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Février 2005 (page 2/3)
Sommaire du mois de Février : Clic
!
REMARQUE DU WEBMASTER
(30 Mars 2005):
La société ("ifrance"),
qui hébergeait jusqu'à présent ce site
internet, ayant connu de gros problèmes techniques,
je ne puis garantir que toutes mes réponses soient
bien parvenues à leurs destinataires, ni non plus
d'avoir reçu tout le courrier qui m'aurait été
expédié.
Désormais, ce site est confié à un
hébergeur bien plus fiable (Nexenservices),
et l'accessibilité du site devrait s'en trouver considérablement
améliorée, tant du point de vue de la navigation
que de celui de la correspondance.
Je vous présente toutes mes excuses pour les désagréments
que vous avez subis lors de vos visites, et vous remercie
de la patience dont vous avez dû faire preuve à
ces occasions. Je suis également désolé
si vous trouvez ci-dessous une réponse dont vous
n'auriez pas eu la primeur, ou si vous n'en avez reçu
aucune de ma part. Dans ce dernier cas, ayez l'obligeance
de m'adresser à nouveau votre message - si du moins
il n'est pas trop tard !… |
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| 6 Février 2005 |
| Sarah
a écrit : |
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En fidèle
internaute de votre site, je vous envoie un mail afin d'avoir
une petite aide quant à un texte qui me pose de gros
problèmes dans son étude.
Je dois faire le commentaire d'un
extrait de l'œuvre de Saint Jérôme,
traitant des invasions barbares après la
mort de Théodose et, apparemment jusqu'en 410, mais
je ne situe pas bien l'écriture et la nature de celui-ci.
Je n'ai qu'une seule indication pour me mettre sur la voie
: "Ep., CXXIII, 15-16", et celle-ci me
pose quelques difficultés. Est-ce que ce texte est
extrait des correspondances de Saint Jérôme
? Mais quand ont-elles été écrites
? Sont-elles extraites d'un ouvrage de cet auteur ? Je ne
sais pas et ai besoin d'aide pour éclaircir tout
cela.
Voilà, je vous serais vraiment
très reconnaissante si vous trouviez quelques éléments,
qui pourraient me permettre de situer ce texte, ainsi que
quelques informations sur les invasions barbares à
la fin du Ve siècle au début du VIe. . |
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| RÉPONSE
: |
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| Je présume que le texte
de saint Jérôme qui vous intéresse est
celui-ci :
"Mais à
quoi m'amuse-je de parler des biens du monde
dans le temps même que le monde périt
? Toute la gloire de l'empire romain disparaît
à nos yeux, et cependant nous ne pensons
point aux approches de l’Antéchrist,
que le Seigneur Jésus détruira
par le souffle de sa bouche. Malheur aux femmes
qui seront grosses ou qui nourriront des enfants
en ce temps-là ! Ce sont là des
suites ordinaires du mariage.
Si nous avons échappé aux calamités
publiques, nous qui en sommes les pitoyables
restes, c'est à la miséricorde
du Seigneur et non pas à nos propres
mérites que nous en sommes redevables.
Une multitude prodigieuse de nations cruelles
et barbares a inondé toutes les Gaules
; tout ce qui est entre les Alpes et les Pyrénées,
entre l'Océan et le Rhin a été
en proie aux Quades, aux Vandales, aux Sarmates,
aux Alains, aux Gépides, aux Hérules,
aux Saxons, aux Bourguignons, aux Allemands,
et aux Pannoniens ; mes malheureux compatriotes,
à qui l'on peut appliquer ce que dit
David : « Les Assyriens sont aussi
venus avec eux. » Mayence, cette
ville autrefois si considérable, a été
prise et entièrement ruinée, et
elle a vu égorger dans ses temples plusieurs
milliers de personnes ; Worms, après
avoir soutenu un long siège, a été
enfin ensevelie sous ses propres ruines ; Reims,
cette ville si forte, Amiens, Arras, Thérouanne,
Tournai, Spire, Strasbourg, toutes ces villes
sont aujourd'hui sous la domination des Allemands
; les Barbares ont ravagé presque toutes
les villes d'Aquitaine,de Gascogne et des provinces
lyonnaise et narbonnaise ; l'épée
au dehors, la faim au dedans, tout conspire
leur ruine.
