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Octobre 2004 (page 3/3)
Sommaire du mois d'Octobre : Clic
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| 22 Octobre 2004 |
| Sarah
a écrit : |
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| (…)
Je vous envoie ce mail pour
vous demander si vous ne connaîtriez pas un site qui
traite de la Bataille du pont Milvius sous
le règne de Constantin. Je cherche à éclaircir
quelque fait dont la vision de Lactance et de Zosime qui
en on fait un témoignage. |
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| RÉPONSE
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| Si j'ai bien compris, vous,
ce qui vous intéresse plus particulièrement,
ce sont les témoignages des auteurs antiques qui
évoquèrent cette fameuse vision de Constantin
qui précéda la non moins fameuse bataille
du Pont Milvius.
Si c'est bien le cas, cette page internet devrait vous
donner entière satisfaction :
- Site APGH - régionale de Caen - la conversion
de Constantin - Documents : Clic
!
Naturellement, il existe sur la Toile de très
de nombreux sites internet évoquent la bataille
décisive du pont Milvius et cette apparition céleste
dont aurait bénéficié le premier
empereur chrétien. En voici quelques-uns où
vous pourrez peut-être glaner des renseignements
utiles à vos recherches :
- Site APGH - régionale de Caen - La conversion
de Constantin et la christianisation de l'empire romain
par Yves Modéran : Clic
!
- Le Nouvel Observateur - 312, Constantin dans la bataille
: Clic
!
- Site l'Internaute - La bataille du Pont Milvius :
Clic
!
… Et aussi, parce que lire la prose lumineuse
du patriarche de Ferney procure un plaisir toujours
renouvelé :
- Voltaire - Dictionnaire philosophique, article
Vision de Constantin : Clic
!
- Sans oublier que, de mon côté, j'ai aussi
eu l'occasion d'évoquer cette fabuleuse anecdote
avec une autre sympathique internaute qui me demandait
si Constantin considérait le christianisme seulement
comme une arme politique : Clic
!
En outre, en farfouillant dans ma bibliothèque,
j'ai retrouvé, dans un vieux livre du début
du XXe siècle destiné à l'éducation
chrétienne des jeunes filles de bonne famille,
cette éloquente - et surtout édifiante -
relation des faits qui aboutirent à la victoire
de saint Constantin sur l'horrible Maxence. Ce récit
est naturellement très orienté, et dénué
de la moindre parcelle d'objectivité, mais il recèle
pourtant - du moins à ce qu'il me semble - quelques
informations non dénuées d'intérêt.
Voici ce morceau de bravoure :
"Maxence lui
déclara la guerre (à Constantin)
sous le prétexte de venger la mort de
Maximien Hercule, en réalité pour
s'emparer de la Gaule, dessein qu'il nourrissait
depuis longtemps.
Maxence, qui avait rétabli les prétoriens,
avait cent soixante-dix mille fantassins et dix-huit
mille cavaliers.
Constantin n'avait que quarante mille vieux soldats.
Il se mit à leur tête, passa les Alpes
Cottiennes, emporta Suse d'assaut et fit capituler
Vérone dont il enchaîna la garnison
avec ses propres épées forgées
pour cet usage. Et, poursuivant sa marche triomphale,
Constantin arriva aux portes même de Rome
où Maxence se tenait enfermé, un oracle
l'ayant menacé de mort s'il en sortait. Toutefois,
ses généraux conduisaient son armée
à sa place.
Constantin avait établi son camp en face
du pont Milvius (le Ponte-Molle actuel), défiant
de lui-même encore malgré ses premiers
succès.
Le soleil commençait à décliner,
et l'empereur, au milieu de son armée, regardait
ce ciel où toutes les religions mettent la
divinité et dont il attendait le salut et
la force.
Tout à coup, le héros poussa un cri
d'étonnement et, du doigt, indiquant l'azur,
il montra à tous un merveilleux prodige que
tous virent comme lui.
Au-dessus du soleil, entre l'astre déclinant
et le zénith immobile, une croix éclatante
de lumière était nettement tracée,
et sur la croix miraculeuse on lisait ces mots :
IN HOC VINCES. (Sois vainqueur par ce signe).
L'étonnement de tous était grand
et Constantin n'était pas le moins étonné.
