|
Novembre 2004 (page 3/4)
Sommaire du mois de Novermbre : Clic
!
|
| |
| 9 Novembre 2004 |
| Mauricio
a écrit : |
| |
Nous
sommes une jeune association de reconstitution historique.
Nous aimerions savoir si vous avez des informations
sur une quelconque légion qui aurait stationné
à Lutèce ou sa région voisine
au cours du Ier siècle de notre ère ?
Merci de votre aide |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| J'espère que vous vous
portez bien depuis notre amical échange
de correspondance du mois de mai dernier…
Ainsi que je vous le signalais alors, l'armée romaine,
ce n'est pas trop ma tasse de thé : je n'y connais
pas grand-chose. Cela dit, je n'ai pas l'impression qu'il
y eut jamais des légions romaines stationnées
aux environs de Lutèce : elles étaient généralement
affectées à la garde des frontières
de l'Empire. Et comme les plaisirs du gay Lutèce
n'étaient probablement pas aussi prisés par
la soldatesque que le seront, bien plus tard, ceux du Gross
Paris, je ne vois pas trop ce que les légionnaires,
même en perm ou en goguette, auraient fichu dans le
coin !…
Toutefois, puisque, comme je vous l'ai signalé d'emblée,
mes connaissances en art militaire romain sont des plus
réduites, je me propose de poser votre question aux
visiteurs de mon site internet. Je vous tiendrai évidemment
informé des infos qui me parviendraient. |
| |
|
| |
| Mauricio
réécrit : |
| |
Merci
de votre réponse.
En fait depuis
notre dernier contact nous avons fait le choix d'utiliser
plutôt des matériaux tels qu'à l'origine,
autrement dit nous avons créé un groupe
de reconstitution historique. En fait c'est plus
authentique et moins cher que de chercher des matériaux
composites pour une pratique plus vraie.
Nous avons divisé nos activités en 4 sections
distinctes :
1. Recherches historiques et tactiques sur les techniques
militaires et la vie civile,
2. Activités de reconstitution (fabrication) et pratique,
3. Représentation historique lors de fêtes,
rencontres (activités ludiques, culturelles et pédagogiques)
et
4. Activités Administratives (communication, organisation,
logistique…).
Donc la raison pour laquelle nous
voulions savoir s'il y avait eu une légion postée
dans cette région, c'est pour notre groupe de reconstitution.
Mais d'après ce que j'ai pu lire, je n'en ai pas
trouvé non plus. Nous allons donc devoir en inventer
une !
Mauricio Delso
artsdemars@yahoo.fr
|
| |
| |
|
| |
| 11 Novembre 2004 |
| Bidzina
a écrit : |
| |
Permettez-moi
de vous poser une question.
Comment se fait-il qu'après le concile de
Nicée, l'Arianisme a été restauré.
Même Constantin a été baptisé
par l'arien Eusèbe de Nicomédie.
Constantin et ses deux fils
protégeaient les Ariens, ils ont exilé Athanase
qui était le seul évêque orthodoxe en
l'an 370.
Pourriez-vous éclaircir la raison pour laquelle l'Arianisme
a été restauré ?
On a l'impression que le dogme de concile de Nicée
a été ignoré. |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
Je crois que c'est Voltaire
qui a écrit quelque part que c'est après
avoir fait exécuter son fils Crispus
que Constantin
aurait ressenti comme un malaise face au dogme de
Nicée : une religion où le Fils
était aussi grand que le Père
lui serait subitement apparue comme très dangereuse
pour toute autorité paternelle !
Naturellement, il s'agit sans doute là d'une
boutade…
Bien que Constantin, sur son lit de mort, ait effectivement
reçu le baptême des mains d'un évêque
arien, je ne crois pas qu'il rejeta jamais les thèses
du concile de Nicée. Pourquoi d'ailleurs l'aurait-il
fait ? C'est l'empereur lui-même, qui, à
ses heures, se piquait d'être aussi bon théologien
que n'importe quel autre "père conciliaire",
qui aurait, paraît-il, inventé le concept
de consubstantialité et l'aurait fait
inscrire dans les canons du concile. De plus, ces
canons de Nicée furent ratifiés par
l'immense majorité des prélats présents.
En fait seuls deux se rebiffèrent… pour
se soumettre deux ans près Nicée, quand
Arius lui-même ratifia le décret de Nicée.