Je ne saurais, sans répandre des larmes,
me souvenir de la ville de Toulouse qui, jusqu'ici,
avait été conservée par
les mérites de son saint évêque
Exupère. L’Espagne, qui se voit
à la veille de la ruine et qui se souvient
de l'irruption des Cimbres, est dans des alarmes
continuelles, et la crainte lui fait sentir
à tout moment tous les maux que les autres
ont déjà soufferts. |
 |
Je n'en dis pas davantage, de peur qu'il ne semble
que je désespère de la bonté
du Seigneur. Autrefois depuis la mer Noire jusqu'aux
Alpes Juliennes nous étions maîtres de
notre pays et de nos biens. Quand, il y a trente ans,
les Barbares eurent passé le Danube qui nous
servait de barrière, les provinces de l'empire
romain devinrent le théâtre de la guerre.
Il y a si longtemps que nous pleurons nos malheurs,
que la source de nos larmes semble être tarie
: à l'exception de quelques vieillards, tous
les autres, qui étaient nés dans les
fers ou dans des villes assiégées, ne
soupiraient point après une liberté
qui leur était inconnue. Qui le croira jamais,
ou le rendra croyable à la postérité,
que Rome ait combattu jusque dans son propre sein
non pas pour la gloire, mais pour sa conservation
? Ou plutôt que, sans attendre l'ennemi, elle
lui ait sacrifié son or et tous ses meubles
précieux pour se racheter la vie ?
Ce n'est point par la négligence de nos empereurs
(Arcadius et Honorius), qui sont très
pieux, que tous ces malheurs nous arrivent ; c'est
par la perfidie d'un homme demi-barbare (= Stilicon),
d'un traître qui s'est servi de nos richesses
pour armer nos ennemis contre nous.
Quand Brennus, capitaine des Gaulois, entra dans
Rome après avoir désolé tout
le pays et défait l'armée romaine près
de la rivière d'Allia, les Romains alors furent
couverts d'une honte éternelle, et ils ne purent
se laver de cette tache faite à leur gloire
qu'après avoir soumis à leur empire
les Gaules, pays natal des Gaulois, et la Gaule-Grèce
(= la Galatie, en Turquie actuelle), où
ces vainqueurs de l'Orient et de l'Occident s'étaient
établis. Hannibal, qui s'était élevé
comme une tempête des extrémités
de l'Espagne, après avoir ravagé toute
l'Italie vit Rome de près, mais il n'osa l'assiéger
; Pyrrhus eut tant de respect pour le nom romain qu'après
avoir renversé tout ce qu'on lui opposa, et
se voyant aux portes de Rome, il s'en éloigna,
n'osant pas, tout victorieux qu'il était, regarder
une ville qu'on lui avait dit être la cité
des rois. Cependant, pour avoir traité les
Romains, je ne dis pas avec tant d'orgueil, mais avec
si peu de ménagement, la guerre eut des suites
fatales à l'un et à l'autre ; car celui-là
(= Hannibal), après avoir erré
par toute la terre, mourut enfin de poison dans la
Bithynie, et celui-ci (= Pyrrhus), étant
de retour en son pays, fut tué dans son propre
royaume ; et les états de l'un et de l'autre
devinrent tributaires du peuple romain.
Mais aujourd'hui, quand bien même la victoire
se déclarerait en notre faveur, nous ne pourrions
enlever aux ennemis vaincus que ce que nous ayons
déjà perdu. Lucain, dont les pensées
sont si vives et les expressions si brillantes, voulant
nous donner une idée de la grandeur et de la
puissance romaine, dit :
Qui pourra satisfaire un cœur
ambitieux
Si Rome ne peut pas contenter tous ses vœux ?
Au reste, ce que je viens de vous dire
est quelque chose de si délicat qu'il n'est
pas moins dangereux d'en parler que d'en entendre
faire le récit ; car on ôte jusqu'à
la liberté de soupirer en secret, et nous ne
voulons pas, ou plutôt nous n'oserions pleurer
les maux que nous souffrons.