Quand la vision se fut effacée, il se retira
seul sous sa tente et resta plongé dans des
réflexions profondes jusqu'à la nuit
qui le surprit encore occupé à chercher
la solution du problème.
Quand le sommeil eut fermé ses paupières,
le Christ lui apparut en songe, porteur du même
signe qu'il avait vu resplendir dans les airs.
- Constantin, lui dit-il, tu cherches
quel Dieu t'assurera la victoire, c'est moi. Tu
as vu mon Signe dans les cieux, fais-le reproduire
sur tes enseignes et tu vaincras.
Constantin jura qu'il n'adorerait plus d'autre
Dieu que celui qui venait de se révéler
si miraculeusement à lui.
Il fit assembler les prêtres de Jésus-Christ
et leur dit, après leur avoir raconté
sa vision :
- Quel est donc ce Dieu qui s'est ainsi manifesté
à mes yeux ? que me présage ce symbole
qu'il a deux fois reproduit sous mes yeux ?
- Le signe de la Croix, lui répondirent-ils,
est le symbole de l'immortalité, le trophée
de la victoire remportée sur la mort par
le Verbe éternel et fait chair.
Alors, ils lui apprirent l'avènement
du Fils de Dieu sur la terre en lui en indiquant
les motifs et en l'instruisant du sublime mystère
de l'Incarnation.
Plein d'émotion, et se souvenant des discrets
enseignements de sa mère Hélène,
Constantin écoutait avidement leurs paroles.
Il sentait vraiment s'étendre sur lui la
protection de ce Dieu qu'il n'avait pas invoqué
en vain.
Tous ses loisirs
furent, dès lors, consacrés à
étudier les saintes Lettres sous la direction
des docteurs et il se prépara à
poursuivre son expédition contre Rome,
mais non sans avoir montré quel prix
il attachait à l'insigne faveur du Ciel.
Il fit appeler des orfèvres et leur ordonna
d'exécuter une enseigne nouvelle pour
ses troupes. |
C'était
une haste allongée, revêtue
d'or et munie d'une antenne transversale
à l'instar de la croix ; au sommet
de la haste était fixée
une couronne d'or et de pierreries au
centre de laquelle figurait le monogramme
du Sauveur c'est-à-dire les deux
premières lettres grecques du nom
sacre du Christ, le X et le P, groupés
en un seul chiffre. À l'antenne
obliquement traversée par la haste,
était suspendu en guise de voile
un tissu de pourpre enrichi de pierreries
artistement serties et combinées,
éblouissant les yeux par leur éclat
sans pareil. Ce voile avait la forme d'un
carré parfait. À sa partie
supérieure était représentés
en fine broderie le buste de l'empereur
et ceux de ses enfants.
Tel était le glorieux Labarum dont
chaque légion possédait
une reproduction.
D'ailleurs, Constantin avait fait, en
outre, graver le monogramme du Christ
non seulement sur son casque mais sur
les boucliers de ses soldats.
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Dès lors,
une enseigne mystérieuse marcha au combat
à côté des aigles romaines.
Ainsi, la Croix, odieuse jusqu'à ce jour,
à peine représentée par
les chrétiens eux-mêmes dans leurs
peintures et leurs sculptures, à cause
de l'infamie humaine qui s'attachait à
son signe divin, la Croix, gibet réservé
aux plus vils criminels, après trois
siècles d'outrages et de persécutions,
triomphait d'une manière éclatante
et providentielle, elle s'élevait au-dessus
de toutes les vénérations et devenait
l'étendard romain que le monde vaincu
allait invinciblement adorer. |
« La bataille
(dit Chateaubriand) qui allait se
livrer entre Maxence et Constantin, allait
être du petit nombre de celles qui,
expression matérielle de la lutte des
opinions, deviennent non un simple fait de
guerre mais une véritable révolution.
« Deux cultes et deux mondes allaient
se rencontrer au pont Milvius; deux religions
se trouver en présence, les armes à
la main, au bord du Tibre, à la face
du Capitole antique.
« Maxence interrogeait les livres sibyllins,
sacrifiait des lions, éventrait des
victimes humaines et fouillait les entrailles
des enfants arrachés au giron maternel,
dans la pensée que des cours aussi
innocents ne pouvaient receler aucune imposture.
