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Novembre 2004 (page 3/4)

Sommaire du mois de Novermbre : Clic !

 
9 Novembre 2004
Mauricio a écrit :
 

Nous sommes une jeune association de reconstitution historique. Nous aimerions savoir si vous avez des informations sur une quelconque légion qui aurait stationné à Lutèce ou sa région voisine au cours du Ier siècle de notre ère ?

Merci de votre aide

 
 
 
RÉPONSE :
 

J'espère que vous vous portez bien depuis notre amical échange de correspondance du mois de mai dernier…
Ainsi que je vous le signalais alors, l'armée romaine, ce n'est pas trop ma tasse de thé : je n'y connais pas grand-chose. Cela dit, je n'ai pas l'impression qu'il y eut jamais des légions romaines stationnées aux environs de Lutèce : elles étaient généralement affectées à la garde des frontières de l'Empire. Et comme les plaisirs du gay Lutèce n'étaient probablement pas aussi prisés par la soldatesque que le seront, bien plus tard, ceux du Gross Paris, je ne vois pas trop ce que les légionnaires, même en perm ou en goguette, auraient fichu dans le coin !…

Toutefois, puisque, comme je vous l'ai signalé d'emblée, mes connaissances en art militaire romain sont des plus réduites, je me propose de poser votre question aux visiteurs de mon site internet. Je vous tiendrai évidemment informé des infos qui me parviendraient.

 
 
Mauricio réécrit :
 

Merci de votre réponse.

En fait depuis notre dernier contact nous avons fait le choix d'utiliser plutôt des matériaux tels qu'à l'origine, autrement dit nous avons créé un groupe de reconstitution historique. En fait c'est plus authentique et moins cher que de chercher des matériaux composites pour une pratique plus vraie.
Nous avons divisé nos activités en 4 sections distinctes :
1. Recherches historiques et tactiques sur les techniques militaires et la vie civile,
2. Activités de reconstitution (fabrication) et pratique,
3. Représentation historique lors de fêtes, rencontres (activités ludiques, culturelles et pédagogiques)
et
4. Activités Administratives (communication, organisation, logistique…).

Donc la raison pour laquelle nous voulions savoir s'il y avait eu une légion postée dans cette région, c'est pour notre groupe de reconstitution. Mais d'après ce que j'ai pu lire, je n'en ai pas trouvé non plus. Nous allons donc devoir en inventer une !

Mauricio Delso
artsdemars@yahoo.fr

 
 

 

 
11 Novembre 2004
Bidzina a écrit :
 

Permettez-moi de vous poser une question.
Comment se fait-il qu'après le concile de Nicée, l'Arianisme a été restauré. Même Constantin a été baptisé par l'arien Eusèbe de Nicomédie.
Constantin et ses deux fils protégeaient les Ariens, ils ont exilé Athanase qui était le seul évêque orthodoxe en l'an 370.
Pourriez-vous éclaircir la raison pour laquelle l'Arianisme a été restauré ?
On a l'impression que le dogme de concile de Nicée a été ignoré.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je crois que c'est Voltaire qui a écrit quelque part que c'est après avoir fait exécuter son fils Crispus que Constantin aurait ressenti comme un malaise face au dogme de Nicée : une religion où le Fils était aussi grand que le Père lui serait subitement apparue comme très dangereuse pour toute autorité paternelle !
Naturellement, il s'agit sans doute là d'une boutade…

Bien que Constantin, sur son lit de mort, ait effectivement reçu le baptême des mains d'un évêque arien, je ne crois pas qu'il rejeta jamais les thèses du concile de Nicée. Pourquoi d'ailleurs l'aurait-il fait ? C'est l'empereur lui-même, qui, à ses heures, se piquait d'être aussi bon théologien que n'importe quel autre "père conciliaire", qui aurait, paraît-il, inventé le concept de consubstantialité et l'aurait fait inscrire dans les canons du concile. De plus, ces canons de Nicée furent ratifiés par l'immense majorité des prélats présents. En fait seuls deux se rebiffèrent… pour se soumettre deux ans près Nicée, quand Arius lui-même ratifia le décret de Nicée.
Bien sûr, la plupart de ces ralliements n'étaient que de la poudre aux yeux. Finalement, le dogme de Nicée ne satisfaisait pas grand monde dans l'Orient chrétien. Pourtant Constantin feignit de croire en leur sincérité : l'important pour lui, c'était de mettre fin aux disputes qui déchiraient l'Église chrétienne et risquaient, à terme, de menacer la stabilité intérieure de l'Empire.