Eh bien ! ma chère fille, penserez-vous
à vous remarier dans de si tristes conjonctures
? Qui prendrez-vous donc pour époux ? sera-ce
un homme qui fuira de devant l'ennemi ou qui ira à
sa rencontre pour le combattre ? Vous concevez assez
que l'une et l'autre de ces extrémités
est également à craindre pour vous.
Au lieu des vers que l'on a coutume de chanter en
l'honneur des nouveaux mariés, vous n'entendrez
que le son effroyable des trompettes, et peut-être
que les personnes que vous inviterez à vos
noces ne les honoreront que par leurs larmes. Quels
plaisirs espérez-vous goûter, vous qui
avez tout perdu, et qui voyez encore votre petite
famille assiégée par les ennemis et
en proie aux maladies et à la faim ?
Mais à Dieu ne plaise que je
vous prête ces sentiments-là, et que
je juge si désavantageusement d'une personne
qui a consacré son âme au Seigneur !
ce que je dis ici vous regarde moins que tant d'autres
à qui je parle sous votre nom. J'en veux à
ces veuves curieuses, fainéantes, causeuses,
qui courent de maison en maison, qui font leur dieu
de leur ventre, qui mettent leur gloire dans leur
propre honte, qui de toute l'Écriture sainte
ne savent que les passages qui semblent autoriser
les secondes noces, qui justifient leurs désirs
déréglés par l'incontinence des
autres, qui prennent plaisir à les voir engagées
avec elles dans les mêmes désordres,
et qui trouvent un adoucissement à leurs maux
dans ceux d'autrui.
Après avoir confondu ces sortes de personnes
et détruit tous leurs raisonnements en leur
expliquant le véritable sens des Épîtres
de saint Paul, si vous voulez apprendre comment vous
devez vivre dans l'état de veuve que vous avez
embrassé, vous n'avez qu'à lire le traité
de la Virginité, que j'ai dédié
à Eustochia, et deux autres ouvrages que j'ai
adressés, l'un à Furia, bru de Probus
qui a été autrefois consul, et l'autre
à Salvina, fille de Gildon qui fit soulever
l’Afrique. Pour celui-ci, il paraîtra
sous votre nom, et sera intitulé De la
Monogamie."
(Saint Jérôme, Lettre
CXXIII, trad. site Abbaye
St Benoît de Port-Valais : Clic
!) |
Ainsi que je viens de l'indiquer ci-dessus, ce texte fait
donc bien partie de la Correspondance de saint
Jérôme. En fait, il s'agit d'une lettre que
le saint exégète écrivit aux alentours
de l'année 409 (date déterminée par
l'allusion à la soi-disant trahison du général
Stilicon - j'y reviendrai). Elle était destinée
à une noble dame de Gaule, nommée Ageruchia.
Cependant, comme vous pouvez le lire au dernier paragraphe
du texte, cette lettre ainsi que deux autres (l'une adressée
à une Salvina, et l'autre à Furia) furent
rassemblées par Jérôme afin de constituer
un opuscule destiné à déconseiller
le remariage des veuves. C'est ce que l'auteur appelle son
traité De la monogamie, mais que l'on connaît
aussi sous le nom de Conseils sur la viduité
(voir ici : Clic
!).
Dans cette lettre à Ageruchia, Jérôme
fait évidemment allusion à la grande invasion
barbare, commencée le 31 décembre 406, lorsque
des hordes hétéroclites de Germains auraient
profité du froid intense pour passer le Rhin gelé
et envahir la Gaule (voir ici : Clic
!). Comme le pressent le saint chrétien, cette
ruée massive signifiait le début de la fin
de l'Empire romain. Mais contrairement à ce qu'il
écrit, ce n'était pas le "demi-barbare"
Stilicon (en fait, il était d'origine Vandale) qui
avait suscité l'invasion. Au contraire, s'il existait
bien un général "romain" capable
d'organiser la résistance face au péril barbare,
c'était justement ce Stilicon-là.
D'ailleurs, quelques mois après la mort de ce vaillant
guerrier, dont la loyauté à l'Empire romain
ne fut contestée qu'afin de justifier son assassinat,
Rome sera prise et pillée par Alaric et ses Goths.