« Constantin arrivait guidé par
l'impulsion de la divinité et la grandeur
de son génie, car ce sont là
les paroles qui seront gravées sur
son arc triomphal “Instinctu Divinitatis,
mentis magnitudine”.
« Les anciens dieux du Janicule voyaient
rangées autour de leurs stériles
autels les légions qui avaient, en
leur nom, conquis l'univers; mais, en face
de ces soldats, étaient les soldats
du Christ. Le Labarum dominait les aigles
et la terre antique de Saturne allait voir
régner Celui qui avait prêché
sur la montagne.
« Le temps et l'humanité avaient
fait un grand pas ! »
Ce fut le 28 octobre 312, qui vit livrer
cette décisive et solennelle bataille.
Maxence, oubliant la défense de ses
devins, était sorti de Rome. Il avait
franchi le Tibre sur un pont de bois coupé
en deux parties mobiles et son plan était
d'y attirer Constantin pour le noyer dans
le fleuve. Il adossa son armée au Tibre,
par une étonnante faute de stratégie.
Constantin comprit cette imprévoyance,
il ordonna l'attaque; le choc fut terrible
et son habileté suppléa aux
forces qui lui manquaient. Les lignes de bataille
de Maxence furent enfoncées, ses plus
vaillants soldats tués à leur
poste, les autres engloutis dans le fleuve
où ils se précipitèrent
affolés.
Maxence, épouvanté, revint vers
le pont pour le traverser et rentrer dans
Rome, mais la foule qui l'accompagnait le
fit crouler. L'empereur, précipité
dans le fleuve, y trouva la mort qu'il avait
préparée à Constantin
triomphant.
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Le lendemain, le héros chrétien
entrait triomphalement dans la Ville Éternelle
et jamais (dit l’orateur Nazarius) aucun jour,
depuis la fondation de Rome, n'avait été
plus heureux. Aucun des triomphes dont l'Antiquité
avait laissé la description ne pouvait être
comparé à celui-ci.”
(L. LE LEU, le Triomphe de la Croix, Établissements
Casterman, Tournai, 1909)
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Amen !…
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| 25 Octobre 2004 |
| Marjorie
a écrit : |
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Pourriez-vous
me renseigner sur quelques points car j'ai à faire
un exposé sur la désignation des
empereurs par l'armée et par le Sénat (théoriquement)
et sur la consécration de l'empereur durant le
III° siècle après J.-C. durant l'anarchie
militaire.
Je pensais prendre l'exemple
de l'avènement de Probus en 276 après JC
(texte de Flavius Vapiscus écrit au IV° siècle,
Histoire d'Auguste) |
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| RÉPONSE
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| C'est vrai que le rédacteur
anonyme de l'Histoire Auguste (ici sous le pseudo
de Flavius Vospicius de Syracuse) s'attarde assez longuement
sur l'intronisation du brave empereur Probus.
Tout d'abord (Vie de Probus, X), il nous relate
sa désignation par l'armée, provoquée,
selon lui, par un jeu de mots plutôt du genre bébête
: des officiers circulaient dans le camp, clamant à
tue-tête ce que qu'il fallait que l'homme qui remplacerait
le vieux Tacite
(qu'ils venaient de trucider) fût "courageux,
vertueux, respectable, clément et probe",
les soldats comprirent que c'était le général
Probus qu'il fallait désigner.
Évidemment !…
Ensuite, on nous montre ledit Probus jouer au grand modeste
: "Je ne suis pas digne ; vous avez misé
sur le mauvais cheval, soldats !"… Puis
nous lisons la transcription d'une lettre, très
cicéronienne quant à sa forme, adressée
à un préfet du prétoire, par ailleurs
inconnu, mais dont il paraît que le nom (Capito)
évoque également une plaidoirie de Cicéron.
Dans cette missive, le nouvel empereur s'excuse presque
d'avoir été contraint d'accepter une "charge
qui lui est si odieuse".
Le chapitre X s'achève sur la liquidation - en
quelques mots - de Florianus,
et la reconnaissance de Probus comme maître de l'univers
"par la double décision de l'armée
et du Sénat".