Bien sûr, la plupart de ces ralliements n'étaient
que de la poudre aux yeux. Finalement, le dogme de
Nicée ne satisfaisait pas grand monde dans
l'Orient chrétien. Pourtant Constantin feignit
de croire en leur sincérité : l'important
pour lui, c'était de mettre fin aux disputes
qui déchiraient l'Église chrétienne
et risquaient, à terme, de menacer la stabilité
intérieure de l'Empire. |
|
Notons par parenthèse que la condamnation à
l'exil du bouillant patriarche d'Alexandrie Athanase ne
fut pas prononcée uniquement à cause de son
activisme en faveur de Nicée. Outre différents
abus de pouvoirs et exactions, ce violent prélat
s'était refusé à réintégrer
Arius dans le clergé alexandrin, et ce bien que l'hérésiarque
eût fait (officiellement du moins) amende honorable,
ainsi que je l'ai signalé. Pour faire pression sur
l'empereur, Athanase se serait même laissé
aller à menacer d'affamer Constantinople en bloquant
les bateaux de céréales. En l'occurrence,
on comprend la colère de Constantin !
Évoquer dans les détails toutes les péripéties
de la crise arienne nous entraînerait évidemment
trop loin, Tout cela est si complexe… Cependant, vous
avez raison, Constance
II, le plus éminent des fils de Constantin soutint
ardemment le parti arien. Il est vrai que c'était
peut-être aussi par pragmatisme : sous son règne,
le haut clergé oriental était toujours majoritairement
hostile au Christ consubstantiel de Nicée,
et plus proche des thèses défendues par les
ariens "modérés". Car dans le "parti
arien", l'unanimité n'existait pas : les thèses
d'Arius furent aussitôt interprétées
de façon radicalement différente par diverses
"écoles" qui ne tardèrent pas à
s'opposer virulemment. Les ariens les plus extrémistes
allaient jusqu'à nier la nature divine de Jésus,
tandis que les plus modérés, moyennant quelques
aménagements, se seraient aisément accommodés
du canon nicéen.
C'est d'ailleurs ce qui arriva au IIe Concile œcuménique
(Constantinople,381) où Théodose
réussit à rallier l'ensemble du clergé
(oriental puis occidental) à un "nicéisme
modéré" qui mit (progressivement) fin
à la crise arienne. |
| |
| |
|
| |
| 11 Novembre 2004 |
| Violaine
a écrit : |
| |
(…)
J’ai
un texte à commenter à propos du colonat.
Il s’intitule Lettre à Salvius
et est tiré du Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum
Latinorum.
En voici le début et la fin :
« À Salvius,
C’est dans les exercices du Forum que doivent s’enfiévrer
les envolées de l’éloquence judiciaire
;il convient en effet d’y faire montre de mouvements
oratoires terrifiants, pour qui possède la puissance
d’une activité combative quotidienne. Mais
quand l’éloquence éclatante a sonné
la retraite, quand elle s’est retirée dans
les bois propices au loisir et dans d’agréables
asiles, il faut rejeter les éclats de voix propres
à l’ignorant et cesser de proférer
d’inutiles menaces.
[…]
Au demeurant, si tu te livres à un examen attentif,
c’est plutôt à moi que peut être
accordé un motif de revendication en justice. C’est
pourquoi, seigneur et frère digne d’éloge,
il importe que tu te calmes, que tu rentres en bonne intelligence
avec moi et que tu acceptes de venir à une entrevue
privée. Je te demande de cesser de troubler des
gens faibles et craintifs, d’exercer ta vantardise
au loin et de penser que ta superbe m’amuse ne m’offense
pas. Nous ne sommes, en effet, ni sans défense,
ni ignorants. Qu’à tout le moins Maximinus
puisse te radoucir ! »
Si vous aviez quelques renseignements
à me fournir concernant l’auteur et
le destinataire de cette lettre ainsi que l’ouvrage
dont il est tiré, vous m’aideriez
beaucoup. (…) |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| La seule Lettre à
Salvius susceptible de figurer dans le CSEL (Corpus
Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum) que j'ai trouvée
fut écrite par un certain Eucher de Lyon (première
moitié du Ve siècle - voir ici : www.forumromanum.org).