Quant aux empereurs Honorius
et Arcadius, saint Jérôme a beau vanter leur
"piété", l'un comme l'autre
n'étaient que des grosses feignasses, incapables
de gouverner, et très peu résistants aux suggestions
néfastes de mauvais conseillers, qui flattaient les
vices de ces dégénérés pour
satisfaire leurs propres ambitions.
N'ayant pas le courage de rédiger une biographie
de Stilicon, j'ai recueilli quelques passages le
concernant dans la très célèbre et
indémodable Histoire du Déclin et de la
Chute de l'Empire romain d'Edward Gibbon. Les voici
"Stilicon a
joui, à un plus haut degré que ne semblait
le promettre le déclin des arts et du génie,
du don divin qu'Achille a obtenu et qu'enviait Alexandre,
un poète digne de célébrer les
actions des héros. La muse de Claudien, dévouée
à son service, était toujours prête
à couvrir de ridicule et d'infamie Eutrope
et Rufin, ses rivaux, ou à peindre sous les
couleurs les plus brillantes les victoires et les
vertus de son puissant bienfaiteur. Dans l'examen
d'une période assez mal fournie de matériaux
authentiques, nous sommes forcés d'éclaircir
les annales d'Honorius par les satires ou par les
panégyriques d'un auteur contemporain ; mais,
comme Claudien paraît avoir usé amplement
des privilèges de poète et de courtisan,
nous aurons besoin des lumières de la critique
pour réduire le langage de la fiction ou de
l'exagération à la simple vérité
qu'exige un récit historique.
Son silence sur la famille de Stilicon peut être
regardé comme une preuve que son protecteur
ne pouvait ni ne désirait s'honorer d'une longue
suite d'illustres aïeux ; et la légère
mention qu'il fait de son père officier de
cavalerie barbare au service de Valens
semble confirmer l'opinion que Stilicon, qui commanda
si longtemps les armées romaines, descendait
de la race sauvage et perfide des Vandales. Si ce
général n'eût pas possédé
les avantages de la taille et de la force, toute l'adulation
de la poésie n'aurait pas donné au chantre
de Stilicon le courage d'affirmer sans crainte, devant
des milliers de témoins, qu'il surpassait la
taille des demi-dieux de l'Antiquité, et que
quand il traversait à pas lents les rues de
la capitale, le peuple étonné faisait
place à un étranger qui, dans la condition
d'un simple particulier, présentait la majesté
imposante d'un héros.
Dès
sa plus tendre jeunesse, il avait embrassé
la profession des armes. Sa valeur et son habileté
se firent bientôt remarquer sur le champ
de bataille. Les cavaliers et les archers de
l'Orient admiraient la supériorité
de son adresse ; et, à chaque grade militaire
où il fut élevé, le jugement
du public prévint et approuva le choix
du souverain. Théodose
le chargea de la ratification d'un traité
avec le roi de Perse. Dans cette ambassade importante,
il soutint la dignité du nom romain,
et, après son retour à Constantinople,
il obtint pour récompense l'honneur d'une
étroite alliance avec la famille impériale.
Le sentiment respectable de l'amitié
fraternelle avait engagé Théodose
à adopter la fille de son frère
Honorius (= la princesse Sérène).
Une cour adoratrice admirait à l'envi
les talents et la beauté de Sérène,
et Stilicon obtint la préférence
sur une foule de rivaux qui se disputaient ambitieusement
la main de la princesse et la faveur de son
père adoptif.
Convaincu que le mari de Sérène
demeurerait fidèle aux souverains qui
l'avaient rapproché d'eux, Théodose
se plut à élever la fortune et
à exercer les talents du sage et intrépide
Stilicon. Il passa successivement du grade de
maître de la cavalerie et de comte des
domestiques, au rang distingué de maître
général de toute la cavalerie
et infanterie de l'empire romain, ou du moins
de l'empire d'Occident, et ses ennemis avouaient
qu'il ne s'était jamais abaissé
à vendre à la richesse les récompenses
dues au mérite, et à frustrer
les soldats de la paye ou des gratifications
qu'ils méritaient ou prétendaient
pouvoir réclamer de la libéralité
du gouvernement. (…) |
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Les vertus et les victoires de Stilicon éveillèrent
la jalousie et la haine de Rufin (favori corrompu
et ambitieux de Théodose) ; les artifices
de la calomnie auraient peut-être prévalu
si la tendre et vigilante Sérène n'avait
protégé son mari contre ses ennemis
personnels, tandis qu'il repoussait ceux de l'empire.
