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Sommaire Janvier 2005 :

  • 6 Janvier :
    • De la nature des passages à tabac antiques… : Clic !
  • 8 Janvier :
    • Quelques maigres infos sur Fadilla et Cornificia, deux frangines de Commode : Clic !
  • 11 Janvier :
    • Quid de la population de certaines villes antiques ?  : Clic !
  • 14 Janvier :
    • Saint Paul et l'opération "SOS Pauvres saints de Jérusalem" : Clic !
      • Le Saint contre Goldfinger ? : Clic !
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  • 18 Janvier :
    • La date de la bataille de Munda : Clic !
    • Les Romains, spécialistes des guerres esclavagistes ?  : Clic !
  • 18 Janvier :
    • Pauillac : dans les vignes du seigneur Popaul ! : Clic !
  • 22 Janvier :
    • La pharmacie d'Agrippine : Clic !
      • Du mercure pour laver le cerveau de Néron : Clic !
      • … Et du jus d'amanites pour que Claude repose enfin : Clic !
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"EMPEREURS ROMAINS"
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6 Janvier 2005
Sylvain a écrit :
 

Vous écrivez :

"Balbin et Maxime Pupien passèrent un fort mauvais dernier quart d'heure. Les soldats les dépouillèrent de leurs vêtements, arrachèrent leur barbe et leurs sourcils, les passèrent à tabac dans la plus pure tradition CRS, puis les traînèrent, nus et pantelants, à travers toute la Ville jusqu'à leur camp."

Représentant la quatrième génération de C.R.S. dans ma famille, je me devais de réagir à ces quelques mots…

Ces méthodes musclées n'ont jamais eu cours dans nos unités ("malheureusement", me souffle mon Pépé…), et évoquent plutôt des agissements d'ivoiriens envers nos concitoyens égarés, ou encore des nervis communistes chinois trouvant une femme enceinte de son deuxième enfant…
Les Compagnies Républicaines de Sécurité, dont la devise est "SERVIR", n'ont rien à voir avec les "Compagnies Romaines de Sécurité" d'un film pseudo-comique des années 80…
Ce passage injurieux pour notre corps devrait être supprimé de votre site (par ailleurs complet et excellente source de documentation).

 
 
 
RÉPONSE :
 

Loin de moi l'idée d'avoir voulu ne serait-ce qu'envisager un instant avoir voulu oser penser injurier un corps aussi unanimement respecté que les vaillants CRS, dont l'utilité n'est plus à démontrer… même si ses méthodes sont souvent peu compatibles avec celles préconisées jadis par le Mahatma Gandhi !… Je ne suis absolument pas adepte de l'équation "C.R.S. = S.S.", devenue lieu commun des manifestations ultra-gauchistes ou extrêmo-droitières, et je suis parfaitement conscient qu'il n'est pas toujours possible de tendre l'autre joue ou de riposter à des cocktails Molotov seulement à l'aide de bouquets d'humbles violettes. À force de servir constamment d'enclume, il est normal de vouloir, de temps en temps, devenir le marteau !…
De plus étant Belge, j"ai nécessairement peu affaire aux serviables représentants de cette honorable compagnie, valeureuse défenderesse des valeurs éternelles de votre grande République (et que partage d'ailleurs le petit royaume où j'habite).

Plus sérieusement, j'admets bien volontiers que vous avez mille fois raison. Par les temps qui courent, il serait irresponsable d'imputer des méthodes dignes de régimes totalitaires et barbares à des organismes qui, malgré d'éventuelles bavures (nul n'est parfait), n'en sont pas moins les garants d'une société démocratique de plus en plus menacée. J'ai donc tenu compte de votre remarque et modifié le passage que vous incriminez, de façon à ce qu'il ne puisse plus choquer que des individus qui, de toute façon, ne méritent que mépris et détestation (voir ici : Clic !).

Je vous remercie vivement pour cette critique, parfaitement fondée, ainsi que pour l'intérêt attentif que vous accordez à mon site internet.

 
 
 
Conclusion de Sylvain :
 
Je vous remercie de votre réaction rapide et de votre réponse.
La modification apportée au texte incriminé ne souffre aucune contestation (je serais très étonné qu'un descendant de Bony ou Lafont demande un nouveau changement, trouvant le terme gestapiste injurieux pour leurs ancêtres…).
Merci donc au nom de tous les C.R.S.
 
