l'époque TIBÈRE- NÉRON- CALIGULA.

Pouvez-vous me renseigner

 
 
 
RÉPONSE :
 

Désolé, mais "Marsala" n'évoque rien d'autre chez moi que ce vin liquoreux italien qui parfume si délicatement les sabayons ou les fines escalopes de veau. Miam !!!
À ma connaissance, aucune impératrice romaine n'a jamais porté ce doux nom…

Pour info, voici les noms des premières grandes "impératrices" romaines (en latin Augusta). Je me permets également de mentionner des liens vers des pages de mon site où vous trouverez des renseignements les concernant :

 
 
 
14 Mars 2005
Xavier réécrit :
 

Merci de votre prompte réponse et désolé d'avoir pour ma part tant tardé à vous en remercier. En effet, je rentre moi-même d'un long voyage de Chine (mais moi, j'y suis allé de mon plein gré) où je n'ai eu que trop peu l'occasion d'approcher un ordinateur.
Vous m'avez découvert, c'est en effet bien moi qui vous avais déjà écrit au sujet de ces satanés légionnaires perdus. Et voilà que je reviens à la charge avec des noms cette fois. Mais j'ai une excuse : comme beaucoup, je suis séduit par les paradoxes de l'Histoire, et celui-ci m'interpelle (la rencontre de romains et de Chinois).

Cependant si l'on y réfléchit, il n'a rien d'extraordinaire. En effet des commerçants antiques s'étaient certainement tapé le voyage sans l'avoir crié sur les toits. Seules les sources officielles, telles que les récits d'ambassades à but politique nous sont parvenues (partiellement d'ailleurs).
D'ailleurs, que saurait-on du voyage de Marco Polo si celui-ci n'avait pas été emprisonné par les Génois ?
Un autre récit plus ancien de ces voyages d'un extrême à l'autre du monde nous est connu, celui des commis de Maes Titianos, un riche marchand macédonien du Ier ou du IIe siècle ap JC, qui les avait envoyé reconnaître la route jusqu'à l'Empire du milieu.
Malheureusement, ils n'ont rapporté à leur maître que des informations pratiques utiles pour son commerce de grippe-sous. Rien à se mettre sous la dent pour les misérables passionnés d'histoire que nous sommes.

Derrière l'aspect pratique du voyage c'est davantage la perception que les Romains et les Chinois avaient l'un de l'autre qui m'intéresse. D'évaluer la part d'imagination qui devait agrémenter les récits de voyages.

Merci encore pour votre aide.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Il y a maintenant une bonne dizaine d'années de cela, je me suis, moi aussi, rendu en Chine et, à vrai dire, - et si j'ose dire - je n'en suis pas encore revenu ! Même en ayant soigneusement préparé ce voyage, je ne me serais guère senti plus dépaysé sur la planète Mars…Dès lors, je ne suis guère étonné que les rares marchands syro-gréco-romains antiques qui s'aventurèrent à l'aveuglette dans ce monde, si radicalement différent de ceux qu'ils étaient habitués de parcourir, et qui eurent la chance insigne d'en revenir, ne purent en rapporter que des informations sommaires et/ou inexactes. Fallait pas demander à ces "Philistins, épiciers" (comme chantait Brassens) de se transformer pour l'occasion en ethnologues !… D'autant plus qu'il est probable que les Chinois devaient peu s'empresser de dévoiler à ces "barbares au long nez" tous les secrets (commerciaux, "industriels", politiques, militaires) de leur immense et riche pays.

Dernière chose : je viens de trouver, dans un très vieux bouquin, quelques infos complémentaires sur les relations entre l'Empire romain et celui du Milieu. Je doute qu'elles vous apprennent réellement grand-chose de neuf, mais enfin, au cas, où, je vous les transmets :

Le manque d'idées claires des anciens géographes [antiques] sur la configuration de la côte orientale de l'Asie n'a pas empêché Rome même d'entrer en relations avec les habitants de ces pays lointains. Il est vrai que l'entrée en contact des Chinois avec les Romains, sur le continent, ne s'était pas réalisée, pour des motifs que nous aurons l'occasion d'examiner [ci-dessous] (…) ; mais sur mer, cette rencontre eut lieu, en réalité, au IIe siècle déjà après J.-C. D'après les annales chinoises, une ambassade de l'empereur Antun, maître de l'empire de Ta-tsin, parut en 166 à la cour impériale ; elle avait pris la route maritime alors suffisamment connue, jusqu'au Tonkin et avait ensuite continué à s'avancer par terre. Antun est l'empereur Marc Aurèle, Ta-tsin, l'empire romain.

Une seconde ambassade romaine suivit au commencement du IIIe siècle. Elle apporta des présents en verre qui firent sensation en Chine et accrurent considérablement la renommée de l'industrie et de l'art de Ta-tsin. On cite une troisième ambassade en 284. Nous savons tout aussi peu de choses sur son but et sa marche que sur la fin de la première expédition de 166 ; par contre, nous sommes bien renseignés au sujet de la destinée du marchand romain Lun, comme l'appellent les Chinois. Lun aborda en 227 dans un district du sud de la Chine dont le gouverneur le conduisit auprès des autorités provinciales. Là, on l'interrogea sur les mœurs, mais aussi sur les « chants » de son pays, après quoi on le reconduisit avec « tout son bagage » jusqu'à la côte et on le laissa de bonne grâce repartir pour son pays.