Théodose ne voulut point abandonner un indigne
ministre à l'activité duquel il confiait
le gouvernement de son palais et de tout l'Orient
; mais quand il marcha contre Eugène,
le sage empereur associa son fidèle général
aux travaux glorieux de la guerre civile; et dans
les derniers instants de sa vie, le monarque expirant
lui recommanda le soin de ses deux fils et la défense
de l'empire Cette fonction importante n'était
point au-dessus des talents ni de l'ambition de Stilicon,
et il réclama la régence des deux empires
durant la minorité d'Arcadius et d'Honorius.
La première démarche de son administration,
ou plutôt de son règne, annonça
la vigueur et l'activité d'un génie
fait pour commander. Il passa les Alpes au cœur
de l'hiver, descendit le Rhin depuis le fort de Bâle
jusqu'aux frontières de la Batavie (Hollande
actuelle), examina l'état des garnisons,
arrêta les entreprises des Germains ; et, après
avoir établi sur les bords du fleuve une paix
honorable et solide, il retourna au palais de Milan
avec une rapidité incroyable. Honorius et sa
cour obéissaient au maître général
de l'Occident, et les armées et les provinces
de l'Europe reconnaissaient, sans hésiter,
une autorité légale exercée au
nom de leur jeune souverain.
Deux rivaux seulement disputaient les droits
de Stilicon et provoquaient sa vengeance. En Afrique,
le Maure Gildon soutenait une insolente et dangereuse
indépendance ; et (Rufin) le ministre
de Constantinople prétendait exercer sur l'empire
et l'empereur d'Orient un pouvoir égal à
celui de Stilicon dans l'Occident."
[ Stilicon commandite l’assassinat de Rufin,
son rival en Orient (395), ce qui n’empêche
cependant pas les parties de l’Empire romain
de se brouiller - Ensuite Stilicon écrase le
révolte de Gildon en Afrique (398), puis repousse
une première invasion des Wisigoths d’Alaric
en Italie (100-403). En 406, d’autres barbares
variés (Vandales, Suèves, Alains, Bourguignons),
commandés par Radagaise, pénètrent
en Italie et menacent même Rome. Stilicon écrase
ces hordes devant Florence. Fin 406, c’est la
grande ruée des Barbares en Gaule. Débordé,
Stilicon doit se résoudre à sacrifier
(provisoirement) les provinces transalpines afin de
sauver l’Italie. Il ne s’agit nullement
d'une trahison, mais d’une nécessité
tactique. À cette époque, Stilicon tente
aussi conclure un traité avec Alaric, lui faisant
miroiter de mirifiques conquêtes en Orient pour
mieux l'éloigner d’Italie. Mais cette
realpolitik, ambiguë et onéreuse
(4.000 pièces d’or pour acheter l’alliance
du roi wisigoth), est de plus en plus mal perçue.
Pour Stilicon, ça commence à sentir
le roussi ! … ]
“La voix du courage et de la liberté
garda le silence, et l'on vota, sous le nom de subside,
une somme de quatre mille livres d'or, pour assurer
la paix de l'Italie et conserver l'alliance du roi
des Goths (= Alaric). Le seul Lampadius,
un des plus illustres membres de l'assemblée,
persista dans son refus ; et après s'être
écrié avec véhémence :
« Ceci n'est point un traité de
paix, mais un pacte d'esclavage », il évita
le danger d'une si audacieuse opposition par une retraite
précipitée dans le sanctuaire d'une
église chrétienne.
(Mai 408)
Mais le règne de Stilicon tirait à
sa fin, et l'orgueilleux ministre pouvait apercevoir
les premiers symptômes de sa disgrâce
prochaine. On avait applaudi à la résistance
courageuse de Lampadius ; et le Sénat,
qui s'était depuis longtemps résigné
si patiemment à la servitude, rejetait
avec dédain l'offre d'une liberté
honteuse et imaginaire. Les troupes qui, sous
le nom de légions romaines, en possédaient
encore les privilèges voyaient avec colère
la prédilection de Stilicon pour les Barbares,
et le peuple dégénéré
imputait à la pernicieuse politique du
ministre des malheurs, suite naturelle de sa propre
lâcheté. Cependant Stilicon aurait
pu braver encore les clameurs du peuple, et même
des soldats, s'il eût pu conserver son empire
sur l'esprit de son faible pupille ; mais le respectueux
attachement d'Honorius
s'était changé en crainte, en soupçons
et en haine.