Toutefois, je me demande si ce texte est bien celui sur
lequel vous devez plancher. En effet, la missive d'Eucher
ne semble pas concerner le colonat, mais relaterait plutôt
le martyre (des plus historiquement controversé)
de saint
Maurice et de ses compagnons de la légion
thébaine à Agaune (voir missel.free.fr).
Malheureusement, l'Epistula ad Salvium episcopum
n'étant, à première vue, pas disponible
sur la Toile, il ne m'a pas été possible de
vérifier mon hypothèse sans doute hasardeuse…
Désolé de ne pouvoir mieux vous renseigner.
|
| |
| |
|
| |
| 12 Novembre 2004 |
| Philippe
a écrit : |
| |
1.
(…) Que pensez-vous de la thèse que Jésus
ne pouvait pas avoir été crucifié,
supplice des conquérants romains, alors qu'il a
été jugé par la plus haute autorisé
religieuse juive ?
Ne serait-ce pas une image que les premiers "galiléens"
auraient voulu donner vis-à-vis des Romains, une
image plus "accessible" et que finalement il
aurait été lapidé
comme les écrits de Flavius Joseph le supposent
?
|
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Jésus lapidé
?
Personnellement, je n'ai jamais entendu parler
de cette hypothèse. il ne me semble pas non plus
l'avoir lue dans le seul court passage - dont l'authenticité
est au demeurant des plus controversées - que Flavius
Josèphe consacre à Jésus (voir ici
: Clic !).
En revanche, j'ai toujours entendu dire que la chose la
plus certaine que nous connaissions à propos de Jésus,
c'est précisément le fait qu'il fut crucifié.
Il est vrai que s'il avait bien un truc qui devait prodigieusement
enquiquiner les premiers propagandistes chrétiens,
c'est la mort infâmante de Jésus, dans les
affres atroces et les conditions très peu ragoûtantes
du supplice réservé aux esclaves ou aux rebelles.
Si les évangélistes avaient pu présenter
un Messie mort de la main des Juifs, lors d'une exécution
rituelle juive, ils auraient sauté sur l'occasion.
Et des deux pieds ! D'autant plus que l'un des principaux
objectifs poursuivis par les Évangiles est précisément
de dédouaner au maximum les Romans, d'atténuer
autant que possible leur responsabilité dans la mort
de Jésus. C'est pourquoi, selon eux, ce sont les
Juifs qui réclament, à cor et cri la
mort de Jésus, tandis que Pilate, en brave et honnête
homme qu'il est (tu parles !…) fait des pieds et des
mains pour tenter de sauver celui qui suscite une telle
haine, dont les motifs lui échappent.
Avec la crucifixion de Jésus, nous aurions donc
l'un des meilleurs exemples du "critère d'embarras"
sur lequel les exégètes se basent pour estimer
la véracité d'une anecdote ou d'une parole
transmise par les Évangiles : plus le fait rapporté
devait embarrasser le rédacteur, plus il a de chance
d'être vrai…
La plupart de spécialistes s'accordent aussi pour
dire qu'à l'époque de Jésus, les Juifs
avaient perdu le droit de condamner à mort l'un de
leurs compatriotes. La "haute justice" était
réservée au gouverneur romain. Les "Évangiles"
ne font d'ailleurs aucune difficulté pour l'admettre
: "les chefs des Juifs dirent à Pilate :
« il ne nous est pas permis de mettre à mort
quelqu'un »" (Jean, 18 : 31). En conséquence,
Jésus comparut donc devant un tribunal romain qui
le condamna à périr sur la croix, un supplice
bien romain. (Je vous invite également à jeter
un coup d'œil sur cet ancien courrier où j'évoque
très brièvement la responsabilité des
Juifs dans mort de Jésus : Clic
!). |
|
| |
| |
2.
Également la confusion né
de l'absence de textes (et surtout de leurs destructions
dès l'Antiquité) entre les Esséniens
et le christianisme ?
J'imagine que la réponse ne
sera pas simple car probablement, se trouve ici la clé
de la naissance du christianisme.
D'avance, merci de votre réponse. |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Je vous avoue que je connais
assez mal l'histoire et la doctrine des Esséniens.
En fait, suite aux constantes découvertes archéologiques
ou philologiques (exploitation progressive des fameux Manuscrits
de la Mer Morte), les maigres connaissances, d'ordre
très général, que j'avais jadis recueillies
à leur sujet semblent maintenant totalement obsolètes.
