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Octobre 2004 (page 3/3)

Sommaire du mois d'Octobre : Clic !

 
22 Octobre 2004
Sarah a écrit :
 
(…) Je vous envoie ce mail pour vous demander si vous ne connaîtriez pas un site qui traite de la Bataille du pont Milvius sous le règne de Constantin. Je cherche à éclaircir quelque fait dont la vision de Lactance et de Zosime qui en on fait un témoignage.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Si j'ai bien compris, vous, ce qui vous intéresse plus particulièrement, ce sont les témoignages des auteurs antiques qui évoquèrent cette fameuse vision de Constantin qui précéda la non moins fameuse bataille du Pont Milvius.
Si c'est bien le cas, cette page internet devrait vous donner entière satisfaction :

  • Site APGH - régionale de Caen - la conversion de Constantin - Documents : Clic !

Naturellement, il existe sur la Toile de très de nombreux sites internet évoquent la bataille décisive du pont Milvius et cette apparition céleste dont aurait bénéficié le premier empereur chrétien. En voici quelques-uns où vous pourrez peut-être glaner des renseignements utiles à vos recherches :

  • Site APGH - régionale de Caen - La conversion de Constantin et la christianisation de l'empire romain par Yves Modéran : Clic !
  • Le Nouvel Observateur - 312, Constantin dans la bataille : Clic !
  • Site l'Internaute - La bataille du Pont Milvius : Clic !
    … Et aussi, parce que lire la prose lumineuse du patriarche de Ferney procure un plaisir toujours renouvelé :
  • Voltaire - Dictionnaire philosophique, article Vision de Constantin : Clic !
  • Sans oublier que, de mon côté, j'ai aussi eu l'occasion d'évoquer cette fabuleuse anecdote avec une autre sympathique internaute qui me demandait si Constantin considérait le christianisme seulement comme une arme politique : Clic !

En outre, en farfouillant dans ma bibliothèque, j'ai retrouvé, dans un vieux livre du début du XXe siècle destiné à l'éducation chrétienne des jeunes filles de bonne famille, cette éloquente - et surtout édifiante - relation des faits qui aboutirent à la victoire de saint Constantin sur l'horrible Maxence. Ce récit est naturellement très orienté, et dénué de la moindre parcelle d'objectivité, mais il recèle pourtant - du moins à ce qu'il me semble - quelques informations non dénuées d'intérêt.

Voici ce morceau de bravoure :

"Maxence lui déclara la guerre (à Constantin) sous le prétexte de venger la mort de Maximien Hercule, en réalité pour s'emparer de la Gaule, dessein qu'il nourrissait depuis longtemps.
Maxence, qui avait rétabli les prétoriens, avait cent soixante-dix mille fantassins et dix-huit mille cavaliers.
Constantin n'avait que quarante mille vieux soldats.
Il se mit à leur tête, passa les Alpes Cottiennes, emporta Suse d'assaut et fit capituler Vérone dont il enchaîna la garnison avec ses propres épées forgées pour cet usage. Et, poursuivant sa marche triomphale, Constantin arriva aux portes même de Rome où Maxence se tenait enfermé, un oracle l'ayant menacé de mort s'il en sortait. Toutefois, ses généraux conduisaient son armée à sa place.
Constantin avait établi son camp en face du pont Milvius (le Ponte-Molle actuel), défiant de lui-même encore malgré ses premiers succès.