 

 

 
8 Janvier 2005
Arianne a écrit :
 
Je vous écris car je m’intéresse aux sœurs de Commode. Vous êtes le seul qui donne des renseignements sur ce sujet, mais cela ne me comble pas. À part Lucilla dont on sait plusieurs choses, est-ce qu’on en connaît plus sur ses autres sœurs à part leur nom ? Ont-elles été un grain de poussière dans l’Histoire ? Même si cela était le cas, j’aimerais en connaître un peu plus sur chacune d’elle car je fais une recherche sur tout ce qui concerne Commode.
 
 
 
RÉPONSE :
 

À part cette Lucilla que j'ai eu l'occasion d'évoquer dans un ancien courrier (voir ici : Clic !), les sœurs de Commode ne furent effectivement guère plus qu'un grain de poussière dans l'Histoire, comme vous l'écrivez aussi justement que poétiquement.

J'ai toutefois trouvé quelques maigres renseignements complémentaires sur deux d'entre elles :

  • Fadilla (née en 147) épousa le sénateur M. Pedicaeus Plautius Quintillus, qui était le petit-fils d'Aelius César et qui fut consul en 177 avec Commode.
  • Cornificia (née en 160, morte en 192) fut l'épouse d'un certain M. Petronius Sura Mamertinus, lequel fut exécuté en 190 sur ordre de Commode. On rapporte qu'après son veuvage, elle devint la maîtresse du futur empereur Pertinax . Cette gente dame aurait péri parce qu'elle se serait trop ostensiblement épanchée sur le sort tragique de Geta, assassiné par son frère Caracalla. À ce sujet, voyez cet article de l'ami Gricca qui, bien mieux que moi, s'entend à détecter ces poussières qui vous intéressent…
Pour en savoir plus
sur les enfants de Marc Aurèle et de Faustine la Jeune,

voyez la réaction de Gricca à ce courrier : Clic !
 
 

 

 
11 Janvier 2005
Alexandre a écrit :
 

Je voudrais savoir quelle était la population de ces différentes villes à l’époque de Tibère.
Voici les lieux :

  • Rome
  • Carthage
  • Byzance
  • Trèves
  • Tolède
  • Alexandrie
  • Alep
  • Palmyre

Enfin je pense que ce ne serait pas mal de pouvoir consulter le recensement de Tibère qui serait d’une grande utilité. Où puis-je le consulter sur la toile ?

Note du Webmaster :
Mille excuses à ce sympathique correspondant si la réponse qui suit ne lui est pas parvenue : l'adresse mail mentionnée sur son courrier n'était pas (ou n'était plus) valable, et mes envois successifs m'ont été infructueusement réexpédiés.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Malheureusement, il ne m'est pas possible de répondre précisément à cette question. D'une part, mon site internet s'intéressant peu à la démographie de l'Empire romain, je ne dispose pas de documentation très précise à ce sujet. Et d'autre part, je ne crois pas (à vrai dire, j'en suis presque sûr) que nous ayons conservé des archives (entre autres, les recensements ordonnés par les empereurs) qui nous permettraient de comptabiliser précisément le nombre d'habitants d'une cité à une époque donnée.
Tout au plus peut-on estimer grossièrement la population globale de l'Empire (entre 50 et 60 millions d'habitants à l'époque d'Auguste), ainsi qu'évaluer, grosso modo, la taille de ses principales villes. Par exemple, on pense que Rome et Alexandrie, les deux plus grandes métropoles de l'Antiquité romaine, comptèrent environ un million d'habitants. Quant à Carthage, à l'époque de sa gloire (donc plutôt vers les IIe et IIIe siècles ap. J.-C.), elle abrita peut-être une population de 300.000, voire de 500.000 habitants…

Notez aussi, que sous le règne de Tibère (14-37 ap.J.-C.), l'oasis de Palmyre n'était pas encore entrée dans la sphère d'influence de Rome. Trêves n'était encore qu'une bourgade assez insignifiante aux confins de la Germanie (elle n'avait été fondée qu'en 17 av. J.-C.). Quant à Byzance, modeste cité hellénistique, elle était très loin d'avoir la taille, l'importance et la splendeur de la future métropole que l'empereur Constantin édifiera sur son site (voir ici : Clic !).