Faudra que je me "recycle" un de ces jours !…
Je n'ai cependant pas l'impression que les plus récentes
recherches ont permis d'établir un lien direct entre
ces Esséniens et les premiers chrétiens. La
tendance irait plutôt vers une meilleure compréhension
de l'insertion des "sectaires de la Mer Morte"
(étaient-ils réellement les "Esséniens"
dont parlèrent Pline et Josèphe ?) dans un
monde judaïque qui à cette époque (Ier
siècle avant - Ier siècle après notre
ère) était bien moins monolithique que l'on
croyait jusqu'il y a peu.
Personnellement - mais vous vous en êtes certainement
rendu compte en parcourant les pages de mon site -, j'inscrirais
plus volontiers les premières communautés
chrétiennes dans la mouvance nationaliste
juive . Par certains côtés, les premiers chrétiens
me paraissent en effet fort proches des Zélotes,
ces patriotes qui, comme eux,, attendaient, l'avènement
du Royaume de Dieu sur terre. Il suffit d'ailleurs
de lire les diatribes de l'Apocalypse contre la
Ville Eternelle, "la Grande Pute", "la Bête
à sept cornes", pour toucher du doigt une parenté
d'esprit entre les extrémistes chrétiens et
les nationalistes adeptes du djihad contre Rome. |
| |
| |
|
| |
| 12 Novembre 2004 |
| "Polux
Polux" a écrit : |
| |
Objet
: Edit de Thessalonique
Deux phrases de cet édit me
posent problème.
- La première est la phrase
d'introduction (je sais, ça débute mal !)
mais cet édit est introduit par
Gratien, Théodose et…Valentinien
Augustes, alors que Valentinien est mort en 375
!
- La seconde phrase est la dernière
: "étant consuls, Gratien Auguste pour
la cinquième fois et Théodose Auguste pour
la première fois."
Ce que je ne comprends pas est, premièrement, pourquoi
les Empereurs cumulent-ils la fonction d'Auguste et de
consul ?
Dans un deuxième temps, je ne comprends pas "pour
la cinquième fois" et "pour la première
fois" cela correspondrait à une nomination
de l'Auguste au titre de consul tous les ans. Il n'est
pourtant fait nulle part question de cette nomination
qui, je pense, est utilisée afin de pouvoir exercer
certains pouvoirs juridiques détenus par les consuls.
Votre aide pourrait m'être
précieuse. |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
En fait, le Valentinien
dont il est question dans l'Édit de Thessalonique
n'est pas Valentinien
Ier, effectivement mort en 375, mais son plus
jeune fils Valentinien
II, qui, à l'époque de
la publication de cet édit (en 380), co-régnait
avec son grand frère Gratien.
En effet, à la mort du premier Valentinien,
son fils aîné Gratien fut contraint par
l'armée de partager le pouvoir impérial
avec son très jeune frangin, âgé
de quatre ans seulement.
Quand l'Édit de Thessalonique fut publié
(voir ici : Clic
!), ce Valentinien II n'était donc encore
qu'un gamin dans les jupes de sa mère (il y
restera d'ailleurs tout au long de sa courte existence),
mais, officiellement, il n'en était pas moins
Auguste, au même titre que Gratien
et Théodose. Il était donc absolument
"normal" que son nom figurât sur les
édits impériaux applicables à
l'ensemble de l'empire romain.
Quant à ces consulats à répétition
qui vous intriguent, à la fin de IVe
siècle, il y avait belle lurette que cette
fonction n'était plus qu'honorifique. L'empereur
ayant rassemblé tous les pouvoirs entre ses
mains, y compris (et surtout) ceux, d'ordre militaire
et judiciaire des consuls, ceux-ci ne servaient plus
guère qu'à donner leur nom à
l'année en cours. Cependant, comme ce titre
restait auréolé d'un prestige certain,
les Augustes successifs veillèrent
toujours soit à assumer eux-mêmes ce
"consulat virtuel", soit à l'accorder
à certains membres de la famille impériale,
ou à des fidèles du régime
qu'il convenait d'honorer. |
 |
Si vous consultez une liste des consuls romains (par exemple
/www.kmatthews.org.uk),
vous constaterez ainsi que la plupart des empereurs accumulèrent
les titres consulaires : Auguste
fut consul à 13 reprises, Vespasien
huit fois, Domitien
dix-sept fois, etc…
Il n'y a donc vraiment rien d'anormal à ce que Gratien
fut consul pour la cinquième fois quand il apposa
son sceau sur Édit de Thessalonique.