(…)

Le premier [Chinois] qui ait fait des découvertes géographiques est le général Tschangkien. Envoyé par l'empereur Hsiawuti (140-87 avant J.-C.), pour chercher des alliés du côté de l'ouest, il arriva, au cours d'une expédition qui ne dura pas moins de 13 ans, jusque dans les pays éloignés touraniens, où de grands peuples civilisés avaient des villes florissantes et pratiquaient un commerce actif. Pour s'en approprier les avantages, les empereurs de la dynastie des Han ont ensuite envoyé expédition sur expédition du côté de l'ouest, des caravanes de commerce pacifiques et des entreprises militaires.

Au point de vue commercial, ils ne sont arrivés à ce résultat, qu'à partir de l'année 114 avant J.-C. et pendant 120 années, les routes conduisant jusqu'au lointain bassin du Tarym et au-delà, sont restées ouvertes sans obstacles. Au point de vue géographique, cette période a d'abord apporté aux Chinois d'autres notions sur la nature du monde qui les entourait ; en outre, elle leur a fourni l'occasion d'enregistrer leurs observations d'une manière à laquelle nous sommes obligés de rendre justice, car ce sont ces observations qui nous donnent pour la première fois la clef de plus d'une énigme géographique de l'intérieur de la haute Asie.

Ces entreprises extérieures des Chinois deviennent encore plus intéressantes au point de vue de l'histoire de la civilisation, au cours du Ier siècle de notre ère. Peu de temps après le commencement de cette ère, les Hiungnou avaient de nouveau déplacé la route commerciale vers l'Ouest, de sorte qu'elle fut totalement barrée pendant 56 ans. C'est seulement au cours du dernier tiers de ce siècle que le général Pan-tschou mit un terme à ce fâcheux état de choses ; non seulement il reprit possession des territoires perdus, mais il traversa les passes du Pamir et mena victorieusement des armées chinoises jusqu'à la mer Caspienne. Ceci se passait en 95 après J. -C. C'était l'époque où l'empire romain avait atteint sa plus grande extension territoriale, où il s'étendait de la mer du Nord au Sahara, de l'Océan Atlantique jusque loin dans l'Asie antérieure ; seule, la surface peu considérable de la mer Caspienne séparait le plus grand empire d'Occident du plus grand empire d'Orient. Et pourtant, ni alors, ni dans l'Antiquité, il n'y eut, du moins sur le continent, de contact entre les deux empires ; le commerce, à vrai dire, prit un essor plus grand qu'à aucune époque antérieure ; par contre, le contact qui eût sûrement été si fertile en conséquences entre les deux sphères civilisées, ne se produisit pas.

soldats chinois - x'ian

Dans le désir bien compréhensible d'entrer en relations plus suivies avec le puissant empire des Ta-tsin comme les Chinois appelaient les Romains, Pan-tschou envoya le général KiuKan-Ying comme ambassadeur vers l'ouest. Malheureusement, les idées que se faisaient les Parthes, jaloux de leur monopole commercial, au sujet des dangers de la navigation sur la mer Caspienne, dont la traversée durait, disait-on, parfois trois ans, mais aussi sa propre poltronnerie empêchèrent Kiou-Kan-Ying d'exécuter cet ordre. Ainsi s'échappa l'unique occasion qui s'était offerte dans l'Antiquité pour établir des relations de voisinage plus étroites entre la civilisation de l'Orient et la civilisation de l'Occident. En 120, les Chinois perdirent déjà tous leurs avantages dans l'Asie occidentale ; ils se retirèrent vers l'orient et, en 150, le chemin de communication est de nouveau complètement fermé."
(Charles WEULE, in L’Univers et l’Humanité, Éditions Bong, Paris, vers 1910).

 
 
 
Xavier conclut :
 

Vous n'en êtes jamais revenu ? Ravi de vous savoir sinophile…

À nouveau, vous me gâtez par votre réponse fournie. J'ignorais que les Chinois avaient atteint la Caspienne, je pensais qu'ils s'étaient arrêtés plus à l'est, dans le Kazakhstan. Ce coup-ci, les Romains et eux se sont vraiment ratés de peu.

C'est probablement à cette occasion ratée que nous devons le fait d'être restés mystérieux et enchanteurs l'un pour l'autre, et surtout de ne pas s'être fait la guerre. J'ai bien peur qu'autrement, de terribles descriptions dignes des Huns n'aient foisonné dans les textes antiques au sujet des armées chinoises. Il semble qu'à cette époque un peuple était merveilleux s'il était hors de portée, et démoniaque s'il était proche. Les descriptions imaginaires ne manquent d'ailleurs pas sur la manière dont les Chinois nous percevaient : dans un monde au comble de l'honnêteté, avec des palais en verre, des rois gentils comme tout qui ne se laissaient destituer si l'empire allait mal…bref, un pays amical et idéal, une sorte d'Atlantide réelle.
C'est vrai que les empereurs changeaient souvent, vous en savez quelque chose, mais je doute que ces conteurs chinois mentionnaient le caractère un brin expéditif de ces transitions. Ils mentionnent souvent l'habitude que les empereurs romains avaient de défiler dans les rues, suivis d'un type portant un panier dans lequel les citoyens pouvaient mettre leurs doléances écrites (bonjour les lettres anonymes). Rentré au palais, l'empereur lisait tout ça et agissait au mieux. Voilà un trait de l'histoire romaine qui ne dit rien. Par contre elle est récurrente puisqu'on la retrouve durant près de 1000 ans au sujet des Romains.