constantin

Notons par parenthèse que la condamnation à l'exil du bouillant patriarche d'Alexandrie Athanase ne fut pas prononcée uniquement à cause de son activisme en faveur de Nicée. Outre différents abus de pouvoirs et exactions, ce violent prélat s'était refusé à réintégrer Arius dans le clergé alexandrin, et ce bien que l'hérésiarque eût fait (officiellement du moins) amende honorable, ainsi que je l'ai signalé. Pour faire pression sur l'empereur, Athanase se serait même laissé aller à menacer d'affamer Constantinople en bloquant les bateaux de céréales. En l'occurrence, on comprend la colère de Constantin !

Évoquer dans les détails toutes les péripéties de la crise arienne nous entraînerait évidemment trop loin, Tout cela est si complexe… Cependant, vous avez raison, Constance II, le plus éminent des fils de Constantin soutint ardemment le parti arien. Il est vrai que c'était peut-être aussi par pragmatisme : sous son règne, le haut clergé oriental était toujours majoritairement hostile au Christ consubstantiel de Nicée, et plus proche des thèses défendues par les ariens "modérés". Car dans le "parti arien", l'unanimité n'existait pas : les thèses d'Arius furent aussitôt interprétées de façon radicalement différente par diverses "écoles" qui ne tardèrent pas à s'opposer virulemment. Les ariens les plus extrémistes allaient jusqu'à nier la nature divine de Jésus, tandis que les plus modérés, moyennant quelques aménagements, se seraient aisément accommodés du canon nicéen.
C'est d'ailleurs ce qui arriva au IIe Concile œcuménique (Constantinople,381) où Théodose réussit à rallier l'ensemble du clergé (oriental puis occidental) à un "nicéisme modéré" qui mit (progressivement) fin à la crise arienne.

 
 

 

 
11 Novembre 2004
Violaine a écrit :
 

(…) J’ai un texte à commenter à propos du colonat. Il s’intitule Lettre à Salvius et est tiré du Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum.
En voici le début et la fin :

« À Salvius,
C’est dans les exercices du Forum que doivent s’enfiévrer les envolées de l’éloquence judiciaire ;il convient en effet d’y faire montre de mouvements oratoires terrifiants, pour qui possède la puissance d’une activité combative quotidienne. Mais quand l’éloquence éclatante a sonné la retraite, quand elle s’est retirée dans les bois propices au loisir et dans d’agréables asiles, il faut rejeter les éclats de voix propres à l’ignorant et cesser de proférer d’inutiles menaces.

[…]
Au demeurant, si tu te livres à un examen attentif, c’est plutôt à moi que peut être accordé un motif de revendication en justice. C’est pourquoi, seigneur et frère digne d’éloge, il importe que tu te calmes, que tu rentres en bonne intelligence avec moi et que tu acceptes de venir à une entrevue privée. Je te demande de cesser de troubler des gens faibles et craintifs, d’exercer ta vantardise au loin et de penser que ta superbe m’amuse ne m’offense pas. Nous ne sommes, en effet, ni sans défense, ni ignorants. Qu’à tout le moins Maximinus puisse te radoucir ! »

Si vous aviez quelques renseignements à me fournir concernant l’auteur et le destinataire de cette lettre ainsi que l’ouvrage dont il est tiré, vous m’aideriez beaucoup. (…)

 
 
 
RÉPONSE :
 

La seule Lettre à Salvius susceptible de figurer dans le CSEL (Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum) que j'ai trouvée fut écrite par un certain Eucher de Lyon (première moitié du Ve siècle - voir ici : www.forumromanum.org).

Toutefois, je me demande si ce texte est bien celui sur lequel vous devez plancher. En effet, la missive d'Eucher ne semble pas concerner le colonat, mais relaterait plutôt le martyre (des plus historiquement controversé) de saint Maurice et de ses compagnons de la légion thébaine à Agaune (voir missel.free.fr).
Malheureusement, l'Epistula ad Salvium episcopum n'étant, à première vue, pas disponible sur la Toile, il ne m'a pas été possible de vérifier mon hypothèse sans doute hasardeuse…

Désolé de ne pouvoir mieux vous renseigner.