 
 

 

 
14 Janvier 2005
Rudolf a écrit :
 

Etant très intéressé par l’histoire du christianisme (…), je cherche surtout des informations sur Saint Paul. Il y a certainement une offre abondante à ce sujet, mais une chose dans la vie de Saint Paul reste toujours dans le vague : l’affaire de la fameuse collecte.

Je ne trouve pas de littérature détaillée là-dessus.
Est-ce que vous pouvez m’aider à trouver des sources sur ce thème ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Cette collecte effectuée dans les communautés pauliniennes au profit des saints de l'Église de Jérusalem, m'a également toujours semblé assez étrange. On voit en effet le bon saint Paul s'échiner à récolter des fonds aux quatre coins de son empire idéologique, puis s'angoisser de l'accueil que les bénéficiaires pourraient réserver à l'argent recueilli. Comme si ces secours, non sollicités, étaient importuns ! Comme si ce fric, d'origine douteuse et compromettante, sentait mauvais !

Mais n'anticipons pas…

Les sources de cette affaire doivent évidemment, être recherchées dans les Épîtres de Paul. Bien sûr, je présume que vous avez déjà repéré ces passages, mais il n'est peut-être pas inutile de récapituler tout cela, histoire de se rafraîchir les idées.

Dans sa Première Épître aux Corinthiens, Paul décrit le modus operandi :

"Quant à la collecte qui se fait pour les saints, suivez, vous aussi, les directives que j'ai données aux Églises de Galatie. Le premier jour de la semaine, que chacun de vous mette de côté chez lui ce qu'il aura pu épargner, afin qu'on n'attende pas mon arrivée pour faire la collecte. Dès mon arrivée, j'enverrai, avec une lettre, ceux que vous aurez choisis, porter cette libéralité à Jérusalem. Si la chose vaut la peine que j'y aille moi-même, ils feront le voyage avec moi." (I Cor, 16 : 1-4).

Il n'y a pas à discuter. Ce sera comme ça, et pas autrement ! Les chrétiens de Corinthe prépareront les sous, puis le saint homme passera contrôler la récolte du magot qu'il se chargera aussi, éventuellement, de convoyer à Jérusalem.

Cette manière de procéder, à la fois autoritaire et cavalière, n'eut sans doute pas l'heur de plaire aux chrétiens corinthiens qui regimbèrent, et, probablement à l'instigation de judéo-chrétiens hostiles à Paul, contestèrent même l'autorité du treizième apôtre. Ils trouvaient anormal que celui-ci se présentât comme seul maître d'œuvre d'une collecte qui devait pourtant concerner toutes les Églises chrétiennes établies chez les "Gentils". En outre, il semblerait que les exigences financières du treizième apôtre manquaient de réalisme : on leur en demandait trop !

Paul crut donc nécessaire de se justifier dans une seconde épître. Dans ce texte, il commence par donner les chrétiens de Philippes (en Macédoine) en exemple aux Corinthiens. Eux, ils donnent sans compter ! :

"Nous voulons vous faire connaître, frères, la grâce que Dieu a faite aux Églises de Macédoine. Au milieu des multiples afflictions dont ils étaient éprouvés, ils ont, dans une joie débordante, malgré leur extrême pauvreté, répandu largement les abondantes largesses de leur libéralité. Je l'atteste, ils ont tout spontanément donné selon leurs moyens, et même au-delà de leurs moyens, nous demandant avec de grandes instances, la faveur de prendre leur part dans l'assistance destinée aux frères. Ils ont dépassé nos espérances. Ils se sont donnés eux-mêmes, au Seigneur d'abord, puis à nous, par la volonté divine. Nous avons donc prié Tite d'aller aussi chez vous pour mener bonne fin cette œuvre de bienfaisance, comme il l'avait commencée. (II Cor, 8 : 1-6).