Le soleil commençait à décliner, et l'empereur, au milieu de son armée, regardait ce ciel où toutes les religions mettent la divinité et dont il attendait le salut et la force.
Tout à coup, le héros poussa un cri d'étonnement et, du doigt, indiquant l'azur, il montra à tous un merveilleux prodige que tous virent comme lui.
Au-dessus du soleil, entre l'astre déclinant et le zénith immobile, une croix éclatante de lumière était nettement tracée, et sur la croix miraculeuse on lisait ces mots :
IN HOC VINCES. (Sois vainqueur par ce signe).
L'étonnement de tous était grand et Constantin n'était pas le moins étonné. Quand la vision se fut effacée, il se retira seul sous sa tente et resta plongé dans des réflexions profondes jusqu'à la nuit qui le surprit encore occupé à chercher la solution du problème.
Quand le sommeil eut fermé ses paupières, le Christ lui apparut en songe, porteur du même signe qu'il avait vu resplendir dans les airs.
- Constantin, lui dit-il, tu cherches quel Dieu t'assurera la victoire, c'est moi. Tu as vu mon Signe dans les cieux, fais-le reproduire sur tes enseignes et tu vaincras.
Constantin jura qu'il n'adorerait plus d'autre Dieu que celui qui venait de se révéler si miraculeusement à lui.
Il fit assembler les prêtres de Jésus-Christ et leur dit, après leur avoir raconté sa vision :
- Quel est donc ce Dieu qui s'est ainsi manifesté à mes yeux ? que me présage ce symbole qu'il a deux fois reproduit sous mes yeux ?
- Le signe de la Croix, lui répondirent-ils, est le symbole de l'immortalité, le trophée de la victoire remportée sur la mort par le Verbe éternel et fait chair.
Alors, ils lui apprirent l'avènement du Fils de Dieu sur la terre en lui en indiquant les motifs et en l'instruisant du sublime mystère de l'Incarnation.
Plein d'émotion, et se souvenant des discrets enseignements de sa mère Hélène, Constantin écoutait avidement leurs paroles. Il sentait vraiment s'étendre sur lui la protection de ce Dieu qu'il n'avait pas invoqué en vain.

Tous ses loisirs furent, dès lors, consacrés à étudier les saintes Lettres sous la direction des docteurs et il se prépara à poursuivre son expédition contre Rome, mais non sans avoir montré quel prix il attachait à l'insigne faveur du Ciel.
Il fit appeler des orfèvres et leur ordonna d'exécuter une enseigne nouvelle pour ses troupes.
C'était une haste allongée, revêtue d'or et munie d'une antenne transversale à l'instar de la croix ; au sommet de la haste était fixée une couronne d'or et de pierreries au centre de laquelle figurait le monogramme du Sauveur c'est-à-dire les deux premières lettres grecques du nom sacre du Christ, le X et le P, groupés en un seul chiffre. À l'antenne obliquement traversée par la haste, était suspendu en guise de voile un tissu de pourpre enrichi de pierreries artistement serties et combinées, éblouissant les yeux par leur éclat sans pareil. Ce voile avait la forme d'un carré parfait. À sa partie supérieure était représentés en fine broderie le buste de l'empereur et ceux de ses enfants.
Tel était le glorieux Labarum dont chaque légion possédait une reproduction.
D'ailleurs, Constantin avait fait, en outre, graver le monogramme du Christ non seulement sur son casque mais sur les boucliers de ses soldats.
chrisme
Dès lors, une enseigne mystérieuse marcha au combat à côté des aigles romaines.
Ainsi, la Croix, odieuse jusqu'à ce jour, à peine représentée par les chrétiens eux-mêmes dans leurs peintures et leurs sculptures, à cause de l'infamie humaine qui s'attachait à son signe divin, la Croix, gibet réservé aux plus vils criminels, après trois siècles d'outrages et de persécutions, triomphait d'une manière éclatante et providentielle, elle s'élevait au-dessus de toutes les vénérations et devenait l'étendard romain que le monde vaincu allait invinciblement adorer.

« La bataille (dit Chateaubriand) qui allait se livrer entre Maxence et Constantin, allait être du petit nombre de celles qui, expression matérielle de la lutte des opinions, deviennent non un simple fait de guerre mais une véritable révolution.
« Deux cultes et deux mondes allaient se rencontrer au pont Milvius; deux religions se trouver en présence, les armes à la main, au bord du Tibre, à la face du Capitole antique.
« Maxence interrogeait les livres sibyllins, sacrifiait des lions, éventrait des victimes humaines et fouillait les entrailles des enfants arrachés au giron maternel, dans la pensée que des cours aussi innocents ne pouvaient receler aucune imposture.
« Constantin arrivait guidé par l'impulsion de la divinité et la grandeur de son génie, car ce sont là les paroles qui seront gravées sur son arc triomphal “Instinctu Divinitatis, mentis magnitudine”.
« Les anciens dieux du Janicule voyaient rangées autour de leurs stériles autels les légions qui avaient, en leur nom, conquis l'univers; mais, en face de ces soldats, étaient les soldats du Christ. Le Labarum dominait les aigles et la terre antique de Saturne allait voir régner Celui qui avait prêché sur la montagne.
« Le temps et l'humanité avaient fait un grand pas ! »