Les chapitres suivants (XI à XIII) sont consacrés
aux relations de Probus avec le Sénat. L'auteur
de l'Histoire Auguste reproduit d'abord la première
lettre - d'une révérence extrême -
que l'empereur frais émoulu aurait adressé
aux Pères conscrits : "Votre Clémence,
pères conscrits, a agi avec autant de raison que
de régularité, en donnant, l’année
dernière, à l’univers un prince que
vous choisîtes parmi vous (c'est-à-dire
le vieux Tacite), qui êtes les maîtres
du monde, qui l’avez toujours été,
et qui le serez toujours dans la personne de vos descendants
; et plût au ciel que Florien eût voulu attendre
votre décision et n’eût pas revendiqué
l’empire comme un héritage ! Votre Majesté
y eût appelé lui ou un autre ; mais par cela
même qu’il s’empara du pouvoir, je fus
nommé auguste par les soldats, et, qui plus est,
par les soldats les plus prévoyants, qui ne purent
souffrir cette usurpation. Veuillez donc faire de mes
services l’emploi que Votre Clémence jugera
convenable." (Histoire Auguste, Vie de Probus,
XI, 2-4 - trad. site Nimispauci
: Clic
!).
Qu'en termes modestes et respectueux ces choses-là
sont dites…Un peu lèche-cul, le bon Probus
!
Quoi qu'il en soit,
toujours aux dires de l'Histoire Auguste,
les Sénateurs ne laissèrent d'ailleurs
pas d'être sensibles aux égards que
leur accordait le chef tout-puissant de la non moins
toute-puissante armée : "Puis fut
rendu un décret du Sénat. Le 3 des
nones de février, dans le temple de la Concorde,
le consul Julius Scorpianus, entre autres choses,
dit : « Vous venez d’entendre,
pères conscrits, la lettre d’Aurelius
Valerius Probus : que vous en semble ? » Ces
paroles furent suivies de cette acclamation :
« Probus Auguste, que les dieux vous conservent
! Naguère, vous étiez un chef estimable,
courageux, juste, habile ; maintenant vous serez
un bon prince. Modèle des soldats, modèle
des empereurs, que les dieux vous conservent ! Défenseur
de la république, que votre règne
soit heureux ; maître de la milice, que votre
règne soit heureux ; que les dieux vous gardent,
vous et les vôtres ! Le Sénat vous
a choisi depuis longtemps. Inférieur par
l’âge à Tacite, vous lui êtes
supérieur pour tout le reste. Nous vous rendons
grâce de ce que vous avez bien voulu accepter
l’empire. Protégez-nous, protégez
la République ; à qui pourrions-nous
confier plus sûrement ce que vous avez si
bien conservé ? Probus le Francique, le Gothique,
le Sarmatique, le Parthique (car on peut également
vous donner tous les surnoms), depuis longtemps
vous êtes digne de commander, vous êtes
digne de triompher. Vivez heureux, que votre règne
soit prospère ! » (Idem,
chap. XI, 5-9).
Ensuite est reproduit (chap. XII) une longue harangue,
toujours bourrée de références
cicéroniennes, qu'aurait prononcée
un certain sénateur nommé Manlius
Statianus - un personnage totalement inconnu par
ailleurs, et donc, semble-t-il, né de l'imagination
fertile de l'auteur de l'Histoire Auguste.
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Enfin (chap. XIII), "après avoir reçu
ce sénatus-consulte", Probus remercie
les Sénateurs en leur accordant, par un second
message, "le droit de juger en appel au-dessus
des grands juges, de nommer des proconsuls, de désigner
les légats consulaires, de confier aux gouverneurs
l'autorité judiciaire et de ratifier par leurs
propres sénatus-consultes les lois qu'il promulguerait."
(Vie de Probus, XIII, 1 - trad. André
CHASTAGNOL, Histoire Auguste, Ed. Robert Laffont,
coll. "Bouquins").
C'est-y pas beau, tout ça ?
Certes… Mais il est seulement dommage qu'il n'y
ait presque rien de vrai là-dedans !
L'auteur anonyme de l'Histoire Auguste, qui,
comme on s'en souvient, vécut vers la fin du IVe
siècle (voire au début du Ve siècle),
n'en savait probablement déjà guère
plus que nous sur règne de Probus,
sur son intronisation ou sur ses relations avec le Sénat.
Alors, à partir de maigres indications dont il
disposait, il a brodé, imaginé, inventé
des discours, créé des protagonistes.