Le perfide Olympius, qui cachait ses
vices sous le masque de la piété
chrétienne, avait sourdement déchiré
le bienfaiteur dont il tenait la place honorable
qu'il occupait dans le palais impérial.
L'indolent Honorius, qui accomplissait sa vingt-cinquième
année, apprit d'Olympius, avec étonnement,
qu'avec le nom d'empereur il n'en possédait
ni l'autorité ni la considération.
Le rusé courtisan alarma adroitement la
timidité de son maître par une peinture
animée des desseins de Stilicon, qui méditait,
disait-il, la mort de son souverain, dans l'espérance
de placer le diadème sur la tête
de son fils Eucherius. Le nouveau favori engagea
l'empereur à prendre le ton de l'indépendance
et de la dignité ; et le ministre vit avec
surprise la cour et le conseil former en secret
des desseins opposés à ses intérêts
ou à ses intentions." |
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[ Honorius décide de quitter Rome et de rentrer
à Ravenne. Stilicon l’accompagne jusqu’à
Bologne, où il réprime une révolte
des gardes ]
"Honorius embrassa pour la dernière
fois le ministre qu'il ne considérait plus
que comme un tyran, et poursuivit sa route vers Pavie,
où il fut reçu aux acclamations de toutes
les troupes rassemblées pour secourir la Gaule.
Le quatrième jour, le monarque prononça,
en présence des soldats, une harangue militaire,
composée par Olympius, qui, par ses charitables
visites et ses discours artificieux, avait dû
les engager dans une odieuse et sanglante conspiration.
Au premier signal, ils massacrèrent les amis
de Stilicon, les officiers les plus distingués
de l'empire, les deux préfets du prétoire
de l'Italie et de la Gaule, deux maîtres généraux
de la cavalerie et de l'infanterie, le maître
des offices, le questeur, le trésorier et le
comte des domestiques. Un grand nombre de citoyens
perdirent la vie, beaucoup de maisons furent pillées,
et le tumulte dura jusqu'à la nuit. Le monarque
épouvanté, qu'on avait vu dans les rues
de Pavie sans diadème et dépouillé
de la pourpre impériale, céda aux conseils
de son favori, condamna la mémoire des victimes,
et reconnut publiquement l'innocence et la fidélité
des assassins.
La nouvelle du massacre de Pavie remplit l'âme
de Stilicon des plus justes et plus sinistres appréhensions.
Il assembla sur-le-champ, dans le camp de Bologne,
un conseil des chefs confédérés
attachés à sa personne, et qui devaient
craindre de se trouver enveloppés dans sa ruine.
« Aux armes ! À la vengeance ! »
furent les premiers cris que fit entendre impétueuse
assemblée : ils voulurent marcher sans délai
sous les étendards d'un héros qui les
avait si souvent conduits à la victoire ; surprendre,
et exterminer le perfide Olympius et ses méprisables
Romains, et peut-être assurer le diadème
sur la tête de leur général outragé.
Au lieu d'exécuter une résolution qui
pouvait être justifiée par le succès,
Stilicon hésita jusqu'au moment où sa
perte devint inévitable. Il ignorait encore
le sort de l'empereur, se méfiait de son propre
parti, et considérait avec horreur le danger
d'armer multitude de Barbares indisciplinés
contre les soldats et les peuples l'Italie.
Les chefs, irrités de ses doutes et
de ses délais, se retirèrent frappés
de crainte et enflammés d'indignation.
À minuit, Sarrus, guerrier de la nation des
Goths (…) pénétra jusque
dans la tente où le ministre inquiet et pensif
réfléchissait aux dangers de la situation.