Ce fut le 28 octobre 312, qui vit livrer cette décisive et solennelle bataille.
Maxence, oubliant la défense de ses devins, était sorti de Rome. Il avait franchi le Tibre sur un pont de bois coupé en deux parties mobiles et son plan était d'y attirer Constantin pour le noyer dans le fleuve. Il adossa son armée au Tibre, par une étonnante faute de stratégie.
Constantin comprit cette imprévoyance, il ordonna l'attaque; le choc fut terrible et son habileté suppléa aux forces qui lui manquaient. Les lignes de bataille de Maxence furent enfoncées, ses plus vaillants soldats tués à leur poste, les autres engloutis dans le fleuve où ils se précipitèrent affolés.
Maxence, épouvanté, revint vers le pont pour le traverser et rentrer dans Rome, mais la foule qui l'accompagnait le fit crouler. L'empereur, précipité dans le fleuve, y trouva la mort qu'il avait préparée à Constantin triomphant.

pont milvius

Le lendemain, le héros chrétien entrait triomphalement dans la Ville Éternelle et jamais (dit l’orateur Nazarius) aucun jour, depuis la fondation de Rome, n'avait été plus heureux. Aucun des triomphes dont l'Antiquité avait laissé la description ne pouvait être comparé à celui-ci.

(L. LE LEU, le Triomphe de la Croix, Établissements Casterman, Tournai, 1909)

Amen !…

 
 

 

 
25 Octobre 2004
Marjorie a écrit :
 

Pourriez-vous me renseigner sur quelques points car j'ai à faire un exposé sur la désignation des empereurs par l'armée et par le Sénat (théoriquement) et sur la consécration de l'empereur durant le III° siècle après J.-C. durant l'anarchie militaire.

Je pensais prendre l'exemple de l'avènement de Probus en 276 après JC (texte de Flavius Vapiscus écrit au IV° siècle, Histoire d'Auguste)

 
 
 
RÉPONSE :
 

C'est vrai que le rédacteur anonyme de l'Histoire Auguste (ici sous le pseudo de Flavius Vospicius de Syracuse) s'attarde assez longuement sur l'intronisation du brave empereur Probus.

Tout d'abord (Vie de Probus, X), il nous relate sa désignation par l'armée, provoquée, selon lui, par un jeu de mots plutôt du genre bébête : des officiers circulaient dans le camp, clamant à tue-tête ce que qu'il fallait que l'homme qui remplacerait le vieux Tacite (qu'ils venaient de trucider) fût "courageux, vertueux, respectable, clément et probe", les soldats comprirent que c'était le général Probus qu'il fallait désigner.
Évidemment !…
Ensuite, on nous montre ledit Probus jouer au grand modeste : "Je ne suis pas digne ; vous avez misé sur le mauvais cheval, soldats !"… Puis nous lisons la transcription d'une lettre, très cicéronienne quant à sa forme, adressée à un préfet du prétoire, par ailleurs inconnu, mais dont il paraît que le nom (Capito) évoque également une plaidoirie de Cicéron. Dans cette missive, le nouvel empereur s'excuse presque d'avoir été contraint d'accepter une "charge qui lui est si odieuse".
Le chapitre X s'achève sur la liquidation - en quelques mots - de Florianus, et la reconnaissance de Probus comme maître de l'univers "par la double décision de l'armée et du Sénat".