Tel est du moins l'avis d'André CHASTAGNOL, éminent
spécialiste et traducteur éclairé
de l'Histoire Auguste, je que me permets de citer ici
:
"Le rédacteur
de la Vie (de Probus) (…) brosse
un portrait moral tout aussi élogieux : un
modèle en tous points, des vertus viriles
jointes au prestige de l'esprit, un caractère
énergique, une probité sans faille,
une propension innée à la clémence
et à l'indulgence, une grande sagesse, une
vie privée digne de respect et surtout une
intelligence politique qui trouva son application
dans un gouvernement exemplaire s'étendant
aux affaires civiles.
En fait, ces compliments constants et appuyés,
sinon excessifs, s'ils sont justifiés d'abord
par les succès militaires et la conquête
de « toutes les parties du monde »,
ont pour raison d'être principale l'attitude
de déférence que, selon l'H.A.
(c'est-à-dire l'Histoire Auguste), amplifiant
à l'extrême les maigres indications
de (Aurelius) Victor, Probus aurait adoptée
à l'égard du Sénat. Certes,
il fut d'abord proclamé par l'armée,
mais il demanda la confirmation du Sénat
après avoir affecté de refuser le
pouvoir en un premier temps, comme si, à
l'image d'Auguste, il ne l'avait accepté
que contraint et forcé par l'Assemblée
(X, 5-6). Pour tout dire, il aurait continué,
sous une autre forme, la politique de « restauration
» sénatoriale qui s'était affirmée,
d'après l'auteur, sous le règne de
Tacite.
| Dans cette perspective,
l'empereur aurait accru les prérogatives
de l'Assemblée et de ses membres par
diverses mesures administratives et judiciaires
(XIII, 1). L'une de ces dernières concernait
la nomination des proconsuls gouvernant les
provinces sénatoriales, mais, au mieux,
c'était le retour à la procédure
normale de la désignation des titulaires
par le tirage au sort à la Curie. Il
est peu vraisemblable que le Sénat, sauf
exceptions, ait été amené
à nommer lui-même les légats
gouverneurs des provinces consulaires dotées
de plusieurs légions. Les lois promulguées
par le prince seraient ratifiées par
sénatus-consultes, mais, sur ce point
aussi, les édits impériaux et
les constitutions adressées au Sénat
étaient de tradition enregistrés
par l'Assemblée : cela ne nuisait nullement
à l'initiative supérieure de l'empereur.
Enfin, si l'on en croit l'H.A., le Sénat
aurait reçu la capacité de juger
en appel les procès évoqués
en première instance par les «
grands juges », c'est-à-dire selon
une interprétation traditionnelle, les
préfets de la Ville et du prétoire,
au criminel sans doute. Or, nous savons maintenant,
par une inscription, que Probus a créé
à Rome un tribunal spécial, le
« grand tribunal » (iudicium magnum),
dont les membres devaient être appelés
les « grands juges » (magni
iudices) et qui avait sans doute pour tâche
de juger en appel certaines catégories
de procès importants, ceux de lèse-majesté
par exemple après la défaite d'usurpateurs
; il s'agissait sans doute d'une commission
restreinte de sénateurs investie de pouvoirs
judiciaires strictement définis et siégeant
pour un temps limité. L'H.A.
a confondu cette commission avec le Sénat
plénier et donné le nom de «
grands juges », par transposition, aux
juges de première instance. |
 |
Que Probus ait adopté une attitude déférente
à l'égard du Sénat, on peut
l'admettre, sans pour autant que l'Assemblée
ait véritablement disposé de pouvoirs
ou de droits nouveaux. Le fait que l'empereur ait
été retenu loin de l'Urbs
par ses campagnes militaires pour ainsi dire incessantes
a pu donner à l'aristocratie romaine l'illusion
qu'elle prenait une part plus active au gouvernement
intérieur de l'Empire, mais nous ne devons
pas être dupes de sa propagande ou de ses
rêves. C'est en tout cas en élargissant
au règne de Probus les idées exposées
sous celui de Tacite qu'Aurélius Victor a
pu conclure que la réaction sénatoriale
de ce temps avait pris fin à la mort du grand
militaire et qu'à ce moment même le
Sénat avait définitivement perdu le
droit d'élire l'empereur et de lui conférer
ses pouvoirs légaux."