 
 

 

 
12 Novembre 2004
Philippe a écrit :
 

1. (…) Que pensez-vous de la thèse que Jésus ne pouvait pas avoir été crucifié, supplice des conquérants romains, alors qu'il a été jugé par la plus haute autorisé religieuse juive ?
Ne serait-ce pas une image que les premiers "galiléens" auraient voulu donner vis-à-vis des Romains, une image plus "accessible" et que finalement il aurait été lapidé comme les écrits de Flavius Joseph le supposent ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Jésus lapidé ?
Personnellement, je n'ai jamais entendu parler de cette hypothèse. il ne me semble pas non plus l'avoir lue dans le seul court passage - dont l'authenticité est au demeurant des plus controversées - que Flavius Josèphe consacre à Jésus (voir ici : Clic !).
En revanche, j'ai toujours entendu dire que la chose la plus certaine que nous connaissions à propos de Jésus, c'est précisément le fait qu'il fut crucifié.

Il est vrai que s'il avait bien un truc qui devait prodigieusement enquiquiner les premiers propagandistes chrétiens, c'est la mort infâmante de Jésus, dans les affres atroces et les conditions très peu ragoûtantes du supplice réservé aux esclaves ou aux rebelles. Si les évangélistes avaient pu présenter un Messie mort de la main des Juifs, lors d'une exécution rituelle juive, ils auraient sauté sur l'occasion. Et des deux pieds ! D'autant plus que l'un des principaux objectifs poursuivis par les Évangiles est précisément de dédouaner au maximum les Romans, d'atténuer autant que possible leur responsabilité dans la mort de Jésus. C'est pourquoi, selon eux, ce sont les Juifs qui réclament, à cor et cri la mort de Jésus, tandis que Pilate, en brave et honnête homme qu'il est (tu parles !…) fait des pieds et des mains pour tenter de sauver celui qui suscite une telle haine, dont les motifs lui échappent.

Avec la crucifixion de Jésus, nous aurions donc l'un des meilleurs exemples du "critère d'embarras" sur lequel les exégètes se basent pour estimer la véracité d'une anecdote ou d'une parole transmise par les Évangiles : plus le fait rapporté devait embarrasser le rédacteur, plus il a de chance d'être vrai…

La plupart de spécialistes s'accordent aussi pour dire qu'à l'époque de Jésus, les Juifs avaient perdu le droit de condamner à mort l'un de leurs compatriotes. La "haute justice" était réservée au gouverneur romain. Les "Évangiles" ne font d'ailleurs aucune difficulté pour l'admettre : "les chefs des Juifs dirent à Pilate : « il ne nous est pas permis de mettre à mort quelqu'un »" (Jean, 18 : 31). En conséquence, Jésus comparut donc devant un tribunal romain qui le condamna à périr sur la croix, un supplice bien romain. (Je vous invite également à jeter un coup d'œil sur cet ancien courrier où j'évoque très brièvement la responsabilité des Juifs dans mort de Jésus : Clic !).

 
 

2. Également la confusion né de l'absence de textes (et surtout de leurs destructions dès l'Antiquité) entre les Esséniens et le christianisme ?

J'imagine que la réponse ne sera pas simple car probablement, se trouve ici la clé de la naissance du christianisme.
D'avance, merci de votre réponse.

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je vous avoue que je connais assez mal l'histoire et la doctrine des Esséniens. En fait, suite aux constantes découvertes archéologiques ou philologiques (exploitation progressive des fameux Manuscrits de la Mer Morte), les maigres connaissances, d'ordre très général, que j'avais jadis recueillies à leur sujet semblent maintenant totalement obsolètes. Faudra que je me "recycle" un de ces jours !…
Je n'ai cependant pas l'impression que les plus récentes recherches ont permis d'établir un lien direct entre ces Esséniens et les premiers chrétiens. La tendance irait plutôt vers une meilleure compréhension de l'insertion des "sectaires de la Mer Morte" (étaient-ils réellement les "Esséniens" dont parlèrent Pline et Josèphe ?) dans un monde judaïque qui à cette époque (Ier siècle avant - Ier siècle après notre ère) était bien moins monolithique que l'on croyait jusqu'il y a peu.