À vrai dire, ce serait plutôt le contraire
qui eût été bizarre !… |
| |
| |
|
| |
| 13 Novembre 2004 |
| Marie-Jo
a écrit : |
| |
Je suis
"tombée" par hasard sur ton site, en effectuant
des recherches sur l'Égypte pendant l'occupation
romaine (…) Et me voilà passionnée par
la généalogie des empereurs romains !
Cependant, j'ai une question concernant
VIPSANIA AGRIPPINA (Agrippine l'Aînée).
Il y a confusion (peut-être dans mon esprit seulement
?) : de qui est-elle la fille ?
De Marcus Vipsanius Agrippa, ça d'accord. Mais c'est
qui la mère ? Julia (fille d'Auguste)
ou Pomponia Attica (fille de T. Pomponius Atticus) ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
Je confirme :
Agrippine l'Ancienne était
bien la fille d'Agrippa et de Julie,
elle-même fille unique d'Auguste. (Voyez ces
tableaux généalogiques : Dynastie
Julio-Claudienne, Successions
d'Auguste et de Tibère et Néron,
descendant d'Auguste).
Si l'on synthétise un peu tout cela (la généalogie
des Julio-claudiens, c'est pas de la tarte !), cette
première Agrippine fut donc à la fois
:
Sans oublier qu'elle fut aussi :
- la "fille adoptive" de Tibère,
qui avait dû épouser Julie quand celle-ci
était devenue veuve d'Agrippa ;
- la "belle-mère" (à titre
posthume) de l'empereur Claude,
qui épousa sa fille Agrippine la Jeune.
Comme tu le vois, cette gente dame - qui fut aussi
une emmerdeuse de première (excuse l'expression)
- se situe, généalogiquement parlant,
au centre stratégique de la première
famille impériale : Agrippine l'Ancienne est,
peu ou prou, liée à absolument tous
les empereurs de la dynastie Julio-Claudienne. |
 |
|
| |
| |
|
| |
| 14 Novembre 2004 |
| Bénédicte
a écrit : |
| |
Je
n'ai pas trouvé ce que je cherchais cette fois-ci
: le texte latin inscrit sur le bouclier votif d'Auguste,
et sa traduction.
Savez-vous où je pourrais
les trouver ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Force m'est d'avouer que jusqu'à
présent, je n'avais jamais entendu parler de ce bouclier
votif d'Auguste.
Une page internet (www.patrimoine.ville-arles.fr)
m'a permis de combler rapidement cette lacune culturelle.
J'y ai appris qu'en 27 av. J.-C., le Sénat accorda
à Octave
un bouclier en métal précieux qui "concrétisait"
l'attribution du titre sacré d'Augustus
au fils adoptif de Jules César.
Pour en venir à votre demande, un autre site (webpublic.ac-dijon.fr)
propose une jolie reproduction de ce bouclier. J'y lis (sauf
erreur de ma part… l'épigraphie et moi, ça
fait deux) :
SENATVS
POPVLVSQVE ROMANVS
IMP CAESARI DIVI F AVGUSTO
COSVIII DEDIT CLVPEVM
VIRTVTIS CLEMENTIAE
IVSTITIAE PIETATIS ERGA
DEOS PATRIAMQUE
Une inscription que le même site (Clic
!) traduit ainsi :
"Le Sénat et le peuple romain,
à l'imperator César, fils
de dieu ,
Auguste, consul pour la 8° fois, donna le bouclier
de la vertu (à la fois courage et mérite),
de la clémence, de la justice et de la piété
à l'égard des Dieux et de la patrie."
| 
REACTION A CE COURRIER :
| 29 juin 2005 |
| Sébastien
a écrit : |
| |
Permettez-moi
de vous faire remarquer qu’il y a une
faute (qui n’est pas de vous, et vous
allez comprendre pourquoi) dans une des réponses
du courrier des lecteurs.
Dans la réponse que avez faite en citant
un autre site web sur le bouclier d’Auguste,
il y a une petite erreur. Etant moi-même
intéressé par l’épigraphie
romaine, je l’ai vu.