Stilicon échappa avec difficulté à
la fureur des assassins, et, après avoir fait
publier un généreux et dernier avis
à toutes les villes d'Italie de fermer leurs
portes aux Barbares, sa confiance ou son désespoir
le conduisit à Ravenne, déjà
occupée par ses ennemis.
Olympius, qui exerçait déjà
toute l'autorité l'empereur, apprit bientôt
que son rival s'était réfugié
dans l'église de Ravenne. Bas et cruel, l'hypocrite
Olympius était également incapable de
remords et compassion ; mais, voulant conserver une
apparence de piété, il tâcha d'éluder
les privilèges d'un asile qu'il feignait de
respecter. Le comte Héraclien, suivi d'une
troupe de soldats, parut au point du jour devant les
portes de l'église de Ravenne ; et un serment
solennel persuada l'évêque que l'empereur
avait seulement ordonné de s'assurer de la
personne de Stilicon ; mais dès que l'infortuné
ministre eut passé le seuil consacré,
le commandant perfide montra la sentence qui le condamnait
à mourir sur-le-champ. Stilicon souffrit avec
tranquillité les noms injurieux de traître
et de parricide réprima le zèle inutile
de sa suite prête à mourir pour le sauver,
et tendit le cou au glaive avec une fermeté
digne du dernier général des Romains.
(…) Son fils Eucherius fut arrêté
dans sa fuite, [ et exécuté ] (…)
L'implacable Olympius persécuta tous ceux
des amis de Stilicon qui avaient échappé
au massacre de Pavie, et employa les plus cruelles
tortures pour leur arracher l'aveu d'une conspiration
sacrilège. Ils moururent en silence. Leur fermeté
justifie le choix de leur protecteur, et prouve peut-être
son innocence ; le despotisme qui, après lui
avoir ôté la vie sans examen, a flétri
sa mémoire sans preuves n'a aucun pouvoir sur
le suffrage impartial de la postérité.
Les services de Stilicon sont grands et manifestes;
ses crimes, vaguement énoncés par la
voix de la haine ou de l'adulation, sont pour le moins
douteux et invraisemblables.
Quatre mois environ après sa mort, un
édit publié au nom d'Honorius rétablit
entre les deux empires la communication si longtemps
interrompue par l'ennemi public. On accusait le ministre,
dont la gloire et la fortune étaient liées
avec la prospérité publique d'avoir
livré l'Italie aux Barbares qu'ils avait vaincus
successivement à Pollentia et à Vérone
et sous les murs de Florence. Son prétendu
dessein de placer le diadème sur la tête
de son fils Eucherius ne pouvait avoir été
conduit sans complices et sans préparations.
Stilicon, avec de semblables vues, n'aurait pas laissé
le futur empereur jusqu'à la vingtième
année de sa vie dans le poste obscur de tribun
des notaires.
La haine d'Olympius
attaqua jusqu'aux sentiments religieux de son
rival ; et le clergé, en célébrant
dévotement le jour heureux qui en avait
délivré presque miraculeusement
l'Église, assura que si Eucherius eût
régné, le premier acte de sa puissance
aurait été de rétablir
le culte des idoles et de renouveler les persécutions
contre les chrétiens. Le fils de Stilicon
avait cependant été élevé
dans le sein du christianisme, que son père
avait toujours professé et soutenu avec
zèle. Le magnifique collier de Sérène
venait de la déesse Vesta, et les païens
abhorraient la mémoire d'un ministre
sacrilège, qui avait livré aux
flammes les livres prophétiques de la
sibylle, regardés comme les oracles de
Rome (voir ici : Clic
!). La puissance et l'orgueil de Stilicon
firent tout son crime. Sa généreuse
répugnance à verser le sang de
ses concitoyens paraît avoir contribué
au succès de son indigne rival ; et la
postérité, pour dernière
preuve que méritait le caractère
d'Honorius, n'a pas daigné lui reprocher
sa basse ingratitude envers le protecteur de
sa jeunesse et le soutien de son empire."
Edward GIBBON, Histoire du Déclin
et de la Chute de l'Empire romain, extraits
des chap. XXIX et XXX, Ed. Robert Laffont, Coll.
Bouquins)
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| 7 Février 2005 |
| "Genehcl"
a écrit : |
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Objet
: obélisque de Sixte Quint.