Personnellement - mais vous vous en êtes certainement rendu compte en parcourant les pages de mon site -, j'inscrirais plus volontiers les premières communautés chrétiennes dans la mouvance nationaliste juive . Par certains côtés, les premiers chrétiens me paraissent en effet fort proches des Zélotes, ces patriotes qui, comme eux,, attendaient, l'avènement du Royaume de Dieu sur terre. Il suffit d'ailleurs de lire les diatribes de l'Apocalypse contre la Ville Eternelle, "la Grande Pute", "la Bête à sept cornes", pour toucher du doigt une parenté d'esprit entre les extrémistes chrétiens et les nationalistes adeptes du djihad contre Rome.

 
 

 

 
12 Novembre 2004
"Polux Polux" a écrit :
 

Objet : Edit de Thessalonique

Deux phrases de cet édit me posent problème.

  • La première est la phrase d'introduction (je sais, ça débute mal !) mais cet édit est introduit par Gratien, Théodose et…Valentinien Augustes, alors que Valentinien est mort en 375 !
  • La seconde phrase est la dernière : "étant consuls, Gratien Auguste pour la cinquième fois et Théodose Auguste pour la première fois."
    Ce que je ne comprends pas est, premièrement, pourquoi les Empereurs cumulent-ils la fonction d'Auguste et de consul ?
    Dans un deuxième temps, je ne comprends pas "pour la cinquième fois" et "pour la première fois" cela correspondrait à une nomination de l'Auguste au titre de consul tous les ans. Il n'est pourtant fait nulle part question de cette nomination qui, je pense, est utilisée afin de pouvoir exercer certains pouvoirs juridiques détenus par les consuls.

Votre aide pourrait m'être précieuse.

 
 
 
RÉPONSE :
 

En fait, le Valentinien dont il est question dans l'Édit de Thessalonique n'est pas Valentinien Ier, effectivement mort en 375, mais son plus jeune fils Valentinien II, qui, à l'époque de la publication de cet édit (en 380), co-régnait avec son grand frère Gratien. En effet, à la mort du premier Valentinien, son fils aîné Gratien fut contraint par l'armée de partager le pouvoir impérial avec son très jeune frangin, âgé de quatre ans seulement.
Quand l'Édit de Thessalonique fut publié (voir ici : Clic !), ce Valentinien II n'était donc encore qu'un gamin dans les jupes de sa mère (il y restera d'ailleurs tout au long de sa courte existence), mais, officiellement, il n'en était pas moins Auguste, au même titre que Gratien et Théodose. Il était donc absolument "normal" que son nom figurât sur les édits impériaux applicables à l'ensemble de l'empire romain.

Quant à ces consulats à répétition qui vous intriguent, à la fin de IVe siècle, il y avait belle lurette que cette fonction n'était plus qu'honorifique. L'empereur ayant rassemblé tous les pouvoirs entre ses mains, y compris (et surtout) ceux, d'ordre militaire et judiciaire des consuls, ceux-ci ne servaient plus guère qu'à donner leur nom à l'année en cours. Cependant, comme ce titre restait auréolé d'un prestige certain, les Augustes successifs veillèrent toujours soit à assumer eux-mêmes ce "consulat virtuel", soit à l'accorder à certains membres de la famille impériale, ou à des fidèles du régime qu'il convenait d'honorer.

valentinien II

Si vous consultez une liste des consuls romains (par exemple /www.kmatthews.org.uk), vous constaterez ainsi que la plupart des empereurs accumulèrent les titres consulaires : Auguste fut consul à 13 reprises, Vespasien huit fois, Domitien dix-sept fois, etc…
Il n'y a donc vraiment rien d'anormal à ce que Gratien fut consul pour la cinquième fois quand il apposa son sceau sur Édit de Thessalonique.
À vrai dire, ce serait plutôt le contraire qui eût été bizarre !…

 
 

 

 
13 Novembre 2004
Marie-Jo a écrit :
 

Je suis "tombée" par hasard sur ton site, en effectuant des recherches sur l'Égypte pendant l'occupation romaine (…) Et me voilà passionnée par la généalogie des empereurs romains !