Les chapitres suivants (XI à XIII) sont consacrés aux relations de Probus avec le Sénat. L'auteur de l'Histoire Auguste reproduit d'abord la première lettre - d'une révérence extrême - que l'empereur frais émoulu aurait adressé aux Pères conscrits : "Votre Clémence, pères conscrits, a agi avec autant de raison que de régularité, en donnant, l’année dernière, à l’univers un prince que vous choisîtes parmi vous (c'est-à-dire le vieux Tacite), qui êtes les maîtres du monde, qui l’avez toujours été, et qui le serez toujours dans la personne de vos descendants ; et plût au ciel que Florien eût voulu attendre votre décision et n’eût pas revendiqué l’empire comme un héritage ! Votre Majesté y eût appelé lui ou un autre ; mais par cela même qu’il s’empara du pouvoir, je fus nommé auguste par les soldats, et, qui plus est, par les soldats les plus prévoyants, qui ne purent souffrir cette usurpation. Veuillez donc faire de mes services l’emploi que Votre Clémence jugera convenable." (Histoire Auguste, Vie de Probus, XI, 2-4 - trad. site Nimispauci : Clic !).
Qu'en termes modestes et respectueux ces choses-là sont dites…Un peu lèche-cul, le bon Probus !

Quoi qu'il en soit, toujours aux dires de l'Histoire Auguste, les Sénateurs ne laissèrent d'ailleurs pas d'être sensibles aux égards que leur accordait le chef tout-puissant de la non moins toute-puissante armée : "Puis fut rendu un décret du Sénat. Le 3 des nones de février, dans le temple de la Concorde, le consul Julius Scorpianus, entre autres choses, dit : « Vous venez d’entendre, pères conscrits, la lettre d’Aurelius Valerius Probus : que vous en semble ? » Ces paroles furent suivies de cette acclamation : « Probus Auguste, que les dieux vous conservent ! Naguère, vous étiez un chef estimable, courageux, juste, habile ; maintenant vous serez un bon prince. Modèle des soldats, modèle des empereurs, que les dieux vous conservent ! Défenseur de la république, que votre règne soit heureux ; maître de la milice, que votre règne soit heureux ; que les dieux vous gardent, vous et les vôtres ! Le Sénat vous a choisi depuis longtemps. Inférieur par l’âge à Tacite, vous lui êtes supérieur pour tout le reste. Nous vous rendons grâce de ce que vous avez bien voulu accepter l’empire. Protégez-nous, protégez la République ; à qui pourrions-nous confier plus sûrement ce que vous avez si bien conservé ? Probus le Francique, le Gothique, le Sarmatique, le Parthique (car on peut également vous donner tous les surnoms), depuis longtemps vous êtes digne de commander, vous êtes digne de triompher. Vivez heureux, que votre règne soit prospère ! » (Idem, chap. XI, 5-9).

Ensuite est reproduit (chap. XII) une longue harangue, toujours bourrée de références cicéroniennes, qu'aurait prononcée un certain sénateur nommé Manlius Statianus - un personnage totalement inconnu par ailleurs, et donc, semble-t-il, né de l'imagination fertile de l'auteur de l'Histoire Auguste.

probus

Enfin (chap. XIII), "après avoir reçu ce sénatus-consulte", Probus remercie les Sénateurs en leur accordant, par un second message, "le droit de juger en appel au-dessus des grands juges, de nommer des proconsuls, de désigner les légats consulaires, de confier aux gouverneurs l'autorité judiciaire et de ratifier par leurs propres sénatus-consultes les lois qu'il promulguerait." (Vie de Probus, XIII, 1 - trad. André CHASTAGNOL, Histoire Auguste, Ed. Robert Laffont, coll. "Bouquins").

C'est-y pas beau, tout ça ?
Certes… Mais il est seulement dommage qu'il n'y ait presque rien de vrai là-dedans !