(André CHASTAGNOL, Histoire Auguste,
op. cit.). |
Pour en revenir à votre problème, question
d'investiture impériale, notre ami Probus
ne semble pas se singulariser de ses prédécesseurs
et collègues, les "empereurs militaires"
du milieu du IIIe siècle. Leur seule légitimité
provenait de l'armée puisque c'étaient les
soldats - et eux seuls - qui faisaient - et défaisaient
- les empereurs. Quant au Sénat, il n'avait voix
au chapitre que pour ratifier ces désignations
militaires. Il ne s'agissait plus que d'une simple formalité
dont Carus,
successeur de Probus se passa d'ailleurs allègrement
: il se contenta d'informer le Sénat de
son accession au pouvoir et de l'élévation
de ses deux fils au rang de Césars.
Mais n'étant pas nécessairement très
à l'aise avec l'histoire des institutions romaines,
je préfère citer ce court texte qui me paraît
excellemment résumer l'évolution du rôle
du Sénat dans les nominations impériales
pendant la période dite de l'Anarchie militaire
:
"En 238, le
soulèvement des Gordiens
contre Maximin
donna au Sénat l'occasion, après la
mort des premiers, de considérer le second
comme déchu et de mettre en place une procédure
de désignation d'un ou plutôt de deux
successeurs. Dans un sursaut d'exaltation républicaine
et d'autocélébration élitiste,
le Sénat désigna une commission de
20 de ses membres parmi les plus prestigieux, qui
choisit à son tour en son sein deux empereurs
- à l'image des deux consuls -, Pupien
(peut-être le premier des sénateurs
par ordre de préséance) et Balbin
(un patricien). Cette même commission les
assista dans leur tâche gouvernementale et
militaire, animant la résistance armée
contre Maximin dont elle bloqua à Aquilée
le projet de marche sur Rome. La défaite,
contre toute attente, du premier empereur-soldat
sembla un moment donner sa chance à l'utopie,
mais le rêve d'un gouvernement collectif de
l'élite aristocratique fut de courte durée.
Le fils de Gordien II, Gordien
III, fut imposé par l'armée au
Sénat qui dut l'associer à ses champions
contre tous les principes qu'il venait de définir.
Les dernières traces de cette réaction
sénatoriale furent effacées avec le
meurtre de Pupien et Balbin, suivi du martelage
de leurs noms.
Moins ostensiblement, mais plus concrètement,
en 253, l'élévation à la pourpre
de Valérien,
déjà investi de hautes responsabilités
intérieures par Dèce,
lui-même empereur sénatorial et néanmoins
conscient de ses devoirs guerriers, manifesta à
nouveau la capacité du Sénat à
faire prévaloir son choix.
Une dernière
fois, en 275, dans la conjoncture délicate
ouverte par l'assassinat d'Aurélien,
le Sénat imposa l'un de ses représentants,
Tacite,
montrant qu'il pouvait trouver en son sein
un valeureux chef de guerre ayant fait ses
preuves avant l'exclusion prononcée
par Gallien,
un combattant en rien inférieur aux
officiers illyriens dont il interrompait momentanément
la succession. Les bonnes dispositions de
Tacite à l'égard du Sénat
auraient-elles pu permettre à celui-ci
de reconquérir le terrain perdu, de
remettre durablement la main sur le pouvoir
de désigner l'empereur.?
Dans un curieux passage où il refait
l'histoire à sa façon, qui est
fort idéaliste, Aurelius Victor (De
Cæsaribus, 37, 6-7) imagine le cours
différent qu'aurait alors pu prendre
le régime impérial et accuse
les clarissimes d'avoir laissé passer
cette occasion. II dénonce en cette
circonstance l'incurie des sénateurs,
leur détachement de la chose publique
et le repli de leurs préoccupations
sur la gestion patrimoniale. L'intérêt
de ce texte réside moins dans l'illusion
de réécrire l'histoire avec
des « si » que dans ce regard
rétrospectif de l'historiographie sénatoriale
jugeant le Sénat largement responsable
de son propre déclin politique.