Cependant, j'ai une question concernant VIPSANIA AGRIPPINA (Agrippine l'Aînée).
Il y a confusion (peut-être dans mon esprit seulement ?) : de qui est-elle la fille ?
De Marcus Vipsanius Agrippa, ça d'accord. Mais c'est qui la mère ? Julia (fille d'Auguste) ou Pomponia Attica (fille de T. Pomponius Atticus) ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Je confirme : Agrippine l'Ancienne était bien la fille d'Agrippa et de Julie, elle-même fille unique d'Auguste. (Voyez ces tableaux généalogiques : Dynastie Julio-Claudienne, Successions d'Auguste et de Tibère et Néron, descendant d'Auguste).

Si l'on synthétise un peu tout cela (la généalogie des Julio-claudiens, c'est pas de la tarte !), cette première Agrippine fut donc à la fois :

Sans oublier qu'elle fut aussi :

  • la "fille adoptive" de Tibère, qui avait dû épouser Julie quand celle-ci était devenue veuve d'Agrippa ;
  • la "belle-mère" (à titre posthume) de l'empereur Claude, qui épousa sa fille Agrippine la Jeune.

Comme tu le vois, cette gente dame - qui fut aussi une emmerdeuse de première (excuse l'expression) - se situe, généalogiquement parlant, au centre stratégique de la première famille impériale : Agrippine l'Ancienne est, peu ou prou, liée à absolument tous les empereurs de la dynastie Julio-Claudienne.

agrippine l'ancienne
 
 

 

 
14 Novembre 2004
Bénédicte a écrit :
 

Je n'ai pas trouvé ce que je cherchais cette fois-ci : le texte latin inscrit sur le bouclier votif d'Auguste, et sa traduction.

Savez-vous où je pourrais les trouver ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Force m'est d'avouer que jusqu'à présent, je n'avais jamais entendu parler de ce bouclier votif d'Auguste.
Une page internet (www.patrimoine.ville-arles.fr) m'a permis de combler rapidement cette lacune culturelle. J'y ai appris qu'en 27 av. J.-C., le Sénat accorda à Octave un bouclier en métal précieux qui "concrétisait" l'attribution du titre sacré d'Augustus au fils adoptif de Jules César.

Pour en venir à votre demande, un autre site (webpublic.ac-dijon.fr) propose une jolie reproduction de ce bouclier. J'y lis (sauf erreur de ma part… l'épigraphie et moi, ça fait deux) :

SENATVS
POPVLVSQVE ROMANVS
IMP CAESARI DIVI F AVGUSTO
COSVIII DEDIT CLVPEVM
VIRTVTIS CLEMENTIAE
IVSTITIAE PIETATIS ERGA
DEOS PATRIAMQUE

Une inscription que le même site (Clic !) traduit ainsi :

"Le Sénat et le peuple romain, à l'imperator César, fils de dieu , Auguste, consul pour la 8° fois, donna le bouclier de la vertu (à la fois courage et mérite), de la clémence, de la justice et de la piété à l'égard des Dieux et de la patrie."

REACTIONS :

29 juin 2005
Sébastien a écrit :

Permettez-moi de vous faire remarquer qu’il y a une faute (qui n’est pas de vous, et vous allez comprendre pourquoi) dans une des réponses du courrier des lecteurs.

Dans la réponse que avez faite en citant un autre site web sur le bouclier d’Auguste, il y a une petite erreur. Etant moi-même intéressé par l’épigraphie romaine, je l’ai vu.

La mention IMP CAESARI DIVI F AUGUSTO ne signifie pas en effet ce que la traduction donne, mais, plus probablement, « à l’imperator, fils du divin César, Auguste ». Le génifit de Caesari et de divi, ainsi que la section épigraphie du site Noctes Gallicanae me conforte dans mon idée.

 
 
3 Février 2009
Philippe a écrit :

Je faisais des recherches sur la propagande impériale et je tombe sur votre site (très bon, félicitations !) et en particulier sur la réponse concernant le bouclier d'Auguste. Vous adjoignez à votre réponse la réaction de Sébastien qui dit ceci :

"La mention IMP CAESARI DIVI F AUGUSTO ne signifie pas en effet ce que la traduction donne, mais, plus probablement, « à l’imperator, fils du divin César, Auguste »."