L'auteur anonyme de l'Histoire Auguste, qui, comme on s'en souvient, vécut vers la fin du IVe siècle (voire au début du Ve siècle), n'en savait probablement déjà guère plus que nous sur règne de Probus, sur son intronisation ou sur ses relations avec le Sénat. Alors, à partir de maigres indications dont il disposait, il a brodé, imaginé, inventé des discours, créé des protagonistes.
Tel est du moins l'avis d'André CHASTAGNOL, éminent spécialiste et traducteur éclairé de l'Histoire Auguste, je que me permets de citer ici :

"Le rédacteur de la Vie (de Probus) (…) brosse un portrait moral tout aussi élogieux : un modèle en tous points, des vertus viriles jointes au prestige de l'esprit, un caractère énergique, une probité sans faille, une propension innée à la clémence et à l'indulgence, une grande sagesse, une vie privée digne de respect et surtout une intelligence politique qui trouva son application dans un gouvernement exemplaire s'étendant aux affaires civiles.

En fait, ces compliments constants et appuyés, sinon excessifs, s'ils sont justifiés d'abord par les succès militaires et la conquête de « toutes les parties du monde », ont pour raison d'être principale l'attitude de déférence que, selon l'H.A. (c'est-à-dire l'Histoire Auguste), amplifiant à l'extrême les maigres indications de (Aurelius) Victor, Probus aurait adoptée à l'égard du Sénat. Certes, il fut d'abord proclamé par l'armée, mais il demanda la confirmation du Sénat après avoir affecté de refuser le pouvoir en un premier temps, comme si, à l'image d'Auguste, il ne l'avait accepté que contraint et forcé par l'Assemblée (X, 5-6). Pour tout dire, il aurait continué, sous une autre forme, la politique de « restauration » sénatoriale qui s'était affirmée, d'après l'auteur, sous le règne de Tacite.

Dans cette perspective, l'empereur aurait accru les prérogatives de l'Assemblée et de ses membres par diverses mesures administratives et judiciaires (XIII, 1). L'une de ces dernières concernait la nomination des proconsuls gouvernant les provinces sénatoriales, mais, au mieux, c'était le retour à la procédure normale de la désignation des titulaires par le tirage au sort à la Curie. Il est peu vraisemblable que le Sénat, sauf exceptions, ait été amené à nommer lui-même les légats gouverneurs des provinces consulaires dotées de plusieurs légions. Les lois promulguées par le prince seraient ratifiées par sénatus-consultes, mais, sur ce point aussi, les édits impériaux et les constitutions adressées au Sénat étaient de tradition enregistrés par l'Assemblée : cela ne nuisait nullement à l'initiative supérieure de l'empereur. Enfin, si l'on en croit l'H.A., le Sénat aurait reçu la capacité de juger en appel les procès évoqués en première instance par les « grands juges », c'est-à-dire selon une interprétation traditionnelle, les préfets de la Ville et du prétoire, au criminel sans doute. Or, nous savons maintenant, par une inscription, que Probus a créé à Rome un tribunal spécial, le « grand tribunal » (iudicium magnum), dont les membres devaient être appelés les « grands juges » (magni iudices) et qui avait sans doute pour tâche de juger en appel certaines catégories de procès importants, ceux de lèse-majesté par exemple après la défaite d'usurpateurs ; il s'agissait sans doute d'une commission restreinte de sénateurs investie de pouvoirs judiciaires strictement définis et siégeant pour un temps limité. L'H.A. a confondu cette commission avec le Sénat plénier et donné le nom de « grands juges », par transposition, aux juges de première instance. livre histoire auguste

Que Probus ait adopté une attitude déférente à l'égard du Sénat, on peut l'admettre, sans pour autant que l'Assemblée ait véritablement disposé de pouvoirs ou de droits nouveaux. Le fait que l'empereur ait été retenu loin de l'Urbs par ses campagnes militaires pour ainsi dire incessantes a pu donner à l'aristocratie romaine l'illusion qu'elle prenait une part plus active au gouvernement intérieur de l'Empire, mais nous ne devons pas être dupes de sa propagande ou de ses rêves. C'est en tout cas en élargissant au règne de Probus les idées exposées sous celui de Tacite qu'Aurélius Victor a pu conclure que la réaction sénatoriale de ce temps avait pris fin à la mort du grand militaire et qu'à ce moment même le Sénat avait définitivement perdu le droit d'élire l'empereur et de lui conférer ses pouvoirs légaux."
(André CHASTAGNOL, Histoire Auguste, op. cit.).