Ensuite, il exhorte ses ouailles de Corinthe à faire preuve de la même générosité :

"Vous excellez en toutes choses : foi, éloquence, connaissance, zèle de tout genre, affection pour nous. Appliquez-vous donc à exceller aussi dans cette œuvre de charité. Je ne dis pas cela par manière d'ordre, mais par l'exemple du zèle des autres, je voudrais mettre à l'épreuve la sincérité de votre charité.
Vous connaissez la bonté de notre Seigneur Jésus-Christ. De riche qu'il était
(Ah bon ? Ainsi Jésus était donc un riche charpentier ?), il s'est fait pauvre pour vous, afin de vous enrichir par sa pauvreté. Ce n'est qu'un avis que je donne ici. Cela vous convient, à vous qui, depuis un an déjà, avez été les premiers, non seulement à entreprendre cette œuvre, mais même à en avoir l'idée. Menez donc maintenant cette œuvre à bien, et qu'ainsi l'exécution selon vos moyens réponde chez vous à l'empressement de la bonne volonté. Lorsqu'on donne de bon cœur selon ses moyens (évidemment point de ce qu'on n'a pas), on est bien accueilli.
Il n'est pas question, pour soulager autrui, de vous mettre vous-mêmes dans la gêne : il faut qu'il y ait égalité entre vous. Dans la circonstance présente, votre abondance subviendra à leur indigence, pour qu'à son tour leur superflu pourvoie à vos besoins. Et ainsi l'égalité régnera, comme il est écrit :
« Celui qui avait beaucoup ramassé n'avait rien de trop ; et celui qui avait peu ramassé ne manquait de rien »." (II Cor, 8, 7-15)

Et Paul se propose d'envoyer à Corinthe de saints et honnêtes disciples, au-dessus de tout soupçon, qui se chargeront de recueillir et de convoyer les fonds :

"Dieu soit béni de ce qu'il a mis au cœur de Tite le même zèle pour vous. Il a bien accueilli ma requête ; et même, dans l'ardeur de son zèle, c'est de son propre mouvement qu'il est parti pour vous voir. Nous avons envoyé avec lui le frère (Luc, ou Silas) dont toutes les Églises font l'éloge, à cause de ce qu'il a fait pour l'Évangile. Bien plus, il a été délégué par les suffrages des Églises, pour être notre compagnon de voyage dans cette œuvre de bienfaisance, que nous accomplissons à la gloire du Seigneur en témoignage de notre bonne volonté. Nous voulons ainsi nous éviter tout reproche au sujet de cette importante collecte que nous avons entreprise, car nous avons en vue le bien, non seulement aux yeux du Seigneur, mais aussi aux yeux des hommes. Avec eux, nous avons encore envoyé un de nos frères (personnage inconnu) dont nous avons éprouvé le zèle, maintes fois et en diverses occasions ; cette fois-ci, il en montrera bien plus encore, en raison de la grande confiance qu'il a en vous. Ainsi, pour Tite, il est mon compagnon et mon collaborateur auprès de vous ; et quant à nos frères, ils sont les envoyés des Églises, la gloire du Christ. Donnez-leur donc à la face des Églises la preuve de notre charité, donnez-leur la preuve que nous avons eu raison de nous montrer fiers de vous." (II Cor, 8, 16-25)

Et enfin, il joue sur l'émulation chauvine que devrait susciter chez les Corinthiens l'extraordinaire générosité des chrétiens de Macédoine, et insiste sur les avantages spirituels de cette charité zélée :

"Pour ce qui est de l'assistance destinée aux frères, il est superflu de vous en écrire. Je connais votre bonne volonté et j'en ai fait l'éloge auprès des Macédoniens, leur disant que l'Achaïe est prête depuis un an. L'exemple de votre zèle a été un stimulant pour bien des autres.
Toutefois, je vous ai envoyé nos frères, afin que l'éloge que j'ai fait de vous ne soit pas démenti sur ce point, et que vous soyez prêts, comme je l'ai annoncé. Je craindrais, si les Macédoniens m'accompagnaient et ne vous trouvaient pas prêts, que cette assurance même ne tournât à notre confusion, pour ne pas dire à la vôtre. J'ai donc cru nécessaire de prier nos frères de nous devancer chez vous, et veiller en temps voulu à ce que la libéralité promise soit prête. Ainsi ce sera vraiment une libéralité, et non une lésinerie.
Voici encore : celui qui sème chichement, moissonnera chichement ; celui qui sème copieusement, moissonnera copieusement. Que chacun donne suivant le mouvement de son cœur, sans regret ni contrainte : Dieu aime celui qui donne avec joie. Il est d'ailleurs assez puissant pour vous combler de toutes sortes de bienfaits, en sorte qu'ayant toujours et en toutes choses, le nécessaire, il vous reste encore abondamment pour toutes sortes de bonnes œuvres. C'est comme il est écrit :
« Il a fait des largesses, il a donné aux pauvres ; sa justice demeure éternellement ». (II Cor, 9, 1-9)