Je voulais juste signaler que Sébastien à tort. En effet, CAESARI est un datif (et non un génitif, comme il le pense).
La traduction de ce passage est donc :

"à Imperator César, fils du divin (sous-entendu : César), Auguste"

Imperator est le prénom officiel d'Auguste (c'est pour cela qu'il vaut mieux ne pas traduire le terme), Caesar son nom et Augustus son surnom. Le DIVI F indique sa filiation avec Jules César, qui a été divinisé.

 
 
 

 

 
16 Novembre 2004
Émilie a écrit :
 
(…) Je n’arrive pas non plus à mettre la main sur les œuvres écrites de Néron. En effet, Néron, comme vous devez le savoir, aurait écrit des poèmes. J’aimerais bien pouvoir les trouver pour appuyer mes recherches. (…)
 
 
 
RÉPONSE :
 

Au risque de vous décevoir, votre quête de l'œuvre littéraire de Néron risque fort de ne rencontrer qu'un succès très limité puisque, à ma connaissance, en tout et pour tout un seul petit vers de l'empereur-artiste est parvenu jusqu'à nous.
Le voici : Colla cytheriacae splendent agitata columbae. Ce qui signifie en français : Agités, les cous de la colombe cythéréenne (c'est-à-dire de la colombe de Vénus) resplendissent.

Dans son célèbre et merveilleux roman Neropolis, Hubert Monteilhet met en scène Néron déclamant ses œuvres devant un cénacle d'amis. Évidemment, ce vers est cité, et il suscite à la fois les réactions étonnées et les commentaires (ironiquement ?) élogieux des convives.
Je ne puis résister au plaisir de vous transcrire ce passage savoureux :

"Néron venait de chanter la paix trompeuse qui avait rassuré les Troyens après le faux départ des Grecs, paix annonciatrice de l’embrasement général de la cité, et la beauté d’un vers était particulièrement frappante :

« COLLA CYTHERIACAE SPLENDENT AGITATA COLUMBAE”
(Les cous remuants de la colombe de Vénus brillent)

L'adjectif, subtilement place à la césure, renvoyait au génitif final dans une envolée de musicales sonorités, que ne déparait pas une élision, et toute la souplesse de la grammaire latine avait été mise à profit dans la disposition des mots.

Pétrone et Nerva, discrets collaborateurs occasionnels de la Troïca, avaient du mal à louer sans se louer eux-mêmes, mais les autres n'avaient pas ce motif de retenue. Les commentaires les plus compétents furent ceux de Silanus, qui parurent toucher l'empereur.
Vespasien, qui ne savait trop que dire, demanda bêtement :
« Y aurait-il des colombes à plusieurs cous, dans la mythologie troyenne ? » Naïveté qui suscita de gros rires.
L'éducation de Vespasien, qui n'était pas de famille sénatoriale, avait été assez négligée.
Néron expliqua patiemment :
« C'est une licence poétique courante, en poésie latine, que d'employer un pluriel au lieu du singulier pour assurer plus d'ampleur à l'expression. "Colla agitata" est donc mis pour "le cou remuant".
« Et vous autres, ne vous moquez point de ce fidèle soldat ! Ce n'est pas l'ignorance qui est honteuse, c'est le refus d'apprendre. »

Kæso intervint : « Ce pluriel me semble d'autant plus heureux et profond qu'il rappelle l'adage de la philosophie grecque : "On ne boit jamais deux fois l'eau du même fleuve." La brillance des plumes est ici, comme l'eau qui coule, le résultat d'une foule de mouvements. Quelle différence entre l'eau et les eaux d'un fleuve ? Et de même, le cou de l'oiseau brille d'autant mieux qu'il ne cesse de s'agiter. C'est la succession rapprochée des images qui produit l'impression de brillant, et au fond, il y a un cou par image. Cela est finement observé. »

Néron était enchanté de la remarque, et, en récompense, il se remit à donner de la voix et de la lyre, tandis que les auditeurs forçaient sur les vins. Le poète, très soucieux de sa forme, buvait rarement jusqu'à l'ivresse. Ses auditeurs veillaient eux-mêmes à ne pas dépasser les bornes, car la vérité était au fond de l'amphore et toute vérité n'était pas bonne à montrer toute nue.
(Hubert MONTEILHET, Neropolis, Éditions Julliard, 1984)

livre neropolis