La mention IMP
CAESARI DIVI F AUGUSTO
ne signifie pas en effet ce
que la traduction donne, mais, plus probablement,
« à l’imperator,
fils du divin César, Auguste ».
Le génifit de Caesari et de divi, ainsi
que la section
épigraphie du site Noctes
Gallicanae me conforte dans mon idée. |
|
|
| |
| |
|
| |
| 16 Novembre 2004 |
| Émilie
a écrit : |
| |
| (…)
Je n’arrive pas non plus à mettre la main sur
les œuvres écrites de Néron.
En effet, Néron, comme vous devez le savoir, aurait
écrit des poèmes. J’aimerais bien pouvoir
les trouver pour appuyer mes recherches. (…) |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Au risque de vous décevoir,
votre quête de l'œuvre littéraire de Néron
risque fort de ne rencontrer qu'un succès très
limité puisque, à ma connaissance, en tout
et pour tout un seul petit vers de l'empereur-artiste est
parvenu jusqu'à nous.
Le voici : Colla cytheriacae splendent agitata
columbae. Ce qui signifie en français
: Agités, les cous de la colombe cythéréenne
(c'est-à-dire de la colombe de Vénus) resplendissent.
Dans son célèbre et merveilleux roman Neropolis,
Hubert Monteilhet met en scène Néron déclamant
ses œuvres devant un cénacle d'amis. Évidemment,
ce vers est cité, et il suscite à la fois
les réactions étonnées et les commentaires
(ironiquement ?) élogieux des convives.
Je ne puis résister au plaisir de vous transcrire
ce passage savoureux :
"Néron
venait de chanter la paix trompeuse qui avait rassuré
les Troyens après le faux départ des
Grecs, paix annonciatrice de l’embrasement général
de la cité, et la beauté d’un
vers était particulièrement frappante
:
« COLLA CYTHERIACAE SPLENDENT
AGITATA COLUMBAE”
(Les cous remuants de la colombe de Vénus
brillent)
L'adjectif, subtilement place à la césure,
renvoyait au génitif final dans une envolée
de musicales sonorités, que ne déparait
pas une élision, et toute la souplesse de la
grammaire latine avait été mise à
profit dans la disposition des mots.
Pétrone
et Nerva, discrets collaborateurs occasionnels
de la Troïca, avaient du mal à
louer sans se louer eux-mêmes, mais les
autres n'avaient pas ce motif de retenue. Les
commentaires les plus compétents furent
ceux de Silanus, qui parurent toucher l'empereur.
Vespasien, qui ne savait trop que dire, demanda
bêtement : « Y aurait-il des
colombes à plusieurs cous, dans la mythologie
troyenne ? » Naïveté qui
suscita de gros rires.
L'éducation de Vespasien, qui n'était
pas de famille sénatoriale, avait été
assez négligée.
Néron expliqua patiemment : «
C'est une licence poétique courante,
en poésie latine, que d'employer un pluriel
au lieu du singulier pour assurer plus d'ampleur
à l'expression. "Colla agitata"
est donc mis pour "le cou remuant".
« Et vous autres, ne vous moquez point
de ce fidèle soldat ! Ce n'est pas l'ignorance
qui est honteuse, c'est le refus d'apprendre.
»
Kæso intervint :
« Ce pluriel me semble d'autant plus heureux
et profond qu'il rappelle l'adage de la philosophie
grecque : "On ne boit jamais deux fois
l'eau du même fleuve." La brillance
des plumes est ici, comme l'eau qui coule, le
résultat d'une foule de mouvements. Quelle
différence entre l'eau et les eaux d'un
fleuve ? Et de même, le cou de l'oiseau
brille d'autant mieux qu'il ne cesse de s'agiter.
C'est la succession rapprochée des images
qui produit l'impression de brillant, et au
fond, il y a un cou par image. Cela est finement
observé. »
Néron était
enchanté de la remarque, et, en récompense,
il se remit à donner de la voix et de
la lyre, tandis que les auditeurs forçaient
sur les vins. Le poète, très soucieux
de sa forme, buvait rarement jusqu'à
l'ivresse. Ses auditeurs veillaient eux-mêmes
à ne pas dépasser les bornes,
car la vérité était au
fond de l'amphore et toute vérité
n'était pas bonne à montrer toute
nue.”
(Hubert MONTEILHET, Neropolis, Éditions
Julliard, 1984) |
 |
|
|
| |
| |
|
|