Connaissez-vous l'anecdote liée
à l'érection de cet obélisque ? J'ai
rencontré plusieurs allusions à cet événement
sans jamais savoir ce qui s'était passé.
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| RÉPONSE
: |
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| Voici cette historiette,
telle que la relate le site internet L'Égypte
ancienne de B@stet - L'obélisque
du Vatican :
"En 1586, le pape Sixte Quint (1585-1590)
confia à l'architecte Domenico Fontana la mission
de déplacer l'obélisque devant la basilique
St-Pierre.
L'entreprise qui dura une année entière
et qui nécessita plus de 900 hommes et 150 chevaux,
illustrée par de nombreux dessins et une fresque
de la librairie du Vatican, est relatée dans
l'ouvrage de Fontana « Della Trasportatione dell'Obelisco
Vaticano » (Rome, 1590).
Une histoire relate qu'un silence complet avait été
exigé durant l'érection de l'obélisque,
sous peine de mort. Cependant un certain Bresca, marin
de son état, constatant que les cordes étaient
sur le point de céder brava l'interdiction et
cria « Acqua alle funi ! » (Mouillez
les cordes !), ce qui sauva l'obélisque. Notons
que la France a repris la même histoire à
son compte au moment de l'érection de l'obélisque
de la Concorde de Paris."
Pour être complet,
signalons encore qu'au cours de son bref pontificat
(1585-1590), le terrible pontife Sixte V, dit Sixte
Quint, ne se contenta pas de faire élever
un seul obélisque à Rome. En tout,
il en fit ériger encore quatre :
- Le 10 septembre 1586, ce fameux obélisque
la place Saint-Pierre (piazza San
Pietro) devant la basilique vaticane. Cet
obélisque, dont on ne sait exactement à
quel pharaon il était dédié,
fut amené à Rome vers 40 ap. J.-C.,
sous l'empereur Caligula
pour orner la spina (= barrière
centrale) du Cirque du Vatican. (Voir site L'Égypte
ancienne de B@stet : Clic
!)
- En 1587, l'obélisque de la place
de l'Esquilin (piazza dell'Esquilino),
devant le chevet de la basilique Sainte-Marie-Majeure.
Dépourvu de hiéroglyphes, il fut
sans doute apporté à Rome sous Titus
(vers 80 ap. J.-C.) avec son jumeau (qui se trouve
aujourd'hui sur la place du Quirinal) afin d'encadrer
l'entrée du Mausolée d'Auguste.
(pour plus d'infos, site L'Égypte
ancienne de B@stet : Clic
!)
- En 1588, l'obélisque de la place
Saint-Jean de Latran (San Giovanni
in Laterano). Il s'agit d'un obélisque
provenant de Karnak, dédié aux pharaons
Touthmôsis III (1458-1425 av. J.-C.) et
Touthmôsis IV (1401-1390 av. J.-C.). Destiné
primitivement à Constantinople, il fut
finalement amené à Rome par Constance
II, qui le fit ériger en 357 sur la
spina du Cirque Maxime. (Plus d'infos,
voir site L'Égypte
ancienne de B@stet : Clic
!)
- En 1589, l'obélisque de la Piazza
del Popolo. Provenant d'Héliopolis
et dédié à Séthi Ier
(1294-1279 av. J.-C.) et Ramsès II (1279-1213
av. J.-C.), il fut amené à Rome
sur ordre d'Auguste
et fut lui aussi érigé (en 10 av.
J.-C.) sur la spina du Cirque Maxime.
(Plus d'infos, voir site L'Égypte
ancienne de B@stet : Clic
!)
A propos des obélisques de Rome, voyez encore
: |
 |
- Site l'Égypte de B@stet - Les obélisques
de Rome : Clic
!
- Site Noctes Gallicanae - les obélisques
de Rome : Clic
!
- Site reynier.com/ - L'Égypte à
Rome : Clic
!
- Site SIRA - Obélisques dans Rome : Clic
!
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| 8 Février 2005 |
| Alexandre
a écrit : |
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Je
voudrais présenter à votre attention mon
site "Sur les origines historiques possibles des
légendes de Nativité" :

Alexandre Reznikov - Moscou,
Russie |
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