Quelques mois plus tard, la collecte est enfin rassemblée et Paul peut enfin se préparer à monter à Jérusalem afin de remettre l'argent récolté aux saints frères de cette ville. C'est à ce moment qu'écrivant aux chrétiens de Rome pour les informer de sa venue prochaine, il s'inquiète - il est bien de temps ! - de savoir si lesdits saints vont accepter cette offrande :

"Présentement je me rends à Jérusalem pour venir en aide aux frères. La Macédoine et l'Achaïe ont bien voulu faire une collecte au profit des frères de Jérusalem qui sont dans la pauvreté. Elles l'ont bien voulu, et elles le leur doivent bien ; car, si les païens ont eu leur part des biens spirituels des Juifs, ils doivent à leur tour les assister de leurs biens temporels. Lorsque j'aurai terminé ma tâche, après leur avoir remis fidèlement cette libéralité, je partirai pour l'Espagne, en passant par chez vous ; et je sais qu'en me rendant auprès de vous, j'y viendrai avec toute la richesse des bénédictions du Christ.
Mais je vous prie, frères, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, au nom de la charité que prodigue l'Esprit, combattez avec moi, en adressant pour moi des prières à Dieu que j'échappe aux incrédules qui sont en Judée, et que le secours que je porte à Jérusalem soit bien accueilli par les frères. Alors je pourrai arriver chez vous dans la joie, et, s'il plaît à Dieu, goûter au milieu de vous quelque repos.
" (Romains, 15 : 25-31).

N'étant pas très fan de l'œuvre de Paul (pour vous parler franchement, sa prose souvent confuse ne porte un peu sur les nerfs !), je ne puis vous garantir que celle-ci ne recèle aucune autre allusion à la fameuse collecte. Toutefois, je crois avoir cité l'essentiel.
Ajoutons cependant encore que, bien que certains exégètes estiment que les Actes des Apôtres ne pipent mot de cette opération caritative, d'autres y détectent deux allusions possibles à la fameuse collecte :

  • Lors de sa comparution devant le procurateur Félix, Paul déclare : “Or, au bout d’une absence de plusieurs années, voilà que j’apporte des aumônes à concitoyens” (Actes, 24 : 17).
  • Et, puis aussi, peut-être en Actes, 21 : 17-19, lorsque Luc relate : “A notre arrivée à Jérusalem, les frères nous accueillirent avec joie. Dès le lendemain Paul se rendit avec nous chez Jacques, où se réunirent tous les Anciens. Après les avoir salué, il leur raconta par le menu ce que Dieu avait fait chez les païens par son ministère”. Or, selon Michel TRIMAILLE (article : "Que sait-on de Paul aujourd’hui", in "Aux Origines du christianisme”, Gallimard [Folio Histoire] et Le Monde de la Bible, 2000), le mot “ministère” est celui utilisé par Paul lorsqu’il évoque la collecte dans l'Épître aux Romains (15 : 31).

Que penser tout ceci ?

La maigre documentation dont je dispose sur l'apôtre Paul est très peu loquace sur cette fameuse collecte. Elle se contente le plus souvent de paraphraser - comme je viens de le faire - les Épîtres pauliniennes, insistant surtout sur les difficultés rencontrées par l'Apôtre des Gentils avec ses ouailles corinthiennes, ainsi que sur l'incertitude où nous nous trouvons quant à l'accueil réservé à ces secours par les autorités de l'Église de Jérusalem.