Pour en revenir à votre problème, question d'investiture impériale, notre ami Probus ne semble pas se singulariser de ses prédécesseurs et collègues, les "empereurs militaires" du milieu du IIIe siècle. Leur seule légitimité provenait de l'armée puisque c'étaient les soldats - et eux seuls - qui faisaient - et défaisaient - les empereurs. Quant au Sénat, il n'avait voix au chapitre que pour ratifier ces désignations militaires. Il ne s'agissait plus que d'une simple formalité dont Carus, successeur de Probus se passa d'ailleurs allègrement : il se contenta d'informer le Sénat de son accession au pouvoir et de l'élévation de ses deux fils au rang de Césars.

Mais n'étant pas nécessairement très à l'aise avec l'histoire des institutions romaines, je préfère citer ce court texte qui me paraît excellemment résumer l'évolution du rôle du Sénat dans les nominations impériales pendant la période dite de l'Anarchie militaire :

"En 238, le soulèvement des Gordiens contre Maximin donna au Sénat l'occasion, après la mort des premiers, de considérer le second comme déchu et de mettre en place une procédure de désignation d'un ou plutôt de deux successeurs. Dans un sursaut d'exaltation républicaine et d'autocélébration élitiste, le Sénat désigna une commission de 20 de ses membres parmi les plus prestigieux, qui choisit à son tour en son sein deux empereurs - à l'image des deux consuls -, Pupien (peut-être le premier des sénateurs par ordre de préséance) et Balbin (un patricien). Cette même commission les assista dans leur tâche gouvernementale et militaire, animant la résistance armée contre Maximin dont elle bloqua à Aquilée le projet de marche sur Rome. La défaite, contre toute attente, du premier empereur-soldat sembla un moment donner sa chance à l'utopie, mais le rêve d'un gouvernement collectif de l'élite aristocratique fut de courte durée. Le fils de Gordien II, Gordien III, fut imposé par l'armée au Sénat qui dut l'associer à ses champions contre tous les principes qu'il venait de définir. Les dernières traces de cette réaction sénatoriale furent effacées avec le meurtre de Pupien et Balbin, suivi du martelage de leurs noms.

Moins ostensiblement, mais plus concrètement, en 253, l'élévation à la pourpre de Valérien, déjà investi de hautes responsabilités intérieures par Dèce, lui-même empereur sénatorial et néanmoins conscient de ses devoirs guerriers, manifesta à nouveau la capacité du Sénat à faire prévaloir son choix.

Une dernière fois, en 275, dans la conjoncture délicate ouverte par l'assassinat d'Aurélien, le Sénat imposa l'un de ses représentants, Tacite, montrant qu'il pouvait trouver en son sein un valeureux chef de guerre ayant fait ses preuves avant l'exclusion prononcée par Gallien, un combattant en rien inférieur aux officiers illyriens dont il interrompait momentanément la succession. Les bonnes dispositions de Tacite à l'égard du Sénat auraient-elles pu permettre à celui-ci de reconquérir le terrain perdu, de remettre durablement la main sur le pouvoir de désigner l'empereur.?
Dans un curieux passage où il refait l'histoire à sa façon, qui est fort idéaliste, Aurelius Victor (
De Cæsaribus, 37, 6-7) imagine le cours différent qu'aurait alors pu prendre le régime impérial et accuse les clarissimes d'avoir laissé passer cette occasion. II dénonce en cette circonstance l'incurie des sénateurs, leur détachement de la chose publique et le repli de leurs préoccupations sur la gestion patrimoniale. L'intérêt de ce texte réside moins dans l'illusion de réécrire l'histoire avec des « si » que dans ce regard rétrospectif de l'historiographie sénatoriale jugeant le Sénat largement responsable de son propre déclin politique.