À l'avènement de Carus
en 282, toujours selon Aurelius Victor (De
Cæsarihus 37, 5). le Sénat
aurait perdu sa principale prérogative
constitutionnelle, pierre angulaire du principat
: l'investiture impériale, par laquelle
il conférait au nouvel empereur l'imperium
et la puissance tribunicienne. Carus ayant
déclaré inutile cette formalité,
de ce jour « l'influence des soldats
devint prépondérante, le Sénat
perdit le pouvoir et le droit de nommer le
prince : ceci a duré jusqu'à
nos jours ». Sous Dioclétien,
il ne fait pas de doute que le Sénat
s'est retrouvé à l'écart
de la vie publique comme jamais auparavant."
(Jean-Michel CARRIÉ, Aline ROUSSELLE,
L'empire romain en mutation, Éditions
du Seuil, Point Histoire H221). |
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| 26 Octobre 2004 |
| "la
Belette" a écrit : |
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| J'aimerais
connaître le pourcentage d'esclaves de la
population romaine dans l'Antiquité, que
ce soit sous l'Empire ou sous la République. |
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| RÉPONSE
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| Combien d'esclaves
dans l'Empire romain ?
Difficile à dire, du moins avec précision…
Ce court texte fournit, me semble-t-il, une estimation
pertinente :
"Combien y avait-il de ces esclaves exploités,
paysans, bergers, ouvriers ou mineurs ?
Cela dépend de l'idée qu'on se fait du
nombre total des esclaves.
Peut-on connaître ce nombre ?
Les Romains ne nous ont transmis aucun chiffre à
son sujet, et eux-mêmes ne savaient probablement
pas combien il y avait en tout d'esclaves dans leur
empire. On admet en général qu'il s'en
trouvait plus en Italie qu'en Afrique du Nord ou qu'en
Égypte. Un historien démographe du début
du siècle, Julius Beloch, a réuni les
maigres indices disponibles, et, pour l'Italie, a parlé
de deux millions d'esclaves sur une population totale
de six millions d'habitants. Par la suite, certains
sont allés jusqu'à dire que l'esclavage
concernait 40 % de la population italienne. Actuellement,
on a tendance à réviser ces chiffres à
la baisse. De toute façon, on pense qu'en dehors
de l'Italie, à l'époque romaine, le nombre
des esclaves était inférieur à
20 % de la population - et peut-être de très
loin."
(Jean ANDREAU,
in revue
"l'HISTOIRE", n° 239 - Janvier 2000
- pages 88 à 93).
Donc, au grand maximum, environ 20 % d'une population
que l'on estime généralement (car ici non
plus nous ne disposons pas de chiffres précis)
à environ 60 ou 70 millions d'habitants. Notez
cependant que ce chiffre a pu varier sensiblement d'une
époque à l'autre : plutôt 50 millions
pour l'époque d'Auguste (début du Ier siècle)
; peut-être 90, voire 100 millions, lors de l'apogée
de l'Empire romain (milieu du IIe siècle)
; puis probablement une démographie en chute libre
pendant les deux derniers siècles qui précédèrent
"la chute de Rome".
Mais il est vrai qu'à cette époque tardive,
l'institution esclavagiste romaine était
depuis longtemps en perte de vitesse (voir ces anciens
courriers : Clic
! et Clic
!)…
Pour être complet, je vous signale également
ces deux pages internet qui présentent des estimations
voisines, quoique légèrement différentes,
du nombre d'esclaves utilisés dans l'Antiquité
romaine :
- Site "Vitellus" : Clic
! - un habitant sur quatre de l'Empire aurait été
de condition servile. Soit 25 % de la population.
- Site "ISTP" : Clic
! - en 100 ap. J.-C., la ville de Rome aurait compté
400.000 esclaves pour 1.200.000 habitants…
Mais évidemment, il y avait proportionnellement
plus d'esclaves à Rome que dans le reste de l'Italie,
et plus d'esclaves dans la Péninsule italienne
que dans le reste de l'Empire.
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| 29 Octobre 2004 |
| Eliza
Antébi (site www.antebiel.com)
a écrit : |
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Nous
vous informons de la tenue d'un festival du grec
et du latin des 4 au 6 mars 2005 à Bécherel
"cité du livre", près de Rennes
en Bretagne.
Pour le programme (avec Lacarrière,
Jerphagnon, Monteilhet, etc), voir ici : Clic
!
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