En ce qui me concerne, ainsi que je vous l'ai signalé d'emblée, toute cette histoire me plonge d'un abîme de perplexité !

Tout d'abord, je ne comprends pas très bien à l'initiative de qui cette collecte réalisée…

À la demande de la communauté chrétienne de Jérusalem ? Mais alors pourquoi Paul envisageait-il si anxieusement un refus de la part de l'Eglise-mère ? Pourquoi les Jérusalémites auraient-ils refusé une aide qu'ils avaient eux-mêmes sollicitée ? Parce que l'argent récolté n'était pas casher ? Absurde ! Depuis le "concile de Jérusalem", les autorités judéo-chrétiennes de Jérusalem connaissaient - et avaient accepté - la présence de goyim au sein des communautés chrétiennes de la Diaspora. Il était donc évident que ceux-ci contribueraient à toute collecte effectuée dans ces Églises "mixtes" ! Et puis, si ces secours étaient indispensables, les saints devaient les accepter, et s'ils étaient superflus, ils n'avaient pas besoin de les solliciter !…

Alors, l'opération s'effectua-t-elle à l'initiative des communautés pauliniennes ? On a vu que Paul loue les Corinthiens d'avoir été les premiers à en "avoir eu l'idée"… Mais est-ce la vérité vraie, ou seulement une flatterie, une captatio benevolentiæ ?

Quoi qu'il en soit, si l'on admet que le mérite de cette collecte revient au Treizième apôtre et à ses disciples, on peut alors s'interroger sur les objectifs qu'ils poursuivaient…

Aider les petits pauvres de Jérusalem ? Un but hautement louable, certes ! Mais était-ce bien utile ? À cette époque du christianisme naissant, l'Église de Jérusalem ne devait-elle pas être le plus nombreuse, donc la plus riche, de toutes les communautés chrétiennes ? Les Écritures saintes n'indiquent-elles pas que ces premiers chrétiens avaient mis tous leurs biens en commun et que des membres éminents et cossus du Sanhédrin faisaient partie de cette communauté évangélico-communiste ?

st paul

Dans son Épître aux Romains, Paul justifie la collecte par une phrase qui me laisse songeur : "Les païens ont eu leur part des biens spirituels des Juifs, ils doivent à leur tour les assister de leurs biens temporels.".
Bizarre dans le chef de l'homme qui détacha le christianisme de ses racines juives !…
À lire cette phrase, ne dirait-on pas que Paul songeait à instituer un impôt du Temple parallèle ? On sait que tout Juif de la Diaspora devait verser au clergé de Jérusalem une contribution annuelle de deux drachmes. Avant la destruction du Temple par les légions de Titus (en 70), les fonds réunis par les Juifs résidant dans l'Empire romain étaient convoyés jusqu'en Judée avec l'approbation de Rome, et même sous sa protection. Tout comme la collecte que préconisait Paul, ce Fiscus judaicus était donc destiné à l'entretien et au culte du Temple : biens matériels en remerciement de biens spirituels !

Dans ces conditions, on peut comprendre l'hésitation des saints de Jérusalem à accepter cet argent issu de cette collecte : elle devait paraître presque sacrilège aux yeux des judéo-chrétiens qui entouraient Jacques, chef de l'Église de Jérusalem et frère du Christ, et qui, se voulant plus pieux que les plus pieux des Juifs, fréquentaient assidûment le Temple. Quant aux autorités romaines, il est probable que ces transferts de fonds privés, à destination d'un pays très régulièrement agité par le vent de la révolte, leur paraissait des plus suspects !…

Voilà, c'est à peu près tout ce que je peux vous dire à ce sujet. Je suis conscient que mes modestes réflexions auront sans doute suscité davantage de questions qu'elles n'auront apporté de réponses. Mais j'espère toutefois qu'elles pourront vous aider dans vos recherches.