À l'avènement de Carus en 282, toujours selon Aurelius Victor (De Cæsarihus 37, 5). le Sénat aurait perdu sa principale prérogative constitutionnelle, pierre angulaire du principat : l'investiture impériale, par laquelle il conférait au nouvel empereur l'imperium et la puissance tribunicienne. Carus ayant déclaré inutile cette formalité, de ce jour « l'influence des soldats devint prépondérante, le Sénat perdit le pouvoir et le droit de nommer le prince : ceci a duré jusqu'à nos jours ». Sous Dioclétien, il ne fait pas de doute que le Sénat s'est retrouvé à l'écart de la vie publique comme jamais auparavant."
(Jean-Michel CARRIÉ, Aline ROUSSELLE, L'empire romain en mutation, Éditions du Seuil, Point Histoire H221).

livre empire romain en mutation
 
 

 

 
26 Octobre 2004
"la Belette" a écrit :
 
J'aimerais connaître le pourcentage d'esclaves de la population romaine dans l'Antiquité, que ce soit sous l'Empire ou sous la République.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Combien d'esclaves dans l'Empire romain ?

Difficile à dire, du moins avec précision…

Ce court texte fournit, me semble-t-il, une estimation pertinente :

"Combien y avait-il de ces esclaves exploités, paysans, bergers, ouvriers ou mineurs ?
Cela dépend de l'idée qu'on se fait du nombre total des esclaves.
Peut-on connaître ce nombre ?
Les Romains ne nous ont transmis aucun chiffre à son sujet, et eux-mêmes ne savaient probablement pas combien il y avait en tout d'esclaves dans leur empire. On admet en général qu'il s'en trouvait plus en Italie qu'en Afrique du Nord ou qu'en Égypte. Un historien démographe du début du siècle, Julius Beloch, a réuni les maigres indices disponibles, et, pour l'Italie, a parlé de deux millions d'esclaves sur une population totale de six millions d'habitants. Par la suite, certains sont allés jusqu'à dire que l'esclavage concernait 40 % de la population italienne. Actuellement, on a tendance à réviser ces chiffres à la baisse. De toute façon, on pense qu'en dehors de l'Italie, à l'époque romaine, le nombre des esclaves était inférieur à 20 % de la population - et peut-être de très loin.
"
(Jean ANDREAU, in revue "l'HISTOIRE", n° 239 - Janvier 2000 - pages 88 à 93).

Donc, au grand maximum, environ 20 % d'une population que l'on estime généralement (car ici non plus nous ne disposons pas de chiffres précis) à environ 60 ou 70 millions d'habitants. Notez cependant que ce chiffre a pu varier sensiblement d'une époque à l'autre : plutôt 50 millions pour l'époque d'Auguste (début du Ier siècle) ; peut-être 90, voire 100 millions, lors de l'apogée de l'Empire romain (milieu du IIe siècle) ; puis probablement une démographie en chute libre pendant les deux derniers siècles qui précédèrent "la chute de Rome".
Mais il est vrai qu'à cette époque tardive, l'institution esclavagiste romaine était depuis longtemps en perte de vitesse (voir ces anciens courriers : Clic ! et Clic !)…

Pour être complet, je vous signale également ces deux pages internet qui présentent des estimations voisines, quoique légèrement différentes, du nombre d'esclaves utilisés dans l'Antiquité romaine :

  • Site "Vitellus" : Clic ! - un habitant sur quatre de l'Empire aurait été de condition servile. Soit 25 % de la population.
  • Site "ISTP" : Clic ! - en 100 ap. J.-C., la ville de Rome aurait compté 400.000 esclaves pour 1.200.000 habitants…
    Mais évidemment, il y avait proportionnellement plus d'esclaves à Rome que dans le reste de l'Italie, et plus d'esclaves dans la Péninsule italienne que dans le reste de l'Empire.
 
 

 

 
29 Octobre 2004
Eliza Antébi (site www.antebiel.com) a écrit :
 

Nous vous informons de la tenue d'un festival du grec et du latin des 4 au 6 mars 2005 à Bécherel "cité du livre", près de Rennes en Bretagne.

Pour le programme (avec Lacarrière, Jerphagnon, Monteilhet, etc), voir ici : Clic !

site antebiel site antebiel
becherel

A Bécherel,
Festival du Latin et du Grec,
prévu pour le
"Printemps des Poètes"
les 4, 5 et 6 mars prochain.

 
 

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