 
 
Rudolf réécrit :
 
Mille fois merci pour votre réponse si immédiate et d’une dimension si large.
Bien sûr, j’ai déjà lu les lettres, mais je ne suis pas encore arrivé à mettre toutes les pièces du puzzle "collecte“ dans une ligne.
Comme vous, je suis d’avis que la collecte n’était autre chose que la construction d’un système de financement parallèle à celui du temple. À moins que les rumeurs sur la vraie origine des activités de Paul sont exactes. S’il était un agent secret des Romains, alors il s’agit peut-être d’une attaque des banquiers romains contre les structures concurrentes des financiers juifs ?
J’aimerais bien savoir votre opinion sur cette version.
 
 
 
RÉPONSE :
 

À vrai dire, je n'ai jamais entendu dire que Paul fût un espion romain. Les livres "hérétiques" dont je dispose à son sujet le présentent plutôt comme un membre de la famille hérodienne, qui aurait épousé la cause chrétienne (peu distincte de celle des zélotes) par opportunisme ou par ambition, et qui aurait été impliqué, peu ou prou, dans le grand incendie de Rome de 64. (Voir ici : Clic !, et - pour les visions de Paul, conséquence possible de son ascendance hérodienne : Clic !).
Finalement, on sait si peu de choses sûres sur saint Paul ! Les diverses sources qui le concernent sont souvent inconciliables entre elles et sa personnalité paraît si complexe qu'elle devient souvent aussi indéchiffrable que certains passages de sa prose. Comment dès lors jeter la première pierre à ces auteurs modernes qui, lâchant la bride leur fertile imagination, rafistolent les lacunes les Épîtres et des Actes, en rabibochent les incohérences, et transforment sa biographie en roman historique ?

Pour en revenir à votre hypothèse, je dois vous avouer qu'à première vue, sans en connaître l'argumentaire, elle me paraît assez peu vraisemblable. Certes, Paul fit état de sa qualité de citoyen romain quand cela l'arrangeait. Mais la plupart du temps, il fut en butte à la méfiance, sinon à l'hostilité, des autorités romaines. Le principal souci de Rome était en effet de maintenir le calme dans son Empire. Or, aux yeux des autorités impériales, ce Saül-Paul, ne fut jamais qu'un trublion, qui - passez-moi l'expression - foutait le bordel partout où il passait ! Alors que les Romains faisaient des pieds et des mains pour qu'à défaut des Juifs de Judée, ceux de la Diaspora restent calmes, ledit "citizen Paul" avait le chic de semer les échauffourées sous ses pas. Pire que le Petit Poucet ses cailloux ! Dès qu'il prenait la parole en public, Juifs pieux, Juifs novateurs, Juifs hellénisés, "Gentils" convertis, "craignant-Dieu", bref, toute la faune des synagogues se sautait à la gorge ou menaçait de s'étriper !
Question services rendus à l'Empire ou discrétion, pas fameux, l'espion Paul de Tarse !

Vous évoquez des financiers juifs dont la prospérité aurait indisposé leurs collègues romains.…
Je peux me tromper, mais je n'ai pas l'impression qu'à l'époque romaine, les Juifs étaient aussi présents dans le secteur bancaire romain (d'ailleurs des plus rudimentaires) qu'ils le seront plus tard. N'est-ce pas l'Église chrétienne, interdisant aux chrétiens la pratique de l'usure, qui confinera de facto les Juifs, déjà interdits d'agriculture et d'artisanat, dans ces métiers d'argent théologiquement impurs.
À mon avis, dans la Rome du Ier siècle de notre ère, il y avait certainement beaucoup de Juifs de la Diaspora dans le commerce. M ais dans la banque, j'en suis moins sûr !

Bien sûr, je comprends qu'un transfert de fonds, peut-être illégal (mais je n'en sais rien), à destination d'une région gangrenée par les révoltes sporadiques, avait de quoi éveiller les soupçons des autorités et, pourquoi pas, compromettre ses bénéficiaires. Cependant, je vois mal pourquoi de mystérieux financiers romains auraient monté une "telle opération de déstabilisation". Je n'ai pas l'impression que les autorités romaines surveillaient de fort près l'usage que le Temple de Jérusalem faisait du magot qui lui était remis annuellement par ses fidèles dispersés de par le vaste monde. Alors, pourquoi auraient-ils poussé des cris d'orfraie devant la somme recueillie à l'initiative de l'apôtre Paul - roupille de sansonnet en regard du faramineux fiscus judaicus ?

Les motivations de cette fameuse collecte restent donc décidément bien mystérieuses… Aide aux miséreux de Jérusalem, comme Paul l'indique parfois ? Tentative de prise de contrôle de l'Église de Jérusalem ? Rétribution matérielle pour les biens spirituels conférés par l'Eglise-mère aux autres communautés, ainsi que le suggère d'autre part un bon apôtre qui, en l'occurrence, flirte avec l'hérésie simoniaque ? Ou bien peut-être, tout simplement, une tentative désespérée de Paul de fédérer "ses" communautés (de Grèce, de Macédoine, de Galatie), de plus en plus séduites par les éléments judéo-chrétiens, autour d'un projet commun, acceptable tant par les éléments judaïques qu'helléniques ?

Je n'ai pas la solution… et je ne l'aurai sans doute pas de sitôt !

 
 
 
Conclusion de Rudolf :
 

Paul un espion ?
C’est une interprétation toute nouvelle sur laquelle la discussion a été lancée par le livre de Thijs Voskuilen, un chercheur néerlandais (Alias Paulus, chez Ambo, Amsterdam, 2002). Malheureusement cette discussion se limite aux personnes qui parlent le néerlandais, parce qu'il n’existe pas encore une traduction. Il y a seulement des plans pour en faire un film aux USA.
La discussion est naturellement très farouche, et surtout les théologiens rejettent cette œuvre comme de pure fiction. Mais les arguments de Voskuilen ne sont pas si artificiels comme on pourrait le croire.

Personnellement je ne suis pas convaincu que, comme vous le dites, la plupart du temps, il fut en butte à la méfiance, sinon à l'hostilité, des autorités romaines. Le principal souci de Rome était en effet de maintenir le calme dans son Empire. Bien au contraire, attaqué par les juifs fondamentalistes, ce sont toujours les Romains qui, d'une manière ou d'une autre, viennent à son secours. C’est de la que provient peut-être la légende de ses liens familiaux avec les Hérodiens, comme une explication destinée à ceux qui deviennent méfiants envers ses services. Et est-ce que vraiment Paul foutait le bordel partout où il passait ? Oui, contre les juifs doctrinaires, mais pas contre les juifs en général et surtout pas contre les prosélytes. Contre les romains ? Bien sûr non, c’est quand même lui qui séparait les droits religieux de ceux de l’empereur, c’est quand même lui qui transférait le paradis au ciel, etc, etc.
Est-ce qu’on ne peut pas interpréter les activités de Paul comme un premier essai d’établir une religion unique pour tout l’empire ? Une stratégie de certains groupes romains, qui prévoient déjà dans ce temps la débâcle d’une stratégie uniquement militaire ? Une stratégie destinée aussi à isoler les Juifs agressifs de Palestine de ceux de la Diaspora. Essai qui échoua certainement, mais qui a été repris avec plus de succès par le brave empereur Constantin deux siècles plus tard. Si on regarde la stratégie des USA de ces derniers temps, il y a la des parallèles assez frappants et qui augmentent quand même le réalisme de cette option.

En ce qui concerne les structures financières. Vous avez certainement raison qu’au temps de Paul, il n’existait pas encore des grands banquiers privés juifs. Ce n’est pas le point. Le problème, c'était les structures financières globales du temple de Jérusalem. Un vrai système de banque centrale internationale. Les commerçants juifs n’avaient pas besoin de banquiers privés, il y avait les filiales de la grande banque partout au monde dans les synagogues ! Pour les commerçants romains et grecs, un élément de concurrence qu’ils ne pouvaient pas neutraliser.

livre alias paulus

Je crois que ce système était le précurseur de la grande finance du capitalisme. Qui d’ailleurs, à mon avis, dans ces formes historiques, n'a rien de négatif. Sans ce système, le monde serait encore au niveau du Moyen Age. Donc, c’est un des maints éléments positifs que le peuple juif a donné au monde.

Eh oui, les motivations de cette fameuse collecte restent donc décidément bien mystérieuses…, mais on peut bien s’imaginer des explications qui sont plus près des structures actuelles. Je ne crois pas que les intérêts personnels et politiques d’alors étaient très différents de ceux d’aujourd’hui.